Chez les Ni-van

(2 Ă©pisodes en 1 car je n’ai pas pu mettre en ligne avant 😉)

C’est parti pour Port Vila sur l’üle Efata, 125 NM au portant, easy, le soir nous avons droit Ă  un coucher de soleil sublime, en prime un lever de lune qui se lĂšve derriĂšre une Ăźle, nuit de peu de sommeil pour surveiller les bateaux Ă©ventuels, RAS, nous arrivons au matin dans la baie Mele la tĂȘte dans le seau, le choc des civilisations ! AprĂšs Port RĂ©solution, tout ici semble excessif, c’est New York, si ça clignotait on pourrait se croire Ă  Broadway

bon, ok, c’est pas Broadway, mais quand on compare de lĂ  oĂč on vient !
Rien n’Ă©gale une paire de lunettes de soleil pour ĂȘtre prĂ©sentable en toute circonstance !

Nous prenons une bouĂ©e et filons au bureau de la marina, JosĂ©phine nous explique tout ce dont nous avons besoin de savoir en français, une aubaine, la douche et les toilettes sont ceux du bistrot de la marina, pourquoi en faire plus puisque ça existe dĂ©jĂ , et puis le capitaine me demande si ça ne me dĂ©range pas qu’on passe chez Toyota qui vend des moteurs Yamaha pour les annexe (la concurrence ne fait pas rage), ce qui serait bien car nous Ă©viterait de retourner sur NoumĂ©a pour quĂ©rir un de ceux qui doivent arriver Ă  la fin du mois
 il me fait rire le capitaine, quand il veut quelque chose il demande si ça ne me dĂ©range pas, high strategy, alors on va chez Toyota car ça ne me dĂ©range pas et ici il fait drĂŽlement chaud, on se traĂźne en montant la colline plutĂŽt raide, pourtant on n’est pas beaucoup plus haut en latitude que NoumĂ©a, mais on sent bien la diffĂ©rence.

Cap de Miol derriĂšre les barbelĂ©s (c’est le beau bateau, pas le moche)

On arrive chez Toyot’ en nage, english spoken, le capitaine veut un moteur enduro 2 temps avec une tige courte, ils n’ont pas 
 ah ! les moteurs 2 temps ou 4 temps ! bon, le capitaine m’avait expliquĂ© les diffĂ©rences et le pourquoi de son choix, j’avais Ă©coutĂ© avec attention mais rien retenu malgrĂ© une ferme volontĂ© et sa remarque sur le fait que j’avais dĂ» apprendre ça au lycĂ©e (ça m’étonnerait) et le soir, la bourde, la bĂ©vue,  l’erreur de dĂ©butante, je lui redemande pourquoi ce modĂšle prĂ©cis, histoire de nourrir la conversation, il me rappelle me l’avoir dĂ©jĂ  expliquĂ© de son ton de surgĂ© qui m’aurait vu fumer un oinj aux sanitaires, cette fois ci croyez moi que j’ai retenu dans les grandes lignes pour ne plus lui poser la question, je me suis inscrit en lettres de feu dans la cervelle de ne plus JAMAIS lui poser de questions sur les moteurs Ă  explosion, je vais peut-ĂȘtre mĂȘme prendre un cours particulier sur le sujet pour ĂȘtre bĂ©ton, une fois je lui ai quand mĂȘme dit que s’il retenait du premier coup qu’en ajoutant Huang Bai et Zhi Mu Ă  LIU WEI DI HUANG WAN on obtient ZHI BAI DI HUANG WAN, ce qui a le bon goĂ»t de traiter la Chaleur/Vide, je voudrais bien tout retenir du premier coup ce qu’il me raconte, il a ronchonnĂ© un truc inaudible, mais bon si ça se trouve on va devoir repasser Ă  NoumĂ©a, ça semble inĂ©vitable parce que les 2 temps ne sont plus vendus que dans les pays pauvres qui n’ont pas encore compris que ça pollue et qui pourraient bien faire des efforts pour avoir les moyens d’acheter des 4 temps tout de mĂȘme, les pauvres se plaignent mais que font ils pour s’en sortir, on se demande ce qu’ils peuvent bien foutre, je me suis Ă©tonnĂ©e auprĂšs de mon hĂ©ros parĂ© de toutes les vertus qu’il achĂšte un 2 temps alors (un 2 temps de pauvre qui pollue, on est d’accord), mais c’est que c’est aussi une question de poids, si on a un moteur 4 temps plus puissant il sera plus lourd et fera couler l’annexe ou presque, donc 2 temps, 8 chevaux, tige courte, yamaha enduro, c’est sa quĂȘte.

l’objet de son dĂ©sir, chacun son truc

On passe ensuite au marché, pfiouuuu quelle vie ! Quelle ambiance ! Je suis sous le charme de Port Vila !

On peut y manger pour 3 francs 6 sous Ă  de grandes tables avec des voisins avec qui on papote, il y a une rangĂ©e de boxes avec dans chacun une gaziniĂšre devant laquelle s’agitent 2 ou 3 femmes qui font la tambouille ou la vaisselle, on peut choisir entre poulet, blanquette ou poisson plein d’arĂȘtes avec la tĂȘte et la queue (blanquette, c’te blague) accompagnĂ© de riz, manioc et taro, ça tient au ventre grave, un peu indigeste car pas assez cuit, un peu plus de gras et de cartilage que de viande mais la sauce est parfaite avec le riz, comme dirait le capitaine on mange local.

La cantine !

Le lendemain on a louĂ© une voiture pour visiter l’üle et passer donner le bonjour au directeur de l’alliance française, une connaissance de connaissance du capitaine qui a promis de passer donner le bonjour, un petit coin de France dans Port Vila, une ambiance vaguement provençale avec ses chaises de jardin en fer forgĂ©, des livres plein les Ă©tagĂšres qui courent tout autour d’une grande salle, une tĂ©lĂ© qui diffuse les infos françaises (ça scotche le capitaine) et un cafĂ© qui vend du cafĂ© et des croissants, ça ferait presque envie mais ça tombe sur les fesses alors non, aprĂšs les politesses d’usage il faut bien remplir la conversation, ça serait un peu raide de dire qu’et bien voilĂ  voilĂ  c’est pas tout mais on a de la route, on sent bien le flottement, alors je me lance, un vrai bouche-trou mondain, et demande Ă  George, puisque c’est son prĂ©nom, combien il y a d’adhĂ©rents, 450 je crois, Ă  20 balles la cotisation c’est ridicule comme chiffre, je lui demande alors s’il reçoit des subventions, bien Ă©videmment que ça marche comme ça, des projets, des animations, soit autant de subventions, peinardos le George, et bien moi je dis que c’est vraiment un bon job que de bosser dans une alliance française, si vous voyagez Ă  l’étranger, renseignez vous pour savoir s’il y en a une lĂ  oĂč vous allez parce que ça m’a semblĂ© comme une ambassade si t’es perdue et puis on a beau dire, entendre parler sa langue maternelle au bout du monde ça fait toujours plĂšze comme disent les djeunsses.

petite balade Ă  Efata
Il y a des dĂ©cos de NoĂ«l dans les cimetiĂšres, j’adore

Puis dĂ©couverte de l’Ăźle, nous dĂ©jeunons d’un pique-nique de chips de manioc et de patates douces, en profitons pour faire l’observation de la nature et de la vĂ©gĂ©tation locale bien entendu, j’engrange, j’engrange …

En dehors de Port Vila, on voit vite que le reste de l’üle est pauvre et peu touristique, mĂȘme si nous avons discutĂ© avec un couple d’Australiens venu en goguette pour la semaine et que nous avons croisĂ© quelques blancs en short Ă  poches, ça ne doit pas faire grosse recette pourtant, oĂč que nous allions dans les endroits les plus reculĂ©s, nous voyons des panneaux top up here pour Digicel ou Vodafone, genre on peut venir jusqu’ici sans ĂȘtre coupĂ© du reste du monde.

