A nous le canal de Panama ! (j’ai enfin de la connexion pour vous raconter đŸ„Č)

nous quittons Shelter Bay Marina (avec des tapis de gym sur les panneaux solaires pour les protéger)


8 avril, 14 heures, le temps est venu de cross the channel comme dit le capitaine quand je l’entends bavarder avec des homologues anglophone, 3 hand liners montent Ă  bord et nous quittons la marina pour aller au flat de Shelter Bay oĂč attendre le pilote qui nous guidera dans les Ă©cluses et le passage, il est attendu pour 16h mais un vĂ©ritable dĂ©luge s’abat, nous forçant Ă  nous abriter dans le bateau tous capots fermĂ©s, Ă  5 avec la moiteur ambiante cela Ă©quivaut Ă  une sĂ©ance de Hammam privĂ©s d’oxygĂšne et je prĂ©fĂšre me mouiller dans le cockpit, le pilote arrive Ă  16h30 et nous claque un poing fermĂ©, c’est Roy et c’est parti, une Ă©motion intense m’envahĂźt, la plus intense depuis notre dĂ©part et je ne saurais dire pourquoi, certainement que toute cette agitation, ces gens avec nous, pas seulement ceux qui sont lĂ  physiquement mais tous ceux qui ont concouru Ă  l’idĂ©e mĂȘme, Ă  l’élaboration, Ă  la construction de ce canal et auxquels je pense avec admiration et respect, cette avancĂ©e lente vers la premiĂšre Ă©cluse que nous voyons au loin dans la brume de ce jour humide et chaud, ces palabres en anglais ou en espagnol et toute cette mise en scĂšne qui nous changent tant de nos dĂ©parts confidentiels en tĂȘte Ă  tĂȘte y sont pour quelque chose …

le flat de Shelter Bay et ses cargos
livraison du pilote (serpilliĂšres ayant servi Ă  Ă©ponger le dĂ©luge mises Ă  sĂ©cher, c’est accueillant et dĂ©core joliment le bateau)

Nous avançons vers le pont de l’Atlantique sur lequel nous Ă©tions passĂ©s en bus quelques jours avant, Roy explique des choses en anglais au capitaine, et Ă  nous deux nous comprenons le plus gros, je filme le pont quand nous passons en dessous et le capitaine dit c’est bien ça, je lui ai demandĂ© s’il ressentait une Ă©motion particuliĂšre, avec une moue de celui qui ne trouve la cuisine ni bonne ni mauvaise il m’a rĂ©pondu que pas vraiment et qu’il verrait une fois de l’autre cĂŽtĂ©, mais je vois bien Ă  sa tĂȘte que ce n’est pas un jour comme les autres et qu’une Ă©motion le tient 
 un jour je lui expliquais que les femmes ont besoin de parler entre elles pour Ă©voquer leurs Ă©motions (j’essaie de l’amĂ©liorer), il s’est exclamĂ© que les hommes aussi ressentent des Ă©motions, quand aura-t-on vu que je pourrais avoir l’idĂ©e saugrenue de croire que les hommes n’ont pas d’émotions me suis-je exclamĂ© Ă  mon tour, ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais bel et bien de parler de ses Ă©motions, les hommes ne parlant pas entre eux de leurs Ă©motions comme les femmes, il a fait une autre moue comme quand une idĂ©e n’émanant pas de sa personne a besoin d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©e Ă  la loupe avant d’y abonder ou non (non Ă©tant la premiĂšre intention, c’est sa loi) mais je le vois bien, des Ă©motions il en a plein le visage mais quand je lui pose des questions c’est comme si son encĂ©phalogramme Ă©motionnel Ă©tait effroyablement plat

sous le pont de l’Atlantique !

