Fous, laine & poneys : cap sur les … Shetland !

Or donc tout à l’heure (je ne suis pas certaine d’une quelconque pertinence de cette formule), nous quittâmes les Féroé un certain jeudi 24 juillet 2025 à 9h30, heure locale (c’est le genre de truc que le capitaine précise parce qu’en tant que marin on pourrait penser qu’il évoque l’heure GMT, mon dieu, comme s’il n’existait déjà pas assez de problèmes ici-bas), pour qui nous connaît il s’agit d’un record, en dehors des fois où l’on est fermement obligés de partir à 5 heures du matin, tout le monde sait qu’on ne vaut rien et peinons à être prêts pour midi. Je ne sais même pas pourquoi et comment on a fait pour partir si tôt, mais le fait est. Nous avons 191 NM à naviguer jusqu’à Burrafirth, au Nord de l’île de Unst qui fait partie des Shetland, donc.

Cap 113°, ça commence gentiment, 10/12 nœuds de vent au travers, et puis ça monte dans l’après-midi, 24 nœuds (j’arrondirais bien à 25 mais le capitaine n’aimerait pas que j’en rajoute), on prend 1 ris dans la GV, et puis c’est de plus en plus agité dans la nuit, vent à 80°, vagues de travers, pas besoin d’en rajouter pour frimer, ça secoue, trinquette, 2 ris à la GV, on passe à 3 ris au petit matin, je réussis à dormir un chouïa entre 7 et 10 heures une fois le vent et la mer un peu calmés, on arrive en approche de Unst sur le coup de 10h30, ça nous fait une moyenne de 7.8 nœuds, jolie perf’.

On se fait porter (heureusement, pas emporter) par le courant …

Je suis toujours aussi impressionnée par les courants

Et on se pose au mouillage de Burrafirth – vu d’en haut :

Et vu d’en bas :

Le capitaine écrira dans son journal de bord : un peu plus avenant que les Féroé. Allez savoir quels sont ses critères.

Le lendemain, le projet est d’aller à terre bien évidemment, aussi y allons-nous, en annexe et en se caillant les meules, on a beau être redescendus en latitude, on a beau être fin juillet, ça pèle, les gens d’ici ont bien du mérite.

Nous amarrons l’annexe le long d’une rampe de mise à l’eau, bien contents de ne pas avoir à se mouiller les pieds (et en oubliant, les cons, de regarder le marnage, on devra faire les acrobates pour la récupérer quand elle sera descendue 2.50 mètres plus bas) :

Le but c’est de faire le tour de la Hermaness National Nature Reserve, la réserve Hermaness donc, je traduis pour les non anglophones, j’ai fait des progrès. Nous nous y rendons d’un bon pas, non sans passer le long de la plage près de laquelle est mouillé Cap de Miol, solitaire s’il en fut,

et tout petit.

Une grande partie de la rando est super aménagée, tellement qu’on se croirait en Nouvelle-Zélande où il est presqu’impossible de marcher ailleurs que sur un trottoir.

J’aime les photos minimalistes

Le bon côté c’est qu’ici, et sans surprise, le sol étant aussi spongieux et humide qu’aux Hébrides et aux Féroé, ces chemins de planches en plastique imitation bois sont pain béni, on n’enfonce pas, mes pieds leur en sont reconnaissants. En outre, notons que, contrairement à la Nouvelle-Zélande où tout est payant à part l’eau qui coule en abondance, il est gratuit de se promener dans cette réserve, c’est appréciable, le touriste n’est pas essoré comme un citron vert dans un ti’ punch. Faute d’abri quelconque, nous pique-niquons les fesses sur les planches et les pieds dans la bouillasse, dos au vent, le bon côté c’est qu’on est vasoconstrictés de partout.

