Capetown et tellement plus …

Je vous remets le contexte, nous venons de passer le Cap de Bonne Espérance en cette pleine nuit du 12 au 13 mars : on pourrait tout à fait s’arrêter à False Bay puisque nous y sommes, mais non, selon le choix du capitaine qui m’explique toujours que c’est mieux comme il dit, il n’y a pas d’intérêt, soit, en plus comme ça on échappera à un possible coup de vent de Cape Doctor et quand on sait ce que nous a raconté John de Broadsword … figurez vous qu’ils y sont arrivés la gueule enfarinée toutes voiles dehors et que Cape Doctor s’est mis à souffler plein pot en les poussant sur les rochers, et dans la manœuvre pour s’en sortir ils ont pété leur bôme qui, en prime, leur a explosé une vitre, oh my god !

Afin que vous n’attendiez pas la fin de cet article pour avoir votre lanterne bien éclairée, je vous précise d’emblée que Cape Doctor est un vent frais du sud-est qui souffle de septembre à fin mars avec des rafales pouvant aller jusqu’à 150 km/h, d’ailleurs le 9 avril 2024, le vent a carrément fait basculer un camion et une caravane dans le vide par-dessus la barrière de sécurité d’un viaduc de la ville, ils ont été soufflés par ces bourrasques très violentes … Il tire son nom de ce qu’il est dit qu’il nettoie l’air de ses microbes et de sa pollution, certains appellent ça une croyance avec un soupçon de goguenardise, mais il fait vraiment baisser le taux de pollution, pour les microbes je ne sais pas mais sûrement que ça dégage les moustiques qui sont porteurs de différentes cochonneries comme le capitaine en a tristement fait l’expérience, toujours est-il que Cape Town est une des villes les plus ventées du monde. 

Pour voir le camion soufflé par une rafale ce fameux 9 avril (nous avions déjà quitté Capetown et y avons échappé) : https://x.com/DisasterTrackHQ/status/1777005026478608507

Nous continuons notre route et dormons un peu à tour de rôle, quelques heures et otaries plus tard nous longeons Capetown et le capitaine s’extasie 

– regarde ! Table Mountain !

– Quoi table mountain ? C’est connu ?

– Mais c’est mythique ! 

J’en apprends tous les jours, je le prends en photo avec Table Moutain en fond, on dit tèbeul-mountène, il cache grave sa joie sur la photo mais il faut dire qu’on est crevés.

Il fait frisquet, il a mis une doudoune
Oh ça donne l’idée au capitaine de me prendre en photo à son tour, j’exprime ma joie toutes dents dehors !

On affale et on s’avance dans le chenal vers la marina que nous avons appelée sans succès à la VHF, tout comme port-contrôle, à croire que personne n’en a rien à ficher de rien, et pourtant il va bien falloir que quelqu’un décroche parce que pour accéder à la marina il faut demander à lever le pont, l’odeur en arrivant est odieuse, infecte, ignominieuse, il y a des ribambelles d’otaries posées ici et là et des gros oiseaux, ça pue que c’est un véritable enfer comme dit le capitaine dans les situations qui le dépassent, nous arrivons en nous bouchant le nez près de la marina, il y a des gens sur les quais qui nous regardent, je leur fais des signes coucou tout en préparant les pare-battages et les amarres, des gars sur un bateau à moteur arrivent près de nous et nous crient qu’ils demandent à lever le pont pour que nous puissions entrer, on lève nos pouces, signe universel qui exprime la compréhension voire l’adhésion, et on les suit, ils nous accompagnent jusqu’à notre place dans la marina, d’autres gars sur le ponton nous aident à nous amarrer, j’aime ces accueils qui m’évitent de courir dans tous les sens comme une poule à qui on a coupé le cou, welcome au Cap !

