Inénarrable Fakarava que je vous narre

On mouille près de la passe sud de Fakarava, à Tetamanu, et on n’est pas les seuls, au point qu’on doit carrément se faufiler entre les bateaux et relever l’ancre qu’on avait descendue pour s’en écarter un peu afin de ne pas risquer de jouer aux bateaux-tamponneurs si le vent venait à tourner.

nous mouillons là après la tentative au niveau du petit rond jaune
vue large

Ça a l’air super beau (cf la photo du haut) et habité, c’est excitant ! donc après s’être posés un peu, malgré notre fatigue nous mettons l’annexe à l’eau et filons voir ce qui se passe à terre, et il se passe qu’il y a des clubs de plongée et que, justement, ce soir une plongée nocturne pour aller voir les requins est organisée et oui le capitaine peut s’y joindre, on n’a que le temps de retourner au bateau pour que le capitaine se prépare, que je lui fasse avaler au moins une banane séchée parce que tu ne peux pas aller plonger sans manger après avoir si peu dormi la nuit dernière ! je rajoute des figues séchées et des amandes, il gobe le tout sous mon œil inflexible et s’éloigne en annexe dans le soleil couchant pour rejoindre ses futurs nouveaux amis de plongée, j’en profite pour bosser

Quand j’ai connu le capitaine, j’ai voulu le connaître, alors je lui avais posé quelques petites questions pour voir à quoi il ressemblait, et une fois je lui avais demandé ce qu’il aimait comme musique, il m’avait répondu « Desperado » des Eagles, ce à quoi j’avais répondu à mon tour « tu es un peu cow-boy alors » , il s’en était défendu avec véhémence, tout sauf un cow-boy, vous pensez bien que ç’aurait été le comble pour un marin … en tous cas, depuis, c‘est cette musique qui est sienne sur mon téléphone, mais maintenant je sais qu’il est un grand fan de Brassens au point que cela m’étonne au possible qu’il m’ait à l’époque avancé ce titre des Eagles, le mystère demeure (mais pour tout dire, au risque de provoquer le courroux des fanatiques de Brassens, je préfère entendre Desperado quand le capitaine m’appelle plutôt que pour donner la gougoutte à son chat, tous les gars tous les gars du village étaient là lalalala, étaient là) (flûte, je vais avoir la chanson toute la nuit dans la tête) (j’vais la chantonner au capitaine pour lui faire plaisir tiens)

Il revient tout heureux de sa plongée mais me dit qu’il n’était pas plus tranquille que ça parce qu’il y avait des dizaines de requins qui commençaient à s’énerver et à approcher les faisceaux des lampes torche du petit groupe de plongeurs (ils étaient 4), donc heureux de sa plongée et content que ça se termine, on mange un morceau et on s’effondre de sommeil, il est bien tard

je suis bien contente d’être restée au bateau

Et le lendemain, avant de quitter cette passe Tumakohua mondialement connue mais trop fréquentée (classée réserve de biosphère par l’Unesco, ça attire la chaland et c’est pas pour rien qu’on est là) nous sautons dans l’annexe avec palmes, masques et tubas pour nous en rapprocher au plus près, arrivons au village de Tetamanu

voir en vrai un truc qui faisait rêver, y’a pas à dire, c’est puissant
des requins à pointe noire se baladent sous les pontons

Nous attachons l’annexe à un poteau malgré le panneau qui annonce que ça nous coûtera 5000 francs de s’amarrer là, nous aimons vivre dangereusement, et partons à la nage, moi toujours flaquée de mon pare battage en guise de bouée malgré les protestations du capitaine qui m’assure que je n’en ai pas besoin, on voit bien qu’il n’est pas dans ma tête …

Je ne sais pas si de ma vie il me sera donné à nouveau la possibilité de voir autant de poissons, de requins, de coraux, des centaines et des centaines de poissons en bans, de toutes les couleurs, de toutes tailles, poissons-napoléons, poissons-papillons, poissons-perroquets, poissons-anges, chirurgiens, balistes, nasons…au milieu de dizaines de requins gris ou à pointe noire qui slaloment horizontalement avec leur œil perpendiculaire, impassibles et presqu’aveugles, le tout dans une sérénité quasi fraternelle, c’est magnifique … extraordinaire …

ces photos ne sont pas de moi, je ne suis pas équipée, mais c’est ce que j’ai vu et plus encore

Temps de repartir, à croire que le capitaine se lasse vite, moi je serais bien retournée regarder les poissons mais la vraie vie nous rejoint où que l’on se trouve, on lève l‘ancre pour filer sur Hirifa, plus loin dans l’atoll, beaucoup moins de poissons en se penchant par-dessus bord, je me demande comment ça se fait et je dis au capitaine que sûrement à Tetamanu ils doivent donner à manger aux poissons, autant de poissons garantissant la venue des touristes et leur gagne-pain, ça serait tout à fait plausible …

le temps se couvre à Hirifa et ça donne des ciels superbes et des éclairages incomparables

Puis on file à l’étape suivante, Rotoava au Nord de l’atoll, ça nous le fait longer tout du long

on regarde tout de même s’il n’y a pas de patates de corail sur le chemin, des fois c’est moi qui m’y colle sur l’étrave

Plus on s’approche de Rotoava, plus il y a de people, on mouille devant l’église  

c’est civilisé dis donc

Un cata vient mouiller juste derrière nous, vraiment très près, ses occupants nous font signe et s’excusent d’être presque collés à nous, nous invitent à boire l’apéro pour la peine, Sylvain et Isabelle nous accueillent chaleureusement à bord d’Oxygen, nous expliquent qu’ils ont mouillés précipitamment à cause d’un fil de pêche coincé dans leur hélice, leur ami autrichien Franz nous rejoint, il navigue sur un autre cata, le Bright Star, il parle à peine le français alors je me demande comment il fait pour suivre nos échanges car nous échangeons spontanément comme si nous nous connaissions depuis moult … on passe un excellent moment, Sylvain et Isabelle sont drôles et enjoués et Sylvain me ressert du pastis et du ti punch au capitaine, ça détendrait même un macchabée en chambre froide, à un moment donné, et je ne sais plus pourquoi (le rhum, va) Sylvain nous balance, avec un sourire en coin, comme si on n’avait qu’à se tenir à carreaux

– il y en a d’autres des zisabelles !

ni une ni deux je lui renvoie la balle à toute volée

– et il y en a d’autres des capitaines, ducon !

Alors le ducon est sorti tout seul, le pastis a de ces secrets et puis bon, faut pas pousser mémé dans les orties, j’entends le capitaine qui s’exclame

– ah mais non !!

avec de grands signes de dénégation … my god on pourrait croire qu’il ne veut pas qu’il y ait d’autre capitaine ? est-ce possible ?! est-ce bien vrai et bien réel ? ou me méprends je ?!  je le regarde s’agiter sur son siège, me dit que ça a bien l’air de vouloir dire qu’il n’a pas envie que je change de capitaine, ô merveille ! ô prodige ! que l’on resserve du rhum au capitaine séance tenante et qu’il en soit ainsi tous les jours que Dieu lui prêtera vie ! (hips) … pour tout dire ça m’arrange, follement, je ne veux pas ni jamais au grand jamais d’un autre capitaine que lui (je ne dis pas le mien car je suis absolument contre l’idée de posséder une personne, on n’appartient qu’à soi), est-ce sa réaction, est-ce le pastis, je suis aux anges (Figuré – être dans un tel transport de joie que l’on en paraît extasié)

l’intérieur de l’église pleine de décorations en coraux et coquillages
et en nacre
le bleu c’est cool, mais les gris ne manquent pas de mine !

Bien entendu il faut régulièrement faire de l’eau et cette fois, quelle guigne, le déssalinisateur foire, alors le capitaine passe 2 jours à le réparer, il fabrique lui-même une pièce de rechange et ça lui prend des heures et des heures, c’est délicat et ça demande du doigté, si ça ne marche pas il faudra trouver de l’eau ailleurs, c’est moins pratique … au moment de voir si son bricolage fait merveille il pleut des trombes alors on ne peut pas le relancer, on se demande si ça va repartir, en attendant le capitaine prend des bidons et les emporte dans l’annexe pour aller les remplir à un robinet près du quai, l’eau est gratuite à Faka (on dit Faka).

Le déssalinisateur repart, ça dure un bon quart d’heure et puis une courroie à l’intérieur casse, c’est foutu, il faudra réparer ça à Tahiti parce qu’ici on ne trouvera jamais la courroie de remplacement, Dieu a donné, Dieu a repris

On reste quelques jours et je vais faire de menues courses de ce que je peux trouver dans les supermarchés d’ici, entendez des mini-supérettes où il n’y a même plus de bière (pas que je voulais en acheter – on en a encore – mais j’entendais des gars se lamenter qu’il n’y avait plus une seule bière à Faka) ni de légumes, j’achète les 6 dernières pommes de terre qui restent au fond d’un carton, du jambon fumé, du chocolat (ouf) et des œufs, et repars vers le quai, Rimbaud, pas Arthur mais Henri, me ramasse au passage dans sa 504 pickup qui n’a plus aucun habillage à l’intérieur, un volant et un changement de vitesse d’époque, me voilà McFly assise dans la DeLorean à côté du Doc, mais lui a travaillé pendant 40 ans à la météo, il se plaint que pour les prévisions de la Polynésie il n’y a aucun polynésien recruté mais que des théoriciens qui ne connaissent rien aux subtilités de la région, il me raconte qu’il appelle souvent météo France pour leur expliquer ce qui va se passer ici mais on l’envoie paître comme un vieux cheval bon pour l’abattoir, il me conseille de prendre les infos météo d’Hawaï et pas de la France, elles sont plus fiables, je répète ces précieuses informations au capitaine qui n’en a cure, il a ses habitudes sur Predict Wind Offshore, Windy et Windguru. Je rapporte les pommes de terre au magasin parce qu’elles sont toutes pourries à l’intérieur, plus de patates, le capitaine va avoir grand peine !

« O flots abracadabrantesques ! Prenez mon cœur, qu’il soit sauvé. »

Arthur Rimbaud

le mouillage de Rotoava

Et puis on loue des vélos pour aller jusqu’au phare en pyramide et voir ce qui se trame sur cet atoll, le loueur veut me régler ma selle mais je lui indique que je suis bien avec les deux pieds posés bien à plat au sol, il échange un regard avec le capitaine et les deux s’esclaffent en évoquant la possibilité de me laisser pédaler dans cette position pour que je foute la paix au capitaine pendant les deux prochains jours, j’ai droit à un mais enfin isabelle tu as déjà fait du vélo ! appuyé d’un regard assassin, oui et alors, on me remonte la selle jusqu’à ce que je sois sur la pointe du bout de mes gros orteils, folle instabilité, et c’est parti mon kiki (quand j’étais gamine le Père Noël m’a apporté un mini-vélo jaune, j’avais dû drôlement bien travailler à l’école pour avoir droit à un mini-vélo, mais jaune ! je détestais le jaune ! j’avais carrément honte qu’il soit jaune, j’enviais ma sœur jumelle qui en avait un de je ne sais plus quelle couleur mais beaucoup plus acceptable que le jaune, ça a gâché toute mon enfance)

Après quelques bons coups de pédale, nous arrivons au fameux phare, une des rares attractions touristiques terrestres de l’atoll, et quand je dis rare c’est pour ne pas dire la seule, mais je me garde une marge au cas où je découvrirais d’autres trésors sur ce motu. Le monument a été construit en 1957, je dis au capitaine que je pensais que c’était beaucoup plus vieux avec cette histoire de pyramide, genre au moins 200 ans, il ouvre les bras avec, je le sens nettement, même derrière ses lunettes noires, une lueur de condescendance dans la prunelle

– mais enfin isabelle ! il y a du ciment ! (Un bon point pour lui)

– oui, et bien il aurait tout à fait pu être rénové (comment que je retombe sur mes pattes ! quel talent !)

voilà comment le capitaine a garé son vélo, on appréciera
et moi le mien, j’ai un sens de l’esthétique certain

On réenfourche nos montures et on file jusqu’à la passe nord de l’atoll par où nous partirons demain, la route pour s’y rendre est une piste pleine de cailloux et de trous et comme nos vélos sont des vélos hollandais sans aucun amortisseur, je sens mes articulations se déliter à chaque cahot mais n’ose me plaindre car le coup du réglage de la selle est suffisant pour la journée, le capitaine a dit que j’étais un poème mais a priori ce n’était pas un compliment

c’est plat les atolls

En revenant on a 20 nœuds de vent dans la gueule (j’évite en général de dire des gros mots, ou alors c’est vraiment pour marquer le coup, mais il faut bien se faire au langage marin, encore que je pourrais dire le vent dans le nez, mais les marins que je connais disent dans la gueule et je ne voudrais pas paraître bégueule justement) (bégueule, adj, qui s’offusque de choses insignifiantes ; qui est d’une excessive pruderie), je dis au capitaine que même si on a du vent plein nez, je suis sûre et certaine que ça monte parce que je dois pédaler comme une damnée, il se fout de moi, m’ affirme que c’est plat et ajoute

– Suce-moi la roue !

Alors est-ce une métaphore inconnue de ma naïve mais néanmoins rendante-service personne, je m’interroge sur ce que le capitaine attend de moi tout en pédalant avec audace, il m’explique qu’en cyclisme ça veut dire qu’il faut je colle ma roue avant à sa roue arrière pour être aspirée par sa vitesse et moins sentir le vent, ah bon d’accord, de tout le zèle dont je suis capable je me mets à lui sucer la roue, maladroitement au début car j’ai peur d’être malhabile et de nous faire choir pendant la manœuvre et puis je m’enhardis et devient plus habile les kilomètres aidant, le capitaine m’ayant expliqué comment bien m’y prendre … et comme il a ajouté (en substance) que dans les pelotons il y a toujours un gars payé pour qu’on lui suce la roue mais pas pour gagner et que le vainqueur le double sur la fin, tout pas fatigué de s’être économisé ainsi, quand on  arrive en vue du yacht services qui nous a loué les vélos, je déboite de derrière le capitaine et fonce pour le doubler en éclatant de rire, j’entends sa voix derrière moi t’es terrible toi ! autant vous dire que je le bats à plates coutures (mais il n’a pas joué le jeu, le capitaine n’est pas joueur)

au besoin !

