Au pays du trèfle à 3 feuilles

Deux heures après avoir passé le Fastnet Rock, nous arrivons à Crookhaven, notre première escale irlandaise,

c’est vert comme promis, paisible, et ensoleillé, c’est en prime le soleil, on a du pot, aussitôt amarrés nous mettons l’annexe à l’eau et comme le capitaine a décidé que nous irions visiter le coin en vélo, il les sort du fin fond du coffre arrière où il a réussi à les caser en pièces détachées, les remonte, et nous les amenons l’un après l’autre à terre, tout ça prend son temps et j’admire le capitaine qui ne rechigne jamais à s’emmerder à le faire, il a en lui une forme de perfectionnisme (psychologiquement parlant : la personne perfectionniste s’impose des standards d’excellence extrêmement difficiles à atteindre, voire impossibles) (bon, on n’en est pas là, mais sur une échelle de 0 à 10, il varie de 3 à 6 selon les jours), en tous cas il est besogneux, c’est clair.

Celui là c’est celui que j’utilise, il appartient au capitaine qui me le prête en me conjurant de changer plus souvent de plateau tandis que je renâcle à le faire parce que ça le fait dérailler, je pense que le vélo est trop vieux, lui pense que je ne sais pas me servir de la technologie vélocipédique moderne, comme toutes les femmes, il me l’a dit, je peux bien le croire sur parole.

Le village est bien joli,

et avant de partir à la découverte de l’île d’émeraude, comme il nous tient à cœur de fêter dignement notre arrivée dans ce pays réputé accueillant et, il faut bien l’avouer, parce qu’on a une furieuse envie de boire un coup réconfortant après ces quelques jours de nav, nous entrons d’un pas décidé dans le pub du bled, chez O’ Sullivan, et commandons deux Guinness, c’est la moindre des choses que de goûter au breuvage local,

C’est pas qu’on est les seuls, c’est que les locaux sont tous dehors en bras de chemise mais que le vent est fort frisquet pour qui n’est pas né au pays

moi j’ai goûté une fois une Guinness dans le pub irlandais d’un terminal d’Orly il y a des décennies, j’avais trouvé ça dègue, tandis que ça va être une première pour le capitaine, autant vous dire que nous sommes tous les deux dans une grande attente de voir ce que ça donne, mais le patron nous arrête d’un geste et nous balance en français mâtiné d’un fort accent régional :

– ici vous êtes dans le comté de Cork, on ne boit pas de Guinness mais de la Murphy’s ou de la Beamisch !

et c’est sans appel, alors on commande deux Murphy’s, mais pour de vrai, ça me fait chier. En plus il en a, de la Guinness. Mais bon, il fait faim aussi et sur le tableau du menu je vois un open crab sandwich, vendu, le patron me dit qu’il fait la meilleure salade de crabe d’Irlande, il a intérêt pour me consoler de la Guinness, et là, mes amis, je mange la meilleure des meilleures salades de crabe de ma vie, un coup à s’installer ici à demeure. Je ne sais plus ce qu’a mangé le capitaine, mais il a eu tort, une fois repus, il ne nous reste qu’à visiter le coin.

Avant je fais tout de même un saut à ce qui s’appelle, selon Google, la supérette du bled, une pièce sombre et humide dans laquelle s’entasse des cannettes de sodas et des paquets de chips, espérant trouver du pain, j’en trouve, de ce pain de mie blanc sans croûte et en sachet qui colle aux dents parce que ça doit être fait avec du plâtre plutôt que de la farine, on s’en contentera, la jeune femme derrière la caisse est d’un roux flamboyant, il paraît que c’est un cliché des plus éculés que de croire qu’il y a une tripotée dingue de roux en Irlande mais j’en ai déjà vu plusieurs, alors hasard ou coïncidence, toujours est-il que je me renseigne et voilà ce que ça donne et tenez-vous bien : ce n’est pas l’Irlande qui possède la plus grande proportion de personnes rousses mais … l’Ecosse ! avec 13% de la population, pour seulement 10% en Irlande, mais 40% de la population s’y trimballe avec un gêne roux, gêne récessif cependant, qui fait que ça va se perdre au fil des siècles et des mélanges, et c’est bien dommage, je ne sais pas si les rousses et roux sont toujours autant stigmatisés, les légendes, mythes et superstitions à leur propos n’ont pas manqué, du feu de l’enfer à la sorcellerie en passant par le fait d’avoir été procréé pendant les règles de leur mère (il était interdit d’avoir des rapports sexuels durant ces périodes, rappelons le), l’imbécilité humaine n’a pas de fond, il paraît qu’encore aujourd’hui les personnes rousses se font moquer dans la cour d’école, j’espère que c’est faux, pour eux autant que pour l’élévation de l’humanité.

