vers des îles désertes

quand on veut faire le tour du monde, et bien il faut s’arrêter même là où il n’y a pas de monde, peut être même surtout là où il n’y a pas de monde, regardez Nicolas Hulot, il n’y avait pas grand monde dans ses émissions et pourtant plein de choses à voir, alors le capitaine qui a prévu des tas d’escales et de mouillages pour économiser nos vieux os et ne pas dépérir à toute vitesse, a justement prévu des escales sur des îles désertes, ça m’arrange car à vrai dire c’était un peu ma crainte, vieillir à toute vitesse de fatigue en mer, comme dans les films d’horreur où en quelques secondes il ne reste plus que de la poussière d’os de feu un corps plein de vie … tout ça pour dire que tout près de Madère, il y a les îles Désertas, toujours portugaises donc nous arborons toujours le pavillon portugais, et toujours de l’archipel de Madère et du pavillon qui va avec … 

des îles désertes !

mon imagination qui vagabonde sans cesse ne fait qu’un tour, vais-je trouver le graal ou un Robinson Crusoé, voire Tom Hanks oublié là après le tournage de seul au monde (il paraîtrait que l’autre est un sosie)? tout est permis quand on imagine … mais il est dit dans les guides que si l’île est déserte, le mouillage de Grande Désertas est excessivement peuplé car c’est une réserve naturelle … nous arrivons en nous attendant au pire … personne à droite … personne à gauche … rien devant … rien derrière … nous sommes … seuls ! … petit travelling vers la gauche … petit zoom avant … crotte de bique, l’île n’est pas si déserte, il y a une cabane en rondins de bois et deux messieurs qui jettent un œil pour voir qui sont ces intrus qui les dérangent en cette fin de journée paisible, ce sont les gardiens de l’île déserte, ça c’est un drôle de job où l’on ne doit pas s’ennuyer ou alors justement, s’ennuyer ferme, je leur poserais bien la question de savoir comment on en arrive à devenir gardien d’une île déserte, est-ce que c’est une vocation, un hasard, une punition … de loin ils décident qu’ils ne vont pas venir emmerder deux pauvres bougres faméliques (on n’est pas faméliques du tout mais peut être que si, de loin, allez savoir), ils s’en retournent à leurs affaires dans la cabane, on a sûrement bien fait de laisser les drapeaux car les gardiens des îles désertes font ce que bon leur semble, et s’ils décident de vous ordonner d’aller voir ailleurs, et bien il faut partir, et quand la nuit tombe ça fait peine …

on peut admirer ces falaises colorées qui donnent cette envie d’apprendre la géologie

l’eau est quasi transparente, on voit des poissons qui viennent tourner autour du bateau, le capitaine saute dans ses palmes, enfile masque et tuba après avoir craché dans le masque (on m’avait dit que c’est pour éviter d’avoir de la buée alors moi aussi j’ai craché dans mon masque, et j’ai trouvé que ça ne sert à rien qu’à voir trouble, déjà qu’on n’y voit pas grand chose, mais en fait j’ai appris plus tard qu’après avoir craché il faut RINCER le masque pour que ça marche, c’est sûr que si on me donne les informations au compte-gouttes ça m’égare ni une ni deux) et saute à l’eau tout guilleret, moi j’en ai envie comme de me pendre, en plus mon masque et mon tuba sont dans un coffre sous le matelas de la cabine avant, à côté des lentilles et de la farine, c’est tout un barda pour faire le moindre truc en bateau, la drôle de tête du capitaine émerge de l’eau (en fait il a une tête normale, c’est à cause du masque que je dis une drôle de tête) (maintenant essayez de me décrire une tête normale, vous ne serez pas plus avancés pour savoir à quoi il ressemble) et il dit avec une voix caverneuse qui ferait sa fortune s’il voulait se mettre à chanter du jazz avec un tuba « c’est un véritable aquarium ! »

bon sang comme c’est beau !

