l’Atlantique !

ça se sent dès la sortie du port, ni les vagues ni le vent ne ressemblent à la Méditerranée, on l’avait déjà senti à la sortie du détroit de Gibraltar, le vent et la houle nous prennent dès qu’on hisse la grand-voile, on va dire que je ressens une légère appréhension, c’est drôle parce que dans ma tête ça va bien, mais mon corps c’est moins bien, il est en alerte, il reconnaît le tangage, l’odeur et les bruits du bateau qui roule, il se souvient du violent sursaut quand le capitaine m’a tendu un gilet de sauvetage à Gibraltar et que j’ai pensé dans un éclair « on est foutus ! », je dois respirer pour le détendre, je lui parle, je lui dis que tout va bien, qu’il peut être tranquille, il ne m’écoute pas, il cherche des repères stables mais ça bouge, 3 jours de marina ont eu raison de la maigre habitude gagnée de haute lutte, quand je rêvais de naviguer, c’était debout sur la proue comme dans Titanic, mais dans la vraie vie je me retrouve cramponnée à l’étrave en essayant de ne pas glisser comme un pet sur une toile cirée …

le premier soir tombe, au bout de ces quelques heures ça va mieux, je filme le coucher de soleil et je vois le lever de lune, mon premier lever de lune (vaaaaaahhhh !), elle est presque pleine et nous éclaire, lampadaire céleste, ça caille alors je fais à manger chaud et on mange à l’abri dans le cockpit, dans des bols parce que dans une assiette ça refroidit à toute vitesse, le capitaine me dit que c’est bon, c’est sûr, j’ai mis du beurre, je le lui avoue, lui qui ne jure que par l’huile d’olive opine du chef, pour une fois il ne discute pas, la houle est forte et le bateau bouge beaucoup, il n’a pas le cœur à me recadrer surtout que c’est trop tard vu qu’il a dit que c’est bon, il y a des cargos dans le coin alors on se relaie toute la nuit et au petit matin ça ne s’arrange pas, la houle de travers grossit et des vagues croisées de 3/4 arrière et de 3/4 avant s’en mêlent, le vent souffle à 25 nœuds, le bateau file au largue, tout secoué, le capitaine et moi avons une petite mine mais faisons bonne figure tandis que nos estomacs s’étonnent de ces mouvements intempestifs …

passe la journée, peu de mots, juste des regards pour voir si l’autre va bien malgré son teint qui tire un poil sur le blafard, on se sourit pour se donner le change, c’est le capitaine qui est malade en premier et il me dit que je tiens bien le coup et que j’ai bonne mine … que j’ai bonne mine ! alors ça c’est à inscrire sur les tablettes, ça doit être le high level des compliments chez le capitaine, là on navigue dans les hautes sphères, on atteint des sommets, maintenant je peux mourir tranquille, même sans avoir vu de baleine !

je me croyais amarinée, vanité des vanités, je suis malade peu après le capitaine, mais l’honneur est sauf …

Passent alors 36 heures où l’un comme l’autre ne nous levons que pour subvenir à des besoins naturels, demander à l’autre si ça va avec des têtes de déterrés balafrées d’un sourire pour le moins héroïque, manger une bouchée de pâte d’amande ou un krisprolls, boire une gorgée d’eau (pas envie de mourir mais encore moins envie de mourir déshydratée), à peine se laver parce que rien que de se laver les dents peut être fatal si on se penche en avant pour se rincer, échange bref et surnaturel quand je sors des toilettes et croise le chemin du capitaine :

  • tu sens bon
  • j’ai mis du déo 
  • c’est pas grave ….

regarder si notre route croise celle d’un autre bateau, retourner s’allonger et fermer les yeux en attendant que ça passe … prendre son mal en patience… j’entends régulièrement le valeureux capitaine assurer ses fonctions en moulinant un winch ou retendant  le frein de bôme (il a bien fait de le prendre, vu que c’est un gros truc qui pèse son poids et qu’il devait en être à un stade où il avait tellement embarqué de matos qu’il en était écœuré, il a failli le laisser à terre, mais pris par le remords il l’a emporté pour finalement le monter à Cadix parce qu’il en avait marre d’entendre la bôme grincer, grand bien lui en a pris) et puis retourne s’allonger sur la couchette du carré, il me laisse la couchette de la cabine parce que c’est la meilleure (il est tellement trop gnon) ….

