6 heures du mat’

un œil averti verra à quelle allure nous naviguons !

c’est tôt, certes, mais on lève l’ancre bon pied bon œil pour filer à Las Aves de Barlovento (ça veut dire au vent) (il y a aussi Las Aves de Sotavento sous le vent) qui est évitée par la plupart des navigateurs, on nous a même dit qu’il faut passer au Nord de ces îles pour éviter les pêcheurs au Sud et naviguer trop près du Venezuela, ça me fait un peu déglutir, je demande au capitaine s’il y a un intérêt quelconque à y passer, je crois que l’intérêt le plus probant qu’il pourrait y voir serait justement que beaucoup de navigateurs les évitent, mais faisons fi du danger mille sabords, en même temps quand on lit les avis de ceux qui y sont passés ou les tours opérateurs il paraît que c’est beau, mais d’autres racontent des histoires tout bonnement effrayantes et les gouvernements disent qu’il faut éviter tout voyage au Venezuela en raison du nombre élevé de crimes violents, alors que faire ?

Pour moi le choix n’est pas difficile, je fais ce que dit le capitaine, quand j’ose lui soumettre un avis contraire au sien il grommelle que je suis têtue, ce à quoi je rétorque que je défends mon point de vue, je ne vais quand même pas dire amen à tout, tout capitaine qu’il soit, bref on y va, il faut y arriver assez tôt quand il fait jour pour voir les fonds … j’ai appris en navigant aux Roques que naviguer dans un atoll est risqué, l’eau y est peu profonde et c’est parfois un euphémisme, il y a des cayes et des secs à droite à gauche, quand le soleil est suffisamment haut et derrière nous cela nous permet de voir ce qui se passe en dessous, et puis la couleur de l’eau nous renseigne, mais c’est délicat, ouuuuh bien délicat, on navigue avec la carte Navionics sous les yeux pour bien voir où on passe, le capitaine est à la barre et moi je tiens la tablette à côté de lui en scrutant la mer pour bien lui montrer que je suis avec lui, j’ai l’impression  de tenir la partition d’un violoniste pour qu’il puisse jouer sans faute, je guette le bon moment pour tourner la page, le capitaine râle qu’il ne voit pas bien comme si c’était moi qui lui mettait des rayons de soleil dans les yeux pour l’aveugler, alors je tourne la tablette dans tous les sens, hâtivement, faudrait pas l’énerver outre mesure, il finit par la saisir d’un geste vif, heureusement qu’il n’est pas violoniste sinon il en lâcherait son instrument et me congédierait sur le champ pour ma désespérante inutilité … on navigue ainsi tous deux au milieu des dangers de tout poil …

Vous avez compris, Las Aves de Barlovento c’est un atoll et il faut y arriver de jour avec assez de lumière pour ne pas se planter, ce que nous faisons avec maestria (je crois qu’aujourd’hui ça va y aller avec les métaphores musicales) mais une tension certaine, l’un comme l’autre sommes attentifs à bien voir où nous passons, parfois le capitaine me dit d’aller à l’avant du bateau pour regarder ce qui se passe sous l’eau bien que je lui aie avoué n’avoir absolument aucune idée de la profondeur de ce que je vois, ceci malgré les lunettes de soleil polarisées (il dit pola, à chaque fois son ton me fait penser à Valérie Lemercier dans les Visiteurs) adaptées à ma vue qu’il m’a obligée d’acheter pour bien voir tout ça, ah ça pour bien voir je vois bien, mais les lunettes ne me renseignent pas sur la profondeur de ce que je vois, c’est à 1,5 mètre ? 2 ? 3 ? je vous y verrais tiens …

On ne le distingue pas sur cette photo mais les arbres sont remplis d’oiseaux

En tous cas on fait tout bien comme il faut et on mouille en fin de matinée dans un endroit où je n’ai jamais vu autant d’oiseaux de ma vie ! Incroyable ! Mais  quand on sait que Las Aves ça veut dire les oiseaux, la lumière s’allume à tous les étages dans les plus reculés et obscurs coins de ma cervelle 

Et puis il y a un bateau de pêcheurs un peu plus loin, on n’a encore pas fini de ranger le bateau qu’on en voit 2 arriver dans ce qui leur sert d’annexe, une barque qu’ils écopent au fur et à mesure de leur avancée, leurs rames sont des bouts de bois avec des couvercles de bidon attachés à la one again bistoufly, les 2 pêcheurs ont des mines quasi patibulaires (adj : physionomie d’un coquin, d’un homme qui mérite la potence) , je chuchote à l’oreille du capitaine que si j’étais metteur en scène je les embaucherais pour faire des méchants dans Zorro, capitaine qui saute gracieusement sur la jupe arrière, saisit le bout qu’un des pêcheurs lui tend et l’attache au bateau, s’en suit une conversation décousue, nos nouveaux amis ne parlant pas anglais et le capitaine ne connaissant que quelques mots d’espagnol, ils comprennent et acquiescent quand je leur propose une cerveza (vous aurez noté que ça je connais), le capitaine regarde l’heure en soupirant car ça fait tôt pour se mettre à la bière qu’il consomme en y mettant bravement du sien par pure politesse, je m’abstiens, note qu’aucun de ces messieurs ne m’invite à en boire une avec eux ce qui pourrait amplement émouvoir ma part féministe dans un autre contexte, reste debout sur la descente et observe les énergumènes (une bière réussit à me rendre pompette et je veux garder toutes mes instables facultés) , il y en a un qui se plaint du soleil et jette des coups d’œil furtifs dans le bateau, nous éludons bien que nous ayons compris qu’il voudrait qu’on les invite à monter dans le bateau (il a vu la vierge lui) et l’autre garde les yeux plissés et ne dit pas un mot mais inspecte tout sur le bateau, je suis sur mes gardes, je demande « bambino ? », je présume que de parler de leur famille ne peut que les attendrir, j’en profite pour placer que j’en ai trois (grâce à Enrique Iglesias je connais le tres) genre qu’il ne faudrait pas faire 3 orphelins, celui qui plisse les yeux montre une poulie du bateau et fait des gestes qui démontrent que ça sert à monter des trucs lourds, le capitaine abonde, je lui souffle que je crois qu’il veut la poulie, évidemment, alors le capitaine lui donne la poulie, ils sont bien contents et finissent par s’en retourner en disant qu’ils reviendront demain après la pêche et en nous demandant si on sera là, oui on sera là …

Le bateau des pêcheurs, le capitaine dit des »péchous« … c’est d’un beau tout ce bleu …

A peine sont ils partis que je dis au capitaine que les regards du plus vieux ne m’ont pas plu, il me dit qu’il ne faut pas voir le mal partout, certes, mais il ne faut pas le voir nulle part non plus, plus tard on entend gueuler fort et longtemps sur leur bateau où ils sont 8 depuis trois mois, une vie pas facile je vous l’accorde, pour autant si on leur donne nos poulies et nos rames on sera bien embêtés … je dis au capitaine que je préfère partir ce soir, je ne suis pas tranquille, encore plus tard ils repassent à 3 sur leur barque, le 3ème a une mine qui fait passer ses congénères  pour des enfants de chœur, il demande du Coca-Cola que nous n’avons pas, adios amigos, le capitaine a finalement un doute sur la bonté présupposée de ces gens là (je ne dis pas qu’ils ne sont pas gentils, je dis que le doute est de mise), lui reviennent en mémoire les fameuses histoires pas trop plaisantes du coin, il me dit qu’on y va, il est presque 18 heures, il fait encore jour, on peut partir, hop on lève l’ancre et on s’éloigne …

Le capitaine suggère qu’on n’a qu’à suivre le tracé de la route qu’on a prise pour arriver entre les récifs de coraux pour être certains de ne pas se planter, soit, on a le soleil en pleine poire et on ne voit rien, je vais chercher la partition (Navionics) et on avance en guettant les fonds, le capitaine est à la barre, soudain je m’exclame ! 2 mètres 50 !

bon … Navionics donne 7 mètres alors on avance, on va avoir plus d’eau, c’est Navionics tout de même !

2 mètres ! (glurps)

Putain 1 mètre 30 ! pas le temps d’ajouter quoi que ce soit que

CRAAAAAACCC !

Quoi ?! Quoi ??!!

On est plantés bordel ! Hurle le capitaine !

Il met la marche arrière, CRAC CRAC et RECRAC ! ça fait un de ces bruits ! le bateau ne bouge plus, pris au piège, il oscille juste de droite et de gauche, planté sur la quille, prisonnier des coraux, le capitaine essaie de manœuvrer au moteur mais que dalle, les craquements que l’on entend sont de trèèèèès mauvais augure, tout mon corps se rétracte comme inondé de jus de citron vert …

Debout dans le cockpit je pense qu’ironie de l’histoire, il va falloir aller demander de l’aide aux pêcheurs pour qu’ils nous sortent de là, que Cap de Miol va finir ses jours en épave et que des navigatrices écervelées diront qu’il faut être sacrément bête pour aller se planter sur des coraux, qu’il suffit de regarder la carte et où on va, je pense aussi aux affaires qu’il faut que je prenne, à celles que je vais devoir abandonner, et qui feront la joie des pêcheurs (ou leur étonnement), où est-ce qu’on va pouvoir prendre un avion pour rentrer, comment m’y prendre pour consoler le capitaine … je suis déjà résolue, se battre contre les évidences est inutile … (j’avoue ici qu’on n’a pas suivi le tracé de la route qu’on avait faite pour arriver, on est con qu’est-ce que vous voulez)

Le capitaine me dit que hop on met le génois, pauvre capitaine désespéré qui croit qu’on peut sortir de là à la voile ! faut-il être nigaud ! le vent va s’engouffrer dans le génois et empirer nos affaires et puis c’est tout !

Je suis à un doigt de lui dire d’arrêter le massacre et qu’il vaudrait mieux qu’on fasse des signes aux pêcheurs mais il ajoute dans la foulée qu’on va mettre le génois à contre et me met à contribution, soit capitaine, qui ne tente rien n’a rien, de toutes façons on est fichus alors, et puis gare à moi si je n’obéis pas à tout et à n’importe quoi en cet instant de tension intense

On déroule un petit bout de génois et on tend la contre écoute … rien … rien de rien … par chance il n’y a pas de rafale qui couche le bateau en lui faisant un croche patte, ce qui hâterait notre évacuation parce que l’eau s’engouffrerait joyeusement dedans, je suis dans les starting-blocks pour bondir mettre mon ordi et mes bouquins dans un sac étanche …

et puis … frémissement … (le capitaine se fige)

le bateau bouge …

recule …

ah ouais ?

recule encore … (il ne respire plus)

ça marche ? …

encore …

ça grince, ça couine, ça racle

ah ! on dirait que ça flotte un peu maintenant ?

oui ! oui ! ouiiiiiii !

on sort du piège de corail ! (il maugrée qu’on est con) (en même temps ça serait tellement moins rigolo si on ne l’était pas)

La nuit tombe quand nous sortons des Aves, si je pouvais faire un autel à la gloire du capitaine je le ferais, une petite vierge Marie avec des clignotants dans un coin de cabine, et quelques fleurs en plastique pour le bon goût, avec une jolie petite inscription bien sentie : gardez le capitaine en votre sein, comme d’hab je ne lui dis rien de mes pensées antérieures qui dénotent de cette belle et rapide capacité d’adaptation qu’il apprécie en ma personne, mais je crois que je vais parfois trop vite en besogne, lui en est certain, même que je suis sûrement zinzin (je le suis mais le nie quand ça m’arrange) (maman fait ça très bien, elle a perdu la boule mais elle est capable de le cacher aux moins malins, elle est hyper fortiche à ce jeu là) (j’en ai toute une liste de moins malins qui gobent son cinoche, si j’étais méchante je les balancerais 😏)

genre ça … j’adore !

Nav’ de nuit vers Bonaire, une des ABC, parfois on voit des feux de navigation d’un bateau qui n’est pas signalé sur l’AIS, le capitaine m’ordonne alors de couper nos feux et notre AIS pour qu’on ne soit pas repérables, on ne sait pas quelles seraient les intentions des autres bateaux non signalés, je finis par dire au capitaine que si tous les bateaux font comme nous ça va faire des collisions, ça le fait rire (un peu jaune) et il remet nos feux de nav’ et notre AIS, mais quand c’est à mon tour de quart je coupe tout aussi, longuement, parce que je distingue un bateau et que tous les récits entendus refont surface et que j’ai vu le film Capitaine Philips … c’est chouette de naviguer tous feux éteints, on voit beaucoup plus de choses dans la nuit noire et sans lune … 

Il est prévu qu’on y arrive tôt le matin, ce que veut le capitaine car on ne peut pas ancrer à Bonaire, il faut automatiquement se mettre dans une marina ou sur bouée, et on ne peut pas réserver, c’est la loi du premier arrivé premier servi, donc on serait de toutes façons partis un soir des Aves et on n’aurait pas vu les fonds (je l’articule bien audiblement au capitaine par crainte qu’il ne décide que tout est de ma faute parce que j’ai eu peur des pêcheurs et que nous sommes partis au mauvais moment) maintenant on sait qu’il y a des endroits où on ne peut pas se fier à Navionics, malgré cette évidence le capitaine enrage de s’être fait avoir comme un bleu, c’est à peine si mon admiration sans borne (qui ne fait que s’aggraver avec ce sauvetage de main de maître) lui met un peu de baume au cœur, il répète qu’on aurait dû suivre la trace que l’on avait faite à l’arrivée, qu’il sait bien qu’avec le soleil dans la gueule on ne voit rien, il tourne et retourne le couteau dans la plaie, on se relaie dans les quarts, je découvre Bonaire en me réveillant de trop peu de sommeil …

Arrivée à Bonaire au petit jour (on a traîné en route pour ne pas arriver de nuit)

On se dirige allègrement vers la marina Flamingo à Kralendijk

arrivés par le sud

et alors on est prévenus : il y a beaucoup de fond dans la baie et puis ça remonte à toute vitesse, ça se voit à l’œil nu, l’eau est bleu marine et soudain bleu turquoise, là où c’est turquoise c’est du sable et pas de fond, on arrive à la marina, l’entrée de la marina est toute étroite, on voit une bouée verte quasiment collée à un mur, le capitaine me demande si la signalisation est zone A ou B, on la laisse à droite en entrant comme en Europe ou à gauche comme aux Antilles et aux US ? coup d’œil sur Navionics qui ne donne aucune indication sur le fond dans cette zone, la bouée verte est tellement près du mur qu’on ne doit pas avoir la place de passer entre elle et le mur, et puis il y a des bouées rouges à bâbord, alors on passe à gauche de la bouée verte, comme en Europe, on est en Hollande après tout …

mmmmh, 2 mètres 50, on serre le cul …

2 mètres ? ….Naaan ?

1 mètre 40 !!! Horreur malheur ! le bateau s’immobilise ! paf paf et repaf ! On est replantés !

7 heures du mat’ et on est plantés sur le sable de l’étroit chenal d’entrée de la marina !

On se regarde comme deux imbéciles, qu’avons-nous fait au Bon Dieu pour qu’il nous punisse aussi cruellement ?! (Bouddha est moins impitoyable)

Mais l’heure n’est pas aux lamentations, il faut sortir de là, la honte de la honte de la triple honte, c’est parti pour d’inutiles manœuvres au moteur, des gens du cru sont accourus et se tiennent debout au bord de l’étroit chenal (je sais que je me répète sur cette étroitesse mais c’est pour vous le mettre dans la tête car c’est tellement étroit comprenez vous) et nous explique moitié en hollandais moitié en anglais qu’il faut attendre que la marée monte pour se dégager, m’est avis qu’on n’est pas les premiers, comme on est plantés on a tout le temps de distinguer que s’il n’y a pas de bouée rouge pour marquer le passage il y a un ballon rose collé au mur, pas très orthodoxe le marquage … en même temps il aurait fallu laisser la bouée verte à gauche au lieu de penser, quelle idée a t’on eue de penser ! le capitaine enfile son maillot de bain et saute à l’eau pour voir ce qui se passe, il émerge pour me dire qu’il veut attacher une corde au bateau pour le faire gîter depuis le bord de ce putain d’étroit chenal, ce qui le mettra à la gîte et le libèrera, parce que sinon tintin pour avoir une place vu que la marée haute est prévue pour 11h et que le marnage n’est que de 6 centimètres, une misère, comment pensez-vous soulever tout un bateau avec seulement 6 centimètres d’eau en plus ?…

Photo de la situation sur la tablette avec Navionics

Mais je l’interromps soudain, je sens que le bateau bouge, il dit que non, j’insiste, il bouge te dis-je ! le capitaine remonte et constate, remet le moteur en douceur, on se dégage allegro ma non troppo du sable et on sort de cet étroit chenal en marche arrière, les locaux nous font des signes amicaux et nous souhaitent bonne chance, nous revoilà dans la baie, on file à l’opposé dans le coin des bouées et on en trouve une de libre, manœuvre ! car il faut l’attraper la bouée ! Le capitaine n’ayant pas eu la tête à m’expliquer sa stratégie, moi encore moins à la lui demander, on se retrouve avec les amarres toutes emberlificotées, ça nous prend du temps pour régler tout ça, ça sent bon la journée de merde 🥴

Il part ensuite courageusement en annexe pour les formalités (quand on navigue de nuit je vous assure que c’est courageux de prendre sur soi pour partir en annexe au lieu de dormir un bon coup) tandis que je prends une douche et compte faire un petit somme, mais à peine m’allongé-je qu’il revient me faire lever, les autorités veulent me voir aussi, c’est nouveau, d’habitude l’équipage n’intéresse absolument pas les autorités, seul compte le Master and Commander, alors on y retourne tous les deux … ce qui me fait découvrir Bonaire ! des vrais magasins qui vendent des vraies fringues ! des restos ! des banques ! du free wifi partout ! la civilisation en bonne et due forme c’est bon y’a pas à dire, après les formalités on mange un morceau dans un petit bistro et tandis que le capitaine me dit qu’il faut maintenant aller à l’immigration, je lui explique avec une conviction toute féminine que je ne l’accompagne pas mais que je vais faire de cette chose inutile autant que farfelue à ses yeux qui s’appelle du … shopping ! du shopping ! joie dans les cœurs ! je m’exécute avec brio (une petite robe avec des pompons et un sac avec un beau paon pour se promener avec la robe, ça va saigner !)  et on se retrouve plus tard au même bistro, on retourne au bateau, le capitaine est perdu dans de sombres pensées, moi je suis passée à autre chose mais je vois qu’il ressasse (que ne s’est-il acheté un short hawaïen)

La vue depuis le bistro qui est devenu mon QG pour ces quelques jours grâce à son excellent wifi
Une rue de Kralendijk

On reste à Bonaire le temps dont j’ai besoin pour travailler tandis que le capitaine va faire du snorkeling et de la plongée et s’en trouve enchanté, surtout dans le coin de Klein Bonaire hyper réputé pour ses spots de plongée, je n’ai pas le temps de nager et mon orteil ne me le permettrait pas mais l’eau est si claire que je vois passer des poissons bleu marine tout autour du bateau, malgré les paquebots qui arrivent et partent l’un après l’autre en y allant gaiement de leur pollution …

et puis il est temps de repartir pour continuer notre route vers Curaçao

Nuit au mouillage de Bonaire

Ce petit plus qui va vous enchanter !

One again bistoufly : fait à la va-vite, de manière négligée ou simplement pour imiter un accent ricain, les déclinaisons sont pléthoriques : one again and bistoufly, Won again a bistoufly, wanagain boustifaille… S’il existe un consensus quant à la signification, l’origine de l’expression, elle, est totalement obscure.

Caye : zone proche d’une côte caractérisée par une faible profondeur, souvent en sable ou composée de corail, caye signifiant ce qui limite.

Un atoll est une île (ou plusieurs îlots appelés motu) des mers tropicales, formée de récifs coralliens qui entourent une lagune centrale d’eau peu profonde, le lagon.

Sur cette photo aérienne on peut voir tous les dangers affleurant l’eau qui guettent les navires

Les îles ABC ou Petites Antilles Néerlandaises sont trois îles faisant partie des îles sous le vent au large de la côte vénézuélienne : Aruba à l’ouest, Bonaire l’est, et Curaçao. Elles font partie du Royaume des Pays-Bas. Aruba et Curaçao ont un statut particulier ; Bonaire est depuis 2010 une municipalité à statut spécial.

Capitaine Philipps : (excellent) film qui retrace l’histoire vraie de la prise d’otages du navire de marine marchande américain Maersk Alabama, menée en 2009 par des pirates somaliens.

Balisage d’entrée dans les ports : pour aborder un chenal, on considère que l’on vient de la mer et l’on se dirige vers la terre, les marques latérales balisent la route à suivre avec des marques rouges à bâbord et des marques vertes à tribord ceci dans le monde entier (zone A) SAUF sur le continent américain, dans les Antilles, au Japon, la Corée et les Philippines (zone B) … mais comme Bonaire est Hollandaise et que la bouée verte était presque contre un mur, on s’est malencontreusement posé la question …

Le marnage est la différence de niveau entre la marée haute et la marée basse d’une marée

Bonaire offre des possibilités de plongée sous-marine 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an. Il existe plus de 85 sites de plongée officiels à Bonaire. C’est un vrai paradis sous-marin avec plus de 350 espèces de poissons et 57 espèces de coraux mous et de coraux de pierre.

