
Comme dit le capitaine à qui lui demande d’où nous venons et où nous allons, nous remontons l’arc antillais pas sauts de puce avant d’entreprendre la transat retour vers les Açores, et comme on fait toujours ce que le capitaine dit, en ce radieux 12 juin nous quittons Deshaies à la pointe Nord-Ouest de la Guadeloupe pour remonter sur Antigua, 43 NM, même pas besoin de se lever aux aubes, nav’ tranquille, à midi je fais réchauffer des feuilletés aux champignons et comme nous avons encore faim, confectionne pour chacun un petit sandouiche au jambon et au comté, en France le pain et le jambon sont fameux et on trouve du comté, à prix d’or, certes, mais on a assez bouffé de thon en boîte pour se permettre cette prodigalité, en plus ce pique-nique nous ravit parce que nous n’avons pas mangé de sandouiche depuis que nous sommes partis, des hamburgers plus que de raison, mais un bon jambon-fromage, non, ça nous fait passer une petite journée sympa, c’est vrai que c’est pas compliqué d’être heureux, un barbecue et un verre de rosé en bonne compagnie et hop, un sablé à la cannelle et un verre de vin chaud quand ça caille dehors et hop, en bateau c’est pareil.
Nous arrivons sans encombre à Antigua, découverte avant nous par Christophe Colomb en 1493, qui la baptisa Santa Maria de la Antigua en l’honneur de son navire Santa Maria et de la « Virgen de la Antigua » (la Vierge de l’Ancienne), dont l’image se trouve dans une des chapelles de la cathédrale de Séville. Avec Barbuda, elles ont été colonisées par les Espagnols, puis les Français et finalement les Anglais, et comme sur toutes les îles que nous avons visitées, la majeure partie de la population locale a disparu de malnutrition, de maladies importées et de mauvais traitements. En 1967 Antigua-et-Barbuda est devenue un Etat associé des Indes Occidentales, puis indépendante en 1981.


On se pose au Sud, précisément à Falmouth Harbor (photo de droite) parce qu’il y a plus de fond qu’au mouillage d’English Harbour, Nelson’s Dock Yard, à côté, dans lequel il est tortueux d’entrer, qui est peu profond et vaseux, et que le prix de la marina est coton, une marina de temps en temps ok, mais si on y va à chaque fois c’est comme louer un van en s’arrêtant à l’hôtel tous les soirs, on a rencontré un couple de navigateurs qui a stoppé son tour du monde au bout de 3 mois parce que la dame voulait dormir à l’hôtel à chaque fois qu’ils étaient à terre, leur budget a fondu comme neige au soleil, tu m’étonnes. Et par association d’idées, je pense à un autre couple qui s’est arrêté aux Antilles (à l’aller), prétextant que c’était trop touristique et trop cher, bin voyons, l’excuse déjà pas bidon, continue juste après et tu verras !


Annexe à l’eau, nous allons faire un tour au fameux Nelson’s Dock Yard, ça nous fait les pieds et c’est là qu’il faut faire la clearance, le capitaine s’en souvient, il est déjà passé par ici avec des copains il y a peut-être une vingt-cinquaine d’années, une connaissance qui les avait invités sur son bateau et voulait s’assurer des bons services du capitaine, il avait de la suite dans les idées le gars.
Nous arrivons devant une barrière gardée par un colosse aussi endormi qu’en uniforme, je ne sais pas trop à quoi il sert parce que manifestement il ne comprend rien à ce que nous lui baragouinons, il nous ouvre la barrière avec un signe de la main pressé de se débarrasser de toute présence importune.

Nous voilà dans l’antre, poïpoïpoï dis donc, on se croirait à Disneyland, c’est un ancien chantier naval Britannique, une base opérationnelle durant les guerres napoléoniennes au XVIIIe et XIXe siècle, qui abrite des bâtiments et des installations portuaires entourés d’une enceinte fortifiée, il a été fermé en 1889 parce qu’il n’y avait plus de batailles navales dans le coin, et restauré à l’identique à compter de 1931, on dirait que les pelouses sont synthétiques tellement elles sont vertes et que pas un brin de gazon ne dépasse des autres, et je voudrais bien savoir comment ils nettoient leurs pavés pour en toucher un mot à Hidalgo à l’occasion, en plus c’est plein de boutiques luxueuses de teeshirts et souvenirs, de qualité, je le précise car la qualité c’est de plus en plus rare, les administrations sont closes, il faudra revenir demain, avec plaisir !

La nuit tombe,

on se pointe au Pillar’s Restaurant at the Admiral’s Inn, on pourrait croire que ça se la pète mais pas du tout, l’accueil est charmant et le cadre carrément exceptionnel :

On se boit un pot avec vue sur English Harbour, les moustiques volent en escadrille, la nana du bar nous apporte un pschit, tout est prévu pour que la noble clientèle ne soit pas incommodée de quelque manière que ce soit.

Le décor met capitaine en verve, il se met à me raconter ses souvenirs, ça lui fait rire les yeux,
– on arrive ici en annexe rigide, tous dedans, c’est Pierre qui conduit alors il arrive plein pot, y’a du monde plein les terrasses des restos et des bistros, et je sais pas ce qu’il fout, au lieu de rester point mort il passe marche avant et on fonce droit dans le ponton, presque on monte dessus, tout le monde nous regarde, la honte, non mais la honte qu’on se paye !
Il se marre mais le connaissant, il avait dû trouver ça nettement moins drôle à l’époque.
Le lendemain, on revient pour faire la clearance et passer à l’immigration, c’est bien conçu, il suffit de faire un quart de tour puis 2 pas d’un bureau à l’autre, nous sommes seuls mais il y a une attente incompréhensible, la nana qui s’occupe de notre cas est collée à son portable et vu sa tête c’est clair que c’est perso, à un moment donné, péniblement, elle quitte son téléphone pour se lever et venir nous donner un papier qu’elle a tamponné avant de retourner à ses affaires, c’est le genre de truc qui me fait me demander où va le monde, mais bon, ça finit par se faire, on peut aller voir le Yacht Club d’Antigua, j’adore les Yacht Clubs !
C’est ballot parce que nous sommes hors saison et hormis quelques gros yachts garés dans le coin et qui suintent la mégalomanie, on ne verra pas les bateaux majestueux qui viennent régater par ici, ceux de l’Antigua Sailing Week par exemple, une des régates les plus prestigieuses au monde qui existe depuis plus de 40 ans, ou des régates comme le Panerai Classic Yachts Challenge qui attirent des bateaux à couper le souffle :

