Et vogue la galère

Jusqu’ici, pour moi Curaçao c’était un cocktail

Direction Curaçao, qui fait partie des Antilles Néerlandaises, je pense avec juste raison que ça sera de la même veine que Bonaire, le capitaine se lève à 5 heures et me dit de dormir parce que pour simplement enlever les amarres de la bouée il n’a pas besoin de moi (je crois qu’il n’a jamais vraiment besoin de personne en fait), je me le tiens pour dit et me lève avec le jour pour préparer le petit déjeuner, le vent et la mer sont plutôt tranquilles, je vois un truc au loin, ce n’est sûrement rien, et puis si ! ça saute hors de l’eau ! un dauphin ! trois ! oh my god ! des dizaines de dauphins ! qui viennent vers le bateau ! je galope à l’avant et m’accroche à l’étai de génois pour les voir jouer avec le bateau, à un moment ils sont 6 côte à côte juste sous l’étrave , ils passent et repassent, un véritable ballet nautique à faire pâlir Esther Williams, j’en prends plein les yeux et le cœur, d’autres longent le bateau, d’autres encore sont plus loin et sautent et plongent et sautent encore, quelle émotion ! … le capitaine émet des sifflements, je ne sais pas si ça sert à quelque chose, les dauphins finissent par nous laisser et le capitaine s’en va piquer un somme

Mais je finis par le réveiller car nous approchons de Klein Curaçao et il va falloir soit lofer pour passer au nord de l’île, soit empanner pour passer au sud et je ne sais pas ce qu’il veut, il me tance, j’aurais dû savoir qu’on ne passe JA-MAIS au vent d’une île mais toujours sous le vent de l’île, alors il aurait fallu lofer mais c’est trop tard, ah bon, ou abattre il y a longtemps pour ne pas avoir à empanner, que ne l’ai-je réveillé plus tôt diantre, je me défends (c’est important de savoir se défendre) et rappelle que nous naviguâmes jadis au vent de la Dominique, mauvaise pioche, ça n’a rien à voir isabelle ! on naviguait suffisamment au large !

j’ai découvert comment dessiner sur Power Point, alors ce n’est pas très droit mais finalement le bateau ne file jamais de manière rectiligne

Bon, du coup on empanne et on descend au vent de Klein Curaçao, que nous contournons puis remontons sous son vent, elle est toute petite et c’est vite fait, toute plate aussi, j’évoque le fait au capitaine (en prenant des pincettes) que de passer à son vent ou sous son vent n’y change pas grand-chose, voire rien, car elle n’est pas assez grosse pour avoir une influence d’importance sur le vent, bougonnement de sa part pour toute réponse mais finalement il se détend et est tout content de la voir sous toutes ses coutures … et si on y réfléchit bien, en lofant soit on serait allés directement à Curaçao, soit on aurait descendu et remonté le côté sous le vent, quel intérêt, j’ai drôlement bien fait de le laisser dormir sinon on ne l’aurait jamais si bien vue 😉

Klein Curaçao et son phare au vent
Klein Curaçao et son phare sous le vent
On a eu tout le temps de bien la voir

