Où il est question de nouvelle aventure, de la fin de la précédente et d’un baromètre (1/2)

Le capitaine a décidé de partir encore, il a ça dans le sang, s’il avait demandé à une autre équipière de l’accompagner pour cette nouvelle aventure, je l’aurais trucidé (v.trans. : tuer qqn intentionnellement et avec préméditation) mais quand je suis fatiguée j’imagine les pires atrocités et, pour de bon, ç’aurait été tellement cruel que je crois que j’aurais ensuite immolé Cap de Miol puis fuit vers l’Argentine démarrer une nouvelle vie, mais bon, tout va bien, le capitaine m’a gardée, bon, on est parti avec un mois de retard, le temps moche, la pluie fréquente (on peut le constater d’après le photo ci-dessus, qui est d’une rare beauté trouvé je, le capitaine étant toujours aussi mesuré quand il s’agit de camaïeu de gris), mais sûrement la flemme aussi, avaient décalé tous les travaux à faire après ce tour du monde bouclé en 3 ans, 21 jours et 4 heures, démâter, refaire le gréement dormant, retaper les voiles, remâter, caréner, installer un chauffage et une éolienne, refaire l’anti-dérapant de pont, nettoyer le moindre centimètre carré de dedans et de dans tous les fonds, reboucher un trou minuscule dans la coque que l’œil infaillible du capitaine avait repéré, de l’électrolyse m’a t’il affirmé et je n’ai aucune raison de ne pas le croire, démonter toute la salle de bains à essayer de trouver la fichue entrée d’eau constatée entre les Açores et Gib, ne pas la trouver et avoir toute la salle de bains à remonter + une entrée d’eau à résoudre, quand on nous demandait à quand le départ je répondais début avril, le capitaine me reprenait sèchement, fin mars ! et finalement on a hissé les voiles le lundi 28 avril 2025 à 3.30 AM, ouaye, 3h30 du matin ! on n’avait pas arrêté de finir de préparer le bateau tout le mois de mars et faut savoir que c’est jamais fini de préparer un bateau, on a bouffé des sandouiches jambon/emmental tous les midis, et le capitaine avait fini par dire qu’on partait dimanche, le dit dimanche à 16h la grand-voile n’était toujours pas remontée alors je me disais qu’on partirait demain, nan, le cœur du capitaine n’aurait pas tenu le coup de reporter encore ne serait-ce que d’un jour, on a monté la GV et fini de le faire à la lampe frontale bouffés par les moustiques, rangé tout le merdier qu’il y avait sur le ponton et dans le bateau, pour ce qui restait à bricoler le capitaine a dit qu’on le finirait en mer, il m’a laissé le temps de prendre une douche et zou, heureusement le temps était calme et on a pu se réamariner en douceur, quand ça a commencé à ondoyer sous le bateau, tout mon corps s’est crispé dans un ça va pas recommencer ! et puis très vite tout s’est remis en place, 7 mois à terre oubliés d’un coup d’éponge en retrouvant les cheveux poisseux d’embruns, les mains calleuses et râpées, les pantalons de sport sans forme troués aux genoux à force de manœuvrer en appui dessus, les polaires défraîchies parce qu’on ne va pas utiliser des neuves pour ce qu’on en fait, les nuits sans sommeil et les toilettes de chat, les coups de vent, les grains, la houle et les vagues serrées, le roulage, le tangage, envoyer le spi, prendre un ris, choquer la GV, la border, sans oublier la balancine, tout revient, tout est là, on pourrait se demander quel plaisir à tout ça, c’est inexplicable, une attirance étrange, une partie de son être qui y va et entraîne tout le reste de soi dans la volée.