Mis en retard pas ce sacré vent, nous rendons les vélos à 17h22 alors que le yacht services ferme à 17h (mais ils habitent là alors c’est pas si pire), la sympathie du tenancier s’est muée en une sourde et muette hostilité, fini la rigolade, parce qu’avant qu’on ne parte il était drôlement sympathique à nous raconter tous les mauvais coups que lui font subir les navigateurs, et quand il avait demandé le nom du bateau et que nous lui avions répondu Cap de Miol (on n’a pas menti pour s’enfuir ensuite avec les vélos, notez bien) j’ai commenté

– ça veut dire tête de mule

et ajouté avec un grand sourire, ce qui l’avait bien fait marrer

– tu as trouvé ton maître !

notre complicité du moment est morte dans l’œuf pour un retard de 22 minutes 

on s’approche de la passe nord pour s’en aller, c’est fou de se voir sur Navionics grâce au GPS !

Et puis changement d’atoll pour Toau, rien de particulier à vous raconter, encore que, on n’a pas eu à descendre l’ancre car il y avait des bouées et j’ai manœuvré le bateau pour arriver le plus près possible de la bouée afin que le capitaine l’attrape avec la gaffe, il n’a rien eu à redire à part que je suis arrivée trop lentement, n’empêche qu’on a réussi du premier coup et que c’est ça qui compte n’est-ce pas

2 jours plus tard, c’est dimanche et on repart de ce mouillage sur corps mort pour aller anse Amyot, autre mouillage de Toau mais à l’extérieur de l’atoll,  il faut  donc sortir par la passe alors que le temps n’est vraiment pas de la partie, 30 nœuds de vent, des grains, on en a vu d’autres donc bon, mais en vue de la passe le mascaret me fait déglutir …

et on est loin

Nous nous mettons à roder devant la passe comme des hyènes attendant leur festin, les données sur l’heure d’étale de marée haute ou basse étant incertaines (curieusement sur Navionics ce n’est pas toujours précisé, on a passé toute une soirée à essayer de comprendre comment fonctionnait le fichier excel de Gestimator pour calculer la marée, en vain, faut être ingénieur au minimum pour se servir de Gestimator, génie c’est encore mieux), le capitaine a sa tête des grands jours et le ciré assorti, il prend la décision de tenter l’affaire sous la pluie battante, le contraire m’aurait étonnée car il n’est pas du genre à rebrousser chemin, moi je n’ai pas le moindre complexe à ce niveau …

Je saute sur une éponge pour enlever l’eau de pluie là où je vais m’asseoir dans le cockpit, descends enfiler en titubant (le capitaine est déjà dans la passe et on s’est mis à danser) mon ciré, prends la tablette et rebondis dans le cockpit, le bateau roule jusqu’à des angles inexpérimentés jusqu’à aujourd’hui, tiens-toi isabelle ! le bateau penche tellement que le capitaine s’accroche à la barre opposée à son côté, il barre à tribord en s’accrochant à bâbord, le corps incliné à 30 degrés, les vagues déferlent carrément dans le bateau, je fais oooooooh ! tout en me disant qu’il n’y a aucune raison que le bateau se retourne puisque il est donné pour passer dans des vagues de 8 mètres et plus, on en est loin mais les vagues sont super rapprochées et croisées, c’est ça le hic et c’est ça qui balade autant le bateau, et flatch ! encore une vague qui déferle dans le bateau

– ça va pas le faire ! crie le capitaine au bout d’un moment durant le quel je me retiens bravement de bramer

Hop demi-tour, on se prend les vagues de travers, le bateau est plein d’eau, on revient sur nos pas mais avec le courant sortant face à nous on avance lentement, on est freiné et de grosses vagues nous rattrapent, je préviens le capitaine qui ne les voit pas puisqu’elles arrivent par derrière, il slalome pour éviter qu’on se les prenne dans le bateau, il voit à ma tête quand une vague va nous tomber dessus (😨😱) , et petit à petit nous revoilà dans l’atoll, plus au calme, il se retourne, râle aussitôt qu’il est passé trop au centre et qu’on va retenter le coup plus sur le côté

– ah mais moi je ne retourne pas là-dedans ! index-pointé-je vers le mascaret

– CALME TOI !

Mais je suis – calme ! non mais attends ! eh ho c’est pas la fête du slip non mais ?!

– mais on peut attendre demain !

– ça sera pareil demain ! (d’où qu’il le sait pour être si catégorique ? il ment ! ma main à couper que le capitaine me ment !)

– bin alors on attend 3 jours s’il faut !

– on sera en retard sur le programme !

Mais il est où son programme pour que je le mâche et l’avale jusqu’à la dernière boulette ?!

– ou alors (ça pense vite un cerveau) (mâle, je précise) on mouille à côté de la passe et on sort à l’étale de 16 h (il a noté sur son fichu programme qu’on partirait aujourd’hui, toutes les solutions vont être débattues)

– déjà ce n’est pas sûr que ça soit mieux tout à l’heure et ensuite on n’a que 22 miles à faire alors on ne va pas passer la nuit à avancer au ralenti

– sinon demain matin vers 4h30 (la manipulation grossière ! genre c’est maintenant ou ça sera pire plus tard, tremble, carcasse !)

– mais il fera nuit ! Comment tu veux passer avec de telles vagues s’il fait nuit ?!

en plus il flotte

Finalement, on retourne au mouillage qu’on avait quitté 2 heures plus tôt, je ne sais pas si le capitaine a opté pour la facilité ou pour m’épargner, le saurai je jamais, j’entends Sylvain d’Oxygen qui nous appelle sur la VHF, je fonce pour répondre comme une grande, c’est marrant de parler à la VHF

– on vous a suivi sur l’AIS, vous avez été prudents, c’est bien !

– tu penses ! c’est parce que c’est moi qui ai insisté, le capitaine est une tête brûlée et il voulait y retourner !

On est invité à aller déjeuner chez eux, on y passe le reste de la journée sous une pluie incessante, on est drôlement mieux que de naviguer par ce temps, Isabelle a même fait de la mousse au chocolat, on se marre comme tout, on passe un super chouette dimanche, Sylvain nous informe qu’à Toau on peut y entrer comme on veut mais qu’on ne sait jamais quand est-ce qu’on peut en sortir, heureusement qu’on est revenus !

On voit : notre entrée le premier jour, jusqu’au mouillage, puis retour vers la passe avec allées et venues, tentatives de sortie et retour au mouillage

A savoir A-BSO-LU-MENT

  • L’association 193 est l’une des principales associations sur le dossier du nucléaire en Polynésie française, 193 comme 193 essais nucléaires, l’équivalent de 800 bombes d’Hiroshima. De 1966 à 1996, les atolls de Mururoa et Fangataufa ont été le théâtre de ces 193 essais nucléaires, qui ont eu des effets sur la santé et l’environnement des populations. Une enquête commandée par le ministère de la Défense à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) n’a pas réussi (voulu ?) à mesurer ces effets déplorant un manque de données. Le rapport publié le 24 février 2021 a provoqué la colère des associations des victimes, notamment la plus importante d’entre elles, l’association 193, qui a évoqué du négationisme.
tir sur ‘atoll de Mururoa en juin 1970

En savoir plus : https://www.radiofrance.fr/franceinter/30-ans-d-essais-nucleaires-en-polynesie-une-table-ronde-organisee-a-paris-8919270

Edifiant : https://youtu.be/7m3ij6LvIVE

  • Pourquoi autant de poissons dans la passe sud de Fakarava et pas dans le reste de l’atoll ? Cette passe sud est traversée d’un courant modéré qui permet le développement de tout un écosystème – coraux, poissons, mollusques – et offre un espace de vie idéal pour les requins gris. Cette concentration de requins n’est pas le fait du hasard parce que de nombreuses espèces de poissons viennent s’y reproduire et deviennent la proie des requins
  • 504 pickup, mais celle d’Henri Rimbaud était une épave, certes gaillarde, mais une épave
  • Mythique DeLorean
  • Ce qui me fait penser à la paire de baskets Nike qui se lacent toutes seules enfilées par Marty : elles ont d’abord été créées exclusivement pour les besoins du film puis ont été mises une première fois sur le marché en 2011, sous l’appellation Air Mag, mais sans le fameux laçage automatique qui faisait leur émerveillante spécificité. Le 21 octobre 2015, date du voyage dans le temps de Marty dans Retour vers le futur 2, Nike commercialise une paire de baskets autolaçantes semblable à celle du film, baptisée Nike Air Mag Back to the Future. Pour se la procurer, il fallait avoir beaucoup d’économies (environ 30 000 € la paire) et pas mal de chance (elle était disponible en moins de 100 exemplaires et sur tirage au sort). Les recettes liées à la vente de ces chaussures uniques ont été reversées à la fondation de Michael J. Fox luttant contre la maladie de Parkinson.
  • Voir la vierge : locution verbale – Etymologie en référence à l’apparition mariale – voir la vierge, figuré : rêver – « t’as vu sa tête d’ahuri, il a vu la vierge ou quoi ? »
  • Tremble, carcasse : « Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener ! » Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675) se parlant à lui-même, en 1667 en s’apprêtant à reprendre du service, vingt ans après sa brillante guerre de Trente Ans. Autre version du mot : il parlait à son cheval Carcasse, avant sa dernière bataille, en 1675. De toute manière, c’est le mot d’un très courageux soldat de Louis XIII et Louis XIV, promu maréchal de France à 32 ans.
  • On dit : « Eh oh c’est pas la fête du slip, non mais » quand quelqu’un nous offusque, nous choque et qu’il se permet tout.

Le jour où je vais plonger à Tahanea

vue de la cuisine

Nous voilà donc dans l’atoll de Tahanea, à l’abri du vent derrière un motu, et c’est tant mieux parce que du vent, pour en avoir il y a en a, le joueur de flûte s’en donne à cœur joie (le vent fait vibrer la balancine ou les drisses, ça nous invite un joueur de flûte à bord) et si ce n’était la chaleur ambiante, on pourrait croire qu’il y a un blizzard terrible et que le bateau est carrément pris dans les glaces. Heureusement, le bateau étant tourné face au vent, nous sommes protégés par la casquette du cockpit, par contre dès qu’on en sort on s’en prend plein la tête et je me remets bien vite à l’abri en faisant brrrrr !

Le lendemain (je pourrais dire de bon matin, ça rimerait mais ça serait faux et on ne va pas se mentir) on va faire un tour sur le motu, on pourrait croire que c’est du sable rose mais en fait c’est du corail pilé, on s’en rend très bien compte quand on marche pieds nus, le capitaine a insisté pour que je prenne mes chaussures de pont en plastique afin de ne pas m’écorcher en sautant de l’annexe, c’est éminemment notable parce les chaussures de pont c’est exclusivement pour le pont du navire isabelle ! afin de ne pas le salir, le capitaine pense donc, si je puis tirer une conclusion de ce seul fait, que la sécurité de mes pieds vaut mieux que la propreté du pont, c’est le genre de truc qui suffit à me rendre totalement dévouée à lui corps et âme (il ne me faut pas grand chose) (je suis comme un petit chien en fait, un biscuit, une caresse, et c’est à la vie à la mort)

Sans soleil ça devient gris

Parfois on dirait que le sol bouge sous nos pas, je manque de me casser la figure sur ce sol meuble avant d’apercevoir des mini Bernard l’Hermite qui se sauvent à mon approche, j’en filme un et le capitaine pose son doigt à côté pour vous montrer leur petite taille (vous penserez à le remercier, ça lui fera chaud au cœur)

ce n’est pas le capitaine qui a un gros doigt mais c’est le Bernard l’Hermite qui est minuscule

Comme le vent perdure, et qu’on n’a pas la moindre connexion internet ou téléphonique, avec le capitaine on décide d’employer ce temps bloqués ici intelligemment, à savoir caréner le bateau, on sort tout le ramdam, la bouteille à air comprimé, le compresseur pour la remplir (il faut quasiment tout sortir du coffre du cockpit pour trouver le compresseur au fin fond, le sortir à l’aide d’une poulie et du winch car ça pèse un âne mort, puis ranger tout ce qu’on a sorti, ça prend la matinée), la combi et la stab, masque, tuba, palmes, chaussons, cagoule, gants, installer les bouts (les cordages pour ceux qui viennent d’arriver) sous le bateau pour que le capitaine s’y accroche pour passer la brosse sur la coque, moi j’enfile ma combi tranquillou, mon masque mon tuba et mes palmes et je vais faire une petit tour pas loin pour voir les poissons dans les patates de corail, on dirait que certains coraux sont des nurseries parce qu’on voit les mêmes poissons qu’un peu plus loin mais en minuscule, c’est trop joli, et puis je reviens en hâte au bateau parce que d’un coup je culpabilise de laisser le capitaine nettoyer le bateau pendant que je musarde, j’attache d’autres bouts le long de la coque et attaque le nettoyage de la ligne de flottaison à la paille de fer, en deux jours et 3 remplissages d’air comprimé dans la bouteille du capitaine, le bateau est rutilant, ça fait plaisir parce que ça pousse hyper vite les algues et les coquillages, on a bien perdu 2 kilos chacun de s’agiter comme ça, et comme le compresseur est de sortie, et que le capitaine est en veine de vouloir me récompenser pour le travail accompli, en finissant de ranger ses affaires il redresse la tête vers moi et déclare

– demain on plonge tous les deux

et c’est sans appel

Le lendemain, donc, le capitaine a bien tout préparé les affaires (deux bonnes heures), nous les hissons tant bien que mal dans l’annexe pour aller près du rivage, là où j’ai pied, afin de réaliser ce baptême de plongée imposé, sinon je crois que jamais je ne l’aurais fait … une fois descendus dans l’eau jusqu’à la taille, le capitaine m’enfile tout le harnachement et me voilà avec le gilet de stabilisation et la bouteille qui pèse une tonne sur le dos, on dirait une pieuvre avec tous les tuyaux qui dépassent comme des tentacules, je me marre comme une écolière qui goûte pour la première fois un bonbon qui crépite quand il me colle le détendeur dans la bouche en m’expliquant tout un tas de trucs qui se mélangent déjà dans ma tête, mais l’essentiel n’est pas compliqué : il faut que je me mette sous l’eau et il y est déjà quand je commence à m’accroupir … et que je ressors aussitôt en arrachant le détendeur de ma bouche avec l’impression d’étouffer, quelle horreur ! … nan mais quelle horreur !