Le capitaine s’en va faire la clearance tandis que je range le bateau, il revient un peu plus tard avec des badges magnétiques nous permettant d’aller et venir dans la marina et d’utiliser les sanitaires, nous nous préparons à aller visiter le coin, retrouver la civilisation et un supermarché quand 2 policiers débarquent sur le bateau, c’est la meilleure ça, 2 grands gaillards aux sourcils froncés qui nous abreuvent d’un anglais beaucoup trop élaboré pour que nous affichions autre chose que des mines dépassées, quand ils comprennent que nous ne captons rien ils ralentissent leur débit et nous expliquent qu’ils sont là parce que les gars de la plate-forme qui nous ont suivi sur Umkhuseli ont averti la police que nous avions enfreint la loi, j’espère qu’on ne va pas tâter de la prison Sudaf ? Nous expliquons aux policiers que nous les avons appelés à la VHF mais que personne ne répondait, et les policiers nous rétorquent que c’est Umkhuseli qui a tenté à moult reprises de nous joindre et que nous n’avons pas eu la décence de leur répondre … on se regarde avec le capitaine, les yeux comme des ronds de flanc, ne serait-ce point que la VHF est en panne ? Nous exprimons notre pensée aux policiers qui croient visiblement à une diversion de notre part pour éviter une grosse amende, ou pire, faisons des essais avec eux, essais également avec la VHF portable puisque nous leur affirmons avoir tenté de les joindre avec elle, mais pour être certains que la VHF est vraiment en panne, l’un d’eux va chercher un appareil pour vérifier, à se demander s’ils ne sont pas aussi électriciens et plombiers … le verdict tombe, la VHF est en panne, c’est pour ça que personne d’ici ne nous répondait non plus quand nous sommes arrivés. Les policiers se détendent et nous en sommes pour une leçon de navigation à savoir qu’il faudra mieux regarder les cartes et ne pas naviguer là où c’est écrit qu’il ne faut pas naviguer, nous hochons la tête d’un air contrit, ils en rajoutent une couche en nous vantant les mérites de Navtex qui dit tout ce qui se passe en mer, par exemple si un cargo perd des containers en mer on est prévenus afin d’éviter la zone, quand ils voient que le capitaine élude mais que je les regarde comme s’ils avaient inventé la potion de la jeunesse éternelle, leur attention se focalise sur moi et s’ils avaient un bon de commande sur eux c’est clair que je signerais de suite, on se quitte bons amis, moi en leur assurant que nous allons nous procurer Navtex et le capitaine qu’il va changer la VHF, pas d’amende cette fois, excitée comme si j’avais bouffé dix cachets de cortisone je dis au capitaine qu’il faut absolument acquérir ce Navtex, il refroidit mes élans  d’un je connais, ça ne vaut pas le coup, ça t’envoie des petits papiers comme des fax, je ne sais même pas si ça existe encore , en plus on a mieux (il en rajoute, à croire qu’il a la trouille que je lui en achète un pour son anniversaire), ah bon, pourtant personne ne nous prévient si un cargo perd ses containers mais je ne voudrais pas le froisser en insistant, ça y est nous pouvons aller visiter le coin … on débarque à Disneyland, ou presque ! 

Des jolies maisons de dessins animés, des restos blindés de monde, des magasins avec des tee-shirts, des chaussettes ou des magnets Capetown et South Africa, de la musique et des lumières, des troupes de danseurs et de chanteurs qui font l’animation, on dirait une promo pour le Roi Lion, avec le capitaine on se dégote une table pour deux dans le plus branchouille des restos, on ne peut même pas se parler tellement c’est bruyant, avec la mer c’est l’alternance du Yin et du Yang, qu’on me donne le bruit pour que j’aime le silence, qu’on me donne le silence pour que j’aime le bruiiiiit 🎶

On constate rapidement qu’ici le temps est super variable, parfois on supporte largement une polaire et même un ciré par dessus, et d’autres on se liquéfie en simple robe d’été, le capitaine n’ayant jamais testé cette dernière tenue pour sa part, il se liquéfie en teeshirt I survived the wild coast, c’est comme ça qu’on appelle la côte du sud-est de l’Afrique du Sud, qui s’étend globalement entre East London et Port Edward, la classe, je n’ai toujours pas eu l’occasion de mettre le mien.

En vrai il ne frime pas du tout le capitaine

Le jour suivant, le capitaine décide de faire un saut au Royal Yacht Club, pour un marin ça serait pire que venir à Capetown en touriste lambda sans même faire un tour à Robben Island ni monter en haut de la Table Mountain, il faut faire au moins ça quoi !

Nous décidons d’y aller à pied, marcher est un bonheur indicible après quelques jours de navigation, je sens mes jambes qui me disent merci en sanglotant tellement elles apprécient, alors nous marchons d’un bon pas en suivant les indications sur le téléphone du capitaine, ça nous fait voir Capetown,

et puis nous arrivons près d’un énorme pont avec des routes et des échangeurs, et je distingue, au-delà du pont, comme des cabanes de bidonville, mais c’en sont ! me rende-je compte, et puis des drôles de gens, quand on y regarde en fait ils sont sales, habillés de guenilles, ils nous crient je ne sais quoi de loin en levant le poing, je déglutis,

– C’est par là ! me dit justement le capitaine en tendant l’index vers le bidonville

– Nan mais tu rigoles ? Tu veux nous faire passer par là ?! Mais c’est hors de question ! 

