Nuku Hiva on y va

Partis pas si tôt que ça (euphémisme) de Ua Pou, nous arrivons à Nuku Hiva après une nav’ de vent et de houle de travers qui nous rappelle le bon vieux temps (le capitaine s’est permis une petite sieste mais à son réveil il a trouvé que j’aurais déjà dû abattre, a priori il préfère abattre plus tôt avec un angle moindre, alors que j’ai tendance à abattre quand je trouve que c’est nécessaire, à vue, donc plus tard avec un angle plus grand, est-ce critiquable, je vous pose la question, amis marins)

On voit que je n’ai pas encore abattu et vous pouvez justement conclure que le capitaine dort encore … la question qui se pose c’est est-ce qu’il va falloir empanner au dernier moment ?
voilà, j’ai abattu, on peut voir que le génois n’est pas passé à tribord, ce qui veut dire que même pas besoin d’empanner alors pourquoi abattre plus tôt ?

… et posons l’ancre baie Hooumi, elle-même située dans la baie du Contrôleur, c’est compliqué tous ces noms de baies dans tous les sens, la moindre anse, le moindre caillou ont un nom, le capitaine m’a assuré que c’est normal avec sa tête d’évidence -biblique-m’enfin-isabelle, 30 miles avalés en 4 heures, pas mal, on est tout seul

Le lendemain, nous posons le pied sur l’île, c’est la moindre des choses, encore qu’il nous arrive de ne faire que dormir dans certains mouillages parce qu’on sait qu’on repart dès le lendemain et aussi il faut dire qu’il y a des endroits où il n’y a rien à voir si je puis me permettre

tout seuls dans cette immense baie (le tout petit bateau au loin c’est notre Cap de Miol) (vous avez vu, je dis ‘notre »)
c’est ce qu’on appelle avoir un pied-à-terre

et visitons Hooumi, charmant charmant charmant, en tous points charmant, encore un coin de paradis … il règne un calme et une zénitude rares et précieux

10 secondes d’enchantement à regarder à chaque fois qu’on vous énerve

Des nonos presque dans chaque jardin, et puis des arbres à pain, manguiers, pamplemoussiers et des bananiers avec leur tige à fleur unique comme un long sautoir, d’une élégance très belle époque, tout ça au milieu des cocotiers, des hibiscus et des opuhis … cette île est un jardin enchanteur

les manguiers sont immenses
un cachet fou
hibiscus rosa-sinensis (200 espèces et 30 000 variétés d’hibiscus, faut pas se tromper dans ses tisanes …)
opuhis de Tahiti, une énergie de folie dans ces fleurs là !
et même des corossols !

On croise deux gars qui s’en retournent d’être allés donner à manger aux bœufs (s’en retourner, je me demande si c’est une expression uniquement vosgienne, j’entends encore ma grand-mère), la conversation est aussi mince qu’un sandouiche SNCF, les marquisiens qui ne sont jamais sortis de leur île ne sont pas mondains pour un sou, on se quitte sur un voilà voilà fort civil et retournons dans notre coquille, à ce propos je disais au capitaine que ça m’étonne de n’avoir vu encore aucun bateau s’appeler Caracol (ça veut dire escargot en espagnol) mais le capitaine pense que c’est parce que ça ferait lambin, moi qu’on se promène toujours avec sa maison, et encore à ce propos, est-ce que j’ai avancé dans l’idée d’un nom de bateau si un jour j’avais un bateau à moi (les rares fois où je joue à l’euro million je dépense mes gains virtuels en maisons pour les enfants et en bateau aménagé avec toutes les facilités possibles, machine à laver le linge, douche indépendante et chaude, toilettes électriques, déssalinisateur à demeure de manière à dessaler l’eau au fur et à mesure des besoins et même en navigant … je pose des questions au capitaine pour savoir ce qu’il aimerait avoir dans un bateau, j’ai dû lui avouer que c’était parce que j’avais joué à l’euro million parce qu’il s’étonnait de mes questions) (ça l’a fait sourire) (j’aime bien)(une fois j’ai gagné 16.80 €, le début de la fortune), bref, en ce moment je reviens à des choses plus simples parce que « les ailes du vent » c’est joli mais pompeux, et trop long à épeler en alphabet marin si on doit se taper à le faire à la VHF … mais en me relisant je trouve que c’est quand même beau les ailes du vent, vous ne trouvez pas ? Ou alors Go girl go ! Qui, d’après mon amie Terri-Lynn (coucou TL), est une expression texane un peu olé olé, il vaut sûrement mieux éviter (de vous le dire je crois que je viens seulement de comprendre le fond de la chose)

