Où il est question de vagues qui remplissent l’annexe …

Baie d’Anaho côté où il n’y a qu’un bateau …

Partis de Taihoae avec force vent et mer hyper confuse, le capitaine s’exclame qu’on est dans le chaudron, j’abonde dans son sens en ajoutant qu’on se croirait carrément dans une lessiveuse mais avec ce vent on ne met que 3 heures pour faire 20 miles et c’est pas plus mal, si on calcule ça ne fait même pas du 7 de moyenne mais les vagues et le courant dans la gueule nous ralentissent vous comprenez

Nous arrivons dans la baie d’Anaho, elle est grande, il y a une bonne dizaine de bateaux mouillés à droite et seulement 1 au fond à gauche : on file à gauche, le capitaine n’appréciant visiblement pas une autre promiscuité que la mienne (je sens toujours bon) (presque), ça m’évite de vieillir un peu trop vite parce que mouiller entre des bateaux quand ca buffe est crispant, et pour buffer, ça buffe … las, toute la nuit la chaîne craque sur les cayes parce que le bateau tourne, le lendemain matin le capitaine, avec une tête d’étourneau passé sous un sèche-cheveux, décrète qu’on change de place car il n’a pas bien dormi parce que ça faisait RRRRR comme ça (il le fait très bien le RRRRR, avec un index qui bat la mesure près de son oreille), on fait plusieurs allers venues dans la baie pour tenter de mouiller ici ou là mais on remonte l’ancre à chaque fois parce que ça ne va pas, trop de cailloux au fond, alors on finit par se mettre là où il y a le plus de bateaux parce que c’est là que le mouillage est le mieux, pardi – c’est un sujet de débat qui revient régulièrement sur le tapis, moi pensant que les mouillages indiqués sur les cartes sont fiables et que c’est pour ça que les bateaux y vont, le capitaine pensant que les bateaux vont là où c’est indiqué par flemme de chercher ailleurs alors qu’ailleurs c’est mieux, c’est mystérieux, on est tout seul, il n’a pas toujours raison

les différents zigouigouis c’est quand on a jeté puis relevé l’ancre illico

Le capitaine décide in fine de se mettre au cul d’un cata et part à l’avant

– essaie de ne pas te faire embarquer par le vent !

– oui capitaine !

Ah ! une mission de confiance ! cette fois ci je ne vais pas le décevoir ! cochonne qui s’en dédie ! il n’est encore pas à l’avant qu’une rafale de 25 nœuds pousse le bateau alors je passe gaillardement la marche avant pour revenir face au vent et je finis par y arriver mais le vent m’embarque aussitôt de l’autre côté alors re marche avant pour manœuvrer et soudain le capitaine se retourne et me crie de loin

– est-ce tu es en marche avant ?!

– mais oui ! lui crie-je, toutes dents dehors de fierté en écho

Il glapit que c’est pour ça qu’on dérape !! et que jamais on a vu mouiller en marche avant !

Malgré tout on finit par mouiller comme il faut, du moins comme il le souhaite (donc comme il faut), il revient dans le cockpit d’un pas vif, je le cueille pour tenter de m’expliquer en lui rappelant que son dernier ordre était de ne pas me laisser embarquer par le vent et que moi j’obéis à ses ordres

– on n’avance pas quand on mouille !

– mais si c’est déjà arrivé !

– on n’avance pas quand j’ai mis l’ancre !

– mais comment je sais si l’ancre est descendue si tu ne me le dis pas ?

– tu l’entends quand ça descend ! (il dessine un rond devant son oreille avec son index à l’appui)

– mais je ne sais pas si tu l’as juste un peu descendue et que tu attends que je revienne face au vent pour finir de la descendre !

– nan ! Je la descends toujours d’un seul coup !

– mais tu ne me l’as jamais dit ça

– mais tu ne me demandes jamais rien ! (voyez la mauvaise foi alors que je passe ma vie à lui poser des questions)

– comment ça ? Qu’est-ce que je devrais demander ?

– si l’ancre est au fond ! si tu dois avancer ou reculer ou quoi ou qu’est-ce !

