Transpac 2/3, on avance, on avance

on peut voir, à l’écume, qu’on trace

20 avril

Et même on avance bien, à l’heure où je vous écris, 15h14 heure de Panama soit 22h14 heure de Paris, il nous reste 2386 miles à faire sur les 4000 de départ, on est tout seul tout seul tout seul, pas une voile ni à l’horizon ni sur l’AIS, pas un cargo, pas un navire de pêche, depuis des jours : tran-quille

Etant passés à plus de 5 degrés de latitude Sud, nous sommes donc largement sortis du Pot au noir, le vent est plus constant en direction et en force, on navigue pour l’heure au travers avec 20 nœuds de vent, ça secoue un peu avec la houle de travers mais on avance à 8,5/9 alors ça va bien, le copain du capitaine sur Zulú a mis 24 jours, ça serait bien pour le capitaine qu’on fasse aussi bien, moi je demande juste à ce que ça soit cool jusqu’au bout

Mais ce n’est pas tout ça, qu’est qui change entre l’Atlantique et le Pacifique et la mer des Caraïbes alors ?

Pour l’instant, des 3 et de loin, c’est dans les Caraïbes qu’on a eu les mers les plus agitées, bien que j’aie été baptisée au genre entre Gibraltar et Cadix puis Cadix et Porto Santo, et en partant de Mindelo aussi … mais c’est devant Barranquilla en Colombie que c’était le pire, Caraïbes donc

Le truc le plus marquant visuellement parlant c’est qu’on n’a pas vu la moindre trace de sargasses depuis notre départ de Panama, alors qu’on en avait plein en Atlantique et encore plus aux Caraïbes, et les poissons volants ont l’air plus malin ici car à part un bébé de 2 centimètres balancé sur le pont par une vague, aucun n’est venu y agoniser la nuit, on a juste eu 2 pulpitos et le capitaine de m’affirmer qu’ils ne sont pas arrivés là avec une vague mais ont sauté avec leur petites tentacules … voilà ! imaginez des pulpitos long de 5 centimètres se propulser de plus d’un mètre de haut d’un bon coup de tentacules ? Je crois que le capitaine veut juste voir jusqu’où va ma crédulité (j’irai vérifier sur internet de quoi sont capables ces petits engins) (quand j’aurai internet) (jour béni)

Sinon ce qui change c’est l’allure de navigation puisqu’en Atlantique nous étions toujours au portant et qu’ici nous avons fait du portant, du près, du travers et un peu de largue… bon, qu’est-ce que je préfère ? C’est sûr qu’au portant c’est plus confort mais le capitaine a toujours envie de tangonner un truc alors on manœuvre en veux-tu en voilà, mais au près et au travers c’est peinard, c’est GV et génois du même côté, et basta, même si ça gîte et que ça n’est pas pratique pour faire la cuisine et la vaisselle, encore moins pour s’oindre la peau de lait hydratant (cruel manque d’élégance dans l’exercice), les manœuvres sont réduites à peau de chagrin, juste un coup je remonte un peu le chariot et je donne un tour de winch ou je fais l’inverse, je dis je mais c’est le capitaine qui s’en charge après me poser la question :

  • Bon, on est plus abattu là, on fait quoi (je ne mets pas de point d’interrogation car il n’interroge pas, il exige une réponse)
  • ondescendlechariotpourouvrirlagrandvoileéventuellementonlachoqueunpeuonavancelepointdetireetonchoquelegénois (en un seul mot)
  •  … (temps de réflexion pour voir ce qu’il y a à redire) … ouais (de glace) (le compliment ne fait pas partie de sa palette pédagogique, le compliment ramollit)

Padampatchi ! (autocongratulation)

En même temps ça serait vraiment malheureux que je ne sois toujours pas capable d’avoir compris ça

Le capitaine trouve une différence parce que, sic, c’est beaucoup plus grand, mais ça c’est intellectuel je lui dis puisque de toutes façons on ne voit pas plus loin que l’horizon et que ça limite de fait la notion de grandeur, et j’ajoute que je trouve que le ciel est plus impressionnant que l’océan car l’océan c’est en 2 D mais le ciel lui est en 3 D et bien plus immense que l’océan