J’ai beau me répéter ça, le capitaine m’attend sous l’eau alors il faut bien que j’y retourne, alors j’y retourne … et en jaillis directement une bonne dizaine de fois de suite avant de réussir à me calmer sans avoir l’impression que la bouteille est un bloc de ciment attaché à mon dos pour me maintenir à jamais collée au fond de l’océan comme un mafieux victime d’un contrat…

voilà un gilet de stabilisation ou « stab » avec toute la tuyauterie – il faut y accrocher a bouteille, en plus !
et une plongeuse avec ses tentacules

Il finit par sortir aussi et, contenant une pointe d’agacement, me demande ce qu’il y a

– Je n’arrive pas à respirer ! il faut que j’aspire comme une dingue pour avoir de l’air !

– Bé oui ! pour que le détendeur fonctionne il faut que tu sois complètement sous l’eau ! et là tu restes en surface alors ça peut pas marcher !

Bon, de toutes façons il ne lâchera pas l’affaire et puis je n’ai pas envie de rentrer honteuse au bateau, quand faut y aller faut y aller, je descends complétement dans l’eau et là, miracle, je peux respirer beaucoup plus librement … je ressors tout de même et une fois de plus, ce qui fait ressortir aussi le capitaine

– Quoi encore ? (il a dû se promettre de ne pas s’énerver, je vois bien qu’il s’admoneste intérieurement)

– Il faut que je voie des poissons ! si je vois des poissons je vais me concentrer dessus et j’oublierai le reste !

C’est parti, on se dirige vers une grosse patate de corail pleine de petits poissons colorés et je trouve ça tellement grandiose de descendre à leur hauteur pour les regarder qui me regardent, de voir la surface de l’eau par en dessous, que tout va bien, le capitaine s’éloigne vers une autre patate en me faisant signe de le suivre, mais là où il veut aller je n’aurai pas pied alors je reste autour des premiers coraux et j’en fais plusieurs fois le tour, émerveillée par eux autant que par les poissons, et aussi par le capitaine qui est aérien, on se croirait dans l’espace, je le vois qui glisse, vole … il est joli …

Et puis c’est lui qui finit par me faire signe de remonter et me dire qu’on rentre

– Bé c’est bieng, tu t’es bien débrouillée

– Tu dis ça pour me faire plaisir

– Non non, c’est bieng

On rentre et on décide de recommencer le lendemain poïpoïpoï, je suis à un doigt de frimer

après on a été marcher de l’autre côté du motu, notez l’élégance naturelle du capitaine

Cette deuxième plongée s’impose pour ne pas perdre les maigres acquis d’hier, je suis dans les starting-blocks dès le saut du lit, le capitaine me demande si on plonge depuis le bateau ou si on reprend l’annexe pour aller là où j’ai pied, gaillardement je réponds qu’on va partir depuis le bateau, c’est trop galère de porter tout le matos dans l’annexe et puis après tout le gilet de stabilisation fera office de bouée me dit-il, je ne vais pas non plus faire ma mijaurée, on se prépare et je descends à l’eau la première en gardant une main accrochée au bateau, heureusement parce que tout mon corps se fait embarquer par le courant, ça promet, le capitaine se met à l’eau à son tour et vient à mon secours en me prenant la main, et c’est parti …

… à la seconde où je lâche le bateau, je n’arrive déjà plus à respirer dans le détendeur, le poids de la bouteille semble m’écraser et m’enfoncer sous l’eau et la stab m’oppresse, on en est encore à longer le bateau que je sors la tête de l’eau pour arracher le détendeur de ma bouche et avaler une grande goulée d’air frais

– qu’est-ce qui se passe ?! demande la tête du capitaine qui émerge à ma suite

– je n’arrive pas à respirer (bruits de ventilation de vieux moteur de 2 chevaux à l’appui)

– bon … nage sur le dos alors (il n’est pas capitaine pour rien, il a une solution pour tout)

J’obéis en me tournant et là,  l’impression que le poids de la bouteille va m’entraîner sous l’eau me panique, je bats l’air de mes palmes, je dois ressembler à une tortue sur le dos, je me débats, avale de l’eau de mer, entends le capitaine qui me prodigue des conseils, sûrement avisés mais inutiles à un point qu’il n’imagine même pas

– allonge toi sur l’eau ! … arrête de gigoter ! …  palme comme il faut ! … Tends tes jambes ! … Tu ne risques rien tu as un masque et le détendeur !

Lire ce passage avec la musique du petit train interlude de l’ORTF :

Pourquoi une tortue sur le dos meurt ? Lorsqu’elle est sur le dos, les organes qui se trouvent dans son corps vont avec leurs poids appuyer sur les poumons et vont empêcher le reptile de respirer, ce qui causera sa mort.

(Je vous épargne le temps de la chercher : https://youtu.be/foGGYaXi9dY )

c’est moi et je vais mourir

J’t’en ficherais, mon heure n’est pas venue, je repasse sur le ventre, ce qui me demande une force incroyable avec le poids de ma carapace, et le capitaine, confondant d’ingénuité, veut aussitôt me faire exécuter des exercices éducatifs, je ne l’entends même pas et bêle  

– je veux aller où j’ai pied s’il te plaîîîîîît 🐑!

Il me fait signe d’y aller, cette idée me motivant grave je palme vigoureusement et y arrive enfin, me pose, me retourne et vois le bateau furieusement loin

– oh bon sang ! il va falloir retourner jusque là bas !

Je ferais pitié au plus endurci des Strongman élevé aux amphétamines, mais pas au capitaine qui, pugnace, a décidé de rentabiliser cette sortie, alors après un bisou destiné à me donner du courage (ça marche trop) (me demande quand même si ce n’était pas de la pitié ? ou pour me récompenser de ce spectacle tout aussi gracieux que divertissant ? ou encore parce qu’il notait que je ravalais mes angoisses pour continuer à me noyer à petit feu afin de ne pas le décevoir outre mesure ?), il m’invite pêle-mêle à ôter mon masque sous l’eau, à dégonfler ma stab pour descendre au fond de l’eau, à la regonfler pour remonter, je me perds dans la tuyauterie et il finit toujours par le faire à ma place, à nager sur le dos, vas-y que je te fais de louables efforts ornementés de sourires fallacieux tandis que j’ai juste envie de rentrer à la maison, mais voilà qu’on passe à la dissociation bucconasale, la di-sso-cia-tion-bucco-na-sale-isabelle ! le capitaine tient beaucoup à cette dissociation bucconasale, c’est à dire respirer par la bouche par le détendeur avec la tête sous l’eau sans le masque pour avoir le nez dans l’eau, il le fait devant moi, c’est fou ce qu’il a l’air zen, un véritable bouddha aquatique, ça m’apaise mais je lui fais signe que non, je sais qu’aujourd’hui c’est fichu pour faire le moindre progrès, cependant il insiste pour que je me mette en apnée sous l’eau, est-il insatiable et naïf pensé je tout en le suivant sous l’eau, nous nous agenouillons face à face sur le fond, je vois ses yeux sous son masque, il a un regard d’une gentillesse confondante, jamais je ne lui avais vu ce regard là, à me donner envie de pleurer tellement il rayonne de paix, mais contre toute attente je me mets à rire comme si on jouait à je-te-tiens-tu-me-tiens-par-la-barbichette ce qui m’oblige à sortir la tête de l’eau, il me rejoint aussi sec

– pourquoi tu souffles ?!

– mais je ne souffle pas, je ris !

– mais pourquoi ?

– je ne sais pas

– je ne veux pas que tu souffles !

Aaaaaah, s’il suffisait de le vouloir, mon bon monsieur…

Il se résout à mettre fin à la leçon parce que je n’arrête plus de me marrer, l’ivresse des profondeurs dans 1 mètre d’eau, il faut maintenant retourner au bateau … ce que nous faisons à plat ventre, c’est plus prudent, le capitaine me tenant la main, il a fini par lester mes chevilles avec du plomb pour que je ne batte plus des palmes en l’air , et voilà que ça doit lui faire tilt quelque part, il s’arrête pour me dire qu’on va aller jusqu’à la chaîne du bateau et descendre sous l’eau le long de la chaîne, c’est donc qu’il m’en croit capable ? Presque dans un sanglot je lui dis que je ne veux pas, je veux rentrer, il s’éloigne de moi pendant qu’on discute alors je crie donne moi la main ! Il revient vers moi, attrape un truc sur ma stab et la gonfle d’un coup sec… et voilà que je me mets à flotter tranquille, la tête bien hors de l’eau … un soulagement intense m’envahît, je n’ai plus besoin de me débattre pour rester à la surface, je flotte ! je flotte la tête en haut et les pieds en bas !!! le capitaine met fin à mon extase en me reprenant la main pour nager jusqu’au bateau, on se hisse sur la jupe, je suis vidée, je lui fais part de mon abattement tout en pensant à le remercier de sa patience (je rends grâce ici à mes parents et grands-parents qui m’ont inculqué avec une pugnacité exemplaire les bonnes manières)

– mais tous les débutants font ça, on se laisse embarquer par la bouteille, on gigote dans tous les sens …

– ah bon ?! et toi ça t’est arrivé ?

– oui … mais bon, pas à la surface de l’eau, ça m’est arrivé mais sous l’eau quoi

Je lui dis qu’on aurait dû commencer par gonfler ma stab pour que je voie que je peux flotter, et que j’aurais dû m’entraîner à utiliser tous les tuyaux avant d’y aller, ça m’aurait rassurée … et grandement aidée … il faudra que j’y retourne parce que je vais bien finir par me sentir à l’aise, je ne suis pas plus con qu’une autre tout de même ?

Quelques jours plus tard le capitaine apprend qu’un copain à lui a eu un accident de plongée au Cap d’Agde et est en caisson de décompression à l’hôpital, du coup on parle accidents de plongée et j’apprends, tenez vous bien, qu’en 2006 une petite nana de 21 ans est morte lors de son baptême de plongée dans un club inconséquent qui avait envoyé un petit gars même pas formé à encadrer des plongées avec deux personnes, alors que normalement la loi exige un moniteur par baptisé … l’autre baptisé a eu un problème alors l’encadrant a lâché la nana qui a été se noyer un peu plus loin … comme je comprends qu’on puisse se noyer même avec les moyens de respirer sous l’eau …

la houle s’éclate sur le reef

Le vent et la houle étant retombés quelques jours plus tard, il est temps de changer d’atoll, ce que nous faisons en rejoignant la passe pour tenter de la traverser vers 13h30 à l’étale de marée basse, on y arrive dès12h30 mais c’est calme alors on se lance … et ça passe crème !

A peine sortis de l’atoll on constate qu’il y a une assez grosse houle en mer, ce qui est logique après ces quelques jours de fort vent, alors voilà l’équation : vu le peu de distance à parcourir jusqu’au prochain atoll, soit on part maintenant et on se mettra à la cape durant la nuit et ça va bouger, soit on mouille devant l’atoll et on se fait remuer par la houle en attendant de partir merci bien, ou encore on retourne dans l’atoll pour mouiller près de la passe et attendre la prochaine étale à l’abri de la houle … le choix est vite fait, on demitourne illico

le capitaine, très smart, fait signe à un catamaran qu’on double sans effort alors qu’on n’a que le génois pour rejoindre la passe

Réveil à 0h30 pour retraverser la passe à l’étale de marée basse à 1h19, la nuit est d’un noir d’encre, ça fait drôle de barrer à l’aveugle, je finis par ne plus quitter la tablette des yeux, le capitaine me remplace pour la passer, fingers in the nose, ça commence à démystifier les passes, on ne met que le génois car on a 12 heures pour faire une cinquantaine de miles afin d’arriver à marée basse dans la passe sud de Fakarava, on ne redort que très peu, dans la matinée il faut encore ralentir, on ne navigue plus qu’avec 3 ris dans la trinquette, autant dire avec un mouchoir, et on avance encore à 3,5 !

3 ris sur la trinquette, Fakarava en vue

On rentre dans Fakarava comme dans du beurre

ça se voit d’emblée que c’est plus habité que les atolls précédents !

Un peu de culture sur les Tuam tout de même !

L’archipel des Tuamotu est un archipel de 78 atolls qui font partie de la Polynésie Française. Il fait partie de la subdivision administrative Tuamotu-Gambier. Tuamotu signifie en tahitien « les îles au large », l’archipel se trouvant à l’Est de Tahiti. Les habitants des Tuamotu sont les Paumotu, mot qui désigne également leur langue.

Le 24 janvier 1521, Fernand de Magellan découvre Puka Puka, premier atoll du Pacifique à être découvert par les Européens. Au passage, c’est lui qui a dit « L’église dit que la terre est plate, mais j’ai vu l’ombre sur la lune et j’ai plus foi en l’ombre qu’en l’église« , bien éclairé le mec !

