journal de bord

J 1 + 2

la première nuit qui vient

On part du port du cap d’Agde, ça fait drôlement drôle de se dire que c’est moi qui vis ça, et bien sûr ça ne ressemble pas du tout à ce que j’avais imaginé, je pensais mettre de la musique, peut-être « emmène-moi » du grand Charles (pas de Gaulle, mais Aznavour, petit par la taille mais !) et chanter à tue-tête, mais j’ai oublié, j’avais le kiki tout coincé, une émotion intense et pas du tout envie de rigoler, ce qui ne me ressemble vraiment pas … mais là on levait la grand-voile plus pour rigoler – et puis on est parti dans une vraie purée de pois, ambiance Edgar Allan Poe, pas beaucoup de vent, pas beaucoup de mer, on a fait des manœuvres, rangé des trucs sur le bateau, c’était déjà l’heure de manger alors j’ai fait à manger, et puis le capitaine a été se coucher pendant que je faisais mon premier quart de nuit … MON PREMIER QUART DE NUIT ! bordel ! le brouillard s’était levé, et le vent aussi, et pas de lune, la mer noire, un peu agitée, et des étoiles … j’étais comme une poule à qui on a coupé le cou, à regarder le cap, les cartes, à lofer, à abattre, à prier le ciel que le vent ne change pas au point de devoir virer toute seule nuitamment, le ciel m’a écoutée, et s’il ne l’avait pas fait j’aurais réveillé le capitaine, quitte à me prendre un commentaire peu amène, sait-on jamais quand on réveille un capitaine … que j’ai laissé dormir jusqu’à 2h1/2, il a pris le relais et je suis tombée comme un sac sur une couchette, debout 6 heures, la tête dans le seau, à me dire que si jamais le capitaine décidait de se débarrasser de moi, ça serait après avoir vu cette tête-là, dix ans dans la tronche en quoi ? une vingtaine d’heures ? on est peu de choses …

Le cap se recouche et moi je fais du stretching sur le toba (c’est juste bateau en verlan, pour faire genre), je continue à regarder l’horizon pour voir si un bateau vient vers nous, scrute les instruments de navigation comme si nos vies en dépendaient, et là … et là !!! un banc de dauphins qui s’ébattent un peu plus loin, je me dis que personne ne me croira que si vite j’aie vu des dauphins ! c’était sur ma liste, voir des dauphins et une baleine (et après je rentre hahaha !)

1er matin
by night

Ça m‘a toute requinquée, parce que, figurez-vous, on avait ce satané vent et ces vagues dans la gueule, comme avait dit le capitaine, et je peux vous dire que ce n’est pas le genre de première expérience à la voile à faire, ça risque de dégoûter à vie … j’avais déjà navigué avec du vent fort et des vagues qui claquent le bateau, mais quelques heures, et là c’était parti pour plusieurs jours parce que comme on est parti avec 3 semaines de retard, le capitaine voudrait qu’on passe Gibraltar direct, ce qui fait quelques jours de nav’ … et je commençais à avoir l’estomac qui ne l’entendait pas du tout de cette oreille … j’ai réussi à ne pas vomir tripes zé boyaux (prononce bo puis yo, à la vosgienne, ça me fera plaisir) (donc surtout pas boa -yo) : tripes zé bo-yo, nous sommes d’accord ? donc j’ai réussi à ne pas vomir à 4 pattes avec la tête que j’avais au-dessus de l’eau, ce qui aurait achevé de me démolir à mes propres yeux et peut-être aussi à ceux du capitaine, vous imaginez la honte, rentrer au bout de 36 heures parce que j’ai le mal de mer ? alors on ravale sa petite faiblesse, on se botte le cul et on ne vomit pas ! mais bon, je n’avais envie de rien, et il faut manger quand on a le mal de mer, parce que sinon c’est pire … ah si ! j’avais envie d’un viandox ! mais oui ! maman nous en faisait quand on était petits et qu’on allait jouer dans la neige, elle nous en faisait pour nous réchauffer, un peu de viandox dans de l’eau chaude, c’est bizarre comme idée, moi j’aurais pensé plutôt à un chocolat chaud, faites-moi penser à lui demander d’où lui venait cette idée de viandox … bon, en tous cas, cette envie est remontée et puis non, finalement, envie de rien … peu dormi, peu mangé, secouée en tous sens … l’angoisse ! le bout de ma vie !

le capitaine m’a fait un lit par terre dans le bateau et je me suis allongée sur le ventre, seule position où l’envie de vomir me quittait, j’ai pensé que comme une imbécile je n’ai rien emmené contre le mal de mer, le pompon, en plus ce n’est même pas sur la liste du CCMM pour les cruches comme moi qui oublient, et je n’avais pas envie de me faire de l’acupuncture, le bateau bougeait tellement que je n’aurais pas réussi à bien me piquer, pour info c’est E36 + EC6 qu’il faut faire …

arrivée à Majorque, Puerto Soller

Autre quart de nuit, je suis restée boooooooocoup plus immobile que le précédent, assise avec mes bras autour de mes genoux et le menton dessus …et là ! et là !!! une baleine ?! meuh non, pas tout à la fois, mais jugez par vous-même de l’excellence du cadeau : une étoile filante ! ça a duré même pas une seconde et je l’ai vue !

Le capitaine a eu pitié de moi, c’est un bon capitaine, on a fait un crochet par Majorque et on est au mouillage, ça va me permettre d’aller à terre pour chercher quelque chose de radical contre le mal de mer, et puis on va passer une nuit normale avant de repartir au lever du jour (prout prout prout, ça, ça me vient du petit Spirou, quand il a peur le dessinateur écrit prout prout prout) … j’espère que je serai habituée et bien reposée pour affronter la suite !

  • Lofer : manœuvrer le navire de manière à rapprocher le voilier de l’axe du vent, donc on tire sur les écoutes de grand-voile et de génois
  • Abattre : c’est le contraire, c’est manœuvrer le bateau de manière à l’écarter du lit du vent, donc on relâche les écoutes des voiles
  • La loi des 5 F : ce sont les 5 choses qui empirent le mal de mer :
  • La faim
  • La foif
  • La fatigue
  • Le froid
  • La frousse

J’ai tout eu

à bientôt (j’espère !)

here we are !

avant
après (tout est parti dans le bateau)

PS en premier : j’ai écrit ça hier soir, on a dormi sur le bateau tout rangé, je ne le poste que maintenant, et on y va ! (glurps)

ça y est, on est sur le point de partir pour de vrai, j’y ai tellement pensé, j’en ai tellement rêvé, il y a des mois de cela quand je me couchais, je me disais un jour ça sera la dernière nuit où je dormirai dans ce lit avant de partir, et cette dernière nuit c’était la nuit dernière … tout est dans le bateau, on termine de tout ranger et zou

ce matin, le capitaine déclare d’un ton chagrin qu’on va avoir le vent dans la gueule et la mer dans la gueule, moi j’ai des souvenirs où il a dit que quand le vent et les vagues vont dans le même sens, c’est cool (c’est ce que j’ai cru comprendre), c’est quand le vent va dans un sens et les vagues dans l’autre qu’on est secoués comme des petits pois sur un tamis … las, au lieu de rebondir sur ma pointe d’optimisme, le capitaine me regarde d’œil devenu froid comme celui d’un reptile (je n’abonde pas tout naturellement dans son sens) , je regarde cet œil qui m’observe comme on le fait d’une fourmi sous un microscope (pour vous dire comme c’est froid) et ça me donne envie de rire, cette pupille rétractée comme un point au milieu d’une page blanche, on dirait qu’on joue à je te tiens tu me tiens par la barbichette, qui va lâcher le premier, de moi qui regarde sa pupille gauche (la plus froide des deux) ou de lui qui sonde je ne sais quelle partie de mon œil pour y lire ce que je peux bien raconter avec les yeux … le temps est suspendu …