Il essaie de me faire changer d’avis mais rien à faire, donc on continue en marchant sous le pont au lieu de le traverser, c’est à peine mieux, crado, ça pue, des gens hirsutes et sales qui déambulent mais nous évitent, heureusement il y a plein de voitures qui passent, ce qui d’ailleurs résonne affreusement sous le pont, je me dis que personne n’oserait s’attaquer à nous avec le risque (faible) (inexistant ?) qu’une voiture s’arrête, je serre le cul en maudissant aussi bien le capitaine que le Royal Yacht Club, l’Afrique du Sud est le pays le plus meurtrier au monde, c’est le site spécialisé dans le données sur les voyages, The Swiftest, qui a publié un classement des 50 pays les plus dangereux et selon ce classement, l’Afrique du Sud occupe la première place des pays les plus dangereux, Singapour est considérée comme étant l’état le plus sûr, prenez note au cas où, je n’en mène pas large.

Nous finissons par arriver entiers devant des grillages et un portillon à ouverture magnétique gardé par des nanas vigiles, le capitaine explique que nous voulons aller au RYC et que nous sommes amarrés à la marina V&A (pour Victoria et Albert), le charme du capitaine, un brin caricatural quand il déploie tous ses efforts, fait son effet et la vigile nous ouvre le portillon, nous marchons encore pendant bien 20 minutes le long de milliers de containers derrière des barbelés

pas bucolique pour un rond

et y arrivons, autre vigile, il parle français car il est congolais à la base et il est tout content d’avoir l’opportunité de parler avec nous, il nous fait remplir un questionnaire sur une tablette et prendre en photo par webcam + scanner nos passeports pour avoir le droit d’entrer, ça ne plaisante pas, mais comme nous serons obligés de venir faire notre clearance de sortie ici quand nous quitterons le pays, nous obtempérons gracieusement puis nous entrons, pour avoir de la coupe y’a d’la coupe, pour des médailles y’a d’la médaille, et pour les bateaux y’a du gréement … on va voir les bateaux, on boit un verre, le soir tombe et il faut  rentrer, le vigile n’en revient pas que nous soyons venus à pied, il s’exclame que le coin est super dangereux et nous interdit de repartir à pied, le capitaine évite mon regard lourd de reproche, je commande un Uber et nous rentrons à la marina.

le RYC

Il faut bien travailler alors pendant que je travaille le capitaine se débrouille pour trouver une nouvelle VHF et l’installer, ça prend son temps, le capitaine hésite, que faire avec la vieille VHF, la jeter ou tenter de la faire réparer ? et puis aussi revenir avec 2 billets pour demain, direction Robben Island ! inscrite au patrimoine de l’UNESCO depuis 1999 et utilisée, selon les époques, comme léproserie, hôpital psychiatrique, poste militaire et bien entendu comme prison, celle où fut détenu Nelson Mandela, j’avais bien insisté auprès du capitaine pour ne pas faire l’impasse parce que je le connais, quand il est à terre il a déjà envie de reprendre la mer, bon, il a acheté les billets et c’est trop gentil.

On ne peut y aller qu’en prenant le ferry dédié, nous repassons dans le chenal où nous sommes arrivés en bateau et profitons du spectacle pestilentiel des otaries au passage, 30 minutes et 7 kilomètres dans la baie de Capetown plus tard nous débarquons et sommes dirigés vers des bus, surprise, je ne pensais pas que c’était aussi encadré que cela, nous sommes environ 300 à avoir débarqué et ceux qui nous précédaient attendent sur le quai pour monter dans notre ferry et retourner à Capetown, Disneyland je vous dis, après un petit tour en bus pour nous raconter en anglais quelques anecdotes sur la prison, un gars qui fait tranquille 150 kilos nous accueille à la porte de la prison et c’est parti pour la visite guidée ladies and gentlemen !

