(2 Ă©pisodes en 1 car je n’ai pas pu mettre en ligne avant đ)

Câest parti pour Port Vila sur lâĂźle Efata, 125 NM au portant, easy, le soir nous avons droit Ă un coucher de soleil sublime, en prime un lever de lune qui se lĂšve derriĂšre une Ăźle, nuit de peu de sommeil pour surveiller les bateaux Ă©ventuels, RAS, nous arrivons au matin dans la baie Mele la tĂȘte dans le seau, le choc des civilisations ! AprĂšs Port RĂ©solution, tout ici semble excessif, câest New York, si ça clignotait on pourrait se croire Ă Broadway


Nous prenons une bouĂ©e et filons au bureau de la marina, JosĂ©phine nous explique tout ce dont nous avons besoin de savoir en français, une aubaine, la douche et les toilettes sont ceux du bistrot de la marina, pourquoi en faire plus puisque ça existe dĂ©jĂ , et puis le capitaine me demande si ça ne me dĂ©range pas quâon passe chez Toyota qui vend des moteurs Yamaha pour les annexe (la concurrence ne fait pas rage), ce qui serait bien car nous Ă©viterait de retourner sur NoumĂ©a pour quĂ©rir un de ceux qui doivent arriver Ă la fin du mois⊠il me fait rire le capitaine, quand il veut quelque chose il demande si ça ne me dĂ©range pas, high strategy, alors on va chez Toyota car ça ne me dĂ©range pas et ici il fait drĂŽlement chaud, on se traĂźne en montant la colline plutĂŽt raide, pourtant on nâest pas beaucoup plus haut en latitude que NoumĂ©a, mais on sent bien la diffĂ©rence.

On arrive chez Toyot’ en nage, english spoken, le capitaine veut un moteur enduro 2 temps avec une tige courte, ils nâont pas ⊠ah ! les moteurs 2 temps ou 4 temps ! bon, le capitaine mâavait expliquĂ© les diffĂ©rences et le pourquoi de son choix, jâavais Ă©coutĂ© avec attention mais rien retenu malgrĂ© une ferme volontĂ© et sa remarque sur le fait que jâavais dĂ» apprendre ça au lycĂ©e (ça mâĂ©tonnerait) et le soir, la bourde, la bĂ©vue, lâerreur de dĂ©butante, je lui redemande pourquoi ce modĂšle prĂ©cis, histoire de nourrir la conversation, il me rappelle me lâavoir dĂ©jĂ expliquĂ© de son ton de surgĂ© qui mâaurait vu fumer un oinj aux sanitaires, cette fois ci croyez moi que jâai retenu dans les grandes lignes pour ne plus lui poser la question, je me suis inscrit en lettres de feu dans la cervelle de ne plus JAMAIS lui poser de questions sur les moteurs Ă explosion, je vais peut-ĂȘtre mĂȘme prendre un cours particulier sur le sujet pour ĂȘtre bĂ©ton, une fois je lui ai quand mĂȘme dit que sâil retenait du premier coup quâen ajoutant Huang Bai et Zhi Mu Ă LIU WEI DI HUANG WAN on obtient ZHI BAI DI HUANG WAN, ce qui a le bon goĂ»t de traiter la Chaleur/Vide, je voudrais bien tout retenir du premier coup ce quâil me raconte, il a ronchonnĂ© un truc inaudible, mais bon si ça se trouve on va devoir repasser Ă NoumĂ©a, ça semble inĂ©vitable parce que les 2 temps ne sont plus vendus que dans les pays pauvres qui nâont pas encore compris que ça pollue et qui pourraient bien faire des efforts pour avoir les moyens dâacheter des 4 temps tout de mĂȘme, les pauvres se plaignent mais que font ils pour s’en sortir, on se demande ce qu’ils peuvent bien foutre, je me suis Ă©tonnĂ©e auprĂšs de mon hĂ©ros parĂ© de toutes les vertus quâil achĂšte un 2 temps alors (un 2 temps de pauvre qui pollue, on est d’accord), mais câest que câest aussi une question de poids, si on a un moteur 4 temps plus puissant il sera plus lourd et fera couler lâannexe ou presque, donc 2 temps, 8 chevaux, tige courte, yamaha enduro, câest sa quĂȘte.

On passe ensuite au marché, pfiouuuu quelle vie ! Quelle ambiance ! Je suis sous le charme de Port Vila !
On peut y manger pour 3 francs 6 sous Ă de grandes tables avec des voisins avec qui on papote, il y a une rangĂ©e de boxes avec dans chacun une gaziniĂšre devant laquelle sâagitent 2 ou 3 femmes qui font la tambouille ou la vaisselle, on peut choisir entre poulet, blanquette ou poisson plein dâarĂȘtes avec la tĂȘte et la queue (blanquette, c’te blague) accompagnĂ© de riz, manioc et taro, ça tient au ventre grave, un peu indigeste car pas assez cuit, un peu plus de gras et de cartilage que de viande mais la sauce est parfaite avec le riz, comme dirait le capitaine on mange local.

Le lendemain on a louĂ© une voiture pour visiter lâĂźle et passer donner le bonjour au directeur de lâalliance française, une connaissance de connaissance du capitaine qui a promis de passer donner le bonjour, un petit coin de France dans Port Vila, une ambiance vaguement provençale avec ses chaises de jardin en fer forgĂ©, des livres plein les Ă©tagĂšres qui courent tout autour dâune grande salle, une tĂ©lĂ© qui diffuse les infos françaises (ça scotche le capitaine) et un cafĂ© qui vend du cafĂ© et des croissants, ça ferait presque envie mais ça tombe sur les fesses alors non, aprĂšs les politesses dâusage il faut bien remplir la conversation, ça serait un peu raide de dire quâet bien voilĂ voilĂ câest pas tout mais on a de la route, on sent bien le flottement, alors je me lance, un vrai bouche-trou mondain, et demande Ă George, puisque câest son prĂ©nom, combien il y a dâadhĂ©rents, 450 je crois, Ă 20 balles la cotisation câest ridicule comme chiffre, je lui demande alors sâil reçoit des subventions, bien Ă©videmment que ça marche comme ça, des projets, des animations, soit autant de subventions, peinardos le George, et bien moi je dis que câest vraiment un bon job que de bosser dans une alliance française, si vous voyagez Ă lâĂ©tranger, renseignez vous pour savoir sâil y en a une lĂ oĂč vous allez parce que ça mâa semblĂ© comme une ambassade si tâes perdue et puis on a beau dire, entendre parler sa langue maternelle au bout du monde ça fait toujours plĂšze comme disent les djeunsses.