il détourne son regard du mien et lâche « qu’est-ce que tu veux avoir de pire que le vent dans la gueule et les vagues dans la gueule ? », je n’ajoute rien, je sais qu’il pourrait y avoir bien pire, genre écartelée sur la place publique pour avoir volé … une plaque de chocolat pardi ! je devais avoir 6 ou 7 ans quand j’ai volé une plaque de chocolat dans le buffet de ma tante à la ferme, par ennui autant que par gourmandise, je me suis faite gaulée, on n’est pas malin à 6 ou 7 ans, j’ai dû demander pardon à genoux et quand papa m’a récupérée j’en ai pris pour mon grade. Cette honte ressentie m’a poursuivie très longtemps – bien que j’aie fait sûrement pire depuis, humaine que je suis, rien ne m’a autant marquée que cette affaire, au point que je n’osais pas m’en confesser auprès du curé de l’école catho à laquelle j’étais inscrite, je me souviens que nous échangions entre copines des idées de péchés à avouer au curé, qu’est-ce qu’on peut bien avoir péché à cet âge là, on inventait par exemple qu’on avait dit des gros mots à nos mères, vous pensez bien que si j’en avais dit j’aurais juste eu une bonne raclée … j’en ai eu l’idée, évidemment, quand maman interrompait mes lectures passionnantes de Fantômette ou du club des cinq dans le but tout à fait légitime de m’envoyer me couper les ongles et que la contrariété me bloquait le Qi du Foie, ce qui engendrait, bien malgré moi vous l’aurez compris, ce genre de pensée pas très catholiques …bon, bref, je n’osais pas avouer ma faute à ce bon curé affublé d’un strabisme divergent, aussi ne savait-on jamais à qui il s’adressait quand il tendait le doigt droit devant lui pour désigner la fille qu’il interrogeait en disant « toi ! », nous étions trois à demander « moi ? », une pour chaque œil et la dernière pour le doigt pointé – rebon et rebref, un jour, le curé qui devait en avoir marre de ce défilé de gamines qui bredouillaient péniblement avoir balancé des gros mots à leur mère, a décidé de faire une confession collective : il suffisait de penser nos péchés, et hop, il nous absolvait toutes, contre 10 je vous salue Marie (récités à la hâte pour s’en tirer à bon compte). Quelle aubaine ! me direz-vous, et bien niet, non, nein, no, après avoir senti les ailes de la délivrance me pousser dans le dos, je suis retombée sur terre telle une poire blette, jamais cette affaire ne serait résolue, la désolation m’est tombée dessus comme la vérole sur le bas-clergé, j’étais vouée à la damnation éternelle …

… où en suis-je aujourd’hui en mon âme et conscience me demanderez-vous ? bah, il y a longtemps que j’ai pardonné à la petite fille que j’étais, et que j’ai compris que justement, c’est en notre âme et conscience que nous devons chercher la compréhension de nos actes et le pardon, nul besoin de le chercher ailleurs … c’est ce qui construit notre humanité, qui nous permet de se connaître mieux, soi et donc les autres … j’ai un très bon ami qui est le plus catho des cathos de la planète, qui n’est pas du tout d’accord avec moi quand on évoque ce genre de sujet, il pense qu’on doit se confesser, qu’avouer à un autre fait preuve d’humilité … je ne sais pas … mais je ne le pense pas, grands dieux non, pourquoi aller chercher le pardon ailleurs qu’en nous-mêmes ?

le bon dieu sans confession 🙂

tout ça pour vous dire quoi déjà ?

ah oui !

je reprends : je dis au capitaine qu’on verra bien et qu’on fera avec … pas la peine d’avoir peur avant le moment opportun, et je me dis qu’on verra aussi ce que j’ai dans le ventre, rien de tel que de se mesurer à l’ennemi pour le savoir !

il y en a partout : dans les coffres en-dessous des planchers …
… dans les coffres des sièges …
… de tous côtés !

ce soir on dort dans le bateau, et demain c’est le grand jour, je vais tenir le journal de bord et je vous donnera des nouvelles à chaque escale, promis !

entrées maritimes ce soir (j’aime bien, ça me fait les cheveux tout bouclés)
je ne résiste pas à vous mettre cette photo que je trouve sublime, toujours ce soir avec les entrées maritimes
  • avoir le vent dans la gueule, c’est avoir le vent qui vient de face au bateau, et si on se met face au vent, et bien le bateau n’avance pas – donc on doit « tirer des bords », c’est à dire naviguer en zigzag pour aller là d’où vient le vent, on doit « remonter au vent » – du coup ça rallonge le temps de navigation, et en général le bateau tape dans les vagues, et comme le dit si bien le capitaine, c’est moins confortable 🙂
  • Lorsqu’une masse d’air transportée par un flux en provenance du large franchit une côte, son passage de la mer à la terre s’appelle une entrée maritime : ça veut dire qu’on se retrouve dans une véritable purée de poix créée par l’humidité qui remonte de la mer, le pain est tout mou, on est tout moite et tout frisé, on ressemble vraiment à un marin buriné

Que prends-je dans mes valises ?…

…si tant est que l’on prenne des valises sur un bateau, ce qui serait sacrilège, non non non, on ne prend que des sacs étanches, des boites et des bouteilles en plastique, mais pas plus de valise que de cartons, que de lapins ou de talons aiguilles !

tout, ou presque, pour si on a mal quelque part dans nos corps usés par le manque de sommeil 😕

Déjà, un bon tuyau : quand on part en mer il est important de contacter le CCMM à Toulouse, soit le Centre de Consultation Médicale Maritime (à ne pas confondre avec le Centre Contre les Manipulations Mentales qui existe bel et bien, et si ça se trouve c’est celle là l’info qui vous intéressera 😉 )

Ce Centre donne des consultations en ligne gratuites en cas de besoin lorsque l’on est en mer, il faut s’inscrire et remplir tout un dossier, on nous indique une liste de médicaments à avoir pour les gros pépins, genre piqûre d’adrénaline en cas de choc anaphylactique … je connais bien un point d’acupuncture qui pourrait fonctionner, mais je ne sais pas si le CCMM agréerait la susdite solution … so, je me suis équipée selon leurs recommandations, inutile de débattre sur le sujet quand une vie en dépend, je garde toujours en tête ce précepte Chinois :

c’est celui qui guérit qui a raison

mais qu’emporté-je

qui relève de la Médecine Traditionnelle Chinoise ?

et qui pourrait aussi vous rendre de grands services !

Et puis des Huiles Essentielles aussi :

  • l’indispensable tea tree
  • la précieuse menthe poivrée
  • l’irremplaçable gaulthérie couchée
  • la très réchauffante gingembre
  • l’apaisante lavande vraie
  • la capiteuse ylang ylang
  • ….




Pharmacie Chinoise

Jing Wan Hong

Yunnan Baiyao

Tinh Dau Ngai

Nin Jiom Pei Pa Koa

+ mes aiguilles d’acu, des moxas et des ventouses

attention au soleil car c’est photosensibilisant les H.E.

et puis surtout, à manger (l’astuce du jour : pour ne pas tomber malade, manger c’est la base) : j’ai couasiment tout mis dans des bouteilles en plastique, heureusement que je suis là sinon ce bon capitaine n’aurait mangé que des pâtes de blé raffiné, du riz et des sardines en boite pendant des mois, aurait perdu ses dents et sa noblesse par la même occasion, (Stanislas, mon petit-fils de 5 ans, me réclame des nouilles et non de vulgaires pâtes, parce que les nouilles de mamie elles ont quelque chose de spécial que les pâtes n’ont pas), j’ai donc fait le plein de riz noir, rouge, complet, quinoa, boulgour, lentilles, amandes, noix diverses, et puis des farines de ceci et de cela pour faire du pain à bord … on est paré, en plus du panneau « acupuncture » dans les ports, je pourrai en faire un « petite épicerie bio »

ensuite on a tout rangé dans le bateau et j’ai fait des plans en lettrant les coffres au-dessus du plancher et en-dessous du plancher, pour s’y retrouver, sinon on devrait retourner tout le bateau pour trouver une boîte de haricots verts … malgré cette habile manœuvre, j’ai déjà perdu la trousse à couture 🙄

mais où est-ce que j’ai bien pu la fourrer ?!

le hic, c’est qu’on va devoir se nourrir essentiellement de gésiers confits le 1er mois, car imaginant la nuit, le froid, la pluie et les claques des vagues dans le cockpit quand on serait rendu je ne sais dans quelle mer hostile, je me suis dit que rien de mieux alors pour se réconforter que des gésiers confits – qui pourrait dire le contraire car quoi de plus naturel et louable dans une telle situation que des gésiers confits – sauf que la date de péremption est très courte, donc on va devoir se les enfiler les uns après les autres (je réserve la bonne surprise au capitaine)

et, pour finir en beauté : LE MOTEUR est arrivé ! quelques réglages à faire (il tousse) et on sera prêts à mettre les voiles, larguer les amarres, prendre le large … partir quoi !


Ah, aujourd’hui c’est du chinois !