Je me suis débrouillée pour prendre des photos en évitant les gens, mais comme on voit sur l’une des images, nous sommes tout un troupeau à la queue leu leu

Les conditions de vie de cette prison étaient du même niveau que celles des bagnes, inhumaines, en ce qui concerne Nelson Mandela, il était réveillé à 5h30, un seau d’eau froide pour la toilette et un bol de porridge dans la cour avant de passer la journée à casser des cailloux dans une carrière de calcaire, petite pause pour le repas frugal du midi, à 16h le droit de faire sa toilette puis retour en cellule, couvre-feu à 20h mais la cellule reste éclairée toute la nuit, les étés trop chauds et les hivers trop froids, 27 ans à ce régime, ça use un homme … mais pas Mandela.

Voici un petit extrait des commentaires du monsieur qui nous a raconté l’histoire de la prison de Robben Island où il avait lui-même été incarcéré

Le lendemain, le capitaine va louer une voiture et trouver quelqu’un susceptible de réparer la vieille VHF, quand il revient il est tout content de me dire que le gars a tout de suite trouvé le problème et qu’elle sera réparée pour après-demain, dommage d’en avoir acheté une neuve et d’avoir refait tous les branchements, maintenant c’est fait et il ne va pas tout refaire dans l’autre sens, il va falloir s’habituer à la nouvelle … il a aussi trouver quelqu’un pour réparer le lazy et y mettre une nouvelle fermeture éclair, ça sera fait dans 3 jours, alors qu’à Richards Bay ça n’a pas été faisable en 2 mois, on a bien fait de s’arrêter ici.

des otaries viennent s’ébattre jusque dans la marina, ça me file des hauts le cœur quand elles passent à côté du bateau, à côté les putois c’est des rigolos

Le jour suivant, il fait beau, nous avons convenu, après des recherches sur internet, de gravir Table Mountain par la rando de Platteklip Gorge, donnée pour difficile mais pas vertigineuse, il y aurait bien le téléphérique mais je préfère de loin marcher que de me retrouver dans une cabine tenue par un filin au dessus du vide. Lorsque nous nous garons au pied de la rando, le gars qui surveille nous dit que la journée va être trop chaude pour faire l’aller-retour à pied, il nous le déconseille, il doit nous prendre pour des vieux, c’est pas possible ! Nous nous rions de son commentaire déplacé et entamons une longue, longue, interminable montée de marches en pierres et en cailloux, jamais de plat pour reposer les quadriceps ni les mollets, chaque pas est une marche, chaque marche est un pas, avec le soleil qui nous tape dessus, quand je dis tape c’est parce que ça tape comme un marteau sur la tête d’un clou, pas d’ombre, parfois si quand même au détour d’un rocher ou sous la branche d’un arbrisseau famélique, il m’arrive souvent de manger une bouchée de barre énergétique dont les calories se consument aussi vite qu’une allumette enflammée, on boit souvent et on ne fait jamais pipi, et on grimpe et on s’évapore et on grimpe et on s’évapore et on grimpe … heureusement la vue est belle et il y a la satisfaction d’arriver en haut, fierté, je ne sais plus comment je m’appelle mais je fais bonne figure, un certain standing à tenir, le capitaine me dit que lui ça va, je me demande s’il frime mais il n’a pas l’air, c’est juste moi qui ne vaut pas grand chose on dirait, pffff … 

Des marches dès le départ :

Et jusqu’à l’arrivée :

tout du long

Nous nous dirigeons vers le téléphérique pour aller voir la vue de là bas quand je tombe sur la merveille des merveilles, l’emblème de l’Afrique du Sud, un massif de Proteas !!

la chaaaaance !!
quelle beauté !
non mais quelle beauté !!

Nous arrivons près du téléphérique, il y a un monde fou qui déambule en tongs en buvant du soda à la paille, frais comme des gardons les gens, quand je pense dans quel état je suis …

la vue du Cap depuis le sommet de Table Mountain

Nous trouvons un endroit pour nous asseoir et manger les sandwiches que nous avons apportés, renonçons à prendre un café au vu du monde, le capitaine me demande si je veux redescendre en téléphérique ou à pied,

– À pied bien entendu !

– T’es sûre ?

– Pourquoi, tu veux prendre le téléphérique ?

– Non non !

Je me demande si l’un et l’autre ne tâtons pas du terrain pour céder à celui qui voudrait prendre le téléphérique pour descendre, mais aucun des deux n’avoue,

– Alors à pied !

– J’ai mangé et me suis reposée, pas de problème !

