D’amour mourir vos beaux yeux, belle Marquise, me font

Du coup on continue notre route pour 481 NM, on en a aussi pour 3 ou 4 jours selon le vent, le capitaine a opté pour Fatu Hiva, ça me fait une belle jambe, non que je m’en fiche mais il me dirait Honolulu ou Zanzibar que ça serait couasi pareil pour moi, c’est quand je découvre un endroit que me vient la curiosité de voir où ça se trouve sur une carte (« le vrai voyageur ne sait pas où il va » Lao Tseu) alors que lui s’en enquiert toujours auparavant, j’ai déjà dû vous le dire mais il est incollable en géo, encore qu’il ne connaisse pas les roilleguebreugueuldis (ce n’est pas un endroit mais un plat qu’on mange dans les Vosges et l’Alsace, en rando, pour dire qu’il ne connaît pas du tout cette belle région et ce plat qui tient au corps, ce qui me permettra d’avoir un coup d’avance sur lui si on doit évoquer le sujet, ce qui ne le tente mais alors pas du tout)

Jeudi : vent de travers entre 10 et 15 nœuds, on avance à 6/7 et puis ça monte à 22/25 nœuds, toujours au travers avec une mer bien formée, une houle de 3/4 avant et des vagues qui arrosent le bateau, l’une d’elles plus violente que les autres fait carrément sauter les 2 bouchons des aérateurs à l’avant et inonde l’équivalent d’un bon seau d’eau de mer sur la couchette avant, elle est trempée, les draps, les oreillers, les matelas plein d’eau salée, le capitaine, un poil énervé, me demande si j’avais bien enfoncé les bouchons, je me sens toujours comme une gamine prise sur le fait (mais lequel) quand il suppute ce genre de truc, mais oui je les avais bien enfoncés ! Dieu m’est témoin ! il me regarde par en dessous en les remettant mais rebelote un peu plus tard, une autre vague bien sentie fait sauter les mêmes bouchons et arrose pareillement la couchette avant, je me garde de ricaner, surtout quand il part en zigzagant sur le pont chahuté pour aller scotcher les aérateurs avec du grey tape afin que ça ne le refasse plus, tout en maugréant qu’il ne pensait pas naviguer si loin sinon il aurait mieux préparé la nav, pouvait on deviner qu’on se ferait jeter d’Hao ? et qui dit qu’une vague n’aurait pas fait sauter les bouchons avant Hao ? mais bon on avance à 7/8 nœuds alors on arrivera vite, heureusement qu’on naviguait déjà avant ça m’évite d’être malade quand je suis habituée

Vendredi idem et on navigue toujours sous GV avec 1 ris et trinquette, on trace à 7,5/8 et c’est tant mieux parce que le capitaine en a marre, il ne s’était psychologiquement pas préparé à une semaine de nav’ qu’il m’annonce, j’en reste comme deux ronds de flan, mais il faut dire que ce n’est pas facile de se reposer quand ça bouge autant, qu’on est à la gîte et que les vagues s’éclatent sur le bateau qui enfonce des pieux (c’est le capitaine qui dit ça quand l’avant du bateau plonge après une vague et que ça fait le bruit de quelqu’un qui tape à la masse pour enfoncer un pieu en terre)

Samedi, en approche de Fatu Hiva, on passe le long de la Baie du Bon Repos, il y a un seul bateau au mouillage mais on le voit qui roule beaucoup alors on continue vers le mouillage suivant … c’est d’une beautéééééé, je m’exclame O-MY-GOD tellement c’est beau, tellement c’est magique, oui voilà, c’est ça les Marquises : MAGIQUE !