Un catalpa – Thespesia Populnea – C’est une plante qui est beaucoup utilisée en médecine traditionnelle, le catalpa est originaire de Malaisie et a ensuite pris le large pour conquérir le monde via les océans grâce à ses fruits qui flottent. Entre autres, on utilise l’extrait aqueux du fruit pour ses vertus cicatrisantes, à la fois par voie interne et externe.

Allez hop étape suivante, déjà, Taiohae, avec le capitaine ça ne traîne pas

En arrivant dans la baie beaucoup de bateaux et pas mal de houle, on tournicote au ralenti dans le mouillage pour jeter l’ancre au meilleur endroit, ce n’est jamais facile de décider quel endroit est le meilleur (le capitaine s’évertue à me demander mon avis, une fois je lui ai répondu qu’il fallait qu’il arrête de me demander mon avis parce qu’il n’en tient jamais compte et qu’en plus il m’explique pourquoi le mien n’est pas le bon, c’est à se décourager d’avoir un avis, et bien cette fois là il en avait tenu compte, comme quoi il faut oser défendre ses intérêts dans la vie – c’était la leçon de développement personnel du jour), en tous cas il y a des bateaux avec une ancre arrière et le choix du capitaine se porte sur cette option mais on se débrouille mal, qu’est-ce qu’on peut être mauvais même quand on ne le fait pas exprès, on ne se retrouve pas vraiment face à la houle alors on roule et en plus l’ancre arrière ne nous permet pas de se mettre face au vent, on a tout faux mais la flemme d’aller repêcher l’ancre arrière pour la changer de place, alors juste on relâche l’amarre pour permettre au bateau de mieux suivre le vent, et on s’en contentera ! Et j’ajoute que ce n’est pas le genre du capitaine de laisser en place une installation à la mords-moi-le-nœud, mais mettre une ancre arrière ça prend du temps et à un moment donné et bien ça suffit, on n’est pas des chevaux

vue de la baie de Taihoae
Tuhiva, le tiki géant, le plus grand du monde, fait en ciment, en fer à béton, grillage et en  keetu qui est de la terre locale mélangée à du ciment et de la colle carrelage, achevé en 2017, réalisé par l’artiste Gregorio Grand-Midi
une représentation originale des Marquises (je mets des chaussettes pour que mes pieds ne s’imprègnent pas de l’odeur de mes baskets)

La symbolique : avec la force ancestrale héritée de la FEMME TIKI « Gardienne de la Tradition et du Savoir », le GUERRIER TUHIVA s’élance pour façonner le futur.

On peut immortaliser son passage en glissant un message pour l’éternité dans le nombril du Tiki, vous pensez bien que je l’ai fait, juste un petit cœur sur un tout petit bout de papier, en montant sur la pointes des pieds sur un des tam-tams, et après j’ai couru après le capitaine qui était déjà parti parce que tout ça c’est rien que des sornettes (n.f. affirmation qui ne repose sur rien, qui n’a aucun intérêt – propos vain – baliverne)

Taiohae c’est la ville principale (ce qui veut dire une bonne connexion, dès qu’on s’en éloigne à plus de 2 kilomètres c’est mort pour tout le reste de l’île), bosser sur ordi avec la houle finit par me barbouiller l’estomac mais pas le choix, le lendemain visite et courses, je cherche des baskets parce que les miennes sentent la charogne, il paraît que c’est à cause de l’eau de mer, une fois qu’il y a eu de l’eau salée dans tes pompes  t’es sûr qu’elles pueront ad vitam aeternam, je demande à qui je croise s’il existe un magasin, le mot magasin fait d’ailleurs exploser de rire une ado, et puis je tombe sur une tatoueuse affichant un air de cow-boy poussiéreux, elle plisse les paupières pour me regarder par en dessous pendant qu’elle exhale la fumée de sa cigarette, je ne sais pas si c’est naturel ou si elle a trop regardé de westerns (ce qui serait étonnant dans ces contrées reculées, bien que la télévision soit présente en Polynésie depuis 1965, j’ai vérifié) , elle me renseigne à coup de hochements de tête qui confirment chacune de ses paroles et finit par me dire