Nous repartons gaiement, en plus la descente c’est fastoche, voyez par vous-même :

si si , c’est bien le chemin à emprunter, on voit même le capitane qui m’attend un peu plus bas

Redescendre ces hautes marches pendant 2 heures en subissant la chaleur du soleil + celle de la réverbération sur les pierres, finit par être un calvaire, je suis un zombie quand j’arrive en bas, à chacun de mes pas mon pied tombe au sol comme une enclume, je veux mourir, on arrive devant la voiture et je supplie le capitaine de m’ouvrir et de mettre la clim’ à fond,

– Ouuuuh nan, c’est pas bon ça, tu vas attraper un coup de froid !

Une envie de le taper jusqu’à ce qu’il ne bouge plus dans une flaque de sang me prend aux tripes, je hurle :

– Mais l’urgence c’est que je me rafraîchisse !!! Je me sens mal de chaud !!! Ouvre et met cette putain de clim’ !!!

Il voit que je ne plaisante pas et s’exécute sans aller plus avant dans sa leçon sur comment éviter un coup de froid quand on est en nage, j’envoie valser mes pompes et mes chaussettes, m’étale comme une bouse sur le siège et pose bruyamment mes pieds sur le tableau de bord avec la clim qui souffle à fond dessus, ce que je voudrais c’est qu’on me verse des seaux de glace de la tête aux pieds, il déteste quand je pose mes pieds sur le tableau de bord mais n’ose rien me dire, il a raison, on propose à un jeune gars qui nous avait doublé dans la descente  s’il veut qu’on le ramène sur Capetown et il saisit l’aubaine, c’est un étudiant en ingénierie qui a perdu toute sa famille emportée par le Covid, il a une bourse d’études et est logé sur le campus et m’assure qu’il n’aura aucun problème pour trouver du travail par ici, quand nous arrivons enfin à la marina je peux à peine marcher, je crains grave pour demain, et j’ai raison, le lendemain mes cuisses ne sont que tendinites brûlantes, au point que je ne sens même pas mes pauvres pieds décédés, les cuisses l’emportent haut la main, le capitaine n’en a cure car nous devons aller voir False Bay et le Cap de Bonne Espérance de l’intérieur puisque nous n’avons rien vu en y passant de nuit, soit,

– mais je te préviens, je ne sors pas de la voiture !

J’en descends tout de même pour prendre des photos ou filmer, nous nous demandons, avec le capitaine, pourquoi ce nom de False Bay, la fausse baie, et tombons d’accord sur le fait qu’elle est tellement immense que ça n’est presque plus une baie, c’est carrément un bras de mer, mais rien ne dit que nous ayons vu juste :

en tous cas c’est grand

Puis nous arrivons au tant désiré Cape of Good Hope, il faut payer pour entrer dans la parc national de la Pointe du Cap, bon, mais je dois dire que voir ça vaut son pesant d’or !

Voilà ce phare qui nous a éclairé lors de notre passage en mer :

y’a pas à dire, ça a de la gueule

Je précise que le funiculaire qui permet d’y arriver est en panne et que je me suis coltiné les marches à pinces, c’est héroïque quand on sait à quel point j’ai mal, mais le capitaine ne sent rien et je vois dans son œil qu’il doute de l’ampleur du désastre.

rien que pour arriver là il a déjà fallu monter plein de marches… AU SECOURS !!

Quand on est tout en haut, la vue plongeante est éboursiflante :

En me tournant vers la droite c’est tout aussi beau ! j’avais mis cette photo sur Facebook et plusieurs personnes ont suggéré que c’était un montage, c’est dire à quel point c’est magnifique, on voit les entrées maritimes en terre :

Quand on redescend on comprend qu’il n’est pas possible d’accoster sur le rivage de Cape of Good Hope :

On fait comme les touristes qui pullulent, bien qu’ils n’apparaissent presque pas sur mes photos savamment cadrées, on pose devant le panneau pour la postérité !

sauras tu reconnaître le visage de cet explorateur marin qui se superpose sur celui du capitaine ?
et ma pomme … on dirait que j’ai les cheveux attachés mais pas du tout …