– mais moi j’attends que tu me donnes tes ordres, et en plus souvent je ne t’entends même pas avec le boucan du moteur

Et là j’essuie une larme qui roule sur ma joue droite, ça le décontenance, il me demande de ne pas être fâchée, je suis en eau mais je me retiens parce que si je chiale trop je vais être vraiment moche, le pompon (au cinéma l’héroïne a de grands yeux brillants et sa larme est une perle d’eau, dans la vraie vie tu as des petits yeux rouges au milieu de paupières bouffies et le nez qui coule), je ne suis pas fâchée je me désespère vagis-je, j’aimerais tant qu’un jour il soit fier de son équipière … c’est pas gagné …

On profite de cet épisode pour éclaircir certains points de mouillage (la pédagogie de l’essai-erreur est performante pourtant il en existe d’autres), cependant je finis par me racler la gorge et oser dire d’un ton clair

– on va mettre notre communication au point parce que ça ne va pas : donc toi tu me donnes des ordres et moi j’obéis, tu me dis ce que je dois faire et je m’exécute, sinon c’est le foutoir

Il secoue la tête négativement, il ne veut pas et je ne sais fichtre pas pourquoi … bref, c’est vraiment pas gagné

on est mouillé par là maintenant, non sans mal n’est-ce pas

Le lendemain chaussures de rando, nous allons à la découverte de cette baie et de ses trésors, il fait bon sous les arbres, sur le chemin on croise des chevaux et des chèvres, il y en a beaucoup plus que de gens ici, le capitaine me montre du doigt un bouc superbe en me disant que la chèvre a de belles cornes

– mais c’est pas une chèvre, c’est un bouc ! Ce sont des cornes de bouc !

– mais non elle a des mamelles !

– ah c’est pas des mamelles, c’est ses couilles (hum hum elle a dit couilles)

– mais non !

– ah mais regarde où elles sont, t’as jamais vu des mamelles là (je fais des marches avant malvenues pendant le mouillage mais je sais reconnaître une paire de couilles)

Le débat se clôt naturellement sur cette ultime assertion, tandis que le capitaine, soudainement muet, s’enfonce dans les bois

si ça se trouve il est vexé 😉

On croise des chevaux, des chèvres qui escaladent les rochers, et puis des arbres et des arbres et encore des arbres et puis des fougères et des plantes et tout ça à creuser !

on passait le col entre la baie d’Anaho et la baie Hatimeu
une belle vue de la baie, on voit les bateaux sur le côté gauche … et de la houle qui rentre

Deux jours plus tard il nous faut aller à pied dans une autre anse, celle de la baie Haataivea où il n’est pas possible de mouiller, ceci pour aller quérir des légumes et des fruits frais, nous prenons l’annexe jusqu’à l’autre bout de la baie Anaho pour y débarquer avant d’enchaîner à pied, en arrivant à terre voilà qu’une bonne vague nous soulève et déferle dans l’annexe, bin mince ! la douche ! le capitaine et moi sautons à l’eau pour tirer l’annexe à terre avant que ça ne recommence, d’un geste preste il attrape mon sac qui trempe dedans, sac que j’ai oublié dans la surprise et la précipitation, et on n’est pas encore sur le sable qu’il commente déjà, tu aurais dû prendre ton sac étanche depuis le temps que je te le répète, tu ne m’écoutes jamais, qu’est-ce que j’t’avais dit, mais il est lourd le sac étanche alors je me balade toujours avec mon petit sac à dos d’écolière

– Ok ok maintenant je le prendrai mais jusqu’ici ça ne nous était jamais arrivé !

– oui mais je te l’avais dit ! (oui, il m’avait prévenue que dans le Pacifique ce n’est pas toujours facile d’aller à terre à cause des vagues, oui, j’aurais dû l’écouter, oui je suis vilaine vilaine vilaine ouuuuh que je suis vilaine)

– ok ok ! Pour revenir tu voudras bien prendre mon portable et mon portefeuille dans ton sac étanche ?