Nous arrivons à Curaçao tout court en début d’après-midi, au dernier moment le capitaine avait changé d’avis et ne voulait plus y aller (ça c’est quand il lit trop d’avis négatifs sur Navily), mais trop tard, j’avais pris des engagements professionnels alors il fallait a-bso-lu-ment s’arrêter à Curaçao … nous voilà debout, droits comme la justice dans le cockpit, pour avancer avec précaution dans le chenal d’entrée de la marina de Spaanse Water, tous nos sens en éveil, pas question de s’échouer une troisième fois, le long d’un ponton des agents nous font signe d’accoster, le capitaine me dit de prendre la barre pendant qu’il va placer les pare battages, je continue la route puis fais demi-tour pour revenir au ponton, trop tôt car il doit aussi placer des amarres, j’avance puis à nouveau demi-tour vers le ponton mais je ne suis pas du bon côté (là où le capitaine a mis les pare battages et les amarres), alors encore demi-tour plus loin (les agents nous regardent bizarrement), le capitaine me laissant la barre j’accoste avec autant de succès que de surprise parce que je ne voyais pas où j’allais, ce qui me met un sourire bien niais sur le visage et me rend fort aimable pour échanger les habituelles salamalecs d’accueil et entendre des explications très précises : nous devons aller au mouillage de quarantaine et attendre qu’on vienne à notre bord pour nous faire subir un test PCR, puis attendre les résultats du dit test avant d’aller à terre où nous devrons aller à pétaouchnoc faire les papiers d’immigration, on nous explique avec force gestes que ce mouillage de quarantaine est à gauche, puis à gauche, et enfin juste après le vieux bateau gris, oké, on s’éloigne du ponton, les yeux rivés sur Navionics et sur l’eau … c’est quand que c’est vraiment à gauche ? parce que le chenal s’incurve naturellement vers la gauche … bon, on va dire qu’on vient de prendre la première à gauche … on continue, encore vers la gauche, et puis le chenal s’élargit, il y a des pontons à droite et plus loin devant aussi, le vent monte soudain à 30 nœuds, on a beau être au moteur un tel vent pousse le bateau, le capitaine et moi cherchons le vieux bateau gris des yeux en nous demandant si on a déjà été deux fois à gauche ou pas, je vois sur la tablette qu’un peu plus loin il y a du bleu sur Navionics, je le dis au capitaine qui ne m’entend pas, je m’apprête à le lui répéter mais pense que c’est plus loin et qu’on verra d’ici là, il me dit toujours d’anticiper mais quand j’anticipe il me dit qu’on n’en est pas encore là, alors je plouffe entre les deux pour choisir, ce n’est pas une méthode très orthodoxe mais c’est une méthode, plouf plouf ce coup ci ça tombe sur on verra le moment venu parce que pour l’instant on tourne dans ce morceau de chenal à la recherche du vieux bateau gris …

flrrrrt … un tout petit flrrrrt de rien du tout … comme un truc qui nous freine …

et quatre yeux qui se braquent sur le pilote pour voir le fond … 2 mètres 20 !

Cornegidouille jarnidieu ! merde merde merde (c’est moins élégant mais tellement plus vrai) !!!

Le capitaine enclenche la marche arrière plus vite qu’un cowboy ne dégaine son colt après qu’on lui ait manqué de respect, on sort de là avant de s’être vraiment foutus dedans mais le mal est fait, on a frôlé le fond, c’est presqu’aussi pire que de s’échouer une troisième fois, on finit par distinguer plus loin un tout petit bateau gris, c’est le seul gris alors on y va, on tourne à gauche (2ème ou 3ème fois, c’est selon) et nous voilà dans le mouillage de quarantaine, on se pose, le soir le capitaine me dit qu’il a besoin de boire un coup pour oublier, je tente de le consoler en lui disant qu’on a bien appris la leçon et que maintenant on est prévenus, qu’on est passé par tous les cas de figure je pense, mais il hausse le ton, me dit qu’on est pas fichu de lire Navionics qui nous prévenait des fonds cette fois

  • mais on cherchait le bateau des yeux !
  • c’est pas une excuse ! on est mauvais ! pire que mauvais !
  • baaaaah tu exagères, on était distrait à cause de …
  • NAAAAAN !!! ON N’A PAS LE DROIT D’ÊTRE DISTRAITS !!! (je ressers un coup à boire au capitaine)
tout est dit (en jaune c’est notre trace)

C’est vrai qu’il faut bien un bon coup de rhum pour le détendre un tantinet, l’alcool finit par faire son office et on dort comme deux brutes (si tant est que les brutes dorment plus profondément que les gens intelligents) (il paraît qu’ils se posent moins de questions et que ça aide) (j’ai jamais essayé) malgré la musique techno à fond la caisse d’un night-club à ciel ouvert sur la petite plage du mouillage, on aura tout vu …

la boîte de nuit et les lumières d’une plate-forme derrière la mangrove … un petit mouillage bien cosy quoi 😁
avec le son … et le capitaine qui met un drapeau neuf parce que l’autre était tout déchiré et délavé, ça ne faisait pas très patriotique quoi