Quand des enfants nous voient passer Ă  la sortie des Ă©coles nous avons droit Ă  de grands signes amicaux, des interpellations, ils sont adorables et il y en a des troupeaux entiers, c’est fou le nombre d’enfants que nous voyons, nous apprendrons au fur et Ă  mesure que mĂȘme s’il semble que tous vont Ă  l’école au vu des rangs qu’ils forment, ce n’est pas la rĂ©alitĂ©, beaucoup d’enfants n’y vont pas et sont astreints aux travaux des champs, seuls ceux qui reviennent de l’école en uniforme sont visibles au bord de la route


Paradoxalement, Ă  Port Havannah, nous buvons un cafĂ© dans l’hĂŽtel le plus luxueux oĂč nous avons posĂ© le pied depuis notre dĂ©part, je crois que les hĂŽtels de Bora-Bora devaient l’ĂȘtre bien plus, mais nous n’avons pas frĂ©quentĂ© ces hauts lieux


En fait de cafĂ©, j’ai pris un cocktail sans alcool qui se rĂ©vĂšle ĂȘtre quasi du coca-cola (je l’ai jouĂ© un peu snob en commandant un cocktail) – au loin, la silhouette de qui vous savez, la mer lui manque dĂšs qu’il pose le pied Ă  terre

Ca fait drĂŽle de cĂŽtoyer ce luxe et cette pauvretĂ© aux portes l’une de l’autre, comment ne pas crĂ©er de jalousie, d’incomprĂ©hension, de frustration, de rĂ©volte, de rĂ©volution … aprĂšs, on s’Ă©tonne …

de retour Ă  Port Vila le soir venu

DĂšs le jour suivant, nous levons l’ancre, faisons une halte pour la nuit Ă  Port Havannah devant le fameux hĂŽtel pour riches, ok d’accord me direz-vous, mais comment se passent les nav dans ce coin ? imaginez : allongĂ©e sur le pont, une tequila sunrise Ă  votre main aux ongles rose fuchsia assorti Ă  vos lunettes de soleil en cƓur, des mules Ă  pompons roses inutiles mais si parfaites Ă  vos pieds pĂ©dicurĂ©s et un collier de coquillages entre vos seins nus, un string Ă  petits pois dans les fesses, ou, selon votre sexe ou vos aspirations, ne genrons pas, debout Ă  la barre, votre torse athlĂ©tique bronzĂ© au-dessus d’un short fort seyant sur vos jolies jambes bottĂ©es de ces bottes de marin bleues tellement sexy car montant jusque sous le genou, tout aussi inutiles par ce temps sec et radieux, une casquette blanche Ă  visiĂšre pour ombrer votre regard aiguisĂ© qui scrute la surface de l’eau et guette la moindre risĂ©e 
 vous y ĂȘtes ? et bien vous n’y ĂȘtes pas du tout, les nav ici c’est pas Hollywood. Les alizĂ©es soufflent souvent Ă  20 nƓuds, l’idĂ©al en soi, et quand on navigue sous le vent des Ăźles, on pourrait aspirer Ă  ce tableau idyllique dĂ©crit avec tant de brio, mais z’on n’a pas le temps d’aspirer, le vent tourne et des rafales de 30 nƓuds nous prennent par surprise au prĂšs toutes voiles dehors et font gĂźter le bateau Ă  en avoir les chandeliers qui trempent dans l’eau (pour les nĂ©ophytes, Dieu aie pitiĂ© de vous, nous n’allumons pas de chandelles dans le bateau mais c’est le nom de parties du bastingage, cependant je ne pense pas que l’expression tenir la chandelle vienne de lĂ ), nous sommes hirsutes de vent et d’embruns, nos shorts et teeshirts ont beau sentir un vieux fond de lessive on sait qu’ils ne sont pas si propres quand on voit le si peu d’eau dans lesquels ils baignent 20 minutes dans les lavomatiques, vous aurez compris, ce n’est pas la distance Ă  parcourir qui rend les nav aisĂ©es ou non.

NB : le capitaine est trĂšs sexy en short et en bottes quand il manƓuvre sous la flotte mais je n’ai pas encore osĂ© lui exprimer mon Ă©moi parce que quand il manƓuvre ce n’est pas le moment et aprĂšs ça ne l’est plus, c’est comme pour les chiens, si vous les engueulez juste quand ils viennent de faire une bĂȘtise ils comprennent, si c’est deux heures aprĂšs ils se demandent ce qui vous prend.

Pensez Ă  emporter la panoplie si vous allez naviguer

Et nous voilĂ  qui continuons vers l’üle Epi, prĂ©cisĂ©ment Ă  Lameh Bay Ă  22 NM de Port Havannah, la baie est fort jolie mais le ponton du village est carrĂ©ment dĂ©foncĂ©, je ne sais pas s’il peut encore servir Ă  faire accoster un quelconque cargo qui amĂšnerait des vivres ou du matĂ©riel, le village est mignon, il y a mĂȘme une High School :

ça bosse

Et puis en revenant vers la plage oĂč nous attend l’annexe, nous apercevons une case peinte avec goĂ»t, nous nous approchons 
 un restaurant dis donc ! une jeune femme toute timide vient vers nous en se tordant les mains, d’une voie mĂ©lodieuse et douce elle nous propose d’entrer dans son restaurant tout dĂ©corĂ© de coquillages sur un sol de coraux ratissĂ©s bien net, il y a des nappes blanches en tissu sur les tables et des serviettes en tissu, les nappes sont taillĂ©es dans des draps blancs et ne sont pas repassĂ©es, mais tout est propre, et l’intention de bien faire est telle qu’il est tout bonnement impossible de ne pas avoir envie de dĂ©jeuner ici, nous dĂ©jeunons ici


