donc on s’en va …

… vers Madère, Madeira, île portugaise tout comme Porto Santo,  et vu qu’il n’y avait pas beaucoup de vent et qu’on avançait à un train de sénateur, on s’est dit qu’on pouvait pêcher, ça faisait longtemps … il faut dire que la dernière fois que j’avais tenté de pêcher s’était soldée par 4 (4!) échecs cuisants : 3 fois les poissons s’étaient évadés (remontrances du capitaine qui pense que je m’y prends comme un manche) (mais qui n’a toujours rien chopé avec sa propre canne, honk honk honk (rire simiesque)😁) et pour la quatrième, après avoir entendu le fil de la canne (de MA canne) se dévider à toute vitesse et l’avoir attrapée afin de ferrer la prise, clap ! plus de prise et plus d’appât, je ne sais pas ce qui avait mordu à l’hameçon (un éléphant ?), la dite prise a bouffé l’appât et un bout de fil en un claquement de bec, il vaut mieux ne pas tremper un orteil dans l’eau dans ces cas là … en Méditerranée j’ai vu des dauphins à foison, mais jusqu’ici en Atlantique je n’ai vu que des poissons volants ou les petits pulpitos propulsés dans le bateau … et puis si, une fois on a vu un aileron à la surface de l’eau, ça faisait comme un requin mais on n’a rien vu à part l’aileron, alors tirer des plans sur la comète pourrait être vite fait, gardons-nous en ! 

En tous cas j’avais rangé la canne, ça m’avait bien calmée, déjà que je ne suis pas bien vaillante pour aller pêcher, mais si en plus on risque de pêcher des éléphants  …

Et ce jour-là c’était l’idéal, beau temps, peu de vent, on va avançait à 5 ou 6 noeuds, et si on va plus vite on ne peut plus pêcher à la traîne …

 … il me faut remettre un appât à la canne, je prends le manuel du pêcheur, repère un nœud que je puisse reproduire, les pêcheurs sont comme les marins et aiment les nœuds en tous genres… ah ! les nœuds de marins ! le nœud de 8 trop facile, on fait un 8 et le tour est dans le sac … le nœud de chaise ! plus compliqué mais le serpent sort du trou, fait le tour de l’arbre et rentre dans le trou, encore faut-il savoir faire le trou dans le bon sens, et se dépatouiller aussi bien avec le trou à droite qu’à gauche, le capitaine il en fait à toute vitesse dans tous les sens en regardant ailleurs, il a toujours le regard qui traine pour voir ce qu’il y a à faire et il voit tout, et moi j’ai les sourcils froncés et j’ânonne sort-du-trou-fait-le-tour … et si jamais le capitaine me regarde faire vous pouvez être certain que je m’embrouille … et puis il y a le nœud de cabestan, alors celui-là il m’a donné du fil à retordre pourtant il est tout bête et encore aujourd’hui je ne réussis à ne le faire que d’un seul côté, il faudra que je m’entraîne à le faire en cachette de l’autre côté parce que la dernière fois que le capitaine m’a demandé d’accrocher l’annexe au bateau, j’ai trafiqué pour faire un nœud de cabestan dans le sens que je connais mais il m’a pris (plus rapide que l’éclair) le bout des mains « tu te compliques la vie, fais-le dans ce sens là » et c’était déjà fini avant que j’aie pu enregistrer comment il le faisait, genre un tour de magie où vous essayez de voir ce que fait le magicien mais rien à faire … il faut dire que ces nœuds sont d’une intelligence remarquable, ils sont d’une solidité à toute épreuve (si on les fait bien … la première fois que le capitaine m’avait confié de mettre les écoutes de génois, j’avais fait les nœuds de chaise trop courts et comme il y avait un sacré vent, un des nœuds s’était défait et le capitaine avait dû aller remettre l’écoute avec le génois qui claquait au vent et le bateau qui gîtait grave, il criait ISAAA ! Ça c’est ni fait ni à faire !!! avec un air tellement pas content que ça m’avait tout recroquevillé les orteils, mais j’ai bien retenu la leçon et depuis je fais gaffe quand je fais les nœuds), solidité à toute épreuve disais-je, quand c’est bien fait précisais-je d’importance, et faciles à défaire même avec des cordages mouillés, et ça c’est souvent qu’on doit défaire des nœuds sur des cordages mouillés, et à toute vitesse même …

Mais je reviens à ma canne à pêche, je repère un nœud qui me paraît faisable, choisis un joli petit appât rose avec des petites plumes, le capitaine passe et ironise sur mon appât girly, je n’en ai cure et fignole mon affaire …