  • Yunnan Baiyao : formule « secrète » à base de plantes – développée à l’origine pour arrêter le saignement des blessures par balle, depuis, il a été découvert qu’elle est efficace dans le traitement de toute sorte de douleurs. Pour traumatisme sévère : entorses, élongations, claquages ou hématomes
  • Nin Jiom Pei Pa Koa : sirop de plantes – tonifie l’Énergie des Poumons et de la Rate et combat les infections respiratoires . Mal de Gorge ou toux avec mucosités jaunes et épaisses
  • Tinh Dau Ngai : formule « secrète » à base de plantes – développée à l’origine pour arrêter le saignement des blessures par balle, depuis, il a été découvert qu’elle est efficace dans le traitement de toute sorte de douleurs. Pour traumatisme sévère : entorses, élongations, claquages ou hématomes
  • Jing Wan Hong : pommade pour les brûlures causées par le feu, l’eau bouillante, la vapeur, l’huile chaude, l’électricité, le soleil, les radiations (radiothérapie), les produits chimiques, escarres, hémorroïdes, fissures anales, ulcères. Améliore la guérison des brulures et arrête la douleur, permet de diminuer les cloques ou les ampoules. Son action bactéricide, permet d’éviter et prévenir les infections.
    Cet onguent élimine la Chaleur, assèche l’Humidité, réduit l’enflure, favorise la circulation du Sang, cicatrise, calm
    e la douleur

et si …

le capitaine qui s’affaire au mât

bon, on n’est toujours pas partis, on attend le moteur du déssal’, mais ce n’est pas ce qu’il y a à faire qui manque, à se demander si nous n’étions pas totalement inconscients de vouloir partir plus tôt ? nous n’arrêtons pas

par exemple, et entre autres choses bien moins rigolotes, j’ai essayé la combi de survie, c’est fou qu’on puisse imaginer survivre dans un truc pareil, une fois dedans j’avais l’impression d’aller à un bal masqué déguisée en spermatozoïde géant, d’emblée j’ai pensé que je ressemblerais à Spiderman, mais tu parles … le capitaine si, moi non :mrgreen:

but why ? … est-ce simplement parce que le grade confère d’autorité une prestance sans pareille ?

la question est posée

je n’ai pas pensé à me prendre en photo dans la combi, grossière erreur, c’aurait été le buzz assuré !

par contre, ô joie, ô réjouissance, je me suis équipée pour nager, voire plonger, c’est l’idée, et le capitaine m’a accompagnée, néophyte que je suis, pour m’aider à choisir LA BONNE TENUE

donc on arrive au magasin ad hoc, du matos de chasse sous-marine dans tous les sens, une vendeuse vient s’occuper de moi et me déballe tout un discours en tripotant différentes combis sur un tel rythme de paroles que je lui demande où elle a appris à parler si vite, ce qui a pour effet de rien du tout, elle est comme ça et il faut s’y faire

j’ai beau n’y rien connaître, je sais ce que je veux, et j’ai repéré celle que je vous mets en photo, dès lors je deviens inaccessible aux arguments qu’elle me vante par ailleurs et l’essaie, elle me va comme un gant, elle est super souple (la combi, pas la nana qui parle très très vite, qui m’avait prévenue de cette souplesse remarquable et n’a pas menti) et surtout, surtout ! c’est la première combi écologique ! fi du néoprène mais en caoutchouc naturel, laminée avec de la colle à base d’eau et un tissu fait de bouteilles en plastique recyclées (presque comme moi !)

mais le capitaine ne l’entend pas de cette oreille, une combi qui est belle est sûrement une combi inadaptée qui convient, certes, aux petites cervelles, mais pas à des vrais plongeurs qui en ont ( n’d’dieu !), me voilà donc à essayer des vraies combis pour femmes qui en ont … je vous fais la version courte, mais quand-même, vous loupez quelque chose, il vous aurait fallu voir le regard lourd de reproches, comme posé au-dessus de son masque, du capitaine quand, in fine, j’ai pris la combi écolo qui me plaisait et des palmes noires, parce que même si jaune ça se voit mieux, qu’il a dit, c’est juste pas la peine avec une combi bleue, je sais que j’ai perdu des points dans la tête du capitaine, j’m’en fous, au moins je sauterai à pieds joints sans avoir besoin de me tortiller dans ma belle combi qui me donne envie de plonger 😉

et aussi, dans la série des trucs funs à faire avant de partir, j’ai acheté une canne à pêche et des appâts, le gars du magasin m’a dit que je n’ai qu’à accrocher un petit truc comme ça qui frétille au bout de mon fil de pêche, le laisser traîner 30 à 40 mètres derrière le bateau, naviguer entre 3 et 6 nœuds, et hop, je pourrai manger du poisson jusqu’à plus soif ! il m’a montré la grande photo d’un …. petite digression avant de continuer : comme j’ai déjà écrit « gars » dans ce paragraphe, je ne voulais pas écrire « photo d’un gars », c’était redondant, ça ne me plaisait pas, du coup j’ai regardé sur internet des synonymes de gars, c’est en veux tu en voilà, on ne sait que choisir alors je vous laisse choisir : gonze, gus, mec, type, zig, zigomar, zouave, zoulou, zozo (j’ai pas tout mis)

moi j’ai choisi type, donc il me montre la photo d’un type avec un grand espadon mort dans les bras, et le gars (lui c’est celui du magasin) me dit que le type l’a pêché avec l’appât qu’il me vend, bin ouais, j’espère ne jamais pêcher un espadon, je ne pourrais jamais le buter sur la jupe arrière du bateau, le pauvre, moi je veux juste un maquereau ou des petites sardines … pffff … les pauvres … je ne sais pas si j’arriverai à les buter non plus … mais bon, bref, j’ai acheté une canne à pêche et des appâts, pour le reste on verra bien, sinon j’ai un tee-shirt avec un dessin d’arrêtes de poisson qui sera juste formidable pour cet exercice (être taoïste ne dispense pas d’avoir de l’allure en toutes circonstances)

et là, je me dis que c’est bien qu’on ait inventé les prénoms, ça facilite les descriptions 🙂

c’est là que vous me demandez : ok isa, mais et si quoi, alors ?

on ne part du bateau qu’à la nuit tombée

ça prend du temps de tout préparer sur le bateau (je vous raconte ça la prochaine fois) et on termine tard, on mange un bout sur nos genoux entre les caisses d’outils, je vous avais fait une photo du bateau tout bien rangé quand nous sommes partis le tester, ce n’est plus qu’un lointain souvenir, c’est de nouveau sens dessus dessous (je vous raconte ça la prochaine fois, comme je viens de vous le dire 🙂 )

et si …

comme j’ai besoin de musique comme d’autres ont besoin de je ne sais pas quoi pour survivre, chacun son truc, je me télécharge des playlists avant de partir, des trucs qui dépotent pour quand je devrai faire des quarts en étant crevée, des trucs romantiques (pour quand, va savoir …), des trucs épiques pour quand la mer sera démontée, Céline Dion pour si on coule, je demande au capitaine, en mangeant sur mes genoux collés l’un à l’autre, s’il devait emporter un seul livre ou un seul film sur une île déserte : « qu’est-ce que tu choisirais ? » (on se tutoie, c’est cool), il me répond qu’il n’emporterait rien, je l’embête avec mes questions à la con, mais du coup moi je réfléchis (mé oui) : quel livre prendrais-je ? quelle musique ? quel film ? questions existentielles s’il en fut …

je lève ma fourchette en l’air : « le manuel des castors juniors ! », c’est une bonne idée, il y a plein de trucs pour se débrouiller dans la nature, mais bon, si on doit être sérieux pour répondre à ça, autant arrêter tout de suite, sinon on est obligé de choisir un livre qui montre qu’on est intello, ou prudent … donc un livre qui ne soit pas un livre intelligent pour sauver sa vie en milieu hostile ou pour continuer à travailler jusqu’au bout de sa vie … je vais encore perdre des points aux yeux du capitaine, mais je réponds sincèrement : « bin moi, j’emmènerais Autant en Emporte le Vent » … pourquoi se mentir ?

et si j’étais une musique, c’est hyper dur, j’en ai plusieurs, mais j’emmènerai « close my eyes forever » de Lita Ford et Ozzy Osbourne, je ne veux pas savoir ce que disent les paroles, je reste juste sur « close my eyes forever »

pour un film, sans conteste « un éléphant ça trompe énormément » et on m’accordera sans problème sa suite « on ira tous au paradis », à mon sens un des meilleurs films français de tous les temps 😀 !

(et je vais emporter « le grand bleu » pour le capitaine, ma main à couper …)

c’est l’heure d’apprendre !