  • Ne demande pas à voir l’océan en 3 D alors, ça serait mauvais signe hinhinhin (fameux rire de psychopathe une nuit de pleine lune)

Si je n’avais pas vu les cartes ni passé le canal de Panama, je penserais juste que la planète est un vaste océan interminable et voilà

21 avril

20/22 nœuds avec pointes à 25/28, la mer suit, ça roule comme ça faisait longtemps mais au bout de ces quelques jours de nav’ nous sommes bien amarinés donc jusque-là nos estomacs tiennent le coup

Au petit dej j’ai dit au capitaine que je me demandais qui avait inventé l’air comprimé et comment il s’y était pris pour comprimer de l’air, le capitaine a ralenti sensiblement la mastication de sa tartine de pain noir (il aime moyen) et m’a regardée d’un air perplexe

  • Pourquoi tu penses à ça ?
  • oh comme ça, je pensais aux bouteilles de plongée (c’est faux, je pensais que malgré le taux d’humidité dans le bateau, et qui d’ailleurs fait que j’ai la peau moins sèche, les amandes gardaient une bonne tenue et restaient croquantes, peut-être grâce au fait que je les avais mises dans un pot avec un couvercle qui se visse, donc est-ce que les amandes avaient chassé l’air du pot ou les avaient-elles un tantinet comprimé ?)

Le capitaine m’a expliqué plein de choses sur l’air comprimé, je vous en fais grâce (c’est à moi que je fais grâce), juste il est parti d’un pneu de vélo dans lequel on force l’air à y entrer avec la pompe et même que ça chauffe parce que les molécules d’air se bousculent dans un moindre espace (de vous l’expliquer ça me fait le retenir, c’est bien) il a été jusqu’à me ressortir des formules mathématiques que tu avais apprises à l’école n’est-ce pas isabelle (P1V1 = P2V2 ou un truc du genre) vous comprenez pourquoi je ne lui ai pas dit pour les  amandes, pas la peine qu’il me pense plus bête que je ne suis, mais peut-être qu’en vissant le pot d’amandes on comprime tout de même un peu d’air après tout (du coup ça chauffe un peu et ça assèche l’air du pot et ça garde les amandes croquantes) (je me garde bien de lui raconter ça)

Cette nuit il y avait plein d’étoiles, on a cherché sans la trouver La Croix du Sud, c’est peut-être encore trop tôt, j’ai dit au capitaine que maintenant on navigue la tête en bas et qu’on ne tombe même pas, ça l’a fait sourire jusqu’aux yeux

encore aujourd’hui je n’ai pas réussi à la distinguer, il y a trop d’étoiles quand je lève les yeux !

22 avril

12 jours que nous sommes partis de Panama, j’ai l’impression que jamais rien d’autre n’a existé que le rythme de la mer et du vent et nos tâches quotidiennes à exécuter, je ne vois pas passer les jours

Nous avons eu environ 24 heures bien dynamiques, 25 à 30 nœuds de vent, si on était au portant ça serait de la rigolade, mais au travers avec une bonne houle de 2,5 à 3 mètres et des vagues qui claquent dans le bateau, c’est pas la même, on a dû prendre 2 ris, mais bon, ça ne m’a pas empêchée de cuisiner et de manger, le capitaine a dit que j’étais courageuse et que j’étais un vrai … mataf ? Je ne sais plus quel mot il a employé, je lui ai demandé ce que ça voulait dire et il m’a répondu un vrai marin, cuisiner dans ces conditions il faut être un vrai marin (ô suc délectable qui coule dans mes conduits auditifs jusqu’à la case récompense de mon cerveau)

Pour l’heure le vent a adonné et nous voilà donc au portant avec 20 nœuds, une vraie balade, dans une trentaine de miles nous seront pile à la moitié de notre traversée, c’est marrant de prendre sa douche au milieu du pacifique, je reste assise sur la jupe arrière avec les pieds dans l’eau et ça fait des grandes gerbes d’eau qui m’éclaboussent