… en fait je suis allée il y a 2 jours chez un coiffeur du Cap parce que je m’étais trouvée moche sur une photo que le capitaine avait prise, grossière erreur, la coiffeuse m’a ratiboisé la tronche donc en plus d’avoir les cuisses endolories j’ai l’âme en peine, le capitaine, dans sa grande mansuétude, semble vouloir me garder comme équipière bien qu’il m’ait donné un avis plus que mitigé sur le résultat, heureusement que j’ai réussi à obtenir de la coiffeuse qu’elle me laisse une frange, mais bon, c’est pour ça que je ne la ramène pas trop avec mes cuisses et que je souris vaillamment, vivement que ça repousse …on notera par ailleurs qu’il est écrit sur le panneau que c’est le point le plus sud-ouest et pas le plus sud du continent Africain, et comme vous me lisez avec attention vous savez maintenant que le plus sud c’est le cap des aiguilles 😉

Nous revenons au Cap par la Chapman’s Peak Drive, une route panoramique en corniche qui longe la côte entre Hout Bay et Noordhoek, superbes paysages et vue imprenable sur Chapman’s Peak, la montagne qui donne son nom à cette route :

En arrivant au Cap, le soleil allume la lune et illumine Table Mountain :

c’est fichtrement beau

Je ne sais pas comment je réussis encore à marcher pour rejoindre le bateau, le capitaine pense que je fais du cinoche, je lui assure que j’ai une tendinite de tous les diables et que je connais parce que j’en ai déjà eu des comme ça, il ne me croit pas parce que la brûlure court tout le long du fémur et que, d’après lui, quand on a une tendinite du quadriceps on a mal au niveau du genou, je rectifie, c’est possible, mais il n’y a pas qu’un tendon qui tient le quadriceps en haut et un autre en bas avec les faisceaux qui se balancent le long de l’os, il y a obligatoirement un tendon tout du long pour tenir le muscle en place, il ne veut pas me croire, c’est comme si je ne le croyais pas quand il me dit qu’il faut se mettre face au vent pour hisser la GV, je suis carrément obligée de lui prouver ce que j’avance en lui mettant sous le nez un dessin d’anatomie du quadriceps pour qu’il accepte du bout des lèvres à consentir que je sais ce que je dis et que j’ai une tendinite à pleurer quand je dois marcher, et je sais que j’en ai pour au moins 3 ou 4 jours, il ne me reste qu’à prendre des antidouleurs que nous avons dans la trousse à pharmacie, en espérant que ça suffira, je me souviendrai de Platteklip Gorge.

de l’apprentissage de l’anatomie appliquée par la douleur
mais non

On ne va pas s’arrêter pour si peu et le jour suivant nous repartons encore pour aller visiter le coin de Stellenbosch, on nous en a promis monts et merveilles, Stellenbosch ce sont des vignobles à perte de vue, première route des vins d’Afrique du Sud créée en 1971, principal centre de production viticole de l’Afrique du Sud,1 milliard de litres de vin par an, normalement quand on y va c’est pour déguster des vins mais ce n’est pas du tout le genre du capitaine alors je me demande même pourquoi on y va, bon, on y va, il se met vite à pleuvoir et nous roulons souvent dans les nuages ce qui nous prive des vues promises … nous passons à côté des vignobles qui portent presque tous un nom à consonante française : La Petite et la Grande Provence, Bourgogne, La Bri, Mont Rochelle, Dieu Donné, Plaisir de Merle, Chamonix…c’est rigolo, on se croitait à la maison, et nous longeons des propriétés magnifiques qui font restaurant, souvent gastronomique, lodge, dégustation de vins évidemment. Je dois dire que lors de notre séjour j’ai eu l’opportunité de goûter quelques vins d’Afrique du Sud et bien je les ai trouvés excellents, moi qui pensais qu’il n’y avait qu’en France que l’on savait faire du vin, j’en suis revenue !

la région de Stellenbosch, ce ne sont pas mes photos qui seront utilisées sur les dépliants (ça se dit encore « dépliants » ?)

Par contre, en revenant sur Capetown, la claque, le coup de massue … nous roulons pendant des kilomètres le long de Langa, le township le plus ancien d’Afrique du Sud, et le long de celui de Gugulethu …

des kilomètres et des kilomètres comme ça

Langa a été créé en 1927 afin de permettre à la ville du Cap de disposer d’un lieu officiel légal de résidence, exclusif et à bon marché pour loger les populations noires du Cap, plus de 52000 habitants recensés en 2011, issus de la communauté bantou à plus de 99%, il a vite été surpeuplé donc il y en a eu d’autres qui ont été créés comme Gugulethu qui abrite plus de 98000 habitants … il y a des dizaines et des dizaines de townships en Afrique du Sud, le plus grand est celui de Soweto, plus de 1 million 270 milles habitants en 2011 ! … L’Afrique du Sud est un pays riche,  extrêmement riche en ressources, premier pays extracteur d’or et de platine et l’un des premiers pour le diamant et l’argent, et pourtant c’est le pays le plus inégalitaire de la planète … quelle aberration, comment est-ce possible de voir autant de misère dans ce pays si riche qui se dit la nation arc-en-ciel (notion inventée par l’archevêque Desmond Tutu afin de désigner son rêve de voir construire une société sud-africaine post-raciale et façon métaphorique de penser la cohabitation des groupes, non par leur fusion mais juste par leur juxtaposition)… tu parles !

