Les Tuamotu ou la vie en bleu

Au mouillage de Taiohae

Et puis il est temps de quitter les Marquises, je suis emplie d’une énorme nostalgie, tout ce qu’on a vu est beau et les gens ont été vraiment gentils partout, mais les Marquises, c’est un cran au-dessus, c’est comme ça que je le ressens … le capitaine, lui, émet un bémol, il a trop peu nagé parce que l’eau était souvent trouble ou le temps pluvieux ou gris, c’est l’hiver il faut dire, et il faut dire aussi que l’enthousiasme est toujours mesuré chez le capitaine, voire inversement proportionnel au mien comme pour équilibrer notre tandem

On n’en a pas pour bien longtemps jusqu’à notre prochaine étape mais on prépare le bateau comme d’habitude, et quand je vois la houle qu’on a, je me doute que ça va bouger un minimum alors je prépare à manger pour 3 jours, histoire de ne pas m’ébouillanter ou devoir cuisiner capots fermés à cause des vagues et crever de chaud mais ce faisant, à peine ai-je mis le riz dans l’eau bouillante que paf, plus de gaz, le capitaine peste mais c’est drôlement mieux de changer la bouteille de gaz au mouillage qu’en pleine mer à la gîte lui positivé je, et puis je me doutais bien que ça n’allait pas tarder vu que je fais beaucoup de crêpes et du pain, oui oui oui je fais du pain, qu’on se le dise, nos réserves de pain noir sont épuisées et on n’en trouve pas par ici, les baguettes sont tellement molles qu’elles se courbent comme un bout de pâte à modeler trop long et on est littéralement en hypoglycémie une heure après manger tellement c’est du plâtre et pas du vrai manger, mais ici ils les aiment comme ça, un polynésien s’effarait devant moi des baguettes si dures de France qu’elles en sont immangeables (elles sont juste craquantes quoi)

oh le beau pain !
oh les belles tartines !

Bref, malgré la nuit qui tombe le capitaine se lance dans le changement de bouteille de gaz … et n’arrive pas à dévisser le bouchon, c’est tellement blindé de rouille que rien ne marche … je regarde le riz gonfler au ralenti dans la casserole, il va être immangeable … sur le coup de 22 heures il tape encore comme un sourd sur la bouteille avec le marteau mais finit par en avoir ras le bol, il a ses limites et remet ça au lendemain, on mange froid et on se couche, je dors encore que je l’entends déjà à l’œuvre au petit jour, à bout d’arguments il en est à scier le bouchon en ferraille avec une scie à métaux, à ce régime le bouchon cède, hourra, il a gagné un bon café, on file plus tard que prévu avec tout ça, mais comme ça nous ressemble tout est normal finalement.

C’est parti, du vent 22 à 28, au travers avec des vagues, le bateau gîte grave et penche encore plus à chaque grosse vague, moi qui n’ai jamais aimé les manèges je me retrouve dans la chenille qui dégomme, fait monter et descendre le sang dans mes veines au gré de ses accélérations sur ABBA qui brame Waterloo dans des enceintes poussées à fond, ne manque que l’odeur de la barbe-à-papa mélangée à celle de saucisse-moutarde, l’anémomètre débloque et parfois le pilote s’arrête net, le bateau s’égare et ça me fait guiliguili dans les mollets (l’adrénaline me fait cet effet) avant que le pilote ne se réenclenche et que le bateau ne reprenne sa route, j’avoue au capitaine, qui me demande si ça va, que j’ai la trouille mais que ça va passer dès que je serai habituée, et comme d’hab, ça passe une fois habituée et, surtout, constatant que ça n’empire pas, la possibilité du pire étant ce qui me plombe immanquablement

une fois éloignés de Nuku Hiva, les vagues et la houle ont nettement diminué d’intensité

Jour suivant, pendant que le capitaine roupille, le vent refuse, bon, je borde la GV et le génois et le capitaine m’appelle illico (mouliner le winch quasiment au-dessus de la tête de celui qui dort dans la couchette arrière réveillerait un mort) sur le même ton que papa apprenant une de mes frasques de la bouche de maman ISABELLE !!!