L’Irish Redhead Convention est un festival irlandais qui se déroule chaque année au mois d’août, et qui a pour vocation de célébrer les gens roux

Mais renseignons nous un peu plus sérieusement sur l’Irlande, c’est le moment ou jamais : les premiers habitants y sont arrivés il y a 10500 ans (on le sait  grâce à des découvertes archéologiques, avant cette période, le climat irlandais était trop rigoureux, des glaciers recouvraient une grande partie de l’île) (ils sont trop forts les scientifiques), les Celtes sont arrivés en -500, les Vikings aux 9 et 10èmes siècles et les Normands au 12ème, marquant le début de la présence anglaise. C’est St Patrick qui a introduit le christianisme au 5ème siècle, il a utilisé un trèfle à 3 feuilles pour expliquer la Sainte Trinité aux Celtes païens, le gros malin, chaque feuille représentant le Père, le Fils et le Saint-Esprit tout en faisant partie d’une seule et même entité, et c’est comme ça que le trèfle est devenu un symbole emblématique de la Saint Patrick et de l’Irlande, on ne sait pas quand est mort le Saint homme mais on lui a attribué la date du 17 mars, devenue fête nationale de l’Irlande et de la St Patrick que l’on célèbre en s’habillant en vert, en mangeant des plats irlandais traditionnels et en buvant de la bière, en France on n’a gardé que la bière.

Mais quid de ce qui s’est passé entre l’Irlande et l’Angleterre ? Voilà en très très gros mais largement suffisant pour ne pas avoir mal à la tête : la conquête de l’Irlande par l’Angleterre a commencé au 12ème siècle et s’est poursuivie par intermittence pendant des siècles, tout ça parce que l’Irlande possédait des terres fertiles et des ressources naturelles convoitées par les Anglais, notamment le bois, le bétail et plus tard, le charbon, et que les rois d’Angleterre voyaient l’île comme un territoire stratégique et une source de revenus potentiels. Sans parler, mais justement parlons en, des désaccords religieux qui ont commencé au 16ème siècle avec la réforme protestante en Angleterre qui a conduit à une séparation religieuse entre les deux pays (Henri VIII s’est séparé de l’Église catholique pour des raisons personnelles et politiques, liées à son désir de divorcer de sa femme, Catherine d’Aragon, afin d’épouser Anne Boleyn. Le pape Clément VII ayant refusé d’annuler son mariage, Henri VIII a décidé de rompre avec Rome et de fonder sa propre Église, l’Église d’Angleterre, dont il est devenu le chef suprême. Encore un gros malin). L’Angleterre, devenue majoritairement protestante malgré cette évolution tout à fait discutable, pour ne pas dire douteuse, a cherché à imposer sa foi sur l’Irlande majoritairement catholique, ce qui a entraîné des conflits et des tensions qui persistent encore aujourd’hui.

Depuis 1921 il y a deux Irlande : l’Irlande du Nord, celle des unionistes qui préfèrent le maintien des liens avec le Royaume-Uni, et la République d’Irlande, celle des nationalistes qui souhaitent l’indépendance et l’unité de l’île (Etat Libre d’Irlande avant de devenir la République d’Irlande en 1949). Les derniers affrontements notables entre les deux Irlande, on se souvient entre autres du Bloody Sunday en 1972, ont pris fin (plus ou moins) avec la signature de l’Accord du Vendredi Saint en 1998.