Nous entrons dans la premiĂšre Ă©cluse (c’est dingue parce que la correction automatique a Ă©crit « église » et ma foi c’est tellement ce que je ressens), les Ă©cluses montantes sont les Ă©cluses de GatĂșn nous devons nous amarrer derriĂšre un cargo et un sloop, il s’agit de Vintage que nous avions vu au mouillage de Tarrafal Ă  Sao Nicolau, incroyable, incroyable surtout que je le reconnaisse mais pour tout dire il est trĂšs reconnaissable, je ne suis pas dupe de moi-mĂȘme (entendez par lĂ  que je suis infichue de reconnaĂźtre un bateau d’un autre Ă  part de rares spĂ©cimens)

Arrivée à la premiÚre écluse

et c’est parti pour le premier cĂ©rĂ©monial d’amarrage, on nous lance des toulines et je reste planquĂ©e dans le cockpit pour ne pas m’en prendre une sur la tĂȘte, elles s’enroulent autour des filiĂšres telles des filins sur les remparts d’un chĂąteau fort pris Ă  l’assaut, on les dĂ©roule et y attachons les amarres, les gars qui nous ont lancĂ© les toulines avancent d’un pas cadencĂ© sur les berges en les tenant pendant que le capitaine avance au moteur

c’est pas le capitaine en bleu, c’est le pilote, la capitaine est plus joli que le pilote

A un moment donnĂ© il va trop vite, les gars ont dĂ» accĂ©lĂ©rer le pas et doivent monter un immense escalier, Roy fait signe de ralentir au capitaine, les hand liners et moi devons porter les amarres Ă  bout de bras au-dessus de nos tĂȘtes pour les aider Ă  grimper avec les toulines qui sont alourdies du poids des amarres, arrivĂ©s juste derriĂšre Vintage amarrĂ©, il est temps de nous amarrer Ă  notre tour, les gars sur les barges tirent sur les toulines pour amener les amarres jusqu’à eux et les passent autour des bittes, en bas je fais comme les 3 hand liners : je tire fort sur l’amarre et fais un beau nƓud de taquet au taquet pour bien fixer mon amarre et que Cap de Miol ne danse pas comme un bouchon quand l’écluse va se remplir 


amarrés derriÚre Vintage et un cargo

une fois amarrĂ©s, les portes de l’écluse se ferment lentement, je me sens toute petite et encore une fois une Ă©motion immense m’envahit, comme si l’eau de l’écluse montait Ă  l’intĂ©rieur de moi et envahissait ma poitrine, je regarde l’eau monter Ă  toute vitesse, je n’en reviens pas la vitesse Ă  laquelle ça se remplit

les portes se ferment, on ne peut plus reculer !
10 mĂštres plus tard et plus haut

au fur et Ă  mesure que l’eau monte nous devons raccourcir les amarres, Roy me fĂ©licite (ça c’est de la bonne pĂ©dagogie d’encouragement, bravo Roy, certain devrait en prendre de la graine) et nous voilĂ  tout en haut, je ne vois pas ce qui se passe devant car le cargo et Vintage nous occultent la vue, mais on doit se mettre Ă  avancer, les gars sur les berges larguent nos amarres en laissant les toulines attachĂ©es pour la prochaine Ă©cluse, il faut les rĂ©cupĂ©rer, hop hop hop je tire mon amarre pour la rentrer dans le bateau et le capitaine m’invective vite ! vite vite ! alors que j’ai fini avant mĂȘme un des 3 hand liners, le plus jeune qui en est Ă  son dixiĂšme passage seulement et qui, de toute Ă©vidence, travaille Ă  l’économie, il vivra vieux 
 et puis on avance en procession vers la seconde Ă©cluse, et le ballet reprend sous les coups de sifflet de notre chef d’orchestre Roy, la nuit commence Ă  tomber et nous passons la troisiĂšme Ă©cluse montante, cela prend son temps surtout Ă  cause du cargo car ce sont des michelines qui le tirent jusqu’oĂč l’amarrer, et c’est tout un schmilblick

by night

il fait nuit noire quand nous voilĂ  sur le lac GatĂșn, Roy nous guide jusqu’à une bouĂ©e d’amarrage et vient se faire chercher par un bateau-pilote, les hand liners restent avec nous, je fais une bonne platĂ©e de spaghettis bolognaises, trĂšs apprĂ©ciĂ©e et largement complimentĂ©e, et puis on dĂ©barrasse les cabines arriĂšre parce que, si Ă  l’origine le capitaine pensait les faire dormir sur des tapis de gym dans le cockpit, bande de petits veinards, cela est apparu impossible tant il pleut, je pense que je n’arriverai jamais Ă  dormir avec tout ce monde Ă  bord qui se marre en Ă©coutant des vidĂ©os sur leurs portables mais je me trompe, je sombre, Ă  je ne sais pas quelle heure, en me levant pour faire pipi, j’en vois un dans le cockpit qui regarde toujours son portable, mais tout est calme