La jeune femme nous propose le menu : poulet et riz, suivi d’une oeillade dĂ©solĂ©e car c’est tout, c’est  le plat du jour que je suppute ĂȘtre le plat de l’annĂ©e, mais voilĂ  qu’un sourire de soulagement passe sur son visage car aprĂšs rĂ©flexion elle a autre chose Ă  nous proposer ! de la citronnade ! va pour 2 verres de citronnade, qu’Ă  cela ne tienne, deux chiens nous ont suivis et attendent en haletant devant l’entrĂ©e du restaurant, espĂ©rant vraisemblablement que nous leur jetterons un os, tĂ© crĂ©si comme dirait le capitaine, nous sommes servis aussitĂŽt assis, Ă  peine avons-nous terminĂ© nos agapes qu’une volĂ©e de lycĂ©ennes prend place Ă  la seconde table tandis qu’une dame qui porte un Ă©norme trousseau de clĂ©s Ă  la main et arbore un air supĂ©rieur attend avec une mimique agacĂ©e qu’on vienne lui proposer de s’installer, ça doit ĂȘtre l’institutrice dis-je au capitaine, voire la directrice de la High School vu comme elle balance le trousseau Ă  bout de bras tel une menace, c’est fou ce qu’un trousseau de clĂ©s peut donner de l’importance et l’arrogance qui va avec, une autre dame sort en courant de la cuisine pour nous tendre un post it avec le dĂ©tail de notre repas, 750 vatus, une misĂšre, nous payons et cĂ©dons la place, je dis au capitaine que je me demande oĂč est-ce que la jeune femme a pris ces belles idĂ©es pour crĂ©er son restaurant, peut-ĂȘtre dans des magazines ? mais il n’y a aucun magazine ici ! t’as vu des magazines toi ? (le capitaine est douĂ© d’un esprit pĂ©nĂ©trant) alors elle a peut-ĂȘtre fait des Ă©tudes Ă  Port Vila ou ailleurs et vu des restaurants avec des nappes, je cherche, le capitaine opine, c’est pas le genre de questions qu’il se pose alors je lui en fais profiter, non mais quelle intelligence pour reproduire ce minuscule univers d’harmonie, quelle chance pour nous de dĂ©couvrir de tels endroits et de telles personnes, j’adore j’adore j’adore.

Une vraie pub pour Jean-Paul Gautier ( il a Ă©tĂ© chez le coiffeur Ă  NoumĂ©a et il est revenu en faisant la gueule, la coiffeuse l’a ratiboisĂ© et ça lui donne un petit air militaire qu’il n’apprĂ©cie que modĂ©rĂ©ment mais la barbe compense)

Le mouillage suivant se situe Ă  Malekula, tout d’abord Ă  Gaspar Bay dans les Maskelynes qui font partie de Malekula (c’est compliquĂ©)

on s’y engage mollo car il n’y a pas de fond dans la majeure partie de la baie, c’est toujours la mĂȘme chose, sans carte et sans prĂ©paration, on pourrait croire que tout est navigable, illusion ! nous suivons une route sinueuse qui trouve sa voie lĂ  oĂč il y a un maximum de profondeur, Ă  droite comme Ă  gauche nous longeons des palĂ©tuviers qui Ă©mergent de l’eau et mouillons au plus prĂšs du rivage, ce qui revient Ă  le faire en plein milieu de la baie, le reste Ă©tant sous 1 mĂštre d’eau voire moins, annexe, balade le long des palĂ©tuviers, nous sommes seuls, pas un seul clapot dans cette baie hyper protĂ©gĂ©e, c’est dans ce genre de baie qu’on dort le mieux au monde, je recommande Ă  toutes les personnes insomniaques de tester cette thĂ©rapie.

Puis Ăźle Malekula, nous mouillons Ă  Port Sandwich, autant dire tout Ă  cĂŽtĂ©, oĂč se trouve le voilier Tao que nous avions vu Ă  NoumĂ©a, Marie-Claude et Bernard partagent leur vie entre NoumĂ©a et Port Sandwich oĂč ils ont sympathisĂ© avec Rock et NoĂ«lle chez qui nous sommes invitĂ©s pour boire le thĂ©, j’apporte un brownie au chocolat dont je me rappelle l’existence dans un coffre du bateau, ce n’est pas moi qui l’ai fait mais Vandamme ou Papy Brossard, mon cadeau est trĂšs apprĂ©ciĂ©, NoĂ«lle a prĂ©parĂ© des infusions de citronnelle et nous papotons Ă  propos de culture et de cuisine, Ă  un moment j’aiguille la conversation sur le passage du condominium Ă  l’indĂ©pendance et aux changements qu’ils ont constatĂ©s, le sujet effare NoĂ«lle qui n’en sait fichtre rien et m’envoie vers Rock qui n’en sait pas plus, visiblement ils n’ont pas Ă©tĂ© marquĂ©s par quoi que ce soit et leur vie n’a pas Ă©tĂ© chamboulĂ©e par ce fait, ils ont 5 enfants qui tous ont fait des Ă©tudes et travaillent Ă  Port Vila ou Ă  l’étranger, ils disent que ça va devenir un problĂšme parce que les enfants veulent tous faire des Ă©tudes et aller travailler en ville dans un bureau et alors qui fera les travaux des champs, c’est pour cela que certains parents ne mettent pas leurs enfants Ă  l’école, il serait temps de revaloriser les Ă©tudes agricoles parce que le savoir se perd, mĂȘme ici, c’est dingue 


Un petit coup de crayon et le capitaine ne ressemble plus Ă  un militaire, c’est magique, et le brownie je vois que c’est St Michel, je ne savais pas que St Michel faisait des brownies ! c’est Bernard Ă  cĂŽtĂ© du capitaine, il fait toute la conversation, je ne sais pas si le capitaine Ă©coute tout

Marie-Claude me fait visiter le jardin qu’elle cultive sur les terres de Rock et NoĂ«lle en Ă©change de ce qu’elle et Bernard apportent sur leur bateau, Ă  savoir des sacs de 25 kilos de riz, des centaines de mĂštres de cordages, des dizaines de pots de peinture, des sacs entiers de teeshirts et autres vĂȘtements, ils font le tour des commerces et demandent des dons pour le Vanuatu, et certains commerçants donnent, c’est chouette, Bernard et Marie-Claude arrivent avec leur bateau plein jusqu’à la gueule, donnent le tout Ă  Rock et NoĂ«lle qui redistribuent aux habitants de l’üle 
 je ne sais pas trop comment ils distribuent parce qu’en mĂȘme temps ils tiennent un magasin, mais bon, c’est l’histoire qu’on nous raconte 
 bon, nous on a l’air bien con avec nos sachets de riz de 1 kilo et nos bouteilles d’huile, on ne peut rien en faire parce que c’est impossible de croiser quelqu’un qu’on ne connaĂźt ni d’Eve ni d’Adam (ni des lĂšvres ni des dents) (BĂ©ru) et de lui donner un sac de riz sans raison, nous n’avons vu personne mendier, je dis au capitaine que ça serait d’une maladresse crasse, et dans les quelques magasins oĂč nous sommes allĂ©s, il y a justement du riz, de l’huile et des boĂźtes en quantitĂ©s, on n’attend vraiment pas aprĂšs nous 
 par contre si j’avais des bonbons, ça j’en distribuerais ! on a lu qu’il ne faut pas en apporter parce que ça craint les bonbons, qu’il vaut mieux apporter des cahiers et des crayons, soit, mais en passant dans les Ă©coles on a vu plein de cahiers et de crayons, des tas Ă©normes de cahiers tout neuf, par contre on n’a pas vu de touristes distribuant des bonbons Ă  tous ces enfants, alors un conseil si vous y allez, apportez des bonbons et des sucettes pour en distribuer Ă  tous ces enfants qui vous feront la fĂȘte mais ne rĂ©clameront jamais rien de vous qu’un Ă©change et un sourire, ce n’est pas un bonbon tous les tremblements de terre qui leur ruineront les dents, faut un peu se dĂ©tendre avec ça.