Puis dĂ©couverte de l’Ăźle, nous dĂ©jeunons d’un pique-nique de chips de manioc et de patates douces, en profitons pour faire l’observation de la nature et de la vĂ©gĂ©tation locale bien entendu, j’engrange, j’engrange …

En dehors de Port Vila, on voit vite que le reste de lâĂźle est pauvre et peu touristique, mĂȘme si nous avons discutĂ© avec un couple dâAustraliens venu en goguette pour la semaine et que nous avons croisĂ© quelques blancs en short Ă poches, ça ne doit pas faire grosse recette pourtant, oĂč que nous allions dans les endroits les plus reculĂ©s, nous voyons des panneaux top up here pour Digicel ou Vodafone, genre on peut venir jusqu’ici sans ĂȘtre coupĂ© du reste du monde.

Quand des enfants nous voient passer Ă la sortie des Ă©coles nous avons droit Ă de grands signes amicaux, des interpellations, ils sont adorables et il y en a des troupeaux entiers, câest fou le nombre dâenfants que nous voyons, nous apprendrons au fur et Ă mesure que mĂȘme sâil semble que tous vont Ă lâĂ©cole au vu des rangs quâils forment, ce nâest pas la rĂ©alitĂ©, beaucoup dâenfants nây vont pas et sont astreints aux travaux des champs, seuls ceux qui reviennent de lâĂ©cole en uniforme sont visibles au bord de la routeâŠ
Paradoxalement, Ă Port Havannah, nous buvons un cafĂ© dans lâhĂŽtel le plus luxueux oĂč nous avons posĂ© le pied depuis notre dĂ©part, je crois que les hĂŽtels de Bora-Bora devaient lâĂȘtre bien plus, mais nous nâavons pas frĂ©quentĂ© ces hauts lieuxâŠ

Ca fait drĂŽle de cĂŽtoyer ce luxe et cette pauvretĂ© aux portes lâune de lâautre, comment ne pas crĂ©er de jalousie, dâincomprĂ©hension, de frustration, de rĂ©volte, de rĂ©volution … aprĂšs, on s’Ă©tonne …
DĂšs le jour suivant, nous levons lâancre, faisons une halte pour la nuit Ă Port Havannah devant le fameux hĂŽtel pour riches, ok dâaccord me direz-vous, mais comment se passent les nav dans ce coin ? imaginez : allongĂ©e sur le pont, une tequila sunrise Ă votre main aux ongles rose fuchsia assorti Ă vos lunettes de soleil en cĆur, des mules Ă pompons roses inutiles mais si parfaites Ă vos pieds pĂ©dicurĂ©s et un collier de coquillages entre vos seins nus, un string Ă petits pois dans les fesses, ou, selon votre sexe ou vos aspirations, ne genrons pas, debout Ă la barre, votre torse athlĂ©tique bronzĂ© au-dessus dâun short fort seyant sur vos jolies jambes bottĂ©es de ces bottes de marin bleues tellement sexy car montant jusque sous le genou, tout aussi inutiles par ce temps sec et radieux, une casquette blanche Ă visiĂšre pour ombrer votre regard aiguisĂ© qui scrute la surface de lâeau et guette la moindre risĂ©e ⊠vous y ĂȘtes ? et bien vous nây ĂȘtes pas du tout, les nav ici câest pas Hollywood. Les alizĂ©es soufflent souvent Ă 20 nĆuds, lâidĂ©al en soi, et quand on navigue sous le vent des Ăźles, on pourrait aspirer Ă ce tableau idyllique dĂ©crit avec tant de brio, mais z’on nâa pas le temps dâaspirer, le vent tourne et des rafales de 30 nĆuds nous prennent par surprise au prĂšs toutes voiles dehors et font gĂźter le bateau Ă en avoir les chandeliers qui trempent dans lâeau (pour les nĂ©ophytes, Dieu aie pitiĂ© de vous, nous nâallumons pas de chandelles dans le bateau mais câest le nom de parties du bastingage, cependant je ne pense pas que lâexpression tenir la chandelle vienne de lĂ ), nous sommes hirsutes de vent et dâembruns, nos shorts et teeshirts ont beau sentir un vieux fond de lessive on sait quâils ne sont pas si propres quand on voit le si peu dâeau dans lesquels ils baignent 20 minutes dans les lavomatiques, vous aurez compris, ce nâest pas la distance Ă parcourir qui rend les nav aisĂ©es ou non.
NB : le capitaine est trĂšs sexy en short et en bottes quand il manĆuvre sous la flotte mais je nâai pas encore osĂ© lui exprimer mon Ă©moi parce que quand il manĆuvre ce nâest pas le moment et aprĂšs ça ne lâest plus, câest comme pour les chiens, si vous les engueulez juste quand ils viennent de faire une bĂȘtise ils comprennent, si câest deux heures aprĂšs ils se demandent ce qui vous prend.


Et nous voilĂ qui continuons vers lâĂźle Epi, prĂ©cisĂ©ment Ă Lameh Bay Ă 22 NM de Port Havannah, la baie est fort jolie mais le ponton du village est carrĂ©ment dĂ©foncĂ©, je ne sais pas sâil peut encore servir Ă faire accoster un quelconque cargo qui amĂšnerait des vivres ou du matĂ©riel, le village est mignon, il y a mĂȘme une High School :





Et puis en revenant vers la plage oĂč nous attend lâannexe, nous apercevons une case peinte avec goĂ»t, nous nous approchons ⊠un restaurant dis donc ! une jeune femme toute timide vient vers nous en se tordant les mains, dâune voie mĂ©lodieuse et douce elle nous propose dâentrer dans son restaurant tout dĂ©corĂ© de coquillages sur un sol de coraux ratissĂ©s bien net, il y a des nappes blanches en tissu sur les tables et des serviettes en tissu, les nappes sont taillĂ©es dans des draps blancs et ne sont pas repassĂ©es, mais tout est propre, et lâintention de bien faire est telle quâil est tout bonnement impossible de ne pas avoir envie de dĂ©jeuner ici, nous dĂ©jeunons iciâŠ


