Je ne sais pas si vous avez remarqué,

je prends ma douche sur la jupe arrière avec vue sur le coucher de soleil sur Terre de Bas

mais les lendemains sont faits pour faire quelque chose, aussi le capitaine a t’il bien envie de faire quelque chose, et ce matin c’est de visiter Terre de Bas avant de s’en aller d’ici pour toujours, je lui demande quelles sont ses intentions parce que je tombe toujours à côté de la plaque, genre j’ai mis mon short et mon teeshirt les plus dègues pour aller crapahuter dans la vase mais on finit par atterrir dans un resto avec des nanas en jolie robe (ou comment se trouver en-dessous de tout et inconsolable) ou alors, et je ne sais pas quel est le pire, l’accompagner en petite robe et sandales et me retrouver à ahaner et m’exploser les pieds sur des chemins de terre et de cailloux, désespérant de ne  jamais réussir à être cette créature mystérieuse et envoûtante qui le fera tomber comme une poire blette sous son charme, pourtant ce n’est pas faute d’essayer, je ne sais même pas s’il remarque mes (modestes) tentatives parce que rien dans son attitude ni ses remarques ne le laisse supposer, ou alors il sait formidablement se contenir au point même de ne pas faire frémir ne serait-ce que l’aile d’une narine ou alors encore s’amuse t’il à mes dépens en son for intérieur … ou il s’en fout carrément … ou ne les remarque pas tellement c’est modeste … enfin, je ne lâche pas l’affaire, et à priori on va marcher, alors bermuda en jeans, teeshirt, petit sac à dos avec bouteille d’eau et baskets (ce qui me fait vous dire que je vous écris depuis une laverie automatique où évidement on se vide de ses propres liquides physiologiques sous l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité, mais j’ai oublié de prendre une bouteille d’eau, ça m’apprendra à être toujours dans la lune), on saute dans l’annexe pour rejoindre une plage, passons tout près des pélicans qui nous regardent comme une vache un train, petit saut plein d’élégance pour sauter dans l’eau (j’ai appris à être plus leste et légère et non plus à me vautrer dans la précipitation)(je saute désormais de l’annexe comme certains héros dans un cabriolet sans ouvrir la portière)(presque) et tirer l’annexe au sec, des plombes pour l’attacher parce que le capitaine cherche le meilleur endroit (à l’abri de la marée, des mains et pieds pleins de sable d’enfants qui jouent alentour et auraient la malencontreuse idée d’utiliser l’annexe comme refuge cabalistique, de la pluie, de l’éventuelle intention de nous l’emprunter en oubliant de la rendre, on n’est jamais trop prudent …), on se nettoie consciencieusement les pieds avec une petite serviette parce que ni le capitaine ni moi ne supportons le sable entre les orteils, enfilons nos baskets et partons d’un bon pas vers le bled le plus proche, à savoir Petites Anses, y arrivons presque liquéfiés, il fait bon chaud et on n’a pas le vent de la mer pour faire office de ventilateur, aussi nous arrêtons-nous chez un loueur qui se trouve être une toute jeune loueuse qui n’a pas inventé l’eau tiède et s’exprime en prime avec un accent créole décourageant pour quiconque tenterait de comprendre ce qu’elle raconte, par déduction le capitaine me demande si un scooter ça me va, ça me va, alors on se retrouve tous les deux sur les routes escarpées de Terre de Bas, je m’anéantis les bras à me retenir pour ne pas glisser en arrière dans les montées tout en me penchant en avant selon la requête du capitaine (il faut nous voir couchés tous les deux sur le guidon avec le scoot qui fait le même bruit qu’Evinrude), et pour ne pas glisser sur lui pendant les descentes, en deux heures on en a fait le tour, on trouve un coin de sable à l’ombre pour regarder la mer vue d’ici et puis on rentre en repassant à la rame devant les pélicans imperturbables 

à la rame vers Terre de Bas
à notre droite les pélicans (patrimoine touristique !)

Et on passe à Terre de Haut le lendemain, le capitaine rase la côte à un endroit, ce qui m’étonne grandement de lui parce qu’il y a très peu de fond et il y va franchement sans même jeter un œil sur Navionics qui annonce les fonds ni sur le pilote qui les donne aussi, je préviens bien audiblement 3 mètres 50 !