Quelques années après, Louis Antoine de Bougainville (Philibert Commerson, grand botaniste du XVIII ème, avait l’habitude de donner le nom d’amis ou de connaissances aux nouvelles plantes qu’il découvrait et a baptisé les superbes floraisons de Rio de Janeiro Bougainvillées ou Bougainvilliers) s’aventure dans ce fantastique labyrinthe sur sa route pour Tahiti, mais il faudra encore de nombreuses années avant que les européens ne terminent l’exploration de l’archipel : le dernier atoll découvert fut Ahe, le 6 septembre 1839 par Charles Wilkes. Ces atolls sont passés sous protectorat français en 1844, et ont été annexés par la France en 1880.

Seules cinquante-trois îles sont habitées et la population de l’ensemble Tuamotu-Gambier était estimée à 17559 habitants en 2017. La population active est principalement employée dans les services publics, le secteur primaire (coprah, culture des perles et pêche) et le tourisme. La moitié des cocoteraies polynésiennes se trouvent sur les îles Tuamotu et le coprah et la culture de perles constituent les premières sources de revenu agricole. Comme dans l’ensemble de la Polynésie française, l’implantation du Centre d’expérimentation atomique du Pacifique à Mururoa (fermé en 1996) a bouleversé l’équilibre économique et social des Tuamotu. La faible densité de peuplement et l’éloignement de Tahiti sont les principaux obstacles au développement des Tuamotu.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, missionnaires et colons européens se sont efforcés de tirer profit de ces territoires en organisant la pêche des huîtres nacrières dans les lagons d’une part, et en développant une culture systématique du cocotier (coco nucifera) sur les îlots, d’autre part. Si le commerce des nacres a périclité avec l’épuisement des bancs d’huîtres sauvages, la culture du cocotier s’est maintenue, faisant désormais pleinement partie de la culture et du paysage de ces îles. Une fois séchée (coprah) et exportée à Tahiti, la pulpe de noix de coco est pressée de manière à produire une huile, essentiellement utilisée de nos jours dans l’alimentation et les cosmétiques.

Bien qu’étant presque inexistant avant l’arrivée des Européens, le cocotier forme aujourd’hui d’immenses forêts dans l’archipel des Tuamotu. Halophile, il pousse jusqu’en bord de lagon et apporte l’ombre dans un décor de carte postale écrasé de soleil. Mais pour ses habitants, la coprahculture est devenue la seule ressource durablement commercialisable et son exploitation est leur bouée de sauvetage. Le coprah fournit un revenu avec lequel ils peuvent s’acheter les denrées nécessaires pour affronter la marginalité de ces îles (bateau, carburant, cuves de récupération d’eau de pluie etc.) et son exportation par bateau garantit la régularité des rotations des goélettes qui sont le seul lien physique concret avec le reste du monde.

Le cocotier est surnommé arbre de vie, tant l’arbre est utile sur tous les points : alimentation, médecine, habitation, ustensiles, etc

L’huile de coprah est issue de la pulpe séchée de la noix de coco, contrairement à l’huile de coco vierge qui est issue de la pulpe fraîche.

Son huile, peu sensible à l’oxydation, est utilisée principalement à la confection de savon et comme graisse à frire.

Les bienfaits cosmétiques de l’huile de coprah s’avèrent inférieurs à ceux de l’huile de coco vierge, principalement par le fait que le coprah est souvent extrait par solvant (ou par pression à chaud) puis raffiné et désodorisé. 

Le coprah, à l’instar de la graisse de palme, est utilisé en restauration collective notamment dans les cantines scolaires, ainsi que pour la confection de pâtisseries industrielles, de confiseries et de margarine. Elle renferme 90% d’acides gras saturés (plus saturés que les graisses du beurre), des graisses qui favorisent l’augmentation du taux de cholestérol dans le sang. L’huile de coprah hydrogénée est commercialisée sous le nom de Végétaline qui est adaptée à la friture en raison de la stabilité de l’huile de coprah à la chaleur.

Lors des traitements industriels, l’huile de coprah subit très souvent un processus d’hydrogénation afin de prolonger sa durée de conservation. L’hydrogénation peut être totale ou partielle. Cette dernière est la plus dangereuse pour la santé. En effet, elle transforme les acides gras saturés en acide gras “trans” qui présentent un risque élevé de développement de maladies cardiovasculaires et augmentent le taux de mauvais cholestérol.

Si vous voulez en apprendre plus sur les graisses bonnes ou mauvaises pour la santé, regardez cette vidéo que j’ai faite tout exprès ! https://youtu.be/oZyIjwDBZmg

A signaler : aujourd’hui le coprah est fréquemment contaminé par l’aflatoxine, une mycotoxine cancérigène, si bien que l’importation de coprah sous forme de tourteau destiné à l’alimentation animale, en provenance de nombreux pays asiatiques, est d’ores et déjà interdite par l’Union Européenne.

Cogito ergo sum, alors simul cogitare amicos ! (rien n’est moins sûr que mon latin, qui plus est pompé en partie sur google translate, mais ça fait son petit effet)

  • Respirer avec une bouteille et utiliser un gilet de stabilisation, ça s’apprend ! La respiration est l’élément fondamental de la plongée. Dès la première fois que l’on met la tête sous l’eau, on se rend compte que la respiration subaquatique est complètement différente. D’un phénomène inconscient, elle devient un phénomène conscient, et même actif puisqu’il faut fournir un effort supplémentaire pour expirer, de façon à vaincre les effets de la pression sur les membranes du détendeur. Le rythme et l’amplitude respiratoires sont alors complètement modifiés. Le stress entre lui aussi dans la danse et va provoquer, via un réflexe primaire de survie, une surconsommation : le plongeur débutant favorise toujours, inconsciemment, l’inspiration et a tendance à garder plus d’air que nécessaire dans ses poumons. Résultat, le volume pulmonaire est plus important que sur terre, ce qui aura pour effet d’augmenter la flottabilité du plongeur. Celui-ci va s’empresser de compenser cette flottabilité à ajoutant du plomb à sa ceinture. Ainsi, il n’est pas rare de voir des plongeurs bardés du 8, 10, voire 12 kg de plomb, sans quoi ils sont incapables de descendre. Le problème ne vient pas du vêtement isotherme, et encore moins de la densité du corps : tout simplement, notre plongeur respire très mal ! C’est bon de savoir que je ne suis pas la seule 😮‍💨
pas simple quoi
  • Le Strongman est un mélange de force brutale, d’endurance et de volonté. Pour exceller dans le Strongman, il faut être fort et avoir de la technique. La mentalité d’un athlète Strongman est la partie la plus importante. Pour commencer à pratiquer ce sport, il faut être adaptable, dynamique … et plutôt dingue …
  • Le reef, abréviation du terme reef-break (littéralement, brisant de récif) désigne un fond marin composé de roches ou de coraux alors que le beach-break est un fond de sable.

Les Tuamotu ou la vie en bleu

Au mouillage de Taiohae

Et puis il est temps de quitter les Marquises, je suis emplie d’une énorme nostalgie, tout ce qu’on a vu est beau et les gens ont été vraiment gentils partout, mais les Marquises, c’est un cran au-dessus, c’est comme ça que je le ressens … le capitaine, lui, émet un bémol, il a trop peu nagé parce que l’eau était souvent trouble ou le temps pluvieux ou gris, c’est l’hiver il faut dire, et il faut dire aussi que l’enthousiasme est toujours mesuré chez le capitaine, voire inversement proportionnel au mien comme pour équilibrer notre tandem

On n’en a pas pour bien longtemps jusqu’à notre prochaine étape mais on prépare le bateau comme d’habitude, et quand je vois la houle qu’on a, je me doute que ça va bouger un minimum alors je prépare à manger pour 3 jours, histoire de ne pas m’ébouillanter ou devoir cuisiner capots fermés à cause des vagues et crever de chaud mais ce faisant, à peine ai-je mis le riz dans l’eau bouillante que paf, plus de gaz, le capitaine peste mais c’est drôlement mieux de changer la bouteille de gaz au mouillage qu’en pleine mer à la gîte lui positivé je, et puis je me doutais bien que ça n’allait pas tarder vu que je fais beaucoup de crêpes et du pain, oui oui oui je fais du pain, qu’on se le dise, nos réserves de pain noir sont épuisées et on n’en trouve pas par ici, les baguettes sont tellement molles qu’elles se courbent comme un bout de pâte à modeler trop long et on est littéralement en hypoglycémie une heure après manger tellement c’est du plâtre et pas du vrai manger, mais ici ils les aiment comme ça, un polynésien s’effarait devant moi des baguettes si dures de France qu’elles en sont immangeables (elles sont juste craquantes quoi)

oh le beau pain !
oh les belles tartines !

Bref, malgré la nuit qui tombe le capitaine se lance dans le changement de bouteille de gaz … et n’arrive pas à dévisser le bouchon, c’est tellement blindé de rouille que rien ne marche … je regarde le riz gonfler au ralenti dans la casserole, il va être immangeable … sur le coup de 22 heures il tape encore comme un sourd sur la bouteille avec le marteau mais finit par en avoir ras le bol, il a ses limites et remet ça au lendemain, on mange froid et on se couche, je dors encore que je l’entends déjà à l’œuvre au petit jour, à bout d’arguments il en est à scier le bouchon en ferraille avec une scie à métaux, à ce régime le bouchon cède, hourra, il a gagné un bon café, on file plus tard que prévu avec tout ça, mais comme ça nous ressemble tout est normal finalement.

C’est parti, du vent 22 à 28, au travers avec des vagues, le bateau gîte grave et penche encore plus à chaque grosse vague, moi qui n’ai jamais aimé les manèges je me retrouve dans la chenille qui dégomme, fait monter et descendre le sang dans mes veines au gré de ses accélérations sur ABBA qui brame Waterloo dans des enceintes poussées à fond, ne manque que l’odeur de la barbe-à-papa mélangée à celle de saucisse-moutarde, l’anémomètre débloque et parfois le pilote s’arrête net, le bateau s’égare et ça me fait guiliguili dans les mollets (l’adrénaline me fait cet effet) avant que le pilote ne se réenclenche et que le bateau ne reprenne sa route, j’avoue au capitaine, qui me demande si ça va, que j’ai la trouille mais que ça va passer dès que je serai habituée, et comme d’hab, ça passe une fois habituée et, surtout, constatant que ça n’empire pas, la possibilité du pire étant ce qui me plombe immanquablement

une fois éloignés de Nuku Hiva, les vagues et la houle ont nettement diminué d’intensité

Jour suivant, pendant que le capitaine roupille, le vent refuse, bon, je borde la GV et le génois et le capitaine m’appelle illico (mouliner le winch quasiment au-dessus de la tête de celui qui dort dans la couchette arrière réveillerait un mort) sur le même ton que papa apprenant une de mes frasques de la bouche de maman ISABELLE !!!

Il sait, il SAIT, que j’ai oublié d’enlever le frein de bôme, il a des tentacules invisibles avec des yeux au bout qui se glissent dans tous les interstices imaginables pour guetter, c’est pas possible autrement, je suis condamnée à ne jamais pouvoir lui mentir (c’est ennuyeux) … au bout du compte, la réalité est moins fantasque que je ne le suis, il a simplement reconnu le bruit que ça fait, mais faire des erreurs (et oui, encore) est mieux que de ne pas régler les voiles, ce qui m’arrive quand j’écoute de la musique et que je me perds dans mes rêves au lieu de regarder les appareils de nav et les voiles … j’avoue que j’ai plus peur de me faire engueuler que de laisser les voiles pas très bien réglées, c’est une motivation comme une autre mais j’admets que ce n’est pas la plus admirable … est-ce que le fait de le reconnaître me suffira à pousser un jour la porte du paradis, c’est pas dit … surtout que c’est loin d’être le seul et le pire de mes manquements et faiblesses, va falloir que je donne un bon coup de collier si je veux me rattraper avant le jugement dernier …

Le jour d’après, moins de vent, le capitaine veut lancer le spi, je lui coupe l’envie avant qu’elle ne se répande dans la moindre parcelle de son être et que le retour en arrière ne soit plus envisageable

– mais ça va pas avec le pilote qui déconne ?!

Me sent-il tout près de la mutinerie ou est-ce parce qu’on navigue à 130/140 degrés du vent, il opte pour le gennaker (la solution N°2 semble la plus crédible, la moindre tentative de mutinerie serait écrasée ilicet dans l’œuf), le vent mollit, passe de 20 à 12, on se retrouve entre plusieurs grains, on s’en prend un bon, le vent tombe à 0,8, arrêtés au milieu de nulle part on affale, moteur, on sort de là en 10 minutes, le vent repart à 10/12, GV + gennaker once again, c’est reparti à 6 nœuds, 120 degrés du vent, on s’en satisfait … le contentement du capitaine quant à notre vitesse dépend de ce que nous venons de vivre, quand notre vitesse tombe à 6 nœuds après avoir fait du 9, il peste, mais quand ça remonte à 6 après avoir dû mettre le moteur, il est tout content, la clé du bonheur n’est qu’une question de point de vue

 » Tout est affaire de point de vue, et le malheur n’est souvent que le signe d’une fausse interprétation de la vie »

Henri de Montherlant

il n’avait pas l’air rigolo Henri

À 17h17, admirez mon exactitude, le capitaine prend la décision de mettre le spi malgré les caprices du pilote, caprices qui ne se manifestent pas quand le vent est si faible, je ne proteste donc pas … plus tard dans la nuit, le capitaine me réveille pour que je l’aide à affaler le spi car le vent est tombé, il me demande si j’ai entendu le grain et senti le bateau qui fonçait à 9 nœuds, je vois son ciré et le cockpit trempés, je n’ai rien entendu, rien de rien, que dalle, j’étais comme morte dis donc, le capitaine met le moteur pendant que je médite là dessus le regard perdu, après ça on se couche à 3 heures et on dort jusqu’à 7 (avec, toujours, des rondes destinées à voir si tout est ok) (je dis ça pour les assurances), le jour est levé et on a un peu de vent plein cul, c’est certain qu’on n’arrivera pas aujourd’hui à Makemo, faut ralentir alors on ne met que le génois pour avancer à 4 nœuds, des vrais touristes, le capitaine me dit qu’il faut arriver à l’étale de 5 heures demain matin

– Marée haute alors ?