  • Un nœud est la vitesse qui correspond à 1,852 km par heure = un mille par heure. Notez que son emploi est uniquement réservé à la navigation (maritime ou aérienne) – on calcule la vitesse d’un bateau en nœuds parce qu’à l’époque, les marins étaient incapables d’établir la vitesse de leurs bateaux, étant donné que la vitesse se calcule en divisant la distance parcourue par le temps écoulé. Au début du XVIIIe siècle, ils eurent l’idée d’attacher à la poupe (à l’arrière) de leur bateau une corde pourvue de nœuds à intervalles réguliers, tous les cinquante pieds. Quand le bateau était à l’arrêt, la corde tombait verticalement. Un observateur placé au-dessus d’elle ne pouvait voir aucun nœud affleurer à la surface de l’eau. Il en déduisait que la vitesse du bateau était nulle. Plus le rafiot accélérait, plus la corde s’élevait à l’horizontale, sous l’effet de la vitesse. Donc, plus le bateau avançait, plus on pouvait compter de nœuds … on donne encore aujourd’hui la vitesse en nœuds
  • un quart est la fraction de temps pendant laquelle une personne ou une équipe est de service ou de faction aux commandes, aux manœuvres, à la veille et la sécurité d’un navire ou à son entretien
  • Le mille* marin international est une unité de mesure de distance utilisée en navigation maritime et aérienne. Elle a initialement désigné la longueur d’un arc de 1′ (une minute d’arc) sur un grand cercle de la sphère terrestre.

*on dit mille et pas maïlze !

  • j’hésitais beaucoup avec « Hello » de Lionel Ritchie … et « tears in heaven » de Clapton …

Et vous, ça serait quoi ?

et puis quoi d’autre ?

la fameuse table à cartes dont je vous parlais la dernière fois

il faut quand même que je vous dise, mais à voix basse dans le creux de votre oreille, le capitaine ne croit pas à la médecine chinoise, il a les yeux qui se plissent quand j’évoque les vertus de telle ou telle plante, d’une façon qui dénote une flagrante dubitation (j’ai regardé dans le dictionnaire, à toute fin utile, et ça dit de dubitation que c’est une figure de rhétorique, hahaha à ceux qui voulaient m’opposer que ça n’existe pas) , il a peine à cacher qu’il se demande s’il n’a pas embarqué une folle à son bord quand j’évoque un Feu du Coeur ou un Vent du Foie … et pourtant !

j’ai fait ma première séance d’acupuncture sur un bateau pendant notre virée expérimentale ! oui !

un pote du capitaine s’était fait mal au dos en l’aidant à sortir le moteur de l’annexe, il a pris des anti-douleurs mais ça ne passait pas, il s’est traîné pendant 2 jours avant de céder à ma proposition : lui faire une séance d’acu, il a visiblement pensé foutu pour foutu essayons voir ce que ça donne … je sais reconnaître le genre de moue qui dit ça, même pas besoin d’être très douée en langage non-verbal 😉

grand bien lui en a pris, parce qu’après cette séance olé olé, lui à plat-ventre sur le lit de la cabine avant, moi à califourchon sur ses cuisses pour tenir dans la houle, au bout de quelques aiguilles bien visées et d’un tuina mené de main de maître, j’ose le dire, il s’est trouvé tout ragaillardi et fringant, à peine subsistait-il un point dans son dos, qui serait volontiers passé si j’avais eu l’occasion de faire une seconde séance pour parfaire le travail … à me demander si je ne devrais pas me fabriquer un petit panneau « acupuncture » et le sortir dans les mouillages et les ports pour me faire un peu d’argent de poche ( 💡 ) …

je me gondole en imaginant ce que ça laisse imaginer si on ne lit que les mots en gras dans le paragraphe précédent 😀

moi je vois bien que ça serait bien que je lui rééquilibre son fourbi interne, au capitaine, je connais quelques plantes qui lui iraient bien, et en même temps, je sais que vivre au plus près des éléments est un excellent moyen de rééquilibrer tout le saint-frusquin, et croyez-moi, sur un bateau on est vraiment très, mais alors très, près des éléments …

par contre ça manque de verdure, je me verrais bien amener un pot de je ne sais quoi (ça me fait penser à un gars au port qui a de magnifiques plants de cannabis), mais non, ça ramènerait des bestioles qu’il m’a dit, et il a poussé des cris d’orfraie quand je lui ai annoncé que j’allais ramener un paillasson « welcome on board« , je me suis marrée comme une baleine, gotcha 😀 !

le capitaine et tout son saint-frusquin

quelques trucs indispensables à savoir sur un voilier

  1. on économise l’eau quand on a la bonne idée de mettre une pompe à pied, qui fait qu’on ne laisse pas couler l’eau inutilement avec un robinet ouvert, je n’imagine personne se laver les dents tout en pompant de l’eau avec un pied qui appuie sur la pédale – si tout le monde avait ça, quelle économie d’eau sur la planète !
  2. on s’habitue à prendre des douches froides sur la jupe arrière plutôt que d’en prendre une chaude dans la salle de bains en ayant chauffé l’eau au moteur, et devoir pomper l’eau d’écoulement (la douche étant sous la ligne de flottaison), et là aussi, quelle économie d’eau, on se mouille un peu, on se savonne, on se rince vite, très vite, et on est propre comme un sou neuf avec, quoi, disons 1 bon litre d’eau, et la chair de poule en sus. On m’a dit qu’en grande traversée on se lave à l’eau de mer et on utilise de l’eau douce que pour le rinçage. Quand j’ai demandé si on avait une grande bassine pour laver le linge en grande traversée, il m’a été répondu, les yeux ronds, qu’on ne lave pas de linge en grande traversée ! parce que, ai-je insisté, j’avais entendu dire qu’on lavait le linge à l’eau de mer et qu’on le passait un petit coup à l’eau douce à la fin, haussage d’épaules (je sais qu’on dit haussement mais je préfère haussage, c’est le haussement avec une pointe d’accablement) pour clore le débat. Il faut que j’aille m’acheter d’autres shorts …
  3. mais la bonne idée écolo c’est d’acheter un réservoir à eau qui chauffe au soleil, c’est un sac noir qu’on suspend quelque part sur le bateau, il prend les rayons du soleil et chauffe l’eau qui est à l’intérieur, mais je ne l’ai pas encore testé, il faisait assez chaud pour ne pas avoir besoin de prendre une douche chaude et il faut s’endurcir la couenne que diable !
  4. il vaut mieux mettre des chaussures, ce n’est pas faute de m’avoir prévenue, mais je passe quasiment ma vie pieds nus, et quand on se pète un orteil dans une poulie, un chariot où je ne sais quoi, il n’est pas de bon ton de venir se plaindre, alors on pousse un long hurlement intérieur mais on la ferme pour ne pas subir de remontrances qui ne feraient qu’alourdir notre peine … chaussures, donc (je vous le dis, mais j’y arrive pas)
  5. le nom des outils ! indication importante : il faut lire la phrase suivante en accélérant le débit pour lire de plus en plus vite : si vous ne savez pas ce qu’est une clé à molette, une clé plate, une clé à rivet, une clé à pipe, une clé Allen (et pas à laine)(inventée par monsieur Allen ?) (my god je suis tellement formatée, je présuppose qu’Allen serait un mec parce qu’on parle bricolage 😯 !!!) , une vis à bois, une vis à ferraille, un écrou, un boulon, une lime à bois, une lime à métaux, si vous ne savez pas utiliser une perceuse, une ponceuse, poncer à l’eau avec du 600, dans quel sens on visse ou on dévisse, faire la différence entre le gazoline et l’essence, vous êtes … MORT !
  6. il faut dormir perpendiculairement au bateau quand il y a de la houle, comme ça on a le sang qui passe des pieds à la tête et de la tête aux pieds, tout autant inversement qu’inlassablement, plutôt que de passer dans la moitié droite du corps à la moitié gauche tout aussi inversement (et …), personnellement je n’ai pas réussi à apprécier le conseil à sa juste valeur, mais je vous refile le tuyau
  7. on secoue les miettes et on fait pipi sous le vent, sinon on se prend les miettes et le pipi en pleine poire (et on évite de pisser et de secouer les miettes à la fois, en même temps ça ne risque pas d’arriver parce c’est le marin qui pisse debout sur le bateau et la matelote qui secoue les miettes)
  8. ON MET DE L’HUILE DANS UN MOTEUR NEUF même si on croit qu’il y en a parce que le moteur a été testé avant d’être vendu, sinon le moteur neuf cintre et on n’a plus qu’à en racheter un et à attendre qu’il arrive pour pouvoir enfin lever les voiles et on dit juste au capitaine qu’il n’y a pas mort d’homme en remerciant le ciel qu' »on », ça ne soit pas soi 😕
douche solaire
clés Allen
et une fois qu’elles flottent sur l’eau, il n’y a plus qu’à regarder les poissons qui festoient

le pti supplément qui va bien

  • le côté du bateau qui prend le vent est au vent, et l’autre côté sous le vent, donc pour secouer les miettes ou faire pipi, on se met du côté sous le vent … et dos au vent, car si vous vous mettez face au vent même en étant du côté sous le vent, vous direz que je raconte n’importe quoi 🙂 – sur une île aussi il a un côté au vent (celui du côté où arrive le vent) et un côté sous le vent (là on aime bien être au mouillage car on est protégé du vent par l’île)
  • un tuina c’est un massage thérapeutique de Médecine Traditionnelle Chinoise
  • La ligne de flottaison désigne la ligne qui sépare la partie immergée de la coque d’un navire de celle qui est émergée

et à part ça … à suivre !