hop je file soulever le matelas, le pose sur mes genoux pendant que ma main fourrage en-dessous à l’aveugle et trouve ce que je cherche, file descendre le long de l’échelle, crache dans mon masque, attends que ça sèche un peu et le rince, on verra ce que ça donne mais j’ai des doutes, prends le pare-battage qui me sert de bouée et vais voir ce qui se passe sous l’eau : des centaines de poissons, des argentés, des bleus, des longs, des plats qui ressemblent à des dorades avec des yeux jaunes et ceux-là ne sont pas du tout farouches, ils s’approchent et nous mordent, un orteil du capitaine et mon petit doigt, ils doivent se demander si on est consommable, ou alors c’est pour communiquer ? ma tendance naturelle est de ne pas leur accorder une confiance aveugle, après tout je ne sais pas à quoi ressemblent les piranhas … je ressors au bout de 10 minutes, transie, gelée, perclus, immobile rendue (vous remettez ?) mais le capitaine décide de passer un coup d’éponge  sur la coque tant qu’il est dans l’eau …

le jour d’après (c’est pour éviter de dire toujours le lendemain) j’inaugure ma combi, c’est le jour où jamais, pour regarder les poissons sans claquer des dents, on peut dire qu’une combi ça change la vie …

le capitaine (qui a eu l’amabilité de me prendre en photo pendant mes ébats aquatiques) ne m’accompagne pas, il est trop resté dans l’eau hier et a attrapé froid, mal de tête et de gorge, ah ! il m’avait soutenu une fois qu’on ne peut pas tomber malade d’avoir attrapé froid, qu’il n’y a que les microbes qui rendent malade, moi je lui avais opposé qu’en Médecine Traditionnelle Chinoise il existe une tripotée de maladies qui découlent d’un coup de froid, j’aurais dû lui faire la thérapie des deux chapeaux mais il s’était bien gardé hier de me dire qu’il avait attrapé froid, le capitaine ne se sent pas de naviguer alors on reste là, je sors mon arsenal de sirop aux plantes et autres huiles essentielles pour soigner l’infortuné et le soir un bateau de pêche vient mouiller à côté de nous, ils sont 8 sur un bateau plutôt petit pour 8, ils mangent un morceau en balançant des bouts de poissons aux mouettes, ils se couchent tôt et partent au petit jour le lendemain, dur métier que celui de pêcheur

le capitaine ne va pas vraiment mieux mais on lève les voiles pour les Selvagens, autres îles sauvages et désertes, nous mouillons à Selvagem Grande, c’est magnifique mais il y a une houle  et des vagues à décourager les plus endurcis, nous on n’est pas très endurcis mais on n’a pas le choix alors on passe la nuit là, le capitaine a oringué l’ancre mais avec sa bonne crève il a été moins performant que d’hab, c’est un crève-cœur que de vous l’avouer, et le matin on a perdu le orin et le cordage qui allait avec, d’ailleurs si vous voyez une bouée blanche avec un long cordage noir qui se promène en Atlantique, vous serez bien gentil de me contacter, forte récompense à la clé (le capitaine serait tellement épaté qu’on lui retrouve son matériel)

depuis cet épisode houleux, le capitaine appelle cette île déserte « la grande sauvage »

même s’il ne va pas fort du tout, rester là serait le pire des châtiments, alors on repart, je suis à la barre pendant que le capitaine remonte l’ancre, il crie de loin (non pas contre moi, ce qui reste totalement plausible quand je fais une connerie, mais là c’est pour que je l’entende malgré le vent), je le fais répéter avec un grand sourire parce que je n’ai pas compris ce qu’il me crie, il s’égosille (sans sourire) « avance ! Mais avance ! » ah mais ça va pas la tête, devant il y a des rochers, je ne vais pas me faire avoir comme une bleue, je rétorque en m’époumonant que devant il y a des rochers, et il braille « mais regarde derrière ! », je me retourne et les rochers de derrière sont encore plus près que ceux de devant et je vais droit dessus (donc il me bien criait dessus parce que je faisais une connerie) … et bien autant vous dire que depuis ce jour là je pense toujours à regarder derrière, et même à droite et à gauche, je mets à profit tout ce que j’apprends 🙂 