visite du jardin, la dame au fond bûche dur

Yacinte est le guĂ©risseur du village, j’en dĂ©duis qu’il y a des villages comme Port RĂ©solution qui n’ont pas de guĂ©risseur, et d’autres comme Port Sandwich qui en ont un. Yacinte est parti du village quelques temps et lorsqu’il est revenu, il avait appris Ă  soigner et Ă  cultiver certaines plantes mĂ©dicinales. L’aubaine me dis-je. Mais non. Ici, les femmes cultivent leur propre jardin et les hommes le leur, et les uns et les autres ne vont jamais dans le jardin de l’autre, pour le coup c‘est un jardin secret. Et Yacinte est pire que tout le monde rĂ©uni, son jardin est interdit, verboten, forbidden, Đ·Đ°ĐżŃ€Đ”Ń‰Ń‘ĐœĐœŃ‹Đč, èż 籍,  prohibido,   j’en serai pour mes frais et repartirai avec les flacons d’Huiles Essentielles que je voulais lui offrir tant pis pour lui, mais Marie-Claude et NoĂ«lle ne sont pas avares de partager leurs connaissances avec moi (j’aime les femmes aussi parce qu’elles ne thĂ©saurisent pas leur savoir comme beaucoup d’hommes), de mon cĂŽtĂ© je raconte un peu de ce que j’ai appris sur la mĂ©decine Kanak Ă  Marie-Claude, par exemple que pour faire venir un bĂ©bĂ© la femme doit dĂ©lier une liane de banian en demandant au bĂ©bĂ© de dĂ©nouer le cordon pour descendre, Clarisse qui n’avait pas le temps de le faire avait demandĂ© Ă  sa mĂšre et Ă  sa tante de le faire pour elle, et le bĂ©bĂ© Ă©tait venu (ça ancre bien les croyances, mais c’est chouette ce genre de croyance, c’est joli comme tout) nous sommes ravies de notre Ă©change.

Les fleurs sĂ©chĂ©es de l’hibiscus piment ou hibiscus dormant – Malvaviscus arboreus- sont utilisĂ©es pour traiter les affections respiratoires et entrent dans la confection de sirop pour traiter la toux.bL’écorce riche en mucilage est utilisĂ©e pour traiter les maux d’estomac, diarrhĂ©es et dysenteries et en cataplasme pour calmer les piqĂ»res d’insectes et les affections cutanĂ©es.
Le Barringtonia edulis est appelĂ© « navele » dans les Ăźles du Pacifique, « cut nut » en anglais, et « vellier » en français. L’écorce et les feuilles du Barringtonia edulis sont utilisĂ©es en pharmacopĂ©e traditionnelle pour diverses pathologies : l’écorce dans le traitement des maux d’estomac et la gonorrhĂ©e ; les feuilles pour soigner les otites ; la sĂšve de l’écorce pour la toux, les infections urinaires et l’empoisonnement Ă  la ciguatera. L’amande du fruit est comestible.
Les vertus anti-inflammatoires, antioxydantes et antibactĂ©riennes du poivre -Piper Nigrum – sont bien connues depuis l’antiquitĂ© et par la MĂ©decine Chinoise et AyurvĂ©dique, c’est la pipĂ©rine – l’alcaloĂŻde d’oĂč provient le cĂŽtĂ© piquant du poivre – qui lui confĂšre ses propriĂ©tĂ©s mĂ©dicinales. 

Le vanillier – Vanilla planifolia – est une orchidĂ©e grimpante, la vanille est un antidĂ©presseur et un antistress naturel. Comme le chocolat, elle apaise, calme, relaxe et dĂ©tend l’organisme et le cerveau.

Ce cĂŽtĂ© secret gardĂ© des plantes par le guĂ©risseur me fait penser Ă  la France du 18Ăšme siĂšcle, quand les mĂ©decins et les botanistes ont normalisĂ© la construction d’un savoir savant sur le monde vĂ©gĂ©tal tout en renforçant le monopĂŽle masculin de ce savoir savant puisque les sciences Ă©taient rĂ©servĂ©es presque  exclusivement aux garçons, alors que les femmes avaient construit des savoirs sur les propriĂ©tĂ©s des plantes fondĂ©s sur l’observation et sur la transmission parce que ce sont elles qui soignaient leur famille, malgrĂ© cela les femmes Ă©taient exclues de la mĂ©decine et de la botanique 
 en sortira t’on jamais de ces luttes d’ego, pffff 


En partant NoĂ«lle me donne des oranges amĂšres dans un panier tressĂ©, c’est cool parce que le matin nous sommes allĂ©s au marchĂ© pour trouver des fruits et des lĂ©gumes, 6 kilomĂštres sous une chaleur tropicale Ă  boire sans jamais pisser une goutte, et ne sommes revenus qu’avec 2 pamplemousses en tout et pour tout, les cyclones qui ont balayĂ© le Vanuatu au mois de mars ont dĂ©vastĂ© les cultures de bananes, c’est lĂ  que j’ai appris, on apprend tous les jours, que les bananiers ne sont pas des arbres mais des herbes, ils ne donnent qu’un seul rĂ©gime qu’ils mettent 9 Ă  12 mois Ă  produire, comme quoi il vaut mieux cultiver des ananas dans les zones cycloniques.

Le marché de Malekula, à 3 kms de Port Sandwich
On s’est abritĂ©s de la pluie sous l’auvent de la banque nationale (si, c’est pas une prison, c’est la banque nationale)
Encore un ponton qui a mal Ă  la tĂȘte

La prochaine Ăźle est Ambrym, Ă  39 NM de lĂ  
 que ce soit en longeant les Ăźles ou quand nous circulons Ă  l’intĂ©rieur, je note que les forĂȘts sont recouvertes de liseron comme d’une bĂąche, les arbres sont littĂ©ralement ensevelis sous cette invasion, le liseron dĂ©vore monstrueusement le paysage, il Ă©touffe la vĂ©gĂ©tation indigĂšne sur une Ă©tendue absolument impossible Ă  maĂźtriser, d’aprĂšs mes recherches personne ne s’en soucie et j’ai pourtant l’impression que ça va devenir un problĂšme parce que d’Ă©vidence ça bouleverse l’Ă©cosystĂšme, ou alors je m’appelle Albert …

non mais c’est dingue

Nous mouillons devant le village de Ranon  et y allons en annexe, faisons des bornes Ă  pince pour visiter l’üle tout en espĂ©rant trouver des lĂ©gumes frais mais tintin, par contre nous tombons sur la clinique de l’Ăźle ou comment saisir l’importance de la prĂ©vention :

la « clinique » d’Ambrym
…qui fait Ă©galement office de pharmaciey’a comme un petit air d’abandon

Puis cap sur l’üle Pentecîte, de loin nous entendons les tamtams et de fait, lorsque nous mettons pied à terre, un groupe de jeunes gens tame-tame à tout crin :

De l’autre cĂŽtĂ© de la route se trouve le Nakamal, c’est l’endroit de sociabilisation par excellence, et celui dans lequel on boit le kava, ah ! le kava !