Sourire narquois pour toute réponse et on s’en va tout mouillés et salés avec mon petit sac à dos qui trempe mon teeshirt propre, flûte, c’est bien joli par ici et j’adore changer de baie, à chaque fois c’est la surprise, c’est fou mais elles ne se ressemblent jamais, on croise une fillette de 7 ou 8 ans sur un cheval, elle a des sacs de jute empilés en guise de selle, une petite bouille décidée et un regard perçant, elle est magnifique, on parvient en haut du passage entre les deux baies et on voit de loin une belle plage de sable blanc (il est jaune en vrai) et des super gros rouleaux qui déferlent, c’est super beau !

j’ai pris la photo plus bas sur le chemin alors on ne voit pas bien la plage mais on voit quand même les grosses vagues, j’adore les grosses vagues, ça me fait peur et ça me fascine à la fois, les chevaux ça me fait le même effet

Descendus dans la baie, on s’approche d’une cabane ouverte aux 4 vents comme toutes les bicoques du coin, personne, on cherche un peu, nobody, alors on continue et on tombe un peu plus loin sur une autre cabane ouverte aux 4 vents avec 3 ou 4 gars assis sur des planches et une gamine en pyjama (il est midi) aussi crasseux que sa frimousse et ses cheveux, il y a quand même des tas de gens, quasiment isolés dans certaines baies ou autres coins de ces îles, qui n’ont rien à faire, certains bricolent pour passer le temps mais quand on voit la précarité du bricolage on comprend que Bricoman n’a pas investi les îles du Pacifique, les autres laissent visiblement passer le temps sans se laver et sans laver leur peu de fringues, on a vu une fois une nana se balader en soutif qui n’avait jamais dû côtoyer la moindre lessive, pas mal de gars sont torse nu ou trimballent un teeshirt déchiré qui leur fait une aération naturelle pour éviter probablement de se laver plus que nécessaire selon l’idée qu’ils se sont faite de l’hygiène corporelle, ma foi ça développe le système immunitaire

Le plus dégourdi s’est levé pour nous taper un poing 👊

– kaoha ! (disent les marquisiens, ils prononcent le H très fortement alors ça donne kaoHHHHHa)

Le capitaine répond kaHHHHoa (il se plante sur la position du H à chaque coup) et moi je dis bonjour ce qui m’évite de m’emmêler les pinceaux, je suis hyper mauvaise en langues étrangères alors que le capitaine s’entraîne ferme pour charmer l’aborigène

Ce ne sont pas eux qui vendent les fruits et légumes et il faut nous en retourner vers la première cabane ou aller voir vers la plage si la dame qui s’occupe de ça n’est pas là-bas, alors zou on continue dans les taillis et les crottes de chevaux, c’est fou ce que ça peut chier un cheval et comme il y a beaucoup de chevaux ici (ça me rappelle quand on avait des chiens quand les enfants étaient petits, on avait un petit jardin, les enfants l’appelaient le champ de crottes) on saute de crotte en crotte pour avancer, ça ajoute au plaisir

On grimpe sur une butte et là … splendeur, magnificence, sublimité, tout ce qui peut nous élever vers une gratitude infinie, une vue merveilleuse, une plage sauvage et immense, des vagues turquoises qui déferlent, pour nous seuls

je demande au capitaine si on a le temps d’aller jusqu’à la mer et il finit par me dire oui (lui il aime les plages quand on est mouillés devant, sinon ça ne l’intéresse pas) (j’invente pas, c’est lui qui me l’a dit) (j’aime bien lui demander la permission, il se sent obligé de dire oui sinon il passe pour un rabat-joie, alors je fais comme je veux, c’est hyper stratégique), je cours jusqu’à l’océan pour regarder ses rouleaux énormes venir mourir à mes pieds, c’est le genre d’émotion qui me met en lévitation, alors je me laisse léviter un certain temps et puis comme on cuit en plein soleil et qu’on n’a plus d’eau, l’instinct de survie reprend le dessus et nous rebroussons chemin

ça rend toujours moins bien qu’en vrai, c’est navrant tout de même !

Coup de chance 🍀 en repassant devant le premier cabanon, on voit une dame que j’interpelle et elle m’emmène dans son immense jardin d’Eden, des aubergines et des tomates, ça n’a l’air de rien comme ça, mais quand ça fait des semaines qu’on carbure aux choux et aux carottes ou aux cœurs d’artichauts en boite, c’est comme si on découvrait un trésor, d’ailleurs c’est un véritable trésor, je dis au capitaine que jamais on n’aura autant mériter une salade !