– t’as d’beaux zyeux dis donc

je remercie avec grand sourire pour les renseignements et le compliment, moi je trouve que les polynésiens ont des yeux magnifiques, d’un noir intense, avec des cils à foison qui accentuent la profondeur de leur regard et leur font des yeux de biche (d’ailleurs je ne trouve pas de mascara ici, va falloir agir car sans mascara j’ai des yeux de poisson mort) je pars en quête du magasin mais dois redemander mon chemin car les explications de la tatoueuse étaient tout sauf claires, mais je finis par trouver un petit local au fond d’une cour derrière une grille, à part deux paires de baskets pour enfants il n’y a que des tongs et des sandales mais pour ne pas rentrer bredouille je m’octroie une robe-teeshirt d’un mauve bien seyant qui me vaudra même une remarque du capitaine

– elle te va bien c’te robe (ton dépouillé)

– oh ! merci 🤗! (ton enthousiaste) (hyper enthousiaste en vérité)

– nan mais c’est pas un com…

il s’arrête à temps avant de finir sa phrase que je devine, ce n’est pas un compliment, parce que le compliment est l’ennemi, tout ce qui fait du bien est susceptible de ramollir l’âme et le cuir, n’empêche que moi je le prends comme un compliment parce que pour moi un compliment met un bouquet de fleurs dans le coeur et c’est tout

En revenant je regarde une partie de volley au bord de la plage, certains jouent pieds nus, d’autres en tongs, comme quand ils courent, je ne sais pas si c’est parce qu’on ne vend pas de baskets ici ou si on ne vend pas de baskets parce que personne n’en achète …

avec de la musique à donf’ sur une seule enceinte qui envoie grave !

À part cet atout d’une bonne 4G, c’est beaucoup trop urbain et on n’a plus l’habitude,  alors on déménage pour Daniel’s Bay, anse Hakatea dans la baie de Taioa

de tout ce qu’on verra sur Nuku Hiva, cette baie restera ma préférée

Arrivée à Daniel’s Bay

une fois mouillés là on ne voit plus la mer, on est complètement à l’abri et cachés de ceux qui passent le long de la côte, à ce point qu’elle a servi de planque à des navires allemands pendant la dernière guerre mondiale

complètement planqués de l’océan

– qu’est-ce que les allemands fabriquaient ici ?

– c’était la guerre mondiale isabelle (petit sourire satisfait)

– on dit mondiale parce que les plus grandes nations étaient impliquées, ça ne veut pas dire qu’il y avait la guerre sur toute la planète ! (faudra que je vérifie ça mais je l’ai affirmé sur un ton suffisamment péremptoire pour que le capitaine ne surenchérisse pas)

Et le lendemain, joie, on va marcher et explorer cette jungle ! on embarque dans l’annexe pieds nus avec nos chaussures de rando dans un sac, on enfile nos shoes une fois sur la plage, nous avons nos petites habitudes et essuyons le sable de nos pieds avec une petite serviette réservée à cet usage (le capitaine dit qu’on dirait 2 vieux, il a un problème avec l’âge) ( ça me rappelle une vision trop gnonne, sur une plage, je vois 2 vieux, des vrais vieux de chez très vieux, pas des vieux comme le capitaine qui se flagelle à loisir, qui s’amènent en chancelant et en se tenant par la main, chacun tenant de sa main libre un masque et un tuba, ils arrivent dans l’eau jusqu’à mi- mollets, passent leur masque et leur tuba et se penchent en avant pour mettre la tête sous l’eau avec les fesses en l’air, un pur moment d’extase pour moi de les voir, c’était grandiose ! ), une fois je ne l’avais pas fait et de marcher avec du sable entre les orteils m’avait filé des ampoules, j’ai dégusté pendant des jours …

petit torchage de pieds comme des vieux
on passera plusieurs gués, les vieux ne font pas ça n’est-ce pas
un autre gué, on a eu les pieds trempés toute la journée