Bon, on lâche les deux ris vu que le vent est de nouveau autour de 20 nœuds, le capitaine lofe, lâche les ris que je m’occupe de laisser filer droit (c’est papa qui voulait que je file bien droit) (il a arrêté de me donner des conseils un jour, croyant que je faisais tout le contraire rien que pour l’embêter), le capitaine me dit de border la GV, ok, puis d’aller appuyer 2 fois sur le bouton du pilote pour abattre de 20 degrés, me voilà sous la casquette du cockpit

  • Donc 2 fois sur le bouton de droite ? (ça s’appelle reformuler une question pour être certaine de s’être bien compris, la base)
  • oui

La langue entre les lèvres, je pointe mon index bien droit et j’appuie une fois sur le bouton, biiip, j’attends 3 secondes pour être certaine que les deux fois soit distinctes et appuie une seconde fois, biiiip, ce faisant j’ai le temps de lire l’écran du pilote qui indique 96 degrés à gauche et 76 degrés à droite et m’en retourne finir de ranger les ris, peu après le capitaine me demande quel cap on fait, je ne sais pas alors je descends voir puisque d’après lui le cap indiqué en bas est plus juste que celui du cockpit, ma foi, on est à 220 au lieu de 240

  • Mais alors tu n’as appuyé qu’une seule fois sur le bouton !!!!!!

même si c’était vrai ça ne serait pas la peine de s’énerver mais non, vous êtes témoins

  • Aaah j’ai appuyé 2 fois dessus, c’était écrit 76 à droite et 96 à gauche et ensuite les deux étaient à 96
  • NAN ! c’était écrit 86 à gauche !
  • (prenant mon courage à deux mains) donc tu insinues que je te raconte n’importe quoi, c’est très désagréable à la fin
  • c’est pas désagréable gnagnani gnagnana (je suis descendue faire la vaisselle pour ne pas entendre) (pour ne pas exploser comme un pop-corn) (parce que je suis non violente)

Je file ensuite faire ma toilette pour laisser passer du temps car je sais qu’il faut 20 minutes d’isolement au moins pour que les émotions humaines se tassent un peu, puis sors dans le cockpit pour aller prendre une douche mais le capitaine est en train d’enfiler le harnais dont j’ai besoin pour m’attacher, il veut remonter Tintin (c’est l’hydrogénérateur, je suis contente qu’il l’appelle Tintin désormais parce qu’avant son nom c’était le merdier et comme tout est ondes dans notre universel monde, je craignais que l’hydrogénérateur ne se démoralise et ne nous lâche, Tintin c’est mieux)

Je redescends pour mettre Tintin en roue libre avant de le sortir et quand je remonte le capitaine me demande justement de le faire

  • C’est fait (dis-je) mais tu peux aller vérifier si j’ai bien appuyé sur le bouton (non mais)
  • Ooooh dis ! tu n’vas pas …
  • Ah mais si je vais ! (lui coupé-je la parole)

Et de lui expliquer par le menu que j’ai bien appuyé deux fois et que je ne vais pas inventer ce que j’ai vu sur l’écran et que de toutes façons ce n’est jamais bien comme je fais et qu’il ne me croit pas et que ça me donne l’impression d’être une grosse nulle incapable d’appuyer deux fois sur le bouton et que et que et que …

  • Je ne suis pas assez positif c’est ça ?

il est contrit, et de le voir comme ça mon cœur n’est plus que du beurre mou … il m’explique qu’il ne m’accuse pas de mentir mais que j’ai très bien pu croire que mais faire autre chose (c’est vrai ça …ouuuuh il m’embrouille), ou alors peut-être que c’est lui (ça a du mal à sortir), et que je ne suis pas une grosse nulle et que d’ailleurs je n’ai qu’à lire ce qu’il a écrit dans son journal de bord :

le capitaine note les heures GMT, pour me perturber dans mes repères y’a pas mieux

La paix revient à notre bord, n’empêche que je lui dis que la prochaine fois je filmerai quand j’appuie sur le bouton (y penser)

Mais l’événement du jour c’est que, en 12 jours moins 15 minutes et avec 2 détours, soit un vers Malpelo et un aux Galápagos, nous avons fait la moitié du chemin ! Il nous reste donc 1998 miles à faire, le capitaine ayant compté exactement 3997 miles depuis Panama