Et bienvenue à la Baie des Vierges !

inénarrable Baie des Vierges, le capitaine me dira qu’elle est mythique et je veux bien le croire

… rebaptisée ainsi par les curés alors qu’elle s’appelait Baie des Verges, c’est le capitaine qui me raconte cette anecdote en pouffant comme un ado en pleine crise d’acné et il le racontera à tous ses copains, le mouillage est tout petit et il y a déjà 8 bateaux, ce qui le rend plein comme un œuf, mais chance ! les bateaux sont loin de la plage alors on se faufile et on s’avance pour mouiller en première ligne près de la plage, les rois du pétrole, un gars passe en annexe pour nous prévenir de bouger parce que les 200 mètres proche de la plage ne sont pas sécuritaires, la baie est super rafaleuse et les bateaux dérapent, on relève l’ancre pour aller mouiller plus loin avec les copains, annexe à l’eau et on file à terre

En marchant le long de la route on fait signe coucou à un gars qui passe en pickup rouge, il s’arrête et nous donne des pamplemousses, on discute un peu et il nous confirme qu’il n’y a pas internet dans cette vallée, qu’il faut aller dans l’autre vallée et que ce n’est pas top – il n’y a que 2 vallées habitées (et habitables) ici, 300 habitants par vallée, autant dire que ça ne se marche pas sur les pieds – je manque défaillir mais nous continuons notre visite et échangeons avec un sculpteur en train de charger une caisse pour aller vendre son artisanat sur une autre île et en revenant sur nos pas nous passons devant un petit chapiteau sous lequel est dit une messe à une poignée de participants qui chantent un chant polynésien, l’air embaume la fleur de tiaré, une vraie pub pour la Polynésie, j’ai des ailes qui poussent tellement je me sens privilégiée d’être là … je le dirai un jour au capitaine, si je dois garder un seul adjectif pour décrire ce que je vis, ça sera incroyable parce que même moi je n’arrive pas toujours à y croire …. on retourne au bateau et je supplie le capitaine, il me faut de l’internet, c’est vital, il me demande si je veux partir demain et hélas oui, alors le lendemain on s’en va mais quel dommage de ne pas avoir profité de Fatu Hiva, pour consoler le capitaine qui accuse le coup, je lui suggère de revenir plus tard

  • avec le vent et les vagues dans la gueule ? j’crois pas non
le vent étant en général de Sud-Est dans le coin, on voit bien que revenir à Fatu Hiva depuis Hiva Oa serait avec le vent dans la gueule et les vagues qui vont avec …

On verra si c’est possible de me faire pardonner et comment (des crêpes ?) et pour l’heure, direction Hiva Oa dans la baie d’Atuona, la ville principale

en vue d’Hiva Oa

Il y a de la houle alors le capitaine espère qu’on pourra mouiller après la digue, zone à l’abri mais qui ne peut pas accueillir beaucoup de bateaux, de loin il voit plein de mâts alors il peste, je lui dis que mais si on aura de la place cependant que sa nature sceptique prend le dessus (elle gagne à chaque fois), en approchant on voit que la plupart des mâts vus de loin sont ceux de bateaux à sec sur le chantier et on trouve de la place pour mouiller après la digue (🥳) et on n’est pas trop mal même si ça roule c’est de la gnognote à côté de ces derniers jours

– et puis tu m’as prévenue que les mouillages des Marquises étaient rouleurs

– ouais

– et on n’est pas dans une marina donc voilà

– ouais

– sinon faut pas naviguer

haussement d’épaules joint à élévation de sourcils qui peut se traduire pas un çaaaa, suivi de 3 points de suspension

nous voilà bien mouillés

On met l’annexe à l’eau et zou on file à terre, une Marquisienne est sur le quai et on discute un peu avec elle histoire d’en connaître un tantinet plus sur le coin, et le capitaine lui demande s’il y a un resto, coup de bol on n’est pas si loin du seul resto ouvert le dimanche, et de surcroît le dimanche soir, de l’île

– mais c’est loin ! nous dit-elle d’un air désappointé

– ah bon (déception)

– 30 minutes de marche !

– bé c’est pas loin alors (la Marquisienne est bien costaud et ça ne doit pas être simple de trimballer une lourde carcasse comme la sienne)

et on prend la route indiquée, elle fait tout le tour de la baie et amène à Atuona, ça nous dégourdit les pattes, c’est drôlement bon

Le capitaine s’est souvenu que c’est mon anniversaire 🎂, alors c’est le grand jeu, un resto sur une île des Marquises, excusez du peu !

