Avant toute chose : une manipulation aussi absconse que malheureuse avait publié une partie de cet article que j’étais en train de rédiger, n’en tenez pas compte, c’est maintenant que l’article est le bon !

Après avoir scrupuleusement étudié les GRIB, le capitaine a dit qu’on partirait le mardi 26 pour avoir du vent, d’après ses premières estimations on devra faire du spi, bon, on n’y est pas donc on ne va pas tirer des plans sur la comète, le dimanche précédent ce départ est dédié aux courses et aux rangements, mes cuisses sont presque guéries et c’est tant mieux car je n’aurais pas réussi à rester debout dans le roulis, je n’avais pas osé évoquer cette éventualité au capitaine de peur d’un coup de sang, lundi douanes et immigration au Royal Yacht Club et dans les administrations ad hoc, on fait la queue au milieu de matelots harassés qui arborent des têtes de tôlards sortant d’un cachot, titubants, passeport à la main, pas facile, des paperasses à n’en plus finir qui finissent dans un tiroir, agrafées dans une belle chemise cartonnée avec Cap de Miol écrit en gros, en plus il faut aussi leur envoyer toutes ces paperasses par mail alors photos , mises en forme en PDF, envois, le capitaine va rendre la voiture pendant que je cuisine pour les premiers jours en mer, quand il revient je le monte au mât pour tester le second anémomètre qui n’a jamais fonctionné, qu’on a rapporté en France, envoyé chez Nke qui nous l’a retourné en nous disant qu’il marchait, le capitaine le monte : il ne marche toujours pas et ça nous indique toujours panne bus sur le pilote, il remet l’ancien en me disant, une fois redescendu promptement du mât (maintenant je sais le descendre promptement sans craindre qu’il s’écrase sur le pont pour agoniser sous mes yeux navrés) en me disant, donc, qu’il espère que celui-là tiendra le coup, on fait de l’eau, il est déjà 20h et on va dîner au resto pour ce dernier soir en Afrique du Sud.
Lendemain matin, on termine les quelques bricoles et on part à 12h45 au lieu des 9h indiquées par le capitaine à l’immigration malgré mon sourire narquois quand il avait avancé cet horaire incongru, j’dis pas, si on avait seulement quelques miles à faire pour arriver je ne sais où quand il fait encore jour, partir à 9h serait opportun, mais là !

Le capitaine a demandé qu’on nous lève le pont pour sortir donc faut pas traîner, pas de vent alors hop on enlève toutes les amarres, le bateau s’éloigne déjà quand le capitaine saute dedans et prend la barre, c’est parti, puis un HURLEMENT,
– LE FIL !!!
– Quel fil ?
– Le branchement électrique !!
Bon sang on n’a pas débranché le câble qui nous met l’électricité sur le bateau, c’est pas un fil c’est un câble, me retiens je de lui souligner, ce qu’il ne manquerait pas de faire dans le sens inverse, le capitaine passe la marche arrière d’un grand coup et fait rugir le moteur tandis que je bondis sur la jupe et saute sur le ponton telle Fantômette de toit en toit, file débrancher le câble, le prends à bras-le-corps et saute in extremis dans le bateau parce que le capitaine, comptant sur ma célérité, est déjà reparti en marche avant, son optimisme passager fait chaud au cœur, cette fois c’est bon on a tout, je range les pare-bat et les amarres alors ça me prive d’un dernier coup d’œil sur Cape Town, mais à l’odeur aussi abjecte que reconnaissable je sais que c’est la sortie, on part au moteur et puis le vent monte un peu quand on arrive au niveau de Robben Island, sans attendre on se met face au vent et on envoie la GV, au fur et à mesure qu’on hisse, le vent passe à 15, à 20… 25 nœuds ! Le capitaine me dit qu’on prend un ris, ok, et puis il a vu la météo alors il me crie qu’on en prend 2, nickel, 30 nœuds quand c’est fait, il rigole, dis donc quand ça rentre ça rentre ! Il avait lu que ça allait rentrer et ça n’a pas loupé.