et je prends mon mal en patience … c’est ce que papa et maman me disaient quand je les réveillais en pleine nuit parce que j’étais malade : prends ton mal en patience … jamais cela ne m’a été plus utile que maintenant… je dors ou je somnole ou je ne pense à rien, surtout ne pas penser que ça va peut-être empirer, je sens le bateau qui monte le long d’une vague, le corps collé à la cloison sous la gîte, et puis petit sursaut en haut de la vague, comme un dos d’âne en voiture, l’estomac se décroche et le bateau redescend la vague, le corps roule de l’autre côte de la couchette, l’estomac avec, ça fait guiliguili dans le ventre et puis le bateau s’écrase entre les deux vagues (Félicie aussi) avant de remonter à l’assaut de la suivante, l’avant tape violemment dans l’eau, des fois des vagues déferlent sur le bateau, ça c’est le bon côté, pas besoin de laver … il n’y a qu’à attendre, en compagnie de la mouche qui veille sur moi … la mouche ! elle a dû oublier de descendre du bateau au Cap D’Agde et nous accompagne depuis, je pense l’adopter alors je fais attention à sa survie car le capitaine a une tapette à mouches et je l’ai vu faire passer de vie à trépas un papillon de nuit d’un seul coup de tapette bien senti, j’aurais pas voulu être le papillon, tu traverses dans le passage piéton devant la boulangerie, BAM un TGV te passe dessus, tu vis BAM t’es mort … et bien croyez-moi si vous voulez, la mouche est restée collée au plafond de ma couchette tant que j’ai été malade, le jour d’après, quand j’ai ouvert les yeux j’ai su que j’allais mieux parce que la mouche n’était plus là (aussi je dois dire que j’avais un peu faim) (et envie de pain de mie industriel, les voies du ciel sont impénétrables)

la houle et les vagues étaient moins fortes , c’était cadeau, avec le capitaine on a commencé à avoir des envies de femme enceinte, que des trucs salés, du saucisson, des olives, des chips, le manger sain ne nous tentait ni l’un ni l’autre, mais comme ça allait mieux, on a été chercher au fond d’un coffre un paquet de coquillettes et on en a mangé chacun un grand bol, c’est le chevaleresque capitaine qui les a égouttées de peur que je ne m’ébouillante et quand j’ai proposé beurre ou huile d’olive il a voté pour le beurre et j’en ai mis un bon gros morceau, ça ça nous tentait 

Les coquillettes sont restées où on les avait mises, dans nos estomacs, et puis je suis allée m’allonger un peu, quand je suis remontée, plus de capitaine … comment ça plus de capitaine ? …. bordel de bordel plus de capitaine !!! je regarde dans le bateau, il n’y est pas … je regarde dehors, non plus … vers l’avant, non… vers l’arrière non non non … pas de capitaine … je le cherche encore, ne pas paniquer pour rien, mais je ne le vois pas, rien de rien, le bateau est vide de lui, je hurle, je huuuuuurle, à me coller la glotte au plafond, je HUUUURLE, CAPITÈÈÈÈÈÈNE !! je pense « le CAUCHEMAAAAARRRR !!! » le capitaine est tombé à l’eau, mais quand ? Mais où ? où a t’il pu dériver pendant que je dormais ? qu’est-ce que je fais ? Au secours au secours au secours, c’est l’horreur absolue, j’entends « isa ! je suis là ! » où est-il coincé ? où là ? il est où ? je le cherche comme une folle, je le vois enfin, il est couché sur le spi et le gennaker, comme on a démonté la couchette du carré et que moi j’occupais la cabine, il s’est couché sur les voiles dans l’autre cabine qui sert de rangement, je tremble des pieds à la tête, j’ai envie de lui donner des coups de sa tapette à mouche sur la tête tellement j’ai eu la trouille, lui crier à le rendre sourd de ne plus jamais me faire aussi peur, je me dis que je vais le mettre en laisse et l’attacher à ma cheville, bon sang je ne sais même pas me servir du GPS ! 

après cette frayeur monumentale, qui a eu le mérite de bien faire poiler le capitaine qui n’a aucune intention de tomber à l’eau (Tabarly non plus, et voyez) je suis restée dans le cockpit, maintenant c’est à l’intérieur que je n’avais plus envie d’être, on a regardé les vagues, refait quelques manœuvres, calculé le temps qui nous restait avant d’arriver à Porto Santo, et le soir venu on s’est de nouveau demandé ce qu’on pourrait bien manger, je me suis rappelé qu’on avait acheté de la purée en poudre (l’homme a réussi a inventer ça, où va se nicher l’intelligence humaine, ça fait réfléchir) au cas où on n’aurait plus rien d’autre à se mettre sous la dent et que ça ferait bien l’affaire ce soir avec un bon gros morceau de beurre et plein de sel, et ça nous a drôlement convenu, c’est bizarre comme le contexte change les références … je m’en rends compte … il y a plein de références qui commencent à changer … 

En tous cas on a fini par arriver à Porto Santo, de nuit, soudain protégés du vent et de la houle, on a affalé les voiles et jeté à l’eau les poissons volants et les petits poulpes décédés dans le bateau après y avoir été balancés par les vagues, et le lendemain j’ai commencé à comprendre pourquoi on peut être capable de supporter le mal de mer (j’en étais totalement incapable quelques heures auparavant) … il y a le monde à découvrir quand on jette l’ancre dans un endroit inconnu …

Et maintenant, apprenons zensemble !