Contrairement à ce que j’aurais pu penser (il m’arrive de penser), le Yacht Club ne se trouve pas au sein du luxueux Nelson’s Dock Yard, mais côté Falmouth Harbour, il bénéficie d’une solide réputation, il y a des endroits comme ça qui deviennent des mythes, même avec des nappes en toiles cirées qui collent sous les coudes, c’est bobo à balle (bobo : n.m. petit-bourgeois, stupide et intolérant) (en fait je ne savais pas que c’était aussi violent, je pensais à un synonyme de snob quoi, et non … mais je laisse)

Malgré ça, par rapport à la majeure partie des îles de la Caraïbe, on voit qu’il y a de la thune, en devenant indépendante, Antigua a su développer une économie essentiellement basée sur le tourisme (je dis Antigua car c’est là que nous sommes, mais il s’agit d’Antigua-et-Barbuda), et ils ont trouvé un autre moyen pour faire rentrer des devises, tenez vous bien : investir au minimum 230000 $ pour devenir citoyen d’Antigua-et-Barbuda, ce qui permet d’obtenir aussi sec un passeport d’Antigua-et-Barbuda qui permet de voyager vers 162 destinations sans avoir besoin de visa. De quoi avoir une pelouse verte et des pavés propres.
En reprenant l’annexe nous passons devant l’Antigua Yacht Club, ce repère à marins de la haute, on en a vu un, très, très, trèèèèès vieux, en short à poches et chemise blanche immaculés, avec, pour seule compagnie, un steward prêt à bondir au moindre battement de cil, le capitaine lui a attribué l’énorme yacht avec des guirlandes de 14 juillet. Parce que c’est le plus gros.

Nous longeons ensuite tous les immenses pontons vides pour retourner au bateau, ils sont faits pour accueillir des bateaux énormes, le capitaine me dit que pendant la haute saison, tous les pontons sont blindés à toc, on a bien fait de venir maintenant je lui dis, il y a de la place !

En pleine saison, ça ressemble à ça, on ne peut même pas y garer un Optimist de plus :

Ne voulant pas nous limiter à ne connaître d’Antigua que le Nelson’s Dock Yard et le Yacht Club, le capitaine a trouvé une voiture à louer, après avoir cru que le premier loueur voulait nous entourlouper et constaté que les tarifs étaient identiques chez le second et dernier loueur du coin, tope la, j’embarque côté passager et c’est parti pour découvrir la véritable île, île qui ressemble parfaitement à une île des Antilles, avec ses bicoques en tôle ou en planches et ses flamboyants :

Ses plages avec des parasols en palmes, ses hôtels et des jet-skis :

Ses tortues qu’on ne voit jamais :

Ses églises, ici l’église San Felipe de Jesús (Saint Philippe de Jésus, St Philip) dans le village de San Felipe, où les premiers colons sont arrivés en provenance d’une autre communauté après avoir subi trop d’épidémies et une invasion de chauves-souris. Une invasion de chauves-souris !

Et la cathédrale Saint-Jean-le-Théologien, St John The Divine please, qui se trouve, comme son nom l’indique, à St John’s, la capitale d’Antigua-et-Barbuda, centre commercial du pays et principal port de l’île d’Antigua :


Nous continuons notre visite quand j’intime au capitaine l’ordre de stopper, stop ! arrête toi !! il pile presque en regardant de tous côtés le danger qu’il aurait dû voir mais qu’il n’a pas vu, quoi, quoi ? quoi ?! pense t’il à voix haut perchée,
– là !
– quoi là ?!
– un champ de lotus sacrés !
C’est tellement incroyable que j’y regarde à deux fois, tandis qu’il soupire et que ses sourcils descendent de dix bons centimètres sous le poids de ce qu’il aurait à dire mais se retient de faire, et en profite pour pisser tandis que je m’émerveille, oui, tout un champ de lotus sacrés pour moi toute seule !!!


C’est une fleur sacrée dans le bouddhisme et l’hindouisme car le lotus s’enracine dans la vase et donne des fleurs qui en émergent mais sont insensibles à la boue, ce qui leur a valu de devenir symbole de pureté, elles s’épanouissent plusieurs dizaines de centimètres au-dessus de la surface de l’eau, comme si elles cherchaient à s’émanciper de la salissure terrestre, en cela elles symbolisent l’élévation, celle que tout être humain devrait rechercher. On utilise les graines de lotus en phytothérapie Chinoise, Lian Zi, car elles fortifient l’organisme et apaise l’esprit. Et en occident on utilise ses fleurs dans les cosmétiques en raison de ses vertus apaisantes, antioxydantes, régénérantes et purifiantes, crotte, je me rends compte que je n’ai jamais utilisé de cosmétique à base de fleurs de lotus, je fais tout de travers !
Et, tant que j’y suis, je le fais aussi stopper devant des Pommiers de Sodome, le nom botanique étant Calotropis procera, d’où lui vient ce nom de Pommier de Sodome me direz vous ? Et bien voilà : les légionnaires l’appelaient le roustonnier, du français argotique roustons désignant les testicules, parce que la forme de ses fruits évoquent un scrotum, par extension cet arbuste a été affublé du nom de Pommier de Sodome, j’aimerais interviewer les dits légionnaires pour savoir par quelle association d’idées ils sont passés du scrotum à Sodome, en fait j’ai une petite idée, mais bon. Il vaut mieux ne pas le toucher car son latex est hyper toxique et peut être mortel, mais utilisé dans la pharmacopée traditionnelle, les racines, les feuilles, les fleurs et même le latex dilué entrent dans divers remèdes pour soigner des maux très différents qui vont des verrues à la syphilis, ou comment en revenir au scrotum (de l’art de l’anecdote pour apprendre la phytothérapie).