La jeune femme nous propose le menu : poulet et riz, suivi d’une oeillade dĂ©solĂ©e car câest tout, câest  le plat du jour que je suppute ĂȘtre le plat de lâannĂ©e, mais voilĂ qu’un sourire de soulagement passe sur son visage car aprĂšs rĂ©flexion elle a autre chose Ă nous proposer ! de la citronnade ! va pour 2 verres de citronnade, qu’Ă cela ne tienne, deux chiens nous ont suivis et attendent en haletant devant lâentrĂ©e du restaurant, espĂ©rant vraisemblablement que nous leur jetterons un os, tĂ© crĂ©si comme dirait le capitaine, nous sommes servis aussitĂŽt assis, Ă peine avons-nous terminĂ© nos agapes quâune volĂ©e de lycĂ©ennes prend place Ă la seconde table tandis quâune dame qui porte un Ă©norme trousseau de clĂ©s Ă la main et arbore un air supĂ©rieur attend avec une mimique agacĂ©e quâon vienne lui proposer de sâinstaller, ça doit ĂȘtre lâinstitutrice dis-je au capitaine, voire la directrice de la High School vu comme elle balance le trousseau Ă bout de bras tel une menace, câest fou ce quâun trousseau de clĂ©s peut donner de lâimportance et lâarrogance qui va avec, une autre dame sort en courant de la cuisine pour nous tendre un post it avec le dĂ©tail de notre repas, 750 vatus, une misĂšre, nous payons et cĂ©dons la place, je dis au capitaine que je me demande oĂč est-ce que la jeune femme a pris ces belles idĂ©es pour crĂ©er son restaurant, peut-ĂȘtre dans des magazines ? mais il nây a aucun magazine ici ! tâas vu des magazines toi ? (le capitaine est douĂ© d’un esprit pĂ©nĂ©trant) alors elle a peut-ĂȘtre fait des Ă©tudes Ă Port Vila ou ailleurs et vu des restaurants avec des nappes, je cherche, le capitaine opine, c’est pas le genre de questions qu’il se pose alors je lui en fais profiter, non mais quelle intelligence pour reproduire ce minuscule univers dâharmonie, quelle chance pour nous de dĂ©couvrir de tels endroits et de telles personnes, jâadore jâadore jâadore.

Le mouillage suivant se situe Ă Malekula, tout dâabord Ă Gaspar Bay dans les Maskelynes qui font partie de Malekula (câest compliquĂ©)

on sây engage mollo car il nây a pas de fond dans la majeure partie de la baie, câest toujours la mĂȘme chose, sans carte et sans prĂ©paration, on pourrait croire que tout est navigable, illusion ! nous suivons une route sinueuse qui trouve sa voie lĂ oĂč il y a un maximum de profondeur, Ă droite comme Ă gauche nous longeons des palĂ©tuviers qui Ă©mergent de lâeau et mouillons au plus prĂšs du rivage, ce qui revient Ă le faire en plein milieu de la baie, le reste Ă©tant sous 1 mĂštre dâeau voire moins, annexe, balade le long des palĂ©tuviers, nous sommes seuls, pas un seul clapot dans cette baie hyper protĂ©gĂ©e, câest dans ce genre de baie quâon dort le mieux au monde, je recommande Ă toutes les personnes insomniaques de tester cette thĂ©rapie.

Puis Ăźle Malekula, nous mouillons Ă Port Sandwich, autant dire tout Ă cĂŽtĂ©, oĂč se trouve le voilier Tao que nous avions vu Ă NoumĂ©a, Marie-Claude et Bernard partagent leur vie entre NoumĂ©a et Port Sandwich oĂč ils ont sympathisĂ© avec Rock et NoĂ«lle chez qui nous sommes invitĂ©s pour boire le thĂ©, jâapporte un brownie au chocolat dont je me rappelle lâexistence dans un coffre du bateau, ce nâest pas moi qui lâai fait mais Vandamme ou Papy Brossard, mon cadeau est trĂšs apprĂ©ciĂ©, NoĂ«lle a prĂ©parĂ© des infusions de citronnelle et nous papotons Ă propos de culture et de cuisine, Ă un moment jâaiguille la conversation sur le passage du condominium Ă lâindĂ©pendance et aux changements quâils ont constatĂ©s, le sujet effare NoĂ«lle qui nâen sait fichtre rien et mâenvoie vers Rock qui nâen sait pas plus, visiblement ils nâont pas Ă©tĂ© marquĂ©s par quoi que ce soit et leur vie nâa pas Ă©tĂ© chamboulĂ©e par ce fait, ils ont 5 enfants qui tous ont fait des Ă©tudes et travaillent Ă Port Vila ou Ă lâĂ©tranger, ils disent que ça va devenir un problĂšme parce que les enfants veulent tous faire des Ă©tudes et aller travailler en ville dans un bureau et alors qui fera les travaux des champs, câest pour cela que certains parents ne mettent pas leurs enfants Ă lâĂ©cole, il serait temps de revaloriser les Ă©tudes agricoles parce que le savoir se perd, mĂȘme ici, câest dingue âŠ

Marie-Claude me fait visiter le jardin quâelle cultive sur les terres de Rock et NoĂ«lle en Ă©change de ce quâelle et Bernard apportent sur leur bateau, Ă savoir des sacs de 25 kilos de riz, des centaines de mĂštres de cordages, des dizaines de pots de peinture, des sacs entiers de teeshirts et autres vĂȘtements, ils font le tour des commerces et demandent des dons pour le Vanuatu, et certains commerçants donnent, câest chouette, Bernard et Marie-Claude arrivent avec leur bateau plein jusquâĂ la gueule, donnent le tout Ă Rock et NoĂ«lle qui redistribuent aux habitants de lâĂźle ⊠je ne sais pas trop comment ils distribuent parce quâen mĂȘme temps ils tiennent un magasin, mais bon, câest lâhistoire quâon nous raconte ⊠bon, nous on a lâair bien con avec nos sachets de riz de 1 kilo et nos bouteilles dâhuile, on ne peut rien en faire parce que câest impossible de croiser quelquâun quâon ne connaĂźt ni dâEve ni dâAdam (ni des lĂšvres ni des dents) (BĂ©ru) et de lui donner un sac de riz sans raison, nous nâavons vu personne mendier, je dis au capitaine que ça serait dâune maladresse crasse, et dans les quelques magasins oĂč nous sommes allĂ©s, il y a justement du riz, de lâhuile et des boĂźtes en quantitĂ©s, on nâattend vraiment pas aprĂšs nous ⊠par contre si jâavais des bonbons, ça jâen distribuerais ! on a lu quâil ne faut pas en apporter parce que ça craint les bonbons, qu’il vaut mieux apporter des cahiers et des crayons, soit, mais en passant dans les Ă©coles on a vu plein de cahiers et de crayons, des tas Ă©normes de cahiers tout neuf, par contre on nâa pas vu de touristes distribuant des bonbons Ă tous ces enfants, alors un conseil si vous y allez, apportez des bonbons et des sucettes pour en distribuer Ă tous ces enfants qui vous feront la fĂȘte mais ne rĂ©clameront jamais rien de vous quâun Ă©change et un sourire, ce nâest pas un bonbon tous les tremblements de terre qui leur ruineront les dents, faut un peu se dĂ©tendre avec ça.