Aujourd’hui il existe des bars Ă  Kava aux US, en Australie, en Nouvelle CalĂ©donie et un peu partout dans le monde, mais les vrais nakamals c’est ici et nulle part ailleurs !

Un homme jeune et un autre plus ĂągĂ©, carrĂ©ment vieux en fait, s’approchent et nous convient Ă  entrer dans le Nakamal, je suis Ă©mue comme une vierge s’avançant Ă  l’autel pour prendre Ă©poux, j’espĂšre qu’on ne va pas m’obliger Ă  boire de kava, je sais que ça ne me rĂ©ussira pas, les gens qui en ont bu m’ont dit que c’est dĂ©gueulasse, ça encore ça passerait, j’ai l’habitude avec les dĂ©coctions chinoises, mais surtout c’est que ça fait des engourdissements autour de la bouche, j’aime pas, et aussi c’est une drogue douce qui dĂ©tend, tu parles, dans drogue douce il y a drogue, on voit qu’ils ne connaissent pas les effets paradoxaux, j’y pĂ©nĂštre, tout est brouillardeux tellement c’est enfumĂ©, je distingue comme un banc qui fait tout le tour de l’espace sur lequel sont vautrĂ©s quelques hommes au regard avachi,  les deux gars m’accompagnent jusqu’au centre oĂč se trouve une espĂšce de table basse entourĂ©e de palmes sĂ©chĂ©es et posĂ©es Ă  la verticale qui en font le tour, le vieux baragouine des trucs en bislama que le jeune me traduit grosse modo en anglais, je comprends que je suis devant le lit du chef qui est mort il y a peu et qu’on avait laissĂ© sur ce lit jusqu’à ce matin (on porte la poisse), qu’il va y avoir un nouveau chef et  
 aaah on me tapote sur l’épaule, c’est le capitaine, j’ai envie de le chasser comme une mouche et de lui demander de ne pas interrompre ces gens quelle impolitesse enfin quoi !  il insiste lourdement, isa ! isa ! nan mais quelle outrecuidance,

– Oui ! quoi isa ?!

– Il faut que tu sortes, tu n’as pas le droit d’ĂȘtre ici ! c’est interdit aux femmes blanches 
 (il se tourne vers un grand gaillard Ă  l’air sinistre) c’est lui qui me l’a dit, c’est le nouveau chef, il faut que tu sortes

Je ne me le fais pas dire deux fois et file sous le regard interloquĂ© de mes 2 accompagnants qui vont vraisemblablement se faire passer un savon, le capitaine reste Ă  l’intĂ©rieur et je le vois discuter dans la fumĂ©e, peut-ĂȘtre marchande t’il pour que j’aie la vie sauve, peut-ĂȘtre ira-t-il jusqu’à l’échanger contre Cap de Miol, je ne le saurai jamais, aucun indigĂšne ne me course avec une lance et des plumes, c’est lui qui sort seul, je suis tirĂ©e d’affaire.

Nous nous enfonçons alors plus avant dans le village histoire de voir si nous trouvons des fruits et des lĂ©gumes, ça prend un temps fou par ici de tenter de quĂ©rir ces prĂ©cieuses denrĂ©es, un homme vient vers nous, la quarante-soixantaine (quarante en mauvais Ă©tat ou soixante en bon Ă©tat), petit, assez athlĂ©tique sous sa chemise propre Ă  manches courtes, pas un pĂšte de graisse, la mĂąchoire volontaire et le regard vif, il nous demande ce que nous voulons et le lui disons, il nous accompagne jusqu’au magasin du village dans lequel je rĂ©veille une jeune femme qui se dresse d’un bond en me faisant un grand sourire, chouette une occupation pour la distraire, en anglais approximatif elle m’explique qu’à part le riz, l’huile, les boites de conserve et les cannettes de coca, elle n’a rien d’autre, mais que si je reviens demain elle pourra demander Ă  la communautĂ© du village qu’on veuille bien lui en donner pour qu’elle nous les vende, tant pis car nous ne resterons pas jusqu’à demain, je la salue, mais Cheffry (c’est le nom de l’homme Ă  la chemise Ă  manches courtes) (le capitaine lui a fait rĂ©pĂ©ter) nous intime de le suivre, harangue un jeune homme d’une dix-septzaine qui grimpe pieds nus jusqu’en haut d’une immense pamplemoussier et en balance une bonne dizaine Ă  nos pieds, il est d’une habiletĂ© hallucinante et saute d’une branche Ă  l’autre, nous clamons que nous en avons assez, le capitaine sort un billet de 1000 vatus qu’il donne Ă  l’homme, celui-ci le plie et le glisse soigneusement dans la poche de sa chemise d’un air comblĂ© (au marchĂ©, le pamplemousse est Ă  20 vatus)  le jeune est descendu et nous regarde, j’ai une grosse tablette de chocolat dans mon sac et la lui tend, tout le monde est content, nous repartons.

– Je ne sais pas si celui qui t’a dit que je devais sortir du Nakamal Ă©tait le nouveau chef, mais Cheffry il a tout d’un chef ! (il dirige les autres et empoche le pognon, la base) (ce n’est pas une critique, c’est factuel)

oĂč l’on voit que le capitaine peut faire preuve de souplesse

Le mouillage suivant est prĂ©vu Ă  l’üle Maewo dans la baie Asanvari, mais il s’avĂšre trĂšs dĂ©licat et nous voyons que c’est rouleur en plus d’ĂȘtre inhabitĂ©, nous remontons aussitĂŽt la GV et filons directement sur l’üle Aoba, Ă  Vahine Bay, sur la route le capitaine fait une rĂ©paration de fortune parce qu’une attache du lazy a lĂąchĂ©.