Et puis j’ai bossé, bossé, bossé, exercé mon vrai métier d’une part et aussi commencé à trier toutes les données botaniques rapportées de l’autre, on a aussi été invités à présenter notre tour du monde au Centre Nautique du Cap d’Agde, alors j’ai fait un beau PowerPoint pour que le capitaine l’utilise avec une télécommande et un pointeur rouge comme chez les pros :

j’ai ajouté quelques commentaires anecdotiques car le capitaine traçait notre route point barre

Du coup j’ai réalisé une carte très exacte de notre TDM :

c’est peanuts vu comme ça

Dans tout ça je n’avais pas eu le temps d’écrire la fin de ce périple, je vous avais laissé à notre arrivées à Flores, l’île la plus Ouest des Açores, on y a passé 1 mois 1/2 en tout, voyez plutôt :

c’est précis comme ça

Alors, justement, les Açores, qu’en avait t’il été ?

Nous avions mis 17 jours pour rallier St Martin à Flores et à notre arrivée il y avait quelques bateaux amarrés dans le port, dont un rouge qui avait drôlement de la route à le regarder si piteux, avec 6 filles rebelles dedans, quand je dis rebelles c’est des looks pas classiques, il y en a une qu’on a un peu baladée avec nous dans la voiture qu’on avait louée, Pêche qu’elle s’appelait, en vrai c’était Emilie qu’elle a fini par m’avouer mais tout le monde l’appelait Pêche, bon, crâne rasé avec une crête d’iroquois, des tatouages en veux-tu en voilà et en prime elle ne sentait vraiment pas la pêche, mais une vraie crème, elle nous a raconté leur épopée car elles aussi arrivaient de St Martin, elles ont mis plus de deux fois plus de temps que nous, 37 jours, ont dû se rationner car pas assez de bouffe, ni assez d’eau, ni assez de gasoil pour entreprendre cette traversée, pas assez de gaz non plus, elles faisaient brûler du bois sur le pont pour se faire à manger le peu qu’elles avaient, et quand c’était la pétole qu’on a connu, et bin elles attendaient que ça passe, il y en a 2 qui ont été tellement dégoûtées qu’elles sont rentrées en avion en les laissant à 4 pour finir l’aventure de ramener le bateau en France, j’espère pour elles qu’elles se sont mieux organisées pour la suite … mais bon, donc on a loué une voiture et on a visité Flores, que dire d’autre que émerveillement ! Rien. Juste : émerveillement !

Des hortensias partout, le long des routes, des clôtures de prés, dans les champs qui dégoulinent vers la mer, et puis des lacs, et des villages et des vieilles pierres, et des églises aux bondieuseries destinées à faire s’abonner jusqu’après la mort le dernier des mécréants.

j’adore

On a aussi visité le musée de la baleine, les gars c’étaient des vrais cinglés, on a vu un docu d’époque, si ça vous tente voilà (âmes sensibles s’abstenir) : https://youtu.be/VokvwrGP1OA?si=ykg6rOInnfam8c8r

Sinon, et comme je vous l’avais dit la dernière fois, dans le petit port de Flores il n’y a que peu de places, aussi les bateaux se mettent ils à couple, et Whisper of Michaela (bonjour à la VHF quand il faut épeler le nom entier en alphabet marin) était venu s’inviter contre nous, ça crée des liens parce qu’on prend l’apéro, forcément, mais quand nous avons dû partir pour Horta, nos voisins n’étaient pas sur leur bateau, on voulait partir en début d’après midi et le soir arrivait, toujours pas de voisins alors toujours coincés …

Comme d’hab, le capitaine avait un plan, à savoir tirer Whisper of Michaela avec des cordes pour l’écarter de Cap de Miol, sortir Cap de Miol et mettre W. of M. à sa place, voilà l’idée en images :

1 : le petit port de Lajes avec des bateaux partout et W. of M. et nous à couple
2 : le capitaine sur le quai, 2 mètres au-dessus du bateau, tire W. of M. tandis que je pars en marche arrière dans le port sans emboutir de bateau
3 : le capitaine tire W. of M. à notre place et j’attends sagement
4 : je reviens me mettre à couple avec W. of M. pour que le capitaine puisse remonter dans Cap de Miol après avoir amarré W. of M. au quai
5 : on peut partir avec le capitaine à bord