Yacinte est le guĂ©risseur du village, jâen dĂ©duis quâil y a des villages comme Port RĂ©solution qui nâont pas de guĂ©risseur, et dâautres comme Port Sandwich qui en ont un. Yacinte est parti du village quelques temps et lorsquâil est revenu, il avait appris Ă soigner et Ă cultiver certaines plantes mĂ©dicinales. Lâaubaine me dis-je. Mais non. Ici, les femmes cultivent leur propre jardin et les hommes le leur, et les uns et les autres ne vont jamais dans le jardin de lâautre, pour le coup câest un jardin secret. Et Yacinte est pire que tout le monde rĂ©uni, son jardin est interdit, verboten, forbidden, запŃĐ”ŃŃĐœĐœŃĐč, èż çą,  prohibido,  jâen serai pour mes frais et repartirai avec les flacons d’Huiles Essentielles que je voulais lui offrir tant pis pour lui, mais Marie-Claude et NoĂ«lle ne sont pas avares de partager leurs connaissances avec moi (jâaime les femmes aussi parce quâelles ne thĂ©saurisent pas leur savoir comme beaucoup dâhommes), de mon cĂŽtĂ© je raconte un peu de ce que jâai appris sur la mĂ©decine Kanak Ă Marie-Claude, par exemple que pour faire venir un bĂ©bĂ© la femme doit dĂ©lier une liane de banian en demandant au bĂ©bĂ© de dĂ©nouer le cordon pour descendre, Clarisse qui nâavait pas le temps de le faire avait demandĂ© Ă sa mĂšre et Ă sa tante de le faire pour elle, et le bĂ©bĂ© Ă©tait venu (ça ancre bien les croyances, mais câest chouette ce genre de croyance, câest joli comme tout) nous sommes ravies de notre Ă©change.

Le Barringtonia edulis est appelĂ© « navele » dans les Ăźles du Pacifique, « cut nut » en anglais, et « vellier » en français. LâĂ©corce et les feuilles du Barringtonia edulis sont utilisĂ©es en pharmacopĂ©e traditionnelle pour diverses pathologies : lâĂ©corce dans le traitement des maux dâestomac et la gonorrhĂ©e ; les feuilles pour soigner les otites ; la sĂšve de lâĂ©corce pour la toux, les infections urinaires et lâempoisonnement Ă la ciguatera. L’amande du fruit est comestible.

Le vanillier – Vanilla planifolia – est une orchidĂ©e grimpante, la vanille est un antidĂ©presseur et un antistress naturel. Comme le chocolat, elle apaise, calme, relaxe et dĂ©tend l’organisme et le cerveau.
Ce cĂŽtĂ© secret gardĂ© des plantes par le guĂ©risseur me fait penser Ă la France du 18Ăšme siĂšcle, quand les mĂ©decins et les botanistes ont normalisĂ© la construction dâun savoir savant sur le monde vĂ©gĂ©tal tout en renforçant le monopĂŽle masculin de ce savoir savant puisque les sciences Ă©taient rĂ©servĂ©es presque exclusivement aux garçons, alors que les femmes avaient construit des savoirs sur les propriĂ©tĂ©s des plantes fondĂ©s sur lâobservation et sur la transmission parce que ce sont elles qui soignaient leur famille, malgrĂ© cela les femmes Ă©taient exclues de la mĂ©decine et de la botanique ⊠en sortira tâon jamais de ces luttes dâego, pffff âŠ
En partant NoĂ«lle me donne des oranges amĂšres dans un panier tressĂ©, câest cool parce que le matin nous sommes allĂ©s au marchĂ© pour trouver des fruits et des lĂ©gumes, 6 kilomĂštres sous une chaleur tropicale Ă boire sans jamais pisser une goutte, et ne sommes revenus quâavec 2 pamplemousses en tout et pour tout, les cyclones qui ont balayĂ© le Vanuatu au mois de mars ont dĂ©vastĂ© les cultures de bananes, câest lĂ que jâai appris, on apprend tous les jours, que les bananiers ne sont pas des arbres mais des herbes, ils ne donnent quâun seul rĂ©gime quâils mettent 9 Ă 12 mois Ă produire, comme quoi il vaut mieux cultiver des ananas dans les zones cycloniques.



La prochaine Ăźle est Ambrym, Ă 39 NM de là ⊠que ce soit en longeant les Ăźles ou quand nous circulons Ă lâintĂ©rieur, je note que les forĂȘts sont recouvertes de liseron comme dâune bĂąche, les arbres sont littĂ©ralement ensevelis sous cette invasion, le liseron dĂ©vore monstrueusement le paysage, il Ă©touffe la vĂ©gĂ©tation indigĂšne sur une Ă©tendue absolument impossible Ă maĂźtriser, d’aprĂšs mes recherches personne ne s’en soucie et j’ai pourtant l’impression que ça va devenir un problĂšme parce que d’Ă©vidence ça bouleverse l’Ă©cosystĂšme, ou alors je m’appelle Albert …

Nous mouillons devant le village de Ranon et y allons en annexe, faisons des bornes Ă pince pour visiter lâĂźle tout en espĂ©rant trouver des lĂ©gumes frais mais tintin, par contre nous tombons sur la clinique de l’Ăźle ou comment saisir l’importance de la prĂ©vention :


Puis cap sur lâĂźle PentecĂŽte, de loin nous entendons les tamtams et de fait, lorsque nous mettons pied Ă terre, un groupe de jeunes gens tame-tame Ă tout crin :
De lâautre cĂŽtĂ© de la route se trouve le Nakamal, câest lâendroit de sociabilisation par excellence, et celui dans lequel on boit le kava, ah ! le kava !