On est mouillé là

J’ai mis le rĂ©veil Ă  6h (pfff), prĂ©pare le petit dej, on termine Ă  peine que dĂ©barque un autre pilote, c’est Romulo, on se dĂ©tache de la bouĂ©e et zou, le capitaine debout Ă  la barre, les hand liners nonchalamment vautrĂ©s sur les couchettes avec leur portable vissĂ© Ă  leur main, en dehors des Ă©cluses ils n’ont rien Ă  faire, Romulo avec sa VHF portable qui jacasse non stop incite le capitaine Ă  avancer plus vite comme on prie un chauffeur de taxi pour un train Ă  prendre, il fait des mouvements de va et vient de l’avant-bras avec le poing serrĂ© comme pour repasser avec un fer Ă  repasser supersonique, le capitaine met des gaz, on dĂ©passe les 2200 tours et j’espĂšre que le moteur peut supporter ça capitaine ? oui oui, nous partons sur le lac GatĂșn vent du bas pour aller jusqu’aux Ă©cluses descendantes de Miraflores.
Est-ce compliqué ? Non.
Il suffit de longer les bouées rouges en les laissant à tribord.
Et puis nous avons Navionics qui nous indique la route Ă  prendre s’il en Ă©tait besoin.
Le pilote sert il Ă  quelque chose ?
Hum 
 ne soyons pas dĂ©finitive mais pour l’heure, il ne sert qu’à nous avoir fait lever Ă  6h. (notez qu’ici je mets de la ponctuation, de maniĂšre Ă  ponctuer ce que je dis de maniĂšre plutĂŽt dĂ©finitive)
NĂ©anmoins, Romulo, pour montrer qu’il s’investit, ne manque pas de nous montrer certaines bouĂ©es dans le cas peu probable oĂč par un aveuglement subi le capitaine les manquerait, capitaine qui reste debout Ă  la barre mĂȘme quand je lui propose de le remplacer pour qu’il puisse s’asseoir un peu, je ne suis pas plus utile pour l’heure que le pilote alors je regarde le paysage et partage gĂ©nĂ©reusement mes commentaires au capitaine qui lorgne les bouĂ©es

  • t’as vu c’est effondrĂ© ici
  • c’est vrai qu’il y a des crocodiles ici ? (oui me rĂ©pond il)
  • ah on va croiser un cargo
  • t’as pas peur que le moteur chauffe trop Ă  cette vitesse ? (non, il est fait pour)
  • c’est beau ce coin
  • oh t’as vu l’oiseau (il ne m’entend mĂȘme plus)
  • 
.. et cetera et cetera, on ne manquera pas de constater tout l’intĂ©rĂȘt de mes commentaires
on a passé la nuit amarré à cette bouée, on ne risquait pas de la louper
le long du canal
Ă  d’autres endroits c’est plus large et presque bucolique

On double Vintage qui est toujours amarrĂ© Ă  une bouĂ©e, l’équipage guette l’arrivĂ©e d’un pilote avec les mains en visiĂšre tels des sioux, la veille ils s’étaient amarrĂ©s deux heures plus tard que nous en aval et ont perdu leur avance, bisque bisque rage, mais allons bon c’est pas une compĂšte (arf arf arf, petit rire mesquin et infatuĂ©)
La VHF du pilote grĂ©sille tant que faire se peut, il a l’air d’y comprendre quelque chose et nous fait signe d’accĂ©lĂ©rer encore, un cargo qui nous avait doublĂ© est arrĂȘtĂ© un peu plus loin, il faut absolument le doubler Ă  notre tour parce qu’on va passer les Ă©cluses avec lui mais on doit se mettre devant, amarrĂ© cĂŽte Ă  cĂŽte Ă  un catamaran, ça va nous changer d’hier, c’est rigolo !

on s’est fait doubler par des cargos (et vous voyez bien qu’on ne peut pas ne pas voir les bouĂ©es !)

