Interview du capitaine

le capitaine a bon dos

J’ai appelé ma grande sœur via WhatsApp dans un wifi point avec un Perrier glacé et des glaçons, ce qui ne me ressemble guère car je sais qu’il vaut mieux boire tiède, pour vous dire à quel point il faisait chaud, et je me serais carrément bien passé les glaçons sur mes mollets bouffés par les moustiques et dans le dos mais j’ai entendu dire que ça ne se fait pas dans les bistrots, toujours est-il que son mari, mon beau-frère donc (nous l’appellerons B, préservons son incognito) se penche sur son épaule et me demande quand est-ce que ça sera le tour du capitaine de donner son point de vue sur mon blog, parce que bien entendu il n’y a que le mien qui n’est sûrement pas assez viril et pour cause, et peut-être pas suffisamment objectif car il est bien connu que les femmes sont des menteuses 🤓

  • ouh tu sais, ce n’est pas son truc, il n’y a qu’à voir son journal de bord, c’est le strict minimum et il ne parle que du vent et de nos allures (je parle des allures du bateau, pas de nos têtes), juste une fois il a écrit que j’avais fait du riz aux champignons et que c’était bon !
  • Mais si ! (C’est B qui parle) tu lui dis d’écrire et tu lui promets que tu ne liras pas (ah bin bravo pour l’idée, comme si je tiendrais une telle promesse) (j’ai lu une fois que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, quel cynisme … et quelle absolution en cas de besoin !)
  • Mais même un SMS il le tape à 1 doigt ! je suis certaine qu’il ne le fera pas !

Et je ne raconte pas de bêtise, je sais qu’il ne le fera pas, je le connais un peu maintenant, et là ça me fait tilt : je vais interviewer le capitaine !

Je le retrouve au bateau après 3 Perriers glacés et pas 1 seul pipi, toujours pour dire, et je lui parle de la proposition de B (bon, c’est Benoit) (je le dis parce que ça me fait bizarre de l’appeler B, ça le rend inconnu) et tout le corps du capitaine se soulève avec ses épaules et ses yeux au ciel, presqu’en lévitation, pour me dire que ça ne lui fait pas envie du tout du tout et là je le ferre 

  • Alors je peux t’interviewer ?

Il n’a pas dit non (2 de suite ça ferait trop) je prends ça pour un oui, le soir on va dîner au Gallery Bistro, tenu par Anna et John, deux anglais qui se sont installés à Carriacou depuis 3 ans, après avoir vécu longtemps à St Martin et en être partis après Irma (le cyclone, pas la cartomancienne) et avoir voyagé, ils aiment l’authenticité de cette île et je les comprends, c’est pur jus ici (je vous raconterai la prochaine fois), John fait une cuisine d’inspiration Indienne bien épicée, heureusement qu’on a choisi un plat médium, épicément parlant, pour ne pas émouvoir outre mesure nos précieuses muqueuses intestinales, assez délicates de surcroît

Je sors mon téléphone, allume posément le Dictaphone (toute cette technologie ne cesse de m’ébahir) le pose entre nous et me lance :

  • bon, alors c’est parti pour l’interview 
  • mfff (moue de condamné) 

En fait je ne sais pas trop par où commencer, et puis je dois dire que je marche sur des œufs (expression imagée : agir en manquant d’assurance par crainte d’ennuis, précautionneusement), en plus  il y a une barge de cailloux qui est arrivée au port et des camions défilent pour la décharger, ça fait un de ces boucans, je crains que cela ne décourage le capitaine et qu’il envoie tout valser avec cette interview qui ne tient qu’à un fil, je me lance prudemment en lui demandant quel est le meilleur moment pour lui depuis que nous sommes partis, je vous laisse écouter, pour que vous voyiez que je ne vous mène pas en bateau … c’est parti pour l’interview-vérité (le capitaine a dit que tout ça c’est des couillonnades) (mais s’est galamment prêté au jeu)

hop, je lui demande son avis sur les repas à bord et sur son équipière 🙂 !

Si je puis me permettre un avis qui est sûrement le bon parce que moi je voyais les mimiques et expressions du capitaine, et bien c’est qu’il m’a dans la peau (expression émanant certainement de tous les polars plus ou moins raffinés que je me suis farcis dans ma prime jeunesse) parce que quand il a dit qu’il ne veut pas changer d’équipière il a baissé pudiquement les yeux et a souri d’un sourire qui voulait dire ça et c’est tout, c’est juste qu’il est mesuré dans sa manière de s’exprimer 🙂

  • et sur la vie en bateau, c’est quoi qui te dérange ? 
  • … (tic tac tic tac) … non … rien 
  • Et c’est quoi que tu préfères ?
  • Des mouillages sympas après une nav’ sympa et qu’on puisse se baigner et voilà 
  • Ah oui …. Ouais … et tu préfères être au mouillage ou naviguer ?
  • Les deux 
  • Et ton mouillage préféré ?