– Non, marée basse

– Ah bon ? C’est particulier ici ?

– Non, c’est comme ça

– Mais pour Hao tu m’avais expliqué qu’il fallait passer à l’étale de marée haute !

– Oui je croyais que c’était ce qu’il fallait faire, mais depuis j’ai lu des trucs qui disent qu’il faut passer à marée basse

– c’est fou ! ça me paraissait vachement logique ce que tu m’avais expliqué !

– À moi aussi

Bin mince ! Il est drôlement convaincant le capitaine ! Il devrait faire de la politique

– Il vaut mieux entrer avec un courant entrant que sortant

Je retrouve mon raisonnement originel simpliste et de bon aloi comme aurait dit ce bon Capelovici

Nous voilà devant l’atoll de Makemo, à la passe nord de  Arikitamiro (vous prendrez note de mes efforts pour vous donner les noms mais je ne vous en voudrai pas si vous ne vous en souvenez pas), on poireaute, le soleil va se lever …

« j’ai vu des bateaux, des fleurs, des rois, des matins si beaux j’en ai connu, parfois, en passant … » que je chantonne sous les étoiles (En Passant, J.J. Goldman)

Ça nous change des Marquises, fini les îles majestueuses, ça pourrait ressembler aux Roques mais la végétation des Roques c’était juste de la mangrove, et ici c’est plein de cocotiers, ça pourrait ressembler aux San Blas mais on ne devait pas entrer dans des passes comme on va devoir le faire, c’est nouveau quoi

Le courant est conséquent mais il faut bien tenter le coup, on ne va pas rester là, alors on le tente, forts de notre expérience à Hao je ferme tous les capots, cale tout ce qui peut tomber, remonte dans le cockpit avec la tablette prête à brandir sous les yeux du capitaine qui a sa tête des grands moments, tous sens en éveil, nous échangeons un regard solennel, concentrés comme du jus de tomate, et c’est parti, le capitaine barre et je lui remonte les infos

– on danse mais on avance ! …  on ralentit mais on avance ! … on avance !

on avance !

ça prend un peu de temps mais on avance … à force d’avancer on est entré dans l’atoll, je n’en reviens pas, le capitaine me dit

– notre premier atoll dans le Pacifique !

Ce qui me fait me demander s’il y a des atolls ailleurs que dans le Pacifique

nos traces quand on poireautait et notre passage magistral
c’est d’un calme une fois dans l’atoll !

On mouille avec prudence devant Pouheva, prudence car c’est farci de patates de corail comme une dinde de Noël de marrons, pour éviter que la chaîne ne s’entortille dedans le capitaine la fait flotter avec des pare battages, une belle guirlande pour les poissons, l’eau est incroyablement claire et on voit le fond et les poissons qui viennent chercher l’ombre du bateau et admirer notre guirlande …

et puis on met l’annexe à l’eau et on file voir à terre ce qui se passe …

Tu veux du bleu dans ta vie, tu vas aux Tuam,

un bleu pareil c’est thérapeutique à tous les coups

La ville est faite de grandes rues qui se croisent perpendiculairement, ça fait très rangé, cette rigueur toute communiste est surprenante dans cette île du bout du monde où l’on aurait pu s’attendre à plus de fantaisie, mais finalement ça doit être ça leur fantaisie

pour être carré, c’est carré

Près du quai il y a des baraques qui vendent des souvenirs ou de la barbe-à-papa ratatinée en sachets plastiques (mais qui peut avoir envie de manger ça 😯 ?) et des snacks pour manger un morceau, je commande à boire local, eau de coco à la paille pour tout le monde !

Ensuite on se met en quête d’œufs parce qu’aux Marquises, figurez vous qu’il y avait pénurie d’œufs, on pouvait en avoir une douzaine par ci par là sur commande, mais comme je fais souvent des crêpes pour le petit déjeuner et bien on a besoin d’œufs, il n’y en a pas dans la minuscule petite épicerie dans laquelle j’achète 2 ou 3 bricoles, la nana à la caisse m’informe qu’il y a un gars qui vend des œufs dans une maison le long de la route, hop on y va, ça nous fait visiter

Arrivés devant la grille de la maison avec un panneau œufs frais et un second attention aux chiens, qui aboient aussitôt pour valider la mise en garde, on appelle pour savoir s’il y a quelqu’un, un ado en fond de cour s’époumone

– P’pa ! Y’a des Américains qui veulent des œufs !

On notera la sagacité du gamin, je regarde le capitaine avec des yeux écarquillés, est-ce un compliment de ressembler à des américains, rien n’est moins sûr, tandis que le père arrive placidement avec un large sourire, je colle mon visage entre les barreaux de la grille et lui réponds deux douzaines quand il me pose la question, 1400 balles, il revient avec les œufs et on fait l’échange entre les barreaux, ambiance marché noir, une fois l’affaire réglée on se lance dans une petite causette cordiale, et puis le fils passe derrière lui en nous disant bonjour, le père prend un air de complot et chuinte entre ses dents

– parlez anglais pour faire croire que vous êtes américains !

Aussi réactive qu’un cheval éperonné, je lance un hello ! retentissant et le père est secoué d’un rire retenu

– c’est bien ça, c’est bien ! que je réussis à lire sur ses lèvres qui chuchotent pour que son fils ne l’entende pas

Le fils s’éloigne, on est hilares, c’est tellement mignon, j’adore ! et en plus on a des œufs frais

et c’est bien joli

Le lendemain, changement de mouillage, Veverega, toujours dans l’atoll de Makemo, c’est l’aventure parce que naviguer dans un atoll peut se révéler être un véritable jeu de piste … certes, nous disposons de Navionics pour nous guider, mais cela ne suffit pas, il y a plein de patates de corail qui ne sont pas signalées sur les cartes et le délicat est que si le soleil est assez haut derrière nous l’éclairage nous permet de voir les patates mais si on navigue avec le soleil de face ou s’il y a trop de nuages et pis encore, de la pluie, tintin pour voir ce qui se passe à ras de l’eau …

une patate de corail bien visible
nettement moins visible quand le soleil est de face, on ne la voit que lorsqu’on est tout prêt

Nous sommes, le capitaine et moi, sur le qui-vive, c’est lui qui grimpe intrépidement sur la bôme pour voir plus loin :

tandis je lui indique ce que prévoit Navionics

– On va en avoir un dans 0.2 miles à tribord !

et le capitaine de me lever le pouce pour me prévenir qu’il a entendu

Quand l’un ou l’autre voyons une patate qui n’est pas signalée sur Navionics nous nous exclamons de concert, tout contents de l’avoir vue, on mange debout pour ne rien louper, quand le capitaine se tient à la proue du navire je lui apporte à boire, ou un café, son regard ne quitte jamais l’eau, il me tend un bras sans même tourner la tête pour prendre son verre, c’est la guerre, je n’en suis pas loin puisque

– c’est un champ de mine ! s’exclame t’il, le regard toujours rivé sur les flots

Soudain il me hurle de prendre la barre, il a stoppé net le pilote automatique et j’ai bondi, il me guide pour slalomer entre les coraux, on fait une bonne équipe, je lui obéis plus vite que le pilote, ça va me faire monter en grade ça, et on arrive au mouillage sans encombre, j’ai drôlement aimé cette petite navigation pleine de surprises

les pare battages font flotter la chaîne

On met l’ancre avec chaîne flottante et les autres bateaux ont fait de même sauf 1, un cata, Heaven’s Door, il ne la fait pas flotter, sa coque est hyper crado comme sa façon de faire, s’il tourne il va abîmer les coraux, je suis furax et m’en plains auprès du capitaine, stoïque et étonné de tant de véhémence, il devrait y avoir des gendarmes de la mer pour mettre des amendes, obliger les bateaux à faire flotter leur chaîne, ce n’est pas parce que les gens naviguent qu’ils ont le sens écologique et je trouve ça tout bonnement révoltant

Le lendemain matin je laisse tomber un torchon à l’eau en le secouant après le petit-déjeuner (je coupe le pain au-dessus d’un torchon, comme le capitaine m’a appris à la faire pour ne pas mettre des miettes plein le bateau, ça sent le côté vieux garçon maniaque mais non, en fait c’est parce que sinon les miettes filent entre les planchers et c’est galère à ravoir), il coule à pic mais l’eau est si claire que le capitaine le voit, plonge tel Poséidon quérant* sa pitance, et va le chercher, moi j’en serais bien infichue, puis nous allons faire un tour sur le motu, un tas de coraux gris et presque stérile, à se demander comment font les cocotiers pour pousser là-dessus

* du verbe quérir, et tant qu’à faire qu’on en rigole un peu : passé simple nous quîmes, passé antérieur nous eûmes quis, passé du subjonctif que nous ayons quis, impératif quérons !

c’est plat les Tuam’

Le ciel est menaçant et ça ne loupe pas, on se fait doucher par la pluie, je claque des dents en rentrant en annexe et le capitaine m’enjoins d’un ton sans réplique de me protéger avec son sac étanche, je me le colle sur le thorax pendant qu’il résiste vaillamment, j’espère que son sacrifice ne lui coûtera pas une bonne bronchite 🤞

le point noir c’est un pêcheur à la ligne qui ne bronche pas sous la pluie

Autre jour, autre changement de mouillage, pour Mokore, autre tour en annexe pour y débarquer … propulsés dans un autre ailleurs … aucune empreinte de pas humain sur le sable de corail mais comme des traces de roues étroites, qu’est-ce donc mais qu’est-ce donc que ces traces ! curiosé-je toute ébahie, le capitaine me montre un Bernard l’Hermite qui avance et grave son chemin dans un paysage lunaire de coraux morts qui émergent du sable, il y en a dans tous les sens des Bernard l’Hermite, aucune autre vie, quand on s’en retourne au bateau je dis au capitaine que j’ai impression que Cap de Miol est un vaisseau spatial et qu’on a fait escale sur une autre planète avant de redécoller, je vis Interstellar, il opine dans un sourire, même s’il n’a pas vu le film, c’est tellement prégnant cette sensation que même lui le ressent  

épatant non ?

Comme il n’est pas prévu de rester ici indéfiniment, il faut changer d’atoll, donc sortir, c’est une première cette sortie d’atoll, j’ai bien mangé pour avoir l’esprit vif mais je me demande si je ne vais pas le regretter et tout vomir sur les pieds du capitaine en pleine passe car le capitaine avait calculé le coup de passer à l’étale de marée basse à 16h, parfait, mais hier soir en vérifiant les horaires de marées il a vu qu’il s’était planté et que ça sera étale de marée haute à 15h20 et a conclu par un tant pis, mais un tant pis n’est pas rassurant pour autant !

Vers la passe de sortie à l’ouest de Makemo

Peut-être par crainte d’arriver en retard, ou parce que le capitaine est du genre un peu pressé, on arrive à la passe dès 14h, il faudrait donc patienter jusqu’à l’étale mais il n’a pas envie d’attendre et je n’ose pas lui promettre monts et merveilles (que je renierais une fois ma peau en sécurité) pour qu’il poireaute, je ferme les capots et le capitaine suggère que je mettre le cristal devant la porte pour éviter que l’eau n’inonde le carré, ce qui a pour effet de figer instantanément mon sang dans mes organes les plus divers

– tu crois ?

– baaaaah …

– mais non, y’a pas besoin quand même !

– bon bin le met pas alors

– mais si tu penses que je dois le mettre …

– fais comme tu veux (on perd souvent du temps avec ce genre de discussions improductives)

Je ne le mets pas, histoire que ça ait une influence positive sur cette première sortie, mon imagination est ainsi faite que les scenarii les plus invraisemblables passent dans ma cervelle à la vitesse d’une fusée supersonique, en me lavant les dents (tant qu’à mourir, que ce soit avec une haleine fraîche) je me vois être éjectée du bateau, emportée par le courant comme un capillaire pubien dans une bonde de bidet et me noyer sous le regard impuissant du capitaine, je me retiens de mettre un gilet de sauvetage avec le ferme espoir de ne pas le regretter … Le moment venu, je me déguise en copilote affûté (soit avec la tablette dans les mains tournée vers le capitaine à la barre) pour donner les indications que je pense utile au capitaine

– on voit la langue de courant ici … 9 mètres de fond, ça correspond à Navionics … on avance bien … on accélère à 8 nœuds …20 mètres de fond … on avance toujours … ah on ralentit un peu, à 7,5 nœuds … 30 mètres de fond….