Une fois repus, nous repartons gaiement, plus loin le trottoir devient un sentier de gravier le long des falaises, nous nous aventurons même à divaguer dans les prés au milieu des moutons et de leurs innombrables crottes, c’est de l’éco-pâturage qu’i disent,

allons voir le phare devant lequel nous sommes passés hier en arrivant à la voile,

pouvons mesurer le fameux courant auquel nous avons goûté

au plus près :

J’adore toujours autant de voir de loin les endroits par lesquels nous sommes passés à la voile, parfois ça me fiche la trouille rétrospectivement … Nous continuons le long des falaises, progressivement, l’air devient acide et plutôt nauséabond, puis carrément irrespirable, saturé de guano à s’en boucher le nez, et puis le ciel semble devenir  vivant : un tourbillon d’ailes blanches qui crient, plongent, remontent, un ballet incessant dans cette odeur infernale, nous assistons à un spectacle hallucinant, des milliers et des milliers de Fous de Bassan qui remplissent le ciel et les falaises noires, une démesure sauvage, le fracas des vagues en contrebas, le vent qui claque, le vide sous nos pieds, le vertige de cette scène surréaliste et prodigieusement onirique …un truc de dingue !

Démentiel. Nous restons un temps interminable à marcher le long de cette falaise pour les voir encore et encore, ça me donne envie de devenir ornithologue comme la fois où j’avais été voir un spectacle de dauphins aux Canaries avec les enfants petits (c’est dommage que ça grandisse) et qu’on avait presque décidé de tout envoyer bouler pour devenir dresseurs de dauphins, et puis vous savez comment c’est la vie.

Le capitaine finit par en avoir marre et m’entraîne à sa suite, nous finissons le tour de la réserve, voyons quelques macareux qui font sa joie car il en avait déjà vu une fois je ne sais plus où ni quand (ni avec qui mais on s’en fout), retrouvons notre annexe descendue de 2.5 mètres, arrivons à la tirer plus haut pour réussir à sauter dedans sans l’exploser, rejoignons Cap de Miol presque sans un mot à part ceux qui fusent sous l’effet de notre ébahissement encore présent, dingue, la vache, incroyable, le truc de malade, poïpoïpoï, et j’en passe …

  • NB : Le Fou de Bassan (Morus bassanus) est une espèce d’oiseaux de mer de la famille des sulidés, c’est le plus gros des oiseaux de mer d’Europe, on les considère comme stupides car ils réagissent rarement à la présence humaine, ce qui les rend très faciles à tuer. Beaucoup d’espèces d’oiseaux marins régressent en raison des changements climatiques et de la raréfaction des poissons de surface, mais les Fous, qui peuvent plonger plus profond et attraper de plus grosses proies, se portent bien.

On aurait pu s’attacher au coin et vouloir y finir nos jours mais ça serait mal connaître le capitaine qui a toujours un pied levé pour vivre une nouvelle aventure, la nouvelle commençant comme il se doit dès le lendemain, hop, en route pour Cullivoe sur l’île de Yell, 14 NM, une paille, et quand je dis aventure, si l’on considère d’une part que passer à la voile entre le phare et l’île dans le courant que je vous évoquais, et si l’on considère d’autre part que de passer à la voile en bas des falaises habitées par ces dizaines de milliers de Fous sont des moments hors du commun, et bien oui, le terme d’aventure est à 100% approprié.

On passe au vent, une chance

Yell.

Sur d’autres cartes il s’agit de la mer de Norvège mais je crois que celle-ci se situe plus haut parce qu’elle borde essentiellement la péninsule Scandinave à l’est et l’île Jan Mayen à l’ouest

Que nous visitons de Breakon à Gloup en combinant vélo et rando, un sacré coup de pot parce qu’on a un temps magnifique, on en a plein les pattes à la fin même s’il n’y a pas à proprement parlé de dénivelés.

Ça me fait penser à glop/pas glop, le Pifou de mon enfance, j’ai des références solides

Le jour suivant c’est lessive, nettoyage de la carène et réglage du gréement qui attend ça depuis notre départ du Cap d’Agde, mais un coup il flotte, un autre coup il y a trop de vent, et d’autres fois on n’a pas le temps ou pas envie, enfin cette fois c’est fait et l’étai de génois est bien retendu. On peut enquiller sur Fetlar Island le lendemain, 30 juillet, 12 NM, on y arrive vite et on a même le temps de faire une belle balade du côté de Tresta l’après-midi pour voir la chapelle et son cimetière.