La moitié ! le compte à rebours est lancé maintenant, mais du coup si notre moyenne chute nous allons nous énerver, c’est ça le problème quand on se réfère à une donnée, c’est terrible

Le capitaine tempère mes élans car nous avons fait un peu de moteur au niveau de Malpelo et des Galápagos quand le vent était tombé à 1,5 nœud, soit, allons ! Je suis large d’esprit ! On va alors juste dire que nous avons fait la moitié du chemin en 12 jours et sans détour, c’est du pareil au même (je le dis au capitaine qui fait une moue, les arrangements c’est pas son truc)

la lumière du crépuscule est unique, nous en l’avons vue nulle part ailleurs telle quelle

23 avril

Le capitaine a dû bricoler la nuit dernière, la poulie du rail de génois étant naze fait que ça a cisaillé l’écoute de génois qui a lâché en pleine nuit, alors hop, dépannage 24/24, il a réparé l’écoute une première fois sans avoir vu pour la poulie, qui a cisaillé une seconde fois l’écoute, alors re-hop pour bidouiller un nouveau passage pour l’écoute via un anneau de friction, l’anneau de friction c’est la main de Dieu (Dieu a plein de mains, grâce à Dieu)

prenez des notes pour le jour où vous en aurez besoin !

On pourrait penser qu’alors il était tranquille pour la journée mais au lever il a vu qu’une latte de la GV était sortie, il faut dire qu’on navigue au largue avec entre 20 et 28 nœuds de vent selon les moments, du coup la GV vibre beaucoup (malgré bien des bidouillages pour tenter de limiter la vibration du guindant de la voile), on a passé le petit déjeuner à se demander comment on allait faire : prendre 3 ris et se débrouiller ainsi ? Affaler et le faire avec la voile sur la bôme ? Sortir les coulisseaux du mât pour poser la GV sur le pont ? Nos fronts étaient soucieux et je pensais que c’était foutu pour notre moyenne, quand je vous dis que c’est le problème dès que l’on a des références… la compétition ! le dépassement de soi ! c’est fatigant au possible, je ne militerai jamais assez pour l’épanouissement de soi bien plus propice au bonheur crois-je dur comme fer

Le capitaine, et je lui en sais gré, décide qu’on va commencer par faire simple et que si ça ne marche pas, on fera compliqué, on allume le moteur (qui a de plus en plus de mal à démarrer en mer, va falloir résoudre cette énigme) pour se mettre face au vent, rouler le génois et affaler la voile, avec une mer bien formée c’est toujours un plaisir de se retrouver face aux vagues et de se prendre des paquets d’eau sur le coin de l’œil

Puis le capitaine fixe la bôme pour qu’elle ne balance pas de droite et de gauche pendant l’opération, on avance sous génois pour ne pas perdre de temps (il avait aussi été question de se mettre à la cape pour intervenir mais non, la moyenne palsambleu, la moyenne !) enfin il monte sur le taud du cockpit, me demande les outils que je lui passe comme un bistouri avant l’incision, puis vais en pied de mât à sa demande et à nous deux nous réussissons à remettre la latte, re face au vent pour hisser la GV, re problème pour démarrer le moteur, en hissant on a plus de 27 nœuds de vent alors on décide de prendre 2 ris (pas envie que la latte redégage), on redéroule le génois qui avait été enroulé pour hisser la GV face au vent, je laisse le capitaine finir de tout ranger et vais faire à manger, le vent tombe d’un coup alors en pestant il lâche les deux ris qu’on venait de prendre … on mange il est plus de 15 heures …

le capitaine, attaché (c’est le même harnais que j’utilise quand je prends une douche) et la tête protégée du soleil (il a réussi parfois à m’astreindre à faire comme lui, j’ai failli mourir étouffée, il remonte son machin jusqu’aux yeux)

Le reste de la journée se passe sans encombres, le soir je cuisine du chou et des carottes avec des oignons, le capitaine s’effare en croyant que je fais de la soupe alors que personne n’est malade, nous laissons dans notre sillage une odeur tenace de chou, ça n’attire personne, on est toujours aussi seuls en plein Pacifique, nous mangeons la nuit venue, le capitaine me dit que c’est bien bon, bah oui, il faut cuire le chou et les carottes jusqu’à les confire et c’est vachement bon et quand c’est bien cuit ça ne fait pas péter (ou moins quoi) et c’est drôlement important dans un bateau