résultat des courses 2/2

coucher de soleil bien avant d’arriver au port

le déssalinisateur !

parlons-en !

là encore, tout un bazar qu’il a fallu installer, mais l’heure est venue de tester la bête et de nous payer de tant de labeur …

on plonge le tuyau qui va pomper de l’eau de mer dans l’eau de mer (pas le plus difficile), et on met celui d’où va couler l’eau adoucie dans le vide au-dessus de la mer (pas bien compliqué non plus) car il est bien précisé qu’il faut laisser couler l’eau pendant une demi-heure lors de la première utilisation avant de remplir les réservoirs, pour vous dire comme on respecte la notice, et on place le tuyau d’où sortira l’eau saumâtre au-dessus de la mer également, pour que ce mélange eau-douce/eau-salée n’aille pas dans le réservoir … je vous passe les détails de l’installation, regarder les photos suffira bien, à moins que vous ne soyez un fanatique, auquel cas vous pouvez me poser les questions qui vous taraudent et je ne manquerai pas de vous répondre 😉

pour faire tourner le merdier (le marin donne des petits noms charmants à toute chose), il y a un moteur, alors hop, on amorce le moteur, ici « on » c’est le capitaine qui s’active et moi qui le soutiens en restant à l’affût quelques pas derrière lui, au cas où je pourrais servir, ne serait-ce qu’à recueillir ses jurons (le capitaine est homme, ne l’oublions pas)

quand je vous dis que c’est tout un bazar
niveau BAC + 8 requis

au bout de plusieurs dizaines de tirages d’un coup sec sur la corde du lanceur manuel pour amorcer l’arrivée d’essence et chercher la compression, avec starter, sans starter, avec un peu de starter, pas longtemps, plus longtemps (on a tout essayé), le moteur démarre enfin, soupirs de soulagement de part et d’autre de l’équipage, il cale, crispation de part et d’autre de l’équipage, il repart, nos respirations sont désormais tributaires des caprices de ce fichu moteur, et puis hourra, de l’eau sort du bon tuyau, je peux enfin servir à quelque chose alors je file chercher un verre que je remplis à hauteur de 3 centimètres … ça cale à nouveau, mais bon, si ça a marché, ça remarchera ! en attendant que ça reparte, on goûte à l’eau, bien meilleure que le meilleur des champagnes, je saute mentalement de joie au cou du capitaine mais garde mes débordements pour moi, je sais me tenir (papa serait content de savoir qu’il n’a pas usé tant de salive pour rien)

j’t’en fiche ! si ça a marché ça remarchera ne doit jamais entrer dans liste officielle des proverbes qui dirigent notre vie … le moteur (neuf !) n’est jamais reparti, ce n’est pas faut de s’être échiné à tenter l’affaire, le cap’ et moi on s’est regardé avec effroi :

ON-NE-PEUT -PAS-PARTIR-SANS-DESSALINISATEUR !!!

n’ayez crainte, ce n’est pas une corde pour se pendre, mais tout simplement un nœud de chaise utile en de nombreuses occasions, j’y reviendrai

la mort dans l’âme, nous sommes rentrés au port …et arrivés de nuit … vous pouvez demander à tous les marins, en tous cas à tous ceux que je connais, arriver de nuit au port ou au mouillage, c’est la galère, et le capitaine, qui n’est pas un dégonflé, m’a dit de prendre la barre, faut bien que je m’habitue à me débrouiller, il ne veut pas d’un pleutre moussaillon à son bord … il m’explique comment faire, rien de tel que de vivre la chose dans ses tripes pour la graver à jamais dans sa cervelle (la relation cerveau-intestins n’est pas une légende) !

phare de fort Brescou le jour, qui dirige vers l’entrée du chenal
fort Brescou la nuit (de près -de plus loin on ne le voit quasiment pas !)
port du cap d’Agde : 3100 bateaux, soit 3100 places dont une seule à soi ! on y entre par le chenal que l’on voit en haut et à droite de la photo

je connais l’arrivée au port et le port de jour, donc le capitaine me demande quels sont les repères que je connais en approche : le phare de Fort Brescou et la cardinale Sud – tous deux ont des signaux lumineux la nuit que je suis sensée connaître puisque j’ai passé le permis bateau récemment, dans ma tête tout va bien

je regarde alors la mer et le ciel devant moi : noirs, tous deux, avec une myriade de lumières qui clignotent dans tous les sens : les maisons, les parcs d’attraction, le port et ses magasins, les bateaux, et dans tout ça, cachés, les éclats des bouées qui pourraient m’indiquer où passer, je mets mes lunettes, j’enlève mes lunettes, je plisse les yeux, les ouvre grands, finit par apercevoir les petits éclats du Fort de Brescou que je dois laisser à bâbord, rien d’autre, le capitaine me dit de descendre sur la table à cartes pour consulter les cartes (d’où son nom) et remonter en sachant ce que je dois chercher à voir, je dévale la descente, trouve les infos, remonte la descente (si), bafouille ce que je sais, regrette de ne pas m’être fait percer les oreilles comme les vigies-pirates …

le bateau avance vers le port, inexorablement, je piaille que je ne vois rien, et puis si, au dernier moment une bouée à éclats verts que je dois laisser à tribord, le capitaine me met en garde parce que je fonce droit sur la digue, il ne lève pas le petit doigt et reste imperturbable, je rectifie le tir, il me demande si je reconnais le port, non ! je ne le reconnais pas, j’avoue tout, serais même prête à confesser toutes les turpitudes de ma misérable vie, le supplie de prendre la barre, il reste inflexible …

vue aérienne d’une partie du port la nuit , bien malin qui pourra me dire où aller !

on a fini par y arriver, et le capitaine m’a dit que c’était bien, même s’il a dû manœuvrer en catastrophe pour que je ne défonce le bateau voisin avant de me rendre la barre, il m’a dit que c’était parce qu’il m’avait dit de faire pivoter le bateau un peu tard, peut-être pour me remonter le moral, j’ai pu à cette occasion admirer sa parfaite maîtrise, il me faudra encore quelques années pour y arriver je crois … mais j’y compte bien 🙂

le ciel du port, le lendemain matin, après avoir dormi comme une souche

on sait que quand on ressortira le bateau de son emplacement, ça sera pour le vrai départ, je me suis inquiétée auprès du capitaine de savoir si je savais suffisamment naviguer, il m’a répondu que l’envie compte plus que le reste, alors je suis parée de ce côté là

bon : il faut qu’on résolve au plus vite ce problème de moteur du déssalinisateur, qu’on charge le bateau de tout ce qu’il faut emmener, ça va prendre quelques jours …

à suivre !

la minute culturelle du jour 🙂

  • à bâbord c’est à gauche et à tribord c’est à droite, j’ai donc demandé au capitaine pourquoi on ne disait pas tout simplement gauche ou droite ? le langage marin me fait parfois penser aux curés qui parlaient en latin pour se différencier des non-initiés, mais n’y voyons pas malice, le marin est sain d’esprit 🙂 : bâbord c’est à gauche quand on est tourné vers l’avant du navire (Vessel en anglais), mais si on se tourne vers l’arrière du navire, la gauche change de place ! alors pour éviter de se paumer entre la gauche et la droite si on est face à l’avant ou à l’arrière du bateau, on dit bâbord ou tribord pour que ça ne change pas de place, dans cap de miol, les toilettes sont à tribord de jour comme de nuit, que j’avance vers l’avant ou vers l’arrière du bateau (faut quand même réfléchir)
  • la descente d’un bateau est une petite superstructure donnant accès, par une échelle ou un escalier, à l’intérieur du bateau, on l’appelle donc descente même quand on la remonte
  • la cardinale sud est une balise qui indique qu’il faut passer au sud de cette marque, ce qui sous-entend qu’il y a un danger au nord – quand on sait ça, on le sait pour les autres cardinales, à savoir est, ouest et nord – elles ont des couleurs spécifiques et, pour la nuit, des scintillements qu’il vaut mieux connaître pour ne pas s’échouer lamentablement sur un danger quelconque
  • les vigies des bateaux pirate se perçaient l’oreille pour y voir plus clair et, en auriculothérapie, l’endroit de la boucle d’oreille correspond parfaitement au point de la vue !
les balises cardinales

