En repassant par les Antilles 

on le voit de loin le centre spatial !

Samedi 18 mai, 16 heures, nous nous extirpons de la vase du fleuve Kourou pour Sainte Anne, Martinique, 750 NM à parcourir, pour le temps qu’il va nous falloir ça dépendra du vent, on se sert souvent de la calculette avec le capitaine pour calculer combien de temps il nous faudra en fonction de notre vitesse à un instant T, si on fait du 8 nœuds (c’est pas souvent) (on est trop chargés dit le capitaine), hop on calcule qu’on arrivera tel jour à telle heure, quand 2 heures plus tard on ne fait plus que du 6.5, hop recalcul … donc je calcule que pour arriver à Ste Anne, si on fait du 6 nœuds de moyenne ça fait 750 : 6 = 125 heures, 125 : 24 = 5,2 jours, on arriverait jeudi vers 21 heures, pas terrible d’arriver la nuit mais bon, on connaît le mouillage hahaha, si on fait du 7 nœuds ça ferait 4 jours et demi, arriver dans la nuit de mercredi à jeudi ça ne serait pas mieux, et si je dis au capitaine qu’il faut faire du 5,5 pour arriver vendredi matin il va croire que je suis payée pour lui faire perdre la face, bon, on verra, en tous cas 4 à 5 jours de navigation c’est pas bézef eu égard à ce que nous avons parcouru, c’est ça qui est cool, maintenant j’ai toujours l’impression que les nav’ sont courtes, c’est moi qui barre dans le chenal pendant que le capitaine range les pare-battages dans la baille à mouillage et attache l’ancre pour qu’elle ne tape pas dans le bateau quand on sautera sur les vagues car oui, ça risque de sauter, s’y habitue t’on jamais, je ne sais pas …

750 NM, soit en gros 1400 kms

Comme nous avons navigué dans le chenal dans l’autre sens en arrivant il n’y a que quelques jours et que ma mémoire est encore alerte, je me souviens qu’il est étroit, qu’il n’y a pas de fond mais que nous passons, aussi suis-je attentive, mais sereine, toutefois nous ne sommes pas seuls et c’est là que le bât blesse, pas seuls, l’enfer c’est les autres disait cet outrecuidant de Sartre, et bien en mer il n’avait pas tort, ma sérénité s’écorne un brin, mais je croise sans problème un, puis deux gros catamarans de charter, chacun de nous s’est écarté au maximum et c’est passé, un troisième, nickel, voilà mon quatrième qui s’avance en plein virage à quasi 90 degrés, comme j’ai toujours l’impression de driver un semi-remorque quand je pilote Cap de Miol, je m’écarte avant de prendre le virage et une fois le catamaran passé, je reviendrai plus au milieu, c’est l’idée, j’ai Navionics sous les yeux, plus de 2 mètres de fond où je me trouve et ça me montre qu’à l’extérieur du chenal j’ai même jusqu’à 3 mètres, simple et efficace, je siffloterai presque, quand

– Où TU VAS ?! REVIENS AU MILIEU DU CHENAL !!!

Ne relevant pas ce ton si peu aimable, on pourrait se vexer à moins, je lui explique ce que j’ai l’intention de faire en ajoutant qu’il y a de l’eau, et dans le chenal, et à côté du chenal, il n’en a cure et me montre un bout d’épave qui dépasse un peu plus loin que je vais aller m’encastrer dedans, 

– mais je l’ai vu ! Je ne vais pas aller jusque là ! je ne suis pas bête !

– ooooh des fois je me demande !

Je ne sais pas qui lui a appris à être vexant pour tenter d’avoir le dernier mot, après tout peut-être n’est-il que maladroit (j’en doute, la maladresse ne fait pas partie de son répertoire) et puis il marmonne je ne sais quoi dans sa barbe de 2 jours, il s’est rasé il y a peu, de toutes façons le catamaran coupe dans le fromage en passant tout droit, je me retrouve seule dans le virage et reviens au centre comme prévu, maintenant c’est tout droit, plus de catamaran ni d’épave.

je crois que j’ai trouvé la bonne couleur de l’eau, par contre ce qu’on voyait de l’épave était bien moindre, heureusement qu’elle était notée sur Navionics sinon je ne pense pas que je l’aurais vue (le capitaine connaît plus mes faiblesses que je n’aime à le reconnaître)

