On va et on vient …

Marina du Marin

… entre mouillage et marina, on nous accorde une place quand les catamarans charters sont en balade dans les îles avec les touristes et qu’ils laissent leur place vacante, mais quand ils rentrent on nous demande de repartir, nous ne sommes plus les bienvenus quand il y a le plein, alors on retourne au mouillage en attendant de revenir à la marina, ce que souhaite le capitaine pour avoir tout le loisir de bricoler sur un ponton, c’est vrai que sur le pont du bateau il est plié dans tous les sens pour œuvrer … en général on est sur pendille comme des sardines en boite, et puis cette fois là, surprise ! enchantement ! on a une place le long d’un catway, c’est Byzance, c’est comme si on s’apprêtait à passer la nuit dans un formule 1 et qu’on se retrouve au Georges V pour le même prix, ouééé on va pouvoir démonter la GV car le capitaine a pour ambition de la renforcer là où il a noté que le ragage avait laissé ses traces tels les stigmates de l’océan (je serai bientôt aussi poète qu’un marin bourré) 

en face de nous un beau charter avec confort 5 étoiles, même pas drôle

Joie, je m’empresse de l’aider car le capitaine ne mesure jamais sa peine (bien qu’il s’évertue à dire qu’il n’est qu’un fainéant parce qu’il a le culot d’avoir besoin de dormir) et, cerise sur le gâteau, ça me fait réviser comment sont montés les ris et tout le tremblement, mais qui a inventé tout ça sur les bateaux ? 

Une fois démontée, avec des nœuds au bout des ris pour qu’ils ne rentrent pas dans la bôme, on la porte sur le catway, il ne faut pas l’abîmer alors tension chez le capitaine, ça le rend toujours nerveux de penser que je peux faire une connerie … une fois posée au sol (sans encombres) il me dit qu’il veut la mettre plus loin, je n’arrive pas à saisir le pourquoi mais il y a sûrement une bonne raison, il m’indique comment faire : 

  • il faut la soulever pour ne pas la pourrir en la traînant sur le catway
  • Hum hum 
Et bin voilà, elle y est sur le pont !

Elle fait 40 kilos et est longue de plusieurs mètres, je vous fiche mon billet qu’on n’arrivera pas à la décoller du sol, et oui, malgré nos mâchoires crispées et nos fronts moites d’effort on la traîne ni plus ni moins jusqu’à l’endroit élu (je peux vous dire que je n’ai pas fait semblant de la porter, le capitaine a le flair et m’aurait tout de suite épinglée), il ne commente pas, on a fait ce qu’on a pu

Puis il s’en va quérir des bidons d’eau pour les poser dessus afin qu’elle ne s’envole pas avec le vent, j’en prends un, 25 kilos, le trimballe à petits pas pour le placer dans l’optique généreuse de coopérer, de loin il me dit que ça ne va pas et arrive vers moi d’un pas décidé (un tantinet agacé pour être parfaitement exacte), soulève le bidon et le repose 3 centimètres plus loin en me racontant je ne sais quoi, j’ai envie de lui poser ma main en travers de la bouche, tais toi mais tais toi donc, je ne l’écoute plus, l’idée me traverse qu’il se taise soudain pour m’attraper par la taille d’un bras et de sa main libre prendre la mienne, qu’il la retourne et embrasse doucement le pli de mon poignet, glisse ses lèvres dans ma paume, embrasse chacun de mes doigts en plongeant ses yeux dans les miens (petit moment érotique, très Hollywood après-guerre) (en fait plus ou moins érotique, c’est selon chacun, moi, la scène dans laquelle Robert Redford danse avec Kristin Scott Thomas dans l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux me mettrait en transes si je n’avais acquis une maîtrise rudimentaire mais salutaire de ma personne beaucoup trop romanesque) … l’idée n’a traversé que moi, lui est déjà reparti placer ses bidons au centimètre près pour répondre à je ne sais quelle loi céleste, je soupire et lui demande s’il a encore besoin de moi, un jour il sera vieux et il se dira peut-être que les bidons pouvaient attendre et que s’il avait su … mais on le sait tous quand on prend le temps de se le demander … (après réflexion je crois que même sur son lit de mort il répondra qu’il n’y avait rien de plus important que de positionner les bidons) (et il fallait bien le faire  après tout)

Une belle photo du capitaine (ou une photo du beau capitaine) en plein effort

Comme prévu il n’a plus besoin de moi, je dirais même qu’il préfère ne pas m’avoir dans ses pattes alors je m’en vais vaquer à mes propres occupations et me replonge dans mon travail, mes plantes et mes potions magiques, en lui faisant promettre de m’appeler s’il a besoin de moi (ce qu’il fera à chaque fois qu’il faudra déplacer et replier la GV, Isaaaaaa !)