Une voiture s’arrête, c’est Félix qui vit là mais vient des Vanuatu, il insiste pour nous faire visiter la ville à son bord (3 minutes suffisent), il est assez bourré mais c’est aussi son anniversaire, on est frères d’anniversaire, il finit par nous déposer au resto après nous avoir proprement saoulé à nous retenir dans son pickup pour nous raconter sa vie et nous arrivons dans une grande salle carrelée et presque vide mais on aperçoit des tables sur une grande terrasse, une fille nous accueille pieds nus avec une fleur de tiaré sur l’oreille et se désole car nous n’avons pas réservé, le patron arrive derrière elle en clamant que tout est plein pour la fête des mères (c’est le problème quand on naît fin mai, c’est qu’on a un seul cadeau), j’écarte de grands bras consternés

– mais c’est mon anniversaire !

il s’en balance mais je remarque des boites de pizzas empilées sur le comptoir

– et une pizza à emporter ?

– on n’a plus rien, même de quoi faire une pizza !

C’est trop cruel

A ma mine déconfite il marmonne un truc à l’oreille de la nana qui file en cuisine et revient en affichant un sourire victorieux : il reste de quoi faire une pizza mais une seule alors que veux-je et vite, une paysanne ! (comme moi) (j’ai des genoux de paysanne) (mais ne stigmatisons pas les paysannes)

On s’assied dans un coin et elle nous demande si on veut boire quelque chose en attendant, coca, bière ou thé glacé … et bien je m’en vais fêter mon anniversaire avec une bonne bière et puis voilà ! nous trinquons à ma santé le capitaine et moi, et repartons, moi pompette et le capitaine comme s’il était la sobriété incarnée, admiration, je porte la boîte à pizza tel le saint sacrement, le capitaine marchant devant moi avec sa lampe frontale en guise de veilleuse de sanctuaire, sautons sur le bas côté quand un pickup nous frôle, ici il y a trop de voitures pour dire bonjour à tout le monde et en plus il faut nuit, on s’abstient

– heureusement qu’il ne pleut pas dis-je au capitaine dans un grand sourire (il est déçu que je ne puisse pas fêter plus dignement l’événement alors je fais de grands sourires destinés à lui prouver que tout va bien et que je n’espérais tout de même pas fêter mon anniversaire au champagne, faut pas pousser)

Le ciel m’a t’il entendue ? un esprit jaloux a t’il enfoncé des épingles dans une poupée vaudou à mon effigie ? vlan, il se met à tomber des trombes d’eau

Mais mon étoile veille, y’a pas à dire, d’un coup de baguette magique surgit une minuscule décrépie petite station service fermée à deux pas, on y fonce au point que la boîte à pizza n’a presque même pas le temps d’être mouillée, je m’assieds sur le rebord en béton de la seule pompe à essence éclairée par un néon pisseux, on se croirait dans un James Hadley Chase, je le dis au capitaine qui ne connaît pas, quelle lacune, faudra que je lui en fasse lire lui qui aime les polars

La pluie pisse dru et dure … dru et dure encore … le capitaine finit par avoir faim et me réclamer une part de pizza, moi aussi j’ai faim, alors on mange la pizza froide sur nos genoux pliés à hauteur de menton, et en me marrant avec la bouche pleine je dis au capitaine que je m’en souviendrai de cet anniversaire (elle était hyper bonne la pizza)

Le lendemain matin, forts des renseignements donnés par la Marquisienne sur le quai la veille, nous nous rendons au chantier naval, ça n’y construit pas de bateaux comme au Havre, juste ça répare et ça carène les voiliers

il y a aussi des tables et des gens à gauche mais on ne les voit pas

En arrivant on tombe sur Maria et Pacôme, rencontrés à Rikitea, Maria est extatique il y a de la 4G ! elle me donne le code d’accès (zoubida456 si vous y allez), on s’avance vers une grande terrasse en bois aménagée avec des tables et des bancs et tout un tas de gens, qui un portable, qui une tablette ou un ordinateur en main, en train de tapoter leur écran, je les rejoins et le capitaine aussi dans son coin, on s’oublie pour plonger chacun dans notre autre monde

un matin tôt, tranquille, pour faire mes télé consultations avec le décalage horaire