Un homme jeune et un autre plus ĂągĂ©, carrĂ©ment vieux en fait, sâapprochent et nous convient Ă entrer dans le Nakamal, je suis Ă©mue comme une vierge sâavançant Ă lâautel pour prendre Ă©poux, jâespĂšre quâon ne va pas mâobliger Ă boire de kava, je sais que ça ne me rĂ©ussira pas, les gens qui en ont bu mâont dit que câest dĂ©gueulasse, ça encore ça passerait, j’ai l’habitude avec les dĂ©coctions chinoises, mais surtout c’est que ça fait des engourdissements autour de la bouche, j’aime pas, et aussi câest une drogue douce qui dĂ©tend, tu parles, dans drogue douce il y a drogue, on voit quâils ne connaissent pas les effets paradoxaux, j’y pĂ©nĂštre, tout est brouillardeux tellement câest enfumĂ©, je distingue comme un banc qui fait tout le tour de lâespace sur lequel sont vautrĂ©s quelques hommes au regard avachi,  les deux gars mâaccompagnent jusquâau centre oĂč se trouve une espĂšce de table basse entourĂ©e de palmes sĂ©chĂ©es et posĂ©es Ă la verticale qui en font le tour, le vieux baragouine des trucs en bislama que le jeune me traduit grosse modo en anglais, je comprends que je suis devant le lit du chef qui est mort il y a peu et quâon avait laissĂ© sur ce lit jusquâĂ ce matin (on porte la poisse), quâil va y avoir un nouveau chef et ⊠aaah on me tapote sur lâĂ©paule, câest le capitaine, jâai envie de le chasser comme une mouche et de lui demander de ne pas interrompre ces gens quelle impolitesse enfin quoi ! il insiste lourdement, isa ! isa ! nan mais quelle outrecuidance,
– Oui ! quoi isa ?!
– Il faut que tu sortes, tu nâas pas le droit dâĂȘtre ici ! câest interdit aux femmes blanches ⊠(il se tourne vers un grand gaillard Ă lâair sinistre) câest lui qui me lâa dit, câest le nouveau chef, il faut que tu sortes
Je ne me le fais pas dire deux fois et file sous le regard interloquĂ© de mes 2 accompagnants qui vont vraisemblablement se faire passer un savon, le capitaine reste Ă lâintĂ©rieur et je le vois discuter dans la fumĂ©e, peut-ĂȘtre marchande tâil pour que jâaie la vie sauve, peut-ĂȘtre ira-t-il jusquâĂ lâĂ©changer contre Cap de Miol, je ne le saurai jamais, aucun indigĂšne ne me course avec une lance et des plumes, câest lui qui sort seul, je suis tirĂ©e d’affaire.
Nous nous enfonçons alors plus avant dans le village histoire de voir si nous trouvons des fruits et des lĂ©gumes, ça prend un temps fou par ici de tenter de quĂ©rir ces prĂ©cieuses denrĂ©es, un homme vient vers nous, la quarante-soixantaine (quarante en mauvais Ă©tat ou soixante en bon Ă©tat), petit, assez athlĂ©tique sous sa chemise propre Ă manches courtes, pas un pĂšte de graisse, la mĂąchoire volontaire et le regard vif, il nous demande ce que nous voulons et le lui disons, il nous accompagne jusquâau magasin du village dans lequel je rĂ©veille une jeune femme qui se dresse dâun bond en me faisant un grand sourire, chouette une occupation pour la distraire, en anglais approximatif elle mâexplique quâĂ part le riz, lâhuile, les boites de conserve et les cannettes de coca, elle nâa rien dâautre, mais que si je reviens demain elle pourra demander Ă la communautĂ© du village quâon veuille bien lui en donner pour quâelle nous les vende, tant pis car nous ne resterons pas jusquâĂ demain, je la salue, mais Cheffry (câest le nom de lâhomme Ă la chemise Ă manches courtes) (le capitaine lui a fait rĂ©pĂ©ter) nous intime de le suivre, harangue un jeune homme dâune dix-septzaine qui grimpe pieds nus jusquâen haut dâune immense pamplemoussier et en balance une bonne dizaine Ă nos pieds, il est dâune habiletĂ© hallucinante et saute dâune branche Ă lâautre, nous clamons que nous en avons assez, le capitaine sort un billet de 1000 vatus quâil donne Ă lâhomme, celui-ci le plie et le glisse soigneusement dans la poche de sa chemise dâun air comblĂ© (au marchĂ©, le pamplemousse est Ă 20 vatus) le jeune est descendu et nous regarde, jâai une grosse tablette de chocolat dans mon sac et la lui tend, tout le monde est content, nous repartons.
– Je ne sais pas si celui qui tâa dit que je devais sortir du Nakamal Ă©tait le nouveau chef, mais Cheffry il a tout dâun chef ! (il dirige les autres et empoche le pognon, la base) (ce nâest pas une critique, câest factuel)

Le mouillage suivant est prĂ©vu Ă lâĂźle Maewo dans la baie Asanvari, mais il sâavĂšre trĂšs dĂ©licat et nous voyons que câest rouleur en plus dâĂȘtre inhabitĂ©, nous remontons aussitĂŽt la GV et filons directement sur lâĂźle Aoba, Ă Vahine Bay, sur la route le capitaine fait une rĂ©paration de fortune parce quâune attache du lazy a lĂąchĂ©.