… me lève et balance mon appât dans l’eau, commence à dérouler mon fil et paf ! Tout de suite un poisson mord et le fil de dévide, le capitaine accourt pour prendre la canne de mes mains (pas question de laisser filer celui-là, la confiance règne) et me crie d’aller chercher le seau pour y mettre notre prise, et de prendre des gants et un couteau, je m’exécute, il faut savoir qu’un capitaine est roi à son bord, mais je le supplie donne-moi la canne et attrape le poisson, il me dit non de son ton qui n’appelle aucune discussion, t’as voulu pêcher tu pêches et tu attrapes ce poisson (tout ça rien que parce que j’ai acheté une canne) , je descends sur la jupe, le poisson se balance au bout du fil, le capitaine me crie de l’attraper et moi je crie non non non en me cachant les yeux, en espérant que le capitaine aura pitié, tu parles, j’attrape le poisson parce que j’ai plus peur du capitaine que du poisson (c’est dire) (je le lui ai dit plus tard, il a levé les yeux au ciel, peur de lui mais ça va pas ?!) (et pourtant) (ça me faisait pareil avec papa et il faisait la même tête que le capitaine)  et je sens le poisson vibrer entre mes mains et là je commence à pleurer comme une madeleine mais le capitaine ne s’émeut pas pour si peu et m’ordonne, m’ordonne ! de lui trancher la tête, ça crie dans tous les sens, heureusement que ça ne se passe pas comme ça dans un bloc opératoire, ça ferait vraiment désordre

je décapite le poisson en pleurant de plus belle, j’entends le capitaine qui m’appelle, je lève la tête et il immortalise la scène en me prenant en photo et en regrettant de ne pas l’avoir filmée, mais comment savoir qu’on peut vivre un tel moment ?

le capitaine n’en revient pas que le petit appât rose à plumes ait tellement plu et que lui avec son appât n’attrape jamais rien,  je lui ai dit et redit ce que disait le gars du magasin le paradis du pêcheur au cap D’agde (très très bons conseils) qu’il faut un fil fin et rien dessus, et le capitaine il a un fil trop gros et des petits plombs dessus, alors c’est sûr qu’il ne peut rien attraper quand on sait ça … bon, j’ai préparé le poisson avec des haut-le-cœur, j’en ai mangé à peine et j’ai donné le plus gros au capitaine qui a remis le fil de ma canne à l’eau pour voir, et 5 minutes plus tard un autre poisson mordait à l’hameçon, là j’ai dit au capitaine que je n’avais pas la force de recommencer à assassiner un poisson alors il s’en est chargé, il voulait relancer encore la canne tellement il était interloqué que ce petit appât réussisse là où il ne vivait qu’échec sur échec, mais je l’ai supplié d’arrêter de pêcher, qu’on en avait attrapé deux alors pourquoi plus ? il m’a écoutée, depuis on n’a pas péché, et j’ai planqué ma canne, si jamais on repêche je vais faire ce que ma grande sœur m’a dit : mettre du pastis sur ses ouïes (au poisson, encore que je me demande ce que ça ferait au capitaine que je lui verse du pastaga dans les oreilles) alors voilà, il faut acheter du pastis ou du mauvais rhum qui devrait aller aussi, pourquoi le pastis après tout ?

la journée ne s’est pas arrêtée à cet épisode poissonneux, la veille j’avais dit au capitaine qu’il fallait que j’apprenne à me servir du GPS, il a bien compris que j’ai la trouille de me retrouver toute seule sur le bateau mais ne m’en tient pas rigueur, quelle que soit ma motivation l’important c’est que j’apprenne, alors il m’a fait préparer la navigation du lendemain : mettre notre position sur la carte, trouver l’endroit où on veut aller et calculer sa latitude et sa longitude sur la carte, programmer le GPS pour aller à ce point, c’est comme tout, quand on sait c’est facile, n’empêche que maintenant je devrais pouvoir manœuvrer le bateau toute seule vers le bon endroit au besoin, mal, mettre des jours et des jours de plus que le capitaine mais y arriver, et le jour de ce récit il m’a fait faire toutes les manœuvres, du moins un maximum, et comme on avait peu de vent je m’en suis bien sortie, mais le soir j’étais tannée … on est arrivés à Madère de jour, on s’améliore, et j’ai vu les falaises les plus incroyables de ma vie, on a mouillé le bateau dans la baie d’Abra et je me suis dit qu’il faut absolument que j’apprenne la géologie pour lire l’histoire de ces falaises, bien que les avis divergent sur l’intérêt d’une telle matière (il paraît que c’est chiant)