A Hiva Oa je n’aurai pas beaucoup de temps pour me balader parce que je passerai le plus clair de mon temps à bosser, soit au chantier naval à faire des consultations avec le bruit des scies électriques ou des coups de massue en fond sonore, les poules et les coqs déambulant sous la table, soit au bateau avec une carte SIM finalement achetée à la poste après avoir erré sans succès de magasin en magasin affichant un panneau Vini sur la devanture

entrée d’Atuona
une petit ville bien calme et fort sympathique
la police ne fait pas peur
la tombe de Jacques Brel dans le vieux cimetière, passage obligé quoi

Et justement, le lendemain après avoir trouvé une carte SIM à la poste, en revenant d’Atuona sur le chemin qui domine la baie et le mouillage, le capitaine voit 2 bateaux juste à côté de Cap de Miol qui se rentrent dedans, arrivés au bateau, ni une ni deux il balance nos pare battages dans l’annexe et file les accrocher à l’un des bateaux pour éviter qu’ils ne s’abîment à force de se cogner l’un l’autre

le capitaine est un bon samaritain

Peu après le proprio d’un des bateaux arrive et remercie chaleureusement le capitaine d’être intervenu, nous sommes invités à boire l’apéro en guise de récompense 🍻ce sont Anita et Alain qui naviguent depuis moult sans avoir jamais appris à le faire, il faut oser, dans la conversation Alain demande pourquoi il n’arrive pas à enrouler le génois correctement quand il navigue et je lui réponds qu’il faut abatte avant de le faire histoire que la GV lui coupe le vent, avant, effarée de mon audace, de me retourner vers le capitaine et de reprendre l’interrogation d’Alain, à laquelle le capitaine sort la même réponse, il est de ces moments de grâce où l’on irait bien brûler un cierge …

Ateliers d’artisanat et de transmission de la culture Marquisienne aux collégiens, percussions, sculpture, tressage de couronnes, colorations naturelles de tissus et bien évidemment, tatouage marquisien !

Un matin, le capitaine me prévient qu’on change de place parce que ça roule trop à son goût, on peut s’amarrer au quai avec notre ancre devant et une amarre sur le quai, d’autres l’ont fait, le quai est réservé aux gros bateaux qui apportent des marchandises et des gens, mais il n’en vient que toutes les deux ou trois semaines et ce n’est pas demain la veille, alors on s’exécute, ça se passe bien parce qu’un gars sur le quai comprend notre manœuvre et attend qu’on lui lance notre amarre qu’il attache super mal, c’est pas un marin lui ! mais ça laisse le temps au capitaine d’y aller avec l’annexe pour bien nous amarrer, chose qu’il aurait faite de toutes façons parce que derrière quiconque il reprend toujours toujours toujours l’amarre pour y faire soit un nœud de chaise soit un cabestan avec une demi-clé ou que sais-je, je lui fais la remarque que quoi qu’on fasse il le refait à sa manière et il me répond qu’il revient à chacun de prendre la responsabilité de son bateau, aaaaah je comprends mieux, il n’est pas si dérangé que ça du ciboulot

Il finit en perçant une bouteille en plastique, ce qui ne manque pas de m’étonner

– c’est pour empêcher les rats de monter dans le bateau

et il repart sur le quai pour glisser la bouteille autour de l’amarre et faire que les rats se ramassent la gueule s’il leur prend l’idée de venir grignoter nos provisions en fond de cale, il faut dire qu’on a entendu un propriétaire de bateau en travaux sur le chantier se plaindre qu’il avait vu des rats sur son bateau, je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est à cause de tout le whisky qu’il s’enfile à longueur de journée devant son ordi pendant que moi-même je travaille en carburant à l’eau de source (rares fois où je ne bois pas de l’eau dessalinisée, je me demande tout de même si je ne vais pas finir par avoir des carences)

le capitaine est très pièges, rappelez vous son piège à chauve-souris tellement avisé

Au bout de quelques jours j’ai rattrapé mon retard et, malgré être naze d’avoir carburé pour le faire, annonce au capitaine que nous pouvons visiter un peu l’île avant de changer d’endroit, ce qui lui va bien parce que même s’il est parti faire de la plongée avec Humu, il finit par tourner en rond

une chouette église à la pointe Ouest de Teiviotahu
sur le chemin vers Puamau on s’arrête sur cette plage
le plus grand Tiki de Polynésie si on exclut les Moaï de l’île de Pâques

on visite le site archéologique de me’ae à Puamau avec ses tikis, la route et la piste sont impressionnantes (mais grâce à mes lunettes de soleil je peux fermer les yeux en priant sans que le capitaine ne le remarque pour se ficher de moi)

les interprétations sur la signification de ces tikis vont bon train
On déjeune local chez Marie Antoinette (chèvre au lait de coco, cochon à la sauce soja, frites d’arbre à pain, po’e de citrouille … slurp) et passons devant le tombeau de la fille du chef Te-hau-moea, les deux tikis étant les gardiens de la sépulture, tiki Pauto et tiki Mani