Nous ne mouillons pas devant le village de Lolowai car c’est juste impossible, de toutes façons il faut l’annexe pour aller à terre, cette fois le chemin est juste un peu plus long mais spectaculaire 


C’est drĂŽle mais l’accueil n’est pas le mĂȘme sur toutes les iles, ici les gens ont du mal Ă  rĂ©pondre Ă  notre salut, 3 hommes jeunes et dĂ©sƓuvrĂ©s nous ignorent dĂ©daigneusement, nous partons Ă  la dĂ©couverte de l’üle nĂ©anmoins, plus ou moins Ă  la recherche d’un marchĂ© et d’éventuels lĂ©gumes, un morceau de viande ne serait pas de refus mais que nenni, en revenant sur nos pas une fois arrivĂ©s au bout de la route (de la piste), que voyons nous sous un grand auvent en dur ? une grande table avec des grosses gamelles et des gens qui ont l’air de manger assis sur des tabourets, un resto ? nous allons voir 
je demande Ă  la dame debout derriĂšre la table si on peut acheter Ă  manger, non, la nourriture n’est pas Ă  vendre, je comprends que c’est une espĂšce d’armĂ©e du salut pour indigents, je voudrais bien lui acheter du poulet et des lĂ©gumes cuisinĂ©s puisqu’il y en a, mais non, bon, nous repartons mais n’avons pas fait 200m que j’entends une voix qui nous interpelle, nous nous arrĂȘtons, une seconde dame arrive vers nous en courant avec 2 boĂźtes de fast-food dans les mains, essoufflĂ©e elle nous dit que c’est pour nous, je lui demande how much mais elle secoue la tĂȘte, it’s free, je comprends qu’ils n’ont pas le droit de vendre mais tout Ă  fait celui de donner, ayant peur de priver quelque nĂ©cessiteux de sa pitance je lui conjure de garder les plats pour des gens qui en ont besoin (l’avantage de mon pitoyable anglais c’est qu’il est aussi comprĂ©hensible que le sien, nous nous comprenons donc fort bien) (keep it for people who need to eat !), mais ils en ont plus qu’il n’en faut et ça serait perdu, le capitaine refuse haut et fort, la dame insiste, le capitaine aussi, je tranche en lui prenant les plats des mains tout en disant au capitaine que lĂ  on va finir par la vexer, il se coite et obtempĂšre, nous remercions vivement la dame et nous en retournons au bateau, c’est tellement adorable, ça me touche Ă  un point pas possible, d’un cĂŽtĂ© il existe des restos luxueux qui vendent un plat plus cher que ce que certains gagnent en 1 mois, de l’autre des gens qui n’ont rien nous donnent Ă  manger, dans quel monde prĂ©fĂ©rer vivre dites moi 
 le capitaine Ă©coute patiemment mes dires, j’aimerais bien vivre ici au milieu de ces gens, mais on doit se faire chier me remarque-t-il (son argument fĂ©tiche)

la banque de Lolowai
un beau moteur de 250 chevaux abandonné sur cette épave, quelle tristesse !

Et aprĂšs ça, direction vers l’üle Espiritu Santo, Ă  Luganville, l’autre grande ville du Vanuatu, elle se trouve au sud-est de Santo (on dit Santo), ça paraĂźt Ă©trange parce que ce n’est pas abritĂ© des alizĂ©es (dans l’hĂ©misphĂšre nord, ils soufflent du nord-est vers le sud-ouest, dans l’hĂ©misphĂšre sud du sud-est vers le nord-ouest), mais voilĂ , elle est protĂ©gĂ©e par l’üle Aore 


C’est lĂ  que nous allons faire notre clearance de sortie, alors annexe pour un bon bout de chemin parce que les customs c’est loin du mouillage, c’est vrai qu’il nous faudrait un moteur plus puissant pour aller plus vite mais ce n’est pas encore fait, le capitaine a cependant tranchĂ© : nous allons retourner sur NoumĂ©a pour aller chercher ce fichu moteur neuf et on sera tranquille (vu que celui de 250 chevaux ci-dessus ne peut pas faire l’affaire, c’est ballot).

Il n’est Ă©crit nulle part dans le ciel que l’on peut toujours trouver ce dont on a besoin au moment oĂč on le souhaite, les customs sont en rĂ©union aujourd’hui, il faudra revenir demain, on revient demain, en taxi cette fois, hier on s’est fait tremper parce que dans le canal y’avait d’la vague, il nous faut nous rendre au bout de la cour inhospitaliĂšre dans un bĂątiment immense et quasi vide, nous finissons par trouver le gars qui doit s’occuper de notre sortie, il a un bureau minuscule derriĂšre une vitre en verre avec un hygiaphone, c’est plein de trucs empilĂ©s et il partage cet espace (si je puis dire) avec un autre individu, nous attendons dans une salle d’attente immense, carrefour de couloirs larges qui partent dans tous les sens, cet immeuble, lui, n’en a aucun 
 bon, il nous faut payer des droits et trouver Ă  qui payer avant de revenir avec la facture acquittĂ©e et dĂ»ment tamponnĂ©e, nous partons Ă  la recherche de quelqu’un mais ne trouvons que des petits bureaux vides derriĂšre des vitres dans des couloirs qui rĂ©sonnent comme des gymnases, guidĂ©e par une voix au micro je tombe sur une salle remplie de monde qui suit une formation ou je ne sais quoi, en tous cas il y a un diaporama, un micro et du cafĂ©, le capitaine erre je ne sais oĂč dans ce dĂ©dale, pourvu qu’il pense Ă  Ă©mietter du pain pour retrouver son chemin, je m’adresse Ă  une femme pour lui demander oĂč et Ă  qui on peut payer, s’il vous plaĂźt on veut juste donner de l’argent, elle m’accompagne jusqu’à un bureau habitĂ© d’un monsieur Ă  l’air tout Ă  fait important et lui explique notre cas, le capitaine arrive pile pour payer mais lĂ , problĂšme pour avoir la facture, et sans facture acquittĂ©e tout le dispositif se bloque, on nous laisse poireauter dans un couloir qui pourrait abriter un bon quart des rĂ©fugiĂ©s ukrainiens, nous ne savons que faire, et puis Françoise dĂ©boule et vient Ă  notre secours : ici il n’y a pas d’imprimante, il faut aller au service facturation pour faire imprimer notre facture, c’est dans quel bureau ? elle se gausse et nous embarque dans sa voiture pour faire quelques kilomĂštres jusqu’aux services ad hoc (elle me rĂ©pond que ce sont les chinois qui ont construit l’immeuble dans lequel elle travaille), attendre notre tour, faire imprimer la facture et revenir, retourner chez le douanier rĂ©cupĂ©rer nos passeports et la clearance de sortie, ensuite nous allons Ă  l’immigration paumĂ©e plus loin que nous trouvons grĂące Ă  Google Maps faire tamponner nos passeports, une fois tout cela fait il est midi, que serait un tour du monde Ă  la voile sans ces Ă©pisodes improbables, ni plus ni moins que d’une tristesse abyssale ! nous avons bien gagnĂ© d’aller faire un tour au marchĂ©.

la rue principale de Luganville
le marché avec des ignames, du taro, du manioc
ce ne sont pas des boxes Ă  chevaux mais derriĂšre chaque paire de volets il y a une cuisiniĂšre, on a choisi l’omelette plutĂŽt que le poisson pas prĂ©parĂ©, on est nareux

Avant de repartir sur Nouméa, en espérant que le moteur désiré sera bien disponible, nous faisons une escale sur la cÎte Ouest de Malekula, à Metenovor Bay

Il y a un lagon Ă  visiter alors nous mettons l’annexe Ă  l’eau, c’est dimanche, une nuĂ©e d’enfants endimanchĂ©s se ruent Ă  notre rencontre avec des cris de joie, les filles en robe blanche, elles se tortillent quand je leur en fais compliment, les garçons en chemise blanche et short bleu marine rient de voir les filles se tortiller, tous sont fascinĂ©s par mes tatouages et trouvent l’annexe magnifique, ça me fait rire parce que l’annexe est moins remarquable que leurs barques de pĂȘche qui ont des moteurs avec lesquels nous ne rivaliserons jamais, je me demande d’ailleurs avec quel argent ils peuvent acheter ce type de matĂ©riel, si c’est avec la vente de leur pĂȘche et de pamplemousses, il faut quelques gĂ©nĂ©rations de labeur pour amasser une telle somme, nous demandons l’autorisation qui nous est accordĂ©e d’aller visiter le lagon en annexe, les enfants nous disent aurevoir avec des sauts et de grands signes de la main et repartent comme ils sont venus, en courant, sautant et criant de joie, Ă  part l’homme Ă  qui nous avons demandĂ© l’autorisation nous ne voyons aucun adulte, c’est jour de repos.

