2 jours sans vent, pétole comme on dit, on n’entend que le clapotis de l’eau sur la coque et le grincement d’une poulie par ci, du hale-bas par là, de temps à autre un souffle d’air vient faire à peine gîter le bateau pour le sortir de sa torpeur, on croit que c’est gagné, que dalle, mais ça suffit pour que le capitaine se dresse comme un seul homme – je sais bien qu’il est tout seul, mais l’expression n’en reste pas moins très visuelle … essayez un peu de l’imaginer si je vous dis juste qu’il se dresse, plutôt que d’ajouter comme un seul homme … allez-y, imaginez le …. vous y êtes ?
Alooooors ?
Vous voyez la différence ?
La majesté que cela ajoute au geste ?
Mmmmmmh ?
donc, tout dressé qu’il est, le capitaine se met à tirer sur des bouts, à donner un tour de manivelle à un winch, à border, à choquer, même un tant soit peu pourvu qu’il y ait de l’action, car oui ! à peine un souffle d’air et le marin saute à la manœuvre, d’où le titre de cet article, parce que j’ai beau ne pas m’y connaître, je vois bien qu’il ne s’est rien passé, que le bateau a continué sa lente avancée sur cette mer d’huile, mais que ça occupe son homme de tirer sur les ficelles …
on pourrait alors croire qu’il n’y a vraiment rien à faire quand c’est pétole, grossière erreur, il y a les vagues à regarder, et puis le ciel, et puis la grand voile blanche qui se découpe sur le ciel bleu, la lumière de l’air, et puis celle de l’eau, et puis, surtout, il y a tout le ciel à respirer

ciel que l’on aperçoit ici depuis le capot car nous avons affaire à un capot mesdames zé messieurs, et non pas à un vulgaire hublot ! le hublot s’ouvre vers l’intérieur tandis que le capot s’ouvre vers l’extérieur, ce qui évite de se prendre de l’eau plein la tronche quand on cuisine tandis que le temps est à la pluie ou la mer capricieuse, et il faut avoir déjà navigué pour faire ce choix éclairé (autant dire que le choix ne relève pas de mon initiative)

cuisine que voilà, ma première fois que je cuisine pour de vrai sur le bateau (ma tête à couper qu’il y a de la ratatouille là dedans) : les casseroles sont bloquées et la gazinière peut se balancer pour rester toujours à l’horizontale même à la gîte, bien que l’on m ‘ait prévenue que par gros temps il faut cuisiner en ciré et bottes pour ne pas se faire ébouillanter en cas de débordement – ce à quoi j’ai rétorqué « ah bon, on cuisine même par gros temps ? » et où il m’a été répondu « bin, faut bien manger ! »

Bout (se prononce « boute ») : le nom des cordages sur un bateau, encore que le cordage qui sert à régler une voile s’appelle une écoute et celui qui sert à hisser une voile s’appelle une drisse – on dit « passe-moi le boute » 😉
Border une voile : ramener la bôme vers l’axe du bateau pour tendre la voile, et choquer : éloigner la bôme de l’axe du bateau pour donner du mou, détendre la voile – la bôme étant le tube (que le dieu des marins me pardonne d’utiliser ce mot païen) perpendiculaire au mât sur lequel la partie inférieure de la grand voile est fixée

et ça c’est un winch, ça permet de ne pas se tuer à la tache quand on doit tirer sur les cordages, oops, les bouts ou les écoutes ou les drisses !