Je jette un œil sur la passe pour voir si on avance pour de bon, parce que ce n’est pas parce le bateau trace à plus de 7 nœuds qu’on n’a pas un courant de 10 nœuds en face qui nous fait reculer … mais non … tout va bien … la passe s’élargit, le capitaine s’exclame dauphins ! mais ils ont déjà replongé, on retrouve l’océan, cap sur Tahanea, finalement j’aime bien cette trouille qui me serre le ventre quand je me retrouve dans une situation nouvelle, et puis la dépasser en passant à l’action, je préfère avoir la trouille plutôt que de ne rien vivre par peur d’avoir peur, mais je pousse un gros soupir de soulagement qui fait rire le capitaine

– un vrai pro de la passe ! que je lui dis

– pfff ! … on verra ça dans une vingtaine …

vu depuis Navionics
vu depuis l’océan, après la sortie

On a 18 heures pour faire 44 miles puisqu’il faudrait arriver à l’étale de marée basse dans ce prochain atoll, ce qui demande une moyenne de 2.44 miles à l’heure, une pure contre-performance, alors on ne met que le génois et à 19h on prend même 2 ris dessus et finalement le capitaine me dit qu’on va se mettre à la cape pour dormir un peu, alors on cherche à se mettre sous le vent de l’atoll inhabité de Tuanake

Depuis un moment, je disais au capitaine que j’entendais comme la clameur d’un stade de foot au loin, je me demandais si je n’avais pas des acouphènes et lui m’a demandé si j’avais bu ou fumé quelque chose (je m’imagine en train de fumer un oinj en sifflant une flasque de rhum dans les chiottes du bateau en cachette, la débâcle) en fait j’entendais les vagues qui s’éclatent sur l’atoll de Tuanake, en passant à côté ça fait un boucan incroyable, si on n’avait pas de carte on pourrait savoir qu’il y a un atoll rien qu’au bruit … on ne dort guère parce que la nuit est si noire qu’on ne voit rien et on n’a pas envie de finir sur les coraux de Tuanake car à la cape on dérive évidemment, alors on guette sur Navionics ce qui se passe …

on avance à 2.7 nœuds, c’est parfait

Nous entrons à Tahanea à 8h30 après une bien petite nuit, malgré le mascaret impressionnant ça passe comme une lettre à la boîte, je n’ai plus peur du tout mais reste aux aguets pendant la manœuvre, le capitaine donnant le ton

de la gnognote

On file directement dans le mouillage le plus à l’est pour se planquer car il est prévu un vent d’est-sud-est à 30 nœuds et il y a toujours plus dans les rafales, en jetant l’ancre un requin vient reconnaître le bateau, on se retrouve avec une dizaine de bateaux, on est tous venus se mettre à l’abri derrière ce motu

Et on va rester là plus longtemps que prévu …

les taches noires sous l’eau ce sont des patates de corail

Je pense encore à vous !

  • Pourquoi les vagues sont plus grosses près des îles : à cause du relief sous-marin. Confrontée au relief du fond ou à celui de la côte, la morphologie et les caractéristiques de la houle varient fortement à l’approche de la côte, d’un haut fond, d’un récif, d’une falaise ou d’un tombant sous-marin. Pour la petite histoire à propos de grosses vagues, la vague la plus haute jamais observée s’est produite dans la baie de Lituya en Alaska le 9 juillet 1958 : un mur d’eau de 524 mètres a été causé par l’effondrement d’un pan de montagne, entrainant un séisme de 7,9 sur l’échelle de Richter. Pourquoi une telle hauteur ? L’effondrement de la montagne s’est produit dans un bassin d’eau fermé, un peu comme une tartine dans une tasse de café, d’où la violence de la vague. 5 morts ont été signalés à la suite de cet événement dévastateur, un bilan bien faible compte tenu de l’immensité du phénomène, expliqué par le fait que la zone côtière touchée n’était quasiment pas habitée. La hauteur de 524 mètres mesurée est en réalité le déferlement, la vague qui l’a suivie a ensuite été estimée entre 60 et 90 mètres.  En 1854, 1899 et 1936, cette même baie avait déjà connu des tsunamis de 60 à 150 mètres de hauteur.
  • L’anémomètre est un appareil de mesure utilisé pour mesurer la vitesse du vent, des gaz et du débit d’air. Il vous permet également de mesurer de nombreux autres paramètres supplémentaires tels que la température et la pression
  • Jacques Capelovici, dit Maître Capello, animateur de jeux télévisés francophones et linguiste français, pilier des « Jeux de 20 heures » émission sur FR3 de mars 1976 à janvier 1987
Il me faisait un peu peur avec son docte et sa mine grave
  • Le Bernard l’Hermite est un animal grégaire : il vit en colonie pouvant atteindre plusieurs centaines d’individus, ce qui lui permet de trouver plus facilement de la nourriture et des coquilles adaptées à sa taille. Il doit muer pour grandir. Pendant la mue, il s’enterre dans le sable pendant plusieurs semaines. Suivant sa croissance, le Bernard l’Hermite doit changer de coquille pour en trouver une plus grande et plus solide. Ils peuvent alors se les échanger. Sa coquille lui permet de protéger son abdomen mou des prédateurs et d’éviter la déshydratation. C’est un décapode (il a 10 pattes), il est omnivore, se nourrit de végétaux, de fruits secs, de charognes, d’algues, de petits insectes et mêmes de déjections. Dans certains pays, il est interdit de ramasser des coquillages afin de ne pas priver d’abri le Bernard l’Hermite.
un Bl’H sans coquille

J’ai vérifié : ça se mange (mais je ne suis pas du tout tentée !)

et avec coquille
  • Carré : Partie initialement réservée aux officiers sur les grands navires. Aujourd’hui, ce terme désigne la partie habitable d’un bateau et plus particulièrement le coin des repas. Comme je ne trouve pas l’origine de cette appellation je m’en ouvre au capitaine qui répond du tac au tac « carré des officiers … je pense » … et je crois que le capitaine pense juste, une fois de plus, ceci étant j’ai appris des trucs en cherchant d’où vient ce nom de carré, par exemple qu’on appelait ironiquement les vendeurs d’allumettes des vendeurs de bois carré, et ce que c’est qu’une partie carrée, ça m’a rappelé quand j’étais petite et que j’entendais les adultes pouffer à cette évocation
  • Le mascaret est une vague déferlante produite dans certains estuaires par la rencontre du flux et du reflux. A chaque changement de marée, l’eau de l’océan, dont le niveau augmente, s’engouffre dans l’embouchure et provoque une élévation du niveau du cours d’eau. Ce qui est appelé le mascaret, c’est l’onde ainsi produite, qui remonte alors le fleuve à contre-courant. Dans les atolls, il est légèrement différent du mascaret rencontré en rivière, il est toutefois dû au même phénomène et est étroitement lié aux marées. Quand le courant dans une passe est important et surtout face au vent, il se crée des vagues déferlantes parfois assez grosses, à l’entrée de la passe (par courant sortant) ou dans le lagon (par courant entrant).
  • Où se trouvent les atolls sur notre planète ? On compte 400 atolls de par le monde dont les 3/4 sont dans le Pacifique. La Polynésie à elle seule, circonscrite dans le triangle Hawaii-Nouvelle Zélande-Ile de Pâques, en compte 136. Nombreux sont les états du Pacifique qui comprennent des atolls tel que Marshall ou Kiribati (anciennement Gilbert) ou Tuvalu (Ellice). La Polynésie française compte 85 atolls dont la très grande majorité sont dans l’archipel des Tuamotu (76 unités) alors qu’un petit nombre se situe dans les autres archipels : Société (5), Gambier (2), Australes (1), Marquises (1). L’archipel des Tuamotu est un des plus riches en atolls du monde avec celui des Marshall en Micronésie. La diversité de ces mondes insulaires que sont les atolls est très grande. En Polynésie française leur taille varie d’un facteur 25 pour leur longueur et de plus de 500 pour leur surface. Le plus petit atoll est Tepeto Nord, sa longueur maximale est de 3,5 km et sa surface de 320 hectares. Le plus grand est Rangiroa, 88 km et 171.000 hectares ; c’est aussi le deuxième du monde, après Kwajalein dans les Marshall. Selon qu’ils possèdent ou non une passe navigable permettant aux bateaux de pénétrer dans les lagons, on les qualifie d’atolls ouverts ou d’atolls fermés. Les premiers sont au nombre de 35 et les seconds de 50. Leurs lagons ont des caractéristiques différentes. Ils sont profonds pour les plus grands et la majorité d’entre eux atteignent un peu plus d’une cinquantaine de mètres. Ils ont moins d’une quinzaine de mètres de profondeur pour les plus petits quand ce n’est pas quelques mètres ou lorsque leur lagon n’est pas complètement comblé de sédiment.
on dirait le capitaine qui va chercher mon torchon (si)

Où il est question de vagues qui remplissent l’annexe …

Baie d’Anaho côté où il n’y a qu’un bateau …

Partis de Taihoae avec force vent et mer hyper confuse, le capitaine s’exclame qu’on est dans le chaudron, j’abonde dans son sens en ajoutant qu’on se croirait carrément dans une lessiveuse mais avec ce vent on ne met que 3 heures pour faire 20 miles et c’est pas plus mal, si on calcule ça ne fait même pas du 7 de moyenne mais les vagues et le courant dans la gueule nous ralentissent vous comprenez

Nous arrivons dans la baie d’Anaho, elle est grande, il y a une bonne dizaine de bateaux mouillés à droite et seulement 1 au fond à gauche : on file à gauche, le capitaine n’appréciant visiblement pas une autre promiscuité que la mienne (je sens toujours bon) (presque), ça m’évite de vieillir un peu trop vite parce que mouiller entre des bateaux quand ca buffe est crispant, et pour buffer, ça buffe … las, toute la nuit la chaîne craque sur les cayes parce que le bateau tourne, le lendemain matin le capitaine, avec une tête d’étourneau passé sous un sèche-cheveux, décrète qu’on change de place car il n’a pas bien dormi parce que ça faisait RRRRR comme ça (il le fait très bien le RRRRR, avec un index qui bat la mesure près de son oreille), on fait plusieurs allers venues dans la baie pour tenter de mouiller ici ou là mais on remonte l’ancre à chaque fois parce que ça ne va pas, trop de cailloux au fond, alors on finit par se mettre là où il y a le plus de bateaux parce que c’est là que le mouillage est le mieux, pardi – c’est un sujet de débat qui revient régulièrement sur le tapis, moi pensant que les mouillages indiqués sur les cartes sont fiables et que c’est pour ça que les bateaux y vont, le capitaine pensant que les bateaux vont là où c’est indiqué par flemme de chercher ailleurs alors qu’ailleurs c’est mieux, c’est mystérieux, on est tout seul, il n’a pas toujours raison

les différents zigouigouis c’est quand on a jeté puis relevé l’ancre illico

Le capitaine décide in fine de se mettre au cul d’un cata et part à l’avant

– essaie de ne pas te faire embarquer par le vent !

– oui capitaine !

Ah ! une mission de confiance ! cette fois ci je ne vais pas le décevoir ! cochonne qui s’en dédie ! il n’est encore pas à l’avant qu’une rafale de 25 nœuds pousse le bateau alors je passe gaillardement la marche avant pour revenir face au vent et je finis par y arriver mais le vent m’embarque aussitôt de l’autre côté alors re marche avant pour manœuvrer et soudain le capitaine se retourne et me crie de loin

– est-ce tu es en marche avant ?!

– mais oui ! lui crie-je, toutes dents dehors de fierté en écho

Il glapit que c’est pour ça qu’on dérape !! et que jamais on a vu mouiller en marche avant !

Malgré tout on finit par mouiller comme il faut, du moins comme il le souhaite (donc comme il faut), il revient dans le cockpit d’un pas vif, je le cueille pour tenter de m’expliquer en lui rappelant que son dernier ordre était de ne pas me laisser embarquer par le vent et que moi j’obéis à ses ordres

– on n’avance pas quand on mouille !

– mais si c’est déjà arrivé !

– on n’avance pas quand j’ai mis l’ancre !

– mais comment je sais si l’ancre est descendue si tu ne me le dis pas ?

– tu l’entends quand ça descend ! (il dessine un rond devant son oreille avec son index à l’appui)

– mais je ne sais pas si tu l’as juste un peu descendue et que tu attends que je revienne face au vent pour finir de la descendre !

– nan ! Je la descends toujours d’un seul coup !

– mais tu ne me l’as jamais dit ça

– mais tu ne me demandes jamais rien ! (voyez la mauvaise foi alors que je passe ma vie à lui poser des questions)

– comment ça ? Qu’est-ce que je devrais demander ?

– si l’ancre est au fond ! si tu dois avancer ou reculer ou quoi ou qu’est-ce !

– mais moi j’attends que tu me donnes tes ordres, et en plus souvent je ne t’entends même pas avec le boucan du moteur

Et là j’essuie une larme qui roule sur ma joue droite, ça le décontenance, il me demande de ne pas être fâchée, je suis en eau mais je me retiens parce que si je chiale trop je vais être vraiment moche, le pompon (au cinéma l’héroïne a de grands yeux brillants et sa larme est une perle d’eau, dans la vraie vie tu as des petits yeux rouges au milieu de paupières bouffies et le nez qui coule), je ne suis pas fâchée je me désespère vagis-je, j’aimerais tant qu’un jour il soit fier de son équipière … c’est pas gagné …

On profite de cet épisode pour éclaircir certains points de mouillage (la pédagogie de l’essai-erreur est performante pourtant il en existe d’autres), cependant je finis par me racler la gorge et oser dire d’un ton clair

– on va mettre notre communication au point parce que ça ne va pas : donc toi tu me donnes des ordres et moi j’obéis, tu me dis ce que je dois faire et je m’exécute, sinon c’est le foutoir

Il secoue la tête négativement, il ne veut pas et je ne sais fichtre pas pourquoi … bref, c’est vraiment pas gagné

on est mouillé par là maintenant, non sans mal n’est-ce pas

Le lendemain chaussures de rando, nous allons à la découverte de cette baie et de ses trésors, il fait bon sous les arbres, sur le chemin on croise des chevaux et des chèvres, il y en a beaucoup plus que de gens ici, le capitaine me montre du doigt un bouc superbe en me disant que la chèvre a de belles cornes

– mais c’est pas une chèvre, c’est un bouc ! Ce sont des cornes de bouc !

– mais non elle a des mamelles !

– ah c’est pas des mamelles, c’est ses couilles (hum hum elle a dit couilles)

– mais non !