Le capitaine me reprend quand je dis « c’est quoi que », il me dit qu’on dit qu’est-ce que et pas c’est quoi que, et s’étonne que je fasse cette faute autant que lorsqu’il s’émeut quand j’avoue ne plus du tout me souvenir des cosinus, mais il devra s’y faire, c’est quoi que est inexorablement inscrit dans mon langage coloré 

  • et comment tu te vois en tant que capitaine ?
  • et par rapport à la première traversée que tu as faite, est-ce que tu trouves qu’il y a des changements ?
  • … 
  • Dans ta façon de considérer euuuuh (aucune idée de comment finir cette phrase si mal commencée)
  • (la bouche pleine) la technique a changé 
  • Ah ouais (je sais, ah ouais ce n’est pas élégant, je me navre quand je m’écoute)… tu veux dire, par rapport aux appareils de nav ?
  • Oui … aujourd’hui ti a le GPS, les tablettes, les machins les trucs les si les mi …( il dit souvent les si les mi, j’en ai déduit que c’est une forme de et cætera mais n’ai rien trouvé sur internet à ce propos)
  • Mh mh
  • ….
  • Et du coup tu avais préféré à l’ancienne ou …
  • Non 
  • Non ?
  • Non, c’est différent, tu peux faire plus de trucs quand tu sais où tu vas hein 
  • Ouais
  • C’est plus sécurite, c’est ….

Bruits de couteaux et de fourchettes pour manger chaud malgré cette discussion passionnante dans laquelle le capitaine fait feu de tous bois, capitaine qui justement embraye sans même que je l’y pousse, jusqu’où va t’on aller :

  • c’est dommage qu’on ait perdu 15 jours là (il parle de l’attente inutile pour le calculateur)
  • (en mâchant) mouais … (mouais c’est encore pire que ah ouais, je m’enfonce)… mais bon on avait dit que si pour une raison ou une autre on devait rester quelque part bin voilà … en même temps on n’était pas à Selvagem … … Est-ce que tu as des rêves de nav’ ?
  • moi je me dis (c’est moi qui parle) que si tout n’est pas parfait, la vie est plus simple …
  • Est plus ? 
  • Est plus simple … parce que si tout devait tout le temps être parfait …toujours réussir les manœuvres comme si on passait un examen et qu’il fallait avoir 20/20 … (voyez avec quelle habilité sournoise je lui fais passer des messages)
  • Ouaiiiiis… mais quand tu te fous en travers sur une amarre ou que tu touches un bateau … c’est chiant quoi … (il parle de Mindelo)
  • bin ça c’est sûr… mais regarde, le bateau qui était parti plus tôt que nous …
  • C’était pas une référence !
  • Ah bin non ! Mais ça montrait les conditions 
  • Non ! Ça montrait qu’ils ont mal fait leur compte et moi je l’ai fait mal aussi alors que j’aurais dû en tirer des conclusions …
  • Et quand il se passe un truc comme ça, tu y penses beaucoup après ?
  • Nooooon … j’essaie d’en tirer une leçon et puis voilà …

(De vous à moi, il y a beaucoup pensé et il y pense encore, la preuve)

  • j’ai encore une question : qu’est-ce que ça serait que tu pourrais donner comme conseil à quelqu’un qui voudrait faire une transat ? (Bravo pour la formulation)

Je retranscris certains passages, d’une part pour varier les plaisirs, de l’autre pour vous faire gagner un peu de temps parce que le rythme de notre échange est un peu lent je crois 😁 