3 mètres 20 !!

3 mètres morbleu !!!

arrivée à Terre de Haut

notre tirant d’eau est de 2 mètres 40, si ça continue on va râcler le fond, mais il ne veut rien entendre, il est droit debout à l’avant du bateau et regarde avec une intensité inhabituelle, aurais-je loupé quelque chose sans mes lunettes (c’est lourd pour mes oreilles alors je ne les mets pas souvent) mais j’ai bien vite la clé de l’énigme, il veut juste prendre une photo, surprenant que ça soit de si près, on se rappellera de sinistre mémoire le Costa Concordia devant l’île de Giglio, il m’explique qu’il a joué à la pétanque ici quand il a fait sa première traversée de l’Atlantique avec un pote (pote, si tu nous lis, sache qu’il pense beaucoup à toi) il y a déjà quelques décennies, tout ça ne le rajeunit pas et il aurait bien voulu rester toujours jeune, tu m’étonnes, moi aussi ça m’arrangerait, ça y est il a pris sa photo, me dit que ça a changé parce qu’il y a une construction qui n’y était pas, et on s’éloigne en slalomant entre les baigneurs, ça va bien qu’on est au moteur, on s’en va mouiller plus loin, annexe, visite du Bourg

le capitaine a joué ici à la pétanque en 1986, on devrait donner son nom au mouillage, « le mouillage du capitaine » ça claque bien alors les gens seraient d’accord
au mouillage dans la baie de Terre de Haut, classée 3ème plus belle baie du monde après celles de Rio et d’Along

Je trouve (parce que je cherche) un magasin avec des fringues sympatoches comme tout, ne serait-ce que par leur prix, comme cette petite robe à 35 € que normalement je devrais laver à froid mais que je vois tourner en cet instant précis dans une machine qui lave à 40 degrés, peste soit de l’automatisation parce qu’une fois que j’ai eu payé dans leur truc à CB central, la machine s’est lancée sans me demander mon avis alors que j’imaginais naïvement que je pourrais choisir mon programme, la machine n’a pas entendu mon cri déchirant, elle se fout de ma robe et de mes émotions, je vous dirai tout à l’heure pour la robe, quand elle sortira de la machine au cœur de pierre, ça me rappelle qu’il y a des lustres de ça je m’étais demandé pourquoi il y avait des bouts de carton dans ma machine à sécher le linge, et le carton hé bien c’était les Damarts des enfants (j’avais peur qu’ils prennent froid durant l’hiver lorrain et que mon père m’accuse de les maltraiter) qui n’avaient pas supporté,  je n’ai qu’à lire les étiquettes encore que, voyez, j’ai lu l’étiquette pour la robe et voilà …que vous dire d’autre, que je serais une redoutable concurrente dans un concours de rapidité en essayage et choix de fringues en magasin parce que le capitaine a beau me dire de prendre mon temps, il n’en croit pas un mot et son regard pèse des tonnes tandis qu’il déambule d’un pas tout aussi lourd devant la vitrine 

À part ça, on fait le tour de l’île à pinces, très très belle petite île et moi heureuse comme une gamine avec ma nouvelle robe à pas cher, si les hommes savaient ce qu’ils doivent aux petites robes à pas cher ils seraient plus patients 🙂

Le Bourg de Terre de Haut aux Saintes
trèèèèèèès agréable et joli, une véritable carte postale des Caraïbes
une case abandonnée … ça fait peine, ça pourrait servir à tellement de gens !
l’église, charmante comme le village
Terre de Haut vue d’en haut
au loin on voit la Guadeloupe

Le jour suivant on file à Marie Galante, mythique Marie Galante baptisée Maria Galanta par Christophe Colomb en référence à sa plus grande Caravelle, la Santa Maria, bien plus mythique à mes yeux grâce à Laurent Voulzy 🎶, seconde référence culturelle qui aurait cryogénisé sur place feu mon prof de français qui ne jurait que par la musique classique et maudissait ce pauvre Voulzy (on l’appelait Naboléon car il était tout petit et affublé de ce prénom démodé)(ce n’était pas la mode des prénoms démodés à l’époque)