– ah mais regarde où elles sont, t’as jamais vu des mamelles là (je fais des marches avant malvenues pendant le mouillage mais je sais reconnaître une paire de couilles)

Le débat se clôt naturellement sur cette ultime assertion, tandis que le capitaine, soudainement muet, s’enfonce dans les bois

si ça se trouve il est vexé 😉

On croise des chevaux, des chèvres qui escaladent les rochers, et puis des arbres et des arbres et encore des arbres et puis des fougères et des plantes et tout ça à creuser !

on passait le col entre la baie d’Anaho et la baie Hatimeu
une belle vue de la baie, on voit les bateaux sur le côté gauche … et de la houle qui rentre

Deux jours plus tard il nous faut aller à pied dans une autre anse, celle de la baie Haataivea où il n’est pas possible de mouiller, ceci pour aller quérir des légumes et des fruits frais, nous prenons l’annexe jusqu’à l’autre bout de la baie Anaho pour y débarquer avant d’enchaîner à pied, en arrivant à terre voilà qu’une bonne vague nous soulève et déferle dans l’annexe, bin mince ! la douche ! le capitaine et moi sautons à l’eau pour tirer l’annexe à terre avant que ça ne recommence, d’un geste preste il attrape mon sac qui trempe dedans, sac que j’ai oublié dans la surprise et la précipitation, et on n’est pas encore sur le sable qu’il commente déjà, tu aurais dû prendre ton sac étanche depuis le temps que je te le répète, tu ne m’écoutes jamais, qu’est-ce que j’t’avais dit, mais il est lourd le sac étanche alors je me balade toujours avec mon petit sac à dos d’écolière

– Ok ok maintenant je le prendrai mais jusqu’ici ça ne nous était jamais arrivé !

– oui mais je te l’avais dit ! (oui, il m’avait prévenue que dans le Pacifique ce n’est pas toujours facile d’aller à terre à cause des vagues, oui, j’aurais dû l’écouter, oui je suis vilaine vilaine vilaine ouuuuh que je suis vilaine)

– ok ok ! Pour revenir tu voudras bien prendre mon portable et mon portefeuille dans ton sac étanche ?

Sourire narquois pour toute réponse et on s’en va tout mouillés et salés avec mon petit sac à dos qui trempe mon teeshirt propre, flûte, c’est bien joli par ici et j’adore changer de baie, à chaque fois c’est la surprise, c’est fou mais elles ne se ressemblent jamais, on croise une fillette de 7 ou 8 ans sur un cheval, elle a des sacs de jute empilés en guise de selle, une petite bouille décidée et un regard perçant, elle est magnifique, on parvient en haut du passage entre les deux baies et on voit de loin une belle plage de sable blanc (il est jaune en vrai) et des super gros rouleaux qui déferlent, c’est super beau !

j’ai pris la photo plus bas sur le chemin alors on ne voit pas bien la plage mais on voit quand même les grosses vagues, j’adore les grosses vagues, ça me fait peur et ça me fascine à la fois, les chevaux ça me fait le même effet

Descendus dans la baie, on s’approche d’une cabane ouverte aux 4 vents comme toutes les bicoques du coin, personne, on cherche un peu, nobody, alors on continue et on tombe un peu plus loin sur une autre cabane ouverte aux 4 vents avec 3 ou 4 gars assis sur des planches et une gamine en pyjama (il est midi) aussi crasseux que sa frimousse et ses cheveux, il y a quand même des tas de gens, quasiment isolés dans certaines baies ou autres coins de ces îles, qui n’ont rien à faire, certains bricolent pour passer le temps mais quand on voit la précarité du bricolage on comprend que Bricoman n’a pas investi les îles du Pacifique, les autres laissent visiblement passer le temps sans se laver et sans laver leur peu de fringues, on a vu une fois une nana se balader en soutif qui n’avait jamais dû côtoyer la moindre lessive, pas mal de gars sont torse nu ou trimballent un teeshirt déchiré qui leur fait une aération naturelle pour éviter probablement de se laver plus que nécessaire selon l’idée qu’ils se sont faite de l’hygiène corporelle, ma foi ça développe le système immunitaire

Le plus dégourdi s’est levé pour nous taper un poing 👊

– kaoha ! (disent les marquisiens, ils prononcent le H très fortement alors ça donne kaoHHHHHa)

Le capitaine répond kaHHHHoa (il se plante sur la position du H à chaque coup) et moi je dis bonjour ce qui m’évite de m’emmêler les pinceaux, je suis hyper mauvaise en langues étrangères alors que le capitaine s’entraîne ferme pour charmer l’aborigène

Ce ne sont pas eux qui vendent les fruits et légumes et il faut nous en retourner vers la première cabane ou aller voir vers la plage si la dame qui s’occupe de ça n’est pas là-bas, alors zou on continue dans les taillis et les crottes de chevaux, c’est fou ce que ça peut chier un cheval et comme il y a beaucoup de chevaux ici (ça me rappelle quand on avait des chiens quand les enfants étaient petits, on avait un petit jardin, les enfants l’appelaient le champ de crottes) on saute de crotte en crotte pour avancer, ça ajoute au plaisir

On grimpe sur une butte et là … splendeur, magnificence, sublimité, tout ce qui peut nous élever vers une gratitude infinie, une vue merveilleuse, une plage sauvage et immense, des vagues turquoises qui déferlent, pour nous seuls

je demande au capitaine si on a le temps d’aller jusqu’à la mer et il finit par me dire oui (lui il aime les plages quand on est mouillés devant, sinon ça ne l’intéresse pas) (j’invente pas, c’est lui qui me l’a dit) (j’aime bien lui demander la permission, il se sent obligé de dire oui sinon il passe pour un rabat-joie, alors je fais comme je veux, c’est hyper stratégique), je cours jusqu’à l’océan pour regarder ses rouleaux énormes venir mourir à mes pieds, c’est le genre d’émotion qui me met en lévitation, alors je me laisse léviter un certain temps et puis comme on cuit en plein soleil et qu’on n’a plus d’eau, l’instinct de survie reprend le dessus et nous rebroussons chemin

ça rend toujours moins bien qu’en vrai, c’est navrant tout de même !

Coup de chance 🍀 en repassant devant le premier cabanon, on voit une dame que j’interpelle et elle m’emmène dans son immense jardin d’Eden, des aubergines et des tomates, ça n’a l’air de rien comme ça, mais quand ça fait des semaines qu’on carbure aux choux et aux carottes ou aux cœurs d’artichauts en boite, c’est comme si on découvrait un trésor, d’ailleurs c’est un véritable trésor, je dis au capitaine que jamais on n’aura autant mériter une salade !

dans le jardin d’Eden, il y a aussi des grenades

On s’en repart avec notre butin dans le sac à dos du capitaine et un sac qu’il préfère porter, il ne veut pas que je porte en général, il a de ces côtés gentleman un peu rétro bien que je lui assure que cela me met mal à l’aise de le laisser tout porter, peu lui chaut, il porte à lui en faire saillir les biceps et autres muscles de son anatomie (on n’est pas là pour faire un cours de biomécanique mais si je voulais frimer je pourrais) (un jour que le capitaine manœuvrait torse nu, probablement le seul avantage d’être homme, si moi je manœuvrais torse nu ça jaserait dans les chaumières, donc un jour qu’il manœuvrait en exposant ses abatis à mes candides yeux, je lui dis qu’on voit bien son grand dentelé, il me demande – mon quoi ? – c’est le muscle des boxeurs – ah / il élude, comme il élude d’un pfff ! tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à un compliment) (c’en était un)

Revenus à l’annexe, nous regardons les rouleaux qui, heureusement, n’ont rien à voir avec ceux de la plage que j’admirais, sinon on n’aurait même pas pu arriver sains et saufs jusque-là, on se serait noyés comme dans une machine à laver le linge (il paraît qu’il y a des gens qui lavent leur chat dedans et sont tout surpris de le retrouver mort), nous posons les sacs et nos shoes dedans et traînons l’annexe jusqu’à la mer, en guettant le moment où les rouleaux seront moins forts

– tu sauteras dans l’annexe quand je te le dirai (ton sépulcral)

il me le dit alors hop je saute dans l’annexe (une antilope) (à chaque fois ça me fait penser à Ferdinand Lop, ses anti-Lop et ses Lop-ettes) et m’empare d’une rame vite fait pour m’en servir de pieu à planter dans le sable en attendant que le capitaine me rejoigne mais un autre rouleau arrive et j’entends un hurlement

– NON !!!

– non quoi ? (avec un air bête et ma rame suspendue dans les airs)

– T’AS LAISSÉ PARTIR L’ANNEXE DE TRAVERS ET ON NE SE MET PAS À RAMER AVEC L’ANNEXE DE TRAVERS (le temps qu’il beugle ça on se prend encore un bon rouleau dans l’annexe)

Il tire l’annexe plus loin dans l’eau en continuant ses jérémiades, saute dedans

– RAME !

Je rame, partagée entre l’idée de lui flanquer un bon grand coup de rame bien senti en pleine poire (en fait je n’y avais pas pensé sur le coup, c’est en vous racontant que l’idée vient de germer) (mais une idée peu charitable a dû me traverser l’esprit à ce moment précis) et celle d’attendre que l’orage passe, et devinez, j’attends que l’orage passe

– prends les commandes !

Etant assise à l’avant de l’annexe, je tends mon bras vers l’arrière pour attraper le … guidon ? le manche du moteur ? oui, ça doit être le manche, et dirige l’annexe vers le bateau sans tourner la tête vers qui vous savez parce que je suis comme ça, quand un truc me dérange je ne veux pas le regarder vu que ça me dérange, mais je vois tout de même avec mon sixième sens que le capitaine éponge la flotte qui s’est déversée dans l’annexe en grommelant qu’on aurait dû prendre une écope (je lui avais dit que pas besoin puisque hier sur la plage il m’a fait découvrir, ô merveille, un bouchon derrière l’annexe qu’on peut ouvrir pour la vider alors que je m’échinais à le faire avec un sac en plastique n’ayant rien d’autre sous la main) (mais bien sûr, sur l’eau j’ai compris toute seule qu’il ne faut pas enlever le bouchon) ensuite le temps passe, on n’entend que le vrombissement du moteur de l’annexe

Soudain

– tu veux qu’on aille manger dans le resto de la plage ? (Ici un resto c’est un local qui fait à manger pour plus de monde dont toi si tu as prévenu que tu irais manger chez eux)

– comme tu veux (un tantinet sèchement, juste comme il faut, pas trop pour ne pas glisser vers une impasse dont il faudrait du temps pour en sortir, mais assez pour qu’on ne se méprenne pas sur mon humeur du moment)

– Mais ça te fait plaisir ?! (s’étrangle t’il)

je me tourne vers lui

– ce qui me ferait plaisir c’est que tu ne m’engueules pas, mais ça c’est fait

et je me retourne maestoso pendant qu’il me sort son argument préféré

– je t’engueule pas !

ça me fait rire, je n’arrive pas à me forcer à rester de mauvais poil, mais je sens bon de préciser

– ce n’est pas moi qui ai remis l’annexe de travers mais une vague

– … oui, c’est la vague

– et je n’ai même pas eu le temps de me mettre à ramer

– … (qui ne dit mot consent)

– et quand tu me dis non je ne sais pas à quoi tu dis non, alors comment je sais ce que je dois faire ?

– …

– et c’est la première fois qu’on se prend de tels rouleaux de flotte dans l’annexe toi tu sais quoi faire mais moi j’apprends !

– Oui mais je ne voulais pas que tu te mouilles (un vrai gosse)

– Mais je m’en fous de me mouiller !

Un sourire, il trouve qu’il s’en sort à peu de frais

Il est beaucoup trop tard pour déjeuner dans ce resto pour lequel nous n’avons même pas prévenu que nous irions, alors nous rentrons au bateau et de toutes façons j’ai juste envie de manger une belle salade (en la lavant il y a 2 araignées qui s’en sont échappées et je les ai bravement envoyées se faire voir ailleurs par l’écoulement de l’évier qui va direct dans l’eau de mer, avant de raconter ce bel exploit au capitaine parce que je suis intégralement arachnophobe) (il n’aime pas que je l’appelle au secours pour des broutilles)

Le capitaine m’a galamment proposé de nettoyer mon petit sac à dos en calumet de la paix, je l’ai supplié de n’en rien faire, lui expliquant qu’il y a des vieux bonbons collés au fond (de ceux qu’on donne dans les restos avec l’addition et que j’emporte au cas où mais ne mange jamais) et « d’autres trucs » peu avouables dont je souhaite m’occuper et que justement je voulais nettoyer tout ça alors que ça tombe bien, il a levé les yeux au ciel

Le soir on a super bien mangé au resto, c’est à dire dans la pièce à vivre des habitants, entre un coffre plein de bouquins, des étagères pleines de fourbi, la fille de la maison passant nonchalamment pour aller se mettre debout sur une chaise avec un portable à bout de bras et tenter de choper du réseau téléphonique, le capitaine lui demande s’il y a de l’internet et obtient pour toute réponse un grand éclat de rire moqueur, c’est le fils de la famille qui nous sert, toute sa gentillesse remplit ses yeux à en déborder, on dirait un ange descendu du ciel, je repars emplie de sérénité d’avoir une preuve de plus que les anges existent, quant au capitaine il n’est pas un ange, certes, mais moi non plus, hiki-wake

Lendemain, on change de mouillage pour la baie Hakaehu devant le village de Pua, entendez, en guise de village, 2 tas de planches au milieu des cocotiers, pas de route pour y arriver mais une piste qu’on connaît pour l’avoir faite en 4×4, il y a moins de vent aujourd’hui mais la mer est forte et une grosse vague nous soulève de travers juste à l’entrée de la baie, tiens-toi isabelle ! des fois quand j’éternue le capitaine me dit à vos souhaits isabelle… ou quand il va se coucher, je vous attends isabelle… j’aime bien quand il me vouvoie… j’aime bien quand il m’attend… tout recommence (sigh)

de fils en aiguilles, j’adOOre celui là 😂

Une ancre arrière se révèle une fois de plus indispensable avec cette houle, car soit le vent vient perpendiculairement à la houle donc Cap de Miol le suit et on roule, soit le vent vient face à la houle, et Cap de Miol étant tourné vers la terre la houle entre à flots sur la jupe (donc par l’arrière, j’ai demandé au capitaine et oui, la jupe c’est toujours à l’arrière du bateau qu’il m’a répondu, j’en ai conclu que jupe arrière c’est un pléonasme alors maintenant je dis juste jupe, vous saurez bien) et c’est le genre de truc qui agace le capitaine, dieu sait qu’on s’en passe

Mais donc, problème, puisque l’ancre avant est déjà mise

– comment on va faire puisque le bateau est dans le mauvais sens ?