Quand on séchoue : pour se sortir d’une telle situation, ou du moins, limiter les dégâts, la rédaction de Voiles et Voiliers vous donne ces quelques conseils (que le capitaine connaissait, il sait tout !) :

  • Faire gîter le bateau avec un cordage est une bonne idée si un bateau qui se trouve à proximité (ou des locaux sur un mur juste à côte) vient porter assistance.
  • Toujours dans le cas où un bateau se trouve à proximité, on peut mettre une ancre à l’avant et bien raidir la chaîne. On évite ainsi au bateau d’être poussé davantage vers la côte, et il n’y a plus qu’à attendre que la marée remonte.
  • S’il n’y a pas d’autre bateau dans les parages et si la marée continue à descendre, alors on tente de protéger au maximum la coque du bateau avant qu’il ne se pose sur le sable. Pare-battage, matelas, couvertures, oreillers… tout peut y passer.
  • Sur le littoral français, en cas d’échouement, vous pouvez contacter la SNSM pour être remorqué. Une opération qui a un coût. Pour un bateau de 11 mètres par exemple, le tarif pour 1 heure d’opération menée par le canot tous temps est de 600 euros. Alors on regarde bien les horaires de marée et le sondeur pour éviter de s’échouer et de mobiliser des secours…
  • Et sinon, vous pouvez aussi vous laisser tenter par l’échouage volontaire (à ne pas confondre avec l’échouement qui est involontaire) avec un bateau conçu pour cela. N’hésitez pas à aller consulter le dossier consacré à ce sujet dans le numéro 599 du magazine Voiles et Voiliers .

Los Roques

oui, c’est bien moi

Départ pour les îles vénézuéliennes de Los Roques prévu à 9h30 de la marina pour être sortis du port à 10h, le capitaine a pris soin de m’expliquer qu’il nous connaît et qu’il nous faut 3 heures pour être prêts, il s’est écrié qu’on est d’une inefficacité incroyable ! J’ai ri mais fais fissa pour prendre ma douche, prête à 9h28 quand un navigateur vient justement taper la causette avec le capitaine, ça s’éternise, il demande si on n’est que deux, le capitaine dit que oui et que ça suffit, je passe la tête dans le cockpit pour préciser que c’est parce qu’il a déjà assez de mal avec moi, et puis comme le capitaine range encore des affaires sans se soucier de l’heure, je prépare des trucs à manger c’est toujours ça que je n’aurai pas à cuisiner en mer, le capitaine a eu la bonne idée de me dire qu’en Martinique il y a des vagues de 4 mètres, j’ai beau y avoir gouté et survécu, j’en ai pas plus envie que ça et surtout pas de m’ébouillanter pour des nouilles 

On lâche les amarres à 10h20, je me demande si le capitaine aura l’impudence de me faire la moindre remarque mais il s’abstient (un bon point) sortons du port avec moi à la barre mais le capitaine aux commandes 

  • où tu vas ?! y’a pas d’eau par-là !
  • c’est bon je sais où je vais, j’ai regardé la carte et j’étais à la barre en arrivant 
  • Meleumeleumeleu … va pas trop prêt !
  • Oui oui ! (sourions)

On sort tranquillou, le capitaine range les amarres et les pare battages, toujours moi statique à la barre, il faut économiser mon orteil, vu la tête qu’il a le capitaine et moi pensons qu’il est cassé et le capitaine qui voit toujours le pire pense même que c’est en plusieurs morceaux avec une entorse en prime, à se demander comment je ne me nécrose pas sur pattes séance tenante, GV hissée et génois déroulé à 11h, c’est parti mon kiki, je jette un regard en arrière pour dire adieu … et me retourne vers la mer, quelle mer va t’on avoir, that is the only question of importance at this time (je ne sais pas si ma phrase est correcte mais en général j’arrive à me faire comprendre et c’est le plus important isn’t it ?)

On part bon train et puis ça tombe, on se retrouve au portant avec houle de travers qui nous fait rouler, on tangonne le génois qui claque, on est secoués, le capitaine me demande d’aller voir à la table à cartes quel cap on fait, 280 lui lancé-je avec mes mains en porte-voix, avec le boucan sur le bateau on ne s’entend jamais (j’ai proposé au capitaine d’investir dans des talkies-walkies parce que quand l’un est dans le cockpit et l’autre à l’avant du bateau avec le vent qui emporte sa voix, tintin pour se comprendre, le capitaine finit toujours par rugir sur un ton exaspéré, genre que ce ton vindicatif va me déboucher les oreilles, où avez-vous vu ça, mais il ne veut pas s’encombrer d’un talkie-walkie alors on gueule et on ne s’entend guère), du coup il peut abattre, on passe en vent arrière avec houle arrière et ça change tout, en plus on reprend du vent, nickel, ça glisse tout seul, on est les rois du pétrole, à peine plus tard je l’entends qui appelle isa ! viens voir ici ! je descends, ma curiosité aiguisée à son paroxysme, que va t’il me montrer ? Une baleine par un hublot ? un chaton réfugié dans un coin ? ou mieux encore, m’avouer sa flamme ? 

  • Où t’as vu qu’on faisait 280 de cap ? 
  • (pointant mon index sur le GPS)
  • Là ce sont les miles qu’il nous reste à faire !! 

Grondement de tonnerre au-dessus de ma tête, le cap c’est la ligne au-dessus (du coup on fait du 240, on fonce droit dans la gueule du loup, à savoir le Venezuela, de triste réputation) mais tout à l’heure les chiffres étaient tous égaux d’où ma déplorable méprise par la suite, je suis au fond du trou (en même temps j’aurais pu me douter que quelque chose clochait, c’est le ici qui change tout, viens voir c’est une invitation, viens voir ici c’est un ordre, c’est au pied ! ça intime, ça somme, ça astreint)

 

je vous mets une photo d’un peu plus tard avec la même configuration, vous ne pourrez que compatir : le 269 c’est le cap qu’on doit faire, le 266 au-dessous c’est le cap qu’on fait et le 266 du bas c’est le nombre de miles qu’il nous reste à faire, tout à l’heure c’était la même chose avec des 280 alors ça m’a embrouillée par la suite

PS : SOG c’est notre vitesse, là on fait du 7.4 nœuds, c’est pas mal 🙂

Il faut changer de cap, détangonner le génois, le mettre du même côté que la GV, je précise au capitaine d’une voix émue qu’on avait tangonné avant mon inqualifiable bourde, et lui donne de suite le bon côté des choses, c’est que je ne me tromperai plus désormais, on appelle ça un essai-erreur et c’est très bien pour apprendre, je vois bien que derrière ses lunettes noires il n’est pas content du tout, je ne sais pas quoi dire pour me faire pardonner, me jeter à ses pieds serait mal pris car on a autre chose à faire, et je ne crois sincèrement pas qu’il aimerait ce genre de servilité obséquieuse, j’espère secrètement qu’il aimera ma salade de pâtes, emmental, jambon et œufs durs (le pire jambon que j’aie jamais goûté, acheté à Grenade, blindé de flotte et de sucre, une hérésie sanitaire, mais avec une bonne dose de moutarde dans la vinaigrette il ne devrait y voir que du feu) (il s’est régalé 😁😉)

Manœuvre faite, cap au 270, 20/22 nœuds de vent, on navigue à 135-140 degrés du vent, on avance entre 7,5 à 8 nœuds, houle de 3/4 arrière avec des bonnes vagues de 2 à 3 mètres, ça bouge mais ça va bien, le capitaine a mis le pilote sur le mode vent réel et je lui ai demandé de me montrer comment on change le mode du pilote, toujours au cas où il choirait inopinément dans les abysses (vous noterez que j’ai l’air de savoir de quoi je parle avec ces données techniques dont je ne voyais pas l’intérêt il y a encore peu) 

Le soir tombe, le vent et la mer se calment, on remet le génois tangonné car maintenant on navigue à 160 degrés du vent, une fois réglé tout ça il fait nuit noire, je dis au capitaine que je vais faire à manger mais le prie de m’appeler quand la lune se lèvera car le ciel est hyper dégagé et on devrait bien la voir, je remonte 10 minutes après et la lune est déjà bien levée, flûte alors ! (int. exclamation exprimant une contrariété, putain, zut, merde (vulgaire), mince (familier)) il n’a pas pensé à regarder, lui regarde le bateau et la mer alors que moi j’ai toujours le nez en l’air, je n’en reviens toujours pas de tout ce ciel, de l’étoile du berger peu avant le lever du soleil, de la Voie lactée, des nuages qui courent, de toute cette vie qui va au-delà de ce que je peux voir et imaginer

On passe une nuit tranquille avec vent entre 12 et 16 nœuds, on avance bien, mais me voilà confrontée à une énigme de taille : la vitesse de fond est de 6,5 nœuds et celle de surface de 4,75, comment se fait-ce ô capitaine ? Quand il me l’a expliqué j’ai reformulé selon ce que j’avais compris parce que le capitaine explique tout de manière tordue (comprendre de manière savante et absconse) (compliquée quoi), je préfère vous donner ma version  : imaginez que vous marchez vers l’avant dans un train, on va dire à 4 Km/h pour aller au bar ou à 25 km/h pour aller aux toilettes (ou inversement), votre vitesse est augmentée de la vitesse du train, si c’est un TGV qui va à 320 km/h en fait vous avancez à 324 ou 345 km/h, c’est incroyable je vous l’accorde mais c’est comme ça, et bien c’est pareil en bateau, on a la vitesse à laquelle on avance sur l’eau avec le vent, et s’il y a du courant l’eau c’est comme le train, ça nous fait aller plus vite quand le courant va dans le sens de la marche, et si on revient du bar ou des toilettes ça se soustrait tout comme si le courant de l’eau est à l’opposé de l’avancée du bateau, bravo vous avez tout compris comme moi 🥳 … sinon, je me suis brûlé la langue avec ma tisane, déjà que je suis estropiée de l’orteil, tout fout le camp, ça m’a fait penser à la blague débile de la blonde qui se met à saigner du nez et qui s’exclame « oh zut, quand c’est pas d’un côté c’est de l’autre ! », je suis capable de rire longtemps avec des bêtises pareilles, c’est terrible 

Le jour suivant le vent oscille entre 10 et 15 nœuds et on a moins de courant alors notre moyenne chute et c’est parfait pour arriver demain avec le jour, je suis au bout de ma vie tellement j’ai peu dormi la nuit précédente, le soir j’ai même du mal à faire à manger, je voudrais tomber évanouie sur ma couchette, je mange et je tombe évanouie sur ma couchette, je ne sais pas trop à quelle heure je me lève abrutie dans la nuit pour relayer le capitaine qui me montre un passager clandestin, un oiseau est posé sur un des panneaux solaires et se fait trimballer, il va y rester plusieurs heures et puis je ne le verrai plus …

Arrivée sur l’île de Gran Roque

aaaaah, nous y voilà ! nous arrivons aux îles de Los Roques au matin, précisément à la grande île de Gran Roque, presque pas un chat, on mouille tranquillement, on range tout, mettons l’annexe à l’eau et le capitaine part pour revenir fort vite, un gars d’un des rares bateaux lui a dit qu’il faut attendre dans le bateau, alors il appelle à la VHF et on lui répond en espagnol, échange de regards perdus entre nous, le capitaine demande à son interlocuteur de bien vouloir répéter en anglais, le couperet tombe, c’est du solo espagnolo, il pourrait parler russe ou chinois ça serait la même pour nous, on raccroche en haussant les épaules, on verra bien … du coup le capitaine fait une sieste et plus tard comme toujours personne ne pointe son nez, après avoir écrit deux ou trois phrases en espagnol sur un bout de papier, il repart en annexe pour faire la clearance … et revient quelques heures plus tard délesté de la somme de 160€ pour avoir payé deux tests PCR négatifs, un pour lui … et un pour moi qui n’ai pas bougé du bateau … interloquation légitime de ma part, voilà l’histoire : un médecin lui a signé deux résultats négatifs de tests que l’on n’a jamais fait et la petite troupe des officiels s’est mis 160€ dans la poche, outre les frais bien officiels ceux-là et dûment empochés aussi, ils se servent de la pandémie pour faire du fric sur le dos des péquins qui passent et nous en fîmes les frais, ça dégoûte un peu de la nature humaine sur le moment …

mon test (🤔)

En passant dans le mouillage, le capitaine a fait connaissance d’un Français qui fait du charter et nous repartons tous deux en annexe sur son catamaran pour prendre des bons plans et des infos, Patrick nous raconte qu’une nana de 57 ans a été sauvée un extremis, elle tenait l’écoute du spi qui s’est envolé et l’a fait dégager de son bateau, elle n’a pas lâché l’écoute alors elle est revenue se fracasser le fémur sur la coque du bateau avant de tomber à l’eau et d’y rester plusieurs heures avant d’être secourue, elle a fait la planche pour survivre sans gilet de sauvetage, quelle leçon ! Faire la planche ! Y croire !

Vue depuis le mouillage de Gran Roque, la seule île avec du monde dessus

… à part cela, soyons honnête, je n’ai rien écouté de ce que Patrick racontait, toute occupée que j’étais à imaginer une torture efficace contre le capitaine qui m’avait dit quelque chose de très blessant, et ce n’est pas mon âme de midinette qui le pense, même lui le savait et me lançait des regards qui guettaient un pardon, rapide dans la mesure du possible pour ne plus avoir à porter ce lourd fardeau, j’évitais son regard pour ne pas lui faire un doigt d’honneur virulent (et même deux puisque j’ai deux mains) devant un tiers … le supplice de la manivelle par exemple, qui a fait ses preuves en son temps, vous faites un petit trou dans le ventre, vous attachez un bout d’intestin à une manivelle que vous faites tourner au gré de vos envies et des cris du supplicié, je ne sais pas qui avait inventé cette torture mais il est tout à fait plausible de penser que c’était une femme blessée … bref … ou des cure-dents sous les ongles, même un seul cure-dent sous un seul ongle, lui donner des petits coups pour l’enfoncer plus loin à chaque fois que l’on repense à ce qu’il a dit … quand nous sommes repartis en annexe, la nuit était déjà tombée, il m’a dit avec un grand sourire tu ne vas pas me faire la tête, limite il aurait bien rajouté en plus, je lui ai dit ce que je ressentais ce qui ne l’arrangeait guère, et puis bon … j’y gagne quoi de ne pas passer à autre chose, plomber l’ambiance sur un bateau en lui faisant la tête de tatie Danielle qui veut faire croire qu’on ne lui donne rien à manger … en plus c’était pas méchant … juste une méprise maladroite (ne l’absolvons pas trop tôt tout de même) … et puis imaginer le capitaine souffrir me fait de la peine, ça me donne envie de le consoler et ça me rend encore plus triste, ce que je reste jusqu’au lendemain matin, il a l’air d’en être sincèrement affecté, mais quand nous levons l’ancre pour aller jusqu’à Francisky et que j’en prends plein les yeux de ce bleu turquoise et de ce sable si blanc et si fin que l’on dirait du sucre glace, ça me lave, le monde est si beau que ça lave toutes les blessures (il lèverait les yeux au ciel s’il lisait ça, dirait qu’il ne faut pas pousser, mais que sait-on jamais des blessures que l’on inflige aux autres par inadvertance) (j’aurais aimé que le capitaine adverte)

Cap de Miol à Francisky
Le capitaine à la plage, et c’est pas une blague

Que dire sur les îles de Los Roques ? Que je n’avais jamais vu tant d’eau turquoise, à croire que j’étais Marie Poppins qui saute dans une carte postale … des paysages extraordinaires, des fonds sous-marins de toute beauté, moi je n’ai nagé qu’une seule fois avec un masque et un tuba, j’en ai pris plein les yeux mais la blessure de mon orteil s’est réouverte donc je n’ai pas réitéré, mais le capitaine ne s’en est pas privé …

nous avons mouillé auprès de différents îlets, certains comme ci-dessus n’étaient en fait qu’une mangrove et il n’était pas possible d’y marcher, mais d’autres avaient des plages, nous étions pratiquement toujours seuls (nous avons tout de même rencontré Ostrika avec Patrick, un Suisse qui est skipper et Sara, une Italienne médecin, très sympas), on nous avait mis en garde car en tant qu’îles vénézuéliennes elles n’ont pas une bonne réputation, mais sur les Roques, nous ne nous sommes jamais sentis en danger, c’est sûr quand on est seuls devant un petit tas de mangrove, personne ne peut nous menacer …

Crasky
Noronky Arriba … qui grouillait de lézards noirs avec de gros yeux qui nous auraient presque bouffé les pieds (heureusement j’avais mes bottes)
Vue de Gran Roque depuis Noronky Abajo
Carenero
Cayo de Agua Sur, notre dernière escale
toujours en bottes, faut que ça cicatrise, derrière moi on voit la bande de sable qui relie les deux îlets
Jésus marchant sur l’eau … pour éviter toute confusion malencontreuse, c’est le capitaine qui traverse la bande de sable à marée haute (sûr qu’il y avait un truc du genre avec Jésus)
on a marché jusqu’au phare
notre trajet, grosso modo, je n’affirme pas du tout que nous avons mouillé exactement là où j’ai placé les points rouges, que ce soit pour 2 heures ou pour une nuit, en plus avec les coraux on a souvent fait des détours pas possibles – l’ensenada de Los Corales n’est pas accessible du tout, on a essayé d’y aller en annexe et on a bien accroché le fond sur les coraux !

Et puis nous sommes partis de Los Roques tôt un matin (ça nous arrive faut pas croire) pour aller à Los Aves où nous sommes arrivés en fin de matinée après une petite nav’ bien sympathique …

J’allais oublier de vous montrer les flamants roses sur la barrière de corail de Buchiyaco à côté de l’entrée sud de Boca de Sebastopol, nous avons vu aussi un ban de gros poissons incroyables, oranges et verts fluo, qui nageaient dans 30 cms d’eau, le truc pointu qu’on voit dépasser de l’eau c’est une épave …j’ai dit au capitaine que tout de même, aller s’écraser sur des coraux ça n’était pas bien malin, il s’est récrié que c’est tout à fait possible si on ne voit pas les coraux, si la lumière n’est pas bonne, si on n’a pas la bonne carte … je vais bien m’en souvenir …

… mais tout n’est pas aussi rose que les flamants, la pollution de plastique rejeté par la mer ou abandonné par des inconscients est désolante et omniprésente dès que l’on s’éloigne des zones de mouillage autorisées ou des plages susceptibles d’accueillir des touristes …

Tout est matière à approfondir nos connaissances !

  • A propos du Venezuela voilà ce que dit un report des déplacements sur le site de France diplomatie le 17/02/2022 (le jour où on est parti pour les rejoindre) : « Le Venezuela traverse une crise profonde. Dans ce contexte, l’accès à l’électricité et à l’eau est aléatoire et les pénuries d’essence sont récurrentes dans l’ensemble du pays. Les transports en commun, le système hospitalier, les ports et aéroports, ainsi que les réseaux de communication sont affectés par des pannes de courant récurrentes et de longue durée. Dans ce contexte et face au risque lié au très haut niveau de criminalité sévissant dans le pays, il est recommandé de reporter les déplacements vers le Venezuela. Sur place, il convient de se tenir à l’écart des manifestations, d’adapter vos déplacements en conséquence, de prévoir des stocks d’approvisionnement (eau, nourriture et médicaments), de recharger régulièrement vos appareils de communication, de procéder aux pleins de carburant des véhicules et de se tenir régulièrement informé de la situation »
  • L’étoile du berger : on l’appelle ainsi car les gardiens de troupeaux dans les temps anciens en tenaient compte pour aller dans les pâturages ou en revenir. Avec le Soleil et la Lune, elle est la plus brillante du système solaire. Il s’agit de la planète Vénus qui se situe entre le Soleil et la Terre, à 108,2 millions de kilomètres de notre étoile. D’un diamètre de 12 104 km et d’une masse de 0,82 Terre, elle est souvent considérée comme la sœur de notre planète. Elle est facilement visible à l’est juste avant le lever du jour et à l’ouest juste après le coucher du Soleil. Vénus est une planète tellurique. C’est-à-dire qu’elle est composée de roches et de métaux par opposition aux planètes gazeuses, constituées essentiellement de gaz. Elle fait ainsi partie des quatre planètes rocheuses de notre système solaire (Mercure, Vénus, la Terre et Mars). L’atmosphère de Vénus est épaisse et essentiellement constituée de dioxyde de carbone, avec une pression atmosphérique 92 fois plus élevée que celle de la Terre. Celle-ci crée ainsi un très fort effet de serre ayant pour conséquence une température de surface très élevée (+ 470°C) faisant de Vénus la planète la plus chaude du système solaire. Vénus est la seule planète de notre système solaire qui tourne dans le sens opposé des sept autres. Cependant, il semble qu’à l’origine, Vénus tournait elle aussi dans le sens horaire. Mais sa rotation aurait ralenti petit à petit pour finalement changer de sens. Autre particularité, les journées sont très longues sur Vénus. Sa rotation est en effet si lente qu’une journée sur cette planète correspond à six mois terrestres. 

Terre & mer

en route pour Union (il fait moche)

Le lendemain matin on file sur l’île d’Union, à Clifton Bay, mouillage qui a ceci de particulier d’être au vent de l’île mais derrière une barrière de corail qui casse la houle (mais pas le vent), et ce jour-là on a 25 nœuds établis, ce qui veut dire qu’on a des rafales à 30, ça souffle et ça remue, et on n’est pas les seuls à venir dans ce mouillage, les bateaux alentour viennent s’y réfugier et arrivent presqu’à la queue-leu-leu …

on avance bien, on est content !

bon, c’est moi à la barre pendant que le capitaine est à l’avant du bateau, seul capable de faire descendre l’ancre au bon endroit de la meilleure des manières, le mouillage est plein à craquer, il va falloir jouer serré, on passe entre un catamaran à tribord  et un monocoque à bâbord, le capitaine me crie marche arrière ! c’est pour arrêter le bateau avec un bon coup de marche arrière et ensuite point mort, ça maintenant je sais faire (je n’ai pas dit bien faire mais faire, car le capitaine trouve souvent que c’est trop, ou pas assez, au risque de me prendre le chou, ce qu’il sait très bien faire et fort assidûment lors des manœuvres), ding ding ding j’entends la chaîne qui se déroule mais ça ne loupe pas, le vent embarque le bateau qui pivote et recule vers le catamaran, pas le temps d’attendre l’avis du capitaine, je mets un coup de marche avant, direct je me rapproche dangereusement du monocoque, paf remarche arrière, je suis seule au monde à me dépatouiller entre les deux bateaux, plus rien ni personne n’existe, et puis l’ancre s’accroche alors Cap de Miol se met face au vent et le capitaine ayant lâché de la chaîne il recule doucement entre les deux autres bateaux, je suis tirée d’affaire, le capitaine ne me maudira pas pour les 5 générations à venir d’avoir embouti son bien le plus précieux (un autre jour, à propos de ce mouillage, le capitaine me dira même qu’on s’était bien débrouillés, tnut tnut – bruit de klaxon victorieux)

Clifton Bay : on voit nettement la barrière de corail qui arrête les vagues, au premier plan ça bouge et là où sont mouillés les bateaux c’est calme … incroyable non ?