Le cata auquel on doit s’amarrer est dĂ©jĂ  lĂ , des français, Diversion, je trouve que c’est un drĂŽle de nom et j’avais du mal Ă  retenir tellement ça n’est pas un nom de bateau je trouve, tout y est passĂ©, Disconvenue, Distraction, DisgrĂące, Dysharmonie, Dinosaure 
 en tous cas ils ont des hand liners comme nous et les leurs comme les nĂŽtres s’affairent Ă  amarrer nos deux bateaux ensemble, je n’ai rien Ă  faire, contrairement au capitaine qui doit manƓuvrer pour se garer tout contre eux, surgit Roy leur pilote du jour qui Ă©tait nĂŽtre la veille, il vient nous claquer un poing et fĂ©licite le capitaine pour son accostage, les français Ă©tant nuls en gĂ©nĂ©ral mais pas lui tient il Ă  lui souligner, j’opine du chef bien que je m’émeuve (quelle lĂąchetĂ© quand j’y pense) Ă  propos de son jugement lapidaire sur les français, ayant vu les ricains Ă  l’Ɠuvre dans certaines marinas, j’avais oubliĂ© de vous le raconter mais un voilier ricain a voulu partir et a embouti un ponton et un autre bateau alors ils sont revenus Ă  leur place pour faire un constat avec le bateau embouti et ne sont pas repartis, je crois qu’ils finiront leurs jours Ă  Shelter Bay Marina, il faut dire qu’ils Ă©taient dĂ©jĂ  bien branlants au point que je me demandais comment on peut laisser des gens comme ça partir en mer …

on s’amarre Ă  Diversion

Il se met Ă  pleuvoir des cordes lorsque reprend l’épisode des toulines et de l’amarrage, tandis que l’énorme cargo bleu vient s’avancer jusqu’au cul de nos voiliers arrimĂ©s ensemble, les hand liners sont trempĂ©s comme des soupes, le capitaine a mis un cirĂ© et le pilote s’est enfoui sous une cape de pluie, nous attendons le lent amarrage du cargo et puis c’est le clou du spectacle, l’écluse se vide et nous descendons comme au fond d’un puit oĂč elle s’ouvre, et nous partons plus loin afin de passer les derniĂšres Ă©cluses qui sont distantes de quelques centaines de mĂštres, c’est drĂŽle d’avancer au moteur attachĂ© Ă  un autre bateau, en vĂ©ritĂ© il s’agit d’une Ă©cluse et d’une chambre disent ils ici, mais en vraie vĂ©ritĂ© je ne vois pas la diffĂ©rence, mĂȘme scĂ©nario Ă  la seconde Ă©cluse, avec mĂȘme attente pour l’amarrage du cargo et mĂȘme pluie, il y a un immeuble avec une foule amassĂ©e au dernier balcon pour voir fonctionner les Ă©cluses, je leur fais de grands gestes fraternels mais ne note aucune rĂ©action de leur part, le capitaine me dit ça ne sert Ă  rien, moi je trouve que ça sert toujours de faire un signe, un sourire, de dire bonjour, si d’autres pensent diffĂ©remment ils pensent diffĂ©remment mais ça ne va pas changer ma façon d’ĂȘtre

il pleut
le cargo vient vraiment Ă  cul !
au spectacle des Ă©cluses

Nous passons la fameuse chambre, soit la derniĂšre Ă©cluse, qui nous descend des 10 derniers mĂštres, elle s’ouvre, je sens une prĂ©sence derriĂšre moi, le capitaine murmure Ă  mon oreille nous voilĂ  dans le Pacifique, je souris, tourne la tĂȘte vers lui et 