Je l’écoute, c’est la moindre des choses, attentivement, du moins autant que je le puis, émets aussitôt un bémol : il y a plein de bateaux, s’il y a la moindre bourrasque ça va faire les auto tamponneuses, de plus on risque de faire de la casse sur les mâts des bateaux devant nous avec les cordages, mais il n’y a pas de vent isabelle ! on ne risque rien ! un autre navigateur qui passe par là pense comme moi et dit au capitaine qu’il vaut mieux partir plus tard que prévu plutôt que de rester pour faire des constats suite à du cassé de matos, j’opine, d’autant que je ne suis pas si sûre de moi pour manœuvrer dans ce petit espace plein de bateaux, seule à notre bord qui plus est. Les heures passent, toujours pas de voisin, la fumée se met à sortir de plus en plus dense des naseaux dilatés du capitaine, sur le coup de 19h il n’y tient plus et commence à mettre son plan à exécution, l’autre navigateur, voyant cela, vient à la rescousse, finalement c’est lui qui tire les cordages depuis le quai tandis que le capitaine et moi défaisons les amarres des deux bateaux, changeons les pare battages de côté pour revenir à couple avec W. of M., le capitaine saute dans W. of M. pour l’amarrer comme il faut au quai, tout se passe comme sur des roulettes grâce au navigateur qui nous a aidé parce que toute seule pour faire tout ce qu’on a fait à deux on aurait pu craindre le pire, le capitaine revient sur Cap de Miol et nous pouvons filer sur l’île de Faial, précisément à Horta … Horta où nous reverrons le couple qui navigue sur Whisper of Michaela, ils nous diront qu’ils étaient dans le bistrot qui domine le port et qu’ils ont tout vu de la manœuvre, pour autant ils n’ont pas bougé le petit doigt et j’avoue que j’ai trouvé ça bien peu urbain, mais bref, ça va qu’ils sont sympas le reste du temps.

Horta. La Mecque des navigateurs ! s’est exclamé le capitaine (il y en a quelques une des Mecque, c’est aussi ce qu’il s’est exclamé quand je lui ai demandé si nous irions sur l’île de Wight cette fois). Depuis le départ, Horta est une destination qui me fait rêver car elle est mythique, c’est L’escale, LA escale, incontournable pour qui transite par l’Atlantique Nord vers l’Amérique ou l’Europe, tous les vieux briscards de la mer y sont passés, je me sens baptisée, pourtant j’en ai parcouru des miles nautiques, mais justement, être ici le prouve, le tamponne dans mon cœur, je me demandais si j’aurais le cran d’y arriver un jour, on dirait bien que oui.

Au mouillage du port en attendant une place à quai

Et ce qu’il faut savoir aussi, sous peine de passer pour un landlubber, c’est quà Horta, y’a pas moyen, on est obligé d’aller chez Peter, tu ne peux pas arriver à Horta et ne pas passer chez Peter, je tanne donc le capitaine pour y aller, il fait la moue, c’est surfait tu comprends, il paraît que c’est moins bien qu’avant et beaucoup plus cher, mais sacrebleu il ne va pas m’empêcher d’y aller tout de même ?! Même si je dois manger un mauvais fish & chips au prix d’un ortolan, moi je veux y aller ! Bon, on n’ira pas le premier soir, c’est un peu comme coucher, jamais le premier soir, mais on ira, et on mangera très bien à pas cher, surtout les limpets, mmmmmh !