Une fois revenus, j’annonce au capitaine la date à laquelle il me faudra à nouveau une bonne connexion et, bon prince, il organise notre programme en fonction de mes impératifs, la veille de partir on se fait déloger du quai car l’Aranui 5 arrive dans la nuit, nous récupérons la bouteille anti-rats et mouillons dans la baie pour passer la nuit avant de partir pour aller juste à côté sur l’île de Tahuatu

bye Atuona, on aperçoit l’Aranui 5 qui assure la liaison Papeete – îles Marquises

C’est ouikende alors mouillage super beau dans la baie Hanamoenoa où nous restons le samedi pour faire de l’eau et nettoyer la coque du bateau

j’ai ENFIN réussi à comprendre comment faire une photo panoramique !

Dimanche on change pour la baie Hanatefau et, au lever le lundi matin … un vrai miracle … des dizaines et des dizaines de dauphins dans la baie, et des raies Manta, ils y restent toute la matinée et c’est probablement une des choses les plus belles que j’ai vues de ma vie

les bébés dauphins font des cabrioles
et les raies glissent (on appréciera)

Le lendemain on s’en va à la baie Vaitahu en croyant encore au père Noël (qui ne se manifeste plus que par connexion internet interposée) et justement il pointe son nez chez Jimmy où nous dînons tandis que je réponds à mes mails (c’est mal) mais nous passons une nuit pourrie ensuite tellement les rafales de vent poussent le bateau

En partant de Tahuata, avant de filer sur Ua Pou, on s’arrête pour un premier mouillage au Nord d’Hiva Oa dans la baie Hanamenu

dans l’hémisphère Sud c’est le Nord des îles qui est sec tandis que le Sud est arrosé … mais au milieu de cette sécheresse, surprise ! une véritable oasis !

Le couple qui habite là sous les cocotiers nous invite à déjeuner pour goûter le cochon sauvage chassé la veille, l’habitation est plus que sommaire, nous mangeons sur un banc de guingois le cochon avec sa couenne, ses poils et du riz, à part les poils c’est bon, le gars est sculpteur et après le repas le capitaine fait un saut au bateau pour aller chercher des sous afin de lui acheter un ou deux souvenirs, il a l’air de se décider pour un petit Tiki en pierre fleurie à 25000 francs Pacifique, je me penche vers son oreille en faisant mine de m’intéresser à cet artisanat (moi c’est pas mon truc) et lui souffle que ça fait 250 balles car je ne suis pas du tout certaine qu’il soit prêt à mettre ce prix dans une petite statuette qui risque fort de finir dans un tiroir, ne nous leurrons pas (ça me rappelle le père d’un de mes petits copains, Jean-Claude, le père avait fait l’Indochine et dans le salon de leur appartement il y avait une vitrine avec plein de trucs rapportés de là-bas, des cornes d’ivoire sculptées et tout un tas de ramasse-poussières, j’étais hypnotisée par cet amas d’objets en exil, ça me filait le bourdon) le capitaine se désintéresse illico dudit objet, s’en débarrasse comme s’il le brûlait soudain et reporte son attention sur une raie Manta en bois avec des gravures Marquisiennes, une dent de requin (j’avais pas deviné) et un petit pilon en pierre fleurie, le tout pour la modique somme de 13000 francs pacifique, ça fait cher l’assiette de cochon mais bon ! il fait marcher l’artisanat local !

le shopping du capitaine, vous auriez deviné pour la dent de requin ?