Depuis il y a eu le Brexit, qui a transformé la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande en une frontière extérieure de l’UE, ça n’a pas simplifié leurs affaires, le protocole de Windsor a été mis en place pour gérer les flux commerciaux (maintient de l’Irlande du Nord dans l’union douanière européenne, tout en faisant partie du territoire douanier du Royaume-Uni) et comme toujours il y a deux camps, certains unionistes voient le Brexit comme une dilution du lien avec Londres, tandis que les nationalistes y voient une opportunité de rapprochement avec la République d’Irlande… quel gâchis, quand on sait qu’à la base c’est juste Henri VIII qui voulait divorcer…

Pour finir, l’Irlande est appelée Éire dans la langue irlandaise, et Ulster est l’une des provinces historiques, située au nord de l’île. 

Nous voilà aptes à répondre à un QCM sur le sujet.

Pour notre première balade à vélo sur le sol irlandais, nous pédalons jusqu’à Mizen Head, ici tous les caps portent le nom de Head, Head de ceci, Head de cela, le cap Mizen, donc, est souvent considéré comme le cap de plus méridional de l’Irlande mais il n’en est rien puisque c’est Brow Head qui l’est, qu’on se le dise, encore des gros malins qui ont su tirer parti d’un coup de bluff pour faire de Mizen Head un pôle d’attraction touristique avec boutique de souvenirs à l’avenant, le capitaine trouve un bonnet waterproof indispensable pour la navigation dans le coin (la limite c’est que le bonnet en question remonte en forme de capote sur le crâne et ça lui fait une drôle de tête) et m’en offre un bien chaud que je choisis tricoté main qu’ils disent, qui reste bien enfoncé sur les oreilles, on opte toujours pour des souvenirs utiles tant qu’à faire. Le coin est d’autant plus joli qu’il fait beau :

Il y a un musée qui vante le passé des sauvetages épiques des marins du coin, son phare et son pont,

pont suspendu (à plus de 300 mètres de hauteur selon le Guide Irlande.com et à seulement 45 mètres selon voyageirlande.com) pour relier à l’Irlande l’îlot sur lequel se trouve le phare :

quelle que soit sa hauteur, ça reste impressionnant

Au loin on voit le Fastnet Rock :

Et un voilier qui arrive !

Le lendemain c’est vélo + rando, on a autant besoin de se dérouiller les jambes que de découvrir l’Irlande, et comme nous ne sommes pas loin du Dunlough Castle, aussi appelé Three Castle Head, nous y allons, c’est notre premier château et on n’a pas fini d’en voir, croyez moi. Il a été bâti en 1207 par Donagh O’Mahony, un chef du très ancien clan irlandais O’Mahony, il doit son nom à ses trois tours dont seule celle de l’Ouest aurait été habitée, comme il se doit il est hanté mais mieux vaut ne pas voir le fantôme de la dame blanche qui y rode car cela signe la mort prochaine de celui qui la voit, vous êtes prévenus.

On notera l’aridité du paysage environnant, mais j’y reviendrai plus tard

Le lac est plein de nénuphars blancs en fleurs, comme j’avais évoqué ses vertus et utilisations dans un article aux Marquises, je n’y reviens pas, il faut suivre un peu !

Par contre voilà mes premières fleurs du coin, je vous en fais un peu profiter, je ne vous dis pas à quel point je suis enthousiaste de voir ce qui pousse par ici :

Si je peux commenter selon mes idées, quand on sait que les plantes, arbres et fleurs qui poussent dans une région ont des vertus capables de soigner les maux inhérents à la région en question, on peut penser que le Lotier Corniculé est là pour aider les déprimes dues au manque de soleil (1100 à 1600 heures d’ensoleillement par an, ce qui en fait le 4ème pays le moins ensoleillé au monde, le premier étant les îles Féroé avec 840 heures, le plus ensoleillé étant l’Egypte avec plus de 4000 heures de soleil par an) et l’Armenia Maritime pour renforcer le Wei Qi (ou énergie défensive) de la peau afin d’être plus résistant au vent et à l’humidité du climat. Et c’est génial.