  • Si vous partez en mer, prenez ABSOLUMENT 
  • du pain de mie intégral mais industriel (première envie qui annonce une embellie)
  • de la purée déshydratée (du genre que tout le monde en reprend)
  • du beurre (beaucoup)
  • du sel (beaucoup)
  • du saucisson sec (très très sec)
  • des olives (vertes) 
  • des coquillettes (les moins chères, ça fera son office)

Croyez-en ma jeune expérience, c’est ce que vous aurez envie de manger pour vous remettre du mal de mer 

Alors je me suis demandé pourquoi cette envie de salé, et je pense avoir la réponse : en Médecine Traditionnelle Chinoise, on sait que tout est énergie, et que même les saveurs ont une énergie – or l’une des propriétés de la saveur salée est de faire descendre l’énergie – quand on a la nausée, cela veut dire qu’il y a une inversion de l’énergie de l’estomac, car l’énergie de l’estomac doit descendre, et si elle remonte il y a nausée ou vomissement – donc la saveur salée tend à remettre l’énergie de l’estomac dans le bon sens, CQFD 

  • Le cockpit d’un bateau de plaisance est un espace extérieur à une cabine d’où l’on gouverne un voilier ou un bateau à moteur
  • les allures d’un bateau
  • les différentes parties d’un bateau

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

19 commentaires sur « l’Atlantique ! »

  1. J’ai eu l’angoisee rien qu’à lire ce post! D’un côté je me disais « mais tout va sûrement bien ou elle n’aurait pas pas pu écrire », mais j’ai été quand-même soulagée de lire que vous avez 1. trouvé le capitaine et 2. que tous les deux vous vous sentez mieux. Bonne traversée!

    Aimé par 1 personne

  2. Doux Jésus de Nazareth , il faut vraiment avoir envie de naviguer ! J’ose espérer que vos estomacs se sont remis de ces aventures. Je suis de tout cœur avec vous. Vive les coquillettes au beurre et la purée ! On oublie la diététique chinoise pour un temps ! Portez-vous bien et profitez de votre escale …

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  3. c’est un réel plaisir de vous lire, le ton est profond, sérieux, drôle et léger à la fois, j’attends aussi ce moment avec impatience, et beaucoup d’intérêt et de curiosité! Bonne journée à vous et au valeureux capitaine! 😀

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  4. Allô Capitaine! Allô Isabelle! Je souhaite de tout coeur que vos conditions de voyage s’améliorent pour qu’à nouveau vous puissiez vous régaler d’un bon poisson fraîchement pêché et plus. En attendant ce serait bien de considérer la différence entre le courage et la témérité. Pas toujours facile de prendre conscience de nos limites. Comme en ce moment, est-ce que je vais oser envoyer ce message tel quel? ….Ohlala!
    Je vous souhaite un voyage des plus agréables! Bisous!
    Marithé

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  5. Wooow on est emporté presque nous aussi on sentirait le bateau qui bouge ! Ça doit être impressionnant à vivre quand même pour l’estomac. Et toujours sur le qui vive malgré ça, obligé. Le capitaine et toi êtes passionnants à suivre et alors tes petites phrases bien placées par ci par là, c’est tellement drôle !
    Hâte de lire la suite j’espère avec un océan un peu plus apaisé ???

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  6. Ce n’est pas de tout repos , votre aventure … Mais tout va bien, c’est l’essentiel ! Je me disais que pour moi ce serait compliqué niveau alimentation, vu que j’ai la maladie coeliaque .. donc , pas de pâtes ni de pain … Le riz , ou les pâtes de sarrasin ? A tester … Belle route ..

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  7. Isabelle, merci pour ce partage régulier de tes aventures, c’est un vrai plaisir de te lire, tu nous rends accros et ton humour est juste délicieux même dans les moments les plus périlleux ! Bon vent à vous deux ! Flower

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  8. Bonjour Isabelle,
    Je t’admire, quelle aventure, il doit falloir un sacré courage pour continuer quand on traverse une mer démontée.
    Une question personnelle, j’ai beaucoup de reflux gastrique, il me reste une semaine de plantes pour faire une cure que j’avais laissé de côté.est-ce-que je peux la faire maintenant ?
    J’ai repris mtc depuis 15 jours .
    Avant l’hiver est ce que je peux faire une cure citron 🍋.
    1 jour 1 citron bio cuit pendant 5 mn l’écrasé faire 1 litre et le boire dans la journée
    2ème jour 2 citrons, 3ème 3 citrons jusqu’à 10 citrons et après dégressif, à partir de 6 citrons 1litre 1/2 d’eau.
    J’espère que tu pourras me lire.
    Bonne continuation et une mer plus calme.
    Danielle

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  9. bonjour Danielle, alors pourquoi veux tu faire une cure de jus de citron ? ensuite, pour te dire si c’est adapté ou non pour toi, il faudrait que je te voie en consultation et enfin, la cure qu’il te reste est indiquée si tu es exactement dans le même contexte énergétique que lorsque je te l’avais prescrite, sinon il vaut mieux me revoir 😉

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