Version A) entourant ma taille de son bras il me ploie en arriĂšre, approche son visage contre le mien et, les yeux plongĂ©s dans mon regard, chuchote contre mes lĂšvres isabelle, vous avez enflammĂ© mes sens et je n’en puis plus, je suis en Ă©moi et brĂ»le d’ardeur, laissez moi embrasser vos chastes lĂšvres d’un baiser qui vous dira plus que tous les mots qui me viennent lorsque je pense Ă  vous, et sachez que je ne pense qu’à vous, de l’aube au crĂ©puscule et du crĂ©puscule Ă  l’aurore, ĂŽ isabelle, n’y voyez pas malice mais je suis ensorcelĂ©, ne me laissez pas languir plus avant ma mie, ĂŽ chĂšre mie, soyez mienne je vous en conjure, laissez moi vous dire encore 
 (j’arrĂȘte sinon je vais hurler de rire Ă  chaque fois que je croiserai le capitaine)


Version B) il pose ses mains sur mes hanches et m’embrasse furtivement, avant de poser sa joue contre la mienne pour regarder ensemble le Pacifique qui s’ouvre à nous


Version C) il attrape mon menton entre son pouce et son index et me dĂ©visse la tĂȘte pour la tourner vers un gros smack qu’il me colle avant de s’exclamer, l’haleine chargĂ©e d’une odeur de vieux rhum (ou d’une vieille odeur de rhum) alors poupĂ©e, keskon dit Ă  son super capitaine ! puis m’assĂšne une bonne grosse claque sur les fesses pour me faire dĂ©valer la descente en me rĂ©clamant un dernier pour la route avec un rire gras en Ă©cho

derniĂšre Ă©cluse qui s’ouvre sur le Pacifique

Quelle que soit la version, vous aurez compris que le capitaine m’embrasse (encore que dans la version A il faudrait que je lui demande de se taire et de mettre ses menaces Ă  exĂ©cution), je peux dire que ça valait le coup de venir jusqu’ici rien que pour vivre cet instant, c’est moi qui suis lĂ  avec lui, moi et personne d’autre, moi ! moi quoi ! merci, merci capitaine de me faire vivre ce que je vis et d’ĂȘtre lĂ , ça ferait presque penser Ă  la fin d’un roman mais c’est juste une page que l’on tourne, et pour l’heure il y a encore un tas de choses Ă  faire, avancer dĂ©jĂ , et se dĂ©tacher de Distraction, euuuh de Diversion, donner Ă  manger Ă  notre Ă©quipe qui avale le repas debout dans le cockpit ou sur le pont tellement ils sont trempĂ©s de pluie (compliments pour mon riz aux oignons, lait de coco et curry, c’est hyper nourrissant en plus), et puis passer sous le pont des AmĂ©riques ! Bon sang de bon sang le pont des AmĂ©riques ! Un vrai baptĂȘme !

le pont des Amériques

Mais l’émotion du capitaine est derriĂšre nous, il s’est assis dessus pour se concentrer, tout s’accĂ©lĂšre, il faut dĂ©barquer notre pilote du jour, les hand liners et le matĂ©riel, alors on ne s’attendrit pas et on s’y met, au revoir les gars et nous filons vers Flamenco Marina sur l’üle de Flamenco

on débarque les gars et le matos

avec en prime une vue superbe de Panama City, si tant est que l’on puisse qualifier de superbe une rangĂ©e de buildings mais que voulez-vous, je trouve ça superbe 


Panama City sous ce ciel renversant, mais qu’est-ce que c’est beau !

L’arrivĂ©e Ă  la marina est Ă©trange, plein de places vides, ambiance Ă  la Edgar Allan Poe, un tantinet lugubre, deux nanas arrivent en barque et nous disent de les suivre pour aller vers un emplacement rĂ©servĂ© Ă  ceux qui ne restent pas longtemps, les rĂ©clamations du capitaine n’y changent rien, il rĂąle parce que lĂ  oĂč on nous amĂšne il y aura plus de houle et c’est vrai que c’est bĂȘte parce que la marina ayant tellement de places disponibles, ça leur coĂ»terait quoi de nous laisser aller oĂč on veut 