A la sortie du chenal on file sur les îles du Salut et on attend d’être sous leur vent pour hisser la GV tellement ça bouge de naviguer sur le plateau Guyanais, 10 mètres de fond à tout taper, du vent de travers, de la pluie à verse, des vagues de face, le soir tombe vite, je ne mange même pas, susceptibilité stomacale, mais le capitaine est plus vaillant et se permet le plat de circonstance, pâtes au beurre ! c’est ça qui est dommage, c’est que maintenant la simple idée des pâtes au beurre me filerait presque la nausée, comme quand j’entends Like a Virgin de Madonna, ça passait en boucle à la radio quand j’étais enceinte, c’est le karma, mais il y a des trucs on ne sait même pas d’où vient le boomerang qu’on se prend en pleine poire, c’est le retour de quelque chose de lointain, d’oublié, impossible de comprendre le rapport de cause à effet, on se croit victime d’un sort étrange, mais non.

Ensuite vent à 110/120, 20/22 nœuds, courant portant, on avance à 8/9 sous 1 ris à la GV et génois déployé, on a de la mer et un ciel laiteux mais on passe deux jours et nuits à filer bon train, le mardi ça adonne et fini le courant portant qui aidait à notre belle moyenne, on se prend même 1 nœud à contre, la moitié de l’équipage grommelle à bord, on tangonne le génois et on avance plus qu’à 6,5/7, fini de claironner, mais on n’a plus eu de pluie depuis 2 jours, ça nous paraît miraculeux, on est comme deux pingouins qui sortent sur le pont de l’arche de Noé pour apercevoir le premier rai de lumière, l’après-midi le vent se calme et on se traîne à 5, vite ! calculatrice ! si ça reste comme ça on arrivera seulement de nuit demain …

on revoit du monde sur l’eau, pas comme dans le Pacifique Sud ou l’Atlantique Sud

On repasse le génois côté GV en soirée et le vent monte à 18/22, le capitaine voulait avancer pronto parce que ça va bientôt bastonner à la Barbade, mais on passe sous son vent dans la nuit, c’est calme et je dors comme il faut, à peine le soleil levé qu’il faut à nouveau tangonner, le vent monte à 22/26, on avance à 7,5/8 , une arrivée dans la soirée se dessine et il est tout à fait envisageable de passer une vraie bonne nuit, je croise les doigts.

On espère mouiller avant que ce ne soit la pluie qui le fasse

On arrive à Sainte Anne quand il fait encore jour, calculette brandie je prouve au capitaine que nous avons mis 4 jours + 2 heures = 98 heures depuis Kourou, soit une moyenne de 7.65 nœuds, si ça lui fait plaisir il ne le montre pas, faudrait voir à pas se vanter non plus,

– mais c’est factuel ! et on a le droit d’être contents ! on a super bien filé !

C’est vrai quoi, on ne peut pas s’appesantir que sur les moyennes de merde.

Nous nous étions arrêtés ici en décembre 2021, en venant de Mindelo, c’est fou ce que ça me paraît loin, bien que je décide régulièrement de ne plus jamais, JA-MAIS, dire au capitaine ce qui me passe par la tête après que je me sois sentie offensée par l’une de ses fâcheuses piques, je lui partage une fois de plus ma pensée, en prenant soin d’y mettre une consonnance interrogative histoire de laisser le débat ouvert :

– mais c’est un peu comme si on avait déjà fait le tour du monde, puisque qu’on est passés là et qu’on y revient ?

Il range des cordages et tique sans me regarder,

– ah non hein, pas encore !

et c’est vrai que même moi je n’y crois pas … et pourtant …

– mais c’est quand même une boucle ?

– mmmgniiii …

Il rechigne à l’admettre, et s’éloigne pour ne pas avoir à le faire, si ça se trouve il est super superstitieux mais ne l’avoue pas.