On termine notre tour par le Shirley Heights, une vigie militaire restaurée et une batterie d’artillerie, son belvédère est à un point culminant qui offre une vue superbe sur les ports English et Falmouth, la meilleure vue d’Antigua !

Et effectivement, on distingue parfaitement les Falmouth et English Harbour :

Moi j’ai bien gagné ma journée avec les lotus et les pommiers, demain est un autre jour qui nous voit changer de mouillage.
Mais où va t’on ?
Pas très loin en fait, jusqu’au mouillage de Lee Cove, au large de Great Bird Island :

On fait tout le tour par l’ouest pour être sous le vent d’Antigua, ça fait une bonne trentaine de milles nautiques, j’aime bien, ça nous fait voir depuis la mer ce qu’on a vu en terre, ses plages et St John’s sous les nuages, des orages sont prévus et ça se voit :

Depuis le mouillage on voit bien Antigua, il se met à flotter, le soir venu des éclairs zèbrent la nuit, on a du pot, on reste au sec sur Cap de Miol.

Le lendemain, soleil, c’est mieux pour aller faire un tour sur Great Bird Island et emporter masque, palmes et tuba, on s’en va sur la plage nord, y laissons l’annexe, et décidons d’aller voir ce qui se passe sous l’eau, des algues, du sable en suspension, une tortue, quelques poissons, l’eau est chaude comme le jacuzzi d’un hôtel 5 étoiles, nos têtes à la surface de l’eau avec nos masques sur le front, battant des palmes pour nous maintenir à flot, nous nous demandons, avec le capitaine, si le réchauffement de la planète en général et d’ici en particulier ne serait pas à l’origine de ce manque de vie sous-marine qui ne ressemble pas à ce qui est raconté dans les brochures vantant le coin, bon, le capitaine, jamais à court d’idée, veut faire le tour de l’île à la nage, il n’en rate pas une.
Je vous mets une photo de Google Earth parce que vu d’en haut, on distingue nettement les eaux calmes à l’intérieur de la barrière de corail côté mer des Caraïbes, et l’océan Atlantique de l’autre côté. Ca se passe de commentaire.

Qui, mais qui à part lui, peut avoir une telle idée, en le maudissant je vais jusqu’au point jaune et l’attend, battant des palmes je demande à mon encéphale de me dénicher une excuse imparable pour expliquer mon abandon, la piqûre d’une raie léopard me paraît un peu excessive, j’en ai vue une justement tout à l’heure, le capitaine m’a dit que la piqûre de leur dard est très douloureuse et dans certains cas mortelle, je vais en rester à la crampe qui ne passe pas, va t’il seulement me croire, mais le voilà qui réapparaît déjà, ça bougeait trop, je pense qu’il n’a pas été plus loin que le point rouge et c’était déjà bien courageux.
Nous y restons un jour de plus (le capitaine dit plu) pour aller à terre cette fois, mais seulement lorsque les bateaux à moteur locaux ont disparu de notre espace, et les gens qui allaient avec, pour être tranquilles vous comprenez, nous avons été seuls dans tellement de mouillages que nous sommes devenus un peu sauvages, peut-être même était ce notre nature première vers laquelle nous revenons, quand nous débarquons, c’est vide, et un panneau closed barre l’escalier qui permet de s’engager sur l’île, en fait c’est payant et personne n’est là pour encaisser.

C’est une réserve naturelle et il est interdit de divaguer où bon pourrait sembler à tout un chacun, ni gratuitement dans le bon chemin, le capitaine va de droite et de gauche pour envisager la situation, il n’y a pas d’alternative, il faut monter l’escalier, nous enjambons le panneau d’interdiction et advienne que pourra.

Plus nous montons, plus il y a d’oiseaux, mais quand je dis plus il y a d’oiseaux, c’est à peine croyable, limite flippant, des centaines et des centaines d’oiseaux, qui font un vacarme assourdissant, certains nous plongent dessus et changent de cap au dernier moment, ambiance extrêmement hitchcockienne, le capitaine ne mettant pas son eau de toilette quand nous naviguons, l’explication la plus probable justifiant une telle agressivité est qu’on doit être en pleine saison de ponte, nous ne nous attardons pas et, la visite ayant été courte, décidons de nager un peu, ça ne dure pas non plus, je me retrouve nez à nez avec un banc de méduses, magnifiques, certes, transparentes avec des poils indigo sur le pourtour, certes, mais je ne sais pas si elles sont venimeuses ou pas, je demi-tourne et préviens le capitaine, méduses ! méduses ! ce qui sonne le glas de notre sortie, nous retournons au bateau.
Le jour suivant, nous levons l’ancre pour Barbuda, d’Antigua-et-Barduda, quand on cherche des infos sur Barbuda, on en trouve sur Antigua, à part quelques précisions sur Barbuda, mais on sent que c’est menue monnaie, et que dire de Redonda qui en fait partie ? Rien, d’ailleurs nous n’y passerons même pas, quel dédain. C’est tout de même à une trentaine de milles, le capitaine veut jeter l’ancre à Spanish Point, pourquoi, et bien parce qu’il y a été avec ses potes à la grande époque, si ça se trouve un jour lointain je ferai partie d’une grande époque de la vie du capitaine, en attendant je suis son quotidien et, comme on le sait, le quotidien a moins de panache que la grande époque. Ou alors il faut savoir méditer et profiter du moment présent. Ce qui n’est pas l’apanage de tous. Un gros orage tonne et envoie ses éclairs au loin mais se délite avant de nous arriver dessus, ça fait complétement adonner le vent et on fait un peu de moteur avant que ça reparte, Barbuda est encore plus plate que Marie-Galante et c’est peu dire.
En la longeant pour aller jusqu’à Spanish Point, je distingue des immeubles qui ont piteuse allure, on est loin des hôtels de luxe de Nelson’s Dock Yard,
– on dirait qu’il n’y a pas de fenêtres … qu’on leur a crevé les yeux, ça fait comme des orbites vides…