24 avril

On sait que ce sont les élections en France et on attend les résultats comme tout le monde (expression consacrée car tout le monde entier ne les attend pas forcément, j’en suis bien consciente)

Il fait soleil et 15 nœuds de vent, mer plus calme, ça fait du bien, et bien que ça soit le jour du Seigneur, le capitaine a du travail : changer la poulie du rail de génois car on ne va pas laisser un anneau de friction tout le reste de la traversée (ah bon ? une aussi judicieuse installation ?)

un bateau c’est fragile, faut bricoler avec douceur (toujours relativement à cette vivacité d’esprit qui vous caractérise, vous aurez vu le bracelet en plastique orange qu’arbore fièrement le capitaine à son poignet droit, ce qui ne laisse pas de m’étonner car ça peut s’accrocher n’importe où et lui arracher la main, je le lui ai bien dit, mais c’est le bracelet qui permettait d’aller et venir à Flamenco marina et il a dû faire un vœu car il ne veut pas l’enlever avant qu’il ne tombe tout seul, je lui ai raconté que plus jeune je portais des bracelets brésiliens et qu’il faut faire un vœu qui se réalise quand le bracelet tombe tout seul, ça lui a visiblement fait de l’effet) (le capitaine est superstitieux bien qu’il avouerait le contraire même sous la torture 😂😂😂)

25 avril

Selon nos calculs, en tenant compte de notre moyenne depuis notre départ, nous serons arrivés à destination dans moins de 9 jours, mais nous ne sommes jamais à l’abri d’une mauvaise surprise qui nous retarderait (c’est le capitaine qui parle)

Comme le vent est descendu et que justement si nous voulons arriver dans moins de 9 jours y’a pas intérêt à relâcher nos efforts, après moult réflexions, spi ou gennak, gennak ou spi, le capitaine décide de lancer le gennaker, il faut dire que j’ai un peu fait pencher la balance de ce côté, si vous vous demandez pourquoi et bien c’est tout simple et en dehors de toute considération de navigation, c’est parce que ça me parait plus stable que le spi (et pas parce que ça fait joli), donc première fois pour moi : le gennaker !

Alors comment ça se goupille, le capitaine me dit que c’est comme le spi, mais je le reprends

  • Tu m’as dit qu’il n’y a pas de bras, juste une écoute
  • Oui
  • alors on fait comment ? explique-moi point par point que je sache quoi faire au bon moment !
  • je vais accrocher ça à l’étrave (il me montre une manille avec un bout de corde) pour le point d’amure, on met l’écoute avec un barber, on hissera le gennak en premier et tu reprendras l’écoute ensuite
  • ok (je visualise parfaitement, c’est pas des blagues), tu t’attaches pour aller sur l’étrave ?
  • ooooh pas besoin …
  • siiiiii tu t’attaches
envoyer le spi ou le gennak ne se fait pas d’un claquement de doigt !

En fait je n’ai pas peur des manœuvres en elles-mêmes, ni du vent ni des vagues, surtout que là ça va bien quoi, je n’ai jamais subi de vagues de 8 mètres encore et j’espère ne jamais vivre ça, ce dont j’ai peur c’est que le capitaine tombe à l’eau, j’ai beau me répéter qu’il n’en a ni l’intention ni l’envie, ça reste présent, malgré moi j’ai une décharge d’adrénaline s’il n’apparaît pas dans mon champ visuel dès l’instant où je tourne la tête, c’est pour ça que j’aime bien quand il dort, parce qu’il est en sécurité … ça me fait penser à Julien et Nina de Tamaa, Julien est tombé à l’eau en remplissant un seau d’eau de mer (il n’est pas épais Julien et le poids du seau l’a embarqué) et elle dormait, dans son sommeil elle a entendu un plouf et ça l’a réveillée et elle a récupéré Julien, coup de bol parce que ça va vite de ne plus voir une petite tête entre les vagues, de me dire que c’est arrivé à des gens que je connais a rendu la possibilité plus que possible, rien que de vous raconter ça, ça me noue l’estomac, en même temps faut pas y penser sinon ça risque d’attirer la poisse donc n’en parlons plus s’il vous plaît