dans le jardin d’Eden, il y a aussi des grenades

On s’en repart avec notre butin dans le sac à dos du capitaine et un sac qu’il préfère porter, il ne veut pas que je porte en général, il a de ces côtés gentleman un peu rétro bien que je lui assure que cela me met mal à l’aise de le laisser tout porter, peu lui chaut, il porte à lui en faire saillir les biceps et autres muscles de son anatomie (on n’est pas là pour faire un cours de biomécanique mais si je voulais frimer je pourrais) (un jour que le capitaine manœuvrait torse nu, probablement le seul avantage d’être homme, si moi je manœuvrais torse nu ça jaserait dans les chaumières, donc un jour qu’il manœuvrait en exposant ses abatis à mes candides yeux, je lui dis qu’on voit bien son grand dentelé, il me demande – mon quoi ? – c’est le muscle des boxeurs – ah / il élude, comme il élude d’un pfff ! tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un compliment) (c’en était un)

Revenus à l’annexe, nous regardons les rouleaux qui, heureusement, n’ont rien à voir avec ceux de la plage que j’admirais, sinon on n’aurait même pas pu arriver sains et saufs jusque-là, on se serait noyés comme dans une machine à laver le linge (il paraît qu’il y a des gens qui lavent leur chat dedans et sont tout surpris de le retrouver mort), nous posons les sacs et nos shoes dedans et traînons l’annexe jusqu’à la mer, en guettant le moment où les rouleaux seront moins forts

– tu sauteras dans l’annexe quand je te le dirai (ton sépulcral)

il me le dit alors hop je saute dans l’annexe (une antilope) (à chaque fois ça me fait penser à Ferdinand Lop, ses anti-Lop et ses Lop-ettes) et m’empare d’une rame vite fait pour m’en servir de pieu à planter dans le sable en attendant que le capitaine me rejoigne mais un autre rouleau arrive et j’entends un hurlement

– NON !!!

– non quoi ? (avec un air bête et ma rame suspendue dans les airs)

– T’AS LAISSÉ PARTIR L’ANNEXE DE TRAVERS ET ON NE SE MET PAS À RAMER AVEC L’ANNEXE DE TRAVERS (le temps qu’il beugle ça on se prend encore un bon rouleau dans l’annexe)

Il tire l’annexe plus loin dans l’eau en continuant ses jérémiades, saute dedans

– RAME !

Je rame, partagée entre l’idée de lui flanquer un bon grand coup de rame bien senti en pleine poire (en fait je n’y avais pas pensé sur le coup, c’est en vous racontant que l’idée vient de germer) (mais une idée peu charitable a dû me traverser l’esprit à ce moment précis) et celle d’attendre que l’orage passe, et devinez, j’attends que l’orage passe

– prends les commandes !

Etant assise à l’avant de l’annexe, je tends mon bras vers l’arrière pour attraper le … guidon ? le manche du moteur ? oui, ça doit être le manche, et dirige l’annexe vers le bateau sans tourner la tête vers qui vous savez parce que je suis comme ça, quand un truc me dérange je ne veux pas le regarder vu que ça me dérange, mais je vois tout de même avec mon sixième sens que le capitaine éponge la flotte qui s’est déversée dans l’annexe en grommelant qu’on aurait dû prendre une écope (je lui avais dit que pas besoin puisque hier sur la plage il m’a fait découvrir, ô merveille, un bouchon derrière l’annexe qu’on peut ouvrir pour la vider alors que je m’échinais à le faire avec un sac en plastique n’ayant rien d’autre sous la main) (mais bien sûr, sur l’eau j’ai compris toute seule qu’il ne faut pas enlever le bouchon) ensuite le temps passe, on n’entend que le vrombissement du moteur de l’annexe

Soudain

– tu veux qu’on aille manger dans le resto de la plage ? (Ici un resto c’est un local qui fait à manger pour plus de monde dont toi si tu as prévenu que tu irais manger chez eux)

– comme tu veux (un tantinet sèchement, juste comme il faut, pas trop pour ne pas glisser vers une impasse dont il faudrait du temps pour en sortir, mais assez pour qu’on ne se méprenne pas sur mon humeur du moment)

– Mais ça te fait plaisir ?! (s’étrangle t’il)

je me tourne vers lui

– ce qui me ferait plaisir c’est que tu ne m’engueules pas, mais ça c’est fait

et je me retourne maestoso pendant qu’il me sort son argument préféré

– je t’engueule pas !

ça me fait rire, je n’arrive pas à me forcer à rester de mauvais poil, mais je sens bon de préciser

– ce n’est pas moi qui ai remis l’annexe de travers mais une vague

– … oui, c’est la vague

– et je n’ai même pas eu le temps de me mettre à ramer

– … (qui ne dit mot consent)

– et quand tu me dis non je ne sais pas à quoi tu dis non, alors comment je sais ce que je dois faire ?