Le capitaine ne me croit pas, je prends un des immeubles en photo en zoomant, et je lui montre en zoomant encore plus, ah ouais tiens, bin ouais pardi ! C’est l’ouragan Irma de 2017, il a détruit 95% de Barbuda,
– c’est sûr, plat comme c’est, l’ouragan a tout balayé !
– ça a dû faire comme un aspirateur géant …
Terrible.
On arrive jusqu’au mouillage en slalomant entre les cailloux dès qu’on a passé le reef, qui est suffisamment large pour que le vent réussisse à soulever des vagues, ça se voit sur la photos des immeubles énucléés, pas grosses les vagues, mais suffisantes pour rouler sérieux une fois ancrés, le capitaine est tenté d’aller mouiller ailleurs, pour de bon, qu’est-ce que ça peut faire qu’on roule un peu au mouillage, ok on reste, mais demain on change, de toutes façons c’était prévu, on met l’annexe à l’eau pour aller faire un tour à terre, rien qu’une végétation chiche et des bouts de coraux morts, un couple fait du kitesurf un peu plus loin, c’est super couru par ici les croisières en catamaran pour faire du kitesurf, aucun besoin de reconstruire les hôtels à terre, c’est tout bénèf.

Le lendemain direction le mouillage de Low Bay, d’où nous allons en annexe jusqu’à Codrington, il y a tellement peu de fond que ce n’est pas possible de mouiller à l’intérieur du lagon, suffisamment vaste ici aussi pour que le vent ait loisir de soulever des vagues et que la balade en annexe relève d’une rodéo party sur vache mécanique, ça tape le cul, et ça me rappelle en sus un bon souvenir avec des copines à Las Vegas, on s’est faites éjecter les 4 fers en l’air de la vache électrique le temps de dire ouf sous les applaudissements de cow-boys hilares.

Codrington.
Ouais.
Le seul bled de l’île. Ainsi nommé en l’honneur de Christopher Codrington qui fonda la première grande plantation de sucre sur l’île d’Antigua en 1674. Ses mille-six-cent-et-des-brouettes habitants ont été intégralement évacués sur Antigua au moment d’Irma en septembre 2017, n’y laissant que des chats et des chiens, ce qui n’est pas très urbain soit dit en passant, quand je cherche à savoir combien de personnes y vivent actuellement, je n’y arrive pas, les seuls chiffres disponibles englobent Antigua et Barbuda, la bonne nouvelle c’est qu’en 2024, 5 enfants y naissent pas jour pour seulement 2 personnes qui y décèdent, en toute logique la population augmente de 3 personnes par jour, soit un total de 1095 pour fin 2024, ceci sans compter la migration qui crée un déficit de 13 personnes à l’année, un chiffre qui doit faire pleurer Retailleau, on y vit plus longtemps que la moyenne mondiale, à savoir 75.5 ans contre 71, rassurez vous, en France l’espérance de vie est de 79.2 ans pour les hommes et 85.3 pour les femmes, les chiffres non genrés ne sont pas encore disponibles.
Donc on y débarque pour faire quoi, je vous le donne en mille : la clearance de sortie. Bin ouais dit le capitaine quand je lui dis qu’heureusement qu’il est là sinon j’oublierais au moins une fois sur deux de faire les clearances.
Pas grand monde mais des oiseaux et des chevaux, des constructions sommaires et quelques maisons plus solides qui ont survécu à Irma et ont été rafistolées à la vas-y-que-j’te-pousse, un peu de gens, une épicerie, avec du raisin dis donc, alors ça ça m’épate,

une église, toute neuve, pour garder la foi :

…et ça marche !

N’empêche qu’ il y a un aérodrome ici, et une construction toute neuve qui abrite un restaurant, on est tombé dessus en cherchant l’adresse où faire la clearance, le capitaine a beau avoir le nez collé sur Maps, on n’a pas de connexion. Mais Dieu existe, et croire en lui est la panacée, nous finissons par trouver l’endroit qui abrite les customs, c’est vide et fermé, il y a un numéro de téléphone mais on n’a pas de carte SIM locale, l’existence de Dieu est brutalement remise en cause.

Mais voilà qu’une voiture passe (🙏), un monospace rempli de gens endimanchés, qui s’arrête, nous n’avons pas besoin de donner d’explications, une dame fort coquette appelle déjà le custom, nous explique qu’il arrive, ils repartent, vers un mariage ai-je cru comprendre, et nous attendons encore un sacré bout de temps avant qu’un nouveau colosse en uniforme ne se pointe, je me demande si la colossalité est un facteur de recrutement par ici, on dirait bien. Il nous fait entrer dans ce qui est une administration tout ce qu’il y a de plus officielle, deux bureaux, trois sièges à roulettes qui plient sous le poids de quiconque ose y poser ses fesses, une clim’ poussive qui se met à crachoter de l’air tiède quand il la met en route, des étagères qui croulent sous tout et n’importe quoi, des mouches, des moustiques, des toiles d’araignée, il doit rester trente centimètres carrés pour circuler dans ce bazar, tel une danseuse aérienne le colosse se glisse derrière un des bureaux et nous fait la clearance, nous attendons que la personne dédiée à l’immigration se pointe, elle arrive finalement de l’aérodrome, en pestant avec une hargne peu commune contre je ne saurai jamais qui ou quoi, tamponne rageusement nos passeports, ça nous a pris plusieurs heures dis donc, nous allons manger un hamburger frites dans le resto de l’aérodrome parce qu’on a l’estomac dans les talons, je dis au capitaine que c’est bizarre parce qu’on ne trouve pas de pommes de terre dans les magasins mais qu’il y a des frites partout, avec ce regard qui n’appartient qu’à lui il me dévisage,
– mais ! c’est des frites congelées !
– aaaaah !
On ne peut imaginer que ce qu’on connaît. Notons au passage que le mystère des patates est résolu.
Le lendemain, petite balade sur la plage de Low Bay, c’est plein de filets de pêche abandonnés en tas, ça m’étonnera toujours que des pêcheurs n’aient pas le respect de la mer et de leurs outils, on dirait que Cap de Miol erre tel le Vaisseau Fantôme sur l’horizon, mais il est bel et bien ancré, enfin, on l’espère. J’ai vu le film Soudains seuls avec Gilles Lellouche et Mélanie Thierry, ils s’en vont en annexe sur une île et quand ils reviennent, plus de bateau, épouvantable (je l’avais téléchargé pour le regarder en nav’, mais à part une ou deux scènes au début, rien ne se passe sur un bateau, grosse déception).