Et ça se passe comme il a dit, on envoie le gennaker comme si je l’avais toujours fait, pas un mot plus haut que l’autre, ensuite on déroule aussi la trinquette et nous voilà au largue en avançant à 7/8 nœuds avec 15/16 de vent, on glisse bien, la bonne humeur règne sur l’équipage

Quand on remonte l’hydrogénérateur, il manque une pale de l’hélice, c’est la deuxième fois que ça arrive, mais on a encore deux hélices de rechange alors ni une ni deux, notre capitaine courage s’en va bricoler sur la jupe arrière en prenant un bon bain de pieds, et en deux coups de cuillère à pot nous voilà avec un hydrogénérateur neuf, ou en tous cas réparé, une fois encore ça nous fait manger tard, le capitaine dit qu’il ne nous reste qu’à prier pour que la drisse de gennak ne lâche pas avec le ragage, c’est bon j’ai fait un vœu pour mon premier lancer de gennak, ça devrait tenir, sinon à quel saint se vouer je vous demande un peu

on peut observer qu’il ne reste déjà plus que des oignons dans les filets pendus sous les panneaux solaires, on a mangé tous les ananas et les bananes

À 17h30 on descend un peu le gennaker et le capitaine voit d’en bas que la drisse de gennaker est déjà bouffée, c’est dingue, on affale et on renvoie le gennaker avec la drisse de spi, je partage ma réflexion

  • ça fait 5 heures qu’on l’a mise et la drisse était déjà bien entamée, tu crois que la drisse de spi tiendra toute la nuit ?
  • j’espère
  • si elle pète le gennak va chaluter ?
  • oui mais le pire c’est qu’on n’aura plus de drisse de spi
  • alors il ne vaudrait pas mieux mettre le génois pour la nuit ?
  • mais on se traîne !
  • ouais mais on aura toujours une drisse de spi
  • faut faire des choix
  • bon … on verra
  • c’est ça

je vous dirai demain …

le grey tape et la gaine sont déjà bouffés

on voit un bateau à l’AIS ! le monde existe toujours ! C’est un cargo japonais, Snow Camelli, 210 mètres de long et 37 de large, un mur en pleine mer, à 13 miles de nous, la porte à côté, malgré le temps clair on ne l’a pas en vue et il disparaît comme il est apparu de notre écran d’AIS, on est de nouveau tout seul

une nouvelle nuit

Pour celles et ceux qui ont le courage 😉

  • La Croix du Sud est une petite constellation de l’hémisphère sud, la plus petite de toutes les constellations, elle est utile pour trouver le pôle Sud céleste. En l’absence d’une étoile similaire à l’étoile polaire de l’hémisphère nord dans l’hémisphère sud, deux des étoiles de la Croix du Sud sont utilisées pour le déterminer : en suivant la ligne formée par Gacrux (ou γ) et Acrux (α), dans un certain sens, sur 4,5 fois la distance entre ces deux étoiles, (soit ~25° au Sud de Acrux), on tombe sur un point proche du sud céleste.
  • Alors c’est pas tout ça, mais à quelle hauteur peuvent sauter des petits poulpes ? et bien j’ai eu beau entrer différents mots en moteur de recherche, je ne suis tombée que sur des recettes de poulpes sautés à l’ail 🐙, encore un sujet d’études passé à l’as
  • Si la curiosité vous tenaille à propos de l’air comprimé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Air_comprim%C3%A9
  • Un mataf est un mousse, un matelot, c’est-à-dire membre d’un équipage qui manœuvre, conduit un bateau, un navire. Le mataf travaille dur et pour cause, il adore son job !

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

4 commentaires sur « Transpac 2/3, on avance, on avance »

  1. Wow! Superbement paisible cette traversée du Pacifique. Mais vigilance (rime avec intelligence) oblige et le travail ne manque pas. Merci pour ce récit; il est d’une telle richesse : spi, poulpe, croix du sud, annotations, photos et videos …et puis le thème du dépassement de soi vs l’épanouissement m’ont fait penser à l’iris vs la pivoine. J’ai hâte à votre arrivée parmi les îliens et les fleurs!

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