Nous avons toute l’Irlande à remonter aussi nous ne nous attardons pas et reprenons notre fier navire pour aller à Castletownbere, à l’entrée de la baie de Bantry, on pourrait croire que son nom fait mention du château de Dunboy à 3,6 kilomètres de là mais il n’en est rien, pour autant et en toute logique il fait bel et bien référence à un château aujourd’hui disparu, celui de la famille MacCarty, vous savez tout, ou presque, mais je vous fais cadeau des luttes intestines de tous les clans des O’ et des Mac et des châteaux incendiés dans les bagarres.

A part cela, Castletownbere est la capitale Irlandaise du corégone, mais qu’est-ce que le corégone me direz-vous, et bien c’est tout bonnement un poisson voisin du saumon, elle est également l’un des cinq plus gros ports de pêche d’Irlande mais un accord de commerce et de coopération entre l’Union européenne et le Royaume-Uni post-Brexit lié aux quotas de pêche les a mis en vilaine posture …

leur flottille de pêche est magnifique et les bateaux super entretenus
et leurs devantures hautes en couleurs !

Le lendemain, escale à Adricole, RAS, avant d’aller sur Glengarriff le jour suivant … Glengarriff ! Emotion !

Des rhododendrons ! partout partout partout !

et plein de phoques !!

Glengarriff c’est tout petit en soi, 200 habitants, 250 phoques, on met l’annexe à l’eau pour aller les voir de près, c’est impossible à la voile car il n’y a pas assez de fond, on les dérange pendant la sieste, ils nous regardent arriver et se laissent glisser dans l’eau sur notre passage, or il y a un ballet incessant de bateaux locaux qui trimballent des touristes pour leur faire voir les dits phoques contre espèces sonnantes et trébuchantes, et celui qui arrive plein gaz juste après nous nous abreuve d’injures, comme si on n’avait pas le droit nous aussi de venir voir les phoques, je me retourne vers le capitaine,

– dis donc, la légendaire amabilité des Irlandais s’arrête là où on commence à parler d’argent dirait-on !

En même temps on n’est pas très loin de l’Ecosse.

Plus 1 château, gothique le château, racheté en 2023 par l’homme d’affaires Peter McGill et rénové pour en faire sa résidence, j’espère qu’il a prévu un budget conséquent pour le ménage.

6 millions d’Euros de travaux pour retaper la ruine

Si le rhododendron est superbe à voir, ici il est devenu invasif et il met en péril la biodiversité locale, cependant je ne sais pas ce qui est prévu pour endiguer le phénomène, en attendant c’est drôlement beau à voir.

Il y a plusieurs variétés de rhododendrons et il faut toujours regarder quelle variété traite quels maux, ceci étant valable pour toutes les plantes par ailleurs

Et puis on va se planquer dans la marina de Lawrence Cove parce qu’un coup de vent arrive et il vaut mieux être planqué.

D’escale en mouillage et de mouillage en marina, on ne fait pas de longues distances, alors on pourrait croire que les navigations sont des parties de plaisir, je vous rassure, il n’en est rien : cette côte ouest (rien à voir avec le feuilleton au titre éponyme que j’avais suivi assidûment à l’époque de ma jeunesse) est exposée à l’océan Atlantique à des latitudes supérieures à 50 degrés, alors on n’est quand même pas dans l’hémisphère Sud au niveau des 50èmes hurlants, mais bon, c’est pas rigolo rigolo tous les jours par ici, il y a beaucoup de vent, beaucoup de mer, une grosse houle, de la pluie, des grains et des orages, sans parler des courants et du ressac à chaque pointe que nous passons, le bon côté c’est qu’il n’y pas la foule de la Corse au mois d’Août, les seuls bateaux que l’on voit sur l’AIS sont les pêcheurs et les ferries quand il y en a.