Un peu plus tard tandis que je prépare à manger, je l’entends qui commente les arrivées d’autres bateaux et qui s’emballe carrément

  • mais il va emboutir l’autre bateau ! 
  • qu’est-ce qui se passe ?!
  • il est arrivé comme un tambour et il a lâché son ancre sur celle d’un autre bateau ! 

alors ça c’est aussi intéressant qu’une nouvelle voiture qui arrive dans un patelin de la France profonde, tout le monde est aux fenêtres pour commenter, dans le mouillage tous les navigateurs sont sur leur pont pour regarder le bateau Martinique arborant pavillon américain se débattre misérablement, on entend le gars du bateau embouti hurler parce que Martinique tape et retape dedans, finalement des gars viennent en annexes pour aider à délier les chaînes, Martinique repart mais fait n’importe quoi, tourne dans le mouillage trop vite en rasant les bateaux, descend et remonte son ancre, on voit l’équipière courir en pure perte sur le pont avec un pare-battage qu’elle positionne ici ou là selon que le bateau passe là ou ici, dans l’espoir de minimiser les dégâts en cas de nouvelle collision, le capitaine fonce fouiller dans un coffre pour sortir sa corne de brume et souffle dedans quand Martinique passe trop près de nous, on se croirait dans un stade de foot, ils sont complètement paumés et tournent dans le mouillage, maintenant leur ancre est coincée et pendouille pitoyablement à l’avant du bateau, un boat-boy du port finit par réussir à y attacher son dinghy et à monter à son bord pour le piloter, ils vont encore tourner pendant une bonne heure sans réussir à décoincer la chaîne et à se poser, finalement le boat-boy réussira à les faire accoster à un ponton, je ne sais pas si ces gens savaient ou non naviguer, s’ils avaient abusé du rhum ou quoi, mais j’ai beau me dire que celui qui n’a jamais péché leur jette la première pierre, il y a de la remontrance dans l’air … le capitaine dit qu’il n’a pas envie de laisser le bateau en voyant ce genre de scène, pas qu’il ait envie de rester pour assister au spectacle, mais parce qu’il craint qu’on ne l’emboutisse car d’autres bateaux ont mouillé dangereusement, mais finalement ça se calme alors on va à terre trouver un wifi point pour que je puisse travailler …

NB : quelques jours plus tard j’ai demandé au capitaine, pour voir, s’il savait quel était le modèle de Martinique, il m’a répondu du tac au tac un Hunter, il se souvient de presque tous les bateaux qu’on voit dans les mouillages et même ! se rappelle un mouillage d’après les bateaux qu’il y a vu … une vie entière ne me suffirait pas 

Clifton le long de l’eau
Clifton à l’intérieur

…et le lendemain on repart encore, on repart toujours, on s’en va pour Grenade et sur la route on va passer devant Punaise et Morpion, PSV et Petite Martinique, petites îles superbes, le capitaine me dit que Morpion c’est carrément mythique mais moi je n’en avais jamais entendu parler …

Morpion : minuscule tas de sable avec un parasol éternellement planté !
PSV = Petit St Vincent pour les initiés (dont vous faites désormais partie !)
Un splendide 2 mâts devant PSV
Petite Martinique, ça fait envie mais on ne fait que passer à côté

 Sur la route on s’arrête pour dormir à Ronde Island, on est tout seuls, peut-être parce que ça se trouve sur la ligne d’alerte rouge de la zone d’exclusion du volcan sous-marin Kick’em Jenny qui est tout près, il y a carrément une zone interdite à la navigation car des bateaux se sont déjà fait engloutir, son activité est extrêmement récente à l’échelle de la création du monde (saura-t-on jamais quand et comment quoiqu’en disent les scientifiques), et comme pour arriver on est passé au-dessus d’une espèce de grand trou d’eau, j’ai eu peur qu’on se fasse aspirer comme dans une bonde de bidet qui se vide, mais heureusement le monde est moins cruel que mon imagination, et à part ça j’ai assouvi un gros fantasme qui me trottait depuis moult quand je regardais le capitaine, même à lui je ne dirai pas c’était quoi mais c’est fait, je l’écris pour m’en souvenir quand je serai bien vieille, la vie c’est une fabrique à souvenirs alors je m’en fabrique … (tout de même, si je perds la boule ça m’énervera de me relire sans me rappeler de ce que j’ai fait de pendable à Ronde Island) ( je me dirai même où ça ?) (le capi quoi ?) 

Mouillage de Ronde Island, austère … comme le charme du capitaine

RED ALERT ZONE !

Après cette belle halte dont nous sortons vivants, nous arrivons à Grenade, précisément à la marina de Port-Louis dans le lagon de St George’s harbour … aaaah ! La marina de Port-Louis ! Je vous la conseille ! Ça c’est de la marina ! accueil charmant, petit resto, petit bistrot, serveuses adorables (j’y vais avec mon ordi et la ferme intention d’abuser de leur free wifi, je vois qu’à une autre table des gens ont de la San Pellegrino, ma commande est toute faite et je dis à la charmante créature qui vient la prendre : oine San Pellegrino pliz, elle me regarde avec ses grands yeux ornés de faux cils plus fournis que les poils d’un col de fourrure et émet une espèce d’éructation hébétée destinée à me faire comprendre qu’elle n’a pas compris, j’essaie sur tous les tons, tente un ouater ouiz beubeulses, elle éructe de même et finit par héler une consœur sans faux cils mais qui comprend et traduit à la belle aux faux cils sparkling water ! Aaaaah voilà, je retiendrai maintenant ! Sparkling water !) (du coup je me suis rappelé qu’on dit aussi soda water, tout bêtement) et surtout des sanitaires 5 étoiles !

Arrivée à St Georges de Grenade

on y reste les quelques jours dont j’ai besoin pour travailler et puis bien évidemment on visite Grenade, l’île aux épices … 

La marina de Port Louis à St Georges … un must
Les sanitaires ! Quand on ouvre la porte d’une cabine de douche c’est tout cet univers qui s’ouvre à nous ! le luxe suprême !

La difficulté majeure que je rencontre quand je cherche des infos sur la botanique locale, c’est la langue, mais par miracle (ou quand on cherche on trouve) le capitaine dégote des guides québécois, Bob et Gigi de Montréal, et c’est parti pour une journée fabuleuse qui réunit visite de l’île et infos phytobiologiques, nous commençons par  visiter le Grand Etang Tropical Rain Forest qui contient toutes les principales espèces que l’on peut trouver dans les forêts tropicales de différentes parties du monde telles que l’Amazonie, et même certaines espèces animales tel que le singe qui viendra se balader sur mon épaule (même pas peur !)

c’est Bob qui nous drive et raconte tout un tas d’anecdotes passionnantes sur l’île, nous emmène voir les avions russes abattus par les américains en 1983 sur le petit aéroport abandonné, nous montre la plage détruite en deux ans par la montée des eaux dues à la construction d’une digue un peu plus loin, ce qui a détourné le courant, les investissements Japonais ou Chinois pour se positionner sur l’île, la plage où les tortues luth viennent pondre …

Un avion Russe abattu par les Ricains en 1983

Ci-dessus, la plage qui disparaît, il y a des dizaines de cocotiers qui gisent sur le sable, j’ai préféré une photo de ce qu’il reste peut-être à sauver (les Chinois ont un plan : faire des trous dans la digue pour laisser passer l’eau afin que le courant ne soit pas détourné sur la plage, mais est-ce que ça va être tenté ?)

Ci-contre la cascade dans laquelle Bob et le capitaine ont sauté pieds joints en se bouchant le nez, bravo messieurs

… alors que Gigi me renseigne sur les plantes que nous découvrons au fur et à mesure de nos haltes, elle en connaît un rayon et m’indique plein de pistes, je suis ravie au-delà de mes espérances, et puis nous visitons une chocolaterie artisanale, Bob nous explique toutes les étapes de la récolte et de la fabrication, et nous allons dans le jardin de Doris découvrir encore d’autres plantes et arbres, notamment le muscadier (la noix de muscade possède des vertus anti-inflammatoires et antiseptiques mais attention, à fortes doses, la noix de muscade brute fraîchement moulue à partir des amandes, ainsi que l’huile de noix de muscade, a des effets psychoactif dus à la myristicine qui se transforme, dans le foie, en une amphétamine psychédélique, ce qui fait que son prétendu effet abortif demeure encore aujourd’hui une cause d’empoisonnement à la noix de muscade chez les femmes), le corossol avec ses fruits aux vertus anticancéreuses, l’arbre corail ou griffe de tigre (aussi connu sous le nom de Noisette purgative ou Koray en créole) dont il faut se méfier car des cas d’intoxication avec les fruits ont été rapportés …

Un eucalyptus arc-en-ciel ! cadeau de l’Indonésie en 1977, il y en a 7 sur l’île, on en connait 3 et on ne sais pas où sont les 4 autres … et puis une rose de porcelaine, incroyable ce que la nature fabrique, il y a une énergie de folie dans cette rose !

Au retour nous nous arrêtons près d’une cascade, le capitaine et Bob y font un plongeon pendant que Gigi et moi discutons toujours botanique, avant de se quitter elle nous offre une noix de muscade comme un bijou dans un coffret, sublime de beauté, elle est à sécher dans un coin du bateau (la muscade, pas Gigi)  et quand elle fera du bruit en la secouant près de l’oreille, elle sera bonne à utiliser … je me demande ce que ça ferait au capitaine si j’ai la main un peu lourde 🤔… (faudrait pas me tenter)

c’est une vraie noix de muscade !

J’ai encore engrangé beaucoup d’infos que je vais devoir organiser et affiner, mais j’adore ça, le lendemain, nous faisons des courses alimentaires, le plein d’eau, le nettoyage du bateau, pour être prêts à lever l’ancre au plus tôt demain, le soir je profite encore du wifi de la marina pour travailler un maximum, parce que par là où va passer c’est certain qu’il n’y aura pas le moindre wifi … 

Sinon jai fini par balancer l’ingénieux piège à chauve-souris parce que la banane pourrissait dedans et qu’aucune chauve-souris ne s’y est aventurée, non plus que dans le bateau, à mon grand soulagement

Marché aux épices de Grenade

Passons à terre avec un peu de phytobiologie !

L’arbre corail ou médicinier  (Jatropha multifida de la famille des Euphorbiaceae) possède des propriétés antibactériennes et antifongiques, au Mexique les jeunes feuilles sont consommées comme légume et les graines, purgatives, sont utilisées en médecine traditionnelle, tandis qu’en Tanzanie les guérisseurs l’utilisent contre les infections fongiques.

En Médecine Traditionnelle Chinoise on l’utilise aussi, d’où mon intérêt, on utilise plus précisément son écorce, il s’agit de Hai Tong Pi, on s’en sert en usage local contre les démangeaisons cutanées et l’eczéma ou les douleurs dentaires, et en décoction contre les Bi (douleurs rhumatismales), particulièrement les douleurs du bas du dos et des jambes, mais je précise qu’en MTC on combine toujours plusieurs plantes pour avoir des résultats, c’est très rare qu’on utilise une seule plante isolée, c’est d’ailleurs la grande différence entre la pharmacopée traditionnelle Chinoise et les autres phytothérapies. D’une manière générale, pour avoir des résultats significatifs avec les plantes, il faut une posologie suffisante et une forme galénique efficace. Or dès qu’on utilise une plante à une posologie haute, celle-ci a des effets indésirables, donc pour éviter ce problème, la pharmacopée chinoise utilise la synergie de plusieurs plantes, qui fait que la posologie des principes actifs est suffisante alors que la posologie de chaque plante reste largement en dessous du seuil des effets indésirables, c’est dune intelligence que la phytothérapie occidentale est loin d’égaler !

Arbre corail

Le corossol ou graviola (Annona muricata L. de la famille des Annonaceae) est une plante largement utilisée dans les régions tropicales où elle pousse, en particulier dans les Antilles et en Asie de sud-est. Elle est utilisée dans l’alimentation en raison de la saveur aromatique de son fruit, ou encore en médecine traditionnelle en raison des diverses propriétés qui lui sont attribuées. En France, cette plante est de plus en plus vendue dans des circuits non officiels, en raison des propriétés anticancéreuses qui lui seraient attribuées.

Pour l’anecdote, la famille des Annonaceae est celle de l’Ylang-Ylang, bien connu pour son Huile Essentielle capiteuse aux vertus aphrodisiaques 😉

La composition chimique de cette plante est très riche et tout particulièrement les alcaloïdes, ainsi que des composés phytochimiques appelés acétogénines, qui sont exclusivement présents chez les espèces de la famille des Annonaceae et qui pourraient être en grande partie responsables des activités biologiques conférées à cette plante.

On peut manger les fruits quand ils sont mûrs et il est également largement utilisé pour préparer des sirops, bonbons, boissons, yaourts, compotes, glaces et milkshakes

Ses principaux usages en Médecine Traditionnelle sont les suivants : sédatif, bactéricide, antiparasitaire, anti-inflammatoire, astringent, hémostatique, antispasmodique, anti-ulcéreux et anti-diarrhéique, antitussif, hypotensif, contre les vertiges, antipyrétique, et galactogogue (favorise la sécrétion lactée)

L’infusion de feuilles est utilisée chez les populations créoles d’Amérique du Sud, des Antilles, au Sénégal et en Asie du Sud-est, pour ses propriétés sédatives. Aux Antilles Néerlandaises, les feuilles sont introduites dans les taies d’oreiller pour garantir une bonne nuit de sommeil. Certaines personnes baignent les enfants nerveux ou présentant une éruption cutanée (type varicelle) dans une infusion de feuilles, car elle aurait des propriétés calmantes et apaisantes. Elle peut également être appliquée sur les coups de soleil. Le fruit est plutôt utilisé comme stimulant. On attribue également aux feuilles des propriétés anti-inflammatoires. Aux Antilles, une décoction est employée sur des compresses que l’on applique sur les inflammations et les pieds échauffés. L’écorce, riche en tanins, est utilisée comme astringent et hémostatique : aux Antilles et en Asie du Sud-est, l’écorce verte est frottée sur les plaies.

On lui confère également et surtout des propriétés antitumorales grâce à sa teneur en acétogénines (composés qui sont des inhibiteurs puissants d’une phase de la chaîne respiratoire mitochondriale, ce qui leur donne un pouvoir antitumoral). De nombreuses études in vitro et in vivo rapportent un effet antiprolifératif significatif envers diverses lignées de cellules tumorales, que ce soit du poumon, du sein, du colon, de la prostate, du rein ou encore du pancréas.

Attention à la neurotoxicité de cette plante ! depuis la fin des années 1990, le corossol a été directement mis en cause dans une prévalence anormalement élevée de cas de syndromes parkinsoniens atypiques auprès des populations tropicales consommatrices de cette plante

Autres effets indésirables :

  • De fortes concentrations de corossol entraînaient des nausées et des vomissements.
  • C’est un stimulant utérin, il ne faut pas en consommer durant une grossesse, par contre on peut l’envisager préalablement à une grossesse (c’est cet aspect que je souhaite développer bien entendu)

Consommation

Le mieux est de consommer le corossol frais mais on ne le trouve pas en Europe, on peut donc le consommer en gélules, un des problèmes étant par exemple que les posologies indiquées pour les poudres de fruit et de feuilles sont similaires. Or, la concentration d’acétogénines est beaucoup plus importante dans les feuilles du corossol que dans les fruits (gros soupir d’impuissance)

attention car ce produit peut être vendu à des tarifs carrément prohibitifs car il est très recherché par des personnes atteintes de cancer et malheureusement il y a des abus honteux, honteux, HONTEUX !!!

Bref : il vaut toujours mieux consulter un thérapeute, et de mon expérience je vous indique qu’avec les nouvelles chimiothérapies il faut absolument voir avec son oncologue si oui ou non on peut utiliser des plantes quelles qu’elles soient car le risque d’hépatite est vraiment très élevé, le foie ne réussissant pas à gérer autant de molécules à la fois

Voilà Gigi devant un corossol dont on voit bien le fruit

Le cacao, ah ! (Theobroma cacao, de la famille des Sterculiaceae) a des vertus antifatigue, antistress et antioxydant, il protège le système cardio-vasculaire, régule le flux sanguin, brûle les graisses. Néanmoins, une fois torréfié (c’est-à-dire transformé en chocolat ou en poudre de cacao), il perd environ la moitié de ses vertus médicinales (que la moitié, mais ça ne veut pas dire qu’il faut en manger deux fois plus parce que là ça fait grossir)

En utilisation interne :

  • Effets psychostimulants et toniques : grâce à sa teneur en théobromine, le cacao est un antidépresseur naturel. Source de magnésium, c’est, également, un très bon antistress et un antifatigue reconnu.
  • Effets antioxydants : riche en flavonoïdes, le cacao prévient le vieillissement cellulaire. Il contribue à la lutte contre les maladies inflammatoires et traite les troubles de la fonction immunitaire.
  • Effets vasodilatateurs : le cacao cru favorise le flux sanguin cérébral, protège le système cardio-vasculaire et diminue l’hypertension artérielle.
  • Effets lipolytiques : le cacao cru aide à brûler les graisses et participe à l’amaigrissement quand on respecte la posologie, le mieux étant l’ennemi du bien

En utilisation externe le beurre de cacao réhydrate les lèvres sèches et la peau.

Posologie

  • Pour une utilisation médicinale, il est préférable d’utiliser du cacao cru, par exemple en gélules : prendre 2 gélules au petit-déjeuner et au déjeuner (ça perd un tantinet de son intérêt 😉 )
  • En infusion : laisser infuser le contenu de 4 fèves de cacao crues dans 30 cl d’eau bouillante, durant dix minutes.
  • En forme torréfiée :  2 ou 3 carrés de chocolat noir par jour, l’idéal étant bien entendu du chocolat à 100% (celui que j’ai acheté à la chocolaterie est incroyablement bon car il n’a pas l’amertume de certains qui sont presqu’immangeables tant ils sont amers)
La chocolaterie artisanale et son jardin
Un cacaotier avec ses cabosses – 1 cabosse = 1 plaque de chocolat
Un tas de cabosses à transformer
A l’intérieur de la cabosse, les fèves, entourées de cette pulpe mucilagineuse qui sera utilisée pour faire le chocolat blanc ou des cosmétiques
Marche pieds nus dans les fèves de cacao pour les retourner pendant le séchage

L’ Aphelandra aurantiaca (de la famille des Acathaceae) m’intéresse grave, c’est pour cela que je vous en parle !

C’est une plante tropicale dont l’utilisation semble restreinte aux Wayãpis (l’un des 6 peuples autochtones amérindiens de la Guyane Française). La macération des feuilles broyées est frottée sur le ventre des parturientes qui peinent à accoucher. Ce remède favorise ou accélère la naissance du bébé.

Son nom en Wayãpi est mulumulukwi, de mulu, « grossesse » et kwi, « tomber ». La propriété qu’ont les fleurs de l’ Aphelandra de tomber au moindre choc est à l’origine de cette association symbolique entre la facilité de la chute et la difficulté de la naissance

Aphelandra aurantiaca

Je récolte précieusement toutes les infos que je glane, je fais des recherches, je trie, je vérifie … et je m’éclate !

Et maintenant, tout ce que vous avez besoin de savoir avant de vous coucher ce soir

  • Un boat boy est un garçon engagé pour aider à faire fonctionner ou piloter un bateau
  • Le Kick ’em Jenny est un volcan sous-marin actif situé au fond de la mer des Caraîbes, à 8 km au nord de l’île de Grenade et à environ 8 km à l’ouest de Ronde Island (qui n’est pas ronde, je le sais, je l’ai vue). Le mont s’élève à 1300 mètres auèdessus du fond de la mer. Le premier enregistrement du volcan date de 1939, bien qu’il ait dû entrer en éruption de nombreuses fois avant cette date. Les 23 et 24 juillet 1939, une éruption brise la surface de la mer, envoyant un nuage de vapeur et de débris à 275 mètres dans les airs et générant une série de tsunamis d’environ 2 mètres de haut lorsqu’ils atteignent les côtes nord de La Grenade et du sud des Grenadines. Un petit tsunami a également atteint la côte ouest de l’île de la Barbade. Le Kick ’em Jenny est entré en activité en 2015 et en mars 2018 pour la dernière fois. Au-dessus des volcans sous-marins, les bateaux peuvent perdre leur flottabilité sur l’eau de mer car en cas d’éruption les volcans sous-marins relâchent des gaz volcaniques et en se mélangeant à l’eau de mer ces gaz réduisent la densité de l’eau et provoquent le naufrage des bateaux passant dans la zone.
Le Kick’em Jenny calme
Le même en éruption, on voit Ronde Island au fond où la capitaine et moi-même fûmes récemment et on s’en souviendra !
  • L’invasion de la Grenade, également connue sous le nom de code opération Urgent Fury, est l’opération militaire qui vit le débarquement à la Grenade d’une force militaire réunissant des soldats des Etats-Unis et de plusieurs nations des Caraïbes. L’opération de 1983, qui faisait suite à plusieurs années de tensions politiques entre la Grenade et les États-Unis, a été déclenchée par le coup d’état ayant mené au renversement et à l’exécution du Premier ministre grenadien, Maurice Bishop. L’opération, menée en dehors de tout mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU causa la mort d’une centaine de personnes et fut condamnée par un vote de l’Assemblée Générale des Nations Unies
  • Si vous passez par Grenade et que vous voulez la visiter en Français avec en prime des expressions québécoises, vous avez le meilleur des contacts : tropicalparadisetours@yahoo.com
 

Un petit tour dans les Grenadines

On a les Grenadines à voir avant de continuer donc il nous faut revenir en arrière, et pour aller à Port Elisabeth sur Bequia il va falloir remonter au près, les Ountévas y sont et ça, ça nous motive !