Nous ne mouillons pas devant le village de Lolowai car câest juste impossible, de toutes façons il faut lâannexe pour aller Ă terre, cette fois le chemin est juste un peu plus long mais spectaculaire âŠ
Câest drĂŽle mais lâaccueil nâest pas le mĂȘme sur toutes les iles, ici les gens ont du mal Ă rĂ©pondre Ă notre salut, 3 hommes jeunes et dĂ©sĆuvrĂ©s nous ignorent dĂ©daigneusement, nous partons Ă la dĂ©couverte de lâĂźle nĂ©anmoins, plus ou moins Ă la recherche dâun marchĂ© et dâĂ©ventuels lĂ©gumes, un morceau de viande ne serait pas de refus mais que nenni, en revenant sur nos pas une fois arrivĂ©s au bout de la route (de la piste), que voyons nous sous un grand auvent en dur ? une grande table avec des grosses gamelles et des gens qui ont lâair de manger assis sur des tabourets, un resto ? nous allons voir âŠje demande Ă la dame debout derriĂšre la table si on peut acheter Ă manger, non, la nourriture nâest pas Ă vendre, je comprends que câest une espĂšce dâarmĂ©e du salut pour indigents, je voudrais bien lui acheter du poulet et des lĂ©gumes cuisinĂ©s puisquâil y en a, mais non, bon, nous repartons mais nâavons pas fait 200m que jâentends une voix qui nous interpelle, nous nous arrĂȘtons, une seconde dame arrive vers nous en courant avec 2 boĂźtes de fast-food dans les mains, essoufflĂ©e elle nous dit que câest pour nous, je lui demande how much mais elle secoue la tĂȘte, itâs free, je comprends quâils nâont pas le droit de vendre mais tout Ă fait celui de donner, ayant peur de priver quelque nĂ©cessiteux de sa pitance je lui conjure de garder les plats pour des gens qui en ont besoin (lâavantage de mon pitoyable anglais câest quâil est aussi comprĂ©hensible que le sien, nous nous comprenons donc fort bien) (keep it for people who need to eat !), mais ils en ont plus quâil nâen faut et ça serait perdu, le capitaine refuse haut et fort, la dame insiste, le capitaine aussi, je tranche en lui prenant les plats des mains tout en disant au capitaine que lĂ on va finir par la vexer, il se coite et obtempĂšre, nous remercions vivement la dame et nous en retournons au bateau, câest tellement adorable, ça me touche Ă un point pas possible, dâun cĂŽtĂ© il existe des restos luxueux qui vendent un plat plus cher que ce que certains gagnent en 1 mois, de lâautre des gens qui nâont rien nous donnent Ă manger, dans quel monde prĂ©fĂ©rer vivre dites moi ⊠le capitaine Ă©coute patiemment mes dires, jâaimerais bien vivre ici au milieu de ces gens, mais on doit se faire chier me remarque-t-il (son argument fĂ©tiche…)


Et aprĂšs ça, direction vers lâĂźle Espiritu Santo, Ă Luganville, lâautre grande ville du Vanuatu, elle se trouve au sud-est de Santo (on dit Santo), ça paraĂźt Ă©trange parce que ce nâest pas abritĂ© des alizĂ©es (dans l’hĂ©misphĂšre nord, ils soufflent du nord-est vers le sud-ouest, dans l’hĂ©misphĂšre sud du sud-est vers le nord-ouest), mais voilĂ , elle est protĂ©gĂ©e par lâĂźle Aore âŠ


Câest lĂ que nous allons faire notre clearance de sortie, alors annexe pour un bon bout de chemin parce que les customs câest loin du mouillage, câest vrai quâil nous faudrait un moteur plus puissant pour aller plus vite mais ce nâest pas encore fait, le capitaine a cependant tranchĂ© : nous allons retourner sur NoumĂ©a pour aller chercher ce fichu moteur neuf et on sera tranquille (vu que celui de 250 chevaux ci-dessus ne peut pas faire l’affaire, c’est ballot).
Il nâest Ă©crit nulle part dans le ciel que lâon peut toujours trouver ce dont on a besoin au moment oĂč on le souhaite, les customs sont en rĂ©union aujourdâhui, il faudra revenir demain, on revient demain, en taxi cette fois, hier on sâest fait tremper parce que dans le canal yâavait dâla vague, il nous faut nous rendre au bout de la cour inhospitaliĂšre dans un bĂątiment immense et quasi vide, nous finissons par trouver le gars qui doit sâoccuper de notre sortie, il a un bureau minuscule derriĂšre une vitre en verre avec un hygiaphone, câest plein de trucs empilĂ©s et il partage cet espace (si je puis dire) avec un autre individu, nous attendons dans une salle dâattente immense, carrefour de couloirs larges qui partent dans tous les sens, cet immeuble, lui, nâen a aucun ⊠bon, il nous faut payer des droits et trouver Ă qui payer avant de revenir avec la facture acquittĂ©e et dĂ»ment tamponnĂ©e, nous partons Ă la recherche de quelquâun mais ne trouvons que des petits bureaux vides derriĂšre des vitres dans des couloirs qui rĂ©sonnent comme des gymnases, guidĂ©e par une voix au micro je tombe sur une salle remplie de monde qui suit une formation ou je ne sais quoi, en tous cas il y a un diaporama, un micro et du cafĂ©, le capitaine erre je ne sais oĂč dans ce dĂ©dale, pourvu quâil pense Ă Ă©mietter du pain pour retrouver son chemin, je mâadresse Ă une femme pour lui demander oĂč et Ă qui on peut payer, sâil vous plaĂźt on veut juste donner de lâargent, elle mâaccompagne jusquâĂ un bureau habitĂ© dâun monsieur Ă lâair tout Ă fait important et lui explique notre cas, le capitaine arrive pile pour payer mais lĂ , problĂšme pour avoir la facture, et sans facture acquittĂ©e tout le dispositif se bloque, on nous laisse poireauter dans un couloir qui pourrait abriter un bon quart des rĂ©fugiĂ©s ukrainiens, nous ne savons que faire, et puis Françoise dĂ©boule et vient Ă notre secours : ici il nây a pas dâimprimante, il faut aller au service facturation pour faire imprimer notre facture, câest dans quel bureau ? elle se gausse et nous embarque dans sa voiture pour faire quelques kilomĂštres jusquâaux services ad hoc (elle me rĂ©pond que ce sont les chinois qui ont construit lâimmeuble dans lequel elle travaille), attendre notre tour, faire imprimer la facture et revenir, retourner chez le douanier rĂ©cupĂ©rer nos passeports et la clearance de sortie, ensuite nous allons Ă lâimmigration paumĂ©e plus loin que nous trouvons grĂące Ă Google Maps faire tamponner nos passeports, une fois tout cela fait il est midi, que serait un tour du monde Ă la voile sans ces Ă©pisodes improbables, ni plus ni moins que dâune tristesse abyssale ! nous avons bien gagnĂ© d’aller faire un tour au marchĂ©.