PS : ah ! je me souviens de la liaison malheureuse (on va voir si vous lisez jusqu’au bout 🙂 ) : je disais « cela va t’être » au lieu de « cela va être », et je ne suis pas la seule à le dire, j’entends souvent des journalistes le dire, d’ailleurs on m’avait fait la remarque quand je faisais de la télé, le réalisateur coupait et me disait de recommencer, c’est ça qui a fait que je me suis corrigée, parce que recommencer à tourner une séquence de gym depuis le début, ça fait rouspéter toute l’équipe, on n’a pas que ça à faire quoi !

résultat des courses 1/2

Comme on remonte vers le nord, à votre avis la photo c’est un lever ou un coucher de soleil ?

or donc, nous rentrâmes au port, si on le dit avec emphase on prononce « rentrame zo port » et on ne fait pas l’erreur grossière de le dire « rentrame tau port », ma remarque peut sembler excessive, mais je vous assure que bon nombre de nos semblables font ce genre d’erreur, j’ai moi-même longtemps fait une liaison malheureuse, je ne me souviens plus laquelle mais elle était bien malheureuse et j’ai mis du temps avant de me corriger, si je m’en souviens je vous redirai (en général je me souviens des choses en me lavant les dents, la tête ailleurs, et paf ! ça surgit des méandres de ma cervelle)

le lendemain de mes infructueuses tentatives de masque et tuba, la capitaine avait décrété qu’il allait m’accompagner pour m’apprendre, j’avais alors usé d’un habile subterfuge, du moins le croyais-je, en argumentant qu’il serait bien mieux pour lui d’aller se balader de son côté, que j’allais l’empêcher de se faire plaisir, et patati et patata, il m’avait stoppée net d’un « j’ai dit non ! » bien senti, et mon sang s’était littéralement figé dans mes veines pendant que mon corps se tendait comme un chien de chasse à l’arrêt : scrongneugneu ! il allait assister à un pitoyable spectacle et, honteux pour moi, m’abandonner sur une berge quelconque où je finirais ma vie de menu fretin (je vais voir si vous suivez)

je n’osais tout de même pas penser qu’il n’était qu’un orchidoclaste, mais j’aurais tout à fait pu …

il m’a dit de prendre un pare-battage comme bouée pour poser mes mains, et nous sommes partis côte à côte, lui à l’aise comme un poisson dans l’eau, et moi je vais économiser ma self-esteem en restant coite à mon sujet, mais bon, je me suis lancée et ai mis la tête dans l’eau, et ce que j’ai vu m’a proprement em-ba-llée … le coup de la bouée c’est super éducatif et ça m’a ôté mon stress (parfois je me dis que j’ai dû mourir noyée dans une autre vie de sorcière à qui on a fait le coup de voir si je flottais – c’était une fort judicieuse façon de voir si la nana était une sorcière : soit elle flottait, ce qui prouvait sa nature satanique, et on la brûlait aussi sec sans autre forme de procès, soit elle coulait et était de facto lavée de tout soupçon, et morte par la même occasion, j’ai dû couler) …

durant cette escapade aquatique je me suis régulièrement ébrouée comme un chiot sous un robinet car j’avais de l’eau qui me remontait dans le nez, et en voyant me débattre le capitaine me disait avec une désinvolture tout à fait vexante que je n’avais qu’à pas respirer par le nez … vu qu’il avait raison, je ne me suis pas permis de remarque, … mais j’aurais pu !

plus tard j’y suis même retournée toute seule, la prochaine étape c’est d’y aller sans le pare-bat’ et avec une combi pour éviter de me casser les dents en les claquant de froid à force de rester immobile dans l’eau pour regarder ce spectacle époustouflant … merci qui ? merci capitaine !

cette photo n’est pas de moi mais c’est ce que j’ai vu de dessus !

plus tard on a laissé cap de miol seul dans une crique pour aller manger un morceau en haut de la falaise, dans le restaurant du phare de cap de Creus, une vue à couper le souffle, ça me fait toujours drôle de marcher sur la terre ferme après avoir tangué quelques jours durant, je tangue toute seule mais personne ne se rend compte à part moi, c’est bizarre que les gens ne se rendent pas compte de ce qu’on ressent, vous ne trouvez pas ? et il y avait un groupe de rock qui déchirait sa race (comme on dit)

le groupe qui déchire sa race
et le capitaine qui s’éclate (avec modération) (il est chou non ? )

on a trouvé ça génial d’être seuls dans la crique, on a compris pourquoi on était seuls durant la nuit avec la houle qui nous berçait à nous cogner la tête dans la cloison, j’exagère exprès parce que ça me rappelle papa qui avait cette expression de dire que la mère avait dû bercer le gamin trop près du mur pour dire de quelqu’un qu’il était con 😀

mais c’est certain qu’on dort moins bien quand la houle est forte au mouillage et qu’on se lève en cata au petit jour parce que le bateau a dérivé vers les rochers et qu’il faut décamper vite fait ! une autre heure de gloire à mettre à mon actif 🙂 ! la vie serait tellement moins drôle si on était parfait ….

mais venons-en au résultat des courses, car ce petit périple avait pour but de tester le matos !

alors prenez note pour le jour où vous partirez aussi, tout motivé que je vous aurai rendu, ou motivée que je vous aurai rendue : les panneaux solaires font leur job, ils le font si bien qu’il a fallu les planquer pour voir si l’hydrogénérateur fonctionnait, parce que les batteries du bateau étaient à toc, alors on a mis des tapis de gym sur les panneaux solaires et fait carburer tout ce qu’on pouvait pour diminuer le niveau des batteries, et on a constaté que l’hydrogénérateur fonctionne à tout casser, je ne sais pas si des batteries peuvent exploser à force de charger, mais si oui, ça aurait pu arriver !

à propos de tapis de gym, faire des abdos à la gîte est tout simplement excellent car tout travaille, même les bras pour se retenir aux filières et ne pas tomber par-dessus bord, et les mâchoires aussi, excellente aide à la résistance !

l’hydrogénérateur pour sa première utilisation ; hourra !

par contre, drame : le déssalinisateur, lui … suspense !

(à suivre)

here we are to the PS (ne vous bilez pas, j’ai acheté une méthode assimil pour apprendre l’anglais pendant la traversée de l’atlantique) (ma grande sœur est prof d’anglais, coucou toi !)(j’ai aussi une sœur jumelle, coucou aussi !) (et un frère, vous allez bien tous les trois ?)

  1. Un orchidoclaste est tout simplement un casse-couille
  2. un pare-battage de bateau est un corps protecteur gonflable qui empêche les rayures et autres dommages sur la coque d’un bateau, lors d’une manœuvre à travers la marina, d’un mouillage ou d’un contact avec un autre bateau. Les pare-battages sont disponibles en différentes tailles et formes, j’ai nagé avec un plat
  3. un pare-bat’ c’est pareil mais ça montre qu’on n’est pas né de la dernière pluie
  4. Un hydrogénérateur est un appareil permettant de produire de l’électricité au moyen d’une hélice mue par le déplacement d’un bateau (d’où l’intérêt de savoir déplacer le dit bateau)
  5. Gîter : inclinaison latérale d’un bateau sous l’effet du vent ou d’une cause accidentelle (on va éviter l’option 2)
pare-bat’ plats
pare-bat’ cylindriques

aaaaah, voilà la suite !

le vent, ça rend tout décoiffé

… je vous passe mes tentatives pathétiques de survie en mode masque et tuba, j’ai fini tout de même par mettre la tête dans l’eau, et chance ! des poissons et des rais de soleil qui plongent dans les grands fonds, sinon de l’eau, de l’eau, encore de l’eau, et tout du bleu …

… et ma respiration

immense

de prendre tant de place dans ce silence …

mais alors ? pas de noyade ? pas de sauvetage in extremis, le capitaine arrivant à ma rescousse avec ses palmes et son air comprimé, sa bite et son couteau peut-on dire, me ramenant inerte à la surface de l’eau en héros ?… mé naaaaan, beaucoup trop vu, tellement surfait, que nenni, ridicule, jamais au grand jamais !! (évidemment que si que j’aimerais, je me navre de tant de frivolité)