Et on s’en retourne donc demain sur NoumĂ©a plutĂŽt que de filer directement sur l’Australie 


la nuit tombe sur notre dernier mouillage au Vanuatu

Et c’est pour qui le bonus ?

  • Les habitants du Vanuatu sont appelĂ©s officiellement des Ni-Vanuatu – ou Vanuatais en français -mais quand on a la classe on dit Ni-Van
  • Le bananier pousse ainsi : une branche feuillue sort de son rhizome, les feuilles s’enroulent les unes sur les autres pour former un faux tronc. Lorsqu’il y a 20 Ă  30 feuilles un bourgeon floral apparait. C’est Ă  partir de ce bourgeon que va se constituer le rĂ©gime de banane. C’est une plante hermaphrodite qui se suffit Ă  elle-mĂȘme pour croitre. Le rĂ©gime de banane est constituĂ© d’une fleur mĂąle en bout de tige (la popote) et d’une multitude de fleurs femelles, qui deviendront le fruit.Un plant de bananier est exploitĂ© pendant environ 5 ans. Au bout d’un an environ une fleur se forme supportant le rĂ©gime. Celui-ci met 4 mois Ă  grossir avant rĂ©colte. A la rĂ©colte, le rĂ©gime est coupĂ© et le « tronc Â» est sectionnĂ© Ă  la base des feuilles (environ Ă  mi-hauteur). Le tout reste au sol pour Ă©viter ou limiter l’apparition de mauvaises herbes et ainsi en pourrissant cela enrichir le sol. Le reste du tronc permet un transfert de sĂšve au nouveau rejet par gravitation. On prĂ©lĂšve un rejet pour faire un nouveau bananier.
  • Le kava ou kava-kava ou kawa-kawa, ou poivrier enivrant – piper methysticum – est consommĂ© depuis des milliers d’annĂ©es par les indigĂšnes des Ăźles du Pacifique Sud.  Kava signifie amer, son nom tourne autour de cette notion d’amertume. C’est intĂ©ressant parce qu’en PharmacopĂ©e Traditionnelle Chinoise, la saveur amĂšre est utilisĂ©e pour faire descendre la Chaleur qui agite les gens. Le kava se consommait uniquement Ă  la tombĂ©e de la nuit, au moment oĂč le monde des hommes et des ancĂȘtres se rejoignaient. Le moment du kava Ă©tait aussi une sorte priĂšre afin de demander une bonne rĂ©colte, la venue d’un enfant, une bonne santĂ©. Sous l’emprise du kava, certains buveurs rĂȘvaient Ă©veillĂ©s et partageaient leur vision. On disait que les ancĂȘtres s’exprimaient au travers d’eux. Traditionnellement, la mixture est rĂ©alisĂ©e Ă  partir de la racine. Les hommes la mĂąchent avant de la recracher sur une feuille de bananier. AprĂšs l’avoir laissĂ©e reposer au soleil, on obtient une pĂąte qui sera filtrĂ©e avec de l’eau et consommĂ©e dans une demi noix de coco, la shell. Le kava se boit d’un trait et le rĂ©sidu en bouche doit ĂȘtre recrachĂ©. Le buveur crache Ă  terre, ou en l’air, la premiĂšre ou la derniĂšre gorgĂ©e, selon l’Ăźle et la coutume. Mais quel que soit le dĂ©tail du rite, cet acte a pour symbole de mettre en relation l’intĂ©rieur avec le dehors. Un mouvement du breuvage de l’intĂ©rieur vers l’extĂ©rieur concrĂ©tise l’accord total entre l’ĂȘtre et la nature. Au vu de son caractĂšre sacrĂ©, les femmes n’étaient pas autorisĂ©es Ă  en consommer dans les tribus du Pacifique mais maintenant elles ont le droit d’en boire, aussi il y a un laisser-aller qui va de mal en pis, c’est Marie-Claude qui m’a renseignĂ©e sur ce fait qu’elle a constatĂ© au fur et Ă  mesure de ces derniĂšres annĂ©es. Le kava n’a fait l’objet d’essais cliniques qu’à partir des annĂ©es 1990. Son efficacitĂ© contre l’anxiĂ©tĂ© a notamment Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e grĂące Ă  une mĂ©ta analyse publiĂ©e en 2003 par l’indĂ©pendante collaboration Cochrane. En 2005, une nouvelle mĂ©ta analyse allemande, concernant un extrait de kava particulier, le WS1490, a montrĂ© que des extraits pouvaient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme Â« des alternatives aux benzodiazĂ©pines, aux inhibiteurs sĂ©lectifs de la recapture de la sĂ©rotonine (ISRS) et Ă  d’autres antidĂ©presseurs dans le traitement des troubles anxieux non psychotiques Â». Mais le kava prĂ©sente aussi de sĂ©rieux effets secondaires. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, plusieurs patients traitĂ©s au kava ont prĂ©sentĂ© des dommages au foie, parfois trĂšs graves. ConsĂ©quence : la mĂȘme annĂ©e, plusieurs pays interdisaient la consommation de kava et de ses extraits. C’était le cas de l’Espagne, du Portugal, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de la France
 Cette Ă©ventuelle toxicitĂ© serait due, selon certains chercheurs, non pas Ă  la plante elle-mĂȘme mais au produit que les allemands fabriquaient, ils auraient utilisĂ© les feuilles alors qu’il ne faut prendre que les racines. MalgrĂ© tout, les exportations de kava sont en constante augmentation, il y a un boom des bars Ă  kava aux Etats-Unis, et cela fait monter le prix, certains craignent que les Ni-vans ne se tournent vers l’alcool car le marchĂ© local va s’effondrer Ă  ce tarif (il est passĂ© de 400 Ă  1000 vatus le kilo).

J’ai rĂ©coltĂ© des tonnes de donnĂ©es sur les utilisations mĂ©dicinales des plantes du Vanuatu, un travail Ă©norme !