Il sait, il SAIT, que j’ai oublié d’enlever le frein de bôme, il a des tentacules invisibles avec des yeux au bout qui se glissent dans tous les interstices imaginables pour guetter, c’est pas possible autrement, je suis condamnée à ne jamais pouvoir lui mentir (c’est ennuyeux) … au bout du compte, la réalité est moins fantasque que je ne le suis, il a simplement reconnu le bruit que ça fait, mais faire des erreurs (et oui, encore) est mieux que de ne pas régler les voiles, ce qui m’arrive quand j’écoute de la musique et que je me perds dans mes rêves au lieu de regarder les appareils de nav et les voiles … j’avoue que j’ai plus peur de me faire engueuler que de laisser les voiles pas très bien réglées, c’est une motivation comme une autre mais j’admets que ce n’est pas la plus admirable … est-ce que le fait de le reconnaître me suffira à pousser un jour la porte du paradis, c’est pas dit … surtout que c’est loin d’être le seul et le pire de mes manquements et faiblesses, va falloir que je donne un bon coup de collier si je veux me rattraper avant le jugement dernier …

Le jour d’après, moins de vent, le capitaine veut lancer le spi, je lui coupe l’envie avant qu’elle ne se répande dans la moindre parcelle de son être et que le retour en arrière ne soit plus envisageable

– mais ça va pas avec le pilote qui déconne ?!

Me sent-il tout près de la mutinerie ou est-ce parce qu’on navigue à 130/140 degrés du vent, il opte pour le gennaker (la solution N°2 semble la plus crédible, la moindre tentative de mutinerie serait écrasée ilicet dans l’œuf), le vent mollit, passe de 20 à 12, on se retrouve entre plusieurs grains, on s’en prend un bon, le vent tombe à 0,8, arrêtés au milieu de nulle part on affale, moteur, on sort de là en 10 minutes, le vent repart à 10/12, GV + gennaker once again, c’est reparti à 6 nœuds, 120 degrés du vent, on s’en satisfait … le contentement du capitaine quant à notre vitesse dépend de ce que nous venons de vivre, quand notre vitesse tombe à 6 nœuds après avoir fait du 9, il peste, mais quand ça remonte à 6 après avoir dû mettre le moteur, il est tout content, la clé du bonheur n’est qu’une question de point de vue

 » Tout est affaire de point de vue, et le malheur n’est souvent que le signe d’une fausse interprétation de la vie »

Henri de Montherlant

il n’avait pas l’air rigolo Henri

À 17h17, admirez mon exactitude, le capitaine prend la décision de mettre le spi malgré les caprices du pilote, caprices qui ne se manifestent pas quand le vent est si faible, je ne proteste donc pas … plus tard dans la nuit, le capitaine me réveille pour que je l’aide à affaler le spi car le vent est tombé, il me demande si j’ai entendu le grain et senti le bateau qui fonçait à 9 nœuds, je vois son ciré et le cockpit trempés, je n’ai rien entendu, rien de rien, que dalle, j’étais comme morte dis donc, le capitaine met le moteur pendant que je médite là dessus le regard perdu, après ça on se couche à 3 heures et on dort jusqu’à 7 (avec, toujours, des rondes destinées à voir si tout est ok) (je dis ça pour les assurances), le jour est levé et on a un peu de vent plein cul, c’est certain qu’on n’arrivera pas aujourd’hui à Makemo, faut ralentir alors on ne met que le génois pour avancer à 4 nœuds, des vrais touristes, le capitaine me dit qu’il faut arriver à l’étale de 5 heures demain matin

– Marée haute alors ?

– Non, marée basse

– Ah bon ? C’est particulier ici ?

– Non, c’est comme ça

– Mais pour Hao tu m’avais expliqué qu’il fallait passer à l’étale de marée haute !

– Oui je croyais que c’était ce qu’il fallait faire, mais depuis j’ai lu des trucs qui disent qu’il faut passer à marée basse

– c’est fou ! ça me paraissait vachement logique ce que tu m’avais expliqué !