L’oncle qui habite seul la baie voisine est venu nous rejoindre en pirogue, à se demander comment il arrive à rentrer dedans tellement Demis Roussos fait petit bras à côté de lui, il est gigantesque et imposant, il a bossé un peu dans toutes les îles du coin et maintenant il coule des jours paisibles à Hiva Oa, je lui demande s’il connaît les plantes médicinales du coin et bien entendu que oui, il me donne même des recettes infaillibles comme celles que je vous partage parce qu’on ne sait jamais : contre l’acidité de l’estomac (jus de papaye verte + sucre roux) et pour soulager les hémorroïdes (cueillir 1 poignée de feuilles de goyavier + 1 poignée de feuilles de tiaré, les faire bouillir pendant 5 minutes dans une casserole d’eau puis mettre la casserole sous une planche percée, s’asseoir sur la planche et faire un bain de fesses à la vapeur, il paraît que c’est radical)

Puis un second dans la baie Hanaiapa le lendemain et enfin un troisième et dernier dans la baie Hanatekuua magnifique, un petit coin de paradis dit le capitaine, alors nous y restons deux jours mais c’est aussi que le capitaine doit plonger pour donner un bon coup de nettoye à la carène parce que ce que nous avons fait au scotch-brit il y a quelques jours est grandement insuffisant, il se harnache avec tout son bastringue et passe plus d’une heure sous l’eau, c’est crevant alors il est crevé et dans ces moments là il aime bien une tisane bien chaude pour se réconforter, avec une madeleine aux pépites de chocolat St Michel, ce sont ses préférées (on ne sait jamais, si vous l’invitez à goûter un jour)

un petit coin de paradis … des fois, le capitaine devient poète

Le lendemain, pour l’appel du 18 juin, c’est debout 3h30 pour filer sur Ua Pou, notre escale avant Nuku Hiva sur laquelle il est prévu que je vadrouille botaniquement parlant, 60 NM à faire avant la nuit pour y arriver, on ne va pas être déçus de notre journée …

Le bas de la page c’est le coin des curieux (latin curiosus, adjectif et nom, qui est avide de voir, de comprendre, de savoir)

  • Le site archéologique remarquable du Meae Lipona, à Puamau sur l’île de Hiva Oa un des plus beaux des Marquises et de la Polynésie française. Son charme réside dans sa localisation, près d’un torrent et au pied du seul piton (Toea) de la vallée, l’organisation de ses structures et surtout la présence de statues, les plus grandes et les plus belles du Territoire. La diversité des sculptures et la qualité du travail en font un site exceptionnel. Etudié de façon plus complète et restauré à l’occasion du Festival des Arts des Marquises de 1991, il est le site le plus réputé des Marquises. Cet ensemble architectural est classé depuis le 23 juin 1952 (réf. 865/apa, n° 143)
  • Un Tiki est une sculpture dotée d’une importante force spirituelle et symbolique, originaire des îles Marquises et représentant habituellement un homme modifié. Le Tiki est un véritable emblème en Polynésie et occupe une place importante dans la culture locale. La première sculpture en pierre représentant un Tiki date du 13ème siècle. Originaires des îles Marquises, les Tikis sont également présents dans la plupart des îles du triangle polynésien. Les plus célèbres sont sans doute sont les «Moai», ces statues monumentales de l’île de Pâques. Mi-homme, mi-dieu,  le Tiki symbolise un personnage mythique qui a donné naissance aux êtres humains.
  • La pierre fleurie, ke’etu pua, est considérée comme magique par les Marquisiens, elle a la particularité de faire ressortir de minuscules pétales d’où son nom. Elle est rare et difficile à trouver. Il s’agit de la phonolite, roche magmatique volcanique assez commune mais, accompagné du grenat – qui désigne une famille de minéraux – incrusté à l’intérieur comme des pétales – elle a été identifiée seulement dans quelques endroits dans le monde. Selon les sites Tahitiheritage et Artoceanien, on ne trouverait cette roche tachetée qu’à Ua Pou et au Brésil. Toutefois, des volcanologues en ont aussi repéré en Éthiopie et dans le Massif Central. Devenue plus rare sous forme de galets sur les plages, il faut désormais organiser des chasses aux cailloux en montagne, mais certains Marquisiens savent où trouver des grosses pièces. Ils exploitent cette pierre depuis une trentaine d’années, depuis qu’ils ont accès aux outils qui permettent de la tailler et la polir.
  • Recette du Roïgebrageldi (que l’on prononce, d’après mes souvenirs, roilleguebreugueuldis) pour 6 à 8 personnes
  • 2kg de pommes de terre
  • 3 gros oignons (450g)
  • 400g de lard fumé détaillé en lardons
  • 125g de beurre
  • 1 verre de Riesling
  • sel
  • poivre