En y retournant en annexe, des raies passent à côté de nous, le temps de sauter sur mon portable elles sont déjà loin,

On attend le soir pour partir sur Saint Barthélemy, 60 NM que le capitaine a décidé de faire sous génois seul parce qu’on sera plein cul et que ça nous fera arriver au petit matin à Gustavia, c’est moins rigolo qu’on pourrait le penser parce qu’il y a de la houle et des vagues et qu’on n’avance pas vite sous génois au portant, alors on est ballotés, ce qui est ballot, car au lieu de dormir comme un plomb en me disant qu’on ne risque rien sous génois seul, ça roule pire que quand on trace sur une mer de 30 nœuds, enfin, au moins quand un orage tonne, on s’en fiche, et tant mieux, parce que ça tonne une bonne partie de la nuit.
Comme prévu, nous arrivons au petit matin sur St Barth.

St Barth ! Haut lieu de la jet-set ! Tenez vous bien, on arrive !
Hors de question d’aller payer une blinde à la marina, et un petit tour dans le mouillage de Gustavia suffit à nous faire comprendre que nous n’allons pas non plus payer pour être sur bouée et rouler à peine moins que ceux qui ont jeté l’ancre, nous tournicotons donc dans le mouillage pour trouver la meilleure place, la plus intelligente, que personne d’autre que le capitaine n’aura remarquée, ça doit être un jeu réservé aux plus chevronnés, je donne mon avis au capitaine, c’est simple, la bonne place c’est là où il y a le plus d’espace entre trois bateaux, avis qui tombe dans un violon comme de la pisse, on s’en va se mettre le long du chenal, c’est là que ça bouge le moins,
– ouais, mais quand des bateaux vont passer, ça va faire des vagues ?
Notez la forme interrogative, donner l’impression que je pourrais penser que le capitaine oublie une des bases du mouillage pépère serait du plus mauvais effet, alors en cas de réaction épidermique, je garde une position de repli, à savoir m’exclamer que mais je posais juste une question, c’est de la stratégie pure.
On n’a pas le temps de couper le moteur qu’un ferry arrive dans le chenal juste derrière nous, mais avant même qu’il nous fasse danser sur son passage, le capitaine me montre une usine du doigt, sûrement de dessalement, me dit que le vent nous apporte son bruit et ses effluves nauséabondes, on relève le mouillage et allons un peu plus loin, la fameuse où il y a le plus de place entre trois bateaux, tout est bien.

Annexe à l’eau, direction capitainerie pour clearance d’entrée, elle est classe la capitainerie, et puis balade dans Gustavia, pour une fois c’est moi qui connaît le coin tandis que le capitaine n’y a jamais mis les pieds, je l’ai prévenu, St Barth c’est différent, c’est nickel, ça pue le fric et c’est …blanc, ce qui, on peut le dire, est une originalité dans le coin.
Histoire express : cette île minuscule fait moins de 25km², elle a été découverte par Christophe Colomb qui l’a baptisée San Bartolomeo en l’honneur de son frère Bartolomeo, elle fut française puis Suédoise (d’où le nom de Gustavia) puis à nouveau française, et fut réunifiée à la Guadeloupe en 1878, on notera que l’Ordre de Malte la posséda se 1651 à 1665, pourquoi le préciser pour une si petite fraction de temps dans l’histoire de l’humanité, et bien pour ses armoiries :
Les trois fleurs de lys représentent la souveraineté française, sur la fasce on voit une croix de Malte et dans la pointe, trois couronnes royales en souvenir de la Suède, CQFD.

En juillet 2007, cette commune de Guadeloupe est devenue définitivement une Collectivité d’Outre-Mer.
A l’origine elle était peuplée d’indiens Arawak, en 1671 elle comptait 290 blancs et 46 noirs, l’esclavage a été aboli en 1847, et en 1974, la population s’élevait à 2500 personnes dont 200 noires, c’est passé à 11 321 habitants en 2024 ce qui fait une densité de 536 habitants par Km², c’est peanuts comparé à Hong Kong (130 000 habitants au km², mais à Hong Kong on devrait plutôt compter au km³). Son économie ne repose que sur les capitaux de ses riches résidents, leurs dépenses et celles des touristes, et surtout de l’immobilier, dont les prix ne cessent de flamber depuis que Rockefeller, la Brigitte Bardot de St Barth, en est tombé amoureux en y passant en 1956 et y a amené dans son sillage des hommes d’affaires nord-américains qui avaient de l’argent, pour répondre à leur envie de le dépenser, des boutiques de luxe ont poussé, St Barth, île pour milliardaires, était née.
Le capitaine se méfie de ce genre de destination, moi je n’ai qu’une envie, écumer les boutiques ! pas les Gucci, Chanel et consorts, habillée comme ça je ressemblerais à un épouvantail un soir d’Halloween, non non, un short pour le bateau, ou un teeshirt St Barth, bref, un truc qui me rappellera que j’y suis venue avec le capitaine et qui me servira sur le bateau !