Avant de repartir sur Nouméa, en espérant que le moteur désiré sera bien disponible, nous faisons une escale sur la cÎte Ouest de Malekula, à Metenovor Bay

Il y a un lagon Ă visiter alors nous mettons lâannexe Ă lâeau, câest dimanche, une nuĂ©e dâenfants endimanchĂ©s se ruent Ă notre rencontre avec des cris de joie, les filles en robe blanche, elles se tortillent quand je leur en fais compliment, les garçons en chemise blanche et short bleu marine rient de voir les filles se tortiller, tous sont fascinĂ©s par mes tatouages et trouvent lâannexe magnifique, ça me fait rire parce que lâannexe est moins remarquable que leurs barques de pĂȘche qui ont des moteurs avec lesquels nous ne rivaliserons jamais, je me demande dâailleurs avec quel argent ils peuvent acheter ce type de matĂ©riel, si câest avec la vente de leur pĂȘche et de pamplemousses, il faut quelques gĂ©nĂ©rations de labeur pour amasser une telle somme, nous demandons lâautorisation qui nous est accordĂ©e dâaller visiter le lagon en annexe, les enfants nous disent aurevoir avec des sauts et de grands signes de la main et repartent comme ils sont venus, en courant, sautant et criant de joie, Ă part lâhomme Ă qui nous avons demandĂ© lâautorisation nous ne voyons aucun adulte, câest jour de repos.
Et on sâen retourne donc demain sur NoumĂ©a plutĂŽt que de filer directement sur lâAustralie âŠ

Et c’est pour qui le bonus ?
- Les habitants du Vanuatu sont appelĂ©s officiellement des Ni-Vanuatu – ou Vanuatais en français -mais quand on a la classe on dit Ni-Van
- Le bananier pousse ainsi : une branche feuillue sort de son rhizome, les feuilles sâenroulent les unes sur les autres pour former un faux tronc. Lorsquâil y a 20 Ă 30 feuilles un bourgeon floral apparait. Câest Ă partir de ce bourgeon que va se constituer le rĂ©gime de banane. Câest une plante hermaphrodite qui se suffit Ă elle-mĂȘme pour croitre. Le rĂ©gime de banane est constituĂ© dâune fleur mĂąle en bout de tige (la popote) et dâune multitude de fleurs femelles, qui deviendront le fruit.Un plant de bananier est exploitĂ© pendant environ 5 ans. Au bout dâun an environ une fleur se forme supportant le rĂ©gime. Celui-ci met 4 mois Ă grossir avant rĂ©colte. A la rĂ©colte, le rĂ©gime est coupĂ© et le « tronc » est sectionnĂ© Ă la base des feuilles (environ Ă mi-hauteur). Le tout reste au sol pour Ă©viter ou limiter lâapparition de mauvaises herbes et ainsi en pourrissant cela enrichir le sol. Le reste du tronc permet un transfert de sĂšve au nouveau rejet par gravitation. On prĂ©lĂšve un rejet pour faire un nouveau bananier.
- Le kava ou kava-kava ou kawa-kawa, ou poivrier enivrant – piper methysticum – est consommĂ© depuis des milliers dâannĂ©es par les indigĂšnes des Ăźles du Pacifique Sud. Kava signifie amer, son nom tourne autour de cette notion d’amertume. Câest intĂ©ressant parce quâen PharmacopĂ©e Traditionnelle Chinoise, la saveur amĂšre est utilisĂ©e pour faire descendre la Chaleur qui agite les gens. Le kava se consommait uniquement Ă la tombĂ©e de la nuit, au moment oĂč le monde des hommes et des ancĂȘtres se rejoignaient. Le moment du kava Ă©tait aussi une sorte priĂšre afin de demander une bonne rĂ©colte, la venue d’un enfant, une bonne santĂ©. Sous l’emprise du kava, certains buveurs rĂȘvaient Ă©veillĂ©s et partageaient leur vision. On disait que les ancĂȘtres s’exprimaient au travers dâeux. Traditionnellement, la mixture est rĂ©alisĂ©e Ă partir de la racine. Les hommes la mĂąchent avant de la recracher sur une feuille de bananier. AprĂšs lâavoir laissĂ©e reposer au soleil, on obtient une pĂąte qui sera filtrĂ©e avec de lâeau et consommĂ©e dans une demi noix de coco, la shell. Le kava se boit dâun trait et le rĂ©sidu en bouche doit ĂȘtre recrachĂ©. Le buveur crache Ă terre, ou en l’air, la premiĂšre ou la derniĂšre gorgĂ©e, selon l’Ăźle et la coutume. Mais quel que soit le dĂ©tail du rite, cet acte a pour symbole de mettre en relation l’intĂ©rieur avec le dehors. Un mouvement du breuvage de l’intĂ©rieur vers l’extĂ©rieur concrĂ©tise l’accord total entre l’ĂȘtre et la nature. Au vu de son caractĂšre sacrĂ©, les femmes nâĂ©taient pas autorisĂ©es Ă en consommer dans les tribus du Pacifique mais maintenant elles ont le droit dâen boire, aussi il y a un laisser-aller qui va de mal en pis, câest Marie-Claude qui mâa renseignĂ©e sur ce fait quâelle a constatĂ© au fur et Ă mesure de ces derniĂšres annĂ©es. Le kava nâa fait lâobjet dâessais cliniques quâĂ partir des annĂ©es 1990. Son efficacitĂ© contre lâanxiĂ©tĂ© a notamment Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e grĂące Ă une mĂ©ta analyse publiĂ©e en 2003 par lâindĂ©pendante collaboration Cochrane. En 2005, une nouvelle mĂ©ta analyse allemande, concernant un extrait de kava particulier, le WS1490, a montrĂ© que des extraits pouvaient ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme « des alternatives aux benzodiazĂ©pines, aux inhibiteurs sĂ©lectifs de la recapture de la sĂ©rotonine (ISRS) et Ă dâautres antidĂ©presseurs dans le traitement des troubles anxieux non psychotiques ». Mais le kava prĂ©sente aussi de sĂ©rieux effets secondaires. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, plusieurs patients traitĂ©s au kava ont prĂ©sentĂ© des dommages au foie, parfois trĂšs graves. ConsĂ©quence : la mĂȘme annĂ©e, plusieurs pays interdisaient la consommation de kava et de ses extraits. CâĂ©tait le cas de lâEspagne, du Portugal, du Royaume-Uni, du Canada, de lâAustralie et de la France⊠Cette Ă©ventuelle toxicitĂ© serait due, selon certains chercheurs, non pas Ă la plante elle-mĂȘme mais au produit que les allemands fabriquaient, ils auraient utilisĂ© les feuilles alors quâil ne faut prendre que les racines. MalgrĂ© tout, les exportations de kava sont en constante augmentation, il y a un boom des bars Ă kava aux Etats-Unis, et cela fait monter le prix, certains craignent que les Ni-vans ne se tournent vers lâalcool car le marchĂ© local va sâeffondrer Ă ce tarif (il est passĂ© de 400 Ă 1000 vatus le kilo).