On télécharge un GRIB, d’après la direction du vent et la carte, je dis au capitaine qu’on va pouvoir tirer un seul bord, mais la voix de la sagesse (la sienne) me rappelle à l’ordre, remonter au près c’est deux fois le temps et trois fois la peine comme il dit, je lui demande s’il vaut mieux faire moins de bords plus longs ou plus de bords plus courts, il réclame papier et crayon en me tançant qu’il m’a déjà expliqué ce qui va suivre, dessine un triangle rectangle et me réclame le théorème de Pythagore pour faire un savant calcul … trou noir comme quand un prof me prenait par surprise avec ses questions à la con, j’essaie de me rappeler la bande dessinée d’un Lucky Luke dans lequel sur un tableau est notée la démonstration du fameux théorème  (mes anciens profs apprécieront les sources auxquelles je m’abreuvais)(certains doivent bien sucrer les fraises, la vie nous venge), je plisse les yeux pour que ma mémoire zoome sur l’image, rien à faire, c’est flou, je ne fais que perdre du temps, alors je dis que je ne m’en souviens plus pour écourter le supplice, regard lourd de désapprobation du capitaine qui doit vraiment se demander c’est quoi ce matelot, c’est a au carré égale à b au carré + c au carré (aaaah mé ouiiiiii) et me fait la démonstration théorique que c’est plus long quand on tire des bords que quand on va tout droit, yeap, en bon scientifique le capitaine veut des preuves et des études fiables et pas l’affirmation d’évidence d’une écervelée, une fois qu’il est lancé on ne l’arrête plus, il me demande ensuite de dessiner les vecteurs du vent réel combiné avec le vent vitesse pour trouver le vent apparent, une vraie interro, c’est toujours bon de réviser mais ça ne répond pas à ma question de savoir s’il vaut mieux tirer moins de bords plus longs ou plus de bords plus courts, là aussi il me l’a déjà dit, peste soit de ma cervelle qui a besoin de plusieurs couches, c’est la VMG isabelle ! tonne le capitaine au bord de la crise de nerfs

(il n’aime pas que je ne mette pas de majuscule à mon prénom, il dit que c’est malpoli, lui, même dans un sms il met des majuscules au début et des points à la fin de ses phrases, même après un smiley il met un point, il est très à cheval sur la ponctuation) (il est mignon)

La nav’ c’est du sérieux avec le capitaine
Petite révision de Pythagore

Bon, je ne baisse pas les bras et lui demande ce que dit la VMG pour demain (c’est là mon véritable courage, continuer à poser des questions malgré les réactions de l’adversaire)  et bien on le saura demain sur le vif, à quoi ça sert alors si au bout du compte on navigue au pif avec le vent du moment, c’est assez risible d’ailleurs parce que le capitaine fait tout un tas de calculs et de réflexions qui lui plissent le front mais au bout du compte il navigue à l’instinct, il conclut cette leçon magistrale par un on verra bien. (j’ai mis un point pour lui faire plaisir si un jour il me lit)

Port Elisabeth à Bequia, on a encore passé une super soirée avec Isabelle et Jeff sans même chanter une seule note, et on a mangé du poulet, comme je vous disais, c’est pas compliqué, c’est poulet ou porc, porc ou poulet !

le mouillage, très beau, mais un peu rouleur, on a bien l’habitude alors ça ne me fait plus rien

On n’a pas le temps de traîner, le monde est trop vaste, en partant on s’arrête une nuit à Petit Nevis, mauvaise nuit car mouillage rouleur, comme souvent ces temps ci, le lendemain on passe par Baliceaux, on y va à la nage pour découvrir un peu sur ce tout petit îlot désert, on se pique les pieds dans les herbes et je finis par avancer en sautillant comme à la marelle pendant que le capitaine marche toujours tout droit et toujours altier, et puis on file sur Moustique, mythique Moustique ! L’île des riches ! Je ne sais pas qui rejoint son bateau en hélicoptère mais c’est tellement convenu,  je fais mes télé consultations, une classe folle n’est-il pas, ensuite on va nager un peu avec masque et tuba, et moi avec mon pare battage en guise de bouée, le capitaine râle qu’on dirait une américaine avec sa frite en mousse, mais entre me farcir une réflexion du capitaine ou finir noyée, mon sens aigu de survie a vite fait le choix, je fais fi de sa remarque à son grand dam et nage le long des coraux en tenant mon pare-bat par la ficelle (je fais des progrès, je le traîne derrière moi et ne suis plus couchée dessus comme sur le radeau de la Méduse), il y a des jolis poissons, et sur le fond de la mer le capitaine me montre une raie, une petite, certes, mais une raie quoi ! ma première raie in situ ! Et puis du bateau on a vu passer des têtes de tortues mais en nageant on ne les croise pas, on ne gagne pas à tous les coups (ça me fait penser que j’ai encore oublié de jouer au loto), enfin bref, on voit toute une vie sous-marine qui fait dire que la chance sourit aux riches

ça existe …

A un moment un gros cata qui trimballe les touristes (autrement dénommé traine-couillons par les marins avertis) pour leur faire faire un tour à toute vitesse en 1/2 journée et voir un maximum de trucs arrive à fond de train dans le mouillage et jette son ancre bruyamment alors que les autres bateaux sont sur bouée, ça fait tache dans cette baie si distinguée qui donne envie de boire son thé en levant le petit doigt, on fait un tour à terre, je fais quelques courses pour dire que dans ma vie j’ai fait des courses à Moustique, 17 dollars caribéens le pain, 35 le paquet de Quinoa, bon, on divise par 3 pour avoir le prix en euros, mais tout de même, passons par le Basil’s Bar, si tu passes à Moustique c’est obligé man, le serveur ne nous calcule même pas alors on rentre au bateau avec notre bon argent et on se couche hyper tôt car on est nazes avec nos dernières nuits rouleuses de houle, et ce n’est visiblement pas cette nuit que ça sera moins rouleur, riche ou pas riche il y a la même houle (mais il paraît que plus le bateau est gros moins on sent la houle) (j’ai pas testé)

Le mouillage distingué (et tout aussi rouleur que les autres) de Moustique
La vue depuis le Basil’s bar, c’est toujours ça de pris

CLONG ! un bruit d’enfer me réveille, en un quart de seconde je suis assise sur ma couchette, retiens ma respiration pour écouter ce qui se passe … rien, je me remets à respirer, CLONG CLONG CLONG ! tonnerre de Brest, quelque chose défonce le bateau ! je vois le capitaine qui court à poil dans le bateau comme une poule à qui on a coupé le cou  (pas le temps de m’émouvoir sur le corps nu du capitaine) (c’est rageant tout de même) et me réclame une lumière en criant qu’il faut allumer le moteur  tandis qu’il saute à pieds joints dans un bermuda, mais que se passe t’il donc lui crié-je toute émotionnée ?! 

  • on a dérapé et on est rentré dans le cata ! (le capitaine n’a pas confiance dans les bouées, il préfère son ancre et sa chaîne, moi j’ai confiance, par nature)
  • ah bon ?! (dubitation) (il en va de la réputation de Moustique tout de même)

Le capitaine se rue sur le pont avec la lampe torche, à mon tour de sauter dans un bermuda (et un teeshirt) (jouer à la naïade serait peine perdue, n’y pensons même pas) et de sortir voir ce qui se passe, c’est le catamaran à touristes qui a déroulé trop de longueur de chaîne, le vent a tourné et les bateaux aussi, mais quand on est sur bouée le bateau tourne autour de la bouée, alors que quand on est sur ancre on tourne autour de l’ancre, et plus la longueur de chaîne est grande, plus le cercle dessiné par le bateau est large… quand le cata est arrivé plus tôt j’ai dit au capitaine j’espère que le vent ne va pas tourner vu sa longueur de chaîne ! et devinez … enfin, au moins ce n’est pas de notre faute ni de celle de la bouée Moustiquoise, Moustiquérienne, Moustiquaire, yo no sé

En face ça s’agite sur le cata pour remonter la chaîne, c’est un beau cirque et ça prend du temps, on entend des cris, un des gars est en annexe et trafique je ne sais quoi, le capitaine les surveille en leur balayant le faisceau de sa lampe torche de compète en pleine poire, et puis ils réussissent à sortir l’ancre et vont enfin mouiller plus loin, le capitaine se plie en deux  par-dessus le bastingage fesses en l’air et nez sur la coque pour voir les dégâts, mais rien, ouf, on ne coulera pas cette nuit, pendant ce temps des chauve-souris volent autour du bateau et j’en vois une qui rentre dedans, je piaille en me courbant avec les mains sur ma tête pour qu’elle passe au-dessus de moi et quand le catamaran est parti je préviens le capitaine qui cherche un peu partout mais ne voit pas de chauve-souris, tu es certaine que tu as vu rentrer une chauve-souris, bien sûr que non mais ça m’amuse de te le faire croire (🙄), finalement la bestiole sort de sa cachette et vole à ras du plafond (je piaille) et file dehors, et le capitaine, bien las, me dit qu’il a envie de boire un coup de rhum après toutes ces émotions, je dégote la petite bouteille de rhum aux agrumes rangée au fond d’un plancher, on s’en boit une rasade couasi cul sec en se racontant ce qui vient de se passer comme si on y était, enfin on retourne se coucher, il est bien tard … 

Le lendemain matin en préparant le petit déjeuner je vois qu’une banane a une drôle de tête … mon regard balaie le bateau … bon sang de bon soir ! la chauve-souris est revenue et a bouffé une banane et chié dans tout le bateau ! quelle plaie ! on nettoie tout ça et le capitaine se demande si elle n’est pas planquée dans un coin du bateau, on cherche un peu partout sans rien voir, alors le capitaine a une idée de génie, faire un piège à chauve-souris décalqué sur les pièges pour attraper les poissons m’explique-t-il  (mais quand a t’il le temps de s’intéresser à tout ça) le voilà avec bouteilles en plastique, scotch grey tape et ciseaux, il s’affaire en tirant la langue, place le reste de la banane dans son astucieux traquenard et le fixe sur le robinet de la cuisine, un coup à avoir envie qu’une chauve-souris soit planquée dans le bateau pour voir si ça marche, j’ai hâte, et puis on se dit qu’il est l’heure de lever le camp, on ne va pas non plus s’appesantir plus longtemps sur un piège à chauve-souris, aussi génial soit-il (qu’est-ce qu’il est malin le capitaine)

Oui, c’est le fameux piège, pour une petite chauve-souris ai-je eu l’audace d’avancer au capitaine

Il faut  remonter l’annexe pour la mettre sur le pont, naviguer en tirant l’annexe derrière son bateau c’est bon pour les pimpins (expression à connotation négative dans la bouche du capitaine), c’est toujours lui qui attache la drisse de spi à un anneau de l’annexe et moi qui la monte au winch, on a nos petites manies, mais quand il y a du vent comme aujourd’hui je viens sur le pont pour l’aider à attacher la drisse de spi sur l’annexe  pendant que lui s’échine à éviter que le vent ne l’embarque, ti-ki-clop ti-ki-clop je le rejoins au petit trot et attends ses ordres comme un enfant de chœur prêt à tendre sa boîte d’hosties au bon curé, mais il me fait signe que non et me dit d’aller hisser l’annexe, je repars au galop ta-ga-dam ta-ga-dam, vite, pour la hisser avant que le vent ne s’y engouffre et ne l’emporte au loin comme un tapis volant avec le capitaine accroché derrière tel un penon de GV et BAAAAM ! Je m’explose un orteil dans une poulie du rail de réglage du génois, mes yeux font trois fois le tour de leur orbite de douleur, je cours jusqu’au winch en ravalant des larmes prêtes à gicler de mes paupières, mouline la manivelle sans oser regarder mon pied ni bramer comme un animal agonisant et quand l’annexe est en place j’y jette un œil, mon pied trempe dans une flaque de sang, je hèle le capitaine avec un flegme fallacieux, tout juste si je ne sifflote pas pour paraître détachée alors que je ne suis que ruine intérieure

  • tu pourrais aller chercher un truc pour éponger le sang ? 
  • MaaaaAAAAAAcarelle !

je trouve un bout de sopalin dans ma poche et éponge diligemment pour ne pas salir le bateau, ce qui désolerait le capitaine, qui arrive, jette un œil et fait la grimace, me dit d’aller tremper mon pied dans l’eau de mer et s’en va quérir la trousse des premiers secours, je sors mon pied de l’eau qu’il pose sur sa cuisse en fronçant le nez et en me jetant un regard, tu vas pas tourner de l’œil ? naaaaaan, bien sûr que naaaaan (je suis à un doigt de tomber dans les pommes mais me ravise grâce à un bon coup d’adrénaline, il y va de ma pérennisation à bord), de ses doigts habiles il entoure mon pauvre orteil balafré d’une entaille large et profonde avec une compresse et l’emballe avec ses deux voisins d’une généreuse couche de sparadrap, merci capitaine, va t’asseoir et reste tranquille, qu’il est bon, mon dieu il n’est que bonté, que ne l’avais-je remarqué plus tôt, cet homme est la bonté incarnée (la douleur me ferait presque divaguer)

Voyez par vous-même comme je me vide de mon sang par la petite ouverture au bout de l’orteil malgré les bons soins du miséricordieux capitaine

Mais c’est pas tout ça, il faut lever l’ancre et aller de l’avant, dès que je bouge le capitaine râle et exige que je reste tranquille, ça m’arrange car je ne me sens pas bien vaillante, j’ai bien vu que mon orteil a morflé grave … on s’éloigne de Moustique sans l’ombre d’un regret, quand je vous disais que les Grenadines ne sont pas aussi idylliques qu’on voudrait nous le faire croire …

Partis plus tard que prévu mais c’est pas nouveau, on ne pourra pas vraiment dire que c’est de ma faute, nous mouillons l’ancre à Canouan pour la nuit, repartons dès le lendemain matin et c’est assise dans le cockpit comme une princesse  avec le pied en l’air que je découvre les Tobago Cays, tout aussi mythique que Moustique, et ce n’est pas pour rien, quelle beauté, que de beautés sur cette planète unique, ça ferait croire en Dieu, le capitaine m’avait proposé de retourner en Martinique pour faire soigner mon orteil qui fait un angle inédit mais quoi ? on continue et puis c’est tout, faut que je m’endurcisse, je finirai par chiquer un jour si ça se trouve… 

Arrivée aux Tobago Cays

On s’est fait accueillir par Roméo dans sa barque, welcome in paradise ! il nous a fait promettre de venir manger une langouste sur la plage à 18h, le capitaine sait pertinemment que manger une langouste sur une plage est inscrit en lettres d’or sur ma to-do-list alors il a dit oui en me demandant si ça ira avec mon pied, tu parles Charles, j’irais à cloche-pied s’il le fallait, à 18h pile je pose ma botte sur la plage, la femme de Roméo nous accompagne à une grande table avec une toile cirée, dit qu’elle aime mes bottes (c’est sûr, des vraies bottes de marin ça a du style) (c’est pour garder mon pied au sec), on voit des gens qui apportent leur boisson et le capitaine regrette de ne pas avoir apporté une bouteille de blanc, on en a dans un coffre sous un plancher sur lequel est vissé la planche qui sert de couchette dans le carré quand on navigue, alors 1) il aurait fallu savoir qu’on pouvait apporter son own drink, 2) il aurait fallu penser à quérir une bouteille, 3) et il aurait fallu avoir envie de mettre 1/4 d’heure pour l’attraper et 4) ne pas l’oublier dans le frigo quand on aurait pris l’annexe pour se rendre chez Roméo, tant pis pour le vin blanc, de toutes façons ça me donne mal à la tête, la langouste est bonne à se lécher les doigts, je ne m’en prive pas et je coche ça sur ma to-do-list virtuelle

Une belle toile cirée, pas le genre de Moustique
Waiting for a loabster on the beach

Le lendemain on visite les Tobago Cays en annexe, c’est vite fait, c’est tout petit, mais c’est si beau que ça ne m’étonne pas que ça soit si connu, pour de bon je préfère indubitablement les Tobago à Moustique, la somptuosité du site, l’accueil et les toiles cirées sur la plage au soleil couchant … (to be continued)

Une des plages des Tobago Cays … paradisiaque

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir est là :

  • J’ai retrouvé la démonstration du théorème de Pythagore, c’est dans la fiancée de Lucky Luke !
  • La VMG (Velocity made good) est une stratégie de navigation à voile, plus particulièrement de régate. Pour atteindre une route souhaitée, la VMG fait référence à l’optimisation entre la vitesse d’un voilier, variable suivant la direction du vent et la distance à parcourir. C’est le compromis cap/vitesse.
  • Le Radeau de La Méduse est une peinture à l’huile sur toile, réalisée entre 1818 et 1819 par le peintre et lithographe romantique français Théodore Géricault (1791-1824). Son titre initial, donné par Géricault lors de sa première présentation, est Scène d’un naufrage.
  • Les penons de la grand-voile sont situés sur la chute de la grand-voile, ce sont des brins de laine ou des rubans de tissu léger qui permettent de visualiser la direction du vent et l’écoulement des filets d’air sur la voile (il y en a aussi sur le génois)
  • Les penons au vent et sous le vent sont parallèles : le voilier est bien barré
  • Les penons au vent (Intrados), c’est à dire ceux situés à l’intérieur de la voile, décrochent et montent : le voilier est barré trop près du vent. Pour y remédier il faut tirer la barre pour abattre (s’éloigner du vent)
  • Les penons sous le vent (Extrados) décrochent et tombent : il faut alors choquer l’écoute de génois ou lofer (se rapprocher du vent)

Rappelez vous

Au large de Ste Lucie

Nous étions partis de Fort de France pour Carriacou, Cariacou avec un seul r c’est le cerf de Virginie ou le camp écotouristique en forêt amazonienne (sur une crique du fleuve Kourou), et celui avec 2 r c’est une des îles des Grenadines, à savoir en prime qu’il y a les Grenadines de Grenade et les Grenadines de St Vincent, tout ça ne nous facilite pas l’existence parce que ça veut dire que pour bien faire il faut faire des clearances si on passe de l’une à l’autre (on ne fera pas bien sinon on ne ferait que ça, c’est juste histoire d’en rajouter sur l’administration d’où qu’elle soit, Français ! arrêtons de nous plaindre !) (et en conclure que le capitaine est un rebelle et que nous contrevenons à tout-va) 

Avant ça il faut déjà arriver à Carriacou, on en a en gros pour 24 heures de nav’ mais comme me répond le capitaine à chaque fois que je lui demande pour combien de temps on en a : ça dépend, et pas besoin de demander ça dépend de quoi, c’est du vent que ça dépend, donc maintenant je me fais ma petite idée toute seule et je lui demande combien de miles on a à faire, ça l’oblige à me répondre quelque chose de précis (jubilation), si on a 120 miles à faire et que je vois petit, à savoir qu’on fera du 5 nœuds à l’heure, et bien 120 miles à 5 nœuds ça fait 24 heures, mais j’espère bien qu’on ira plus vite, et on dirait que le ciel m’a entendue puisque ça commence bien et qu’on galope jusqu’à Ste Lucie, le capitaine, pessimiste d’après moi, prudent d’après lui, pense qu’on passera une fois la nuit tombée devant les pitons de Soufrière et qu’on ne les verra donc pas, je lui réponds que mais si on les verra, à vrai dire sans aucun argument à lui servir en ce sens autre qu’une intuition tout aussi féminine qu’aiguisée telle la lame d’Excalibur, et ce n’est pas du tout pour le contredire quoiqu’il en pense, bingo, on passe juste au crépuscule, je lui dis et bien on les aura vus les pitons ! ça le fait rire et ce n’est pas si facile de le faire rire, alors que moi j’ai du mal à raconter une histoire drôle tellement je me poile (il me regarde alors avec une sorte de stupéfaction, je n’en ris que de plus belle), nous continuons notre route nuitamment

on arrive sur les fameux pitons
on les a passés, la nuit tombe

Le capitaine me laisse dormir en premier, je me réveille à 0h45 et lui dis d’aller dormir à son tour mais le vent fait des siennes, tombe complètement, alors moteur et puis vlan, le vent remonte d’un coup à 20 nœuds au portant, ça a l’air de durer alors on règle les voiles pour cette allure, pas beaucoup de houle, on file bien, le capitaine peut enfin dormir en me laissant aux commandes, mais le vent est changeant, versatile comme une blonde, il descend et remonte, passe en travers, repasse au portant, je manœuvre parce que maintenant je suis une grande fille qui peut manœuvrer, certes à la vas-y comme j’te pousse, mais manœuvrer quand même, j’avoue qu’il n’y a pas grand chose à faire mais ça fait du bruit et ça ne permet pas à celui qui se repose de le faire correctement, et puis ça redevient régulier, voilà qu’on file au portant sous le vent de St Vincent, une mer d’huile, du jamais vu, le capitaine dort pour de bon, on le voit à la tête qu’il fait quand il dort profondément parce qu’on dirait un enfant, je fais des étirements dans le cockpit en regardant les lumières de St Vincent, petit à petit le vent diminue, passe à 15 nœuds, on n’avance plus qu’à 6 nœuds mais ça va bien, c’est correct 6 nœuds, n’est-ce pas les voileux ? … ah, il tombe à 10 .. et nous à 4 … bon, ça reste honnête, ça pourrait être pire … oh flûte, le vent tombe à 8 … nous à 3 … allez, tant qu’on avance je ne change rien, si ça se trouve ça va repartir … je suis à un doigt de souffler dans les voiles ou de battre des bras ainsi que des ailes, je ne veux pas réveiller le capitaine en mettant le moteur, la mer est si calme ! Il dort si bien ! Las, le vent tombe encore … on n’avance plus qu’à 1,5 nœud, c’est la débâcle … la mort dans l’âme j’allume le moteur avant qu’on ne se mette à reculer, la tête du capitaine émerge, l’air bien à l’ouest, je lui explique ce qui se passe et lui refile le bébé, c’est à mon tour d’aller dormir un peu, quand on s’éloigne de St Vincent on reprend du vent, le capitaine coupe le moteur et je m’enfonce dans le sommeil comme dans un édredon de plumes

Le soleil se lève au large de l’île Mustique

C’est moi qui suis de quart quand le jour se lève, je regarde le ciel de tous mes yeux, fais le petit déjeuner quand le capitaine  se réveille, et puis on arrive à Carriacou en se prenant un fameux grain au moment d’affaler la grand voile et de mouiller, et comme on mouille toujours face au vent la pluie nous arrive de plein fouet en pleine poire, je ne sais pas ce qui est le mieux, garder des lunettes en regrettant qu’il n’y ait pas encore d’essuie-glace ou les ôter et découvrir que les gouttes de pluie pulvérisent les yeux, dans les deux cas on n’y voit goutte

Carriacou nous voilà !