En me retournant je vois Table Mountain et le chemin de Platteklip Gorge est super visible, dire qu’on est monté là-haut, 1086 mètres d’altitude de marches !

je vous le mets en rouge pour que vous voyiez bien :

35/38 nœuds au portant, de la mer, du mal de mer, GV 3 ris et trinquette, puis génois tangonné dans la nuit avec 2 ris, le capitaine a tangonné tout seul pour me laisser dormir car ce n’est pas facile d’y réussir, je n’ai rien entendu.
Ensuite ça se calme, 25/28 au bout de 3 jours et 3 nuits pas reposants, puis 20/23 toujours portant, grosse houle, 2 ris GV et génois en ciseau, le vent est frais mais le capitaine ce héros a pris une douche sur la jupe, tous poils hérissés, moi j’attendrai que la mer se calme un peu et que le vent se réchauffe, on est plutôt crevés car ça bouge beaucoup et il y a pas mal de cargos plus quelques bateaux de pêche, donc on se lève fréquemment la nuit pour surveiller tout ça, parfois la vie en mer n’est pas une sinécure… Starlink fonctionne parfaitement mais on a encore cassé une pale de l’hydro générateur parce qu’on va trop vite dans les pointes, c’est pour ça que le capitaine a pris 3 ris à la GV, pour économiser Tintin, si ce n’était que moi qui réclamais, je pourrais bien me brosser tiens, je marmonne ce que je pense planquée dans la cuisine,
– Quoi ?
– Rien rien !
Pas la peine de gâcher l’ambiance.
Au moins quand on navigue ainsi, on maigrit parce que l’appétit est mesuré, c’est ce que je dis au capitaine lorsqu’il se plaint de faire du gras à terre, attends d’être en mer ! il perd son froc au bout de quelques jours, moi je ne sais plus à quoi je ressemble à force de ne pas avoir de miroir, et je n’ose pas le lui demander parce que c’est le genre de truc qu’il faut demander à une autre fille et pas à un mec, encore moins au capitaine, si on veut garder le moral.
Vendredi 29 soir, tiens ça doit être vendredi saint, on n’a plus que 20/22 nœuds au portant mais toujours la grosse houle du Sud, ça vient que ça a bastonné au Sud du Cap me dit le capitaine qui ajoute qu’il ne pensait pas que ça bougerait autant, en même temps, tant que c’est du portant je m’en fiche, on ne court aucun danger et maintenant on est bien amarinés, les nuages noirs n’ont rien donné et on peut dormir la nuit en se levant à tour de rôle pour voir ce qui se passe, à part un cargo qui nous double vers 4 heures du matin, RAS.
Il fait frisquet, le soir on mange à l’intérieur du bateau et on met le cristal, on l’avait même laissé non-stop les deux premiers jours, et on a même sorti des couvertures, c’est dire que ça pèle, moi je préfère, c’est plus facile de dormir quand il fait frais dans le bateau.
Samedi 30 mars vent de 12 à 17, 120 à 130 degrés, le soir ça forcit un peu et le capitaine qui avait eu la cagne de mettre le gennaker ce matin dit que ce n’est plus la peine maintenant parce que ça va forcir et adonner, c’est parfait, et puis on a passé une journée calme et ça fait un bien fou.