on voit mieux les découpes

Rien à voir avec les nav en tongs … en plus on a beau être fin mai, on se pèle, on se déguise en cosmonaute le jour et le soir le capitaine fait du feu dans le poêle à mazout (je me mords les joues pour ne pas pouffer quand je dis poêle à mazout au capitaine, je tiens à garder ce qui me reste de dignité),

et c’est pas facile, allumer ce fichu poêle à mazout est un tour de force, et pourtant il a choisi le plus facile à allumer avec une ventilation adéquate, mais il est obligé de mettre une lampe frontale et de prendre un petit miroir pour aller voir ce qui se passe au fond du poêle quand il jette un petit bout de papier-cul allumé pour lancer la machine (plus tard il achètera du papier à rouler les cigarettes pour faire moins de suie dans la poêle, mais de toutes façons ça fait vachement de suie), il laisse la porte du poêle ouverte pour vérifier que ça marche et pendant ce temps, dans le faisceau de la lampe frontale, je le vois qui se prend toute la fumée dans le nez, des fois ça part du premier coup, des fois non, ça le rend nerveux (c’est un euphémisme), il exige que j’ouvre tout le bateau pour évacuer la fumée et l’odeur du gasoil, alors d’un côté le poêle donne à peine un peu de chaleur et de l’autre ça vente dans tout le bateau, le calcul est vite fait, mais j’ai bien appris qu’on ne contrarie pas le capitaine énervé, et puis quand le bateau est bien aéré, on ferme les capots, et au bout d’un certain temps il commence à faire bon dans le bateau et nous nous réjouissons de concert d’avoir chaud, le poêle, après avoir été couvert d’injures les plus farfelues, devient la plus belle invention que l’homme ait jamais faite, le plus important c’est que ça assèche l’air dans le bateau parce que c’est hyper humide et rien ne sèche, en plus ici ils vendent le sel dans des boites en carton et le carton de la boite de sel est tout trempé, c’est pas très malin.

Mais on aime bien.

Allez comprendre.

Peut-être parce qu’il y a des moments aussi magiques que fugaces :

j’en reviens toujours pas d’avoir réussi à le capter celui-là

Et donc je vous disais qu’on file se planquer à Lawrence Cove Marina, qui se trouve sur la petite île dans Bantry Bay, pour laisser passer le coup de vent de Sud-Ouest (SW écrit le capitaine dans son journal de bord), on a beau être protégés, quand c’est comme ça le vent siffle dans les mâts, les pontons et les bateaux bougent et oscillent, tintin pour vraiment se reposer.

c’est ce qui nous arrive dessus, mais on est à l’abri et on peut faire du feu, ça suffit à mon bonheur

On en repart le 27 pour repasser à Castletownbere faire quelques emplettes pour avoir de quoi manger, et dès le lendemain nous allons sur Darrynane Harbour, environ 30NM à faire, avec la grosse houle créée par le fameux coup de vent et le courant contre le vent au cap de Dursey Island (je vous avais dit, quand nous avons navigué dans le canal du Mozambique, ce qui se passe quand le vent souffle dans un sens et que le courant va en sens contraire : ça lève des vagues courtes, et le bateau se balance grave) au loin on voit le phare de Bull Rock et la petite île de Cow, je zoome pour les prendre en photo,

et assez tard parce que le vent est tombé et que notre moyenne a chuté de concert, nous arrivons en serrant les fesses à Darrynane Harbour (c’est écrit comme ça sur Navionics) ou encore Derrynane Harbor (sur les sites de nav), en serrant les fesses parce que le passage pour y entrer est tout étroit et pas profond et qu’il y a toujours cette houle et ces vagues qui déferlent, ça me rappelle certaines entrées dans certains lagons de Polynésie, le capitaine craint que le mouillage ne soit pas tranquille, je le rassure, lui rappelle qu’il pense toujours que ça ne sera pas tranquille mais que ça l’est à chaque fois car il sait parfaitement choisir ses mouillages, il se glisse comme un chef entre les rochers et nous posons l’ancre dans une eau qui frémit à peine, c’est fou comme ça repose un calme aussi soudain, comme dit mon cousin Patrick (qui a beaucoup navigué) tout n’est plus que luxe, calme et volupté.