J’ai rĂ©coltĂ© des tonnes de donnĂ©es sur les utilisations mĂ©dicinales des plantes du Vanuatu, un travail Ă©norme !
- Un peu dâhistoire : au dĂ©but du 17 Úme siĂšcle, le Portugais Fernandez de QUEIROS part du PĂ©rou et croit avoir dĂ©couvert le continent Austral quâil appelle « Australia del Espirito Santo ». En 1768, Antoine de Bougainville quitte la France pour effectuer un voyage d’exploration : il dĂ©couvre les Ăźles de PentecĂŽte, Aoba et Aurora (Maevo) qu’il appelle Les Grandes Cyclades. Le Britannique Cook y aborde le 16 juillet 1774 et en dresse un relevĂ©. Il leur donne le nom de Nouvelles HĂ©brides, qui restera en vigueur jusqu’Ă l’indĂ©pendance en 1980. La plupart des Ăźles gardent le nom donnĂ© Ă cette Ă©poque : Tanna, Erromango, Ambrym. En 1789 arrive le cĂ©lĂšbre mutin du Bounty, William Bligh. Il dĂ©couvre d’autres Ăźles et revient en 1792 confirmer ses dĂ©couvertes. Le commerce du bois de santal, florissant au dĂ©but du 19 Úme siĂšcle, cesse en 1868 pour laisser la place aux blackbirds, recruteurs de main d’Ćuvre pour les industries de canne Ă sucre de Fidji et du Queensland, les mines de nickel de Nouvelle-CalĂ©donie, et les plantations de cocotiers des Samoa occidentales. Les premiers missionnaires presbytĂ©riens arrivent au Vanuatu en 1839, suivis en 1860 par les Anglicans et en 1887 par les Catholiques. Les infections apportĂ©es par les navires (cholĂ©ra, petite vĂ©role, grippe, pneumonie, fiĂšvre jaune, dysenterie ) provoquent des Ă©pidĂ©mies dans la population, faisant passer leur nombre d’environ un million au dĂ©but du 19 Úme siĂšcle Ă 41.000 habitants en 1935.  Les premiers colons dĂ©barquent d’Europe en 1854. Alors que les Britanniques sont nĂ©gligĂ©s par leur pays d’origine, les Français sont quant Ă eux soutenus par la France, et prospĂšrent. En 1882, John Higginson, spĂ©culateur terrien français d’origine irlandaise, fonde la Compagnie CalĂ©donienne des Nouvelles-HĂ©brides (CCNH). Il acquiert plus de 20 % des terres exploitĂ©es par les Britanniques et les chefs locaux. En 1894, rebaptisĂ©e SociĂ©tĂ© Française des Nouvelles-HĂ©brides (SFNH), la Compagnie possĂšde 55 % des terres cultivables du Vanuatu. Pour mettre fin Ă la rivalitĂ© existant entre les deux communautĂ©s, les deux puissances coloniales crĂ©ent en 1887 une Commission navale mixte, reconduite sous la forme d’un condominium franco-britannique. Le 27 fĂ©vrier 1906, le Condominium franco-britannique des Nouvelles-HĂ©brides est créé en rĂ©ponse Ă l’expansionnisme germanique dans la rĂ©gion. Ces accords Ă©tablissent une influence Ă©gale entre les deux pouvoirs coloniaux, sans souverainetĂ© exclusive. Les Français et les Britanniques ont des droits Ă©gaux tandis que les Ni-Vanuatu n’ont aucun Etat officiel. Chaque communautĂ© a des services propres. Il existe deux polices, deux services de santĂ©, deux systĂšmes Ă©ducatifs (ce qui est toujours le cas) deux monnaies et deux systĂšmes pĂ©nitentiaires. Du dĂ©but des annĂ©es 60 jusqu’Ă l’indĂ©pendance en 1980, des luttes intestines font rage (j’ai pas le courage de tout raconter, c’est trop compliquĂ©), la RĂ©publique du Vanuatu devient indĂ©pendante le 30 juillet. Le nouvel Etat adopte un rĂ©gime de type dĂ©mocratique parlementaire. La rĂ©alitĂ© du pouvoir est dĂ©tenue par le Premier ministre. Les langues officielles reconnues par la Constitution sont le bishlamar, l’anglais et le français. L’Ă©conomie est essentiellement agricole. Bien que 95 % du territoire soit impropre Ă la culture en raison du relief montagneux, l’agriculture occupe 70 % de la population active, et reprĂ©sente plus de 75 % des exportations : copra (55,72 %, les principaux marchĂ©s de copra sont les Pays-Bas, la Belgique et la France), kava (19,58 %), bois (17,44 %), bĆuf (12,42 %, essentiellement vers le Japon), cacao (6,5 %). Le tourisme, qui emploie 3 % de la population active reste peu dĂ©veloppĂ© avec environ 100 000 touristes par an.
- Un article fort intéressant pour mieux cerner ce qui se passe par ici : Démocratie et colonialisme dans le Pacifique : https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2008-4-page-135.htm

D’aprĂ©s votre rĂ©cit au sujet du « capitaine » je tiens a vous dire de le garder et de le soigner car pour moi c’est une pĂ©pite rare et brillante. La mer ne donne aucun rĂ©pit et n’accepte pas les gens faibles et sans caractĂ©re. Le votre « capitaine » , j’ai l’impression qu’il a toutes les qualitĂ©s pour vous amener Ă bon port. C’est rare surtout dans les endroits que vous frĂ©quentez.
Amicalement . Jacques Salvetat
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Bonjour Isabelle
Ce qui me frappe le plus dans votre voyage c’est la pauvretĂ© dans certains endroits. Merci pour les petites vidĂ©os. Bonne continuation.
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La pauvretĂ© de ces gens , c’est ce qui fait leur richesse. La nourriture est Ă portĂ©e de mains,la culture des aliments quotidiens est lĂ , pas de soucis comme chez les occidentaux , la toilette se fait en riviĂšre soit Ă la mer toute proche , a11h le poissonnier n’est pas passĂ© alors on prend la patia et on va prĂ©lever le poisson pour le repas de midi , celui du soir viendra , un peu de chasse et la journĂ©e de demain sera un autre jour,etc….
Bonne journée.Amicalement jacques Salvetat
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Sorry sister, mais Bligh le célÚbre capitaine ne fut pas mutin mais connut des mutineries de plusieurs de ses équipages .
Le célÚbre mutin de la Bounty fut son second, Christian.
Bligh rĂ©ussit Ă rejoindre lâAngleterre Ă bord dâune chaloupe avec les marins qui lui Ă©taient restĂ©s fidĂšles (quels marins !) et aprĂšs, ça a douillĂ© pour les autres qui furent pendus.
Amen đ
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