Que dire de la splendeur de cette île, et pourtant j’en ai vu de la splendeur, mais là …des cathédrales de roches dressées vers le ciel à la verticale, des verts et des bleus à faire passer les couleurs fluos pour de l’aquarelle, des bouquets d’arbres et de fleurs pour accueillir les oiseaux et dispenser ombre et parfums à qui passe … le paradis tel qu’on se le représente … rien ne répond jamais à ma question de savoir pourquoi tout ça et la faculté de s’en émerveiller, si ça se trouve un dieu nous a créé par simple envie de recevoir des compliments  et de flatter son ego, à ce compte là je suis une excellente élève, une fayote exemplaire, et dieu un sacré petit malin

alléluia (n.m. chant d’allégresse)
Bis repetita (locution latine signifiant « Les choses répétées plaisent »)

Avant de rentrer à Taiohae (la connexion m’attire comme un aimant) nous faisons une halte à la baie Marquisienne, bien nous a pris car des dauphins nous accompagnent sur la route et ça aussi c’est bis repetita

j’ai réussi à les filmer un peu

puis Taiohae donc, où on reste quelques jours dont un consacré à un tour de l’île en 4X4, et la visiter de l’intérieur est aussi mirifique que de l’appréhender en bateau, on passe d’un paysage tropical à des falaises désertiques puis à des collines irlandaises d’herbe balayée par le vent et à des champs ardéchois où paissent des vaches et des chevaux et des forêts vosgiennes de sapins, c’est d’une richesse infinie…

On s’arrête à l’aéroport, vide et fermé, on colle notre nez sur une vitre pour en distinguer l’intérieur et on voit passer un gars en short, torse et pieds nus, on lui fait signe et il nous ouvre, on discute le bout de gras avec lui, il travaille ici en faisant les sandouiches à embarquer dans les avions, il en vient 1 ou 2 certains matins, il nous raconte des tas de trucs, qu’ici ça ne cuisine pas les légumes même si le chao men (wok local) comprend des légumes, sinon c’est choux et carottes râpés mais pas trop, l’arrivée des sucreries et des sodas ruine la santé des autochtones où le pourcentage de surpoids et d’obésité est impressionnant, il est prévu d’allonger la piste d’atterrissage de 900 mètres pour faire atterrir de plus gros avions avec plus de passagers donc à voir l’influence que cela aura sur l’île outre qu’il sera délogé de la bicoque qu’on lui alloue sans bail pour le mettre dehors au moment choisi … un beau petit aéroport drôlement sympa

la baie de Motuee
avec ses cairns … je pensais d’abord que c’était les Marquisiens qui les avaient faits pour je ne sais quel dessein magique, mais non, ce sont les touristes … il y a peut-être de la magie tout de même
que de belles baies !
à chaque fois que je prends une photo avec un premier plan je me souviens de ma prof de dessin qui nous l’avait enseigné 🤗🙏

sur la route, des cochons ou des chevaux, pépouzes ….

on passe une bonne partie de la route sur une piste et je vous promets que ça donne de sacrées sensations
un autre décor

et encore autre chose … et des arbres incroyables !

ici les grands et les enfants montent souvent à cru, ou alors avec un sac de toile ou un tapis de salle de bains en guise de selle

Cathédrale Notre Dame des Marquises à Taiohae … celle-ci a été construite de 1973 à 1977 et les deux clochers tourets ainsi qu’une partie du mur de l’ancienne cathédrale ont été conservés et font maintenant partie de l’entrée de la cathédrale (ça fait un peu château fort de Disneyland pour tout dire)

And now, quelques infos passionnantes sur la médecine aux Marquises et quelques plantes médicinales je suis encore plus intéressée que dans d’autres endroits parce que les Marquises sont les îles les plus éloignées d’un continent au monde !

Quid de la Médecine traditionnelle aux Marquises

Pour les Polynésiens, il existe quatre types de maladies, celles

  • du corps (ma’i tino)
  • de la pensée (ma’i mana’o)
  • de l’esprit du vivant (ma’i varua)
  • de l’âme du défunt (ma’i vaite)

Le monde spirituel n’est pas exclu de la définition de la maladie et pour eux, bien des maladies proviennent de relations déséquilibrées entre le monde visible et le monde invisible. Certains traitements visent à soigner la pensée, l’esprit d’un vivant, parfois l’âme d’un défunt.