Revenons sur une note plus optimiste, l’Afrique du Sud c’est aussi le pays du thé rooibos, je ne peux pas vous laisser sans vous en toucher un mot, donc le rooibos, ou Aspalathus linearis, est un arbuste dont les jeunes branches sont souvent rougeâtres, et dont les feuilles ressemblent à des aiguilles. Au printemps, le rooibos se décore de fleurs jaunes. Ce qui est dingue c’est que cet arbuste ne pousse qu’à l’état sauvage ou ne peut être cultivé que dans une seule région du monde : le Cederberg, une zone montagneuse accidentée située à deux heures de route au nord-est du Cap, qui présente le climat, le sol et les conditions propices à la croissance saine du buisson rouge. Nombreux sont les agriculteurs qui ont essayé de cultiver le rooibos ailleurs mais, jusqu’à présent, personne n’a réussi. En Afrique du Sud, le rooibos est plus qu’une simple boisson, c’est un mode de vie. Riche en antioxydants, cette infusion est inextricablement liée à la culture et à l’histoire du pays. Les peuples Khoï et San, parfois désignés collectivement sous le nom de Khoïsan, ont été les premiers à déterminer les innombrables propriétés médicinales de la plante, à la transformer en infusion et à la présenter à leurs colons néerlandais. Bien que peu d’études scientifiques aient été menées sur l’infusion de rooibos, il a été constaté qu’elle pouvait renforcer la santé cardiaque, réduire le risque de cancer et être bénéfique pour les personnes souffrant de diabète. Des preuves anecdotiques indiquent également qu’elle soulagerait notamment les coliques des nourrissons et contribuerait à atténuer les maux de tête, les éruptions cutanées, l’eczéma, les brûlures mineures et les troubles du sommeil. Par le passé, les peuples Khoï et San cueillaient les aiguilles du buisson rouge, les mélangeaient avec de la graisse animale et l’utilisaient sur leur peau comme une pommade anti-âge ou anti-inflammatoire.

Un peu de l’histoire et quelques dates de cette monumentale Afrique du Sud que nous allons quitter pour filer sur Ste Hélène :

Les Néerlandais ont fondé la colonie du Cap en 1652 pour y installer une escale de la Compagnie des Indes Orientales. Les Boers, descendants des premiers colons, ont poursuivi leur expansion qui les a menés en 1775 à rencontrer les populations Bantous. Après une série de conflits Anglo-Boers et Bantous-Boers, le traité de Paris de 1814 (ce traité consacrait la victoire des Alliés – Grande-Bretagne, Autriche, Prusse, Russie – sur la France napoléonienne, avec redistribution de frontières et de conquêtes antérieures diverses …le genre d’arrangement qui fait le lit des guerres futures), ce traité de Paris là, donc, car il y en a eu une tripotée des traités de Paris, a attribué la colonie aux Britanniques qui ont aboli l’esclavage en 1833. Les Boers, mécontents d’être privés d’une main d’œuvre aussi nécessaire que bon marché, ont alors migré vers le Transvaal et le Natal (aujourd’hui connu sous le nom de KwaZulu-Natal dans lequel nous étions avec le capitaine avant Noël). Après la découverte d’or et de diamants sur ces territoires, les Britanniques leur ont déclaré la guerre en 1899 et remporté la victoire en 1902.

L’Union sud-africaine est née en 1910, avec 5 millions d’habitants (aujourd’hui elle en compte 62 millions) (pour comparaison, la France compte 68 millions d’habitants alors que l’Afrique du Sud est 2.2 fois plus grande que la France).

En 1911, les Afrikaners et les Britanniques ont mis en place les premières lois de l’Apartheid, mot qui signifie développement séparé. Les mouvements de résistance de l’élite noire se sont organisés dès 1912 et l’African National Congress (ANC) a pris son nom en 1923.