  • et qu’est-ce que tu as appris pendant cette transat ?
  • ….
  • Si tant est que tu aies appris quelque chose 
  • Parce que moi j’ai tellement appris !
  • … qu’il faut faire attention à son bateau … faire attention au ragage … parce que … ouais …
  • Tu as eu plus de ragage ce coup ci que quand tu avais traversé avec Henri ? (coucou Henri)
  • Non, pas plus … autant 
  • Ouais ? 
  • Il faut avoir quelques pièces de rechange …
  • Il y a un truc qui t’a surpris ?
  • … non non … la mer était croisée donc c’était pas très agréable mais … non non … beuuuh … après le bateau il était trop chargé … (là il dit quelque chose d’incompréhensible même quand je réécoute avec le son à donf dans mes écouteurs)
  • Mais s’il était moins chargé on irait un peu plus vite et après ?
  • Ça serait plus confortable 
  • Ah bon ? Pourquoi ? Il bougerait moins ?
  • Quand il est chargé il se comporte moins bieng que quand il est plus léger 
  • C’est à dire ? Il claque plus dans les vagues ou je ne sais pas quoi ? (du concret capitaine ! du concret !)
  • Ouais il claque plus, il va moins vite, il roule davantage …
  • Mais tu es content de ton bateau d’une manière générale ?
  • Oui … et puis on va pas en changer maintenant 
  • Mais tu n’es pas déçu de son comportement ?
  • Non non !
  • De toutes façons tu le connais bien … tu ne lui parles toujours pas ? (moi je lui parle au bateau, ça fait hausser les épaules du capitaine)
  • Non … mais il est un peu lourd … et qui dit un peu lourd dit bateau fatigant 
  • Et tu le sens en le manœuvrant ?
  • Non mais pour les voiles, pour le gréement, pour le pilote, pour … que le bateau soit lourd même pour nous physiquement, quand tu bordes, quand tu choques, voilà c’est….c’est quand même pas très léger … même si … siiiii … c’est quand même plus léger que ce qu’on faisait il y a 20 ans quoi 
  • Ah oui
  • Mais bon … ça va bieng … il est solide … par contre les anglais savent toujours pas faire le café (on en est au café, moi j’ai pris un thé, ça me fait penser à Ionesco)
  • … 
  • Et est-ce que tu médites en mer ?

Tout ce que je peux dire c’est : merci mon capitaine !

et cadeau ! voilà quelques extraits de son journal de bord à lui !

Bon, je ne sais pas si vous en avez appris plus sur le capitaine avec cette interview qu’avec ce que je vous ai raconté jusqu’ici, à part le son de sa voix (quand il parle c’est tout juste si je n’entends pas les cigales), mais moi j’ai compris un truc : il a dit qu’il n’est pas dans la pédagogie avec moi parce qu’il n’est pas dans le schéma où je serais une de ses élèves, voilààààà qui m’éclaire ! mais si je suis une élève capitaine ! Apprends moi ! in the name of humanity !

en pleine manœuvre en se protégeant du soleil (et c’est rien de le dire)

Je précise que depuis cette interview le capitaine m’a fait faire des exercices, bien pédagogiques pour le coup, il me dit de faire certaines manœuvres et me demande avant dans quel ordre je dois faire ce qu’il y a à faire, c’est super, tout vient à point pour qui sait attendre !

Une question vous brûle les lèvres, je le sens bien, à savoir si j’ai quelque chose à ajouter ? Et bien oui, une fois pendant une manœuvre il m’a secoué les puces et à la fin de la dite manœuvre je suis descendue reprendre mon travail sur mon ordi dans le carré, j’en avais gros sur la patate, il l’a bien vu, il est arrivé un peu plus tard, m’a dit je ne sais plus quoi et j’ai répondu que j’avais peur de le décevoir, c’est tellement vrai, quand j’en ai gros sur la patate c’est vraiment que je me dis que je n’arriverai jamais à le rendre content de son équipière , il s’est récrié que je ne le décevais pas, et que je faisais bien, je lui ai fait promettre qu’il ne disait pas ça pour me faire plaisir, il a promis, pour le coup c’est vraiment dommage que je ne l’aie pas enregistré !

Et pour finir, si vous avez des questions à lui poser, n’hésitez pas, je vous transmettrai sa réponse avec plaisir 😉

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

9 commentaires sur « Interview du capitaine »

  1. Coucou Isabelle! Ya de la vie plein ta poêle à frire et plein tes écrits! Pour l’interview, c’est confirmé, tu es une bonne équipière qui apprend cite et s’adapte facilement. Pour les interviews peux-tu voir avec les iliens? 😂
    Je ne sais pas si je vais pouvoir envoyer ce message, le dernier n’est jamais parti! Voyons voir!😘😘

    Aimé par 1 personne

  2. Coucou.
    Un véritable marin taiseux et solitaire dans l’âme mais qui en sait.. belle tentative que cet interview. On est encore plus avec vous.
    Bon vent Ala prochaine.
    Laura

    Aimé par 1 personne

  3. Hello Isabelle, il n’a pas l’air facile le capitaine. Heureusement que ton humour te permet de prendre ce voyage légèrement… bon vent à vous deux…Annie

    Aimé par 1 personne

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