Comme dit le capitaine, on n’est pas emmerdés par les voisins

Toute petite sur son promontoire au‑dessus du sable blanc de Tresta, Fetlar Kirk est un rectangle de pierre grise et sobre que le vent entoure en permanence comme tout ce qui dépasse de l’herbe par ici. À l’intérieur, c’est au moins aussi sobre, point de fioritures dorées hormis les plaques dédiées aux familles de l’île qui créent une atmosphère plus intime que solennelle. Cette ancienne église presbytérienne de la Kirk d’Écosse est aujourd’hui confiée à une association d’habitants afin de rester un lieu vivant : on y célèbre des offices de différentes traditions chrétiennes, mais aussi des temps de prière œcuméniques, au rythme discret de la vie de Fetlar, une jolie façon de dire qu’il ne se passe pas grand-chose dans le coin.

Dépouillé le cimetière,

et dépouillée la chapelle :

Aux murs, les fameuses plaques – au sol, une moquette apporte un petit côté chaleureux bienvenu – on est loin des églises portugaises.

A Fetlar la vie quotidienne se joue à très petite échelle : quelques dizaines d’habitants, des bâtiments d’école et de garderie en jachère faute d’enfants, des routes qui s’arrêtent devant les fermes et des boîtes aux lettres comme abandonnées, le Qi de cette île circule bien plus au rythme des marées et des saisons qu’au tempo des horloges humaines, et pour cause, la population a chuté de façon spectaculaire : de 761 habitants en 1841 à 86 en 2001, puis 61 en 2011, notamment à cause du passage aux grands troupeaux de moutons et des départs vers Mainland.

Malgré tout.

Le lendemain, nous partons à la découverte de cette terre rare, rando vers l’Est et le Nord-Est, en passant par Funzie jusqu’à Strandburgh Ness, autant dire une bonne trotte, je vous montre ça en images :

Vue de notre mouillage où un autre bateau nous a rejoint, et c’est pas souvent :

C’est le coin prisé de l’île

Vestiges d’une époque plus habitée :

Une petite tradition raconte que des marins, apercevant les îles, auraient crié Yet land, yet land ! ce qui expliquerait le nom Shetland.

Fetlar est surnommée The Garden of Shetland, car elle est donnée pour être l’île la plus verte de l’archipel : sols plus riches, pâturages abondants, image de fat land qui viendrait, justement, du vieux norrois (ou du viking) Fat Land.

Il faut regarder où on met les pieds pour ne pas tomber dans les trous hauts de 80 mètres

A un moment de la balade, des oiseaux nous survolent de près en poussant des piaillements intempestifs, le capitaine me dit qu’on va se faire attaquer, je me moque de lui à grand renfort de rire narquois, on n’est pas dans un film d’Hitchcock non mais sans blague, quand soudain le capitaine enlève son sac-à-dos et se précipite pour nous protéger tous les deux en le brandissant au-dessus de nos têtes, un oiseau a fait un piqué sur moi, mais c’est quoi cette histoire ?! Bon, on fait comme si de rien n’était, prêts à oublier l’incident si l’affaire en reste là, croyant s’en sortir à bon compte, mais les oiseaux continuent de nous survoler, continuent de piailler, continuent à nous foncer dessus, nous de notre côté on continue notre balade comme si tout était normal, genre que si on les ignore ils vont nous foutre la paix, tu penses, j’ai aussi pris mon sac à dos dans mes deux mains, et quand un de ces horribles oiseaux belliqueux me fonce dessus, je pousse des cris en faisant de grands gestes avec mon sac au-dessus de ma tête pour le repousser, il y a un côté flippant tout de même … A force de marcher nous nous éloignons de l’endroit de l’attaque, mais l’un d’eux, démoniaque, nous suit, nous survole, va et vient, vient et va :

Et bien plus tard nous le voyons encore posé en haut de la colline qui nous surveille de près :

Alors ce qui s’est passé, c’est que nous avons eu droit à une attaque défensive de labbes ou de grands skuas (Stercorarius skua), appelés localement bonxies dans les Shetland. Ces oiseaux sont connus pour être très territoriaux, surtout en période de nidification, qui dure jusqu’à fin juillet s’ils estiment que l’on s’approche trop près de leur nid (qu’on ne voit même pas), ils nous perçoivent comme une menace, attaquent en piqué et souvent en groupe pour un effet dissuasif. Quelle histoire.