Flamenco marina … bon …

deux gars en barque arrivent et prennent le relai, on s’amarre en douceur car dĂ©sormais je sais lancer les amarres Ă  ceux qui sont sur le ponton sans les faire tomber misĂ©rablement dans l’eau, le capitaine m’a dit et redit que je ne dois lancer l’amarre que lorsque je suis certaine que l’autre la recevra, je lui avais opposĂ© que quand les gars sur le ponton me disent de lancer l’amarre j’obĂ©is, et bien je ne dois obĂ©ir qu’au capitaine, sans discuter ni ergoter ni ramener ma fraise, et j’avoue que ça va beaucoup mieux depuis que je jette l’amarre quand on est quasiment collĂ©s au ponton, bien que je ne sois pas certaine de l’avis de ceux qui prennent mon amarre en pleine poire, faudra encore que j’apprenne Ă  viser plus bas comme les flics qui tirent dans les genoux
Avec tout ça il est 16 heures et on ne doit pas chĂŽmer, mĂ©nage du bateau, Ă  nouveau remplir les rĂ©servoirs et les bouteilles d’eau, avec tout ce monde Ă  bord ça en a besoin, mettre l’annexe sur la jupe arriĂšre, mettre en place l’hydrogĂ©nĂ©rateur, le capitaine bricole encore des trucs, on part demain coĂ»te que coĂ»te, il fait une chaleur humide Ă©touffante, on a l’impression d’ĂȘtre sales et de puer

  • aaaaah ! j’ai pris une douche il y a 5 minutes et je pue dĂ©jĂ  !
  • maiiiis non tu ne pues pas
  • si, toi tu ne pues pas mais moi je pue

chacun trouvant l’odeur de l’autre plus urbaine que la sienne
En faisant les courses j’ai oubliĂ© d’acheter un concombre et des avocats, alors je file faire un saut en dehors de la marina, ne trouve qu’un grand magasin qui vend de l’alcool et des clopes, des rayons et des rayons entiers d’alcools divers, impressionnant, pas trace d’un seul lĂ©gume alors je rentre bredouille au bateau et je m’éclate Ă  faire s’envoler des nuĂ©es de mouettes en sautant par-dessus les fientes qui inondent le sol, elles font un boucan d’enfer, j’espĂšre qu’elles nous laisseront dormir cette nuit 


Quand tout est en ordre, le capitaine m’invite au resto, dernier repas du condamnĂ©, on en trouve un dont le dĂ©cor me rappelle celui d’un Novotel de Pologne, ils sont restĂ©s dans les annĂ©es 70, on fait un bond dans le passĂ© et j’adore ça, il y a des grands voilages devant les baies vitrĂ©es, oĂč voit-on encore ça demandĂ© je au capitaine qui me rĂ©pond sobrement que c’est bien parce que ça absorbe les ondes sonores, il passe une trĂšs mauvaise soirĂ©e si ça rĂ©sonne, on commande chacun un steak Angus, slurp, lui avec des frites et moi avec de la salade, lui une biĂšre et moi un verre de vin rouge, et puis un dessert, tiramisu pour le capitaine et tout chocolat pour moi, c’est notable car les pays par lesquels nous sommes passĂ©s rĂ©cemment n’étaient pas dessert du tout, et lĂ  c’est bon Ă  s’en lĂ©cher les doigts, on mange avec d’autant plus de plaisir que l’on sait qu’on ne mangera pas de steak avant des lustres et qu’on va perdre du gras pendant la traversĂ©e, on rentre repus et fourbus au bateau, les mouettes ont disparu, demain on part traverser une partie du pacifique, 4000 miles, c’est une autre Ă©chelle que ce qu’on a fait jusqu’Ă  maintenant, ça reprĂ©sente deux transats en une fois, je prĂ©fĂšre ne pas y penser pour dormir tranquille, je fais comme Scarlett O’Hara, je me dis qu’on verra demain, une philosophie salvatrice

la peur de manquer : ni moi ni le capitaine ne mangeons de ketchup mais je les ai pris au resto en me disant qu’on ne sait jamais, au milieu du Pacifique …
prĂȘts Ă  partir

Par ici celles zé ceux dont la curiosité leur fait apprendre le monde !