Dans l’approche marquisienne, le dérangement du corps n’est que le symptôme d’une perturbation sociale plus large et la santé ne se définit pas par l’absence de maladie mais par le maintien d’un équilibre sain entre le mental, le corps et l’âme. Par exemple, les enfants de l’île de Tahuata passent avant l’âge d’un an entre les mains d’une guérisseuse réputée de l’île, Keahi Namauefitu Timau, pour un soin particulier, le ira, qui est sensé traiter le système nerveux de l’enfant de manière préventive afin de lui éviter plus tard de devenir un adulte tourmenté.

Les soins marquisiens ne s’intéressent pas qu’au corps malade ou blessé mais peuvent être prodigués tout au long d’une vie, parfois même avant la naissance pour maintenir un équilibre sain entre le mental, le corps et l’âme. Beaucoup de soins marquisiens portent sur le système humoral (he’a) et le système nerveux (ira), l’objectif étant de maintenir, rétablir, prévenir l’équilibre du corps, du mental et de l’âme.

Au-delà des traitements par les plantes, les soins marquisiens comprennent un large éventail de techniques : massage, soin de la peau, bains relaxants, régime, jeûne, cure, purge, souvent liés et appliqués successivement

Au niveau historique, l’impact de l’évangélisation catholique sur les savoirs traditionnels aux Marquises a présenté deux aspects opposés : d’un côté les premiers missionnaires ainsi que les prêtres et les prêtres médecins ont réalisé des travaux concernant les plantes et leurs usages et en ont consigné, mais d’un autre côté ces mêmes missionnaires ont mis en place des lois et un régime de l’indigénat particulièrement peu propice au maintien et au développement de ces savoirs souvent associés à un temps considéré comme païen, qui était contraire à l’esprit d’une évangélisation monothéiste.

Le règlement du 20 mars 1863, promulgué par l’administration coloniale, sur « la conduite des indigènes de l’île Nuku-Hiva » a mis fin à un certain nombre de pratiques jugées contraires à la moralité chrétienne. Les rites traditionnels de décès ont été interdits, tout comme le fait de s’oindre d’huile de coco, de porter des colliers de fleurs et des habits imprégnés d’odeurs, les lieux sacrés ont été rendus profanes, les sanctions encourues ayant un caractère pénal : entre 5 et 20 jours d’emprisonnement. Les pratiques liées aux savoirs et aux remèdes traditionnels, si elles étaient associées aux interdictions prévues par le règlement, faisaient l’objet de châtiments.

Dans le même temps, avant même le règlement de 1863, des épidémies dramatiques avaient fait des ravages parmi les populations marquisiennes (rougeole, rubéole, tuberculose, syphilis … apportées par les Européens). En 1856, l’historien Bailleul, citant les sources de l’époque, estimait la population des Marquises à environ 11 900 habitants. En 1875, cette même population n’était plus que de 6 012 personnes dont 150 étrangers.

Compte tenu de ce qu’on connaît de la répartition ancienne du savoir relatif aux soins traditionnels aux Marquises (les jeunes hommes maîtrisant les savoirs relatifs à la pêche et à l’agriculture du taro, les plus anciens, les remèdes issus des plantes), on peut donc penser qu’avec les anciens ont disparus des pans entiers des remèdes traditionnels. Tout au long de la période 1850-1900, les chutes démographiques, le poids des règlements missionnaires, la colonisation agricole se sont conjugués pour diminuer les territoires des savoirs traditionnels, le coup de grâce ayant été porté avec le texte d’enregistrement des terres en 1902, qui a abouti au transfert d’une grande partie du foncier à l’administration coloniale et à l’Église catholique.

Quelques plantes des Marquises à vertus médicinales

Le Tueiao – rauvolfia nukuhivensisplante endémique de Nuku Hivaen Médecine Traditionnelle on utilise son écorce pour soigner les plaies, les hématomes ou les éruptions cutanées. Au siècle dernier, selon certains anciens, les feuilles servaient de cataplasme, tandis que sa sève était mélangée à certaines mixtures pour calmer la rage de dent.

Le Tu’eiao ne se développe que dans les forêts les plus sèches des Terres-désertes (près de l’aéroport) (faut chercher), généralement sur les pentes externes des volcans, jusqu’à 700 m d’altitude. Des inventaires récents ont abouti au recensement d’environ 70 pieds vivants et d’une centaine de pieds morts.