Le capitaine ne s’en rend pas compte mais je le regarde souvent, à la dérobée, ses expressions, ses gestes, son visage ou ses mains, maintenant je sais interpréter pas mal de signes, enfin je crois, il m’émeut le capitaine, souvent, je ne le lui dis pas de crainte qu’il ne hausse les épaules en trouvant que c’est bête, en pensant que j’exagère, mais c’est con parce que du coup je l’aime en douce, sur la pointe des pieds, pour ne pas le déranger, alors que je pourrais faire des folies s’il me laissait faire, tant pis.
Dimanche de Pâques, sous spi avec 16 à 22 nœuds de vent, j’ai beau être un peu plus habituée je n’aime toujours pas trop les glissades du bateau sous spi quand on avance à plus de 8 nœuds, malgré tout je fais des crêpes car il n’y en a plus pour le petit dèj du capitaine et le petit dèj du capitaine c’est sacré, je fais carrément une séance de Power Plate debout devant la gazinière, le temps est gris et frais, on a pris une bonne douche sur la jupe et au vent, ça fouette les sangs, entre le spi à envoyer, la douche et les crêpes, la journée y est passée, on a encore des bornes à faire.
Lundi sous la pluie, c’est le 1er avril, on a presque 2 nœuds de courant dans la gueule, tu parles d’un poisson, mardi sous le soleil et les étoiles, on est là :

3 avril, on a passé Greenwich la nuit dernière, on l’a loupé parce qu’on dormait, pourtant j’avais lutté pour rester éveillée mais je n’ai pas tenu le coup et le capitaine s’en fichait pas mal, l’équateur ok, mais Greenwich …
– mais Greenwich c’est l’équateur des longitudes !
– ouaiiif …
Il s’en fout.

Le capitaine pleure, non pas de joie (j’ai rien fait pour) mais parce qu’on n’a fait que 140NM les dernières 24 heures, en même temps ce n’est pas la peine d’aller plus vite sinon on arrivera de nuit à Sainte Hélène, moi ça me va, je lui dis qu’on va passer une nuit peinarde et que ça fera du bien,
– attends de voir ! me rétorque t’il avec un sourire goguenard, il ne vend jamais la peau de l’ours.
3 heures du mat, il faut empanner, on est passé à plus de 30 degrés du cap et on se prend la houle de travers, impossible de dormir, une fois que c’est fait, chacun retourne sur sa couchette, je commence à peine à me rendormir que le bateau se met à danser et n’avance plus, je vais voir ce qui se passe et l’annonce au capitaine comme un toubib un diagnostic fatal, en plusieurs étapes :
- plus que 4 nœuds de vent
- on avance à moins de 2
- …faudrait manœuvrer
Après un Bé ouais ! grognonné comme si j’avais invoqué les esprits pour lui nuire, on se pointe tranquillou dans le cockpit en vue de probablement affaler, mais en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, le vent se lève et tourne, le génois tangonné se gonfle à contre, empannage sauvage, pluie qui se met à tomber comme vache qui pisse, et qui a vu une vache pisser saura ce que je raconte, je fonce apporter son ciré au capitaine et enfile le mien, on commence à enrouler le génois,
– point mort !
– quoi point mort ?
d’une main je barre non sans mal et de l’autre je relâche progressivement le bras du génois qu’il est en train d’enrouler au winch, est-ce qu’il veut que j’arrête d’enrouler quand il dit point mort ?
– bin met le point mort au moteur qu’est-ce que tu crois ?!?! tu crois que je te parle de quoi là ???
et bla-bla-bla blablabla, je lui coupe le sifflet
– mais j’ai que deux mains !
– et bin lâche la barre !!!
Ah ouais, pas bête, nous nous affairons sans plus piper mot, il faudrait que j’apprenne à ne pas rester concentrée sur ce que je fais quand il me donne un ordre issu de ses propres pensées que je ne connais pas, à obéir sans réfléchir, à réagir aveuglément comme un soldat lobotomisé, mais si je pense à autre chose, et dieu sait que ça m’arrive tout le temps, je tombe des nues, si ça se trouve je ne suis pas normale, là en plus je crois qu’il était surtout énervé après lui parce qu’il avait oublié de mettre le point mort au moteur quand il l’avait mis en route et ça l’avait bien fait gueuler, le moteur (quand on navigue on met le moteur sur marche arrière sinon l’hélice n’arrête pas de tourner).

