titre fortement inspiré par l’enthousiasme du moment

vous allez finir par me dire que je parle beaucoup du capitaine, certes, mais force est de constater que je n’en suis qu’au début de mon aventure, que j’apprends à naviguer pour aller au-delà des mers et des océans rencontrer tout ce qui touche de peu ou de prou à de l’herboristerie, et que pour l’heure, à part les mouettes et les goélands, je ne vois pas grand monde … j’essaie de pêcher, alors oui, je parle aux poissons (que je ne vois pas plus qu’âme qui vive) mais qui pourraient au moins faire l’effort du sacrifice de leur petite vie pour nourrir la mienne, et j’avoue qu’à ce niveau de ma phrase, j’ai envie de croire que celle ci a plus d’intérêt que celle d’un menu fretin ? mais qui suis-je pour en juger, menu fretin moi-même ?
(Faudra quand même que j’apprenne à pêcher)(et que je médite sur cette notion de menu fretin)

Ah ! je vous dis ça et je pense tout de suite à quand l’expert est venu expertiser le bateau pour les assurances, il a noté qu’on avait un radeau de survie Viking, le nec plus ultra des radeaux de survie a-t’ il assuré, avant d’ajouter que c’était tellement la classe que ça donnerait presqu’envie de s’en servir, ça m’a fait pouffer, mais le capitaine est resté de glace, on ne plaisante pas avec la survie nom d’une pipe en bois … enfin, le rapport avec la pêche c’est que si jamais, pour faire un rapport in situ à l’expert (et à vous par la même occasion) on se retrouve à tester le radeau de survie, ça serait une sacrément bonne chose que je sache pêcher …
Mais j’en reviens au sujet de cet article : que s’est-il bien passé qui fasse du capitaine un véritable héros ?
Prenez votre temps, allez vous faire un thé, asseyez-vous confortablement… c’est bon ?
Bon
… or donc, nous voici au mouillage dans une crique du cap de Creus en Espagne, pas loin de Cadaquès, un peu de monde et une voix qui interpelle le capitaine en passant près d’un bateau, au ralenti pour trouver la best place où mouiller l’ancre … hey ! Un pote de plongée ! trop cool ! ça se fait des signes de loin, je me demande tout de suite ce que je vais bien pouvoir faire à manger ce soir pour nourrir plus de monde (une ratatouille ?), le soir effectivement le pote de plongée vient dîner avec sa femme, qui fait de la plongée également, ce petit monde s’organise pour demain, faire quoi je vous le donne en mille … plonger (facile), on m’invite, je décline, je sais d’ailleurs que c’est par pure politesse car je n’ai jamais plongé de ma vie et le simple fait d’imaginer le faire prochainement pourrait presque me causer des insomnies si je n’avais une nature à dormir comme un plomb en dehors des moments d’enthousiasme intense qui peuvent me faire passer une nuit entière à garder les yeux ouverts au plafond comme si je pouvais y lire mon destin…
le lendemain matin, je regarde attentivement les préparatifs des plongeurs … oh, my, god ! en dehors de ceux qui font de la plongée, il est impensable de croire ce que j’ai vu de mes propres yeux ! quel barda, non mais quel barda ! il faut mettre une combinaison qui met au moins un quart d’heure à rentrer dedans tellement ça colle à la peau, enfiler des chaussons, des palmes, un masque, préparer la bouteille d’air comprimé, et tout ce qui va avec, des lests de plomb pour bien descendre dans l’eau, un ordinateur de plongée au poignet …
le plongeur part en pesant une tonne, à faire pâlir Thomas Pesquet et à se demander comment il ne coule pas à pic pour ne jamais remonter, je m’enhardis à demander au capitaine comment il va faire pour remonter (pas que je me retrouve toute seule à manœuvrer ce bon cap de miol) et il fait sa tête de quand la réponse est tellement évidente (pour lui) qu’il se pose la question de savoir si je suis bête exprès ou si je le fais marcher, pour me répondre qu’il gonfle sa « stab » comprendre le gros gilet qui porte sa bouteille, son détendeur et qui a des poches dans tous les sens …. Ouf, il finira par remonter, du moins ça reste possible …

… voilà nos plongeurs partis, j’ai promis de m’entraîner à nager avec des palmes, un masque et un tuba, aussi je m’y emploie, cochon qui s’en dédie … vaillante plus qu’il n’en faut, j’essaie une de ces fichues combinaisons Néoprène et, de guerre lasse, laisse tomber l’affaire après une demie heure de tentatives infructueuses à me tordre dans tous les sens pour réussir à l’enfiler (à se demander si j’ai grossi) … bon, je passe aux palmes … okéééé … masque … je meurs presque, étouffée en 15 secondes chrono, au bord de l’asphyxie j’arrache le masque de mon visage, crotte de bique me voilà dans une sacrée mouise ! je dois y arriver ! j’ai promis ! mais comment faire pour tenir cette promesse faite, selon toute vraisemblance, à la hâte et en pure vanité ?!
je reprends, méthodique, mets le masque sur mon front, glisse le tuba dedans et le prends dans ma bouche, descends le masque sur mes yeux et mon nez, m’enclins à respirer calmement (mes fesses, si vous me pardonnez l’expression), m’admoneste intérieurement et réussis à me calmer, du moins suffisamment pour que quiconque me verrait ne se porte pas aussitôt à mon secours en me pensant en détresse (bien sûr que je le suis) …
phase 1, ça va à peu près
phase 2, je descends le long de l’échelle du bateau et me trempe dans l’eau froide, heureusement que je ne suis pas engoncée dans la fichue combi, me dis-je, genre ça pourrait être pire, prends mon courage à deux mains et mets le menton dans l’eau, vouiiiiiiii, vas-y isa, …, allez vas-y isa, …, hop dans l’eau jusqu’en dessous des yeux … oui … oui oui oui ! … ah non non non, bon sang isa que tu es nulle ! j’ai jailli de l’eau comme un diable de sa boîte, tout est à refaire, y arriverai-je jamais ?
la honte me pèse aussi lourdement que le couvercle du ciel de Baudelaire …
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
aaaaah comme le temps passe vite ! je suis appelée à la manœuvre, vous ne saurez pas tout de suite de quel héroïsme le capitaine a fait preuve …
il va falloir attendre demain …
…
PS : quel pisse-froid ce Baudelaire 😀
PPS : j’espère que je n’ai pas grossi
PPPS : je pense que c’est obligé qu’il faut faire pipi dans sa combi comme Pesquet dans l’espace
PPPPS (après j’arrête) : du coup j’ai regardé la définition exacte de « mouise » : « pauvreté extrême, faiblesse, dénuement, etc. » … je valide – et j’adore le « etc »