Et puis aussi, et puis surtout, Horta, c’est là où les navigateurs laissent leur empreinte, et depuis le départ j’y pense, le capitaine a pris le temps de choisir une tête de mule qui lui convienne et j’ai demandé à ma fille Caroline de nous faire un beau logo, j’ai acheté des bombes pour tags, le capitaine a trouvé une bonne place et a peint le fond blanc, et moi j’ai fait le logo.

travail d’équipe
ça, c’est fait

Pour ceux qui débarquent, Cap de Miol ça veut dire tête de mule en occitan, et le capitaine répète à qui veut l’entendre qu’on ne sait pas si la tête de mule c’est le bateau ou le capitaine, voilà voilà …

Preuve est faite

A part ça, à Faial il y a plein d’hortensias comme à Flores, des églises à paillettes et des danseurs folkloriques.

En passant, et c’est fascinant, aussi vous pouvez lire ce paragraphe même si vous n’êtes pas passionné de phyto, l’hortensia est utilisé pour ses vertus thérapeutiques, mais oui, vertus diurétiques et antioxydantes, on utilise sa racine et son rhizome pour soutenir le système urinaire, soulager les infections de la vessie et de la prostate, et en prévention de calculs rénaux. Quant aux fleurs, elles ont une action hydratante et adoucissante et elles aident à réduire les irritations cutanées. En pharmacopée Chinoise aussi on utilise de manière générale les racines pour aller plus à l’intérieur, alors que les fleurs sont plus utilisées pour l’extérieur comme la peau, et le plus subtil comme les émotions, c’est formidablement intelligent … Alors justement, l’hortensia est-il utilisé en pharmacopée Chinoise et comment ? Et bien oui ! on utilise spécifiquement l’Hortensia dichroa febrifuga, Chang Shan, qui est de saveur amère et de nature froide (ceux qui s’y connaissent un minimum peuvent in petto en voir l’intérêt) qui est célèbre pour son puissant effet antipaludique et qu’on utilise aussi dans des cas de toux chronique avec beaucoup de glaires, certaines recherches occidentales récentes s’orientent vers un possible traitement des maladies auto-immunes car, dans sa racine, la molécule halofuginone donne l’illusion aux cellules d’être privées de nourriture, ce qui enclenche une réponse métabolique. Avec ça, si notre monde n’est pas merveilleux, je m’appelle Albert. (Je rappelle néanmoins que les plantes ne sont pas forcément nocives et sont mêmes dangereuses si on ne sait pas comment les préparer, quelle posologie adapter et pour qui, et qu’à haute dose Chang Shan est toxique).

Et pour finir, les hortensias des Açores sont bleus de ce bleu si intense en raison de la présence de basalte (une roche magmatique volcanique) dans le sol. C’est beau.

Une dernière pour la route

Le 23 juillet on fait un saut à la capitainerie du port, on attend notre tour à côté d’un petit gars, le capitaine l’aborde à propos d’Alla Grande Pirelli, un Class40, le petit gars se met à papoter avec lui, il doit ramener son bateau à Gênes au chantier, il a eu une fissure dans sa coque avec voie d’eau lors du Québec/Saint Malo et il a dû abandonner, mais il est tout sourire, tout gentil, tout sympathique, en sortant de la capitainerie, le capitaine me dit que c’est Ambrogio Beccaria, un super skipper, et bien il n’a pas du tout la grosse tête,

et il n’est pas grand, c’est bien, ça fait moins de poids dans le bateau.

Après, on a filé sur Pico, du nom du volcan qui la domine du haut de ses 2351 mètres, ce qui en fait le point culminant du Portugal, continent compris. On s’amarre au quai de Lajes Do Pico, le port est petit mais plein de français.