Faisons z’y un petit tour ensemble…



C’est tout propre et cosy, mais contrairement à Antigua, ici toute l’île est propre et cozy. Je m’offre un teeshirt à manches longues Quicksilver avec écrit St Barth sur la manche, on passe au Shipchandler et on achète une lampe à accrocher dans le cockpit qui se recharge avec une clé USB, j’en cherche une quasiment depuis qu’on est partis, c’est la folie dépensière qui nous gagne on dirait, en passant devant le Bar de l’Oubli, écran de télé géant, des gens, du football en direct, allez on s’assied, je me retrouve entre un alcoolique et un drogué, deux vieux pêcheurs de langoustes égarés dans notre monde cruel, je demande à mon voisin de droite quel âge il a, je lui donnerais bien 75 balais, 58 il me répond, la vache, la drogue c’est rude, il me raconte différentes pêches qu’il a faites, dans le moindre détail, le-moin-dre-dé-tail, il me saoule, j’ai envie de lui dire que je m’en cogne mais je n’aime pas faire de la peine, le capitaine a eu plus de chance, il est assis à côté d’un jeune cuistot maître sushi qui vient d’être embauché dans le seul 5 étoiles de l’île dit-il, le Christopher, ça m’étonne qu’il n’y ait qu’un seul 5 étoiles à St Barth, et en vérifiant évidemment qu’il y en a une tripotée, mais bon, il a une bonne place, je laisse mon pêcheur continuer à parler sans se rendre compte qu’il m’a perdue et je demande au cuistot combien il gagne ici, 2500 €/mois, je trouve que ce n’est pas formidable vu le faste ambiant, il me répond qu’il était mieux payé quand il exerçait à Bora et qu’en plus il avait droit à des primes, mais bon, l’occasion faisant le larron, il est venu ici et n’est pas à plaindre non plus. Je ne sais plus qui a gagné le match. Ni quel match d’ailleurs.

Ici ce ne sont pas les bistrots et restos qui manquent, on mange un bout dans un troquet sympa avec une carte normale où on peut en avoir pour 30/40 balles à deux, ça existe, on ne risque pas d’aller seulement boire un café dans « l’atelier » de Joël Robuchon, un atelier, fous-toi d’ma gueule, un couple qui a garé son annexe à côté de la nôtre nous a dit y être allé prendre un petit déjeuner pour dire que, mais pas plus parce que hein, ça c’est le genre de truc qui me fait peine, tout le monde n’a pas les moyens de s’acheter un sac Chanel alors Chanel fabrique des porte-clés pour que le bas-peuple puisse avoir accès à sa marque, c’est pareil, si t’as pas les moyens de t’offrir du caviar chez Robuchon, emprunte pour t’offrir royalement un café-croissant (bi color le croissant, c’est pour ça), on prend de la thune partout où on peut la prendre, ça nous change du Vanuatu.
Etre assis à une terrasse ici équivaut à un repas-spectacle, même hors saison, nous avons droit à un défilé de robes et chapeaux fort éloigné de l’élégance raffinée que nous pourrions être en droit d’attendre en un tel lieu, les robes sont d’un goût à faire passer celles de Loana pour le chic nec plus ultra, portées par des créatures aux lèvres gonflées à l’hélium et aux faux cils surdimensionnés, qui se prennent en selfies toutes les 3 respirations avec, en premier plan, leurs seins au balcon comme disait papa, et au second une duck-face digne d’une première place de concours, un comportement d’une grossièreté qu’elles sont visiblement les seules à ignorer, ça se commande un coca-cola pour 5 et ça paye avec un geste méprisant avant de partir dandiner du croupion un peu plus loin. Comme j’aime bien discuter avec les gens du coin, je papote avec les commerçantes des boutiques que je visite, elles me disent que c’est devenu une vraie plaie ce genre de public vulgaire qui vient frimer et jouer à la star sans un rond en poche, un patron de resto nous raconte qu’il y en a qui s’installent chez lui, commandent une bricole et sortent des bières de leurs sacs, et encore ! me dit-on, on est hors saison, mais vous verriez en pleine saison, on est envahis ! Dans une boutique de fringues, la vendeuse me dit que la mode maintenant c’est devenu bermuda et chemise over size, justement en réaction à ce déploiement d’indécence fruste, c’est cool, je vais pouvoir expliquer au capitaine que mes tenues, qu’il n’apprécie pas toujours, sont hyper branchées.
Nous allons récupérer la voiture que nous avons louée, où que nous arrivions, la priorité est toujours de trouver de quoi remplir le frigo, Maps nous emmène au diable vauvert quand je lui demande un supermarché, lorsque j’en sors je vois un cimetière, je demande au capitaine si ça ne serait pas là que Johnny serait enterré, il n’en sait rien (je pose toujours mes questions au capitaine, quelles qu’elles soient, comme s’il était détenteur du savoir universel, c’est dire dans quelle estime je le tiens), en même temps il ne doit pas y avoir 50 cimetières par ici, dis-je,
– on ira voir la tombe de Johnny quand même ?
Je sais bien que ça fait beauf d’avoir envoie de voir la tombe de Johnny, mais j’assume mon côté beauf-midinette- regardez-j’ai-des-avant-bras ( https://youtu.be/cyU-2W-QeFA?si=3HD9zb8i2pxRIXwa )
– mais on a bien été voir celle de Brel aux Marquises ! me justifié je auprès de lui que je tiens dans une telle estime.
En plus, il était belge, Brel.
Le capitaine concède, en faisant le tour de l’île demain, si sur le chemin il y a la tombe de Johnny, on s’arrêtera.
Après une nuit où alternent les moments de calme quand le vent est dans le même sens que la houle, et rouleuse quand il tourne, c’est parti pour faire le tour de St Barth.