– À moi aussi

Bin mince ! Il est drôlement convaincant le capitaine ! Il devrait faire de la politique

– Il vaut mieux entrer avec un courant entrant que sortant

Je retrouve mon raisonnement originel simpliste et de bon aloi comme aurait dit ce bon Capelovici

Nous voilà devant l’atoll de Makemo, à la passe nord de  Arikitamiro (vous prendrez note de mes efforts pour vous donner les noms mais je ne vous en voudrai pas si vous ne vous en souvenez pas), on poireaute, le soleil va se lever …

« j’ai vu des bateaux, des fleurs, des rois, des matins si beaux j’en ai connu, parfois, en passant … » que je chantonne sous les étoiles (En Passant, J.J. Goldman)

Ça nous change des Marquises, fini les îles majestueuses, ça pourrait ressembler aux Roques mais la végétation des Roques c’était juste de la mangrove, et ici c’est plein de cocotiers, ça pourrait ressembler aux San Blas mais on ne devait pas entrer dans des passes comme on va devoir le faire, c’est nouveau quoi

Le courant est conséquent mais il faut bien tenter le coup, on ne va pas rester là, alors on le tente, forts de notre expérience à Hao je ferme tous les capots, cale tout ce qui peut tomber, remonte dans le cockpit avec la tablette prête à brandir sous les yeux du capitaine qui a sa tête des grands moments, tous sens en éveil, nous échangeons un regard solennel, concentrés comme du jus de tomate, et c’est parti, le capitaine barre et je lui remonte les infos

– on danse mais on avance ! …  on ralentit mais on avance ! … on avance !

on avance !

ça prend un peu de temps mais on avance … à force d’avancer on est entré dans l’atoll, je n’en reviens pas, le capitaine me dit

– notre premier atoll dans le Pacifique !

Ce qui me fait me demander s’il y a des atolls ailleurs que dans le Pacifique

nos traces quand on poireautait et notre passage magistral
c’est d’un calme une fois dans l’atoll !

On mouille avec prudence devant Pouheva, prudence car c’est farci de patates de corail comme une dinde de Noël de marrons, pour éviter que la chaîne ne s’entortille dedans le capitaine la fait flotter avec des pare battages, une belle guirlande pour les poissons, l’eau est incroyablement claire et on voit le fond et les poissons qui viennent chercher l’ombre du bateau et admirer notre guirlande …

et puis on met l’annexe à l’eau et on file voir à terre ce qui se passe …

Tu veux du bleu dans ta vie, tu vas aux Tuam,

un bleu pareil c’est thérapeutique à tous les coups

La ville est faite de grandes rues qui se croisent perpendiculairement, ça fait très rangé, cette rigueur toute communiste est surprenante dans cette île du bout du monde où l’on aurait pu s’attendre à plus de fantaisie, mais finalement ça doit être ça leur fantaisie

pour être carré, c’est carré

Près du quai il y a des baraques qui vendent des souvenirs ou de la barbe-à-papa ratatinée en sachets plastiques (mais qui peut avoir envie de manger ça 😯 ?) et des snacks pour manger un morceau, je commande à boire local, eau de coco à la paille pour tout le monde !

Ensuite on se met en quête d’œufs parce qu’aux Marquises, figurez vous qu’il y avait pénurie d’œufs, on pouvait en avoir une douzaine par ci par là sur commande, mais comme je fais souvent des crêpes pour le petit déjeuner et bien on a besoin d’œufs, il n’y en a pas dans la minuscule petite épicerie dans laquelle j’achète 2 ou 3 bricoles, la nana à la caisse m’informe qu’il y a un gars qui vend des œufs dans une maison le long de la route, hop on y va, ça nous fait visiter

Arrivés devant la grille de la maison avec un panneau œufs frais et un second attention aux chiens, qui aboient aussitôt pour valider la mise en garde, on appelle pour savoir s’il y a quelqu’un, un ado en fond de cour s’époumone

– P’pa ! Y’a des Américains qui veulent des œufs !

On notera la sagacité du gamin, je regarde le capitaine avec des yeux écarquillés, est-ce un compliment de ressembler à des américains, rien n’est moins sûr, tandis que le père arrive placidement avec un large sourire, je colle mon visage entre les barreaux de la grille et lui réponds deux douzaines quand il me pose la question, 1400 balles, il revient avec les œufs et on fait l’échange entre les barreaux, ambiance marché noir, une fois l’affaire réglée on se lance dans une petite causette cordiale, et puis le fils passe derrière lui en nous disant bonjour, le père prend un air de complot et chuinte entre ses dents

– parlez anglais pour faire croire que vous êtes américains !