Une fois l’empannage terminé, la tangon passé de l’autre côté et tout le bastringue, le capitaine s’empresse de changer la retenue de bôme de côté sous la pluie qui dégouline du ciel comme on pleure un ami qui s’en va pour toujours, mais si on regarde notre désormais cap, on comprend qu’il va falloir empanner de nouveau, c’est plutôt typique des grains, plus de vent, puis trop de vent, vente qui tourne, pluie diluvienne, et puis ça revient comme avant, classique, j’avance un pion
– On est à 270 au cap !
On devrait faire 313, bon, lui regarde le cap magnétique dans le cockpit, moi devant le GPS pour confirmer qu’on fait bien du 270 et je remonte le lui dire, il aboie
– je le sais bien ! j’ai le cap magnétique sous les yeux et il suffit d’ôter 20 degrés !
Je demitourne aussi sec, non sans vous rappeler que le cap magnétique n’est pas le même que celui du GPS, je vous l’avais expliqué déjà, une histoire de calculs pour l’un et d’influences magnétiques sur le bateau pour l’autre en plus d’une correction entre le nord magnétique et le nord géographique qui n’est pas le même, le capitaine me demande tout le temps d’aller voir en bas pour savoir le cap du GPS qui est celui que nous suivons, et quand je le devance je me fais rembarrer, ça le fait chier de devoir réempanner c’est clair, il ne veut pas que je me sauve, il crie pour me retenir,
– écoute moi ! isabelle !!! écoute moi !!!
ah il ne m’a pas du tout donné l’envie de l’écouter là, mais il force mon admiration, même en plein bordel il trouve le moyen de me faire inutilement la leçon (pas une leçon, LA), quoi qu’il en soit il faut réempanner et retangonner le génois, une fois fait il est 8 heures sur nos téléphones mais ça doit faire 6 heures en réalité car le soleil commence seulement à éclairer l’horizon et on a été beaucoup à l’ouest, j’ai faim, je prépare le petit dej, le capitaine vient dans mon dos et embrasse ma nuque, ça me fait rire, je me retourne pour l’embrasser, il avait raison, on ne peut jamais prédire comment va se passer la nuit, il ne pleut plus.

Dans la nuit du 5 au 6 avril je vois des tas de lumières mais pas de cargos à l’AIS, c’est bien notre veine si les cargos ne mettent plus leur AIS, il va falloir veiller, alors je veille puisque le capitaine dort et qu’il en fait bien assez, le temps passe et les lumières ne bougent pas, étonnant, je n’ai jamais vu de cargos arrêtés en pleine mer en pleine nuit, mais qui suis-je pour croire que j’aurais tout vu, le capitaine ouvre un œil et me demande ce qui se passe, je lui explique ce que je vois en émettant la possibilité que ça soit des lumières de Ste Hélène ? mais nous en sommes encore à plus de 30 NM, ça serait incroyable tout de même, et puis si, ce sont les lumières de Ste Hélène, celles de l’aéroport, la nuit est si claire qu’on les croirait à portée de main, quand le jour se lève, plus de doutes, terre ! s’écrie le capitaine en rigolant comme à chaque fois que l’on aperçoit enfin une terre, on a mis 11 jours depuis Cape Town :

Tout petit, paumé et drôlement austère dis donc, Napoléon n’a pas dû se marrer tous les jours …
Mais accueil bien sympa de la part des dauphins !
Ah, ouf ! c’est habité :

On mouille près de Jamestown, devant une falaise plutôt que devant la ville même, le capitaine pense qu’ici on sera mieux protégés de la houle plutôt importante qui fait que nous avons des doutes quant au confort du mouillage, le gars du bateau d’à-côté nous fait des grands signes, on ne comprend pas ce qu’il veut alors il saute dans son annexe et vient nous dire que lui ça fait quelques semaines qu’il est là (ah ouais ? quelques semaines ? dans ce trou ?) et nous dit que lorsqu’on mouille ici on dérape, donc que, même si cela est interdit, il faut aller accrocher un cordage à un corps-mort qui gît par 15 mètres de fond un peu plus loin en plus d’avoir jeté l’ancre. Le capitaine ne se le fait pas dire deux fois, enfile tenue de plongée et bouteille pour s’exécuter, déjà qu’il était crevé, moi j’aurais voulu qu’il mange et qu’il dorme avant d’y aller, mais lui préfère le faire de suite, il est du bois dont on fait les vrais capitaines.