– …

– et c’est la première fois qu’on se prend de tels rouleaux de flotte dans l’annexe toi tu sais quoi faire mais moi j’apprends !

– Oui mais je ne voulais pas que tu te mouilles (un vrai gosse)

– Mais je m’en fous de me mouiller !

Un sourire, il trouve qu’il s’en sort à peu de frais

Il est beaucoup trop tard pour déjeuner dans ce resto pour lequel nous n’avons même pas prévenu que nous irions, alors nous rentrons au bateau et de toutes façons j’ai juste envie de manger une belle salade (en la lavant il y a 2 araignées qui s’en sont échappées et je les ai bravement envoyées se faire voir ailleurs par l’écoulement de l’évier qui va direct dans l’eau de mer, avant de raconter ce bel exploit au capitaine parce que je suis intégralement arachnophobe) (il n’aime pas que je l’appelle au secours pour des broutilles)

Le capitaine m’a galamment proposé de nettoyer mon petit sac à dos en calumet de la paix, je l’ai supplié de n’en rien faire, lui expliquant qu’il y a des vieux bonbons collés au fond (de ceux qu’on donne dans les restos avec l’addition et que j’emporte au cas où mais ne mange jamais) et « d’autres trucs » peu avouables dont je souhaite m’occuper et que justement je voulais nettoyer tout ça alors que ça tombe bien, il a levé les yeux au ciel

Le soir on a super bien mangé au resto, c’est à dire dans la pièce à vivre des habitants, entre un coffre plein de bouquins, des étagères pleines de fourbi, la fille de la maison passant nonchalamment pour aller se mettre debout sur une chaise avec un portable à bout de bras et tenter de choper du réseau téléphonique, le capitaine lui demande s’il y a de l’internet et obtient pour toute réponse un grand éclat de rire moqueur, c’est le fils de la famille qui nous sert, toute sa gentillesse remplit ses yeux à en déborder, on dirait un ange descendu du ciel, je repars emplie de sérénité d’avoir une preuve de plus que les anges existent, quant au capitaine il n’est pas un ange, certes, mais moi non plus, hiki-wake

Lendemain, on change de mouillage pour la baie Hakaehu devant le village de Pua, entendez, en guise de village, 2 tas de planches au milieu des cocotiers, pas de route pour y arriver mais une piste qu’on connaît pour l’avoir faite en 4×4, il y a moins de vent aujourd’hui mais la mer est forte et une grosse vague nous soulève de travers juste à l’entrée de la baie, tiens-toi isabelle ! des fois quand j’éternue le capitaine me dit à vos souhaits isabelle… ou quand il va se coucher, je vous attends isabelle… j’aime bien quand il me vouvoie… j’aime bien quand il m’attend… tout recommence (sigh)

de fils en aiguilles, j’adOOre celui là 😂

Une ancre arrière se révèle une fois de plus indispensable avec cette houle, car soit le vent vient perpendiculairement à la houle donc Cap de Miol le suit et on roule, soit le vent vient face à la houle, et Cap de Miol étant tourné vers la terre la houle entre à flots sur la jupe (donc par l’arrière, j’ai demandé au capitaine et oui, la jupe c’est toujours à l’arrière du bateau qu’il m’a répondu, j’en ai conclu que jupe arrière c’est un pléonasme alors maintenant je dis juste jupe, vous saurez bien) et c’est le genre de truc qui agace le capitaine, dieu sait qu’on s’en passe

Mais donc, problème, puisque l’ancre avant est déjà mise

– comment on va faire puisque le bateau est dans le mauvais sens ?

– hé bin on va le tourner

– ah ouais ? mais comment ?

– on va le pousser avec l’annexe

– aaaah ! (il sait tout)

Le capitaine distribue les rôles, il s’occupe de récupérer l’ancre arrière dans le coffre de la jupe pendant que je m’occupe de tourner le bateau avec l’annexe

– je vais toute seule dans l’annexe ?

– bé oui !