Aussi réactive qu’un cheval éperonné, je lance un hello ! retentissant et le père est secoué d’un rire retenu

– c’est bien ça, c’est bien ! que je réussis à lire sur ses lèvres qui chuchotent pour que son fils ne l’entende pas

Le fils s’éloigne, on est hilares, c’est tellement mignon, j’adore ! et en plus on a des œufs frais

et c’est bien joli

Le lendemain, changement de mouillage, Veverega, toujours dans l’atoll de Makemo, c’est l’aventure parce que naviguer dans un atoll peut se révéler être un véritable jeu de piste … certes, nous disposons de Navionics pour nous guider, mais cela ne suffit pas, il y a plein de patates de corail qui ne sont pas signalées sur les cartes et le délicat est que si le soleil est assez haut derrière nous l’éclairage nous permet de voir les patates mais si on navigue avec le soleil de face ou s’il y a trop de nuages et pis encore, de la pluie, tintin pour voir ce qui se passe à ras de l’eau …

une patate de corail bien visible
nettement moins visible quand le soleil est de face, on ne la voit que lorsqu’on est tout prêt

Nous sommes, le capitaine et moi, sur le qui-vive, c’est lui qui grimpe intrépidement sur la bôme pour voir plus loin :

tandis je lui indique ce que prévoit Navionics

– On va en avoir un dans 0.2 miles à tribord !

et le capitaine de me lever le pouce pour me prévenir qu’il a entendu

Quand l’un ou l’autre voyons une patate qui n’est pas signalée sur Navionics nous nous exclamons de concert, tout contents de l’avoir vue, on mange debout pour ne rien louper, quand le capitaine se tient à la proue du navire je lui apporte à boire, ou un café, son regard ne quitte jamais l’eau, il me tend un bras sans même tourner la tête pour prendre son verre, c’est la guerre, je n’en suis pas loin puisque

– c’est un champ de mine ! s’exclame t’il, le regard toujours rivé sur les flots

Soudain il me hurle de prendre la barre, il a stoppé net le pilote automatique et j’ai bondi, il me guide pour slalomer entre les coraux, on fait une bonne équipe, je lui obéis plus vite que le pilote, ça va me faire monter en grade ça, et on arrive au mouillage sans encombre, j’ai drôlement aimé cette petite navigation pleine de surprises

les pare battages font flotter la chaîne

On met l’ancre avec chaîne flottante et les autres bateaux ont fait de même sauf 1, un cata, Heaven’s Door, il ne la fait pas flotter, sa coque est hyper crado comme sa façon de faire, s’il tourne il va abîmer les coraux, je suis furax et m’en plains auprès du capitaine, stoïque et étonné de tant de véhémence, il devrait y avoir des gendarmes de la mer pour mettre des amendes, obliger les bateaux à faire flotter leur chaîne, ce n’est pas parce que les gens naviguent qu’ils ont le sens écologique et je trouve ça tout bonnement révoltant

Le lendemain matin je laisse tomber un torchon à l’eau en le secouant après le petit-déjeuner (je coupe le pain au-dessus d’un torchon, comme le capitaine m’a appris à la faire pour ne pas mettre des miettes plein le bateau, ça sent le côté vieux garçon maniaque mais non, en fait c’est parce que sinon les miettes filent entre les planchers et c’est galère à ravoir), il coule à pic mais l’eau est si claire que le capitaine le voit, plonge tel Poséidon quérant* sa pitance, et va le chercher, moi j’en serais bien infichue, puis nous allons faire un tour sur le motu, un tas de coraux gris et presque stérile, à se demander comment font les cocotiers pour pousser là-dessus

* du verbe quérir, et tant qu’à faire qu’on en rigole un peu : passé simple nous quîmes, passé antérieur nous eûmes quis, passé du subjonctif que nous ayons quis, impératif quérons !

c’est plat les Tuam’

Le ciel est menaçant et ça ne loupe pas, on se fait doucher par la pluie, je claque des dents en rentrant en annexe et le capitaine m’enjoins d’un ton sans réplique de me protéger avec son sac étanche, je me le colle sur le thorax pendant qu’il résiste vaillamment, j’espère que son sacrifice ne lui coûtera pas une bonne bronchite 🤞

le point noir c’est un pêcheur à la ligne qui ne bronche pas sous la pluie

Autre jour, autre changement de mouillage, pour Mokore, autre tour en annexe pour y débarquer … propulsés dans un autre ailleurs … aucune empreinte de pas humain sur le sable de corail mais comme des traces de roues étroites, qu’est-ce donc mais qu’est-ce donc que ces traces ! curiosé-je toute ébahie, le capitaine me montre un Bernard l’Hermite qui avance et grave son chemin dans un paysage lunaire de coraux morts qui émergent du sable, il y en a dans tous les sens des Bernard l’Hermite, aucune autre vie, quand on s’en retourne au bateau je dis au capitaine que j’ai impression que Cap de Miol est un vaisseau spatial et qu’on a fait escale sur une autre planète avant de redécoller, je vis Interstellar, il opine dans un sourire, même s’il n’a pas vu le film, c’est tellement prégnant cette sensation que même lui le ressent  

épatant non ?

Comme il n’est pas prévu de rester ici indéfiniment, il faut changer d’atoll, donc sortir, c’est une première cette sortie d’atoll, j’ai bien mangé pour avoir l’esprit vif mais je me demande si je ne vais pas le regretter et tout vomir sur les pieds du capitaine en pleine passe car le capitaine avait calculé le coup de passer à l’étale de marée basse à 16h, parfait, mais hier soir en vérifiant les horaires de marées il a vu qu’il s’était planté et que ça sera étale de marée haute à 15h20 et a conclu par un tant pis, mais un tant pis n’est pas rassurant pour autant !

Vers la passe de sortie à l’ouest de Makemo

Peut-être par crainte d’arriver en retard, ou parce que le capitaine est du genre un peu pressé, on arrive à la passe dès 14h, il faudrait donc patienter jusqu’à l’étale mais il n’a pas envie d’attendre et je n’ose pas lui promettre monts et merveilles (que je renierais une fois ma peau en sécurité) pour qu’il poireaute, je ferme les capots et le capitaine suggère que je mettre le cristal devant la porte pour éviter que l’eau n’inonde le carré, ce qui a pour effet de figer instantanément mon sang dans mes organes les plus divers

– tu crois ?

– baaaaah …

– mais non, y’a pas besoin quand même !

– bon bin le met pas alors

– mais si tu penses que je dois le mettre …

– fais comme tu veux (on perd souvent du temps avec ce genre de discussions improductives)

Je ne le mets pas, histoire que ça ait une influence positive sur cette première sortie, mon imagination est ainsi faite que les scenarii les plus invraisemblables passent dans ma cervelle à la vitesse d’une fusée supersonique, en me lavant les dents (tant qu’à mourir, que ce soit avec une haleine fraîche) je me vois être éjectée du bateau, emportée par le courant comme un capillaire pubien dans une bonde de bidet et me noyer sous le regard impuissant du capitaine, je me retiens de mettre un gilet de sauvetage avec le ferme espoir de ne pas le regretter … Le moment venu, je me déguise en copilote affûté (soit avec la tablette dans les mains tournée vers le capitaine à la barre) pour donner les indications que je pense utile au capitaine

– on voit la langue de courant ici … 9 mètres de fond, ça correspond à Navionics … on avance bien … on accélère à 8 nœuds …20 mètres de fond … on avance toujours … ah on ralentit un peu, à 7,5 nœuds … 30 mètres de fond….

Je jette un œil sur la passe pour voir si on avance pour de bon, parce que ce n’est pas parce le bateau trace à plus de 7 nœuds qu’on n’a pas un courant de 10 nœuds en face qui nous fait reculer … mais non … tout va bien … la passe s’élargit, le capitaine s’exclame dauphins ! mais ils ont déjà replongé, on retrouve l’océan, cap sur Tahanea, finalement j’aime bien cette trouille qui me serre le ventre quand je me retrouve dans une situation nouvelle, et puis la dépasser en passant à l’action, je préfère avoir la trouille plutôt que de ne rien vivre par peur d’avoir peur, mais je pousse un gros soupir de soulagement qui fait rire le capitaine

– un vrai pro de la passe ! que je lui dis

– pfff ! … on verra ça dans une vingtaine …

vu depuis Navionics
vu depuis l’océan, après la sortie

On a 18 heures pour faire 44 miles puisqu’il faudrait arriver à l’étale de marée basse dans ce prochain atoll, ce qui demande une moyenne de 2.44 miles à l’heure, une pure contre-performance, alors on ne met que le génois et à 19h on prend même 2 ris dessus et finalement le capitaine me dit qu’on va se mettre à la cape pour dormir un peu, alors on cherche à se mettre sous le vent de l’atoll inhabité de Tuanake

Depuis un moment, je disais au capitaine que j’entendais comme la clameur d’un stade de foot au loin, je me demandais si je n’avais pas des acouphènes et lui m’a demandé si j’avais bu ou fumé quelque chose (je m’imagine en train de fumer un oinj en sifflant une flasque de rhum dans les chiottes du bateau en cachette, la débâcle) en fait j’entendais les vagues qui s’éclatent sur l’atoll de Tuanake, en passant à côté ça fait un boucan incroyable, si on n’avait pas de carte on pourrait savoir qu’il y a un atoll rien qu’au bruit … on ne dort guère parce que la nuit est si noire qu’on ne voit rien et on n’a pas envie de finir sur les coraux de Tuanake car à la cape on dérive évidemment, alors on guette sur Navionics ce qui se passe …

on avance à 2.7 nœuds, c’est parfait

Nous entrons à Tahanea à 8h30 après une bien petite nuit, malgré le mascaret impressionnant ça passe comme une lettre à la boîte, je n’ai plus peur du tout mais reste aux aguets pendant la manœuvre, le capitaine donnant le ton

de la gnognote

On file directement dans le mouillage le plus à l’est pour se planquer car il est prévu un vent d’est-sud-est à 30 nœuds et il y a toujours plus dans les rafales, en jetant l’ancre un requin vient reconnaître le bateau, on se retrouve avec une dizaine de bateaux, on est tous venus se mettre à l’abri derrière ce motu

Et on va rester là plus longtemps que prévu …

les taches noires sous l’eau ce sont des patates de corail

Je pense encore à vous !

  • Pourquoi les vagues sont plus grosses près des îles : à cause du relief sous-marin. Confrontée au relief du fond ou à celui de la côte, la morphologie et les caractéristiques de la houle varient fortement à l’approche de la côte, d’un haut fond, d’un récif, d’une falaise ou d’un tombant sous-marin. Pour la petite histoire à propos de grosses vagues, la vague la plus haute jamais observée s’est produite dans la baie de Lituya en Alaska le 9 juillet 1958 : un mur d’eau de 524 mètres a été causé par l’effondrement d’un pan de montagne, entrainant un séisme de 7,9 sur l’échelle de Richter. Pourquoi une telle hauteur ? L’effondrement de la montagne s’est produit dans un bassin d’eau fermé, un peu comme une tartine dans une tasse de café, d’où la violence de la vague. 5 morts ont été signalés à la suite de cet événement dévastateur, un bilan bien faible compte tenu de l’immensité du phénomène, expliqué par le fait que la zone côtière touchée n’était quasiment pas habitée. La hauteur de 524 mètres mesurée est en réalité le déferlement, la vague qui l’a suivie a ensuite été estimée entre 60 et 90 mètres.  En 1854, 1899 et 1936, cette même baie avait déjà connu des tsunamis de 60 à 150 mètres de hauteur.
  • L’anémomètre est un appareil de mesure utilisé pour mesurer la vitesse du vent, des gaz et du débit d’air. Il vous permet également de mesurer de nombreux autres paramètres supplémentaires tels que la température et la pression
  • Jacques Capelovici, dit Maître Capello, animateur de jeux télévisés francophones et linguiste français, pilier des « Jeux de 20 heures » émission sur FR3 de mars 1976 à janvier 1987
Il me faisait un peu peur avec son docte et sa mine grave
  • Le Bernard l’Hermite est un animal grégaire : il vit en colonie pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus, ce qui lui permet de trouver plus facilement de la nourriture et des coquilles adaptées à sa taille. Il doit muer pour grandir. Pendant la mue, il s’enterre dans le sable pendant plusieurs semaines. Suivant sa croissance, le Bernard l’Hermite doit changer de coquille pour en trouver une plus grande et plus solide. Ils peuvent alors se les échanger. Sa coquille lui permet de protéger son abdomen mou des prédateurs et d’éviter la déshydratation. C’est un décapode (il a 10 pattes), il est omnivore, se nourrit de végétaux, de fruits secs, de charognes, d’algues, de petits insectes et mêmes de déjections. Dans certains pays, il est interdit de ramasser des coquillages afin de ne pas priver d’abri le Bernard l’Hermite.
un Bl’H sans coquille

J’ai vérifié : ça se mange (mais je ne suis pas du tout tentée !)

et avec coquille
  • Carré : Partie initialement réservée aux officiers sur les grands navires. Aujourd’hui, ce terme désigne la partie habitable d’un bateau et plus particulièrement le coin des repas. Comme je ne trouve pas l’origine de cette appellation je m’en ouvre au capitaine qui répond du tac au tac « carré des officiers … je pense » … et je crois que le capitaine pense juste, une fois de plus, ceci étant j’ai appris des trucs en cherchant d’où vient ce nom de carré, par exemple qu’on appelait ironiquement les vendeurs d’allumettes des vendeurs de bois carré, et ce que c’est qu’une partie carrée, ça m’a rappelé quand j’étais petite et que j’entendais les adultes pouffer à cette évocation
  • Le mascaret est une vague déferlante produite dans certains estuaires par la rencontre du flux et du reflux. A chaque changement de marée, l’eau de l’océan, dont le niveau augmente, s’engouffre dans l’embouchure et provoque une élévation du niveau du cours d’eau. Ce qui est appelé le mascaret, c’est l’onde ainsi produite, qui remonte alors le fleuve à contre-courant. Dans les atolls, il est légèrement différent du mascaret rencontré en rivière, il est toutefois dû au même phénomène et est étroitement lié aux marées. Quand le courant dans une passe est important et surtout face au vent, il se crée des vagues déferlantes parfois assez grosses, à l’entrée de la passe (par courant sortant) ou dans le lagon (par courant entrant).
  • Où se trouvent les atolls sur notre planète ? On compte 400 atolls de par le monde dont les 3/4 sont dans le Pacifique. La Polynésie à elle seule, circonscrite dans le triangle Hawaii-Nouvelle Zélande-Ile de Pâques, en compte 136. Nombreux sont les états du Pacifique qui comprennent des atolls tel que Marshall ou Kiribati (anciennement Gilbert) ou Tuvalu (Ellice). La Polynésie française compte 85 atolls dont la très grande majorité sont dans l’archipel des Tuamotu (76 unités) alors qu’un petit nombre se situe dans les autres archipels : Société (5), Gambier (2), Australes (1), Marquises (1). L’archipel des Tuamotu est un des plus riches en atolls du monde avec celui des Marshall en Micronésie. La diversité de ces mondes insulaires que sont les atolls est très grande. En Polynésie française leur taille varie d’un facteur 25 pour leur longueur et de plus de 500 pour leur surface. Le plus petit atoll est Tepeto Nord, sa longueur maximale est de 3,5 km et sa surface de 320 hectares. Le plus grand est Rangiroa, 88 km et 171.000 hectares ; c’est aussi le deuxième du monde, après Kwajalein dans les Marshall. Selon qu’ils possèdent ou non une passe navigable permettant aux bateaux de pénétrer dans les lagons, on les qualifie d’atolls ouverts ou d’atolls fermés. Les premiers sont au nombre de 35 et les seconds de 50. Leurs lagons ont des caractéristiques différentes. Ils sont profonds pour les plus grands et la majorité d’entre eux atteignent un peu plus d’une cinquantaine de mètres. Ils ont moins d’une quinzaine de mètres de profondeur pour les plus petits quand ce n’est pas quelques mètres ou lorsque leur lagon n’est pas complètement comblé de sédiment.
on dirait le capitaine qui va chercher mon torchon (si)

Publié par isabelle centre tao

Je suis thérapeute, conférencière et formatrice en Médecine Traditionnelle Chinoise MTC, j'ai fondé la chaîne du Centre Tao sur YouTube pour que vous puissiez apprendre le langage de votre corps et de ses énergies, vous rééquilibrer et vous soigner avec la MTC (diétothérapie, plantes, points d'acupuncture et plein de trucs magiques) en m'adressant particulièrement aux femmes et en leur destinant plusieurs de mes formations. Aujourd'hui je me lance dans une nouvelle aventure : découvrir les plantes du monde destinées aux femmes lors des différentes étapes de leur vie, afin d'aider toutes les femmes, où qu'elles soient, car même si la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise est la plus riche de la planète, il existe partout dans le monde des plantes qui peuvent traiter les douleurs de règles, l'infertilité, les problèmes liés à la grossesse ou à la ménopause et aider les femmes qui n'ont pas accès aux plantes de la Pharmacopée Chinoise. J'ai décidé de faire ce blog pour vous faire vivre cette aventure, et je vous raconterai aussi bien mon quotidien sur le bateau et dans les différents mouillages, que mes rencontres d'herboristes, sorcières et sorciers, chamanes, tisaneurs et all these kinds of people !

9 commentaires sur « Les Tuamotu ou la vie en bleu »

  1. bonjour Isabelle, encore merci pour ce partage, je passe un moment agréable à vous lire à chaque fois…c’est drôle et vivant! Les images font vraiment voyager et rêver…(sans compter la créativité dans les illustrations :-D).
    bonne continuation!

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  2. bonjour Isabelle
    j ai beaucoup de plaisir â lire votre récit depuis la Polynėsie car j ai résidé durant 8 ans å Tahiti. A présent je réside en Savoie. Ma fille ainée habite Moorea depuis 4 ans. Je vous souhaite un très bon voyage en Polynėsie, vous verrez vous quitterez ce paradis avec beaucoup d émotion car les polynésiens sont très accueillants et les paysages magnifiques.

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  3. Je n’ ai pas eu le loisir de vous suivre depuis le début et souhaiterai connaitre le type de bateau et le pourquoi cette expédition. Tres heureux de vos commentaires

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  4. bonjour Patrick,
    le bateau est un plan Rolland, prototype largo 44 mis à l’eau en 2009, le capitaine a beaucoup navigué et avait envie de faire le tour du monde à la voile, et moi j’avais envie de faire de la voile et parallèlement de découvrir les plantes médicinales destinées aux femmes dans des contrées éloignées des continents et de ce fait limitées aux plantes locales pour soigner les maux, alors on est partis tous les deux 😊

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  5. oui Anne Marie, la Polynésie est vraiment un joyau admirable et la gentillesse des gens ici est encore plus précieuse ! j’espère que vosu vous rendrez régulièrement à Moorea pour votre bonheur et celui de votre fille 😊🙏🌞!

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  6. aaaah Annabelle, ça me fait plaisir que vous ayez noté ma créativité dan s es illustrations, je trouve juste dommage de ne pas avoir plsu de temps pour en faire d’autres, ça m’amuse tant 😄😉❤️!

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  7. Bonjour Isabelle et mes respects au capitaine Merci d’ avoir usé de votre temps pour faire réponse et merci de nous faire partager votre tour du monde.Sachez que tous vos articles sont attendus avec impatience. Parfois je me retrouve dans les traits du capitaine ( mauvaise foi ,mais reconnaissant ,capable de retourner des situations à son avantage,et surtout accepter difficilement ses erreurs …. ). Tout cela est narré avec beaucoup d’ humour qui nous laisse à penser la bonne unité à bord. Continuez…. ,un tour du monde ne s’ efface jamais. Très cordialement à vous deux Patrick

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  8. vous m’avez bien fait rire Patrick en avouant si spontanément vos traits communs avec le capitaine, qui n’a pas encore tout à fait la même conscience que vous je crois, cela viendra peut-être ou peut-être pas, mais il a parfois quelques éclairs de lucidité 😉… et oui, cela n’empêche pas une bonne unité à bord, et cette aventure commune tisse un lien unique et puissant, je dirais même que l’unité se renforce au fur et à mesure … vous me laissez penser que vous avez vous-même fait un tour du monde ? quand ? sur quel bateau et avec quel équipage ? en tous cas j’ai transmis vos respects au capitaine qui a souri derrière ses lunettes noires, et nous vous adressons tous deux des pensées bien amicales 🌞🤗

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  9. Bonjour Isabelle Au travers de mes propos,je pense que vous avez compris combien je vous enviais malgré la dictature régnant à bord.. 😂 ;mes seules expériences en navigation lors de mes 20 années passées en Martinique se situent aux îles A B C / les Vierges Anglaises et Américaines puis une transat Méditerranée / Fort de France avec un couple ami sur un 40 pieds. Rien de comparable,pourtant quand on y a goûté !!! Je vous souhaite plein de bonnes choses et à bientôt vous lire. Tres cordialement Patrick

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