Pour aller à terre, pas besoin de mettre l’annexe à l’eau car il n’est pas possible de l’amarrer à un ponton, il faut appeler Kenny à la VHF, Kenny qui vient nous chercher avec son taxi-boat, sauf que Kenny aurait voulu que le capitaine jette l’ancre au plus près possible du quai de débarquement (croix jaune) mais que le capitaine l’a envoyé bouler pour se mettre devant la falaise (croix rouge), bon, du coup Kenny est obligé de venir nous chercher à perpète pour le même prix, à savoir 1 livre anglaise par personne et par voyage, ce qui n’est pas donné et peut bien justifier que Kenny se déplace d’après le capitaine, moi je n’aurais pas osé, j’aurais obéi à Kenny sans poser de question, va vraiment falloir que je réfléchisse à cette histoire d’obéissance à qui et pourquoi, comme ça roule c’est pas évident de sauter du bateau dans le taxi-boat de Kenny mais on y arrive sans se ramasser.
Arrivés au quai, il y a des cordes pour s’accrocher et sauter dessus, cette idée de cordes est pire que tout car elles se balancent par le haut tandis que le bateau roule par le bas, notons que ce sont des cordes à nœuds, comme si ça pouvait arranger les affaires, mais qui peut bien être payé pour pondre de telles idées, on choisit de s’en passer et sautons sur le quai, naviguer impose de savoir sauter, vaut mieux le savoir.

Kenny nous fera faire des aller-retours à terre plusieurs fois durant ces quelques jours passés à Sainte Hélène, avec une persévérance dans le tirage-de-gueule digne d’éloges, on nous confirmera cette propension innée à tirer la gueule et on nous conseillera de lui offrir de menus présents pour le dérider, à savoir de la bière et des clopes, nous obtempérerons et finirons par lui décrocher un thanks assorti de l’esquisse d’un sourire du coin droit de la bouche, Kenny ou la joie de vivre, un phénomène, il essaiera de nous manipuler en prétendant que le maître de port va nous appeler pour nous engueuler et nous contraindre à changer de mouillage, mais le capitaine qui n’est pas né de la dernière pluie passera voir lui-même le maître de port qui remontera les bretelles à Kenny parce qu’on a le droit de mouiller où on veut et que Kenny est obligé de trimballer les plaisanciers, que cela lui plaise ou non, ça valait bien des bibines et des clopes pour se faire pardonner, le capitaine ne culpabilisait pas, moi si.
Erigé presqu’en statue sur le quai, pieds écartés, Nicolas que nous avions eu à la VHF en arrivant nous y attend, presqu’en nous ouvrant les bras, c’est lui qui va s’occuper de la clearance et il est venu nous chercher en voiture, la chance ! ça sera plus simple que de demander aux passants où ça se trouve, on grimpe dans son gros pickup pour faire … 150 mètres ! on dirait que Nicolas n’aime pas marcher, il nous fait asseoir dans son bureau où crachote un ventilateur poussif pour remplir autant de paperasses que partout ailleurs et nous faire attendre la nana de l’immigration qui est à l’aéroport, on est samedi et c’est le samedi que l’avion hebdomadaire atterrit, grosse journée, on perd 2 litres d’eau rien qu’en restant assis, nous sommes bien remontés en latitude et la chaleur ici est plombante, une fois fait on s’en va faire un tour dans Jamestown :