Le lendemain ça débarque en nombre et en fanfare pour notre test PCR (on nous demande avec ironie si on a bien dormi), puis 24 heures d’attente pour les résultats, on s’occupe (sainement), et puis annexe pour aller à terre, bus 30 minutes, marche 2 heures (arrêtés longuement à une terrasse car il pleuvait comme vache qui pisse), immigration 15 minutes, marche dans l’autre sens 45 minutes, bus, annexe, rebelote le lendemain pour les papiers de sortie qu’on a refusé de nous faire la veille, pourquoi simplifier l’existence de deux pauvres bougres quand on peut les faire chier, ça fait rire à si peu de frais, nous repartons de Curaçao après 4 jours de formalités sans en avoir rien vu d’autre que le mouillage de quarantaine et la route pour l’immigration (et, c’est digne d’être précisé, un supermarché avec des produits de qualité que je n’avais pas vu depuis des mois ou comment avoir des larmes aux yeux en mangeant une orange) … on comprend avec tout ça pourquoi les navigateurs ne s’y arrêtent guère …

Heureusement, pour aller à l’immigration nous avons traversé WILLEMSTAD
qui a un charme hollandais tout à fait délicieux
on a marché sur le pont tournant de la Reine Emma, c’est un pont flottant qui traverse la baie de St. Anna à Willemstad, la capitale de Curaçao. Il relie les quartiers Punda et Otrobanda de Willemstad. Le pont est articulé et s’ouvre régulièrement pour permettre le passage des navires de haute mer.

Prochaine étape : la Colombie ! on peut dire que ça sent l’aventure à plein nez, entendez bien : la Colombie ! la Colombie et ses cartels, ses FARC et sa cocaïne ! ça sent le souffre quoi !

Mais avant d’y être, il faut y aller …

En partant on passe de l’autre côté du mouillage de quarantaine et on voit la plate-forme en plein jour, sans ses lumières et sans la musique de la boîte de nuit … et Willemstad depuis la mer

Un peu plus tard on passe au sud d’Aruba, on peut dire qu’on aura vu les trois ABC, mais ce qu’on en voit ne fait pas très vacances paradisiaques …

par contre, on a droit à un superbe coucher de soleil

Pour aller à Santa Marta, lieu élu par le capitaine, il faut passer par le Cabo de la Vela, réputé pour être ni plus ni moins que le Cap Horn des Caraïbes ! ça, il ne me le dit pas d’emblée, de crainte de m’effrayer, ce qui est paradoxal parce qu’il m’a déjà fait des réflexions sur le fait que je ne vois pas le danger :

  • ah bon ?! mais quand est-ce qu’on a été en danger ?! ?!
  • euuuuuh …(tête de celui qui se dit qu’il aurait mieux fait de la fermer)

ou en me regardant avec un sourire en coin :

  • tu stresses pas toi … je te dis qu’on va avoir 35, 40 nœuds, tu dis ah bon
  • bin, j’ai confiance dans le bateau … et confiance en toi … pourquoi ? je ne devrais pas ?! tu me caches quelque chose ?! (quasi hystérique) pourquoi je devrais stresser ?!?!
  • non non ! c’est tant mieux … ça sert à rien de stresser … (même tête que ci-dessus)

De vous à moi, évidemment qu’il m’arrive de stresser, quand le bateau est secoué dans tous les sens et que le capitaine se balade sur le pont les mains dans les poches ou tout comme, je stresse

Mais là, pas besoin de stresser, 25/30 nœuds de vent au portant c’est juste bien pour avancer sans traîner

Notre trajet depuis Bonaire vers Santa Marta

Avec le capitaine, à l’instant précis où je vous écris, on discute pour savoir si oui ou non on avait mis le spi, lui dit que oui mais je ne crois pas parce qu’au coucher de soleil on avait 25 nœuds de vent, et même moi je sais qu’avec 25 nœuds de vent on n’a pas de spi ou alors c’est qu’on aime vivre dangereusement (c’est son expression quand je cuisine avec un capot ouvert au vent pour ne pas étouffer, tu aimes vivre dangereusement, c’est fou ce qu’il peut faire chaud dans le bateau quand on navigue et que tout est fermé pour ne pas faire entrer d’eau salée avec les vagues)

Et puis on passe le fameux Cabo de la Vela, la mer est confuse et le vent souffle à 30/32 avec des rafales à 35, pas de quoi s’émouvoir quand on a la couenne dure onrf onrf onrf (rire gras du bourlingueur à qui on ne la fait pas)

et l’eau est d’un vert magnifique, ça ne rend pas bien sur la photo mais qu’est-ce qu’elle était verte !