Vasoconstriction gorge-cœur-anus instantanée

Mais c’est ça qui est bien avec le capitaine, c’est qu’il m’oblige à me dépasser, certes, se dépasser pour aller seule dans une annexe pousser un bateau ne relève pas d’un exploit hors normes, mais je procède par petites étapes à ma mesure, alors me voilà dans l’annexe avec le système déglutitionnaire en accéléré, le capitaine qui regarde si je fais bien (je me demande s’il n’est pas un peu inquiet, ça fait quelques mois qu’il me pratique, le temps des illusions est largement dépassé), j’ouvre l’essence, vérifie que le moteur est au point mort, veut tirer le starter …

– il est cassé le starter !

– ouais, c’est au quai de Taiohae quand l’amarre du bateau de la police s’est accrochée au moteur (la police, c’est plus ce que c’était)

Je mets un peu de gaz et je tire comme une damnée sur la ficelle, manquerait plus que je n’arrive même pas à la démarrer, mais ça démarre au bout de 5 ou 6 tirages de ficelle à me déboîter l’épaule (quand c’est le capitaine qui démarre je me couche sur le boudin de l’annexe pour ne pas me prendre un pain dans la gueule), le moteur vrombit, j’entends un cri de celui qui vient de se péter le petit orteil dans un coin de meuble

– relâche le starter !

– mais il est cassé ! (je le pousse de l’index mais n’ai pas envie de l’achever et d’avoir ça sur la conscience)

– je te dis de relâcher le starter !

m’en fous, j’arrête de le tripoter et me voilà partie, ma blonde tresse flottant au vent, ma svelte silhouette offerte au regard du capitaine qui me suit énamoureusement (tu parles)

– Où tu vas ?! (tu vois que tu parles)

C’est vrai ça, où je vais ?

Ah ! voilà :

– je vais faire demi-tour ! (On est obligé de crier pour s’entendre)

Hop je décris un large demi-tour et reviens vers l’arrière bâbord de Cap de Miol, c’est fou comme parfois l’annexe me donne l’impression de se traîner alors que maintenant elle a l’air de foncer, un bel exemple de relativité

– ralentis ! mais ralentiiiiiiiis !!!

– mais je peux pas !  j’ai les gaz au plus bas ! (fichu starter)

BAM ! je percute plein pot le flanc de Cap de Miol, l’annexe rebondit comme une balle de mousse sur un mur en béton, dans un réflexe ultime venu du fin fond de mon cerveau reptilien je remets un peu de gaz et là, pfiouuuuu, c’est bon, l’annexe se colle au bateau et je le pousse, il fait demi-tour, pendant que le capitaine hurle

– mais où t’as vu qu’on fonce dans une voiture quand on veut la tracter ?! On arrive doucement !! (gestes à l’appui, chacune de ses mains représentant une voiture) Tu aurais dû passer le point mort !!!!!!!!!!!!!!!

Bien que je m’évertue à contrarier le capitaine en faisant plus ou moins n’importe quoi depuis des mois, bien que le capitaine ne soit pas un modèle de patience et d’équanimité, jamais il n’a proféré l’ombre d’une injure à mon encontre, ne serait-ce qu’un impulsif t’es con ou quoi, pour dire qu’il y a de la maîtrise chez cet homme là, mais il crie pour continuer à me farcir la cervelle de choses intelligentes, et vu les trous qu’il y a dedans il y met la dose alors ça finit par me déborder

– tu ne me pardonnes rien ! que je crie soudain, (ça lui cloue le bec) mais putain tu ne me pardonnes rien !!! répété-je distinctement haut et fort

Il se tourne et s’accroupît vers l’ancre, aussi muet que la Vierge Marie sidérée devant l’apparition du Saint Esprit (ce qui me rappelle un dessin de Charlie Hebdo, une lecture édifiante de plus de mon adolescence, on y voyait Marie qui regarde passer un saucisson volant et qui dit « il n’y aurait pas la ficelle, je dirais que c’est le St Esprit ») (ça me fait rire que voulez-vous) il est temps de revenir au bateau, en plus je suis en train de cuire comme un homard au court-bouillon, le capitaine s’est redressé et je capte son regard inquiet, je trouve la scène désopilante alors j’éclate de rire, y’a rien de cassé alors pourquoi en faire tout un plat, j’arrête de zigzaguer et reviens vers la jupe, le capitaine se permet un mets le point mort ! (c’est vrai que c’est la solution mais j’avais oublié dans la bagarre), à quelques mètres du bateau je veux le mettre et clac ! je passe direct en marche arrière, j’essaie de revenir au point mort avant que le capitaine ne le remarque et finisse par avoir envie de m’assassiner une bonne fois pour toutes, bon sang c’est bloqué, me voilà à tourner en rond en marche arrière sous les yeux médusés du capitaine, je sais qu’il sait que je ne le fais pas exprès pour l’emmerder, à tout prendre ça serait moins pire pour mon ego, par chance je finis par réussir à repasser la marche avant, puis le point mort pour aborder le bateau et y remonter, soulagée de m’en sortir vivante, le capitaine se retient de commenter mes exploits, n’empêche que j’ai tourné le bateau