Obligé, on va boire le thé dans ce pittoresque salon aux murs couverts de portraits de Napo, je commande des scones, si t’as pas mangé de scones à 63 ans, t’a raté ta vie, bon, pas de quoi se taper le cul par terre dirait le capitaine, cependant j’aurai réussi ma vie, peut-être pas les meilleurs scones du monde mais je n’ai aucun point de comparaison :

et puis, par dessus tout, à Jamestown il y a un escalier, quoi un escalier, qu’est-ce que vous en avez à battre me direz vous, ouaye, un escalier :

L’échelle de Jacob (Jacob’s Ladder) est un escalier classé Grade 1, soit un des monuments historiques les plus importants au Royaume-Uni, cet escalier est tout ce qui reste d’un funiculaire incliné qui a été construit au début des années 1800, entre la paire de rails sur lesquels roulaient les voitures qui transportaient des marchandises de Jamestown au fort, il y avait cet escalier pour les piétons, 700 marches, dont il ne reste plus que 699, sur une inclinaison variant de 39 à 41 degrés, le capitaine me dit qu’on va le gravir et ça me tord les boyaux rien qu’à l’idée,
– c’est trop raide ! ça va me filer le vertige ! le monter ça va, mais le descendre !!!
– mais non !
et vas-y de mais si et de mais non, il n’a pas envie d’y aller tout seul alors il pense que ça va me guérir du vertige s’il insiste lourdement, je rejette le problème au lendemain, aujourd’hui je suis claquée ! argumenté je, ok, demain alors affirme t’il péremptoirement pour éviter que je ne me défile, ça m’arrive de croire que le ciel entend mes prières les plus improbables, le lendemain l’escalier de la mort est fermé pour travaux, le projet du capitaine passe à la trappe.
Je l’avais repéré dès notre arrivée en bateau ce fichu escalier :


Je ne sais pas si Sainte Hélène serait aussi réputée et recevrait nombre de touristes si elle n’avait pas accueilli Napoléon Bonaparte, on peut même carrément dire que sa notoriété a pris sa source en 1814 quand, après une série de défaites militaires, Napoléon abdique, les alliés l’exilent à l’Île d’Elbe mais il a vite fait de se mettre tout le monde dans la poche et de s’évader, s’ensuit le fameux épisode des Cent Jours quand Napoléon reprend le pouvoir jusqu’à la défaite de Waterloo, morne plaine s’il en est, il abdique une seconde et dernière fois car les Anglais s’assurent qu’il ne tentera pas une nouvelle évasion en l’envoyant pourrir à Sainte Hélène, là bas toute intrigue sera impossible, et Napoléon sera très vite oublié avait à l’époque, et à juste titre, estimé le Premier Ministre Britannique. Deux mois de traversée et six ans plus tard, Napoléon y décédera, end of the scene.
Avec le capitaine on s’en va voir où il a vécu et est passé de vie à trépas, quand même, c’est quelque chose d’être ici.
À son arrivée, comme Longwood House n’était pas apte à le recevoir, on a installé momentanément Napoléon dans la demeure des Briars où, malgré les restrictions anglaises, Napoléon avait pu emporter un peu de mobilier et de vaisselle issus des palais impériaux, ainsi que des tableaux et souvenirs de sa famille.


Après une période de travaux, la (sommaire pour un Empereur) demeure de Longwood est enfin prête à accueillir Napoléon le 10 décembre 1815 :

Elle se situe dans la partie Est de l’île, sur un plateau venteux et pauvre en végétation pour une surveillance plus aisée (pour les touristes on a mis des plantations depuis), Napoléon se plaindra souvent de l’humidité permanente de l’île, il s’y ennuie et déprime, ne peut se promener librement que dans un périmètre restreint et sous la surveillance de plusieurs militaires britanniques, sa correspondance est ouverte, dans les premiers temps, il dicte ses mémoires à ses compagnons, puis ceux-ci le quittent peu à peu pour retourner en Europe, l’amitié a ce genre de limites qu’on se lasse visiblement de Sainte Hélène.
D’autres personnes sont envoyées pour lui tenir compagnie, c’est délicat de leur part, parmi eux un esclave noir, Toby, qui deviendra un ami.