C’est nuit de pleine lune sur Ste Anne

On dort comme des souches et, le lendemain, balade commémorative à Sainte Anne, on se croitait à la maison rien que parce que ça parle français et qu’il y a pas mal de bateaux, c’est un jeudi, la plupart des restos sont fermés ou n’ouvrent que le soir, ou plus jamais, le jour suivant annexe pour filer au Marin, il y a plus de 2 NM à faire et la dernière fois on avait mis des plombes parce que c’était avec le petit moteur de 4 CV, mais avec le beau et encore presque neuf moteur de 8 CV on bombe, et puis j’ai enfilé mon poncho de pluie parce que j’en ai marre de passer mes journées le cul mouillé quand on s’est pris des vagues dans l’annexe, ça va vite de s’enregistrer à la marina parce que c’est informatisé et ils nous ont sur leurs tablettes, on peut revenir tout de suite à la place qui nous est attribuée, alors annexe jusqu’au bateau, relever le mouillage et revenir à la marina du Marin, je reconnais tout, on va avoir du bon pain ! annoncé je au capitaine, c’est ça qui t’intéresse ? me rabat il la joie,

– biiiin … ça fait combien de temps qu’on n’a pas mangé une bonne baguette ?

Il ne peut nier l’évidence, moi je me réjouis déjà d’aller acheter du pain frais demain matin pour le petit déjeuner, on a tout à 2 pas, c’est une chouette marina. Certains esprits puristes pourront se chagriner que je me réjouisse de manger du pain blanc, boooouuuuuh la vilaine, mais même lorsque j’étais en Chine et que je mangeais un petit dèj tout comme c’est bien recommandé dans les livres , il m’arrivait de rêver d’une bonne baguette croustillante largement tartinée de vrai beurre, pas des cochonneries trafiquées pour soi-disant limiter le cholestérol … et d’une tartelette aux myrtilles, le fantasme ultime.

on n’est pas tout seul

Est-ce parce que c’est le printemps, est-ce que c’est l’impression d’avoir quand même bouclé une boucle, ou celle qu’on est bientôt rentrés à la maison, est-ce parce qu’on n’a fait que des mouillages depuis Cape Town et que nous voilà sur un ponton sur lequel entreposer notre bordel ?

Toujours est-il que nous nous mettons allègrement à réparer, bricoler, ranger et nettoyer, on a envie de s’alléger et de faire le tri de tout ce qu’on a traîné avec nous et qui n’a jamais servi, des trucs en cas de sait-on jamais, d’autres en cas d’au-cas-zoù, je soulève tous les planchers pour tout rassembler afin d’écarter les boîtes de conserve tellement rouillées que je me demande si ça ne peut pas filer le tétanos rien que de goûter leur contenu, des pots de ceci ou cela périmés, des machins à moitié cassés, des affaires tellement moisies d’humidité qu’aucune lessive ne pourra en venir à bout, et puis on donne les deux cannes à pêche qui ont bien rouillées à force de ne pas servir, et aussi une chaîne de mouillage de secours qui devait bien faire ses 120 kilos, en revenant d’être allés l’apporter à des marins du coin, je dis au capitaine en approchant du bateau

– On va être tout léger ! Tu crois que ça va se sentir à la nav’ ?

– mais oui ! regarde ! la ligne de flottaison est remontée !

– ah ouaiiiis ??

Et bien dis donc, on a drôlement bien fait alors !

– meuh non ! je me moque de toi !

Car oui, le capitaine est moqueur (bataille), je regarde bien la ligne de flottaison pour voir si elle est remontée, c’est dur à dire, j’aurais dû la photographier avant et après, je ne saurai jamais.

J’ai tout sorti de sous les planchers et je lave à quatre pattes et à grande eau, ce n’est pas tant le sel qui pourrit le bateau qu’un liquide épais et gras qui le poisse, je pense que c’est du gasoil qui a coulé à la gîte, le capitaine, lui, que c’est du liquide de refroidissement, ou alors de l’huile quand il aurait fait la vidange ? ajouté je, non ! m’assure t’il d’un ton qui ne souffre pas la contradiction, en tous cas c’est gras et bonjour pour nettoyer tout ça, mais c’est mieux du gras que du sel, le gras ça protège le bateau et le sel ça le bouffe.