C’est week-end alors je fais un mail à Antoine que je vais rencontrer pour évoquer les plantes médicinales de Madère, on se fixe un rendez-vous dans la semaine qui vient, et le capitaine et moi on s’en va explorer les falaises  alentour avec des figues séchées, des amandes et un gâteau madérien d’une densité à l’épreuve des balles, le truc qui tient bien au corps et qu’on se dit qu’on en a pour son argent, mettons tout ça dans un sac avec nos affaires de rando, sautons dans l’annexe en maillot de bain et ramons pour débarquer jusqu’aux cailloux et rochers qu’il faut éviter en se jetant à l’eau pour épargner l’annexe plus que nos vies, ensuite on porte l’annexe (je me fais pousser les biceps) le plus haut possible, en l’occurrence pas bien loin tellement la plage de cailloux est étroite, et on l’attache à des rochers faute de mieux pour qu’elle ne s’en aille pas portée par les flots, on se change et c’est parti … quelle balade, quel spectacle ! Majestueux !

à notre retour à l’annexe en fin d’après-midi, on en a plein les pattes, la marée est presque haute et l’annexe couasi dans l’eau, on saute comme des cabris sur les cailloux  pour la récupérer in extremis, on se remet fissa en maillot de bain pour ne pas ruiner nos godasses de rando, on la tire jusqu’à l’eau, mais ensuite il faut se hisser dedans, à corps perdus pourrait-on dire, j’ai de l’eau jusqu’à la taille et le capitaine me conseille fort judicieusement de monter dedans (vas-y monte ! MOOOONTE bon sang ! grouille !) , je me hisse, glisse comme une araignée qui patine sur le rebord d’une baignoire (bien qu’étant arachnophobe je me permets cette comparaison) (j’allais dire le seul défaut du système mais ne soyons pas bravache, c’est indéniablement un des nombreux défauts de mon système), enfin je réussis à passer une cuisse au-dessus d’un boudin et j’atterris à plat-ventre au fond de l’annexe, le capitaine saute lestement à l’arrière, chacun sa méthode, et on se met à ramer dans les rouleaux des vagues et les rochers, le capitaine  me dit tout droit ! alors je rame tout droit en mettant mon grain de sel parce que tout droit il y a des rochers, il jappe on ne discute pas mes ordres j’ai dit tout droit ! je précise à l’auditoire (et vous laisserai conclure) que nous sommes deux à ramer, et soudain il me tance qu’il y a des rochers et que je vais droit dessus, comme si j’étais seule à ramer, on rectifie le tir, même pas besoin de s’énerver ça se fait tout seul, et je la ramène une fois de plus :

  • tu m’as dit tout droit 
  • mais tout droit ça sous-entend vers le large !
  • aaaaaaah ! pour moi tout droit c’est dans l’axe du bateau 

silence de mort … de l’importance de la communication, je ne le répéterai jamais assez, mais bon, on s’en est sortis sains et saufs, manquerait plus que ça 😊

C’est le moment tant attendu !

Nœud de 8

Nœud de chaise
Nœud de cabestan

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

8 commentaires sur « donc on s’en va … »

  1. Bonjour Isabelle,
    Ouhlalala….je pense qu’au retour tu auras beaucoup de choses à raconter sur ce voyage initiatique, notamment concernant l’alimentation; et comment tu dois t’adapter en fonction des circonstances, des lieus, des moments….
    Les poissons ne vont pas t’en vouloir, ils ont fait parti de la chaine alimentaire, simplement.
    c’est avec plaisir que je lis chaque message et je « voyage » avec toi ! (pas avec la même réalité, ça c’est sûre mais je dirai avec un autre confort, mais le cœur y est)
    Encore un grand merci à toi pour ce partage.
    Françoise

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour tes récits qui font que j’attends toujours le suivant avec tellement d’impatience !! Tu as oublié de nous expliquer comment tu as cuisiné tes poissons :-))
    Je vous embrasse très fort tous les deux et bon vent pour la suite.

    Aimé par 1 personne

  3. coucou Isa ! j’ai bien transmis tes embrassements au capitaine, qui t’en retourne aussi, probablement moins enthousiastes que ceux que je t’envoie aussi, chacun à sa mesure 😉
    je les ai cuisinés on ne peut plus bêtement, à la poêle, mais je me suis améliorée entre les deux en levant les filets plus proprement et en ôtant des arêtes avec une pince à épiler, ça m’a pris des plombes … je suis dégoûtée des bonites, j’espère qu’on pêchera autre chose maintenant 😀 !

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