Publié par isabelle centre tao

Je suis thĂ©rapeute, confĂ©renciĂšre et formatrice en MĂ©decine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondĂ© la chaĂźne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses Ă©nergies, vous rĂ©Ă©quilibrer et vous soigner avec la MTC (diĂ©tothĂ©rapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particuliĂšrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : dĂ©couvrir les plantes du monde destinĂ©es aux femmes lors des diffĂ©rentes Ă©tapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, oĂč qu'elles soient, car mĂȘme si la PharmacopĂ©e Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planĂšte, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de rĂšgles, l'infertilitĂ©, les problĂšmes liĂ©s Ă  la grossesse ou Ă  la mĂ©nopause et aider les femmes qui n'ont pas accĂšs aux plantes de la PharmacopĂ©e Chinoise. J'ai dĂ©cidĂ© de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les diffĂ©rents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorciĂšres et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

12 commentaires sur « A nous le canal de Panama ! (j’ai enfin de la connexion pour vous raconter đŸ„Č) »

  1. ChĂšre Isabelle! Dans cette aventure invraisemblable avec un capitaine imperturbable je vous souhaite de tout mon coeur, Ă  dĂ©faut d’une peluche, d’un coussin! non pas pour vos fesses mais bien pour vos bras et votre visage tout entier! Face Ă  un coeur de pierre, la vie est dure
le coussin est doux et rĂ©ceptif!
    Par chance, votre tĂȘte est bien faite, pleine de multiples connaissances, et toujours Ă  la recherche de plus.
    Par bonheur, votre avez du soleil plein le coeur et savez contempler la beauté infinie de la nature et nous la partager. Merci!
    Et pour entretenir ce soleil qui brille en vous, chantez! Chantez pour vous-mĂȘme! Chantez ce qui vous vient en tĂȘte! Chantez souvent! Chantez encore! Car chanter rend heureux!
    Bisous bisous Isabelle!

    Aimé par 1 personne

  2. bonjour MarithĂ©, vous devez avoir un don de mĂ©diumnitĂ© parce que cette histoire de peluche et de coussin sera Ă©voquĂ©e dans ma traversĂ©e du Pacifique, j’ai mĂȘme cru que le 1er article Ă©tait dĂ©jĂ  paru en vous lisant 😀 et mĂȘme si je ne chante pas souvent Ă  voix haute, par pitiĂ© pour les oreilles de mes pairs, je chante trÚÚÚÚÚs souvent dans ma tĂȘte, et parfois quelques sons s’Ă©chappent, notamment quand je cuisine … et vous, vous chantez ? de gros bisous pour vous 😘😘😘!

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  3. Bonjour la belle Ă©quipe.
    C’est Toujours un plaisir de vous lire. Je partage avec vous la vue impressionnante de Panama City qui jaillit en fond d’horizon. Waohh ..et quelle chance ce voyage mĂȘme si la vie Ă  deux Ă  bord n’est pas toujours facile. Au moins votre humour cocasse et votre tempĂ©rament souple font la part des choses . Lol.
    Les Ă©cluses sont Ă  voir. J’ai pour ma part dĂ©jĂ  vĂ©cu ces expĂ©riences incroyables oĂč j’ai ressenti une rĂ©elle apprĂ©hension.
    Encore merci pour vos riches partages.
    Je suis en pĂ©riode bac et demain levĂ©e trĂšs tĂŽt pour surveiller ces chers tĂȘtes blondes fumantes.
    Bon vent.
    Laura

    Aimé par 1 personne

  4. ah oui, c’est impressionnants toutes ces Ă©motions, mais je trouve prĂ©fĂ©rable d’en vivre au point de ressentir des apprĂ©hensions, plutĂŽt que d’avoir une vie trop plate et confortable n’est-ce pas 😉😊?
    bon courage pour surveiller les bacheliers, y a t’il des sujets de philo intĂ©ressants cette annĂ©e ? quelle matiĂšre enseignez vous ? est-ce vrai que le niveau est toujours plus bas ou est-ce que ce sont les anciens qui veulent faire croire qu’ils sont meilleurs que les jeunes 😀?

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