arrivée à Marie Galante, surprenant car elle est plate comme une galette

on en fait le tour, visitons une distillerie qui concentre à elle seule le peu de touristes du jour, et le capitaine en repart avec une bouteille de rhum pour faire des ti punchs (ah ouaiiiiis ? on va se lâcher capitaine ?), de retour au mouillage on se prend grain sur grain, c’est bon pour la végétation répété-je au capitaine quand il se plaint de la pluie

mouillage de St Louis, Marie Galante, avant la pluie
et après la pluie (c’est beauuuu)

et puis on rentre en Martinique parce que c’est bien beau quelques jours de vacances mais le travail et les rencontres herboristes m’attendent, et figurez-vous qu’on a dû commander un nouveau calculateur pour le pilote de secours qui est naze (les mésaventures de French Kiss et Éclipse nous ont rendus prudents), il doit arriver et être dépanné là-bas et on ne sait pas combien de temps on va devoir y rester car nos questions à propos de savoir où se trouve l’attendu calculateur restent jusqu’ici sans réponse, on nous explique que c’est comme ça aux Antilles mais pani pwoblem

Il y a 80 miles à faire pour y arriver, exactement jusqu’à la presqu’île de la caravelle où le capitaine compte passer le cap de la nouvelle année loin des fureurs de notre monde consumériste, alors debout à 4 heures du mat’, il faut absolument arriver de jour parce que l’endroit est plein de récifs de coraux et de cailloux qu’il faut voir à l’œil nu car non signalés sur les cartes, il me dit de rester au lit, tu parles, comment dormir avec le bruit du moteur et du guindeau qui remonte l’ancre, je saute dans mon short et le rejoins, en plus j’ai des scrupules de le laisser manœuvrer tout seul, on repart nuitamment de Marie Galante et on file au vent de la Dominique, ce qui veut dire qu’on navigue côté Atlantique, ah mes amis on ne s’ennuie pas ! Vent de travers, grosse houle de travers, et soudain vent arrière puis vent debout, manœuvres, des grains avec des vagues qui éclatent dans le cockpit, des arcs en ciel et ça repart pour un tour

droit dedans

un des grains nous tombe dessus comme un canard sur un hanneton, je suis dans le cockpit et le capitaine essaie de dormir un peu dans le carré, d’un seul coup des trombes d’eau et le vent passe à 25 … déjà à 30 le temps de héler le capitaine, on avance alors au près bon plein et le bateau gîte de plus en plus, o-my-God, le capitaine surgit tout ébouriffé tel un poussin de sa coquille, je lui dis 38 ! en faisant semblant d’être calme

  • roule le génois !

hop on roule le génois et tout de suite le bateau se calme un peu, et puis on prend 1 ris, on est trempés jusqu’aux os, 5 minutes après il fait grand beau, on lâche le ris et on remet le génois, plus tard il me dit que ça ne sert à rien que j’annonce le vent, que je ferais mieux d’agir, je lui fais remarquer que cette situation était une première pour moi à cette allure et que j’attends toujours les ordres du capitaine, sinon à quoi ça sert d’être capitaine, alors il m’explique que dans l’urgence à cette allure on roule le génois, c’est le premier truc à faire, mais plus tard aussi, après son roupillon, il fait la remarque que la grand voile est bien réglée, et c’est moi qui l’ai réglée, je me pisse dessus (nan, mais il y aurait eu de quoi)

après ça, le capitaine a piqué un petit roupillon dans le cockpit (il a des plus belles jambes que moi parce qu’il a les mollets fins)

on arrive sur les rotules et pleins de sel à l’approche du mouillage de la presqu’île de la Caravelle vers 16h30, slalomons entre les coraux et nous posons une heure plus tard, seuls, pas une lumière, pas un bateau, à l’abri du vent et de la houle, ça c’est clair qu’on va être tranquille pour la nouvelle année, mais on a encore plus de 24 heures avant de sauter le pas, alors le lendemain rando sur la presqu’île dans la mangrove

avant de rentrer dans le mouillage de la presqu’île
… et une fois entrés dedans … mmmh le calme
voilà comment ça se présente Navionics, la trace en jaune c’est nous, quand on revient sur nos pas c’est parce qu’on se met face au vent pour affaler la grand voile, et on voit qu’il faut savoir où on va pour arriver sans encombre jusqu’au mouillage
presqu’île de la Caravelle
balade dans la mangrove, quel sac de nœuds !

et puis padampadadam ! la Saint Sylvestre c’est maintenant, à nous la soirée de gala !