Les dernières années de la vie de Napoléon sont vécues au rythme de ses lectures, cloitré dans la maison.

Il mourra sur l’île de Sainte-Hélène le 5 mai 1821.



Le 10 mai, Napoléon est enterré dans une vallée proche de Longwood, la vallée du Géranium. Son corps repose sous une dalle funéraire sans inscription, car les Anglais refusent que soit gravé le nom de Napoléon. En 1840, le roi Louis-Philippe organise le retour de la dépouille de Napoléon à Paris, désormais déposée dans un tombeau sous le Dôme des Invalides.

Sur un mur entier sont encadrées les pages du testament de Napoléon, en voici une, si nous on avait écrit aussi mal quand on écrivait à la plume, on se serait fait taper sur les doigts !

On peut dire qu’on s’est promené en France avec le capitaine car la maison de Longwood, le domaine de la Tombe et le pavillon des Briars (augmenté d’un terrain le jouxtant grâce à un don de M. Michel Dancoisne-Martineau), sont désormais la propriété du ministère des Affaires étrangères, le pavillon des Briars ayant été offert à la France par les descendants des Balcombe en 1959, Longwood et la Tombe achetés par la France et non offerts par la reine Victoria comme on peut le lire parfois.
Mais il n’y a pas que Napoléon à Sainte Hélène, outre que le roi des Zoulous Dinuzulu kaCetshwayo a, lui aussi, été exilé à Sainte-Hélène de 1890 à 1897, il y a tout bonnement Sainte Hélène !
Sainte Hélène et ses paysages de collines verdoyantes :

Ses nuages et son vent qui couche les arbres sur la côte au vent :

Ses paysages arides du sud :

et de Sandy Bay :

Au retour de notre tour de l’île, du haut de la falaise, on voit Cap de Miol qui roule dans le mouillage, c’est sans conteste le mouillage le plus rouleur que nous ayons jamais fait, à côté Funchal c’est de la gnognote, on a fêté l’anniversaire du capitaine le 10 avril, du moins avais-je prévu de le faire après avoir investi dans un verre absolument génial glané dans la boutique de Gifts of London de Jamestown (il était en vitrine et je l’avais repéré, je suis allé quérir l’objet de mon désir quand le capitaine a eu le dos tourné, ça devait faire des années lumière qu’il était là, comme les deux vendeuses que j’ai réveillées en entrant dans leur antre, le verre était tout poussiéreux avec un moustique crevé dedans, une des deux vieilles dames, tout autant poussiéreuse, m’a collé le verre dans son carton tel quel, 15£, on ne se mouche pas du coude), donc j’avais mis une bouteille de blanc que le capitaine affectionne au frais, un Viognier, un vin de potes à lui, il en avait mis quelques bouteilles en fond de cale quand nous sommes partis de France et il n’en reste plus que 2 alors il l’économise, bref, le mouillage roulait tellement qu’on se serait cru en mer quand il n’y a pas de vent mais que le reste d’une mer de 25 nœuds fait rouler le bateau, on était barbouillés, on n’a pas ouvert le vin et le verre n’a pas servi, je le ressortirai l’an prochain si je ne suis pas mangée par les cochons d’ici là.
On redescend sur Jamestown, les routes sont raides par ici
Donc, et vous êtes témoin, une île splendide, mais au bout de 6 jours on s’en va, tant qu’à se faire chahuter au mouillage, autant naviguer, alors on continue.