Le skua est le plus grand et le plus massif des labbes. Il ressemble à un goéland brun en plus corpulent, avec un corps en forme de tonnelet et des ailes plus arrondies.

Et un goéland c’est déjà drôlement gros.

Un peu plus loin, j’ai droit à mon premier poney Shetland, et c’est bien réconfortant !

Le 1er août nous quittons Fetlar et ses skuas pour pas loin, à seulement 12 NM, sous génois seul avec 20 nœuds plein cul et toujours de la mer, c’est une constante dans le coin.

Pour aller jusqu’à Bruray, l’une des Skerries extérieures, sachant qu’il n’y en a pas d’intérieures mais que les Out Skerries sont les îles les plus à l’est des Shetland, d’où leur nom, elles forment un archipel composé d’une dizaine d’îles et îlots, habités seulement par 76 personnes concentrées sur Housay et Bruray, je termine la présentation en indiquant qu’un Skerry est un petit îlot rocheux, généralement trop petit pour être habité.

Le capitaine a décidé de mouiller plutôt que d’aller se coller au quai contre un gros bateau de pêche, soit, nous jetons la pioche devant l’école, même ici il y a une école comme quoi le monde ne va pas si mal, comme à son habitude il me demande de mettre la marche arrière pour voir si ça tient, et bin crotte ça ne tient pas, c’est bourré de kelp et on glisse dessus, il faut remonter le mouillage et tenter notre chance plus loin, on retente notre chance, on remarche arrière, on reglisse, mais là on sent qu’il y a un truc qui cloche, le capitaine me dit de mettre des gaz plein pot, j’obtempère, le bateau recule et en même temps le guindeau force à mort, mais qu’est-ce que se passe t’il … bin mince alors ! on remonte une vieille ancre toute rouillée accrochée à la nôtre ! La pêche miraculeuse à la foire de Cocumont (dans le Lot-et-Garonne) !

C’est vite déduit qu’on n’a pas d’autre choix que d’aller s’amarrer au quai, le capitaine va voir des gars du port pour leur expliquer ce qui se passe, ils reviennent dans une espèce de monte-charge (je n’y connais rien à ça non plus) pour récupérer l’ancre, tout content qu’on les aide à nettoyer leurs fonds marins, et après ça on reste au quai, si ça se trouve l’ancre va finir dans le musée de la mer local, on n’a pas la couenne de plonger pour voir s’il n’y aurait pas un coffre rempli de bijoux, tant pis pour nous.

Elle ne date pas d’hier.

Nous consacrons l’après-midi à visiter Housay, il fait beau, c’est paumé, j’avoue que ce n’est pas l’endroit que je choisirais pour finir mes jours,

en plus c’est pollué par des débris de forme marine comme l’a si bien décrit le capitaine qui a le sens de la formule.

Les débris de forme marine (ça me fait rire)

Nous ne nous attardons pas et filons sur Mainland dès le lendemain, Mainland ou principale île de l’archipel des Shetland, sur les 23 210 habitants qui y résident, plus de 22 000 habitent Mainland dont la moitié vivent à Lerwick, où nous nous rendons précisément, pas plus de 21NM à faire, c’est vacances, beau temps, belle mer, bon vent, 10 nœuds à 115°, on file bon train sous GV + génois, si seulement ça pouvait être toujours comme ça.

La preuve.