Préchauffez le four à 210°C. Epluchez les pommes de terre, lavez les et détaillez les en rondelles très fines à l’aide d’une mandoline. Réservez. Epluchez et émincez les oignons en fines tranches. Tapissez le fond d’une cocotte ou d’une sauteuse en fonte de lardons fumés. Surmontez les d’une couche de pommes de terre. Salez (légèrement) et poivrez.  Ajoutez une couche d’oignons Parsemez de lardons. Ajoutez des noix de beurre en les répartissant sur toute la surface. Renouvelez l’opération en alternant les couches de pommes de terre, d’oignons, de lardons et les noisettes de beurre jusqu’à épuisement des ingrédients. Terminez par une couche de pommes de terre. Salez, poivrez, répartissez des noisettes de beurre sur toute la surface et pour finir arrosez de vin blanc. Posez le couvercle sur la cocotte. Enfournez pour 2 heures de cuisson. Otez le couvercle un quart d’heure avant la fin de la cuisson pour faire dorer les pommes de terre à la surface. Si vous ne servez pas de suite ces roïgebrageldi, vous pouvez les conserver pendant une demi-heure à une heure dans le four éteint. Dans les fermes-auberges, on sert traditionnellement ces pommes de terre rôties pour accompagner une palette ou un collet de porc fumé. Mais, servies avec une bonne salade, les roïgebrageldi font déjà un repas riche et complet.

  • Un pur délice : Acte II, scène 4 du Bourgeois Gentilhomme de Molière

MONSIEUR JOURDAIN : […] Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Fort bien.

MONSIEUR JOURDAIN : Cela sera galant, oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, point de vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Vous ne voulez que de la prose ?

MONSIEUR JOURDAIN : Non, je ne veux ni prose ni vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE: Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.

MONSIEUR JOURDAIN : Pourquoi ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer que la prose, ou les vers.

MONSIEUR JOURDAIN: Il n’y a que la prose ou les vers ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.

MONSIEUR JOURDAIN: Et comme l’on parle qu’est-ce que c’est donc que cela ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : De la prose.

MONSIEUR JOURDAIN : Quoi ! quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Oui, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN : Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour » ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…

MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ».

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien étendre un peu la chose.

MONSIEUR JOURDAIN : Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ». Ou bien : « D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux ». Ou bien : « Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir ». Ou bien : « Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font ». Ou bien : « Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour ».

MONSIEUR JOURDAIN : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Celle que vous avez dite : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ».

MONSIEUR JOURDAIN : Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Je n’y manquerai pas. (Il sort)

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

6 commentaires sur « D’amour mourir vos beaux yeux, belle Marquise, me font »

  1. Je vous suis toujours avec plaisir ! Un vrai régal … et en tant qu’Alsacienne d’adoption faut dire qu’entre une chèvre au coco et un cochon farci trouver la recette des Roigebrageldi au milieu du Pacifique c’est pas banal ! 😁 hâte de la suite …. Du coup mon mari ancien marin me réclame le transfert de vos mails et me donne des « précisons » supplémentaires sur des souvenirs qui datent de ….. ouch pour les contrées où il est allé … 😜 je reconnais bien des traits de caractère du capitaine 😂
    Encore bon vent …

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  2. hahaha Annie, vous me faites plaisir pour ce coup de la recette ! et aussi pour ce témoignage à propos des traits de caractère communs aux capitaines 😉 on se sent moins seule 😄! avec toute mon amitié et ma sympathie 🤗❤️

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  3. Quel bonheur de lire cette prose 😉
    Dépaysante, instructive, bourrée de pépites en tous genres et de photos magnifiques et de tant d’humour…
    Pur régal
    Merci pour ces partages Isabelle

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  4. oh comme c’est gentil et comme ça me fait plaisir Marie Christine ! merci 🤗❤️! j’ai tellement, aimé que j’ai lu cotre commentaire au capitaine qui a hoché la tête de son air si sérieux 😉

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