Le capitaine décide, puisque c’est au capitaine de décider (encore qu’une fois, à l’îlet Lobo en face de Fuerteventura, le capitaine m’avait houspillée au moment de jeter l’ancre, c’était un peu délicat comme à chaque fois qu’il y a du monde dans un mouillage et du vent, je voudrais vous y voir, donc il m’avait houspillée, ce qui n’avait rien arrangé à l’affaire et avait eu pour unique effet de me décider à mettre mes lunettes de soleil afin de cacher les sentiments peu amènes qui m’animaient sur l’instant, et là il m’avait intimée de choisir où je voulais qu’on jette l’ancre, 

  • (très autoritaire) choisis ! 
  • (silence de glace) 
  • choisis ! (encore plus autoritaire si c’est dieu possible) 

je l’avais envoyé sur les roses, il avait fini par jeter l’ancre là où on se trouvait), donc il ne me propose pas de choisir mais décide de mouiller à gauche du chenal parce qu’il n’y a qu’un seul bateau (le capitaine préfère être à l’écart, c’est mieux pour faire pipi même s’il ne le dit pas), mais on va changer 2 fois de place, d’abord parce que le capitaine trouve qu’on est trop prêt de je ne sais plus quoi, ensuite parce que des pêcheurs nous font des grands signes de dégager de là, alors on va se mettre avec les autres bateaux à droite du chenal, chose que j’aurais faite en priorité mais mon raisonnement est simpliste (là où il y a plus de monde c’est sûrement autorisé, ailleurs on ne sait pas), on appelle la police portuaire pour s’annoncer, personne au bout du fil, on finit par déjeuner et quand on rappelle à 14h, le préposé nous demande sur un ton de remontrance pourquoi on ne l’a pas appelé plus tôt…

Je précise, pour la bonne compréhension de tout ce qui va suivre, que ni moi ni le capitaine ne parlons suffisamment anglais pour soutenir une véritable conversation dans la langue, c’est d’ailleurs toujours marrant quand le capitaine se retrouve otage d’un américain qui lui raconte ses aventures qu’il écoute sans rien piper mais en faisant des oh yes avec des signes affirmatifs de la tête (moi j’évite soigneusement de m’enliser dans ce genre de truc)  …

Bon, c’est le capitaine qui est à la VHF et nous sommes tous deux pendus à la radio pour comprendre tant que faire se peut ce que le préposé nous raconte (je l’appelle préposé parce qu’en fait je ne sais pas si le gars est un flic ou quoi, un gardien de phare, un coach sportif, allez savoir, il ne s’est pas présenté) … il baratine à toute vitesse, le capitaine me regarde avec un air perdu comme si j’avais la solution ultime à tous les problèmes du monde, je lui chuchote dans un souffle

  • dis lui de répéter lentement
  • can you spique sloli pliz ?

Le gars répète à peine moins vite et je chope un mot par ci, un mot par là, le capitaine dit ok sank you, je lui demande ce que le gars a dit et il me répond qu’il ne sait pas, ça nous avance bien, je dis à mon tour ce que j’ai compris, à savoir pas tout mais qu’il faut aller à l’immigration de l’autre côté de la baie, et que tout l’équipage (c’est nous deux et c’est largement suffisant) doit se présenter, hop on prend les papiers du bateau, les nôtres, nos résultats des tests PCR gagnés à Fort de France et nous voilà partis en annexe

On trouve sans problème l’immigration … porte close, ils seront back shortly … soit, on attend plus d’une heure avec d’autres personnes, puis nous passons les uns après les autres devant une fenêtre à peine entrouverte derrière laquelle une nana en chemise-cravate à la mine renfrognée pour faire sérieux prend d’une main et donne de l’autre des papiers, c’est notre tour, elle nous regarde comme un scientifique des drosophiles sur une lamelle de microscope et nous balance son jargon anglais en pleine face, frime inutile, le capitaine et moi échangeons un regard impuissant, on y va de notre can you spique sloli (la méthode Assimil est encore emballée dans son plastique au fond d’un recoin du bateau), elle a du mal, je comprends vaguement qu’elle nous réclame un papier qu’on aurait dû aller chercher je ne sais où mais garde mon air bête, on reste plantés là avec nos regards obtus, on est venu chercher notre clearance et on l’aura, de guerre lasse elle va chercher un document et nous fait signe de le remplir, nous obtempérons et après nous avoir délesté de la somme de 30 US dollars nous laisse partir avec nos passeports tamponnés … nous en apprenons plus avec un navigateur étranger qui parle un anglais sommaire et parfaitement compréhensible pour tout être qui a fait sa scolarité en France, il nous explique qu’en arrivant il faut mouiller à gauche du chenal, aller dans un bâtiment quérir un formulaire à remplir et montrer tous les papiers sanitaires, puis seulement s’en aller de l’autre côté de la baie rencontrer l’immigration avec tous les papiers, se faire tamponner les passeports et ensuite aller mouiller de l’autre côté du chenal avec les bateaux en règle … de l’art de la simplicité … j’ai déjà remarqué qu’à l’étranger, ne rien comprendre peut faire gagner un temps fou 😁

Comme on est en annexe, on passe faire un petit tour dans la mangrove qui est une zone où mouiller les bateaux en cas de cyclone, le seul hic c’est que le fond est si peu profond que nous on resterait plantés sur la quille si on essayait d’y planquer Cap de Miol, c’est simple, en cas de cyclone on finirait planté droit debout dans la mangrove ou balancés comme un fétu de paille sur la côte, comment choisir entre la peste et le choléra 

la mangrove de Tyrell Bay, avec une épave

Le lendemain on fait ce pour quoi le capitaine est passé par Carriacou : sortir le bateau pour le caréner

De vous à moi, je pense que ça aurait grandement pu attendre, mais le capitaine aime quand c’est propre, il a déjà plongé deux fois avec une bouteille pour le nettoyer au scotch-brit (et c’est pas une mince affaire) mais il en veut plus, il veut un bateau ni-ckel, et dans les eaux chaudes du coin c’est vite fait que tout un monde se crée sur une carène, algues et coquillages, ça m’hallucine, ça vient d’où tout ça pour se coller aussi insidieusement sur le bateau ?

Quand on était au Marin j’ai vu des carènes de bateaux qui sont plus des élevages de moules et autres coquillages que des carènes ! 

Au Marin, un safran vraiment dégueu !
Amarres qui trempent depuis combien de temps ?
un bateau pisse-la-rouille, et faut pas croire, il y en a plein les marinas et les ports !
On sort Cap de Miol de l’eau, ça n’a rien à voir avec des carènes pourries
Cap de Miol sur cales et le capitaine qui fignole l’antifouling, on a vécu là pendant 5 jours et on sentait vibrer le bateau quand il y avait des rafales de vent, glurps !

Le premier jour je l’aide à nettoyer la carène, le soir venu on est bleu comme des stroumphs, mais les jours suivants c’est le capitaine qui passe l’antifouling, il a le coup de main, et moi je travaille dans un bistrot qui a un bon wifi, et puis je prends un taxi pour aller à Hillsborough glaner des infos mais en anglais rien n’est facile pour moi, mais bon …

Mon bureau provisoire, partout où j’ai mon PC ça devient mon bureau

Prête pour mes télé consultations (on voit qu’il est assez tôt parce que j’ai encore l’air frais, ça va pas durer, je vais me déliter sous peu)

(je m’aime bien avec mes lunettes d’hypermétrope parce qu’elles me font des grands yeux)
Vue de Tyrell Bay sur le chemin de mon nouveau bureau
Sur le bord de la route (ça ne roulera plus dans cet état)

J’irai 2 fois à Hillsborough, et rien que d’avoir pris le taxi, quand il passe et me voit marcher le long de la route (pour aller à mon bureau provisoire qui est à une vingtaine de minutes à pinces) il me klaxonne et me fait signe bonjour … à chaque fois que je demande quelque chose à quelqu’un, la personne m’apporte son aide, parfois quelqu’un vient vers moi, me dit son prénom et me demande le mien, me souhaite la bienvenue à Carriacou, au bistrot la serveuse se souvient que je vais prendre un Perrier avec une rondelle de citron, en 3 jours je me sens chez moi, on sent qu’on peut s’intégrer avec une facilité déconcertante, quelle douceur, c’est le mot qui me vient, une authentique douceur humaine …

En route pour Hillsborough pendant que le capitaine se tue à la tache !
La rue principale de Hillsborough, c’est l’happy anniversary de Grenade, fête de leur indépendance le 7 février 1974
Inoubliable Carriacou (qui fait partie de Grenade, donc)

(Un soir on dîne chez John et Anna et c’est à ce moment là que j’ai fait la déjà légendaire interview du capitaine)

Une fois le bateau tout propre, on le remet à l’eau et on reprend la mer, on visite un peu le coin avant de continuer notre périple …

Que vous dire du coin … les Grenadines donc … voyons voyons … par où commencer… bon, les mouillages sont rouleurs, mais … honnêtement : on s’en fiche, c’est vraiment pas ça qui compte … mais l’endroit est-il aussi paradisiaque que d’aucuns veulent bien le faire croire ? … (à suivre !)

En partant on passe devant Sandy Island

Etendre sa Culture Gé ne nuit jamais !

  • Clearance est un joli mot anglais que l’on aurait dû traduire par « cauchemar de grande croisière». Francisé en 1973, la clairance est une autorisation donnée à un navire de faire mouvement. Ce mot résume l’ensemble des formalités d’entrée et de sortie d’un pays, l’un des sujets les plus discutés dans les carrés des bateaux de voyage. En général, pas besoin de visas pour accoster en terre étrangère, mais le nombre d’administrations à satisfaire varie d’un pays à l’autre. Le service de l’immigration et les autorités maritimes, parfois confondues avec la douane, forment le socle minimum. Il faut souvent ajouter les autorités sanitaires dites « la quarantaine » et la capitainerie du port.

Interview du capitaine

le capitaine a bon dos

J’ai appelé ma grande sœur via WhatsApp dans un wifi point avec un Perrier glacé et des glaçons, ce qui ne me ressemble guère car je sais qu’il vaut mieux boire tiède, pour vous dire à quel point il faisait chaud, et je me serais carrément bien passé les glaçons sur mes mollets bouffés par les moustiques et dans le dos mais j’ai entendu dire que ça ne se fait pas dans les bistrots, toujours est-il que son mari, mon beau-frère donc (nous l’appellerons B, préservons son incognito) se penche sur son épaule et me demande quand est-ce que ça sera le tour du capitaine de donner son point de vue sur mon blog, parce que bien entendu il n’y a que le mien qui n’est sûrement pas assez viril et pour cause, et peut-être pas suffisamment objectif car il est bien connu que les femmes sont des menteuses 🤓

  • ouh tu sais, ce n’est pas son truc, il n’y a qu’à voir son journal de bord, c’est le strict minimum et il ne parle que du vent et de nos allures (je parle des allures du bateau, pas de nos têtes), juste une fois il a écrit que j’avais fait du riz aux champignons et que c’était bon !
  • Mais si ! (C’est B qui parle) tu lui dis d’écrire et tu lui promets que tu ne liras pas (ah bin bravo pour l’idée, comme si je tiendrais une telle promesse) (j’ai lu une fois que les promesses n’engagent que ceux qui y croient, quel cynisme … et quelle absolution en cas de besoin !)
  • Mais même un SMS il le tape à 1 doigt ! je suis certaine qu’il ne le fera pas !

Et je ne raconte pas de bêtise, je sais qu’il ne le fera pas, je le connais un peu maintenant, et là ça me fait tilt : je vais interviewer le capitaine !

Je le retrouve au bateau après 3 Perriers glacés et pas 1 seul pipi, toujours pour dire, et je lui parle de la proposition de B (bon, c’est Benoit) (je le dis parce que ça me fait bizarre de l’appeler B, ça le rend inconnu) et tout le corps du capitaine se soulève avec ses épaules et ses yeux au ciel, presqu’en lévitation, pour me dire que ça ne lui fait pas envie du tout du tout et là je le ferre 

  • Alors je peux t’interviewer ?

Il n’a pas dit non (2 de suite ça ferait trop) je prends ça pour un oui, le soir on va dîner au Gallery Bistro, tenu par Anna et John, deux anglais qui se sont installés à Carriacou depuis 3 ans, après avoir vécu longtemps à St Martin et en être partis après Irma (le cyclone, pas la cartomancienne) et avoir voyagé, ils aiment l’authenticité de cette île et je les comprends, c’est pur jus ici (je vous raconterai la prochaine fois), John fait une cuisine d’inspiration Indienne bien épicée, heureusement qu’on a choisi un plat médium, épicément parlant, pour ne pas émouvoir outre mesure nos précieuses muqueuses intestinales, assez délicates de surcroît

Je sors mon téléphone, allume posément le Dictaphone (toute cette technologie ne cesse de m’ébahir) le pose entre nous et me lance :

  • bon, alors c’est parti pour l’interview 
  • mfff (moue de condamné) 

En fait je ne sais pas trop par où commencer, et puis je dois dire que je marche sur des œufs (expression imagée : agir en manquant d’assurance par crainte d’ennuis, précautionneusement), en plus  il y a une barge de cailloux qui est arrivée au port et des camions défilent pour la décharger, ça fait un de ces boucans, je crains que cela ne décourage le capitaine et qu’il envoie tout valser avec cette interview qui ne tient qu’à un fil, je me lance prudemment en lui demandant quel est le meilleur moment pour lui depuis que nous sommes partis, je vous laisse écouter, pour que vous voyiez que je ne vous mène pas en bateau … c’est parti pour l’interview-vérité (le capitaine a dit que tout ça c’est des couillonnades) (mais s’est galamment prêté au jeu)

hop, je lui demande son avis sur les repas à bord et sur son équipière 🙂 !

Si je puis me permettre un avis qui est sûrement le bon parce que moi je voyais les mimiques et expressions du capitaine, et bien c’est qu’il m’a dans la peau (expression émanant certainement de tous les polars plus ou moins raffinés que je me suis farcis dans ma prime jeunesse) parce que quand il a dit qu’il ne veut pas changer d’équipière il a baissé pudiquement les yeux et a souri d’un sourire qui voulait dire ça et c’est tout, c’est juste qu’il est mesuré dans sa manière de s’exprimer 🙂

  • et sur la vie en bateau, c’est quoi qui te dérange ? 
  • … (tic tac tic tac) … non … rien 
  • Et c’est quoi que tu préfères ?
  • Des mouillages sympas après une nav’ sympa et qu’on puisse se baigner et voilà 
  • Ah oui …. Ouais … et tu préfères être au mouillage ou naviguer ?
  • Les deux 
  • Et ton mouillage préféré ?

Le capitaine me reprend quand je dis « c’est quoi que », il me dit qu’on dit qu’est-ce que et pas c’est quoi que, et s’étonne que je fasse cette faute autant que lorsqu’il s’émeut quand j’avoue ne plus du tout me souvenir des cosinus, mais il devra s’y faire, c’est quoi que est inexorablement inscrit dans mon langage coloré 

  • et comment tu te vois en tant que capitaine ?
  • et par rapport à la première traversée que tu as faite, est-ce que tu trouves qu’il y a des changements ?
  • … 
  • Dans ta façon de considérer euuuuh (aucune idée de comment finir cette phrase si mal commencée)
  • (la bouche pleine) la technique a changé 
  • Ah ouais (je sais, ah ouais ce n’est pas élégant, je me navre quand je m’écoute)… tu veux dire, par rapport aux appareils de nav ?
  • Oui … aujourd’hui ti a le GPS, les tablettes, les machins les trucs les si les mi …( il dit souvent les si les mi, j’en ai déduit que c’est une forme de et cætera mais n’ai rien trouvé sur internet à ce propos)
  • Mh mh
  • ….
  • Et du coup tu avais préféré à l’ancienne ou …
  • Non 
  • Non ?
  • Non, c’est différent, tu peux faire plus de trucs quand tu sais où tu vas hein 
  • Ouais
  • C’est plus sécurite, c’est ….

Bruits de couteaux et de fourchettes pour manger chaud malgré cette discussion passionnante dans laquelle le capitaine fait feu de tous bois, capitaine qui justement embraye sans même que je l’y pousse, jusqu’où va t’on aller :

  • c’est dommage qu’on ait perdu 15 jours là (il parle de l’attente inutile pour le calculateur)
  • (en mâchant) mouais … (mouais c’est encore pire que ah ouais, je m’enfonce)… mais bon on avait dit que si pour une raison ou une autre on devait rester quelque part bin voilà … en même temps on n’était pas à Selvagem … … Est-ce que tu as des rêves de nav’ ?
  • moi je me dis (c’est moi qui parle) que si tout n’est pas parfait, la vie est plus simple …
  • Est plus ? 
  • Est plus simple … parce que si tout devait tout le temps être parfait …toujours réussir les manœuvres comme si on passait un examen et qu’il fallait avoir 20/20 … (voyez avec quelle habilité sournoise je lui fais passer des messages)
  • Ouaiiiiis… mais quand tu te fous en travers sur une amarre ou que tu touches un bateau … c’est chiant quoi … (il parle de Mindelo)
  • bin ça c’est sûr… mais regarde, le bateau qui était parti plus tôt que nous …
  • C’était pas une référence !
  • Ah bin non ! Mais ça montrait les conditions 
  • Non ! Ça montrait qu’ils ont mal fait leur compte et moi je l’ai fait mal aussi alors que j’aurais dû en tirer des conclusions …
  • Et quand il se passe un truc comme ça, tu y penses beaucoup après ?
  • Nooooon … j’essaie d’en tirer une leçon et puis voilà …

(De vous à moi, il y a beaucoup pensé et il y pense encore, la preuve)

  • j’ai encore une question : qu’est-ce que ça serait que tu pourrais donner comme conseil à quelqu’un qui voudrait faire une transat ? (Bravo pour la formulation)

Je retranscris certains passages, d’une part pour varier les plaisirs, de l’autre pour vous faire gagner un peu de temps parce que le rythme de notre échange est un peu lent je crois 😁 

  • et qu’est-ce que tu as appris pendant cette transat ?
  • ….
  • Si tant est que tu aies appris quelque chose 
  • Parce que moi j’ai tellement appris !
  • … qu’il faut faire attention à son bateau … faire attention au ragage … parce que … ouais …
  • Tu as eu plus de ragage ce coup ci que quand tu avais traversé avec Henri ? (coucou Henri)
  • Non, pas plus … autant 
  • Ouais ? 
  • Il faut avoir quelques pièces de rechange …
  • Il y a un truc qui t’a surpris ?
  • … non non … la mer était croisée donc c’était pas très agréable mais … non non … beuuuh … après le bateau il était trop chargé … (là il dit quelque chose d’incompréhensible même quand je réécoute avec le son à donf dans mes écouteurs)
  • Mais s’il était moins chargé on irait un peu plus vite et après ?
  • Ça serait plus confortable 
  • Ah bon ? Pourquoi ? Il bougerait moins ?
  • Quand il est chargé il se comporte moins bieng que quand il est plus léger 
  • C’est à dire ? Il claque plus dans les vagues ou je ne sais pas quoi ? (du concret capitaine ! du concret !)
  • Ouais il claque plus, il va moins vite, il roule davantage …
  • Mais tu es content de ton bateau d’une manière générale ?
  • Oui … et puis on va pas en changer maintenant 
  • Mais tu n’es pas déçu de son comportement ?
  • Non non !
  • De toutes façons tu le connais bien … tu ne lui parles toujours pas ? (moi je lui parle au bateau, ça fait hausser les épaules du capitaine)
  • Non … mais il est un peu lourd … et qui dit un peu lourd dit bateau fatigant 
  • Et tu le sens en le manœuvrant ?
  • Non mais pour les voiles, pour le gréement, pour le pilote, pour … que le bateau soit lourd même pour nous physiquement, quand tu bordes, quand tu choques, voilà c’est….c’est quand même pas très léger … même si … siiiii … c’est quand même plus léger que ce qu’on faisait il y a 20 ans quoi 
  • Ah oui
  • Mais bon … ça va bieng … il est solide … par contre les anglais savent toujours pas faire le café (on en est au café, moi j’ai pris un thé, ça me fait penser à Ionesco)
  • … 
  • Et est-ce que tu médites en mer ?

Tout ce que je peux dire c’est : merci mon capitaine !

et cadeau ! voilà quelques extraits de son journal de bord à lui !

Bon, je ne sais pas si vous en avez appris plus sur le capitaine avec cette interview qu’avec ce que je vous ai raconté jusqu’ici, à part le son de sa voix (quand il parle c’est tout juste si je n’entends pas les cigales), mais moi j’ai compris un truc : il a dit qu’il n’est pas dans la pédagogie avec moi parce qu’il n’est pas dans le schéma où je serais une de ses élèves, voilààààà qui m’éclaire ! mais si je suis une élève capitaine ! Apprends moi ! in the name of humanity !

en pleine manœuvre en se protégeant du soleil (et c’est rien de le dire)

Je précise que depuis cette interview le capitaine m’a fait faire des exercices, bien pédagogiques pour le coup, il me dit de faire certaines manœuvres et me demande avant dans quel ordre je dois faire ce qu’il y a à faire, c’est super, tout vient à point pour qui sait attendre !