Le capitaine veut évidemment gravir le Pico (heureusement qu’on n’est pas au Népal, il serait fichu de nous faire grimper l’Everest), il faut réserver sur internet parce que le nombre de personnes autorisées à le faire en même temps est limité, las, il n’y a pas de places avant moult, mais il est dit qu’on peut se pointer tôt le matin parce que pas mal de gens réservent mais n’y vont pas et que ça libère des places, donc le capitaine a décidé qu’on ira demain et qu’on le fera dans tous les cas, sa détermination fait plaisir à voir, on se couche assez tôt parce que la rando est réputée difficile et technique, en pleine nuit on entend taper fort sur la coque et ça nous réveille en sursaut, ça tape de plus en plus fort, on bondit dans le cockpit, et là y’a un gars qui nous explique en anglais que là où il s’est amarré ça bouge plus qu’il n’aurait cru alors qu’il voudrait se mettre à couple avec nous … J’explose littéralement. Lui beugle qu’on ne réveille pas les gens à cette heure par manque de confort et qu’il aille se faire foutre, mon vocabulaire anglais dans le registre tournant invariablement autour de la notion de fuck quelque chose, le ton que j’y mets et ma véhémence lui font parfaitement comprendre le sens de ce que j’avance, le capitaine n’est pas en reste pour lui en remettre une bonne couche et on l’envoie sur les roses à coups de pied dans le cul virtuels, il est minuit mais j’ai eu un tel coup d’adrénaline que je ne me rendors que beaucoup plus tard et lorsque le réveil sonne à 5 heures, je suis une loque, maudissant ce crétin de Danois mal élevé. Qu’importe, on y va, emportant avec nous de quoi boire, des trucs énergétiques à manger, et une petite laine parce qu’il ne fait pas bien chaud aux Açores même en plein été.

on voit sans problème que c’est abrupt

Arrivés au pied du Pico, on nous propose de nous asseoir et d’attendre si éventuellement deux places se libèrent en nous armant de patience, finalement au bout de 3/4 d’heures on nous hèle, on nous fait payer et se faire remettre chacun un GPS pour venir nous chercher en cas de besoin. Ah quand même …

– is it so difficult ? demandé je au monsieur en glissant le GPS dans ma poche

– very, very, VERY difficult, me fais-je répondre avec un regard qui confirme ce qui est dit.

Il faut compter 8 à 9 heures, c’est à dire 3 à 4 heures pour la montée et autant pour la descente, ça ressemble à ça tout du long :

le capitaine qui redescend du sommet

On se sert autant des mains que des pieds pour monter, et il vaut mieux choisir la voie qui passe dans les rochers que celle dans de ce qu’on pourrait croire de la terre qui n’ est en fait qu’éboulis qui roulent sous les pieds et rendent l’ascension dangereuse, je l’ai testé après que le capitaine m’eût dit que je n’étais pas obligée de le suivre (sans ajouter comme un petit chien mais c’était l’idée), piquée au vif j’ai pris une autre voie dans les dits éboulis, ai failli me tuer, suis redescendue et ai emprunté le chemin qu’il avait suivi dans les rochers, entendant sa voix crier isabelle ? isabelle ! depuis une corniche d’où il ne pouvait me voir, il ne m’a plus fait de réflexion à la con après ça, quand je pense que dans les randos normales il me dit de le suivre s’il y a lieu de simplement traverser une flaque d’eau, allez comprendre.

Je me suis arrêtée au cratère et j’ai regardé le capitaine grimper jusqu’au sommet sans moi, ce n’est guère plus haut mais je sentais que j’avais intérêt à garder le reste de mes forces pour la descente …

Je sentais déjà que ça allait me refaire le coup de Table Mountain

On nous a bien dit que la descente était plus dangereuse que la montée et je veux bien le croire, on s’y engage avec prudence, malgré tout on voit un gars qui nous dépasse au petit trot, ce qui évoque de la nostalgie au cœur du capitaine, ah oui, quand il était jeune, moi-même, quand j’étais jeune, je n’ai jamais pris de risque, fut-ce infime, bien trop peur d’avoir mal, c’est ce que je dis au capitaine pour tenter de le consoler mais est-il seulement consolable, pas longtemps plus tard, on voit au loin des sauveteurs entourer une personne au sol, c’est le gars en question qui s’est proprement ramé et est descendu en barquette, pour le coup au petit trot, mais

et ça l’a un peu consolé tout de même.