Nous savons que ça ne va pas durer et qu’une grosse tempête arrive dont il faut se protéger, le capitaine qui est intelligent en plus d’être malin, a étudié le sens du vent de la tempête et sait où il veut se mettre dans le port, il a choisi le Port Sud, au quai après le RNLI et le club nautique derrière nous. On est les seuls sur notre quai, les autres sont sur celui d’en face :

Qui pourrait croire en voyant ce beau ciel que

Même les bateaux de pêche viennent s’abriter.

En attendant cette tempête annoncée, Floris, qui ne sera là qu’après-demain, nous en profitons pour visiter Lerwick et ses environs, of course.

C’est fichtrement beau, j’adore.

Le Queens Hotel est un petit hôtel historique en bord de mer, installé dans d’anciennes maisons de marchands (lodberries) de l’Old Town de Lerwick, avec vue directe sur le port et sur l’île de Bressay. Il a l’air abandonné, mais je lis qu’il est toujours en fonction, notons cependant des avis récents mentionnent un service très basique, peu d’activité dans les parties communes, et l’absence de restaurant ou de bar ouverts, ce qui donne un ressenti de coquille vide plutôt que d’hôtel animé. Ma foi, si on a envie de croiser un fantôme, c’est sûrement possible :

De prime abord, Lerwick me donne une impression de style gothique, style noir, morbide, occulte, satanique, brut de décoffrage, qui ne fait pas dans la dentelle (c’est pourtant bien des dentelles de pierre des cathédrales du 12ᵉ siècle qu’est né ce courant esthétique qui marque de son sceau écriture, architecture, littérature et posture existentielle), mais l’architecture de Lerwick mêle surtout maisons de pierre 18ᵉ‑19ᵉ siècles, bâtiments victoriens et structures militaires, avec, certes, quelques accents gothiques, mais un caractère global plutôt vernaculaire nord atlantique que gothique pur.

Cependant, l’Hôtel de ville, the Town Hall, construit dans les années 1880, en grès, avec tour d’horloge, sculptures ornées et grandes fenêtres à vitraux colorés, est explicitement décrit comme style gothic revival (style néogothique du XIXème qui vise à faire revivre des formes médiévales contrastant avec les styles classiques dominants de l’époque), comme quoi je n’avais pas totalement tort :

Ça en jette ce style, y’a pas à dire

On ne verra pas le fort d’artillerie Charlotte, pour cause de fermeture, ça ne fait rien, j’ai remarqué qu’il y a plein de choses référencées dans les guides qu’on ne voit jamais avec le capitaine, parce qu’on va nez au vent, moyen très simple pour ne pas être pas déçus, j’avoue qu’il nous est arrivé de nous fier à des prospectus et de tomber sur des pétards mouillés parce qu’on s’attendait à un truc de ouf et paf le loup (blague d’opticien).

C’est pas grave, les rues étroites pavées de dalles, les façades en pierre gris‑sable, les toits en pente et les bâtiments parfois un peu biscornus donnent une atmosphère à la fois portuaire, nordique et légèrement mystérieuse qui me ravit :

« Voyager, c’est grandir. C’est la grande aventure. Celle qui laisse des traces dans l’âme. » – Marc Thiercelin.

Arrive Floris. Bon. Au fur et à mesure que le ciel noircit, d’autres voiliers arrivent pour se planquer, ils se mettent tous sur le fameux quai d’en face, d’abord à couple, puis à trouple quand toutes les places sont prises … on voit même se former un quadrouple, première fois que je vois ça, je fais un vœu, tandis que nous restons seuls de notre côté, à se demander si le capitaine a bien choisi notre place, je suis à un doigt de le regarder de travers. Mais plus le vent monte, plus les vagues passent par dessus la digue, plus je me rends compte que Cap de Miol est drôlement bien protégé, que le capitaine savait ce qu’il faisait plutôt que d’aller s’accoupler à je ne sais qui, ce dont je lui en sais gré avec tout ce qui traîne.

Quand ça commence à bien souffler et que ça siffle dans les drisses, j’allume le pilote pour voir ce que ça nous raconte :

et comme on fit, ça buffe.