Aux Marquises, les sécrétions vaginales physiologiques de la femme font l’objet de soins particuliers. Il est courant de traiter les fillettes dès leur plus jeune âge en appliquant, directement dans le vagin et au niveau de la vulve, une préparation appropriée et qui varie selon l’île et/ou la plante utilisée : koi’e (terme désignant la toute jeune noix de coco) dans la plupart des îles, mokio (Achyranthes aspera var. aspera) à Ua Pou, tueiao (Rauvolfia nukuhivensis) à Nuku Hiva. Ce processus se fait sur plusieurs mois ou années et peut aussi s’interrompre pour reprendre à l’âge adulte si les symptômes réapparaissent. Cette pratique traditionnelle est encore très répandue aux Marquises.  Les dernières études phytochimiques et pharmacologiques ont montré que les principes actifs (alcaloïdes) de ces préparations agissent sur les échanges osmotiques par l’inhibition des canaux ioniques (potassique et sodique) réduisant ainsi les flux des écoulements vaginaux, ce qui est en accord avec l’usage du Tueiao

Hibiscus rosa-sinensis Malvaceae – Rose de Chine, rose de Cayenne, coquelicot rouge en créole. L’hibiscus est un antiseptique urinaire et un diurétique. Les fleurs remédient aux douleurs menstruelles car elles relâchent les muscles utérins. La racine est utilisée pour calmer la toux et dégager les voies respiratoires.  Les racines et les fleurs ont également une action abortive. Il est également hypotenseur, spasmolytique, hypocholestérolémiant et légèrement sédatif. On l’utilise en Chine pour traiter les dermatoses.

Le nénupharNénuphar blanc :  Nymphaea alba. Nénuphar bleu : Nymphaea caerulea. Nénuphar jaune : Nuphar lutea. Nénuphar nain : Nuphar pumila.

Sur les tombeaux, la fleur de nénuphar symbolise la renaissance, la réincarnation, du fait de ses fleurs qui peuvent se renouveler au petit matin après s’être fanées durant la nuit. Cette plante contient de l’apomorphine, communément appelée auparavant nuciférine, utilisée depuis des siècles pour ses vertus sédatives.

Pour tout vous dire, la photo ci-dessus c’est moi qui l’ai prise à Hiva Oa dans la baie de Hanaiapa et j’étais folle de joie de voir ces si beaux nénuphars planqués dans un coin – mais on utilise le nénuphar blanc pour les propriétés médicinales que je vous relate

C’est un remède ancien pour tempérer les ardeurs sexuelles, mais aujourd’hui le nénuphar reste un excellent remède phyto contre l’insomnie. Pline la recommandait pour combattre les insomnies érotiques ! D’où son usage chez les ermites d’Egypte et les moines de l’époque médiévale pour ne pas trahit leur vœu de chasteté …Ceci étant posé, d’un point de vue Médecine Traditionnelle Chinoise, les insomnies érotiques sont révélatrices d’un déséquilibre certain de l’énergie des Reins et on utiliserait d’autres plantes pour rééquilibrer ça, on ne se contenterait pas de sédater …

Si vous m’ avez lue jusque là, bravo ! vous avez gagné une recette contre le nervosisme : faire infuser dans de l’eau bouillante, 20 g de fleurs séchées jusqu’à ce que l’eau redevienne tiède. Boire une tasse matin et soir. Contre l’insomnie, préparer du sirop de nénuphar en versant 1 litre d’eau bouillante sur 75 g de racines et de fleurs puis laisser infuser pendant 6 heures. Filtrez et ajoutez 1,8 kg de sucre. Portez à ébullition jusqu’à consistance d’un sirop. Prendre 1 cuillère à soupe au coucher. Attention car une surconsommation peut entraîner des troubles digestifs … et la perte de la libido

+ 2 astuces marquisiennes

Santal polynésien

Le monoï au santal – pani puahi traite les fièvres et convulsions, relevant de l’ira, chez les bébés et sont effectués éventuellement avec  d’autres plantes ajoutées en fonction du type de douleur à soigner

En cas d’allergie cutanée ou d’éruption inexplicable de boutons

Se mettre face à la pleine lune et lui transmettre son mal en prononçant ces mots :

mahina Eia tao’e

(voilà à toi la lune)

la baie de Taiohae vue d’en haut … Cap de Miol est environ à la pointe la plus haute du branchage au premier plan

Le 4 juillet, pause, alors on va partir quelques jours avant de revenir une fois de plus à Taiohae, le capitaine a repéré les baies à voir et on commencera par celle d’Anaho

pas besoin de planter des cocotiers : ils poussent tout seuls depuis les noix de coco tombées au sol

Mais on ne se quitte pas sans une ultime info (bon sang, il y a tellement de choses à raconter !)