Un jour je fais un saut à la capitainerie et je tombe sur Ountévas 2 (on s’appelle par le nom des bateaux) que nous avions rencontré à Palmeira sur l’île de Sal pendant que nous poireautions dans le local de la police, le nom de ce bateau est occitan comme le nôtre et veut dire « où tu vas », j’aime beaucoup l’idée, et ce qui est drôle c’est que même Ountévas ne sait pas ce que veut dire Cap de Miol (c’est où ? Je ne connais pas ce cap !) alors qu’au Cap Vert les locaux se marraient à chaque fois qu’on le leur disait, ils savaient que Miol c’est la mule 

Retombés sur eux à Mindelo, quelques nouvelles par mail-satellite durant la traversée, puis nos chemins s’étaient séparés car ils étaient allés sur la Guadeloupe … ça me fait hyper plaisir de les voir, on échange nos numéros de téléphone, plus tard sur l’habile suggestion du capitaine je leur fais un sms pour savoir si ça leur dit de venir manger un bout à la maison, vendu (je préférais avoir l’aval du capitaine plutôt que de me lancer dans des invitations à tout crin)

Ma première réception au bateau, événement d’importance ! 

Le jour J je m’en vais faire des courses, le capitaine me demande ce que je vais faire à manger, je n’en sais fichtre rien, ça va dépendre de ce que je vais trouver … et c’est pas compliqué : porc ou poulet, poulet ou porc, ah si, aussi, groins de porc, ça doit plaire dans le coin parce qu’il y en a des rayons entiers, et recherché parce que c’est plutôt cher, moi ça m’interloque, j’imagine le nez de Nifnif, Nafnaf ou Noufnouf debout dans mon assiette et ça me coupe l’appétit …une fois qu’on mangeait chez mes parents, ma fille aînée devait avoir 3 ou 4 ans, maman pose un plat sur la table en  annonçant que c’est du lapin, ma fille (voix tremblotante) :

  • c’est le petit lapin de saute saute saute mon petit lapin ?
  • Moi (effarée) : meuuuh non ! Ça n’a rien à voir ! Il y a le lapin de saute saute saute mon petit lapin choisis un copain, et puis le lapin qu’on mange, rien à voir tu penses bien (Dieu m’est témoin que c’était un pieux mensonge, tout comme quand on a dit aux enfants qu’on avait donné la chèvre à un paysan parce qu’on n’avait pas le cœur de leur avouer que le chien l’avait égorgée dans un probable accès de colère) (elle bêlait sans cesse et je crois qu’un voisin aurait fini par s’en occuper si le chien ne s’en était chargé)

Je tranche pour du porc basique, le fait est que je ne me vois pas dire à mes invités tiens voilà du groin, et j’ai des carottes, allez hop un curry de porc avec des carottes glacées et du riz complet, je cuisine en chantonnant et passe un bon coup de propre dans le bateau, nos invités arrivent avec un cheesecake pour le dessert et le capitaine sort le Ti Punch des grands jours, je mets un peu de musique, j’en ai téléchargé des tas de différents styles pour choisir selon l’humeur du jour (la musique c’est comme les fringues) Isabelle Ountévas me dit qu’elle aime bien, on monte le son et on s’égare à chanter, tout y passe, du Loir et Cher aux yeux d’Emilie en passant par je vais t’aimer, on s’égosille à en faire trembler les murs de Jericho, la totale éclate 🥳!

les carottes c’est comme Joe Dassin : indémodable

NB : elle m’a raconté, entre deux tubes que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, qu’une amie les a rejoints en avion, pendant le vol a dit à une passagère qu’elle rejoignait isabelle qui fait le tour du monde à la voile, la nana lui a demandé si c’était la isabelle qui fait le blog (popularitééééé)

Le Loir et Cher ❤️

Le calculateur arrive enfin et le gars pour le réparer aussi, ça trafique dans le bateau pendant quelques heures … en vain, mines consternées … en plus on est samedi, on voulait partir demain ou lundi, que nenni, lundi le gars revient à la première heure, déclare que le problème ne vient pas du calculateur, démonte un vérin et part avec pour revenir un peu plus tard : le problème était le clapet du vérin, test, ça marche, il repart avec le calculateur et le capitaine fait une belle économie, champagne ! (En fait c’est pour plus tard le champagne, le capitaine en a rangé une bouteille je ne sais où pour quand on passera l’équateur, c’est l’usage) 