bye

notre prochaine destination est Graciosa, la première des îles Canaries que nous rejoindrons, le capitaine tient à ce que nous partions tôt parce qu’il faut au bas mot 24 heures pour rejoindre l’île, mais s’il n’y a pas beaucoup de vent il en faudra plus et ni lui ni moi ne tenons à arriver la nuit tombée, chez nous, tôt c’est jamais avant 11 heures du mat’, c’est donc vers cette heure là que nous partons tôt pour une partie de roulis et de tangage et pas bézef de vent, ce qui fait que nous sommes plus secoués que s’il y avait un bon vent, le capitaine finit par me demander un truc surprenant … devinez quoi…. allez, je vous aide (ma bonté me perdra) 

a) de lui tricoter un ranch 

b) de l’achever pour qu’il n’ait plus mal à la tête 

c ) de le peroxyder pour lui donner du style 

d ) de lui faire une séance d’acupuncture contre le mal de mer en se traitant d’épave

Procédons par ordre, le capitaine se ferait épiler poil après poil plutôt que de se donner un genre (je lui ai expliqué que de ne pas vouloir se donner un genre est un genre en soi, il a fait cette moue que je connais bien et qui dit cause toujours tu m’intéresses) il n’a pas besoin de ranch en tricot, du moins pas dans l’immédiat, enfin il tient à la vie car il croit qu’après cette vie il ne se passe plus rien, j’ai beau lui citer Lavoisier et Einstein (n’imaginons même pas passer par Lao Tseu) il croit sur comme fer qu’après soi le néant, par élimination il ne reste que la réponse d, vous n’en croyez pas vos oreilles et pourtant c’est bien la bonne réponse ! sonnez hautbois résonnez musettes (Figuré – ironique / marque l’avènement d’une chose attendue / moi j’ajoute que ça marche aussi pour ce qui est des plus inattendus) le capitaine me réclame des … aiguilles !

je ne me le fais pas dire deux fois et je saute sur mes aiguilles, lui en plante 4 en un tournemain et lui fais faire de la respiration ventrale in eodem tempore … il passe progressivement du jaune fané au rose layette et je me dis que c’est gagné et, de fait, il se sent mieux et me répète à plusieurs reprises pendant la navigation que mes piqûres lui ont fait du bien (gloria in excelsis deo)

on se relaie durant la nuit, le vent s’est levé et nous filons à bon train, tellement vite que d’après nos calculs nous allons arriver vers 6 ou 7 heures du matin, quand il fait encore nuit, c’est le comble, on prend un ris pour ralentir et on arrive au mouillage au petit jour, après un bon petit déj’ pour se requinquer le capitaine se couche et je me mets au boulot (dire que je croyais que je pourrais travailler sur mon ordi pendant les navigations, oh l’ignorante petite personne, oh la naïve, oh la niaise) quand il se réveille il est définitivement guéri, nous sautons dans l’annexe pour faire un petit tour sur cette île avant de continuer notre route demain … et quelle île ! un charme tout à fait unique, voyez par vous-même :