Ensuite nous sommes allés à Velas sur l’île de Sao Jorge, puis Santa Cruz sur Graciosa, et Angra do Heroismo sur Terceira, voici un petit aperçu :

Sao Jorge

Alors si, en arrivant sur Sao Jorge, Whisper of Michaela nous envoie un WhatsApp pour nous dire qu’il a vu le bateau de Pierre Rolland qui a l’air de venir sur Velas, et pas longtemps après que nous ayons mouillé devant la petite marina où nous irons ensuite, le capitaine voit arriver un bateau en alu, saute dans l’annexe et file à la rame saluer Pierre Rolland. Si ça ne vous dit rien, à moi non plus ça ne disait rien jusqu’à ce que je connaisse le capitaine, mais Cap de Miol c’est un plan Pierre Rolland, ça veut dire que Pierre Rolland est l’architecte naval qui a fait le plan de Cap de Miol, pour moi une légende, donc, à chaque fois que quelqu’un demande au capitaine ce que c’est son bateau, il répond un plan Rolland, genre c’est de qui ce tableau, un Picasso.

On passera 3 soirées avec lui, sa femme et un sien cousin, on échangera histoires et anecdotes de navigations, Pierre Rolland est un exemple d’humilité et de simplicité, je lui poserai pas mal de questions pour avoir son point de vue, notamment à propos d’homme à la mer, et là il me dit que la priorité c’est d’arrêter le bateau tout de suite, je m’exclame que c’est mon point de vue depuis le début, que rien que d’imaginer des tas de manœuvres qui éloignent le bateau du malheureux naufragé ça me paraît perdu d’avance, je me suis retournée vers le capitaine en clamant que Pierre dit qu’il faut arrêter le bateau, le capitaine a eu sa moue qui ne veut pas créer de polémique mais qui n’abonde en aucun cas, je ne suis pas revenue sur le sujet, de toutes façons c’est celui qui reste dans le bateau qui est maître à bord.

Et puis Graciosa :

On était garés dans le petit port de pêche de Porto de Praia sur Graciosa
Magnifique Graciosa
Praia dos Biscoitos à Terceira : aux Açores il n’y a pratiquement pas de sable, la majorité des plages sont des coulées de ciment entre des roches volcaniques

On fera des randos superbes, entre les pins, les vaches et les hortensias, justement à Terceira, en passant dans un champ à vaches, le capitaine s’est mis à chanter de sa belle voix mâle
Enfants, voici des bœufs qui passent
Cachez vos rouges tabliers
!

C’est du Brassens, je ne la connais pas, grave lacune, le capitaine sort son portable et me la fait écouter sur YouTube, la légende de la nonne : https://youtu.be/5CFP58544SM?si=OmNIEmH6cyd-J22z

Depuis je l’écoute souvent, c’est un poème de Victor Hugo daté de 1828, Brassens n’en a conservé qu’une partie dans sa chanson, c’est délicieux, voyez par vous-même : une jeune fille se fait nonne mais tombe amoureuse d’un brigand, lui donne rendez-vous et avant de consommer quoi que ce soit, Dieu les foudroie, Saint Ildefonse a exigé que l’on raconte cette légende aux jeunes novices afin de les détourner de la tentation de l’amour physique (étonnez vous avec un prénom pareil).

Bucolique

Les Açores, c’est des devantures de maisons pas possibles :

Des vieilles pierres :

Des églises et des dorures en pagaille :

On a rencontré un français qui y vit depuis 18 ans et y a ouvert plusieurs restaurants, il nous a dit sans ambages qu’en dehors des mois de juillet et août lors desquels se déroulent quelques animations pour les touristes, le reste du temps on se fait chier. Et je dois dire que c’est un peu l’impression que ça m’a donné, parce que dans les villages des petites îles il n’y a pas de place arborée accueillante comme on peut en voir dans le sud de la France par exemple. Quand j’ai avoué ce sacrilège au capitaine, il s’en est ému, les Açores sont dans son top 3, je lui ai dit que moi aussi j’ai adoré les Açores, mais ajouté

– la nature ! oui, la nature est fabuleuse ! mais les bleds, bon, les façades des maisons sont bien blanches et propres, mais dans les rues c’est … froid !