  • Un peu d’histoire sur la Polynésie Française : La Polynésie s’est constituée autour du voyage. Ses tout premiers habitants, les Mélanésiens, traversent le Pacifique dès 1500 avant notre ère. Ils peuplent l’archipel des Marquises, puis l’archipel de la Société, l’archipel des Tuamotu, celui des Gambier et celui des Australes. Ces vagues de peuplement s’effectuent peu à peu. Elles durent près de 3 000 ans. La Polynésie reste inconnue des Occidentaux jusqu’aux voyages des grands explorateurs. A la fin du XVIe siècle, les Espagnols découvrent l’archipel des Marquises. Au début du XVIIe siècle, les Portugais font escale dans l’archipel des Tuamotu. Au XVIIIe siècle, l’archipel de la Société voit accoster successivement les grands navigateurs Samuel Wallis, Louis-Antoine de Bougainville et James Cook. Anglais et Français se disputent alors l’influence sur Tahiti. Des missionnaires arrivent, convertissant peu à peu les Polynésiens au christianisme. La dynastie des Pomare, dernière à régner en Polynésie, s’établit à la fin du XVIIIe siècle. Aidé par les marins laissés à Tahiti après la mutinerie du navire anglais Le Bounty, le chef polynésien Tu prend le pouvoir. Il inaugure la dynastie des Pomare. Ses descendants favorisent d’abord les Anglais, puis les Français sous le règne de la reine Pomare IV. Elle signe un traité qui transforme Tahiti en protectorat français au milieu du XIXe siècle. Son fils Pomare V entérine la situation. A la fin du XIXe siècle, lorsque le peintre Paul Gauguin s’installe dans l’archipel des Marquises, les îles de la Polynésie sont devenues les Etablissements français d’Océanie. Au début de la Première Guerre mondiale, Tahiti connaît une brève attaque de la part des Allemands. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bora Bora accueille la base navale des alliés américains. En 1959, la Polynésie accepte par référendum son rattachement à la France. Elle se transforme en Territoire d’Outre-Mer. Le tourisme se développe dans les années 1970, avec le premier hôtel sur pilotis construit à Bora Bora. C’est aujourd’hui la ressource principale de la Polynésie. Territoire d’Outre-mer, la Polynésie devient en 2004 un Pays d’Outre-mer, dont le président est le chef du parti indépendantiste Oscar Temaru.

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

8 commentaires sur « Nuku Hiva on y va »

  1. Cette ile est superbe et donne envie de vous rejoindre dans ces endroits magnifiques et atypiques.
    Continuez à profiter de votre voyage et de nous relater avec humour et culture votre périple.
    Merci pour ce tour.
    Murielle à raison ;
    le retour pourrait vous faire mal à la tête et vous organiser pour repartir au plus vite !!!

    Aimé par 1 personne

  2. Wow c’est impressionnant… tout ce vous faîtes et tu es devenue une sacrée navigatrice (Au départ tu étais un petit moussaillon ? Non ?) La médecine des Marquises et Chinoise sont proches ? Je dis ça pour avoir l’air informé…mais bon j’y connais que Dalle … 🙂
    Si non j’avais planté un Catalpa à Bruxelles dans notre jardin..
    Il s’était super bien développé.
    Bon vent Isabelle à toi et au Capitaine.
    Gros bisous 😘
    Yves

    Aimé par 1 personne

  3. merci Yves, et non les médecines Marquisienne et Chinoise ne se ressemblent vraiment pas (ça suffit pour ta culture gé 😉) – et tu as abandonné ton catalpa ? tsssst ! je t’embrasse fort 🤗😘❤️§

    J’aime

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