J’explique au capitaine que j’ai lu que Johnny est enterré au cimetière de Lorient, que c’est sur la route parce que toutes les routes mènent à pas loin par ici, et en plus
– je me demande si ce n’est pas là qu’on a fait les courses hier ?
Si. Au moins, si on veut racheter du pain, on sera à 2 pas.
Nous y voilà, et voici l’église de Lorient et son intérieur :

Son cimetière fleuri :

Et, tout au fond, sans personne autour, toute en sobriété, la tombe de Johnny …

Mes frangines, à qui je whatsappe généreusement la photo, me donnent leur avis, c’est kitsch, ça les surprend, pour de bon je trouve quand même ça plus fun de se décomposer sous des roses en plastique plutôt que d’être écrabouillé sous une tonne de marbre noir, brrrr.
Ayant vu ce qu’il y avait à voir pour la plèbe que nous représentons, le lendemain, après avoir prévenu la capitainerie de notre départ et fait le plein d’eau au quai qui longe une bonne partie de Gustavia, direction l’île Fourchue, 5NM, c’est pas la mer à boire, nous ne sommes pas seuls au mouillage, mais comme souvent il y a des bateaux de charter qui s’en vont en fin de journée, c’est beaucoup plus calme qu’à Gustavia et le capitaine comme moi-même sommes bien contents, j’avoue tout de même que ce bain de foule et de civilisation, aussi décadente soit-elle, m’a fait plaisir, c’est chouette de varier les ambiances, pour autant qu’on puisse en choisir le dosage.

Après une nuit paisible, annexe, enfilage des godasses de rando sur la plage, et zou, on va se dégourdir les guiboles. Le ciel est menaçant, c’est clair qu’il pleut sur St Barth, on verra bien si ça vient par ici.
Ca grimpe un peu, vraiment ce n’est rien après Table Mountain ou la Polynésie, une petite mise en jambe pourrait-on dire, une partie de plaisir … jusqu’à ce qu’on se prenne un bon orage sur le coin de l’œil, miracle, on trouve une grotte pour s’abriter, une vraie grotte, c’est rigolo !


Après la pluie, nous reprenons notre grimpette pour atteindre le sommet :

De tout en haut on voit bien St Barth :

En plus du fait de l’avoir pour nous seuls, en plus de la vue exceptionnelle, l’île est remplie de ces cactus qu’on appelle Siège de belle-mère, des Melocactus Intortus, une espèce protégée car très menacée en Guadeloupe, ici ils sont tranquilles et magnifiques et se laissent photographier :

Le soir, en pleine sustentation, alors que le capitaine ne s’exprime que peu durant ces moments-là, il s’arrête un instant, me regarde,
– je n’ai pas aimé St Barth, mais l’île Fourchue, j’ai adoré !
Et bien nous sommes deux.

Pour autant, nous la quittons dès le lendemain, elle disparaît dans une brume de chaleur orageuse, direction notre dernière étape de cette remontée Antillaise : Saint Martin ! Une quinzaine de milles jusqu’au mouillage de Grand Case, ça vente fort sur la route, c’est bien, faut pas perdre la main, nous longeons la côte Est au près bon plein et passons le long d’Orient Bay, ça me fait drôle parce que je connais bien St Martin, ça a été ma trêve hivernale durant de nombreuses années, y arriver en bateau est absolument incroyable, j’en rêvais de faire du bateau par ici, ça me semblait tellement inaccessible, j’ai même du mal à y croire, j’arrive à St Martin à la voile !!!
Nous la contournons jusqu’au Nord pour arriver à Grand Case, ça nous fait abattre et nous retrouver au portant, ça me fait toujours le même effet, celui d’un dentiste qui arrête enfin de fourrager dans ma bouche avec sa fraise, tout s’apaise dans ma tête.


Vous ne serez pas surpris de savoir que c’est Christophe Colomb qui l’a découverte en 1493, c’était sur sa route, ni que c’était un 11 novembre, jour de la St Martin, il ne s’est pas foulé, comme un curé qui aurait trouvé un bébé sur son parvis et lui aurait donné le nom du saint du jour (au Moyen Âge, on déposait bien souvent les enfants trouvés devant une église, sous le portail, ce qui a d’ailleurs donné pas mal de noms de famille rappelant ce fait comme Trouvé ou Portal). Cette île est plus grande que St Barth puisqu’elle fait 88 km², sa particularité réside dans le fait qu’elle est Hollandaise au Sud et Française au Nord, mais comment se fait-ce, et bien voilà, Christophe Colomb était Portugais, mais ces derniers ayant refusé de financer son expédition, il alla crier famine chez ses voisins Espagnols qui crurent en lui et lui donnèrent les moyens de partir, Colomb revendiqua donc St Martin comme terre Espagnole, il n’allait tout de même pas la refiler à de maudits traîtres. Cependant, ni lui ni le moindre Espagnol ne posa pied à cette terre, aussi les Hollandais la colonisèrent en 1631 avant que l’Espagne ne s’en émeuve et la revendique 1633 puis l’abandonne une nouvelle fois, sur ce les Hollandais et les Français bataillèrent pour la récupérer, au bout du compte ils signèrent le Traité de Concordia en 1648 qui partagea l’île en deux, je vous épargne tous les détails avec les Anglais qui s’en sont mêlés, ils ont tous fait parler la poudre, c’était à la mode.
La différence du point de vue touristique entre ces deux parties de l’île est flagrante : côté Français, on cultive le charme à la française, petits restos gastros, petits hôtels et petites boutiques à petits prix tropéziens, côté hollandais c’est presque Miami : immeubles d’appartements de vacances avec bow-window vue sur mer, la rue principale de la capitale Phillipsburg est une rangée de magasins de montres et de bijoux soi disant Duty free, les vendeurs alpaguent le passant pour l’attirer dans leur boutique et lui fourguer leur marchandise, c’est lourdingue au possible, c’est côté Hollandais qu’il y a un aéroport international et un port qui accueille les paquebots qui déversent des hordes d’américains, casinos, machines à sous, rhum antillais, hamburgers-frites, choisissez votre camp.
Le capitaine m’a prévenue : il veut bien visiter l’île, on est un peu ici pour ça, mais on ne peut pas y rester longtemps parce que l’ouragan Béryl arrive et qu’il faudra qu’on soit suffisamment loin pour ne pas se prendre des vents pas possibles en mer, je suis tout à fait d’accord avec lui, mais j’ai envie de revoir des endroits que je connais bien et que je n’ai pas vu depuis l’ouragan Irma en 2017, celui qui a rasé Barbuda et fait des dégâts terribles ici comme à St Barth, mais à St Barth on n’en voit plus de traces, alors qu’à St Martin …
La marina de Marigot, chef-lieu de la collectivité de St Martin,

et sa marina, jolie avant Irma, désormais avec des toits crevés et des murs défoncés …


La grande et superbe plage de la Baie Orientale, Orient Bay donc, grignotée depuis longtemps par l’inexorable montée des eaux, n’avait déjà plus rien à voir avec ce qu’elle était dans les années 90/2000, mais Irma a balayé l’hôtel naturiste, la plage naturiste n’existe plus, de nouveaux restaurants de plage se sont construits mais tout a été redistribué et elle est méconnaissable.