LE BATEAU ÉTANT ENFIN RÉPARÉ on peut repartir, on file à Fort de France pour faire un test PCR, obligatoire pour continuer sur les Grenadines malgré les vaccinations et pass en ordre, on préfère y aller en bateau parce que sinon c’est 1 heure 1/2 de bus et comme le capitaine veut y être à 7 heures pour l’ouverture… 

Alors on s’en va, on repasse par le mouillage de Ste Anne où un copain du capitaine est arrivé il y a 3 jours après une traversée de 17 jours depuis les Canaries, son bateau Zulu c’est une fusée et lui un vrai boss aux dires du capitaine, que je crois parce qu’il ne se gêne pas pour en traiter certains autres de bras cassés (il faut dire que parfois on voit de ces trucs, par exemple un cata qui arrive à fond de train dans un mouillage et descend son ancre tellement vite en faisant reculer le bateau que celui-ci pique du nez quand la chaîne se tend) … on s’échange des nouvelles en tournant autour de son bateau et puis on quitte Ste Anne

Zulu un bateau fait pour tracer, et avec François à la barre ça rigole pas
c’est nous !

Notre route passe par le Rocher du Diamant, le capitaine voulait y faire une plongée pendant notre séjour ici mais ils sont allés ailleurs car il y avait trop de vent, je dis ils parce que c’est toujours une palanquée qui plonge, il doit m’apprendre un jour à plonger, là où j’aurai pied … saura t’il me convaincre, ça ….

Le Rocher du Diamant
Il est là vu d’en haut
On passe entre le Rocher et l’île de la Martinique

Après une gentille petite nav’ pour se remettre dans le bain, arrivée au mouillage de Fort de France, un avion passe au-dessus de nous, je fais des grands signes parce que je sais que les passagers regardent par les hublots et si ça se trouve il y en a qui filment et je leur ferai des signes pour l’éternité (toute relative, certes), jetage d’ancre, première partie de nuit agitée car à chaque fois qu’une navette passe elle provoque des vaguelettes qui font danser le bateau brutalement au point de faire tomber tout ce qu’il y a sur la table, on se lève à 5h30 pour être à 7h au labo (bien que j’aie donné mon point de vue au capitaine, à savoir que si tout le monde se dit la même chose que lui on va faire la queue à 7h du mat au lieu de dormir un peu et y aller quand la vague est passée), on arrive à 7h30 et il y a une longue file d’attente, quand on ressort le trottoir est vide et le capitaine me dit tu as gagné, que n’ai-je parié !

On rejoint le bateau avec notre narine curetée et c’est parti pour Carriacou, sous la flotte … mais pourquoi Carriacou, qu’est-ce que notre vaillant capitaine peut bien avoir en tête ? … 

Dans la Baie de Fort de France
Fort St Louis

Adieu Martinique, j’ai un pincement au cœur parce que c’est encore un adieu, je sais que ça apprend le détachement mais je ne sais pas encore partir sans pincement au cœur … vite consolée parce qu’on reprend la mer, c’est une émotion qui m’envahît tout entière et me soulève comme une grande vague … 

Ah ! cette info pour les curieux

  • J’ai regardé sur internet et n’ai pas trouvé qui a inventé les ris, par contre voilà : prise de ris (verbes associés : prendre un ris ou ariser une voile) consiste à réduire la surface d’une voile en la repliant en partie : l’objectif est d’adapter la surface de la voilure à la force du vent lorsque celui-ci forcit. Sur les voiliers anciens, la prise de ris sur les gréements à traits carrés était une manœuvre comportant des risques, car les gabiers devaient grimper sur les vergues, par mauvais temps, pour serrer la toile et que, jusqu’à la fin de l’ère commerciale de la voile (dans les années 1920) les gabiers ne disposaient d’aucun équipement individuel de sécurité et pouvaient soit tomber à la mer (très peu savaient nager et de toutes façons la complexité d’arrêter un navire ancien à la cape et d’affaler une chaloupe de sauvetage par mauvais temps rendaient la tentative illusoire, voire dangereuse pour le navire) ou bien s’écraser sur le pont.
Matelots prenant un ris sur une voile carrée (ici un hunier)
  • Et cette cure de Zeb-a-pik et d’Atoumo, ça donne quoi ? Et bien je vais bien, je ne sais pas ce que je lui dois, mais je vais parfaitement bien !

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

8 commentaires sur « On va et on vient … »

  1. ah ça me fait super plaisir Isabelle 🙂 ! j’espère que vous passez de bons moments, et nous aussi on espère qu’on se verra bientôt, quand j’ai dit au capitaine qu’on a évoqué l’idée d’une langouste à Tahiti, il m’a répondu qu’on se reverra bien avant Tahiti ! gros bisous à tous les deux 😘😘😘!

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