C’est lui qui termine l’affaire et Cap de Miol se retrouve ancré devant-derrière, le quartier redevient paisible

Le soir, je pouffe en plein dîner, le capitaine me dévisage comme si je fomentais un mauvais coup dans son dos et m’interroge

– quoi ?

– je me revois foncer plein pot sur le bateau

Il sourit (mais élude) (mais il a souri)

Terre déserte … on voit l’aéroport où nous étions passés en voiture … ici les avions ne dérangent personne

Et puis on change pour la baie d’Haahopu, dans le coin de Terre Déserte

Si vous tendez l’oreille et mettez le son à fond, vous entendrez la voix du capitaine qui constate que ce n’est pas le mât d’un bateau (je vous mâche le travail)

Ce qu’on croyait être un mât de bateau est un lampadaire sur un morceau de quai au projet visiblement avorté, à terre un panneau « bureau de vérification Veritas » encore cloué sur un tas de planches et un chiotte qui a dû servir à ensevelir des cadavres tellement il y a de mouches, mouches qui nous suivent et nous collent dans le bateau comme un amoureux éconduit …ambiance étrange dans ce mouillage qui ne roule pas trop, pas de manœuvre à ajouter à la longue liste de mes apprentissages laborieux

on a le droit à ce ciel sublime, Dieu n’est pas rancunier

Sur le retour à Taiohae on s’arrête à nouveau à Daniel’s Bay, c’est trop beau cette baie Daniel, qui est, de son vrai nom, l’anse Hakatea dans la baie de Taioa

once again et on ne s’en lasse pas

Le soir tombant, assis dans le cockpit, le bateau slide ce qui nous fait voir différents angles du paysage selon la position du bateau, je dis au capitaine qu’on se croirait dans film de science-fiction avec un écran géant sur le mur du salon qui projette des photos de paysages toujours changeants pour qu’on ne devienne pas neurasthéniques, son regard cherche dans le vide, il ne voit pas, il ne regarde pas beaucoup de films et encore moins de la science-fiction, le pauvre 😏

Quand on sort du mouillage le lendemain pour rejoindre Taiohae, rebelote, la houle et son ressac nous secouent comme des pâtes alphabet dans une soupe aux petites nouilles (recette de soupe préférée de mes enfants et petits-enfants) (en CE2, la maîtresse de mon fils leur avait demandé une « rédaction » : qu’avez-vous mangé hier soir – c’est bien je trouve, c’est concis pour démarrer – mon fils de noter : hier soir j’ai mangé de la soupe aux petites nouilles – la maîtresse a corrigé pour du potage aux pâtes, drame, j’ai bien expliqué à mon rejeton que la soupe aux petites nouilles était une recette déposée et n’avait rien à voir avec un vulgaire potage aux pâtes, ne nous méprenons pas)

C’est en forgeant que l’on devient forgeron alors une fois dans la baie de Taiohae on pose l’ancre arrière comme si on forgeait depuis des lunes, je vais à terre jeter les poubelles et quérir quelques menus légumes et fruits quand un navigateur au look un peu cradingue étudié (cheveux fous qui dépassent d’un bonnet savamment usé, barbe de quelques jours, teeshirt fétiche qui a vécu mais propre) m’aborde

– salut

– salut

– t’as vu l’alerte rouge aux Tuam ?

– ah nooooooon … alerte rouge à quoi ?

Des zombies extraterrestres ? un virus virulent qui décime l’humanité ? … un tsunami ?!