Ca me fait peine, pour me consoler nous allons dans un de ces jolis petits restos français de Grand Case, ambiance feutrée parce qu’il est trop tôt pour les fêtards, nous y sommes seuls un long moment.

Les lumières de Grand Case font merveille pour éclairer la nuit :


Mais pas le temps de s’appesantir, on ne s’appesantit jamais avec le capitaine, il a réservé une nuit à la marina de l’anse Marcel le lendemain pour faire le plein d’eau et de gasoil avant de partir pour la transat retour, l’anse Marcel ! une marina qui m’a tant et tant fait rêver ! un privilège ultime !
Comme c’est juste à côté, on y va détendus, mais prudence, il ne faut pas se louper pour y entrer, le chenal est très étroit et très peu profond, le capitaine est concentré à l’extrême, faudrait voir à pas casser le bateau la veille de partir.
On se gare, je n’en reviens pas d’être ici, j’y suis tellement venue marcher sur les pontons pour regarder les bateaux, rêver un inaccessible rêve, au bout du compte tous ces rêves ont construit une envie en filigrane dans mon subconscient et aujourd’hui je suis là … quand on faisait le plein d’eau à Gustavia, un papa est passé sur le quai avec sa petite fille qui s’exclamait devant les bateaux et s’extasiait de me voir vivre sur l’un d’eux, je lui ai dit que moi aussi j’avais rêvé devant les bateaux et qu’un jour elle partirait naviguer à son tour, c’est si vrai que tout commence par un rêve … mais la réalité à ce moment précis, c’est de préparer à manger pour le début de la traversée, notamment des crêpes, on en aura besoin !

A son retour sur le bateau, tandis qu’on termine de tout préparer, le capitaine me dit qu’un des gars de la marina lui a raconté que la température de l’eau était celle d’un mois d’août alors que nous ne sommes que fin juin, c’est pas normal, la saison cyclonique s’étend de début juillet à fin novembre, mais aux Antilles elle démarre vers le 15 août, pas étonnant que Béryl arrive si tôt avec une eau aussi chaude, avant Irma, la marina avait la réputation d’être un trou à cyclone, mais Irma a été hors norme, il y a eu 2m50 d’eau et les pontons n’ont pas résisté, les bateaux ont coulé, du coup quand il y a une alerte cyclonique maintenant, on ne peut pas rester ici, on se fait foutre dehors parce qu’ils n’ont pas envie de devoir se débarrasser de bateaux qui coulent, il faut aller mourir ailleurs … le capitaine me regarde,
– faut espérer que Béryl ne va pas remonter le long des côtes américaines pour revenir ensuite en Atlantique et nous tomber dessus.
Espérons. Nous aurons tout le temps de voir ça, on a 2064 NM à faire jusqu’aux Açores.

Quelques précisions d’importance :
- Optimist : classe de petit dériveur en solitaire, conçue en 1947 pour l’usage des enfants (jusqu’à 15 ans). Généralement construit en fibre de verre, l’Optimist est utilisé pour l’initiation à la voile et pour la pratique de régates.

- Plèbe : n.f – frange la plus vile ou la plus méprisée de la société
- Fasce : pièce qui coupe l’écu horizontalement par le milieu et en occupe le tiers.
- Sustentation : n.f : alimentation / Vous aviez pensé à quoi 😊 ?

Bonjour Isabelle
Le message est illisible, comme codéâ¦.
Bises
Envoyé de mon iPhone
>
J’aimeJ’aime
Bonjour a vous deux
Antigua Barbuda que des souvenirs…mes 50 c était English harbour…mes 60 Barbuda et son spot a langoustes Spanish Point… mes 70 a nouveau Antigua et mes 80 ??
Bises et rdv aux Açores
J’aimeJ’aime
hello Isabelle, merci pour vos récits toujours hilarants. J’ai adoré le coup des frites surgelés ! et oui les p’tites blagues m’intéressent plus que la navigation étant donné que même sur le ferry de Calais à Douvres par temps calme, j’étais malade.
votre voyage se termine quand ? à Toulon ? car maintenant j’habite Toulon (c’est mieux que Calais).
Très bonne journée à vous du Sud de la France …
Annie
J’aimeJ’aime
Coucou Isabelle, j’adore tes récits de navigation et tes trouvailles et remarques sur les îles. Et là, que de souvenirs tu soulèves : je crois me rappeler que je t’en avais déjà parlé, j’ai vécu de 2015 à 2020 à Saint Martin, et donc subi le cyclone Irma… sacrée expérience, sacrés souvenirs, autant le cyclone lui-même que les suites, avec les pillages, l’insécurité, et deux mois sans eau et sans électricité… Je ne crois pas que j’aimerais revivre ça même si c’était en quelque sorte « formateur »… Tu parles des cactus sièges de belle-mère, il y en a aussi à Saint Martin, mais on les appelait « têtes à l’anglais »… Je suis un peu en retard dans ma lecture, je sais que tu es rentrée depuis, mais je me régale quand même ! A quand de nouvelles aventures ? Bises de la Guadeloupe (en ce moment) et j’adore Deshaies ! Patricia
J’aimeJ’aime
coucou Patricia, justement me voilà repartie et donc je reprends le blog et je vais raconter en même temps le début de cette nouvelle aventure (plutôt vers le froid cette fois !) et résumer la fin de notre tour du monde avec tout ce qui s’est précipité entre temps … je crois que tu es rentrée de Guadeloupe ? prends bien soin de toi, je t’embrasse ! isabelle
J’aimeJ’aime