Le capitaine est content de passer là parce qu’il y a des années de cela (quand il vivait dans l’affliction avant de me connaître et se déliquescait dans une attente cruelle) (😁) il y est venu et a fait de la marche dans le coin, alors il prend des photos comme un paparazzi parce qu’il s’était dit qu’il y reviendrait en bateau et le capitaine il fait ce qu’il dit

Nous continuons notre route jusqu’à Santa Marta, un bateau nous appelle à la VHF, c’est Tamaa, des français, ils nous demandent de les prendre en photo et nous prennent en photo aussi (je ne trouve plus les photos de nous, je crois que j’ai effacé leur message, quelle cruche)

Julien, Nina et leur petit Marcus, né en Martinique et qui navigue depuis
Arrivée à Santa Marta, dans le smog

Je travaille et fais mes consultations dans la Captain Room de la marina qui est climatisée avec un très bon wifi, dans le bateau ce n’est même pas la peine, c’est un four, et puis un petit tour dans Santa Marta, cela fait des mois et des mois que nous n’avons pas vu autant de monde et d’animation avec ces histoires de covid et de confinements, c’est un ravissement, les filles se font maquiller de gros sourcils et mettre des faux cils sur des tabourets dans la rue, j’adore !

une rue avec des stands, des gens, de la musique !

le théâtre de Santa Marta, très Miami South Beach, j’ai essayé de trouver l’architecte qui l’a conçu mais sans succès, si vous le savez merci de me le dire dans un commentaire ci-dessous 🙏!

oui ils osent faire de telles robes, ouiiiiii ! j’en reste bouche bée à côté d’une petite fille aussi émerveillée que moi ! la dame du magasin est sortie dans la rue pour me filer sa carte 😉

Alors c’est grand la Colombie, où aller maintenant ?

coucher de soleil rubicond sur la baie de Santa Marta

Le meilleur pour la fin

  • Esther Jane Williams (1921 – 2013)est une nageuse de compétition et une actrice américaine devenue célèbre par ses films musicaux comportant des scènes de ballets nautiques (je suis archi fan), voyez quel talent : https://youtu.be/akQiZTlXn0M
  • Cornegidouille : juron préféré du Roi Ubu (pièce écrite par Alfred Jarry en 1896 ). Également très très très apprécié de Stephen King.
  • Jarnidieu ou Jarnicoton : Henri IV avait la mauvaise habitude de dire « Jarnidieu » (« je renie Dieu »). Son confesseur, le père Coton, lui fit remarquer que c’était indécent dans la bouche d’un roi (nouvellement) chrétien. Mais Riton lui fit remarquer qu’il n’y avait pas de mot qui lui fut plus familier que le nom de Dieu, excepté peut-être celui du père Coton. Pas déboulonné, le religieux répondit : « Eh bien ! Sire, dites : Jarnicoton ! »
  • Déliquescence : nom féminin
  1. 1.DIDACTIQUE Propriété qu’ont certains corps de se liquéfier en absorbant l’humidité de l’air.
  2. 2.AU FIGURÉ Décadence complète ; perte de la force, de la cohésion.
  • Smog : anglicisme – brouillard épais formé de particules de suie et de gouttes d’eau, dans certaines régions humides et industrielles.
  • Santa Marta est la capitale du département de Magdalena et le troisième grand centre urbain de la région Caraïbes après Barranquilla et Carthagène des Indes. Elle fut fondée le 29 juillet 1525 (fête de Sainte Marthe) par Rodrigo Galvan de Las Bastidas (olé). C’est la première ville construite par les Espagnols en Amérique du Sud.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

8 commentaires sur « Et vogue la galère »

  1. Coucou Isabelle  Toujours bon pied bon œil dirait-on ! C’est drôle, j’ai l’impression que vous êtes un peu hors du temps, bien loin des tourments de notre continent…Je vous souhaite de belles rencontres en Colombie, loin des cartels et des armées révolutionnaires ! 😉 Je t’embrasse  Corinne 

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