On lira dès le lendemain dans les journaux : Des vents jusqu’à 132 km/h, 22 500 foyers privés d’électricité… La tempête Floris a frappé l’Écosse et le nord de l’Angleterre ce lundi 4 août, avec des rafales record et de fortes pluies, provoquant coupures de courant, annulations de trains et fermetures de sites touristiques comme Balmoral.

Et aussi : La SSEN qui évoque « la tempête estivale la plus dévastatrice de mémoire récente » et qui a organisé des distributions de repas aux communautés affectées dans tout le pays. « En plein été, nous déployons une opération comparable en taille à celles que nous mobilisons lorsqu’une tempête frappe au cœur de l’hiver », a souligné Andy Smith, responsable des opérations de SSEN.

Avec le capitaine, on pourra dire « on y était ».

Le 5 août le vent souffle encore bien et la mer n’est pas aisément praticable, aussi nous abstenons nous de partir, ce qui me va bien en plus sinon on n’a jamais le temps de rien avec le capitaine qui a dû être une selkie * dans une autre vie, (celle où il n’était pas prof de géo), sinon comment expliquer cette permanente envie de mer, nous louons une voiture et roulons à travers Mainland, quand on voit l’état de la mer il n’y a pas besoin d’avoir fait d’études poussées de marinologie pour conclure qu’il vaut mieux être à terre :

* Les selkies sont des créatures imaginaires issues principalement du folklore des Shetland. Elles y sont décrites comme de superbes jeunes filles (ou assez exceptionnellement comme de beaux jeunes hommes) qui revêtent une peau de phoque, dans le but de se changer en cet animal marin et de plonger dans la mer.

Nous passons le long de Virkie

et de son phare,

des falaises de Vanlop au Sud-Ouest,

de ses paysages bucoliques,

jusqu’à Scalloway (en vieux norrois : skálivágr, qui signifie lieu d’une salle viking) , l’ancienne capitale de l’archipel des Shetland, située sur la côte Ouest, et son château en ruines, construit en 1600 par Patrick Stewart, 2e comte d’Orkney, durant son bref règne sur les Shetland :

Sous un autre angle, on se rend mieux compte du mélange des genres :

Le lendemain j’ai des téléconsultations toute la journée, ce qui chiffonne le capitaine car il y a une toute petite fenêtre météo pour nous permettre de partir avant la prochaine tempête, les tempêtes s’enchaînent dirait-on que je lui dis, tant pis me déclare t’il d’un ton sans réplique, on partira après tes consultations, ce qui veut dire que nous naviguerons de nuit avant de faire escale à Fair Isle, et bin c’est pas gagné, c’est ce que nous allons (dramatiquement) voir …

Mais avant de connaître le drame qui nous attend,

je souhaite ardemment vous partager un rituel magnifique, je vous le confie pour l’utiliser à bon escient, que cela soit pour vous ou d’autres femmes à qui vous voulez du bien 🙏

Rituel de la Selkie  

Retour aux vagues

Intention

Libérer, honorer et se relier à l’eau sauvage, à la mémoire fluide et au féminin ancestral. Offrir un geste de paix à la mer, honorer ceux qui sont partis sans adieu & rendre à l’eau ce que l’on a retenu trop longtemps.

Matériel symbolique

• Une pierre lisse ou une coquille ramassée sur la grève

• Un petit morceau de tissu ou de fil (pour représenter la peau de la selkie)

• Quelques gouttes d’eau de mer, ou de pluie

• Une phrase intérieure (voir les différentes phrases qui suivent)

Le déroulement

1. Trouver un endroit calme au bord de la mer, ou à défaut, une eau naturelle ou une image mentale de l’océan.

2. S’asseoir ou rester debout face à l’eau. Respirer profondément. Fermer les yeux. Visualiser une femme-selkie au loin, moitié humaine, moitié phoque, les bras tendus vers l’horizon.

3. Prendre la pierre ou la coquille dans sa main gauche, et la mouiller de quelques gouttes d’eau.

Puis murmurer : Kópakonan, femme des vagues, Je rends à l’eau ce qui ne m’appartient plus. Je te confie les noms oubliés, les larmes retenues, les peaux que j’ai portées trop longtemps.