Vous l’attendiez, le voici le voilà le ptiplus
- Pour la petite histoire qui souvent est la plus belle : Antommarchi, le médecin personnel de Napoléon à Longwood, à défaut d’avoir pu soigner son illustre patient avait profité de son séjour forcé dans l’île pour en étudier la flore. Dans un ouvrage paru en 1825, il évoque les English Weeping Willow (saules pleureurs anglais) qui ombragent la tombe de Napoléon, et bien des souches de ces saules ont été apportés en 1838 par un baleinier en Nouvelle-Zélande et ornent désormais un cimetière français près de Christchurch, et c’est depuis la mort de Napoléon que le saule pleureur est souvent associé à un arbre de tombeau.
- Vous vous souvenez ?

- Il existe au moins 186 tableaux de Napoléon Bonaparte, c’est clair que rien qu’à Ste Hélène j’en ai vu bien plus, tous ne doivent pas être répertoriés ici : https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/tableaux/
- L’écriture à la plume : il n’y avait pas d’encriers à l’école au début, chaque élève devait apporter le sien. Pour empêcher l’encre de couler sur le trajet, ces encriers portatifs, en plomb, en verre ou en corne, étaient fermés avec des couvercles vissés ou des bouchons en liège. Comme cela n’évitait pas toujours les catastrophes, un inspecteur lorrain suggéra que ce soit l’école qui fournisse l’encre et que des « encriers scolaires » soient fixés aux pupitres. Cette idée simple se généralisa très vite. Ces encriers fixes encastrés dans les tables étaient d’abord de petits gobelets en plomb ou en étain, puis les matières se multiplièrent : porcelaine, faïence, verre, bakélite ou terre cuite. Au début, les tables portaient seulement un encrier central, entre les deux élèves. Mais, comme celui qui était à droite ne pouvait pas l’atteindre facilement (sauf s’il était gaucher), on incrusta finalement deux encriers par table. Il n’a disparu des écoles que dans les années 1970, les stylos Bic ayant été autorisés en 1965. Tous les grands-parents d’aujourd’hui en ont utilisé dans leur enfance, j’en fais partie !
- le meilleur pour la fin : le verre !


Les voyages forment la jeunesse…. mais je n’ai plus l’âge ! Tu as bien du courage j’aurais eu cent fois peur. Donc merci pour tes reportages. J’ai bien ri en voyant que tu avais caché le visage de Nicolas avec le chapeau de Napoléon. Ce qui m’étonne toujours ce sont ces endroits en dehors du monde mais avec autant de paperasse que chez nous, ce qui est assez surprenant. Je ne pensais pas que partout où vous passiez il en fallait autant. Intéressant de voir où Napoléon a vécu la fin de sa vie. Je n’ai pas apprécié sa soif de guerre mais légalement il nous a laissé beaucoup de choses. Je ne sais pas si vous irez en Corse (magnifique mais trop de monde maintenant. Mon père était corse et il nous a emmené pour la 1ère fois en 66 j’avais 11ans et il n’y avait pas autant de monde. Mais l’odeur du maquis me manque et beaucoup font des huiles essentielles avec les fleurs et plantes. A bientôt pour une autre destination et merci. Murielle
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Bonjour et un grand merci pour vos récits toujours aussi passionnants.
Sainte Hélène est vraiment une île austère qui n’est pas engageante. Bravo pour votre courage et cette expérience magnifique.
Je lis toujours vos récits mais n’écris pas souvent . Je suis de nouveau grand mère et suis très sollicitée et voyage aussi pour l’instant en France en road trip.
Bonne continuation et bravo aussi au captaine.
Laura
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merci Laura, j’espère que votre road trip en France n’a pas été trop humide d’après ce que j’ai vu de la météo générale là bas 😉 je transmets votre bravo au capitaine qui sera bien content de votre retour, il ne lit pas le blog pour me laisser libre et ça lui permet de voir que je le montre UN PEU sous un bon jour 😄 bonne continuation à vous aussi 🥰isabelle
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