– à la houle

On a eu chaud 🥵 c’est quoi un peu de houle à côté d’une invasion de zombies

Mais la houle ne s’arrête pas aux atolls des Tuamotu et continue sa route jusqu’à nous, nous passons trois jours à danser au mouillage de Taiohae et à nous réjouir d’avoir une ancre arrière en regardant les bateaux qui n’ont pas pris cette précaution rouler à qui mieux-mieux, les vagues déferlent sur la plage et explosent sur la berge, recouvrent le petit quai, retournent les annexes mal protégées, quand nous réussissons à aller à terre une fois la houle calmée, le snack du petit quai est fermé pour nettoyer et réparer les dégâts, les cailloux de la plage ont été déversés jusque sur la route, la nana du Ship qui habite là depuis 15 ans dira qu’ils n’ont jamais vu ça et on apprendra par d’autres navigateurs qu’à Fatu Hiva il y avait des vagues de 4 mètres qui se brisaient sur la plage … ça tombait bien parce que nous étions à l’abri à Taiohae et coincés pour les quelques jours durant lesquels je bossais, et le capitaine ne pouvait que prendre son mal en patience …

On a bien dansé

C’est l’heure du rabiot pour les gourmands !

  • Le muscle dentelé antérieur (Serratus anterior) ou muscle grand dentelé (en ancienne nomenclature) (mes études datent) est un muscle stabilisateur qui permet de maintenir l’omoplate collée au thorax. Ce muscle travaille avec tous les mouvements de poussée.
  • Abatis : n m, terme de boucherie, peau, graisse et tripes des bêtes tuées par les bouchers
le capitaine fait dans la dentelle
  • Ferdinand Lop : 10/10/1891 à Marseille – 29/10/1974 à Saint-Sébastien-de-Morsent , connu pour sa candidature perpétuelle aux élections législatives ou présidentielles, fait ses débuts comme secrétaire du député de la Meuse au Palais Bourbon. Il est ambitieux et veut tenter sa chance dans le monde politique. Mais à cause des mauvaises blagues de ses collègues et de ses coups de sang imprévisibles, l’administration lui retire son accréditation. Ferdinand Lop crie au complot. Il rejoint le quartier Latin où les étudiants, qui aiment se jouer des candidatures insolites, l’accueillent avec entrain. Bientôt, la Sorbonne est rythmée par les affrontements entre les « lopettes » et les « anti-Lop« . Les étudiants l’appellent « Le Maître » et défilent autour de lui, vêtus d’uniformes de théâtre, pour constituer sa « Garde de fer« . Lop se prête au jeu, ravi d’avoir enfin trouvé son public. Il se présente systématiquement à chaque élection et se déclare même « Candidat à la Présidence des Etats-Unis et leader de la conciliation mondiale « .

quelques slogans d’anthologie :

on peut voir le menu humoristique illustré, « Les bâtons de chaise » diner du jeudi mardi 6 février 1934, présidé par Ferdinand Lop, signé HP Gassier
  • Maestoso : avec un mouvement lent et majestueux
  • Hiki- Wake : en judo = égalité
  • Je n’ai pas retrouvé le dessin que j’évoquais plus haut mais je suis tombée sur celui là, vous me pardonnerez 😉

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

7 commentaires sur « Où il est question de vagues qui remplissent l’annexe … »

  1. Merci Isabelle pour ce partage de vos aventures aujourd’hui j’ai ri aux larmes!!! Dans la grisaille Lorraine l’automne est bien arrivé.
    Belle continuation à vous
    Françoise

    Aimé par 1 personne

  2. Ah lala Isabelle qu’est ce que j’ai pu rire à te lire cela a fait ma journée merci de ton humour de ton talent de narratrice . Je me dit que tu pourrais faire un one woman show tu aurais ton public j’en suis sûre. …merci pour ces bons moments passés à te lire ….bien à toi Michèle de tahiti

    Aimé par 1 personne

  3. Merci merci merci Isabelle
    Quel régal…. vous lire est un remède en soi…
    Je ne m’en lasse pas… et même je sens l’addiction qui pointe, saine pourtant car j’embarque avec toi (bien à l’aise dans mon canapé …je n’ai pas ton courage) pour ce tour du monde de cultureS *de toutes les cultures, de paysages, d’ambiances et de leçons d’art relationnel… fascinant !!! Et quel humour… délectable. Merci merci et bises au capitaine… 😉

    Aimé par 1 personne

  4. ah comme c’est gentil ton commentaire Marie Christine, j’en souris jusqu’aux oreilles 😄! et je viens de transmettre tes bises au capitaine qui cherche à se rappeler s’il connaît une Marie Christine, je le laisse faire 😉 et on t’embrasse tous les deux 🤗🌞😘!

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :