
le lendemain de la photo, on lève l’ancre (j’aime dire ça, ça m’a tellement fait rêver de lever l’ancre !) et on passe faire le plein, parce que même si c’est un voilier, il y a un moteur en cas de besoin ou pour les manœuvres dans les ports …

le capitaine me fait prendre la barre et grâce au ciel, j’arrive à manœuvrer pour garer le bateau au niveau de la pompe, 700 calories, minimum dépensées dans l’affaire à force d’attention, on repart pour sortir du port en slalomant entre les jet skis (on voit qu’on est en août) et nous voilà en mer, je me détends , pas bien longtemps car le capitaine me demande ce qu’il faut faire pour hisser la grand voile, ma machine à méninges repart au quart de tour (- 100 calories) et je clame, comme une gamine à qui on demande combien font 2 et 2 « se mettre face au vent ! », il acquiesce, j’ai un défilé de smileys qui soufflent dans des cotillons qui passent dans ma tête avec force musique de foire, mais je ne suis pas sortie d’affaire :
- il vient d’où le vent ?
Je regarde le soleil, on est cap au sud, le vent vient légèrement de tribord, je m’exclame, fierté absolue :
- sud/sud-ouest !
- mais ce n’est pas ce que je te demande ! Il vient d’où ?
- de là (j’ai tendu le doigt)(dans le bon sens, ouf)
- oui. Bon, mais c’est quel vent ?
Comment ça c’est quel vent ? Ça va à toute vitesse dans ma cervelle, tramontane ? mistral ? eeeuuuuuh (- 250 calories)
- un vent de mer ! (notez la pertinence de ma réponse, please)
Les épaules du capitaine s’affaissent un tantinet :
- mais non, il y a 3 vents, c’est quel vent ?
je meurs à l’intérieur, je ne sais pas répondre, il le voit à ma mine effondrée :
- c’est le vent réel ou le vent apparent ?
aaaaaaaaah il parle de ces vents là * ! fallait le dire tout de suite au lieu de jouer aux devinettes !
- c’est le vent réel !
nigaude, réfléchis avant de l’ouvrir, une chance sur deux, raté, c’était le vent apparent …. même derrière ses lunettes noires, je devine la désolation du capitaine dans son regard … il n’est pas sorti de l’auberge avec moi comme équipière, je me demande s’il ne va pas changer d’avis, je croise les doigts dans le bas de mon dos
rien n’est perdu, je peux me rattraper encore, question suivante :
- alors on va où ?
bééééé …. je suis en pleine déliquescence… (je me … déliquette ? déliquescentète ? Comment on dit ? Existe-t-il le verbe relatif à la déliquescence ? … flûte, je n’écoute plus le capitaine, ramenée à cette question qui m’occupe toute entière, reviens au sujet isabelle !)
- mais comment je sais d’où vient le vent réel puisque c’est le vent apparent que je sens ?
il n’y a pas de question bête (paraît-il), le capitaine lève le doigt d’un air sentencieux
- regarde les vagues !
je regarde les vagues et conclus « donc cap à l’ouest » et il s’agace « mais on s’en fout du cap ! » il veut juste que je me mette face au vent, j’obtempère … voilà qu’il hisse la grand voile mais que celle ci se gonfle, j’entends que ça râle, qu’ai-je encore fabriqué ? je me suis bien mise face aux vagues (je vous jure que c’est cap à l’ouest) mais visiblement je ne me retrouve pas face au vent puisque la voile se gonfle … je reviens comme j’étais, face au vent que je ressentais et qui, donc, si vous suivez bien, était le vent apparent, c’est à dire le faux vent, le vent que j’avais tort de me fier à lui … et là, bingo, on peut hisser la grand voile …
plus tard je demande au capitaine comment cela se fait que le vent réel n’était pas dans le sens des vagues, il me répond que les vagues ont le sens que le vent leur a donné plus tôt alors que ça peut être différent… j’en conclus que la navigation n’est pas une science exacte (et je me marre dans le dos du capitaine)

* Il y a 3 vents : le vent réel c’est le vrai vent, puis il y a le vent vitesse, c’est celui qui est créé par l’avancée du bateau, et le vent apparent c’est la résultante des deux précédents…et ça change tout !