Tandis que je m’affaire à cette tâche, il bricole, le bricolage, ce n’est pas ça qui manque sur un bateau, parfois il a besoin d’une clé à cliquet, d’un serflex, d’un briquet et de grey tape pour protéger le bout d’un cordage qu’il vient de couper pour remplacer l’écoute de GV à bout de souffle, je m’essuie le gras des mains et je galope, le bricolage pouvant être source d’humeur chagrine si tout ne se passe pas comme sur des roulettes, j’évite d’en rajouter une couche, je lui tends même une bouteille d’eau, la déshydratation aggravant les symptômes de l’agacement bricolaire, et puis je ne l’entends plus, il s’est attaqué à changer la targette rouillée d’une porte sur la jupe, perce la nouvelle pour la fixer, je suis retournée à mon épongeage, voilà que son cri déchirant déchire le ciel et les nuages et fait s’éparpiller les oiseaux, bon sang je ne pourrai jamais finir d’éponger ce gras, je fonce sur le ponton et le trouve penché en avant, sa main droite comprimant son pouce gauche qui pisse le sang, ma première pensée c’est est-ce qu’il va devoir se faire opérer et qu’on sera coincés ici pour des semaines, la seconde c’est qu’heureusement ce n’est pas moi qui me suis blessée et qui va nous obliger à rester ici pour des semaines, la troisième, enfin, de filer quérir des compresses et de l’eau oxygénée, nous avons atteint le summum du grain de sable dans l’engrenage du bricolage, à savoir, la blessure.

L’histoire, c’est que la mèche de la perceuse a cassé tandis qu’il perçait la targette posée sur le ponton, et comme il appuyait comme un forcené pour arriver à ses fins, la perceuse a ripé et ce qui restait de la mèche taillée en biseau s’est fiché dans son pouce, par chance en biais, et l’ongle a rempli son office de protéger le pouce, n’empêche que ça pisse le sang et que l’eau oxygénée fait plein de mousse, ça cochonne tout le ponton, on nettoie, on remballe, je lui fais une belle poupée, on verra demain.

Oh la belle poupée !

Finalement le capitaine s’en sort bien, il doit garder un pansement pour éviter que son ongle qui ne tient qu’à un fil ne s’arrache pour tout de bon mais son pouce n’est pas mué en viande hachée, rien de vital n’est atteint si ce n’est son orgueil, on termine nos rangements, le ménage et le bricolage qui ne peut pas attendre et peut se faire à 9 doigts, et on reprend la route parce qu’on en a encore pas mal à faire pour rentrer à la maison, on commence par rejoindre St Pierre le 1er juin, ça sera plus court pour continuer vers les Saintes le jour suivant, juin ? Déjà ? Bon sang !!

L’idée c’est de remonter par sauts de puces jusqu’à St Martin avant de continuer vers les Açores

On repasse par le rocher du Diamant (à force, on va se lasser)

Sitôt lofé on se retrouve sous la meilleure allure pour Cap de Miol, à 100/110 du vent, avec plus de 22 nœuds, on file à 8/9, ça glisse tout seul, alléluia.

Le temps n’est pas terrible et on se fait rincer mais, pour de bon, c’est quand même là qu’on a les plus beaux ciels :

à St Pierre c’est bouée obligatoire, et payante

Comme prévu, le lendemain on se lève (vraiment) tôt pour filer aux Saintes, en passant sous le vent de la Dominique, on croise quelques voiliers, la plupart ne sont pas sur l’AIS, il y en a un qui nous croise de près, nous on navigue à 110 degrés du vent donc lui à 70, c’est mathématique, ses voiles devraient être bordées mais le génois fasèye à mort et même sa GV quand il nous croise, je m’exclame :

– Mais c’est une honte mal réglé à ce point là ! Même moi je n’oserais pas !

Le capitaine me regarde avec un grand sourire,

– Si tu choques, t’es un lâche !

– Ils doivent avoir peur de giter !

– Mais non, juste il ne sait pas régler ses voiles

– Moi je pense qu’à 70 du vent, s’il borde il gite et qu’il ne doit pas aimer ça …il ferait mieux de prendre 1 ou 2 ris et de bien régler ses voiles …

Je cherche l’assentiment du capitaine à propos de cette conclusion magistrale, mais je peux toujours me brosser, le capitaine corrige, remet à sa place, mais n’assentimente pas, qu’on se le dise.

que je sois écartelée en place publique si un jour je faisais honte au capitaine à ce point là

Ce n’est pas parce qu’on a que 75 NM à faire qu’on est en vacances, une fois sortis de la Dominique, on se tape un orage avec des rafales à 37, plus tard on prend fissa 2 ris et trinquette car le ciel devient lourd de menace…

…mais pas plus de 27 cette fois, par contre le capitaine n’avait pas remis de pansement sur son pouce et il se l’est à nouveau explosé, seule une femme qui a accouché sans péridurale peut comprendre un homme qui a le rhume, mais un ongle de pouce à moitié arraché n’a pas de pendant (je rigole mais rien qu’avec un petit bout d’ongle de l’annulaire gauche qui me pousse dans la peau, je jongle).