Une question vous brûle les lèvres, je le sens bien, à savoir si j’ai quelque chose à ajouter ? Et bien oui, une fois pendant une manœuvre il m’a secoué les puces et à la fin de la dite manœuvre je suis descendue reprendre mon travail sur mon ordi dans le carré, j’en avais gros sur la patate, il l’a bien vu, il est arrivé un peu plus tard, m’a dit je ne sais plus quoi et j’ai répondu que j’avais peur de le décevoir, c’est tellement vrai, quand j’en ai gros sur la patate c’est vraiment que je me dis que je n’arriverai jamais à le rendre content de son équipière , il s’est récrié que je ne le décevais pas, et que je faisais bien, je lui ai fait promettre qu’il ne disait pas ça pour me faire plaisir, il a promis, pour le coup c’est vraiment dommage que je ne l’aie pas enregistré !

Et pour finir, si vous avez des questions à lui poser, n’hésitez pas, je vous transmettrai sa réponse avec plaisir 😉

On va et on vient …

Marina du Marin

… entre mouillage et marina, on nous accorde une place quand les catamarans charters sont en balade dans les îles avec les touristes et qu’ils laissent leur place vacante, mais quand ils rentrent on nous demande de repartir, nous ne sommes plus les bienvenus quand il y a le plein, alors on retourne au mouillage en attendant de revenir à la marina, ce que souhaite le capitaine pour avoir tout le loisir de bricoler sur un ponton, c’est vrai que sur le pont du bateau il est plié dans tous les sens pour œuvrer … en général on est sur pendille comme des sardines en boite, et puis cette fois là, surprise ! enchantement ! on a une place le long d’un catway, c’est Byzance, c’est comme si on s’apprêtait à passer la nuit dans un formule 1 et qu’on se retrouve au Georges V pour le même prix, ouééé on va pouvoir démonter la GV car le capitaine a pour ambition de la renforcer là où il a noté que le ragage avait laissé ses traces tels les stigmates de l’océan (je serai bientôt aussi poète qu’un marin bourré) 

en face de nous un beau charter avec confort 5 étoiles, même pas drôle

Joie, je m’empresse de l’aider car le capitaine ne mesure jamais sa peine (bien qu’il s’évertue à dire qu’il n’est qu’un fainéant parce qu’il a le culot d’avoir besoin de dormir) et, cerise sur le gâteau, ça me fait réviser comment sont montés les ris et tout le tremblement, mais qui a inventé tout ça sur les bateaux ? 

Une fois démontée, avec des nœuds au bout des ris pour qu’ils ne rentrent pas dans la bôme, on la porte sur le catway, il ne faut pas l’abîmer alors tension chez le capitaine, ça le rend toujours nerveux de penser que je peux faire une connerie … une fois posée au sol (sans encombres) il me dit qu’il veut la mettre plus loin, je n’arrive pas à saisir le pourquoi mais il y a sûrement une bonne raison, il m’indique comment faire : 

  • il faut la soulever pour ne pas la pourrir en la traînant sur le catway
  • Hum hum 
Et bin voilà, elle y est sur le pont !

Elle fait 40 kilos et est longue de plusieurs mètres, je vous fiche mon billet qu’on n’arrivera pas à la décoller du sol, et oui, malgré nos mâchoires crispées et nos fronts moites d’effort on la traîne ni plus ni moins jusqu’à l’endroit élu (je peux vous dire que je n’ai pas fait semblant de la porter, le capitaine a le flair et m’aurait tout de suite épinglée), il ne commente pas, on a fait ce qu’on a pu

Puis il s’en va quérir des bidons d’eau pour les poser dessus afin qu’elle ne s’envole pas avec le vent, j’en prends un, 25 kilos, le trimballe à petits pas pour le placer dans l’optique généreuse de coopérer, de loin il me dit que ça ne va pas et arrive vers moi d’un pas décidé (un tantinet agacé pour être parfaitement exacte), soulève le bidon et le repose 3 centimètres plus loin en me racontant je ne sais quoi, j’ai envie de lui poser ma main en travers de la bouche, tais toi mais tais toi donc, je ne l’écoute plus, l’idée me traverse qu’il se taise soudain pour m’attraper par la taille d’un bras et de sa main libre prendre la mienne, qu’il la retourne et embrasse doucement le pli de mon poignet, glisse ses lèvres dans ma paume, embrasse chacun de mes doigts en plongeant ses yeux dans les miens (petit moment érotique, très Hollywood après-guerre) (en fait plus ou moins érotique, c’est selon chacun, moi, la scène dans laquelle Robert Redford danse avec Kristin Scott Thomas dans l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux me mettrait en transes si je n’avais acquis une maîtrise rudimentaire mais salutaire de ma personne beaucoup trop romanesque) … l’idée n’a traversé que moi, lui est déjà reparti placer ses bidons au centimètre près pour répondre à je ne sais quelle loi céleste, je soupire et lui demande s’il a encore besoin de moi, un jour il sera vieux et il se dira peut-être que les bidons pouvaient attendre et que s’il avait su … mais on le sait tous quand on prend le temps de se le demander … (après réflexion je crois que même sur son lit de mort il répondra qu’il n’y avait rien de plus important que de positionner les bidons) (et il fallait bien le faire  après tout)

Une belle photo du capitaine (ou une photo du beau capitaine) en plein effort

Comme prévu il n’a plus besoin de moi, je dirais même qu’il préfère ne pas m’avoir dans ses pattes alors je m’en vais vaquer à mes propres occupations et me replonge dans mon travail, mes plantes et mes potions magiques, en lui faisant promettre de m’appeler s’il a besoin de moi (ce qu’il fera à chaque fois qu’il faudra déplacer et replier la GV, Isaaaaaa !)

Un jour je fais un saut à la capitainerie et je tombe sur Ountévas 2 (on s’appelle par le nom des bateaux) que nous avions rencontré à Palmeira sur l’île de Sal pendant que nous poireautions dans le local de la police, le nom de ce bateau est occitan comme le nôtre et veut dire « où tu vas », j’aime beaucoup l’idée, et ce qui est drôle c’est que même Ountévas ne sait pas ce que veut dire Cap de Miol (c’est où ? Je ne connais pas ce cap !) alors qu’au Cap Vert les locaux se marraient à chaque fois qu’on le leur disait, ils savaient que Miol c’est la mule 

Retombés sur eux à Mindelo, quelques nouvelles par mail-satellite durant la traversée, puis nos chemins s’étaient séparés car ils étaient allés sur la Guadeloupe … ça me fait hyper plaisir de les voir, on échange nos numéros de téléphone, plus tard sur l’habile suggestion du capitaine je leur fais un sms pour savoir si ça leur dit de venir manger un bout à la maison, vendu (je préférais avoir l’aval du capitaine plutôt que de me lancer dans des invitations à tout crin)

Ma première réception au bateau, événement d’importance ! 

Le jour J je m’en vais faire des courses, le capitaine me demande ce que je vais faire à manger, je n’en sais fichtre rien, ça va dépendre de ce que je vais trouver … et c’est pas compliqué : porc ou poulet, poulet ou porc, ah si, aussi, groins de porc, ça doit plaire dans le coin parce qu’il y en a des rayons entiers, et recherché parce que c’est plutôt cher, moi ça m’interloque, j’imagine le nez de Nifnif, Nafnaf ou Noufnouf debout dans mon assiette et ça me coupe l’appétit …une fois qu’on mangeait chez mes parents, ma fille aînée devait avoir 3 ou 4 ans, maman pose un plat sur la table en  annonçant que c’est du lapin, ma fille (voix tremblotante) :

  • c’est le petit lapin de saute saute saute mon petit lapin ?
  • Moi (effarée) : meuuuh non ! Ça n’a rien à voir ! Il y a le lapin de saute saute saute mon petit lapin choisis un copain, et puis le lapin qu’on mange, rien à voir tu penses bien (Dieu m’est témoin que c’était un pieux mensonge, tout comme quand on a dit aux enfants qu’on avait donné la chèvre à un paysan parce qu’on n’avait pas le cœur de leur avouer que le chien l’avait égorgée dans un probable accès de colère) (elle bêlait sans cesse et je crois qu’un voisin aurait fini par s’en occuper si le chien ne s’en était chargé)

Je tranche pour du porc basique, le fait est que je ne me vois pas dire à mes invités tiens voilà du groin, et j’ai des carottes, allez hop un curry de porc avec des carottes glacées et du riz complet, je cuisine en chantonnant et passe un bon coup de propre dans le bateau, nos invités arrivent avec un cheesecake pour le dessert et le capitaine sort le Ti Punch des grands jours, je mets un peu de musique, j’en ai téléchargé des tas de différents styles pour choisir selon l’humeur du jour (la musique c’est comme les fringues) Isabelle Ountévas me dit qu’elle aime bien, on monte le son et on s’égare à chanter, tout y passe, du Loir et Cher aux yeux d’Emilie en passant par je vais t’aimer, on s’égosille à en faire trembler les murs de Jericho, la totale éclate 🥳!

les carottes c’est comme Joe Dassin : indémodable

NB : elle m’a raconté, entre deux tubes que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, qu’une amie les a rejoints en avion, pendant le vol a dit à une passagère qu’elle rejoignait isabelle qui fait le tour du monde à la voile, la nana lui a demandé si c’était la isabelle qui fait le blog (popularitééééé)

Le Loir et Cher ❤️

Le calculateur arrive enfin et le gars pour le réparer aussi, ça trafique dans le bateau pendant quelques heures … en vain, mines consternées … en plus on est samedi, on voulait partir demain ou lundi, que nenni, lundi le gars revient à la première heure, déclare que le problème ne vient pas du calculateur, démonte un vérin et part avec pour revenir un peu plus tard : le problème était le clapet du vérin, test, ça marche, il repart avec le calculateur et le capitaine fait une belle économie, champagne ! (En fait c’est pour plus tard le champagne, le capitaine en a rangé une bouteille je ne sais où pour quand on passera l’équateur, c’est l’usage) 

LE BATEAU ÉTANT ENFIN RÉPARÉ on peut repartir, on file à Fort de France pour faire un test PCR, obligatoire pour continuer sur les Grenadines malgré les vaccinations et pass en ordre, on préfère y aller en bateau parce que sinon c’est 1 heure 1/2 de bus et comme le capitaine veut y être à 7 heures pour l’ouverture… 

Alors on s’en va, on repasse par le mouillage de Ste Anne où un copain du capitaine est arrivé il y a 3 jours après une traversée de 17 jours depuis les Canaries, son bateau Zulu c’est une fusée et lui un vrai boss aux dires du capitaine, que je crois parce qu’il ne se gêne pas pour en traiter certains autres de bras cassés (il faut dire que parfois on voit de ces trucs, par exemple un cata qui arrive à fond de train dans un mouillage et descend son ancre tellement vite en faisant reculer le bateau que celui-ci pique du nez quand la chaîne se tend) … on s’échange des nouvelles en tournant autour de son bateau et puis on quitte Ste Anne

Zulu un bateau fait pour tracer, et avec François à la barre ça rigole pas
c’est nous !

Notre route passe par le Rocher du Diamant, le capitaine voulait y faire une plongée pendant notre séjour ici mais ils sont allés ailleurs car il y avait trop de vent, je dis ils parce que c’est toujours une palanquée qui plonge, il doit m’apprendre un jour à plonger, là où j’aurai pied … saura t’il me convaincre, ça ….

Le Rocher du Diamant
Il est là vu d’en haut
On passe entre le Rocher et l’île de la Martinique

Après une gentille petite nav’ pour se remettre dans le bain, arrivée au mouillage de Fort de France, un avion passe au-dessus de nous, je fais des grands signes parce que je sais que les passagers regardent par les hublots et si ça se trouve il y en a qui filment et je leur ferai des signes pour l’éternité (toute relative, certes), jetage d’ancre, première partie de nuit agitée car à chaque fois qu’une navette passe elle provoque des vaguelettes qui font danser le bateau brutalement au point de faire tomber tout ce qu’il y a sur la table, on se lève à 5h30 pour être à 7h au labo (bien que j’aie donné mon point de vue au capitaine, à savoir que si tout le monde se dit la même chose que lui on va faire la queue à 7h du mat au lieu de dormir un peu et y aller quand la vague est passée), on arrive à 7h30 et il y a une longue file d’attente, quand on ressort le trottoir est vide et le capitaine me dit tu as gagné, que n’ai-je parié !

On rejoint le bateau avec notre narine curetée et c’est parti pour Carriacou, sous la flotte … mais pourquoi Carriacou, qu’est-ce que notre vaillant capitaine peut bien avoir en tête ? … 

Dans la Baie de Fort de France
Fort St Louis

Adieu Martinique, j’ai un pincement au cœur parce que c’est encore un adieu, je sais que ça apprend le détachement mais je ne sais pas encore partir sans pincement au cœur … vite consolée parce qu’on reprend la mer, c’est une émotion qui m’envahît tout entière et me soulève comme une grande vague … 

Ah ! cette info pour les curieux

  • J’ai regardé sur internet et n’ai pas trouvé qui a inventé les ris, par contre voilà : prise de ris (verbes associés : prendre un ris ou ariser une voile) consiste à réduire la surface d’une voile en la repliant en partie : l’objectif est d’adapter la surface de la voilure à la force du vent lorsque celui-ci forcit. Sur les voiliers anciens, la prise de ris sur les gréements à traits carrés était une manœuvre comportant des risques, car les gabiers devaient grimper sur les vergues, par mauvais temps, pour serrer la toile et que, jusqu’à la fin de l’ère commerciale de la voile (dans les années 1920) les gabiers ne disposaient d’aucun équipement individuel de sécurité et pouvaient soit tomber à la mer (très peu savaient nager et de toutes façons la complexité d’arrêter un navire ancien à la cape et d’affaler une chaloupe de sauvetage par mauvais temps rendaient la tentative illusoire, voire dangereuse pour le navire) ou bien s’écraser sur le pont.
Matelots prenant un ris sur une voile carrée (ici un hunier)
  • Et cette cure de Zeb-a-pik et d’Atoumo, ça donne quoi ? Et bien je vais bien, je ne sais pas ce que je lui dois, mais je vais parfaitement bien !

Chic !

j’ai du temps !

Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais c’est un fait : plus on avance dans la vie, plus le temps semble passer vite, et cela s’explique très bien parce que mathématiquement, voyez : le 1er jour de notre vie représente 100% de celle ci, déjà le second jour n’est plus qu’à 50% (ça se dévalue aussi vite qu’un bateau qu’on met à l’eau, à peine acheté il décote), et si vous avez compris le truc, plus on a vécu de jours dans notre vie, plus une journée représente un infime pourcentage jusqu’à ce qu’un seul jour devienne peanuts, ce qui donne cette impression d’accélération à notre cerveau, je ne répèterai jamais assez qu’on est peu de choses 

Enfin bref, le temps dont je dispose n’est jamais suffisant mais je l’emploie au mieux, du moins le crois je (ou me le fais je croire) 

Et qui me fait cadeau de ce temps, c’est Pochon, merci Pochon, le gars qui a fait le diagnostic de la panne du pilote a dit que c’était le calculateur, et il faut le temps qu’il arrive de St Malo donc on attend et rien de mieux que l’attente pour libérer du temps (que se le disent les gens qui trépignent à la caisse des supermarchés le samedi après-midi)

Le capitaine a fait le constat de ce qui s’est abîmé pendant la transat et a donc bien du bricolage à faire de son côté, moi je prends mon bâton de pèlerin et vais fouiner du côté des herboristes et autres faiseurs de tisanes ou préparations magiques de plantes, je vous partage ma visite la plus pittoresque … 

J’ai pris rendez-vous avec Brigitte par téléphone, comme c’est à perpète je négocie mon heure d’arrivée à 8h30, au plus tard 9h promets je, elle peut me consacrer 1 heure parce qu’elle a du boulot dans son jardin de plantes et me demande d’être plutôt là à 8 heures, ok, je me lève à 6 heures, prends une douche – froide bien que cela soit aux sanitaires de la marina  (je confirme, c’est dur au saut du lit) – je compte me rendre présentable en me coiffant, c’est possible puisque nous avons les 220 volts nécessaires à ce projet excitant, je gobe prestement mon petit déjeuner pour avoir le temps de me métamorphoser en véritable princesse grâce à mon fantastique fusion styler, m’y affaire allègrement quand tzzzzt, petit bruit d’étincelle, le fantastique fusion styler a trépassé, je n’ai pas le temps de me lamenter mais le pleure au tréfonds de mon être (condamnée à être coiffée comme un pétard pour des lustres), saute dans la seule paire de sandales à ma portée (mes chaussures sont rangées dans un coffre sous un plancher, faut déjà être motivée pour en changer), suis en retard, file prendre mon bus avec une moitié de tête coiffée et l’autre en bataille, arrive à 8 heures pile au domaine de Tivoli, attends à l’entrée et appelle Brigitte pour la prévenir comme elle m’a invitée à le faire …

le dit domaine
superbe

… elle arrive à 9 heures passée avec les bras pleins de paniers et me prie de la suivre dans son jardin des délices, fais un commentaire sur mes sandales, que ça va être coton de me balader avec ça aux pieds, je ne voulais pas louper mon bus en perdant du temps à trouver des pompes adéquates bafouillé je en la suivant, tout en pataugeant dans la boue et en tendant l’oreille pour entendre ce qu’elle commence déjà à me raconter …

Bien que nous soyons ici en France, avec la législation ad hoc, il est possible de mettre un panneau de vente de plantes médicinales, ce qui déclencherait sans conteste l’ire de la prépotence en métropole

Brigitte cultive 1500 mètres carrés de plantes aromatiques et médicinales à elle toute seule, récolte et fabrique elle-même ses sirops et autres boissons aux effets plus ou moins thérapeutiques, me dit que ça n’a pas toujours été bien vu de ses pairs qu’une femme seule comme elle fasse cela, m’explique sa vision des choses de la vie, à savoir qu’elle est adepte de la philosophie rasta sans m’en dire plus, mystère et boule de gomme comme qui dirait (à part Bob Marley et les locks, je n’y connais que dalle), et aussi qu’elle ne raconte pas de choses dans le dos des gens mais les leur dit en face et en profite pour me balancer qu’elle n’aime ni mon tatouage ni mon chemisier (PDTG), précise bien qu’elle me le dit mais n’ira pas le répéter à autrui, en même temps qu’est-ce que les gens pourraient en avoir à faire pensé je par-devers moi, et moi la première, tout en me demandant pourquoi elle se soucie de mon apparence (surprenament, no comment sur ma coiffure) 🤔

Elle étale des tas de trucs sur une grande table  et se met à discuter en créole avec un grand gaillard en train d’enfiler un bleu de travail, m’intime d’écouter le créole, pourrais je faire autrement car le ton monte, ça râle sec, je ne comprends pas grand chose mais capte que le gars n’est pas content de commencer si tard quand il fait déjà chaud, et puis un cousin passe, elle papote et lui fait un sandouiche avec un steak de soja fait maison, m’avoue qu’après une période vegan elle s’est remise à consommer du poisson et des œufs parce qu’elle était toujours crevée, ah ça, le nombre de personnes vegan que je traite pour cause de fatigue insurmontable …

Une fois le cousin rassasié et éloigné, elle se sert un jus de groseilles-basilic-Atoumo fait maison et m’en tend un gobelet, c’est intense, ça me vasoconstricte la muqueuse buccale direct, déballe des flacons de sirop à base de Zeb-a-pik tout en faisant pour son propre compte un sandouiche avec un steak de soja et des tomates que je suppose être son petit-déjeuner, m’en propose, je décline, me montre un endroit du jardin qu’elle veut aménager en cuisine pour se faire à manger pour de vrai quand elle vient dans son jardin, je ne peux qu’opiner, et puis une fois son en-cas avalé, on y va !

c’est parti pour une petite partie de glisse en sandales dans la gadoue

Je trotte sur ses talons, elle cueille, je renifle, goûte, m’extasie de toutes ces saveurs puissantes, baisse la tête pour éviter de me prendre tout ce qui vole (le grand gaillard en bleu tond avec une débroussailleuse qui envoie dans tous les sens autant de bouts de bois et de cailloux que de brins d’herbe), prends des notes, lui donne le point de vue de la Pharmacopée Traditionnelle Chinoise sur certaines plantes, elle me dit qu’elle apprécie notre échange car les deux parties donnent des infos, notre visite de son jardin est émaillée de réflexions féministes, elle m’explique qu’aux Antilles la femme est considérée comme un potomitan mais qu’elle a toujours refusé ce rôle, elle ne veut être le soutien de personne et pourtant elle en a les capacités, on voit la force de cette femme au premier coup d’œil…

mmmh, du siwo de zeb-a-pik 😋

Une fois notre tour achevé, je lui achète 2 flacons de Zeb-a-Pik et Atoumo ( un pour moi et un pour le capitaine, bien que je mette ma main à couper qu’il ne boira aucun breuvage de cet acabit mais ça fait tellement mesquin sinon), des femmes passent sur le chemin qu’elle informe haut et fort que samedi il y a un marché toute la journée, en levant le poing « les résistants sont toujours là ! » avec un regard de connivence à mon attention … je ne le lui dis pas pour ne pas la décevoir, mais moi je ne me suis jamais sentie résistante,  je ne bataille pas pour refaire le monde car c’est peine perdue, je cherche juste à aider les gens et à les soigner, à les écouter et soulager un peu leur peine et leurs maux pour qu’ils ne se sentent pas seuls au monde, c’est ça mon kif et ça m’occupe bien assez

Je quitte Brigitte, on peut me suivre à la trace avec ce que mes pieds et mes sandales sèment de terre derrière moi, je tiens mes notes bien serrées sous mon bras pour éviter de les disséminer au vent, et m’en vais retrouver le capitaine, ça fait drôle quand je ne le vois pas pendant quelques heures alors qu’on est quasi collés l’un à l’autre en permanence dans ce petit espace qu’est le bateau, j’ai l’impression que je ne l’ai pas vu depuis des semaines, ça me fait tout plaisir de le retrouver, lui aussi est content de me revoir mais c’est parce qu’il a besoin de moi pour le monter au mât afin d’entourer les barres de flèche de grey tape pour que la voile ne s’abîme pas dessus quand on navigue au portant, il jette un coup d’œil circonspect sur les bouteilles de sirop et n’écoute pas mes explications sur les bienfaits de cette boisson, tout préoccupé par ses affaires, le jour décline déjà il va falloir qu’il fasse vite pour finir avant la nuit 

le capitaine qui s’active sur la barre de flèche sous la lune qui est déjà là

Quelques infos sur les plantes médicinales de Martinique, il y a en a tellement que j’ai dû faire un choix !