Alors bien entendu il y a les villes comme Horta ou Angra do Heroismo qui drainent du monde et dans lesquelles il y a de la vie, des restos, de jolies places avec des terrasses, mais cela reste peu répandu.

On a terminé par l’île de Sao Miguel, dans la grande marina de Ponta Delgada. Alors là oui bien sûr, c’est la capitale des Açores, 64000 habitants, beaucoup de touristes, beaucoup de vie nocturne, si on aime les vaches et les hortensias ce n’est pas là qu’il faut aller.

Marina qui laissera un souvenir moindre que celle de Mindelo, mais qui bouge diantrement !

Mais il n’y a pas que Ponta Delgada à Sao Miguel, l’île est tout aussi riche en paysages, fleurs, vaches et randos exceptionnelles :

Et il y a même deux plantations de thé, Cha Formoso et Cha Gorreana, les seules plantations de thé européennes à des fins industrielles, nous avons visité celle de Cha Gorreana, la plus ancienne fabrique de thé d’Europe, en activité depuis 1883, et je peux vous dire que leur thé est bio et délicieusement subtil en plus d’être incroyablement bon marché.

Et des monuments

Le monument au Toiro à Angra Do Heroismo est une sculpture de 11mètres de haut et revêtue de bronze, qui rend hommage à la culture autour des taureaux de l’île de Terceira.

La veille de partir pour repasser Gibraltar, ça sent grave le retour à la maison, la veille donc, nous allons faire le plein au ponton de gasoil de la marina de Ponta Delgada, il n’y a pas beaucoup de vent et le capitaine me laisse la barre pour m’enhardir aux manœuvres de port, jusqu’au moment de se coller au ponton tout va bien et je propose au capitaine d’achever la manœuvre tandis que je sauterai sur le quai pour amarrer comme je sais bien le faire désormais, ça oui, mais le capitaine inverse les choses, c’est lui qui va sauter sur le ponton et moi qui vais accoster au quai, il me guide par rapport au vent qui nous éloigne du quai, j’arrive avec un peu de vitesse à 45 degrés du quai, hop point mort et je pousse légèrement la barre pour nous coller au quai, le capitaine descend en m’épatant de sa nonchalance et s’en va mettre la garde sur un taquet, je deviens nerveuse parce que le vent éloigne déjà Cap de Miol du quai, je vois que le capitaine a mal mis la garde et qu’elle va riper du taquet, il est parti pour mettre une amarre arrière et je le hèle, la garde fout le camp ! va remettre la garde ! c’est tout juste s’il ne sifflote pas en revenant vers le taquet, je crie dépêche toi ! grossière erreur, il ralentit encore le pas, faut dire qu’il y a plusieurs personnes sur le quai alors il ne faudrait pas leur donner l’impression d’une précipitation de débutant, BAM ! la garde se détache, le vent pousse Cap de Miol qui s’éloigne du quai, la garde et les amarres tombent à l’eau, je suis seule à bord, mon pire cauchemar…

Pleine lune au-dessus de la marina de Ponta Delgada

A little bit more if you please (faut que je m’entraîne) :

  • Limpet :  aussi appelé patelle/bernique est un coquillage commun, en forme de chapeau chinois

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

3 commentaires sur « Où il est question de nouvelle aventure, de la fin de la précédente et d’un baromètre (1/2) »

  1. Merci Isabelle, C’est un vrai bonheur de voyager avec vous, que de péripéties, symboles de la vraie Vie. Les photos sont splendides, les commentaires humoristiques. Grand merci.

    Cordialement Claudine


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