On arrive avec du vent et de la pluie, le capitaine avait pensé mouiller, comme à l’aller, à l’anse Fideling sur Terre-de-Bas mais on ne sera pas protégés de la houle cette fois si on reste ici, donc on va jusqu’à Petite Anse sur Terre-de-Haut, et on fait bien, c’est beaucoup plus calme et à côté du Pain de sucre qui me paraît beaucoup plus petit que la dernière fois, comme pour le poulailler de ma grand-mère.

On est au point vert

Et le lendemain, de bon matin (10h ? 10h30 ?) nous nous en allons en annexe jusqu’à la plage, puis à pied et sous un soleil de plomb, pour le Bourg, après nous être perdus sur un chemin qui semblait aller quelque part, une nymphe grassouillette et de troisième jeunesse en maillot de bain sur le sable nous remet sur le droit chemin, je crois qu’on y serait encore si elle ne s’était pas trouvée là, déjà il faut aller au Bourg (ne me demandez pas comment s’appelle le bourg, c’est le Bourg un point c’est tout) pour faire une clearance d’entrée puisque nous passons de la Martinique à la Guadeloupe, mais aussi pour retrouver des endroits déjà vus, j’adore, genre je suis tellement à mon aise par ici, voyez comme j’y ai des habitudes, je me frime à moi-même, mais il est vrai que j’aime reconnaître des lieux, avoir l’impression d’être chez moi en sachant où acheter du pain, c’est mon luxe, j’entre même dans l’église du Bourg comme si j’y allais tous les dimanches …

ça fait carrément déco de Noël, pourtant on est en juin

Malgré le charme du lieu, et c’est vrai que c’est charmant au possible les Saintes, on ne s’attarde pas et on hisse les voiles pour pas loin, puisque la Guadeloupe c’est juste en face, premier mouillage à Petite Anse (il y en a partout des Petites Anses), elle est si petite qu’on s’en va à la nage à terre, il y a tellement de sargasses qu’on pourrait presque marcher sur l’eau, les algues sont épaisses, elles s’infiltrent partout, on dirait que des bestioles promènent leurs pattes griffues sur ma peau… puis le jour suivant, escale à Bouillante, avec ses flamboyants en fleurs, sublime !

Ensuite, tellement à côté qu’on y va au moteur, Malendure, alors là il y a plein de bateaux parce que c’est ici qu’il faut mouiller pour aller en face sur les îlets Pigeon où se situe la réserve Cousteau.

Le mouillage est farci de bateaux de charter qui font visiter la réserve, d’autres de plongée ou à fond transparent pour voir ce qui se passe sous l’eau sans même un pied se mouiller, de petits bateaux à moteur et autres barques de locaux, en plus de tout ça un vent d’ouest qui forme de la houle et des vagues de mauvais augure quant à la paisibilité de la nuit prochaine, autant dire qu’on tournicote au moteur pour trouver une place convenable, à savoir suffisamment loin de tous les autres et protégés au mieux de la houle, finalement le capitaine se décide :

Et même si je me suis promis des dizaines de fois de ne plus donner mon avis au capitaine quand il ne me le demande pas, mon naturel revient au galop et je la ramène une fois de plus pour lui exprimer ce que je pense, à savoir que nous sommes trop près des bouées qui délimitent le parc et que si le vent tourne on va se faire déloger manu militari, le capitaine m’assure que non, bon, de toutes façons nous sommes bien trop près d’une bouée de mouillage sur laquelle un bateau de plongeurs vient bientôt s’amarrer, le temps de dire ouf le vent tourne et nous rapproche dangereusement de leur bateau (si vous vous demandez, avec perspicacité, pourquoi leur bateau ne tourne pas comme le nôtre, c’est qu’il est sur bouée, donc attaché court, et nous sur ancre, donc attaché long, ça ne le fait donc pas), ils nous demandent poliment, mais sans l’ombre d’un choix, de dégager, nous obtempérons et on se retrouve avec les autres voiliers parqués plus loin, on a beau vouloir se particulariser, dans les mouillages courus on se retrouve toujours au milieu des bateaux comme de vulgaires marins d’eau douce :