j’ai pris la photo depuis la terre où nous irons demain

Vue en cinémathèque du phénomène :

J’insiste, mais ce mouillage est vraiment dingue, je le recommande

Et comme vous l’avez compris, le lendemain on s’en va se balader à terre, sur le chemin au Nord-Est de Darrynane et sur Abbey Island, en notant l’heure des marées pour ne pas se faire avoir au retour, c’est mon anniversaire alors une chouette balade s’impose, avec mon beau bonnet de Mizen Head vissé sur le crâne.

Je fais une drôle de tête mais le capitaine met toujours un temps fou avant d’appuyer sur le bouton alors c’est pour ça.

un beau bonnet ma foi

C’est beau, c’est plein d’herbe qui ondule sous le vent, exactement comme j’imaginais l’Irlande,

et des fleurs qui font ressembler les prés à des champs de coton, ce sont des Joncs à Duvet, ou Linaigrettes à feuilles étroites (Eriophorum augustifolium), cette fleur est devenue l’emblème du comté du Grand Manchester en Angleterre, leur soie n’est pas adaptée au tissage mais on les utilisait pour faire des pansements ou des mèches de bougies, faire du papier et rembourrer des coussins, dans la pharmacopée Amérindienne on utilisait leurs feuilles et leurs racines aux vertus astringentes pour traiter la dysenterie :

Il nous reste bien des miles à faire pour remonter toute cette côte ouest, aussi nous ne tardons pas et reprenons la mer dès le lendemain, c’est moi qui suis à la barre pour sortir du mouillage qui rendait le capitaine nerveux à l’arrivée, je supplie le capitaine de prendre la barre, nous imagine déjà projetés sur les rochers et rejoignant la terre à la nage, il ne cède pas, me dit que j’en suis tout à fait capable, finalement je sors de là sans encombre, si on ne compte pas les dégâts sur mon cœur qui se coince comme un encombre majeur.

Il fait beau, c’est suffisamment rare pour le noter, mais la mer est fidèle à elle-même :

en vidéo ça ne rend pas la réalité, les vagues paraissent toujours insignifiantes, il faut tenter l’expérience pour vraiment comprendre !

Si vous en voulez encore un peu :

  • Le terme patronymique Ó, et ses variantes : Ua, Uí, Í Uaí, signifie descendant de, ou petit-fils de, lorsque les noms irlandais ont été anglicisés, le Ó a été généralement soit supprimé, soit écrit O’. Le Mac ou Mc signifie fils de.
  • Un dicton populaire Irlandais très sage : Il n’y a que deux choses dont il faut s’inquiéter : être en bonne santé ou être malade. Si tu es en bonne santé, alors il n’y a rien à craindre, mais si tu es malade, il n’y a que deux choses dont il faut s’inquiéter : guérir ou mourir. Si tu guéris, il n’y a rien à craindre, mais si tu meurs, il n’y a que deux choses dont il faut s’inquiéter : aller au ciel ou en enfer. Si tu vas au ciel, tu n’as rien à craindre, et si tu vas en enfer, tu seras tellement occupé à saluer tous tes amis que tu n’auras pas le temps d’avoir peur !
  • D’où vient l’expression « espèces sonnantes et trébuchantes » : au Moyen-Age, les espèces désignaient les pièces de monnaie métalliques. Ainsi, pour vérifier leur authenticité, on vérifiait leur alliage en les laissant tomber sur une surface dure. Le son clair et cristallin était gage de qualité. Il ne restait plus qu’à passer à la pesée avec un trébuchet (une petite balance à plateaux qui servait aux orfèvres). Un paiement en espèces qui passait les deux tests – « sonnantes et trébuchantes » – était donc considéré comme honnête. Au fur et à mesure du temps, cette désignation s’est étendue à toute forme d’argent, comme les billets, et signifie également payer immédiatement.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

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