Arada : Petiveria alliacea – Les Amérindiens utilisaient l’Arada dans la préparation du curare, un poison végétal paralysant et comme poison pour la pêche. Les Caraïbes la considèrent comme une plante médico-magique (c’est pour cette raison que j’ai chois de vous en parler). On s’en servait pour préparer des bains pour chasser les esprits maléfiques et pour renforcer la personnalité. L’ Arada a gardé sa réputation d’être magique et aphrodisiaque et  est classé comme « plante de protection » (dans le spiritisme on dirait qu’elle confère une protection contre le mal). C’est ainsi que les pêcheurs s’en servent pour baigner leurs bateaux. Dans les années 1900, l’ Arada étaient vendue en pharmacie sous le nom de « racine à pipi ». Elle servait comme insecticide et diurétique. Le décocté des feuilles et des racines permet de soulager des douleurs rhumatismales. Le jus des feuilles fraîches écrasées est utilisé comme antiseptique sur les plaies ulcéreuses. On lui confère également des vertus emménagogues (qui régularisent le cycle menstruel)

Zeb a pik : l’herbe à pic, Neurolaena lobata – de nombreuses vertus médicinales sont reconnues à l’herbe à pic. Il y a déjà plusieurs siècles, les Mayas l’utilisaient pour se réchauffer en hiver. Plusieurs générations reconnaissent à l’herbe à pic de nombreuses vertus thérapeutiques et anti-inflammatoires. Encore aujourd’hui sa décoction et son infusion sont utilisés pour lutter contre la grippe, certains virus grippaux et ses effets, l’hypertension, les vers et parasites intestinaux. Très récemment, des études ont pu prouver que les molécules de cette plante seraient efficaces dans le traitement contre la Covid-19.

Toutes ces propriétés reconnues ont incité certains chercheurs à s’intéresser particulièrement à cette plante. Le Dr. Henri Joseph est parvenu à stabiliser les molécules actives de l’herbe et à faire breveter un sirop dénommé « Virapic ». Le produit est réputé agir contre la fatigue, le stress, la toux et plus généralement pour le bien-être de ceux qui le prennent. Cependant, France Info a fait des investigations sur le sujet en interrogeant le CNRS de Montpellier avec qui le Dr Henri Joseph a travaillé durant 3 mois, et a précisé : « Il n’a pas été mené de travail de recherche sur des virus ou sur des humains. Les résultats obtenus sont préliminaires et n’ont pas fait l’objet d’une publication scientifique ».  Sans présager de l’efficacité à terme de l’herbe à pic, on est donc encore loin de la découverte d’un traitement efficace … affaire à suivre – Pour écouter le Dr Henri Joseph sur le sujet (brûlant d’actualité !) : https://embedftv-a.akamaihd.net/734b652adc019036fcef66ee48e357cd

Sansevieria : Sansevieria Trifasciata – la plante serpent, dépolluante car elle ne fait pas de photosynthèse durant la nuit. Elle n’absorbe pas d’oxygène, mais au contraire en produit. Elle est donnée pour chasser les mauvaises ondes dans une maison, d’où sa présence dans cet article !

Guérit-tout : Pluchea carolinensis – La racine de guérit-tout a de très nombreuses propriétés médicinales, comme son nom l’indique. Ces vertus sont antifongiques, anti-nauséeuses, diurétiques, tonifiantes. Elle combat la grippe, lutte contre la toux, et fait baisser la fièvre, apaise les douleurs de l’estomac et favorise une bonne digestion. Le Guérit-tout a également la propriété de réguler le cycle menstruel de la femme

Atoumo : Alpinia zerumbet, à tous maux – originaire d’Asie Orientale, c’est un rhizome tropical à l’odeur de cannelle, cette plante est connue pour ses vertus médicinales telles que l’amélioration de l’état grippal, la digestion, l’équilibre de la tension artérielle. Son huile essentielle est riche en bactéricide et en antioxydants. La décoction de rhizome est recommandée contre les ulcères à l’estomac, quant à la décoction de feuilles, elle peut être utilisée pour soulager la fièvre. En thé ou infusion on bénéficie de ses propriété hypotensives, antioxydantes, diurétiques et anti ulcérogènes.

Moringa : Moringa pterygosperma – originaire d’Inde et du Sri Lanka. Connu pour ses nombreuses vertus médicinales, le moringa est surnommé la plante qui guérit plus 300 maladies. Contenant tous les éléments nutritifs nécessaires à la vie, il est utilisé dans les préparations médicinales depuis des siècles. L’une des propriétés qui attirent le plus est bien sûr celui de la prévention de développement de tout type de cancer (il contient du niazimicine, un composé qui supprime le développement des cellules cancéreuses) Le moringa aide à traiter la constipation, la gastrite, la colite ulcéreuse. Les propriétés antibiotiques et antibactériennes du moringa peuvent aider à inhiber la croissance de divers agents pathogènes. Grâce à ses propriétés antibactériennes, antifongiques et antimicrobiennes, les extraits de moringa permettent de combattre les infections causées par la salmonelle, le rhizopus et E.coli. Le moringa est également utile dans le traitement de l’anxiété, la dépression et la fatigue. Ses puissants antioxydants permettent de prévenir des dommages cardiaques. C’est une plante qui serait efficace contre le diabète en réduisant la quantité de glucose dans le sang ainsi que le sucre et les protéines dans l’urine. On lui attribue, comme à d’autres plantes, la vertu de combattre le virus du Covid19, mais selon l’Anses, toutes ces plantes sont susceptibles de perturber les défenses naturelles de l’organisme et la réaction inflammatoire bénéfique développée par l’organisme au début des infections. Ces réactions naturelles pourraient être utiles pour lutter contre les infections et, en particulier, contre le Covid19. Les experts de l’Agence rappellent qu’une inflammation ne doit être combattue que lorsque elle est excessive. Pour les praticiens et spécialistes des plantes médicinales et des pharmacopées traditionnelles, « les conclusions (de l’alerte de l’Anses) risquent de contribuer malheureusement à écarter le public d’un conseil scientifique, officinal et médical pourtant bienvenu » …

A chacun de choisir son camp, mais c’est comme pour tout, que ce soit les plantes, la politique ou les extra-terrestres, il y a les pour et les contre, et on peut toujours trouver des exemples qui nous ancre dans nos croyances 😉

Mais RIONS Z’UN PEU : je continue avec les recommandations de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) à savoir que  » tous les compléments alimentaires composés de plantes aux propriétés anti-inflammatoires visées par l’Anses sont susceptibles d’agir comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Pour rappel, les autorités sanitaires ont proscrit, depuis le 14 mars 2020, l’utilisation de médicaments contenant de la cortisone et des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez des patients atteints ou suspects d’être atteints de COVID-19, en raison de la survenue d’événements indésirables graves consécutifs à la prise de ces médicaments. La contre-indication sur les plantes suit les mêmes précautions « .

DONC d’un côté on nous rabâche sans cesse que les effets thérapeutiques des plantes ne sont pas prouvés scientifiquement et patati et patata, mais là qu’il faut éviter de les prendre à cause de leurs propriétés anti-inflammatoires identiques aux AINS, je vous laisse en tirer vos conclusions sur les véritables vertus des plantes 🤔

Alors, ai-je bu du fameux sirop ? bin oui, quand même, effet tonicardiaque immédiat mais ça ne veut rien dire chez moi, tout me fait un effet bœuf, il a une amertume qui me rappelle certains sirops antitussifs de mon enfance, un peu carabiné, je vous dirai comment je me sens au bout de la cure (Brigitte m’a dit avec de grands yeux qu’il ne faut en prendre que pendant 1 semaine et garder le reste du flacon pour plus tard, comme si je risquais de me coller au plafond avec ça, je vous dirai 😉 )

Et maintenant, arrosons notre culture afin qu’elle pousse comme de la mauvaise herbe

  • Potomitan est une expression créole antillo-guyanaise qui désigne le poteau central dans le temple vaudou, l’oufo.  L’expression peut aussi servir à désigner le « soutien familial », généralement la mère. Ce terme se rapporte à celui qui est au centre du foyer, l’individu autour duquel tout s’organise et s’appuie. Dans la société antillaise le potomitan est la femme, la mère « courage » de famille qui supporte tel un pilier les fondements de son univers, sans que pour autant ce soit une société matriarcale si l’on définit celle-ci comme une société où l’espace public (comme l’espace privé) est « dominé » par la femme. Aux Antilles la partition espace privé/espace public correspond au couple femme/homme. La femme est donc le potomitan de la famille et du foyer dans l’espace privé domestique valorisé positivement par opposition à l’espace public déconsidéré et masculin, « mâle ».
  • PDTG = pan dans ta gueule (expression de djeuns)
  • Prépotence : nom féminin = supériorité, suprématie, pouvoir, domination, autorité, puissance, prépondérance, préexcellence, primauté, hégémonie
  • Le grey tape, j’ai mis longtemps à comprendre ce que marmonnait le capitaine quand il me demandait d’aller chercher le grétèpe, il a fallu que je lui demande ce que c’était et tout s’est éclairé quand il m’a dit bin, du scotch gris ! Il en consomme abondamment, ça sert à tout il faut dire
  • ah ! la philosophie rasta : Le rastafarisme ou mouvement rastafari est un mouvement philosophique et culturel. La plupart de ses membres, les  rastas, vivent dans les Caraïbes plus particulièrement en Jamaïque. Le nom du mouvement provient de « Rastafari Makkonen », qui était le nom du Négus d’Éthiopie avant son couronnement comme empereur sous le nom d’Hailé Sélassié. Hailé Sélassié n’a eu personnellement aucun lien avec le mouvement rasta, mais il a accordé des terres près d’Addis Abeba, à ceux qui souhaitaient vivre sur le continent africain. Un petit nombre de rastas est venu s’y installer. Le mouvement rastafari est né dans les années 1930 aux Etats-Unis et en Jamaïque. Certains leaders de la cause des Noirs pensaient notamment que la seule « vraie » Bible était celle des origines (celle des « temps bibliques »). Ils préconisaient  aussi le retour en Afrique, pour les descendants des esclaves originaires d’Afrique (afro-américains, Antillais). Lorsque Rastafari Makkonen (Hailé Sélassié) a été couronné empereur d’Éthiopie en 1930, les rastas l’ont considéré comme le « Messie » chargé de les ramener vers la Terre promise, l’Afrique, car selon la tradition, Hailé Sélassié était un descendant du roi Salomon et de la reine de Saba ; de plus, l’Éthiopie était le seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé par les Européens. Les rastas croient en Dieu qu’ils nomment Jah (forme raccourcie de Jéhovah). Ils fument du cannabis ce qui est, selon leur point de vue, un moyen de méditer pour se rapprocher de Dieu. Ils sont proches de la nature, ne boivent pas d’alcool et sont végétariens. Ils ne coupent pas leurs cheveux, se coiffent avec des Dreadlocks, ont adopté les couleurs du drapeau éthiopien (vert, jaune et rouge) , et prônent un retour des noirs en Afrique. Aujourd’hui, la plupart des rastas considèrent le retour en Afrique comme un retour spirituel qui consiste à revendiquer ses origines africaines.

Emancipez-vous de l’esclavage mental.

Personne d’autre que nous ne peut libérer nos esprits.

Bob Marley

j’ai encore appris …

à la gîte

… quelque chose d’extraordinairement important quand on naviguait vers Marie Galante, heureusement que je l’avais noté pour m’en souvenir, donc pour m’occuper sainement pendant le roulis qui, on peut le dire sans exagérer, limite passablement les activités dans le bateau, je demande au capitaine si je dois rentrer les coordonnées de notre objectif dans le GPS, bien que cela soit parfaitement inutile car nous naviguons avec Marie Galante en vue et qu’il faudrait le faire exprès que de se tromper de destination, il me répond, de sa voix chaude et profonde (😁) si tu veux (une de ses réponses favorites, tu veux du café ? si tu veux, je remets le frein de bôme ? si tu veux) (de vous à moi, ça me trotte de lui dire une fois que je ne veux pas, pour voir sa tête), bon, alors je descends à la table à cartes et je fais le calcul, ça entretient mes connaissances, toujours au cas où je me retrouverais à devoir remplacer le capitaine évanoui ou perdu en mer (on en a discuté, lui pense qu’on meurt de fatigue à force de nager, sans rien sentir, moi qu’on meurt dans d’horribles souffrances parce que de l’eau dans les poumons ça doit faire bigrement mal, ça vous dit tout de suite que lui nagerait, l’espérance vaine dans toute sa splendeur, et que moi je coulerais comme une enclume, on en a conclu une fois de plus qu’on allait éviter) je remonte dans le cockpit et il me demande le cap qu’on doit prendre, 85 degrés, on n’y est pas parce que pour l’heure on navigue au près et que ce cap serait trop près du vent, il me pose  ensuite et en toute logique la question de savoir quel cap on fait, je redescends parce que j’ai enfin mémorisé le fait que le bon cap est noté sur l’appareil de navigation de la table à cartes et pas celui du cockpit, ne m’en demandez pas plus parce que le capitaine me l’a dit plusieurs fois mais je n’ai pas encore eu la force d’écouter jusqu’au bout, et je remonte, on fait du 63 degrés, il faudra virer tout à l’heure …par curiosité je regarde le compas … qui dit que notre cap est à 77

ma mâchoire descend de plusieurs étages comme le loup de Tex Avery, ça c’est la meilleure ! non mais à quel saint se vouer ? c’est lequel des deux qui déconne ?!

j’en fais part au capitaine qui sourit d’aise de constater que j’ai remarqué la chose et, visiblement soulagé que je m’y intéresse, me récompense de cet effort en prenant tout le temps de m’expliquer (que dieu bénisse cet homme qui m’explique et qu’il bénisse tous les êtres qui m’ont expliqué des trucs dans mon inestimable vie) qu’il faut prendre en compte la déclinaison et la courbe de déviation du compas … boum, j’ai l’odeur des cahiers et de l’encre qui jaillit en moins de deux de ma mémoire, le capitaine se tourne vers le tableau et fait crisser la craie pour m’éreinter avec des équations alambiquées, c’est quasi … prenez le temps de bien comprendre (je vous fais la version simple) : le GPS ne se trompe pas et indique le cap de fond, le vrai quand on trace la route, mais le compas quant à lui se réfère au Nord magnétique qui n’est pas le Nord géographique, et pour couronner le tout cette différence n’est pas constante, elle varie d’un coin à un autre sur la planète, et d’une année à l’autre, pour savoir quel est le degré de différence à prendre en compte là où on se trouve, et tracer le bon cap, il faut regarder sur une carte marine et faire un calcul savant

quant à la courbe de déviation, c’est interne au compas et à son environnement, à savoir que le compas n’est pas forcément hyper exact et que tout ce qui est ferraille sur le bateau influe sur lui, on a marché sur la lune mais on ne sait pas faire un compas fiable, je vous laisse juge

le compas de Cap de Miol qui en a 2

Donc il y a deux facteurs ÉNORMES qui faussent le compas du bateau et qu’on doit prendre en compte quand on navigue au compas … ce qui veut dire que, comprenons-nous bien, si je m’étais retrouvée à devoir aller à un endroit du globe en bateau, sans le capitaine et sans GPS, ou pire (et le pire n’est jamais décevant) avec une panne électrique et même plus de frigo, je me serais fiée au compas … et serais morte perdue à jamais au milieu de l’océan en me demandant où le bât avait bien pu blesser et en maudissant le capitaine de m’avoir abandonnée pour aller nager sans fin avec les poissons

Après cet intermède d’importance, je reprends mon histoire où je l’avais laissée : une fois nos agapes pantagruéliques de la nouvelle année achevées, le 1er janvier nous levons l’ancre pour rejoindre la marina du Marin, là où doit arriver le calculateur du pilote et où le capitaine a moult réparations et aménagements à faire sur le bateau, il discute avec les uns et les autres et chacun y va de son grain de sel pour améliorer les performances d’un bateau, alors c’est sûr que ça n’en finit pas avec en plus les idées propres au capitaine sur le sujet, quand on aura fini notre périple le bateau sera devenu un véritable navire de concours nautiques, je ne crois pas que ça existe déjà des concours de customisation de bateaux ? faudrait commencer à y penser …

Il y a du vent et de la houle, histoire de ne pas perdre la main (le ciel et la mer sont généreux à notre encontre, c’est sûrement grâce aux porte-bonheurs que j’ai planqués dans le bateau, à savoir des images de Zeus et Eole dans ma tablette) (et Vénus) (et Eros) une fois qu’on a passé la pointe Sud de l’île et qu’on remonte vers le Marin, on a quasiment le vent dans le cul (le marin véritable dit dans le cul, vous saurez bien) donc on empanne de temps à autre, jusqu’ici tout va bien, et puis soudain un cri ! des casiers ! des filets ! et saperlipopette on ne peut pas abattre car la bôme a une retenue, alors on passe sur les casiers et les filets qui s’accrochent dans la quille et les safrans, on les traîne derrière nous comme des casseroles suspendues à une voiture de jeunes mariés, cris, bras dans tous les sens, l’un attrape la corde d’un filet sur la jupe arrière, l’autre le couteau pour couper des cordages en urgence , on coupe, on ne récupère qu’un malheureux bout de cordage, on se met à la cape pour essayer de dépatouiller l’affaire mais on ne sait pas ce qu’il reste sous le bateau ni ce qu’on a réussi à enlever … on repart … on va revivre cette scène dans sa totalité exactement 5 fois (en fait je ne sais plus, au moins 4 fois … maxi 7 je dirais … beaucoup trop) on ne peut rien faire, il y a des casiers et des filets dans tous les sens, ils ne sont pas signalés, on ne les voit que lorsqu’on arrive dessus, qu’on lofe ou non n’y change rien, ils sont partout … je dis au capitaine :

  • on ne va pas pouvoir mettre le moteur en route pour mouiller à Ste Anne (on a la place à la marina à partir du lundi alors on mouille à Ste Anne ce soir)
  • non

On ne peut pas parce qu’il y a probablement des cordages pris dans les safrans et que s’il y en a qui se prennent dans l’hélice du moteur, elle sera foutue

  • comment on va faire ?
  • bin à la voile 
  • à la voile ?!

pourquoi pas moi à la nage tractant le bateau tant qu’on y est ? j’évite de lui souffler l’idée et suggère 

  • on peut peut-être mouiller dans un coin tranquille pour virer les cordages et aller à Ste Anne dans un second temps au moteur ?
  • on verra 

le capitaine est économe de ses paroles, ça le rend mystérieux, moi je raconte tout ce qui me passe par la tête, ce qui ne me rend pas du tout mystérieuse, j’aimerais pourtant, mais je n’y arrive pas, encore que, à bien y réfléchir en regardant les nuages, je ne raconte pas vraiment tout ce qui passe par ma tête, le capitaine pourrait croire des choses si je lui disais tout ce qu’il m’inspire … il me demande souvent si ça va, dès que je le regarde, ça va ? je dis oui, ça va, mais une fois il me l’a redemandé dans la foulée en me disant que même quand ça ne va pas je réponds ça va, alors je lui ai avoué que ça arrive que des bricoles me contrarient (ça veut dire que des fois il me fait chier) mais pourquoi en faire un plat, ce sont des broutilles, ça passe, mais il doit bien voir à ma tête que je prends sur moi vu que je ne suis pas mystérieuse pour un sou … au moment de mourir, ce n’est pas de ça que je me souviendrai, alors ça n’a pas d’importance les contrariétés

on arrive en vue de Ste Anne, je n’ai pas de film à vous montrer parce que dans ces moments là j’ai autre chose à faire, mais vous me demanderez, si vous avez bonne mémoire, si j’ai appris à me servir de la GoPro depuis le temps … bin elle ne marche pas et n’a jamais voulu marcher, et pas question de retourner aux Canaries pour réclamer qu’on me la change ou la rembourse, alors je continue comme avant … je montre du doigt un endroit tout près et sans bateaux au capitaine :

  • on n’a qu’à mouiller là pour dégager la quille et les safrans et puis ensuite on pourra mettre le moteur pour aller au mouillage (dans lequel les bateaux sont les uns sur les autres, d’où ma saine suggestion)
  • I-SA-BELLE !!! TU-NE-DIS-CU-TES-PAS-MES-ZOOOOORDRES !!!!
  • d’accord d’accord !  (oulalaaaaaaa!)

tabernacle, il garde son idée de slalomer entre les bateaux à la voile, pourquoi grands dieux ? pour s’amuser, ça ne fait aucun doute … parée à virer ? je suis carrément au taquet, parée ! et hop on vire à la barbe d’un premier bateau, maintenant on va où ? mais on va où ? dis-moi où tu veux aller capitaine !