L’avantage que le vent ait tourné à l’est, c’est que nous passons une nuit à peu près tranquille et sommes en forme le lendemain matin pour aller nager dans la réserve Cousteau, les autres je ne sais pas, mais nous on n’a pas vu grand chose, alors l’après-midi on file directement sur Deshaies, 10 NM, tranquille, on se croirait en vacances.

on pourrait croire qu’il y a des mites sur le bateau, mais non, juste on s’accroche ici ou là, des fois ça fait des trous dans les teeshirts, d’autres des bleus sur les cuisses ou dans le dos

Et Deshaies, je connaissais, c’est très joli, et comme on est en juin, rien à voir avec la haute saison, lorsqu’on arrive il y a déjà des bateaux mouillés mais c’est raisonnable, l’eau est tellement claire qu’on voit le fond, donc on peut facilement faire la différence entre un fond de sable et un fond d’algues, le capitaine me demande de faire des ronds dans l’eau pour localiser au mieux l’endroit où il va descendre l’ancre, il repère un petit espace de sable et décrète qu’on va aller là, oh merde, ça sent le roussi, si on ne se met pas pile là où il l’a décidé, ça va barder, finalement ça se passe parfaitement, enfin presque, on refait des tours parce que je ne me mets pas pile, PILE ! au bon endroit, au bout du compte j’y arrive, mais on se retrouve trop près d’un catamaran, il faut relever l’ancre et aller un peu plus loin, c’est la vie, on n’obtient pas toujours ce que l’on veut.

pas trop de monde

Le lendemain matin, nous sommes réveillés par le chant des oiseaux, c’est cadeau.

ll fait super chaud alors on dort les capots ouverts, et on n’a même pas beaucoup d’air, ici il n’y a pas un pète de vent

Et comme nous n’allons pas faire le tour de la Guadeloupe en bateau, nous louons une voiture et c’est parti, direction Pointe à Pitre, c’est la moindre des choses de visiter la sous-préfecture de la Guadeloupe (qui n’est pas la capitale administrative mais Basse-Terre), à peu près 15 000 Pontois et Pontoises pour 378 600 habitants sur la Guadeloupe, en discutant avec une serveuse à Bouillante, celle-ci évoquait la grogne des habitants à cause du coût de la vie et du prix des billets d’avion vers la métropole qui isole encore plus les Guadeloupéens, 2000 € ! vous vous rendez compte ?! m’avait elle martelé, pourtant quand j’ai regardé les tarifs sur Air Caraïbes, on trouve des aller-retours à partir de 500 €, mais la grogne est un sport national, quand ce ne sont pas les maraîchers, ce sont les policiers, les pêcheurs ou les salariés, et les grèves pour dénoncer la vie chère ou les pénuries d’eau et coupures d’électricité sont régulières et affectent le tourisme, la paix sociale est toujours fragile, notamment à cause d’un taux de chômage de plus de 17%, il est recommandé aux touristes d’éviter d’avoir de l’argent liquide sur soi, de porter des bijoux ou des montres de luxe dans la rue, en même temps ce n’est pas recommandé non plus à Paris, Barcelone, Londres ou New-York.

Lorsque nous y arrivons, c’est marché et musique dans la rue.

Au bas d’un immeuble, une plaque défiant l’espace et le temps me stoppe, ça c’est ce qu’on appelle du stopping-power, Françoise expose ses dons, c’est dingue ce que je voudrais rencontrer ce personnage !