On trouve une jolie terrasse avec vue sur le port et on se laisse tenter pour manger (mal) un morceau, je dis mal car la déception me fait exagérer, c’est aussi classique qu’humain d’exagérer quand ce n’est pas terrible, mais pour de bon ça n’était vraiment pas terrible (plus j’y repense plus je me dis que servir quelques frites molasses et tièdes avec des croquettas qui feraient croire qu’on est soudainement atteint d’agueusie, et bien c’est vraiment pas terrible du tout) mais bon ça fait toujours du bien de se dire qu’on se détend et qu’on n’est pas des chevaux, on passe une bonne soirée malgré tout et on repart vers le bateau nuitamment et à pinces, on sort rapidement du bled … nuit d’encre, et quand je dis d’encre, là je n’exagère pas du tout, on n’y voit goutte … mais le capitaine, homme prévoyant s’il en est, sort de sa musette une lampe frontale, on se demande avec une pointe d’effroi s’il y en a pour longtemps de pile parce qu’elle n’envoie qu’un éclairage faible et pisseux, on se croirait dans le désert par une nuit sans lune, bon sang que la nuit peut être noire quand elle est aussi noire que ça ! … on avance, dans les dunes, quand le capitaine éteint sa lampe on ne voit rien, rien, rien du tout, sans la lampe il n’est plus possible de faire un seul pas car on ne voit pas où l’on met les pieds, on avance encore et encore, longtemps, ce qui fait qu’on commence à se demander si on n’est pas perdus mais on finit par sortir des dunes pour arriver sur la route de sable, on n’a qu’à la suivre et on arrivera à la plage où est mouillé Cap de Miol, je dis au capitaine que si jamais la lampe nous lâche, on n’aura qu’à se mettre à l’abri du vent dans les dunes et dormir là pour attendre le jour, il n’y compte pas une seconde, au bout d’une heure de marche dans le sable on retrouve la plage, l’annexe amarrée sur un rocher, et on rejoint le bateau à la rame et aux scrongneugneux du capitaine parce qu’on n’a pas pensé à mettre le feu de mouillage en partant alors on ne distingue pas le bateau, mais le capitaine qui a un sens de l’orientation admirable, du moins l’admiré-je tellement le mien est pitoyable, va au bon endroit là où j’aurais erré toute la nuit entre les bateaux … on se couche sans demander notre reste, pour continuer sur Lanzarote le lendemain et sur les îles Canaries où il est prévu que je récolte de nombreuses données …

Prenez votre calepin et votre crayon-gomme !

  • Placer un orin sur une ancre permet de savoir où elle est et évite d’avoir à plonger ou à abandonner son ancre au fond si elle se retrouve coincée. L’orin fonctionne très bien, mais la galère de l’installer et de gérer la profondeur fait qu’on ne l’utilise que rarement. Le capitaine lui, il l’utilise, il est fortiche 

  • la thérapie des 2 chapeaux consiste en ce qui suit : allonger le malade qui a attrapé froid le jour même au lit, poser un chapeau au pied du lit, puis donner à boire du vin chinois au malade jusqu’à ce qu’il voie 2 chapeaux, le laisser dormir bien couvert, au point qu’il en transpire, et le lendemain matin lui faire prendre une douche tiède – il devrait être guéri (ou mort) (je n’ai jamais testé cette thérapie et ne vous la conseille pas 🙂 )
  • citons Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »
  • et Einstein : « Je crois en une vie après la mort, tout simplement parce que l’énergie ne peut pas mourir ; elle circule, se transforme et ne s’arrête jamais »
  • in eodem tempore : ça veut dire « en même temps » (j’ai fait latin au Bac) (j’ai eu une mauvaise note mais je frime d’avoir fait latin au Bac, on était 2 dans tout le lycée)
  • perclus : je n’allais pas foutre en l’air la rime en notant percluse 😉

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

4 commentaires sur « vers des îles désertes »

  1. Tu trouveras sur ton WhatsApp perso les coordonnées de l’île déserte de Robinson Crusoe/Alexander Selkirk.

    Je ne pensais pas du tout que des aiguilles pouvaient soigner un coup de froid : une découverte …
    Enchantée que tu réussisses à admirer les paysages sous-marins et leurs sples habitants. J’ai quant à moi fait l’expérience du grignotage des pieds par de petits piranhas en Amazonie … la baignade a été de courte durée, je te le garantis 🤣🤣
    Des bisous à tous les deux 🥰🥰🥰🥰🥰

    Aimé par 1 personne

  2. Quel récit magnifique toujours très vivant et plein d’humour.
    Moi aussi j’ai fait latin mais il ne m’en reste pas grand chose à part qqes expressions.
    J’imagine l’angoisse ressentie lorsque vous avez quitté le bled dans une obscurité totale pour rejoindre le bateau.brrr.
    Que de belles expériences.

    Aimé par 1 personne

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