…. alors, pour cette grande soirée qu’avons-nous en magasin ? Il reste quelques œufs et des pommes de terre, ça manque un poil d’esprit festif, je vous l’accorde, alors je fais des crêpes pour le dessert, ça sera bien nourrissant tout ça mais on en a bavé, et en plus il en restera pour le petit dej, que demande le peuple, je mets ma nouvelle robe et défile mine de rien devant le capitaine qui ne bronche pas (essaie encore) et comme pressenti grâce à mon infaillible intuition, Ti Punch avec le rhum de Marie Galante, du rhum à 59 degrés, je manque de décéder en le goûtant, poïpoïpoï ça déménage, le champagne c’est vraiment pour les lopettes, il y a longtemps qu’on dort quand on bascule en 2022 …

oui, c’est bien la fameuse petite robe (qu’est-ce que je vous disais pour les mollets)

et surtout, bonne, belle, TRES BELLE ET HEUREUSE année à vous toutes et tous, à nous tous ensemble, prenez soin de vous et de vos rêves et de vos amours 😘❤️🌈🙏!

notre balade : de Ste Anne (à côté du Marin) à St Pierre, le gribouillis devant Marie Galante (j’ai pas réussi à faire mieux infographiquement parlant) c’est notre aller-retour de St Louis à Grand Bourg et retour à St Louis pour dormir pas mieux car tout autant de roulis, le côté au vent c’est l’océan Atlantique et celui sous le vent la mer des Caraïbes

Toujours bon à savoir

  • Le tirant d’eau est la profondeur d’eau nécessaire à la flottaison normale du bateau.

  • Le près bon plein : lorsque le vent fait un angle d’environ 45 à 60 degrés avec l’axe d’avancée du bateau.
  • Le près serré (du coup) lorsque le vent fait un angle entre 30 et 40 degrés avec l’axe d’avancée du bateau.
le tirant d’eau
les allures, je vous l’avais déjà dit mais je pense aux nouveaux
  • Sur la presqu’île de la Caravelle, on a croisé plusieurs mancenilliers, un arbre dont le tronc, la sève, les feuilles et les fruits (qui ressemblent à des pommes) sont très toxiques, la pluie brûle carrément la peau si on a la mauvaise idée de s’abriter dessous quand il pleut, il pousse dans les zones sableuses et on en trouve le long de certaines plages, il vaut mieux être informé, et le reconnaître n’est pas aisé sauf quand il y a un panneau dessus
  • Ma robe est saine et sauve ! soit l’étiquette est trop prudente, soit l’eau de la machine est loin d’être à 40 !
  • Evinrude : libellule dans Bernard et Bianca, référence hilarante à la compagnie de moteurs marins Evinrude Outboard Motors 

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

12 commentaires sur « Je ne sais pas si vous avez remarqué, »

  1. Bonjour les amis
    Bravo pour les commentaires !
    Je viens en voyage à la Martinique du 1/3 au 8/3 . Je suis en croisière sur le Dumont d’Urville. On va a st Lucie.
    Bises à vous
    Philippe

    Envoyé de mon iPhone

    Aimé par 1 personne

  2. vaaaaaah ! le Dupont d’Urville, le luxe ! la grande classe ! sûrement des douches chaudes 😉
    d’ici là je pense qu’on sera loin, enfin je l’espère ! j’espère que tu nous enverras des photos !
    des bises de nous deux, et merci pour ton message 🙂

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  3. Bonne et heureuse année à vous deux. Je te redis encore merci pour ces jolies photos (jolie avec ta robe blanche) Ici comme tu t’en doutes le matin température négative. Bisous

    Aimé par 1 personne

  4. merci Annie, ça me fait plaisir de vous faire rire, c’est si bon pour la santé, et oui, le capitaine est un peu coincé, mais il n’en est pas moins plein de qualités, sinon j’aurais jeté l’éponge 😀 !

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  5. hey pote, merci pour ton message 🙂 !
    à savoir si tu joues toujours à la pétanque ?
    moi aussi je pense à toi parce qu’on est seulement 2 au monde à avoir traversé l’Atlantique avec le capitaine, il faudra qu’on échange sérieusement sur le sujet 😀

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