1er juillet 1949 : les mariages interraciaux sont interdits par la loi

27 avril 1950 : des zones urbaines d’habituation sont définies pour chaque « race »

22 juin 1950 : la population sud-africaine est classifiée en quatre groupes : Blancs, Noirs, Métis et Indiens

5 octobre 1953 : une ségrégation raciale est instaurée dans les aménagements public

21 mars 1960 : massacre de Shaperville, township situé à quelques dizaines de kilomètres de Johannesburg, des Sud-Africains manifestent pacifiquement pour revendiquer leurs droits et protester contre les restrictions de déplacement imposées aux Noirs, la police les charge et abat froidement (souvent dans le dos) 69 personnes

12 juin 1964 : Nelson Mandela, accusé d’actes de sabotage, de destruction de biens et d’entretenir des liens avec le communisme, est condamné à la prison à vie

16-22 juin 1976 : massacre de Soweto : pour protester contre l’introduction de l’afrikaans comme langue officielle d’enseignement à l’école, des milliers d’élèves Noirs manifestent dans les rues du township de Soweto, la police ouvre le feu sur la foule, faisant 500 morts estimés

2 février 1990 : élection du président Frederik Klerk qui annonce dès l’année suivante la légalisation de l’A.N.C. et des autres mouvements anti-apartheid ainsi que la libération de Nelson Mandela qui sort le poing levé de prison le 11 février après avoir passé 27 ans derrière les barreaux

9 mai 1994 : Nelson Mandela est élu président de la République après avoir obtenu le prix Nobel de la paix avec le président De Klerk en octobre 1993

Aujourd’hui le président est Matamela Cyril Ramaphosa, né en 1952 à Johannesbourg dans le Western Native Township, dans une famille modeste originaire du Venda, d’un père policier et d’une mère au foyer. Alors qu’il était encore enfant, le quartier avait été rasé et sa famille relogée à Soweto.

La branche Corruption Watch de l’ONG Transparency international de lutte contre la corruption a écrit dans son rapport de 2022 : « L’Afrique du Sud rejoint désormais les pays du monde où la corruption semble non seulement enracinée, mais capable de s’étendre » … comme dirait le capitaine, ils ne sont pas sortis de l’auberge.

Mais z’aussi :

  • Le Navtex Pro Plus de Nasa Marine est un système de diffusion internationale des renseignements de sécurité maritime relevant du SMDSM (Système Mondial de Détresse et de Sécurité en Mer)
  • De la violence en Afrique du Sud en 2023 : selon les statistiques officielles, 31,9 % de la population était au chômage, et 32,7 % des jeunes de 15 à 24 ans n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation. 82 % des élèves de quatrième année d’élémentaire n’étaient pas en capacité de comprendre ce qu’ils lisaient dans quelque langue que ce soit. Les registres de la police faisaient état de 6 945 meurtres commis entre juillet et septembre, soit une moyenne de 75 personnes tuées chaque jour. Le niveau de violence liée au genre demeurait élevé. Selon les statistiques sur la criminalité, 13 090 infractions sexuelles ont été signalées entre juillet et septembre avec 881 femmes tuées. Source : Amnesty International https://www.amnesty.org/fr/location/africa/southern-africa/south-africa/report-south-africa/

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

5 commentaires sur « Capetown et tellement plus … »

  1. Bon vents ⛵️⚓️🛟🌬🌬🌬🌬 Magnifique récit…il faudra les publier…un jour 🙂Le Capitaine a bcp de masque… sacré collection 👍👍 Belle journée à vous deux. Amicalement. Yves ❤️👍🥂😘🙂

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  2. Terre de contraste thermique ainsi que l’océan qui borde cette région du Cap. Les courants marins sont forts voire violents et les vortex qui les composent augmentent les difficultés pour un voilier. En plus de cela le défilé des perturbations d’Ouest ou l’air tropical et l’air polaire se retrouvent……

    Bonne continuation et prudence. Amicalement jacques Salvetat

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  3. bonjour Jacques,

    pour avoir du courant, on a eu du courant, et on finit par s’y habituer parce que la moyenne tombe quand le portant s’arrête ! merci de tout coeur pour vos commentaires enrichissants ❤️ bien amicalement, isabelle

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  4. Mes commentaires pourraient étre plus techniques si je savais votre route et votre position.Votre parcours me rappelle le mien malgré que le bateau était plus gros mais nous avions aussi des problémes. Bonne nav et a bientot.Amicalement jacques salvetat

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