  • on vire quand ?!
  • sais pas

toute son énergie est dans son regard, du menton il me dit là, et puis parée à virer ? je lâche l’écoute de trinquette bâbord et saute sur l’écoute tribord, on a déjà viré

  • attention ! bateau droit devant !

mépris pour ma remarque, on vire au dernier moment, il n’a pas besoin de mes commentaires superflus, c’est bien joli mais on va aller jusqu’où, le bateau avance vite et on ne peut pas appuyer sur une pédale de frein, alors je vois mal comment s’arrêter pour mouiller … ce serait mal connaître le capitaine, il mène le bateau jusqu’aux premières loges, il n’y a plus de bateaux devant nous, on dépasse même la limite des bouées de la plage, il pousse la barre pour se mettre face au vent, on affale la GV plus vite qu’on ne l’a jamais fait, il galope ventre à terre à l’avant du bateau pour descendre l’ancre pendant que je garde au mieux le bateau face au vent, le temps de dire ouf on est posé, j’applaudis des deux mains en sautillant sur place, ceins son front pur d’une couronne de lauriers en lui offrant la coupe du vainqueur, vêtue d’une jupette de pom-pom girl et lui faisant la bise sur la pointe des pieds (c’est pour ça que je ne raconte pas tout ce qui me passe par la tête au capitaine) (il n’est pas encore prêt)

Le capitaine n’en a pas fini pour autant, il enfile son maillot de bain fétiche (je ne sais plus où il l’a gagné mais il y tient, par contre le maillot ne tient plus guère, le capitaine pense à se résoudre à en acheter un neuf mais ça va lui coûter, il repousse l’entreprise sine die), met son masque et s’engage sous le bateau, je suis penchée par-dessus le bastingage presqu’à tomber et ne vois que ses pieds qui se débattent à l’autre bout de ses mains qui s’activent, parfois il vient chercher un peu d’air, balance des bouts de cordage et de filet sur la jupe arrière et me demande de les mettre dans un sac poubelle, je m’empresse d’être utile, et après une dizaine de minutes d’effort, sa tête surgit et nasille un truc qui veut dire que c’est bon, il se hisse sur la jupe arrière, se mouche, se rince, se sèche, regarde autour de nous … il faut mettre le moteur en route pour aller mouiller là où c’est permis parce qu’on est vraiment trop près de la plage et on va se faire tirer les oreilles par les autorités qui s’aviseraient de passer par là, autant dire qu’on aurait pu aller où il n’y avait pas de bateaux pour faire ça, quand je vous dis qu’il l’a fait pour s’amuser 😊

photo de Navionics qui montre notre parcours, bien sûr on ne voit pas les bateaux, c’est vraiment dommage, par contre on peut voir qu’on était dans un anchorage interdit, juste devant la plage privée des Boucaniers c’est pas fait pour le peuple, c’est pour ça qu’on a remis le moteur pour s’éloigner un peu, on est quand même revenus sur nos pas pour être au plus près de la plage, c’est plus sympatoche

Le lendemain on rejoint la marina du Marin, les douches sont froides mais ça fait des semaines que je prends mes douches froides sur la jupe arrière alors je m’en fiche, maintenant j’ai la couenne dure, le capitaine met les tauds pour nous protéger des grains et des voisins, plus rien ne bouge, ça me manquerait presque

c’est le camping à la marina
faut aimer 🙂
un petit grain au mouillage

Histoire d’en savoir plus

  • J’ai regardé sur internet pour voir s’il existait un concours de customisation de bateaux, à priori non, mais je suis tombée sur un site de concours d’étudiants pour imaginer les navires de demain … on est franchement obsolètes avec le capitaine
navire de demain (😳)
  • Le pire n’est jamais décevant : réplique culte de Tapie dans le (décevant et pourtant le pire) film de Lelouch « Hommes, femmes, mode d’emploi », Lelouch ne faisant pas du tout partie de ma liste de réalisateurs préférésni d’aucune liste
  • j’ai déjà pensé à quoi je penserai au moment de mourir, j’ai tellement entendu la Berceuse de Brahms quand les enfants étaient bébés que je crois qu’elle m’endormira au bon moment : https://youtu.be/nO1VBjzqzyM
  • On retourne à l’école ? UNIQUEMENT POUR LES FANATIQUES (sinon ne venez pas vous plaindre)

L’aiguille aimantée d’un compas subit deux forces qui sont connues et prévisibles.

La première : La force du champ magnétique terrestre ou Déclinaison magnétique terrestre (D).
La seconde : L’influence des masses métalliques du bateau, celle des câblages électriques sous tension ou des aimants puissants de haut-parleurs ou déviation (d) propre au bateau.

Heureusement ces deux valeurs sont connues et calculables. La somme de la déclinaison et de la déviation est la différence angulaire entre la direction du Nord au compas et celle du Nord vrai ou variation (W).
Pour différencier les deux valeurs, il faut introduire d’une façon temporaire le nord magnétique.

La déclinaison magnétique (D) est la différence angulaire entre la direction du Nord magnétique et celle du Nord vrai, entre le Cap magnétique et le Cap vrai ou entre le relèvement magnétique et le relèvement vrai.
Le nord magnétique se situe dans les Territoires du Nord canadien qui change continuellement de position géographique. Il se situe dans les Territoires du Nord canadien . En 1962 il était par 75° Nord, soit à 15 ° du géographique : 15° x 60 (1° = 60 milles) = 900 milles x 1,852 = 1666 Km. En 2010 il était par 85° Nord, soit à 5° = 300 Milles = 555 Km. Et il continue de se rapprocher.
La direction du Nord magnétique est donnée par l’aiguille aimantée qui s’aligne sur les lignes de force du champ magnétique terrestre en faisant abstraction des autres influences.

La déclinaison magnétique (D) est la différence angulaire entre la direction du Nord magnétique et celle du Nord vrai, Elle est négative (Ouest) si le Nord magnétique tombe à gauche du Nord vrai. Inversement, la Déclinaison est positive (Est) quand le Nord magnétique tombe à droite de la direction du Nord vrai.
Elle est parfaitement connue et est représentée sur les cartes marines par une petite flèche ou une rose des vents qui indique sa valeur à une date donnée ainsi que sa variation annuelle. 4°10 W 1995 (7’E) . en 1995 D= -4°10′ (car W) et variation +7′ ( car E) .
Dans nos régions En France, la déclinaison magnétique est assez faible, environ – 3 degrés(car W) en Bretagne
.
Il est donc indispensable de tenir compte de cette diminution pour connaître D à la date de l’observation.
La direction du Nord magnétique est donnée par l’aiguille aimantée qui s’aligne sur les lignes de force du champ magnétique terrestre et elle est influencée par la présence de masses métalliques proches, circuits électriques ou appareils à bord du voilier.

Calcul de la déclinaison pour une année.

Exemple pour l’année 2011. Données lues sur la rose des vents .

Prenons l’exemple de l’année 2002 et calculons la déclinaison.
Sur la rose des vents, nous lisons : 4°10 W 1995 (7’E).
En 1995, la déclinaison est égale à 4° et 10′ vers l’ouest (W) , D= -4°10′.
(7’E) = Elle diminue de 7′ par année à cause de la direction E.
En 2002 la diminution est égale à 7*7= 49′(année 2002-année 1995= 7 années).
Quelle est la valeur de D en 2002.
-4°10′ ( car W) + 7×7′ (car E) = -4°10′ ( car W) + 49′. (car E) . Opération impossible .
Si nous prenons 1°=60′, nous transformons 4°10’en 4 ° 10 en 3° 70′ (10’+60’= 70′).
Maintenant le calcul est possible

4° 10′3°70′
 – 0°49′
 ————–
 3° 21′

En 2002 D= 3° 21’W donc D= –3° 21’environ D =-3° pour les calculs.

Source : permis-hauturier.info

Si vous avez compris quelque chose, bravo !

Je ne sais pas si vous avez remarqué,

je prends ma douche sur la jupe arrière avec vue sur le coucher de soleil sur Terre de Bas

mais les lendemains sont faits pour faire quelque chose, aussi le capitaine a t’il bien envie de faire quelque chose, et ce matin c’est de visiter Terre de Bas avant de s’en aller d’ici pour toujours, je lui demande quelles sont ses intentions parce que je tombe toujours à côté de la plaque, genre j’ai mis mon short et mon teeshirt les plus dègues pour aller crapahuter dans la vase mais on finit par atterrir dans un resto avec des nanas en jolie robe (ou comment se trouver en-dessous de tout et inconsolable) ou alors, et je ne sais pas quel est le pire, l’accompagner en petite robe et sandales et me retrouver à ahaner et m’exploser les pieds sur des chemins de terre et de cailloux, désespérant de ne  jamais réussir à être cette créature mystérieuse et envoûtante qui le fera tomber comme une poire blette sous son charme, pourtant ce n’est pas faute d’essayer, je ne sais même pas s’il remarque mes (modestes) tentatives parce que rien dans son attitude ni ses remarques ne le laisse supposer, ou alors il sait formidablement se contenir au point même de ne pas faire frémir ne serait-ce que l’aile d’une narine ou alors encore s’amuse t’il à mes dépens en son for intérieur … ou il s’en fout carrément … ou ne les remarque pas tellement c’est modeste … enfin, je ne lâche pas l’affaire, et à priori on va marcher, alors bermuda en jeans, teeshirt, petit sac à dos avec bouteille d’eau et baskets (ce qui me fait vous dire que je vous écris depuis une laverie automatique où évidement on se vide de ses propres liquides physiologiques sous l’effet combiné de la chaleur et de l’humidité, mais j’ai oublié de prendre une bouteille d’eau, ça m’apprendra à être toujours dans la lune), on saute dans l’annexe pour rejoindre une plage, passons tout près des pélicans qui nous regardent comme une vache un train, petit saut plein d’élégance pour sauter dans l’eau (j’ai appris à être plus leste et légère et non plus à me vautrer dans la précipitation)(je saute désormais de l’annexe comme certains héros dans un cabriolet sans ouvrir la portière)(presque) et tirer l’annexe au sec, des plombes pour l’attacher parce que le capitaine cherche le meilleur endroit (à l’abri de la marée, des mains et pieds pleins de sable d’enfants qui jouent alentour et auraient la malencontreuse idée d’utiliser l’annexe comme refuge cabalistique, de la pluie, de l’éventuelle intention de nous l’emprunter en oubliant de la rendre, on n’est jamais trop prudent …), on se nettoie consciencieusement les pieds avec une petite serviette parce que ni le capitaine ni moi ne supportons le sable entre les orteils, enfilons nos baskets et partons d’un bon pas vers le bled le plus proche, à savoir Petites Anses, y arrivons presque liquéfiés, il fait bon chaud et on n’a pas le vent de la mer pour faire office de ventilateur, aussi nous arrêtons-nous chez un loueur qui se trouve être une toute jeune loueuse qui n’a pas inventé l’eau tiède et s’exprime en prime avec un accent créole décourageant pour quiconque tenterait de comprendre ce qu’elle raconte, par déduction le capitaine me demande si un scooter ça me va, ça me va, alors on se retrouve tous les deux sur les routes escarpées de Terre de Bas, je m’anéantis les bras à me retenir pour ne pas glisser en arrière dans les montées tout en me penchant en avant selon la requête du capitaine (il faut nous voir couchés tous les deux sur le guidon avec le scoot qui fait le même bruit qu’Evinrude), et pour ne pas glisser sur lui pendant les descentes, en deux heures on en a fait le tour, on trouve un coin de sable à l’ombre pour regarder la mer vue d’ici et puis on rentre en repassant à la rame devant les pélicans imperturbables 

à la rame vers Terre de Bas
à notre droite les pélicans (patrimoine touristique !)

Et on passe à Terre de Haut le lendemain, le capitaine rase la côte à un endroit, ce qui m’étonne grandement de lui parce qu’il y a très peu de fond et il y va franchement sans même jeter un œil sur Navionics qui annonce les fonds ni sur le pilote qui les donne aussi, je préviens bien audiblement 3 mètres 50 !

3 mètres 20 !!

3 mètres morbleu !!!

arrivée à Terre de Haut

notre tirant d’eau est de 2 mètres 40, si ça continue on va râcler le fond, mais il ne veut rien entendre, il est droit debout à l’avant du bateau et regarde avec une intensité inhabituelle, aurais-je loupé quelque chose sans mes lunettes (c’est lourd pour mes oreilles alors je ne les mets pas souvent) mais j’ai bien vite la clé de l’énigme, il veut juste prendre une photo, surprenant que ça soit de si près, on se rappellera de sinistre mémoire le Costa Concordia devant l’île de Giglio, il m’explique qu’il a joué à la pétanque ici quand il a fait sa première traversée de l’Atlantique avec un pote (pote, si tu nous lis, sache qu’il pense beaucoup à toi) il y a déjà quelques décennies, tout ça ne le rajeunit pas et il aurait bien voulu rester toujours jeune, tu m’étonnes, moi aussi ça m’arrangerait, ça y est il a pris sa photo, me dit que ça a changé parce qu’il y a une construction qui n’y était pas, et on s’éloigne en slalomant entre les baigneurs, ça va bien qu’on est au moteur, on s’en va mouiller plus loin, annexe, visite du Bourg

le capitaine a joué ici à la pétanque en 1986, on devrait donner son nom au mouillage, « le mouillage du capitaine » ça claque bien alors les gens seraient d’accord
au mouillage dans la baie de Terre de Haut, classée 3ème plus belle baie du monde après celles de Rio et d’Along

Je trouve (parce que je cherche) un magasin avec des fringues sympatoches comme tout, ne serait-ce que par leur prix, comme cette petite robe à 35 € que normalement je devrais laver à froid mais que je vois tourner en cet instant précis dans une machine qui lave à 40 degrés, peste soit de l’automatisation parce qu’une fois que j’ai eu payé dans leur truc à CB central, la machine s’est lancée sans me demander mon avis alors que j’imaginais naïvement que je pourrais choisir mon programme, la machine n’a pas entendu mon cri déchirant, elle se fout de ma robe et de mes émotions, je vous dirai tout à l’heure pour la robe, quand elle sortira de la machine au cœur de pierre, ça me rappelle qu’il y a des lustres de ça je m’étais demandé pourquoi il y avait des bouts de carton dans ma machine à sécher le linge, et le carton hé bien c’était les Damarts des enfants (j’avais peur qu’ils prennent froid durant l’hiver lorrain et que mon père m’accuse de les maltraiter) qui n’avaient pas supporté,  je n’ai qu’à lire les étiquettes encore que, voyez, j’ai lu l’étiquette pour la robe et voilà …que vous dire d’autre, que je serais une redoutable concurrente dans un concours de rapidité en essayage et choix de fringues en magasin parce que le capitaine a beau me dire de prendre mon temps, il n’en croit pas un mot et son regard pèse des tonnes tandis qu’il déambule d’un pas tout aussi lourd devant la vitrine 

À part ça, on fait le tour de l’île à pinces, très très belle petite île et moi heureuse comme une gamine avec ma nouvelle robe à pas cher, si les hommes savaient ce qu’ils doivent aux petites robes à pas cher ils seraient plus patients 🙂

Le Bourg de Terre de Haut aux Saintes
trèèèèèèès agréable et joli, une véritable carte postale des Caraïbes
une case abandonnée … ça fait peine, ça pourrait servir à tellement de gens !
l’église, charmante comme le village
Terre de Haut vue d’en haut
au loin on voit la Guadeloupe

Le jour suivant on file à Marie Galante, mythique Marie Galante baptisée Maria Galanta par Christophe Colomb en référence à sa plus grande Caravelle, la Santa Maria, bien plus mythique à mes yeux grâce à Laurent Voulzy 🎶, seconde référence culturelle qui aurait cryogénisé sur place feu mon prof de français qui ne jurait que par la musique classique et maudissait ce pauvre Voulzy (on l’appelait Naboléon car il était tout petit et affublé de ce prénom démodé)(ce n’était pas la mode des prénoms démodés à l’époque)

arrivée à Marie Galante, surprenant car elle est plate comme une galette

on en fait le tour, visitons une distillerie qui concentre à elle seule le peu de touristes du jour, et le capitaine en repart avec une bouteille de rhum pour faire des ti punchs (ah ouaiiiiis ? on va se lâcher capitaine ?), de retour au mouillage on se prend grain sur grain, c’est bon pour la végétation répété-je au capitaine quand il se plaint de la pluie

mouillage de St Louis, Marie Galante, avant la pluie
et après la pluie (c’est beauuuu)

et puis on rentre en Martinique parce que c’est bien beau quelques jours de vacances mais le travail et les rencontres herboristes m’attendent, et figurez-vous qu’on a dû commander un nouveau calculateur pour le pilote de secours qui est naze (les mésaventures de French Kiss et Éclipse nous ont rendus prudents), il doit arriver et être dépanné là-bas et on ne sait pas combien de temps on va devoir y rester car nos questions à propos de savoir où se trouve l’attendu calculateur restent jusqu’ici sans réponse, on nous explique que c’est comme ça aux Antilles mais pani pwoblem

Il y a 80 miles à faire pour y arriver, exactement jusqu’à la presqu’île de la caravelle où le capitaine compte passer le cap de la nouvelle année loin des fureurs de notre monde consumériste, alors debout à 4 heures du mat’, il faut absolument arriver de jour parce que l’endroit est plein de récifs de coraux et de cailloux qu’il faut voir à l’œil nu car non signalés sur les cartes, il me dit de rester au lit, tu parles, comment dormir avec le bruit du moteur et du guindeau qui remonte l’ancre, je saute dans mon short et le rejoins, en plus j’ai des scrupules de le laisser manœuvrer tout seul, on repart nuitamment de Marie Galante et on file au vent de la Dominique, ce qui veut dire qu’on navigue côté Atlantique, ah mes amis on ne s’ennuie pas ! Vent de travers, grosse houle de travers, et soudain vent arrière puis vent debout, manœuvres, des grains avec des vagues qui éclatent dans le cockpit, des arcs en ciel et ça repart pour un tour

droit dedans

un des grains nous tombe dessus comme un canard sur un hanneton, je suis dans le cockpit et le capitaine essaie de dormir un peu dans le carré, d’un seul coup des trombes d’eau et le vent passe à 25 … déjà à 30 le temps de héler le capitaine, on avance alors au près bon plein et le bateau gîte de plus en plus, o-my-God, le capitaine surgit tout ébouriffé tel un poussin de sa coquille, je lui dis 38 ! en faisant semblant d’être calme

  • roule le génois !

hop on roule le génois et tout de suite le bateau se calme un peu, et puis on prend 1 ris, on est trempés jusqu’aux os, 5 minutes après il fait grand beau, on lâche le ris et on remet le génois, plus tard il me dit que ça ne sert à rien que j’annonce le vent, que je ferais mieux d’agir, je lui fais remarquer que cette situation était une première pour moi à cette allure et que j’attends toujours les ordres du capitaine, sinon à quoi ça sert d’être capitaine, alors il m’explique que dans l’urgence à cette allure on roule le génois, c’est le premier truc à faire, mais plus tard aussi, après son roupillon, il fait la remarque que la grand voile est bien réglée, et c’est moi qui l’ai réglée, je me pisse dessus (nan, mais il y aurait eu de quoi)

après ça, le capitaine a piqué un petit roupillon dans le cockpit (il a des plus belles jambes que moi parce qu’il a les mollets fins)

on arrive sur les rotules et pleins de sel à l’approche du mouillage de la presqu’île de la Caravelle vers 16h30, slalomons entre les coraux et nous posons une heure plus tard, seuls, pas une lumière, pas un bateau, à l’abri du vent et de la houle, ça c’est clair qu’on va être tranquille pour la nouvelle année, mais on a encore plus de 24 heures avant de sauter le pas, alors le lendemain rando sur la presqu’île dans la mangrove

avant de rentrer dans le mouillage de la presqu’île
… et une fois entrés dedans … mmmh le calme
voilà comment ça se présente Navionics, la trace en jaune c’est nous, quand on revient sur nos pas c’est parce qu’on se met face au vent pour affaler la grand voile, et on voit qu’il faut savoir où on va pour arriver sans encombre jusqu’au mouillage
presqu’île de la Caravelle
balade dans la mangrove, quel sac de nœuds !

et puis padampadadam ! la Saint Sylvestre c’est maintenant, à nous la soirée de gala !

…. alors, pour cette grande soirée qu’avons-nous en magasin ? Il reste quelques œufs et des pommes de terre, ça manque un poil d’esprit festif, je vous l’accorde, alors je fais des crêpes pour le dessert, ça sera bien nourrissant tout ça mais on en a bavé, et en plus il en restera pour le petit dej, que demande le peuple, je mets ma nouvelle robe et défile mine de rien devant le capitaine qui ne bronche pas (essaie encore) et comme pressenti grâce à mon infaillible intuition, Ti Punch avec le rhum de Marie Galante, du rhum à 59 degrés, je manque de décéder en le goûtant, poïpoïpoï ça déménage, le champagne c’est vraiment pour les lopettes, il y a longtemps qu’on dort quand on bascule en 2022 …

oui, c’est bien la fameuse petite robe (qu’est-ce que je vous disais pour les mollets)

et surtout, bonne, belle, TRES BELLE ET HEUREUSE année à vous toutes et tous, à nous tous ensemble, prenez soin de vous et de vos rêves et de vos amours 😘❤️🌈🙏!

notre balade : de Ste Anne (à côté du Marin) à St Pierre, le gribouillis devant Marie Galante (j’ai pas réussi à faire mieux infographiquement parlant) c’est notre aller-retour de St Louis à Grand Bourg et retour à St Louis pour dormir pas mieux car tout autant de roulis, le côté au vent c’est l’océan Atlantique et celui sous le vent la mer des Caraïbes

Toujours bon à savoir

  • Le tirant d’eau est la profondeur d’eau nécessaire à la flottaison normale du bateau.

  • Le près bon plein : lorsque le vent fait un angle d’environ 45 à 60 degrés avec l’axe d’avancée du bateau.
  • Le près serré (du coup) lorsque le vent fait un angle entre 30 et 40 degrés avec l’axe d’avancée du bateau.
le tirant d’eau
les allures, je vous l’avais déjà dit mais je pense aux nouveaux
  • Sur la presqu’île de la Caravelle, on a croisé plusieurs mancenilliers, un arbre dont le tronc, la sève, les feuilles et les fruits (qui ressemblent à des pommes) sont très toxiques, la pluie brûle carrément la peau si on a la mauvaise idée de s’abriter dessous quand il pleut, il pousse dans les zones sableuses et on en trouve le long de certaines plages, il vaut mieux être informé, et le reconnaître n’est pas aisé sauf quand il y a un panneau dessus
  • Ma robe est saine et sauve ! soit l’étiquette est trop prudente, soit l’eau de la machine est loin d’être à 40 !
  • Evinrude : libellule dans Bernard et Bianca, référence hilarante à la compagnie de moteurs marins Evinrude Outboard Motors