Ça me fait trop poiler d’imaginer le capitaine avec un air comprimé (ça lui arrive)

mais rien de tout cela, au bout de quelques petites minutes de tête plongée dans l’eau, j’ai décidé que j’avais rempli mon contrat du jour (où a-t-on vu que tout serait à faire en un seul jour), déposé palmes, masque, tuba et maillot de bain sur la jupe du bateau et suis partie nager la brasse à oilpé, ce qui me paraît tellement plus adapté que d’explorer les fonds sous-marins chargée comme une mule, quelle liberté, quelle légèreté, rien d’autre que de faire corps avec la mer …

mais voilà que revoilà nos plongeurs émérites, qui mettent autant de temps à se débarrasser de leur barda quasi militaire qu’ils n’en n’ont mis pour s’équiper, racontent ce qu’ils ont vu, un petit mérou (le graal dirait-on à les entendre), le reste je ne sais plus à part des plantes subaquatiques, ils rincent et rangent leur matos sur la  jupe du bateau, je les regarde faire, les bras posé sur une barre du portique et le menton sur mes mains, absorbée par leur rituel hypnotisant, un petit zod arrive chargé de 2 personnes, teuf teuf teuf, ils ont vu que ceux qui venaient de remonter à bord de cap de miol étaient des plongeurs (à moins d’être aveugle il n’est pas possible de l’ignorer) et ils les interpellent : ils ont perdu leur mouillage et montrent un petit bateau à moteur amarré plus loin à un voilier (les proprios sont debout sur le pont, mains sur les hanches, et nous regardent de loin, espérant visiblement être bientôt délivrés), ils voudraient savoir s’il serait possible de les aider à le repêcher, le capitaine leur dit que le fond est de plus de quinze mètres et qu’il faut descendre avec une bouteille pour récupérer leur ancre, mais qu’hélas leurs bouteilles sont vides car ils viennent de plonger …

… deux secondes d’hésitation

tic tac

et il ajoute qu’il peut remplir une bouteille et venir un peu plus tard, il y a un compresseur à bord, les 2 gars se confondent en remerciement et repartent teuf teuf teuf …

pour autant, sortir le compresseur du coffre arrière n’est pas une mince affaire, le coffre arrière c’est comme une cale dans laquelle on tient pratiquement debout et qui sert à ranger tout un tas de matériel de bricolage, de pièces de rechange et d’outils divers, et le compresseur pèse un âne mort … mais le marin est ingénieux, il passe un anneau de friction (hé oui) sur une barre du portique, un bout qu’il accroche au compresseur et hisse et ho, tuituitui, le compresseur monte, les plongeurs l’installent sur la jupe arrière et là, c’est la fête, on peut le dire, je pense que remplir des bouteilles d’air comprimé avec un compresseur est une espèce de rêve à écrire sur la to-do-list d’une partie de l’humanité, la partie mâle j’entends, parce que la plongeuse ne s’intéresse pas du tout à cette activité, tandis que les garçons s’en donnent à cœur joie, le moteur fait un boucan de tondeuse à gazon qui déchire l’air pur d’un matin d’été, quand ils l’arrêtent, les gens des bateaux alentour applaudissent… 

Vue plongeante du coffre arrière bien rangé (si)
Anneau de friction dans lequel on glisse un bout (rappel pour les étourdis : prononcer « boute »)

le capitaine enfile l’équipement dont il s’était débarrassé peu de temps auparavant, je regarde à nouveau ce cirque et, paré de sa bouteille remplie à coup de décibels, d’un lourd et long bout destiné à remonter l’ancre, il s’éloigne en palmant sur le dos vers le petit bateau à moteur…. (je vous conseille d’imaginer la musique des dents de la mer pour ajouter au suspens de la scène, j’ai testé moi-même et ça met une intensité pas dégueu)

le plongeur arrive en vue du bateau à moteur et s’apprête à plonger
La posidonie n’est pas une algue mais une plante à fleurs sous-marine de Méditerranée. Ses peuplements, qui ressemblent à des prairies, sont en réalité des forêts offrant des services sans équivalent à l’échelle de la planète.

j’admire l’entraide entre marins, je ne vous raconte pas tout parce que sinon vous n’en pourriez plus, mais il existe entre eux une solidarité comme j’en ai rarement vu, un coup à redonner confiance en l’humanité à ceux qui douteraient de la partie généreuse et coopérante de l’être humain … je le regarde s’éloigner, donc, il est plus de 14 heures, on n’a pas déjeuné, il a plongé ce matin et replonge derechef, tout ça pour aller chercher une ancre que des inconscients ont perdue, et j’aime cette entraide, et je me dis que le capitaine est un sacré héros, parce que c’est ça pour moi le véritable héroïsme, ces petits actes du quotidien qui montrent qu’on a du cœur et qu’on s’en sert, plutôt que de se dire que c’est l’heure de l’apéro (l’ancre n’a pas été retrouvée, on n’y voyait goutte au fond, elle a dû s’enfoncer dans les posidonies) 

c’est le moment bienvenu des PS !

  • Qu’est-ce qu’un « zod » ? c’est l’abréviation de zodiac, quand on s’y connaît on ne s’abaisse pas à dire zodiac, on montre qu’on a de la route, qu’on sait ce que c’est qu’un zod, et c’est encore mieux quand on sait ce que c’est qu’un zodiac = bateau pneumatique à moteur, comme celui de la vidéo d’en haut. On l’appelle souvent « annexe », l’annexe bateau pneumatique est un bateau rattaché à un navire principal, qui permet par exemple d’aller à terre quand on est au mouillage, ou d’aller toquer chez un bateau voisin, ce qui est drôlement plus malin que d’y aller à la nage
  • Le compresseur haute pression est la machine qui permet de gonfler les blocs de plongée
  • le bloc de plongée ce sont les bouteilles de plongée, mais les plongeurs disent blocs, tout comme on dit zod, pour ne pas passer pour une nouille
  • je vous ai expliqué sous la photo ce que sont les posidonies, et l’on comprend qu’une ancre et sa chaîne (le tout = le mouillage) ont pu s’y perdre et que ce n’est pas de la mauvaise volonté de la part du plongeur qui finalement regretterait l’apéro
  • être au mouillage c’est l’action d’immobiliser un bateau en mer au moyen d’une ancre, en utilisant les apparaux de mouillage (chaîne, bosses, guindeau ou cabestan, etc.)
  • alors je suis comme vous, je me suis demandé pourquoi on ne dit pas « appareils » de mouillage, et bien voilà : les apparaux c’est le matériel d’équipement de navire permettant d’assurer des manœuvres de mouillage, d’amarrage, de remorquage, de levage ou de pêche… CQFD !

ultime PS du jour : sur la photo de l’anneau de friction, on voit ma serviette violette, un bateau se transforme vite en buanderie flottante, et cette fameuse serviette elle est en microfibres, une découverte pour moi, c’est super parce que ça ne prend pas de place, et on n’a pas beaucoup de place sur un bateau, ça essuie vachement bien et ça sèche vite 😉

le capitaine est un héros

titre fortement inspiré par l’enthousiasme du moment

dites, elle est pas belle cette mouette ?

vous allez finir par me dire que je parle beaucoup du capitaine, certes, mais force est de constater que je n’en suis qu’au début de mon aventure, que j’apprends à naviguer pour aller au-delà des mers et des océans rencontrer tout ce qui touche de peu ou de prou à de l’herboristerie, et que pour l’heure, à part les mouettes et les goélands, je ne vois pas grand monde … j’essaie de pêcher, alors oui, je parle aux poissons (que je ne vois pas plus qu’âme qui vive) mais qui pourraient au moins faire l’effort du sacrifice de leur petite vie pour nourrir la mienne, et j’avoue qu’à ce niveau de ma phrase, j’ai envie de croire que celle ci a plus d’intérêt que celle d’un menu fretin ? mais qui suis-je pour en juger, menu fretin moi-même ?

(Faudra quand même que j’apprenne à pêcher)(et que je médite sur cette notion de menu fretin)

Ah ! je vous dis ça et je pense tout de suite à quand l’expert est venu expertiser le bateau pour les assurances, il a noté qu’on avait un radeau de survie Viking, le nec plus ultra  des radeaux de survie a-t’ il assuré, avant d’ajouter que c’était tellement la classe que ça donnerait presqu’envie de s’en servir, ça m’a fait pouffer, mais le capitaine est resté de glace, on ne plaisante pas avec la survie nom d’une pipe en bois … enfin, le rapport avec la pêche c’est que si jamais, pour faire un rapport in situ à l’expert (et à vous par la même occasion) on se retrouve à tester le radeau de survie, ça serait une sacrément bonne chose que je sache pêcher …

Mais j’en reviens au sujet de cet article : que s’est-il bien passé qui fasse du capitaine un véritable héros ? 

Prenez votre temps, allez vous faire un thé, asseyez-vous confortablement… c’est bon ? 