  • Un peu d’histoire : au dĂ©but du 17 Úme siĂšcle, le Portugais Fernandez de QUEIROS part du PĂ©rou et croit avoir dĂ©couvert le continent Austral qu’il appelle « Australia del Espirito Santo ». En 1768, Antoine de Bougainville quitte la France pour effectuer un voyage d’exploration : il dĂ©couvre les Ăźles de PentecĂŽte, Aoba et Aurora (Maevo) qu’il appelle Les Grandes Cyclades. Le Britannique Cook y aborde le 16 juillet 1774 et en dresse un relevĂ©. Il leur donne le nom de Nouvelles HĂ©brides, qui restera en vigueur jusqu’Ă  l’indĂ©pendance en 1980. La plupart des Ăźles gardent le nom donnĂ© Ă  cette Ă©poque : Tanna, Erromango, Ambrym. En 1789 arrive le cĂ©lĂšbre mutin du Bounty, William Bligh. Il dĂ©couvre d’autres Ăźles et revient en 1792 confirmer ses dĂ©couvertes. Le commerce du bois de santal, florissant au dĂ©but du 19 Úme siĂšcle, cesse en 1868 pour laisser la place aux blackbirds, recruteurs de main d’Ɠuvre pour les industries de canne Ă  sucre de Fidji et du Queensland, les mines de nickel de Nouvelle-CalĂ©donie, et les plantations de cocotiers des Samoa occidentales. Les premiers missionnaires presbytĂ©riens arrivent au Vanuatu en 1839, suivis en 1860 par les Anglicans et en 1887 par les Catholiques. Les infections apportĂ©es par les navires (cholĂ©ra, petite vĂ©role, grippe, pneumonie, fiĂšvre jaune, dysenterie ) provoquent des Ă©pidĂ©mies dans la population, faisant passer leur nombre d’environ un million au dĂ©but du 19 Úme siĂšcle Ă  41.000 habitants en 1935.  Les premiers colons dĂ©barquent d’Europe en 1854. Alors que les Britanniques sont nĂ©gligĂ©s par leur pays d’origine, les Français sont quant Ă  eux soutenus par la France, et prospĂšrent. En 1882, John Higginson, spĂ©culateur terrien français d’origine irlandaise, fonde la Compagnie CalĂ©donienne des Nouvelles-HĂ©brides (CCNH). Il acquiert plus de 20 % des terres exploitĂ©es par les Britanniques et les chefs locaux. En 1894, rebaptisĂ©e SociĂ©tĂ© Française des Nouvelles-HĂ©brides (SFNH), la Compagnie possĂšde 55 % des terres cultivables du Vanuatu. Pour mettre fin Ă  la rivalitĂ© existant entre les deux communautĂ©s, les deux puissances coloniales crĂ©ent en 1887 une Commission navale mixte, reconduite sous la forme d’un condominium franco-britannique. Le 27 fĂ©vrier 1906, le Condominium franco-britannique des Nouvelles-HĂ©brides est créé en rĂ©ponse Ă  l’expansionnisme germanique dans la rĂ©gion. Ces accords Ă©tablissent une influence Ă©gale entre les deux pouvoirs coloniaux, sans souverainetĂ© exclusive. Les Français et les Britanniques ont des droits Ă©gaux tandis que les Ni-Vanuatu n’ont aucun Etat officiel. Chaque communautĂ© a des services propres. Il existe deux polices, deux services de santĂ©, deux systĂšmes Ă©ducatifs (ce qui est toujours le cas) deux monnaies et deux systĂšmes pĂ©nitentiaires. Du dĂ©but des annĂ©es 60 jusqu’Ă  l’indĂ©pendance en 1980, des luttes intestines font rage (j’ai pas le courage de tout raconter, c’est trop compliquĂ©), la RĂ©publique du Vanuatu devient indĂ©pendante le 30 juillet. Le nouvel Etat adopte un rĂ©gime de type dĂ©mocratique parlementaire. La rĂ©alitĂ© du pouvoir est dĂ©tenue par le Premier ministre. Les langues officielles reconnues par la Constitution sont le bishlamar, l’anglais et le français. L’Ă©conomie est essentiellement agricole. Bien que 95 % du territoire soit impropre Ă  la culture en raison du relief montagneux, l’agriculture occupe 70 % de la population active, et reprĂ©sente plus de 75 % des exportations : copra (55,72 %, les principaux marchĂ©s de copra sont les Pays-Bas, la Belgique et la France), kava (19,58 %), bois (17,44 %), bƓuf (12,42 %, essentiellement vers le Japon), cacao (6,5 %). Le tourisme, qui emploie 3 % de la population active reste peu dĂ©veloppĂ© avec environ 100 000 touristes par an.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thĂ©rapeute, confĂ©renciĂšre et formatrice en MĂ©decine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondĂ© la chaĂźne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses Ă©nergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diĂ©tothĂ©rapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particuliĂšrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : dĂ©couvrir les plantes du monde destinĂ©es aux femmes lors des diffĂ©rentes Ă©tapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, oĂč qu'elles soient, car mĂȘme si la PharmacopĂ©e Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planĂšte, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de rĂšgles, l'infertilitĂ©, les problĂšmes liĂ©s Ă  la grossesse ou Ă  la mĂ©nopause et aider les femmes qui n'ont pas accĂšs aux plantes de la PharmacopĂ©e Chinoise. J'ai dĂ©cidĂ© de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les diffĂ©rents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorciĂšres et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

4 commentaires sur « Chez les Ni-van »

  1. D’aprĂ©s votre rĂ©cit au sujet du « capitaine » je tiens a vous dire de le garder et de le soigner car pour moi c’est une pĂ©pite rare et brillante. La mer ne donne aucun rĂ©pit et n’accepte pas les gens faibles et sans caractĂ©re. Le votre « capitaine » , j’ai l’impression qu’il a toutes les qualitĂ©s pour vous amener Ă  bon port. C’est rare surtout dans les endroits que vous frĂ©quentez.
    Amicalement . Jacques Salvetat

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  2. Bonjour Isabelle
    Ce qui me frappe le plus dans votre voyage c’est la pauvretĂ© dans certains endroits. Merci pour les petites vidĂ©os. Bonne continuation.

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  3. La pauvretĂ© de ces gens , c’est ce qui fait leur richesse. La nourriture est Ă  portĂ©e de mains,la culture des aliments quotidiens est lĂ  , pas de soucis comme chez les occidentaux , la toilette se fait en riviĂšre soit Ă  la mer toute proche , a11h le poissonnier n’est pas passĂ© alors on prend la patia et on va prĂ©lever le poisson pour le repas de midi , celui du soir viendra , un peu de chasse et la journĂ©e de demain sera un autre jour,etc….
    Bonne journée.Amicalement jacques Salvetat

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  4. Sorry sister, mais Bligh le célÚbre capitaine ne fut pas mutin mais connut des mutineries de plusieurs de ses équipages .
    Le célÚbre mutin de la Bounty fut son second, Christian.
    Bligh rĂ©ussit Ă  rejoindre l’Angleterre Ă  bord d’une chaloupe avec les marins qui lui Ă©taient restĂ©s fidĂšles (quels marins !) et aprĂšs, ça a douillĂ© pour les autres qui furent pendus.
    Amen 🙏

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