J’ai vu trois fois dans ma vie des diseuses de bonne aventure et autres madame Irma, la première à Clignancourt, une vieille dame rabougrie qui m’a attrapé la main au coin d’une rue et m’a prédit que je vivrais quelque chose dans le show-business et que je mourrais à 89 ans (du coup je vais flipper à 88), les deux autres au salon de la parapsychologie à Paris, 75 balles la consultation, la première mauvaise comme un cochon, avec ma date de naissance elle m’a balancé tout ce qui avait trait au Buffle de Métal Chinois, elle ne savait même pas que l’on a deux influences énergétiques celle du Ciel (la date et l’heure de naissance) et celle de la Terre (l’hérédité) et que j’ai toujours été bien plus Bois que Métal, elle était complètement à côté de la plaque et a écourté la séance en me disant que je la déstabilisais, faut dire que je la regardais comme si elle avait un étron dans son décolleté, et la seconde à peine moins mauvaise, à sortir des généralités genre un décès ou une maladie de quelqu’un de proche qui m’avait affecté, mais qui à 40 balais n’a pas vécu le décès ou la maladie d’un proche ? Déception. Par contre, Françoise, Françoise ! Comtesse Grisez de Lamothe ! Qu’est-ce qu’elle aurait bien pu me raconter celle là ? (j’ai cherché sur internet s’il existait des médailles de la voyance en Suisse, je n’ai pas trouvé). Si je retourne à Pointe à Pitre, je prendrai rendez-vous.

Mais plutôt que de prendre du temps et de l’argent avec Françoise, nous allons voir le Mémorial ACTe ou Centre Caribéen d’Expressions et de Mémoire de la traite et de l’esclavage, construit sur le site de l’ancienne usine sucrière de Darboussier, qui abrite une exposition permanente déclinant les temps forts de l’histoire de l’Esclavage allant de l’Antiquité à nos jours en passant par l’invention des Amériques, les ségrégations et les colonisations post-abolitionnistes, des expositions temporaires de créations artistiques contemporaines et un jardin panoramique offrant une vue sur l’océan.

Hélas, il était fermé !

A une semaine près, nous aurions assisté à l’arrivée de la flamme olympique ! (Et à 549 jours près, à la dernière arrivée de la route du Rhum puisque c’est là que les marins fêtent la fin de la Route du Rhum tous les quatre ans).

Armel Le Cléac’h et Sébastien Josse ont apporté la flamme olympique pour la première fois en Guadeloupe à bord du trimaran Banque Populaire XI qui était parti de France le 7 juin, avec à son bord Marie-José Perec, Marine Lorphelin, Alexis Michalik et Hugo Roellinger.

Faire le tour de la Guadeloupe impose de passer par Saint François et à la Pointe des Châteaux :

Je vois que ça revégétalise sec à la Pointe des Châteaux et c’est une sacrée bonne chose !

Par Sainte Anne également, mais pour qui ne va pas se prélasser à la plage, cette ville balnéaire et touristique par excellence ne présente que peu d’intérêt, pour ne pas dire aucun.

Par contre, de retour à Deshaies, la visite du jardin botanique et de plantes médicinales est un véritable enchantement ❤️

Nous nous faisons accueillir par des carpes Koïs qui sont originaires d’Asie, je les reconnais d’emblée pour en avoir vu dans tous les bassins de Chine.

Ces carpes peuvent mesurer jusqu’à 1 mètre de long et peser 35 kilos, c’est un des plats favoris pour fêter le nouvel an chinois, et l’un des poissons les plus consommés au monde, il emporte la palme mondiale du poisson le plus cher : en 2018, un Kohaku, variété très prisée, baptisé “S-Legend” de 102 cm, a été adjugé pour la somme record de 1.800.000 euros.

En Médecine Traditionnelle Chinoise, la consommation de la carpe est indiquée en cas d’inappétence car c’est un tonique digestif, en cas d’œdème car elle est diurétique, en cas d’ictère car elle aide à traiter la jaunisse et en cas d’hypogalactie car elle favorise la lactation, il n’y a pas que les plantes médicinales qui sont utilisées mais les aliments sont choisis pour leurs vertus thérapeutiques également.

Un peu de botanique car ça fait vraiment longtemps !

Alors bien entendu on trouve des plantes que j’ai déjà évoquées sous ses mêmes latitudes, je vais vous en présenter d’autres, comme la Pli Fo Ki Lonm

Autrement appelée Plus fort que l’HommePfaffia iresinoides de la famille des Amanranthaceae – et connue également sous le nom de Ginseng Brésilien et utilisée en pharmacopée amazonienne.

Le pfaffia une plante adaptogène qui traite les fatigues d’origines diverses, est utilisée comme tonique sexuel et est réputée pour ses propriétés cardioprotectrices, le pfaffia a été appelé le secret russe, car les athlètes olympiques russes l’ont utilisé pendant de nombreuses années pour renforcer leur masse musculaire et leur endurance sans les effets secondaires associés aux stéroïdes… on en trouve en gélules ou en poudre si ça vous tente.