4. Laisser le morceau de tissu glisser dans l’eau, ou le poser doucement au pied d’un rocher.

Ce geste représente la libération des attaches anciennes, comme la selkie retrouvant sa peau.

5. Poser la pierre sur son cœur, puis sur son bas-ventre. Ressentir. Et dire doucement :

Je suis fille de la mer, libre d’aimer sans être capturée, libre de partir sans être coupable.

6. Lorsque l’on se sent prête, rendre la pierre à la terre, ou l’emporter comme talisman de fluidité.

Phrase qui ouvre l’espace

Tout ce que la mer a pris, elle a aussi gardé vivant. Tout ce que je rends à l’eau revient transformé.

Usage thérapeutique : adapter ce rituel dans une séance avec :

• Des femmes ayant vécu un deuil flou (disparition, silence, rupture inexpliquée)

• Des personnes qui portent une charge qui ne leur appartient pas

• Toute âme appelée à retrouver sa peau d’origine = son instinct, sa liberté, son lien au sauvage.

En savoir un peu plus en quelques phrases sur les Shetland !

  • Les Shetland, archipel viking : à partir du 9ᵉ siècle, les Vikings norvégiens ne se contentent plus de piller les Shetland : ils s’y installent durablement, fondent fermes et villages et font de l’archipel un relais stratégique sur la route Norvège–Atlantique nord. Sous la couronne de Norvège pendant près de cinq siècles, les îles vivent à l’heure nordique : langue vieux norrois, droit scandinave, commerce maritime intense et toponymie d’inspiration viking. Ce n’est qu’à la fin du 15ᵉ siècle, dans le cadre d’alliances matrimoniales royales, que les Shetland sont finalement rattachées à l’Écosse, sans effacer pour autant leur identité nordique. Aujourd’hui encore, noms de lieux, culture maritime et fêtes comme Up Helly Aa rappellent que ces terres écossaises ont longtemps été un véritable avant‑poste viking.
  • Vivre et travailler aux Shetland : les Shetland vivent aujourd’hui d’un mélange de pétrole, de pêche, d’aquaculture, d’élevage et de tourisme. L’archipel s’est enrichi avec la découverte du pétrole de la mer du Nord et l’ouverture du terminal de Sullom Voe, ce qui a permis de financer routes, ports, équipements culturels et sportifs. La mer reste le cœur battant de l’économie : pêche au maquereau et aux poissons blancs, fermes de saumon et de coquillages, tout un monde de marins, d’ouvriers de chantier naval et de petites entreprises qui vivent au rythme de la mer. Sur terre, les collines sont occupées par les moutons Shetland et les poneys, et l’on retrouve dans les boutiques les tricots Fair Isle et l’artisanat local.
    Le chômage est très faible (autour de 2%), avec un des taux d’emploi les plus élevés d’Écosse : ici, on trouve assez facilement du travail, même si les métiers sont souvent physiques et liés à la mer ou aux services. Le niveau de vie est globalement confortable, avec des salaires médians supérieurs à la moyenne écossaise, mais le coût de la vie est élevé (prix de l’énergie, des transports et des produits importés).
  • Repères religieux aux Shetland : christianisées dès le Moyen Âge, les Shetland ont d’abord dépendu de l’Église catholique norvégienne, avant d’être rattachées à l’Écosse au XVᵉ siècle. La Réforme protestante y est officiellement introduite en 1560 ; la transition se fait sans grandes persécutions et, au fil du temps, le presbytérianisme de la Church of Scotland s’impose comme référence religieuse dominante de l’archipel. Aujourd’hui, même si une majorité de Shetlandais se déclarent non religieux, parmi ceux qui se rattachent à une foi chrétienne, la plupart relèvent encore de la Church of Scotland, à côté d’une minorité de catholiques et d’autres dénominations protestantes ou évangéliques. Cette histoire laisse un paysage très marqué par les kirks presbytériens, petites églises blanches ou grises dispersées dans les paysages de landes et de côtes, dont Fetlar Kirk, à Tresta, est un exemple particulièrement parlant.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

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