Bon

… or donc, nous voici au mouillage dans une crique du cap de Creus en Espagne, pas loin de Cadaquès, un peu de monde et une voix qui interpelle le capitaine en passant près d’un bateau, au ralenti pour trouver la best place où mouiller l’ancre … hey ! Un pote de plongée ! trop cool ! ça se fait des signes de loin, je me demande tout de suite ce que je vais bien pouvoir faire à manger ce soir pour nourrir plus de monde (une ratatouille ?), le soir effectivement le pote de plongée vient dîner avec sa femme, qui fait de la plongée également, ce petit monde s’organise pour demain, faire quoi je vous le donne en mille … plonger (facile), on m’invite, je décline, je sais d’ailleurs que c’est par pure politesse car je n’ai jamais plongé de ma vie et le simple fait d’imaginer le faire prochainement pourrait presque me causer des insomnies si je n’avais une nature à dormir comme un plomb en dehors des moments d’enthousiasme intense qui peuvent me faire passer une nuit entière à garder les yeux ouverts au plafond comme si je pouvais y lire mon destin…

le lendemain matin, je regarde attentivement les préparatifs des plongeurs … oh, my, god ! en dehors de ceux qui font de la plongée, il est impensable de croire ce que j’ai vu de mes propres yeux ! quel barda, non mais quel barda ! il faut mettre une combinaison qui met au moins un quart d’heure à rentrer dedans tellement ça colle à la peau, enfiler des chaussons, des palmes, un masque, préparer la bouteille d’air comprimé, et tout ce qui va avec, des lests de plomb pour bien descendre dans l’eau, un ordinateur de plongée au poignet …

le plongeur part en pesant une tonne, à faire pâlir Thomas Pesquet et à se demander comment il ne coule pas à pic pour ne jamais remonter, je m’enhardis à demander au capitaine comment il va faire pour remonter (pas que je me retrouve toute seule à manœuvrer ce bon cap de miol) et il fait sa tête de quand la réponse est tellement évidente (pour lui) qu’il se pose la question de savoir si je suis bête exprès ou si je le fais marcher, pour me répondre qu’il gonfle sa « stab » comprendre le gros gilet qui porte sa bouteille, son détendeur et qui a des poches dans tous les sens …. Ouf, il finira par remonter, du moins ça reste possible … 

le plongeur assis sur la jupe à l’arrière du bateau, maintenant vous saurez ce que c’est que la jupe du bateau !

… voilà nos plongeurs partis, j’ai promis de m’entraîner à nager avec des palmes, un masque et un tuba, aussi je m’y emploie, cochon qui s’en dédie … vaillante plus qu’il n’en faut, j’essaie une de ces fichues combinaisons Néoprène et, de guerre lasse, laisse tomber l’affaire après une demie heure de tentatives infructueuses à me tordre dans tous les sens pour réussir à l’enfiler (à se demander si j’ai grossi) … bon, je passe aux palmes … okéééé … masque … je meurs presque, étouffée en 15 secondes chrono, au bord de l’asphyxie j’arrache le masque de mon visage, crotte de bique me voilà dans une sacrée mouise ! je dois y arriver ! j’ai promis ! mais comment faire pour tenir cette promesse faite, selon toute vraisemblance, à la hâte et en pure vanité ?! 

je reprends, méthodique, mets le masque sur mon front, glisse le tuba dedans et le prends dans ma bouche, descends le masque sur mes yeux et mon nez, m’enclins à respirer calmement (mes fesses, si vous me pardonnez l’expression), m’admoneste intérieurement et réussis à me calmer, du moins suffisamment pour que quiconque me verrait ne se porte pas aussitôt à mon secours en me pensant en détresse (bien sûr que je le suis) …

phase 1, ça va à peu près

phase 2, je descends le long de l’échelle du bateau et me trempe dans l’eau froide, heureusement que je ne suis pas engoncée dans la fichue combi, me dis-je, genre ça pourrait être pire, prends mon courage à deux mains et mets le menton dans l’eau, vouiiiiiiii, vas-y isa, …, allez vas-y isa, …, hop dans l’eau jusqu’en dessous des yeux … oui … oui oui oui ! … ah non non non, bon sang isa que tu es nulle ! j’ai jailli de l’eau comme un diable de sa boîte, tout est à refaire, y arriverai-je jamais ?

la honte me pèse aussi lourdement que le couvercle du ciel de Baudelaire …

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle

Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,

Et que de l’horizon embrassant tout le cercle

Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’Espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées

D’une vaste prison imite les barreaux,

Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées

Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie

Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,

Ainsi que des esprits errants et sans patrie

Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,

Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,

Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,

Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

aaaaah comme le temps passe vite ! je suis appelée à la manœuvre, vous ne saurez pas tout de suite de quel héroïsme le capitaine a fait preuve …

il va falloir attendre demain …

PS : quel pisse-froid ce Baudelaire 😀

PPS : j’espère que je n’ai pas grossi

PPPS : je pense que c’est obligé qu’il faut faire pipi dans sa combi comme Pesquet dans l’espace

PPPPS (après j’arrête) : du coup j’ai regardé la définition exacte de « mouise » : « pauvreté extrême, faiblesse, dénuement, etc. » … je valide – et j’adore le « etc »

Y’a pas à dire, le marin aime manœuvrer …

2 jours sans vent, pétole comme on dit, on n’entend que le clapotis de l’eau sur la coque et le grincement d’une poulie par ci, du hale-bas par là, de temps à autre un souffle d’air vient faire à peine gîter le bateau pour le sortir de sa torpeur, on croit que c’est gagné, que dalle, mais ça suffit pour que le capitaine se dresse comme un seul homme – je sais bien qu’il est tout seul, mais l’expression n’en reste pas moins très visuelle … essayez un peu de l’imaginer si je vous dis juste qu’il se dresse, plutôt que d’ajouter comme un seul homme … allez-y, imaginez le …. vous y êtes ?

Alooooors ?

Vous voyez la différence ?

La majesté que cela ajoute au geste ?

Mmmmmmh ?

donc, tout dressé qu’il est, le capitaine se met à tirer sur des bouts, à donner un tour de manivelle à un winch, à border, à choquer, même un tant soit peu pourvu qu’il y ait de l’action, car oui ! à peine un souffle d’air et le marin saute à la manœuvre, d’où le titre de cet article, parce que j’ai beau ne pas m’y connaître, je vois bien qu’il ne s’est rien passé, que le bateau a continué sa lente avancée sur cette mer d’huile, mais que ça occupe son homme de tirer sur les ficelles … 

on pourrait alors croire qu’il n’y a vraiment rien à faire quand c’est pétole, grossière erreur, il y a les vagues à regarder, et puis le ciel, et puis la grand voile blanche qui se découpe sur le ciel bleu, la lumière de l’air, et puis celle de l’eau, et puis, surtout, il y a tout le ciel à respirer 

ciel que l’on aperçoit ici depuis le capot car nous avons affaire à un capot mesdames zé messieurs, et non pas à un vulgaire hublot ! le hublot s’ouvre vers l’intérieur tandis que le capot s’ouvre vers l’extérieur, ce qui évite de se prendre de l’eau plein la tronche quand on cuisine tandis que le temps est à la pluie ou la mer capricieuse, et il faut avoir déjà navigué pour faire ce choix éclairé (autant dire que le choix ne relève pas de mon initiative)

cuisine que voilà, ma première fois que je cuisine pour de vrai sur le bateau (ma tête à couper qu’il y a de la ratatouille là dedans) : les casseroles sont bloquées et la gazinière peut se balancer pour rester toujours à l’horizontale même à la gîte, bien que l’on m ‘ait prévenue que par gros temps il faut cuisiner en ciré et bottes pour ne pas se faire ébouillanter en cas de débordement – ce à quoi j’ai rétorqué « ah bon, on cuisine même par gros temps ? » et où il m’a été répondu « bin, faut bien manger ! »

Bout (se prononce « boute ») : le nom des cordages sur un bateau, encore que le cordage qui sert à régler une voile s’appelle une écoute et celui qui sert à hisser une voile s’appelle une drisse – on dit « passe-moi le boute » 😉

Border une voile : ramener la bôme vers l’axe du bateau pour tendre la voile, et choquer : éloigner la bôme de l’axe du bateau pour donner du mou, détendre la voile – la bôme étant le tube (que le dieu des marins me pardonne d’utiliser ce mot païen) perpendiculaire au mât sur lequel la partie inférieure de la grand voile est fixée

et ça c’est un winch, ça permet de ne pas se tuer à la tache quand on doit tirer sur les cordages, oops, les bouts ou les écoutes ou les drisses !