Zèb Chawpantyé – Herbe Charpentier Justicia Pectoralis de la famille des Acanthaceae

On l’utilise en infusion contre les maux d’estomac et en décoction de ses feuilles en cas de « blesse », soit guérir les plaies et les blessures, on froisse les feuilles pour des frictions sur les entorses et les dermatites.

La raquette sans piquant – Figuier de BarbarieOpuntia ficus indica de la famille des Marantaceae

C’est un cactus originaire d’Amérique qui s’est répandu dans le reste du monde, son huile est connue pour être un puissant antioxydant et un excellent anti-rides, au niveau thérapeutique on l’utilise contre les diarrhées et est réputé pour traiter le diabète, l’hypercholestérolémie, l’obésité et la gueule de bois, de plus, il est vanté pour ses propriétés antivirales et anti-inflammatoires. Pour peu qu’on se débarrasse de leurs innombrables graines, les figues se mangent fraîches, seules ou en salade de fruits, natures ou relevées d’épices, mais également en confiture, en sorbet ou en pâte de fruit.

Bien entendu, je croise des jasmins des Antilles, des arbres à pain, des dragonniers, des bonnets d’évêque et … des arbres à saucisse !

Kigelia africana, de la famille des Bignonniaceae

Ses fruits sont des baies pendantes sur des cordes, ils sont non comestibles frais car toxique tout en ayant des propriétés purgatives. On les fait sécher, torréfier ou fermenter pour les consommer et on le considère comme un remède aussi bien pour les rhumatismes que pour les morsures de serpent ou la syphilis. Et on en fait une boisson alcoolisée qui ressemble à de la bière.

Demain on lève l’ancre pour Antigua, on profite d’une dernière soirée à Deshaies, c’est joli comme tout Deshaies.

Quelques précisions !

  • Avoir sur ses tablettes : à l’origine, les tablettes mentionnées dans cette expression sont des petites plaques d’argile utilisées en Mésopotamie. Au fil du temps, elles sont devenues en bois, puis en métal. Mais toujours la même vocation, écrire pour ne pas oublier. Si les tablettes ont été reléguées aux oubliettes, l’expression désigne au sens figuré, l’action de noter quelque chose que l’on ne veut pas oublier.
  • Avoir un pendant : ce qui concorde avec quelque chose, est comparable à quelqu’un ou lui est semblable.
  • Le Stopping Power crée une réponse émotionnelle. Les gens se connectent d’abord à des messages émotionnels, leur consentement émotionnel les pousse ensuite à regarder une publicité, qui elle même va les encourager à prendre le temps de digérer ces informations et passer ensuite à l’achat. Le Stopping Power peut aussi inciter le public à en savoir plus, titiller sa curiosité, son désir, amener le consommateur à s’arrêter et à étudier une annonce et à effectuer ensuite des recherches d’informations supplémentaires. Il peut également être fait pour surprendre le public.
  • 549 jours = 1 an, 6 mois et 1 jour. La prochaine route du Rhum est prévue en novembre 2026
  • La chair de la carpe koï est un peu coriace. Ces poissons passent la plupart de leur temps dans des eaux stagnantes et peu profondes, il faut faire attention au risque d’infection bactérienne, mieux vaut ne jamais manger ce type de poisson cru mais le faire cuire correctement avec suffisamment de chaleur. Il existe des élevages de carpes koïs destinées à la consommation, les prix sont très élevés.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

4 commentaires sur « En repassant par les Antilles  »

  1. bonjour vous 2

    vous rentrez quand sur le continent ?

    vous revenez au Cap d’Agde

    sympa les vidéos

    à bientôt

    yves et Sandrine ponton D au Cap

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  2. bonjour Yves et Sandrine du ponton D 🙂 !
    ça y est, nous sommes rentrés ! mais exilés au Mobex 14 😁 … nous ne sommes pas tous les jours au Cap d’Agde mais nous y serons ce jeudi 31 octobre pour le salon nautique, y serez vous ? sinon un autre jour ? ça sera plus simple de communiquer par SMS ou whatsapp mon numéro 06 58 69 72 44 😉

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