– hé bin on va le tourner

– ah ouais ? mais comment ?

– on va le pousser avec l’annexe

– aaaah ! (il sait tout)

Le capitaine distribue les rôles, il s’occupe de récupérer l’ancre arrière dans le coffre de la jupe pendant que je m’occupe de tourner le bateau avec l’annexe

– je vais toute seule dans l’annexe ?

– bé oui !

Vasoconstriction gorge-cœur-anus instantanée

Mais c’est ça qui est bien avec le capitaine, c’est qu’il m’oblige à me dépasser, certes, se dépasser pour aller seule dans une annexe pousser un bateau ne relève pas d’un exploit hors normes, mais je procède par petites étapes à ma mesure, alors me voilà dans l’annexe avec le système déglutitionnaire en accéléré, le capitaine qui regarde si je fais bien (je me demande s’il n’est pas un peu inquiet, ça fait quelques mois qu’il me pratique, le temps des illusions est largement dépassé), j’ouvre l’essence, vérifie que le moteur est au point mort, veut tirer le starter …

– il est cassé le starter !

– ouais, c’est au quai de Taiohae quand l’amarre du bateau de la police s’est accrochée au moteur (la police, c’est plus ce que c’était)

Je mets un peu de gaz et je tire comme une damnée sur la ficelle, manquerait plus que je n’arrive même pas à la démarrer, mais ça démarre au bout de 5 ou 6 tirages de ficelle à me déboîter l’épaule (quand c’est le capitaine qui démarre je me couche sur le boudin de l’annexe pour ne pas me prendre un pain dans la gueule), le moteur vrombit, j’entends un cri de celui qui vient de se péter le petit orteil dans un coin de meuble

– relâche le starter !

– mais il est cassé ! (je le pousse de l’index mais n’ai pas envie de l’achever et d’avoir ça sur la conscience)

– je te dis de relâcher le starter !

m’en fous, j’arrête de le tripoter et me voilà partie, ma blonde tresse flottant au vent, ma svelte silhouette offerte au regard du capitaine qui me suit énamoureusement (tu parles)

– Où tu vas ?! (tu vois que tu parles)

C’est vrai ça, où je vais ?

Ah ! voilà :

– je vais faire demi-tour ! (On est obligé de crier pour s’entendre)

Hop je décris un large demi-tour et reviens vers l’arrière bâbord de Cap de Miol, c’est fou comme parfois l’annexe me donne l’impression de se traîner alors que maintenant elle a l’air de foncer, un bel exemple de relativité

– ralentis ! mais ralentiiiiiiiis !!!

– mais je peux pas !  j’ai les gaz au plus bas ! (fichu starter)

BAM ! je percute plein pot le flanc de Cap de Miol, l’annexe rebondit comme une balle de mousse sur un mur en béton, dans un réflexe ultime venu du fin fond de mon cerveau reptilien je remets un peu de gaz et là, pfiouuuuu, c’est bon, l’annexe se colle au bateau et je le pousse, il fait demi-tour, pendant que le capitaine hurle

– mais où t’as vu qu’on fonce dans une voiture quand on veut la tracter ?! On arrive doucement !! (gestes à l’appui, chacune de ses mains représentant une voiture) Tu aurais dû passer le point mort !!!!!!!!!!!!!!!

Bien que je m’évertue à contrarier le capitaine en faisant plus ou moins n’importe quoi depuis des mois, bien que le capitaine ne soit pas un modèle de patience et d’équanimité, jamais il n’a proféré l’ombre d’une injure à mon encontre, ne serait-ce qu’un impulsif t’es con ou quoi, pour dire qu’il y a de la maîtrise chez cet homme là, mais il crie pour continuer à me farcir la cervelle de choses intelligentes, et vu les trous qu’il y a dedans il y met la dose alors ça finit par me déborder

– tu ne me pardonnes rien ! que je crie soudain, (ça lui cloue le bec) mais putain tu ne me pardonnes rien !!! répété-je distinctement haut et fort

Il se tourne et s’accroupît vers l’ancre, aussi muet que la Vierge Marie sidérée devant l’apparition du Saint Esprit (ce qui me rappelle un dessin de Charlie Hebdo, une lecture édifiante de plus de mon adolescence, on y voyait Marie qui regarde passer un saucisson volant et qui dit « il n’y aurait pas la ficelle, je dirais que c’est le St Esprit ») (ça me fait rire que voulez-vous) il est temps de revenir au bateau, en plus je suis en train de cuire comme un homard au court-bouillon, le capitaine s’est redressé et je capte son regard inquiet, je trouve la scène désopilante alors j’éclate de rire, y’a rien de cassé alors pourquoi en faire tout un plat, j’arrête de zigzaguer et reviens vers la jupe, le capitaine se permet un mets le point mort ! (c’est vrai que c’est la solution mais j’avais oublié dans la bagarre), à quelques mètres du bateau je veux le mettre et clac ! je passe direct en marche arrière, j’essaie de revenir au point mort avant que le capitaine ne le remarque et finisse par avoir envie de m’assassiner une bonne fois pour toutes, bon sang c’est bloqué, me voilà à tourner en rond en marche arrière sous les yeux médusés du capitaine, je sais qu’il sait que je ne le fais pas exprès pour l’emmerder, à tout prendre ça serait moins pire pour mon ego, par chance je finis par réussir à repasser la marche avant, puis le point mort pour aborder le bateau et y remonter, soulagée de m’en sortir vivante, le capitaine se retient de commenter mes exploits, n’empêche que j’ai tourné le bateau

C’est lui qui termine l’affaire et Cap de Miol se retrouve ancré devant-derrière, le quartier redevient paisible

Le soir, je pouffe en plein dîner, le capitaine me dévisage comme si je fomentais un mauvais coup dans son dos et m’interroge

– quoi ?

– je me revois foncer plein pot sur le bateau

Il sourit (mais élude) (mais il a souri)

Terre déserte … on voit l’aéroport où nous étions passés en voiture … ici les avions ne dérangent personne

Et puis on change pour la baie d’Haahopu, dans le coin de Terre Déserte

Si vous tendez l’oreille et mettez le son à fond, vous entendrez la voix du capitaine qui constate que ce n’est pas le mât d’un bateau (je vous mâche le travail)

Ce qu’on croyait être un mât de bateau est un lampadaire sur un morceau de quai au projet visiblement avorté, à terre un panneau « bureau de vérification Veritas » encore cloué sur un tas de planches et un chiotte qui a dû servir à ensevelir des cadavres tellement il y a de mouches, mouches qui nous suivent et nous collent dans le bateau comme un amoureux éconduit …ambiance étrange dans ce mouillage qui ne roule pas trop, pas de manœuvre à ajouter à la longue liste de mes apprentissages laborieux

on a le droit à ce ciel sublime, Dieu n’est pas rancunier

Sur le retour à Taiohae on s’arrête à nouveau à Daniel’s Bay, c’est trop beau cette baie Daniel, qui est, de son vrai nom, l’anse Hakatea dans la baie de Taioa

once again et on ne s’en lasse pas

Le soir tombant, assis dans le cockpit, le bateau slide ce qui nous fait voir différents angles du paysage selon la position du bateau, je dis au capitaine qu’on se croirait dans film de science-fiction avec un écran géant sur le mur du salon qui projette des photos de paysages toujours changeants pour qu’on ne devienne pas neurasthéniques, son regard cherche dans le vide, il ne voit pas, il ne regarde pas beaucoup de films et encore moins de la science-fiction, le pauvre 😏

Quand on sort du mouillage le lendemain pour rejoindre Taiohae, rebelote, la houle et son ressac nous secouent comme des pâtes alphabet dans une soupe aux petites nouilles (recette de soupe préférée de mes enfants et petits-enfants) (en CE2, la maîtresse de mon fils leur avait demandé une « rédaction » : qu’avez-vous mangé hier soir – c’est bien je trouve, c’est concis pour démarrer – mon fils de noter : hier soir j’ai mangé de la soupe aux petites nouilles – la maîtresse a corrigé pour du potage aux pâtes, drame, j’ai bien expliqué à mon rejeton que la soupe aux petites nouilles était une recette déposée et n’avait rien à voir avec un vulgaire potage aux pâtes, ne nous méprenons pas)

C’est en forgeant que l’on devient forgeron alors une fois dans la baie de Taiohae on pose l’ancre arrière comme si on forgeait depuis des lunes, je vais à terre jeter les poubelles et quérir quelques menus légumes et fruits quand un navigateur au look un peu cradingue étudié (cheveux fous qui dépassent d’un bonnet savamment usé, barbe de quelques jours, teeshirt fétiche qui a vécu mais propre) m’aborde

– salut

– salut

– t’as vu l’alerte rouge aux Tuam ?

– ah nooooooon … alerte rouge à quoi ?

Des zombies extraterrestres ? un virus virulent qui décime l’humanité ? … un tsunami ?!

– à la houle

On a eu chaud 🥵 c’est quoi un peu de houle à côté d’une invasion de zombies

Mais la houle ne s’arrête pas aux atolls des Tuamotu et continue sa route jusqu’à nous, nous passons trois jours à danser au mouillage de Taiohae et à nous réjouir d’avoir une ancre arrière en regardant les bateaux qui n’ont pas pris cette précaution rouler à qui mieux-mieux, les vagues déferlent sur la plage et explosent sur la berge, recouvrent le petit quai, retournent les annexes mal protégées, quand nous réussissons à aller à terre une fois la houle calmée, le snack du petit quai est fermé pour nettoyer et réparer les dégâts, les cailloux de la plage ont été déversés jusque sur la route, la nana du Ship qui habite là depuis 15 ans dira qu’ils n’ont jamais vu ça et on apprendra par d’autres navigateurs qu’à Fatu Hiva il y avait des vagues de 4 mètres qui se brisaient sur la plage … ça tombait bien parce que nous étions à l’abri à Taiohae et coincés pour les quelques jours durant lesquels je bossais, et le capitaine ne pouvait que prendre son mal en patience …

On a bien dansé

C’est l’heure du rabiot pour les gourmands !

  • Le muscle dentelé antérieur (Serratus anterior) ou muscle grand dentelé (en ancienne nomenclature) (mes études datent) est un muscle stabilisateur qui permet de maintenir l’omoplate collée au thorax. Ce muscle travaille avec tous les mouvements de poussée.
  • Abatis : n m, terme de boucherie, peau, graisse et tripes des bêtes tuées par les bouchers
le capitaine fait dans la dentelle
  • Ferdinand Lop : 10/10/1891 à Marseille – 29/10/1974 à Saint-Sébastien-de-Morsent , connu pour sa candidature perpétuelle aux élections législatives ou présidentielles, fait ses débuts comme secrétaire du député de la Meuse au Palais Bourbon. Il est ambitieux et veut tenter sa chance dans le monde politique. Mais à cause des mauvaises blagues de ses collègues et de ses coups de sang imprévisibles, l’administration lui retire son accréditation. Ferdinand Lop crie au complot. Il rejoint le quartier Latin où les étudiants, qui aiment se jouer des candidatures insolites, l’accueillent avec entrain. Bientôt, la Sorbonne est rythmée par les affrontements entre les « lopettes » et les « anti-Lop« . Les étudiants l’appellent « Le Maître » et défilent autour de lui, vêtus d’uniformes de théâtre, pour constituer sa « Garde de fer« . Lop se prête au jeu, ravi d’avoir enfin trouvé son public. Il se présente systématiquement à chaque élection et se déclare même « Candidat à la Présidence des Etats-Unis et leader de la conciliation mondiale « .

quelques slogans d’anthologie :

on peut voir le menu humoristique illustré, « Les bâtons de chaise » diner du jeudi mardi 6 février 1934, présidé par Ferdinand Lop, signé HP Gassier
  • Maestoso : avec un mouvement lent et majestueux
  • Hiki- Wake : en judo = égalité
  • Je n’ai pas retrouvé le dessin que j’évoquais plus haut mais je suis tombée sur celui là, vous me pardonnerez 😉

Nuku Hiva on y va

Partis pas si tôt que ça (euphémisme) de Ua Pou, nous arrivons à Nuku Hiva après une nav’ de vent et de houle de travers qui nous rappelle le bon vieux temps (le capitaine s’est permis une petite sieste mais à son réveil il a trouvé que j’aurais déjà dû abattre, a priori il préfère abattre plus tôt avec un angle moindre, alors que j’ai tendance à abattre quand je trouve que c’est nécessaire, à vue, donc plus tard avec un angle plus grand, est-ce critiquable, je vous pose la question, amis marins)

On voit que je n’ai pas encore abattu et vous pouvez justement conclure que le capitaine dort encore … la question qui se pose c’est est-ce qu’il va falloir empanner au dernier moment ?
voilà, j’ai abattu, on peut voir que le génois n’est pas passé à tribord, ce qui veut dire que même pas besoin d’empanner alors pourquoi abattre plus tôt ?

… et posons l’ancre baie Hooumi, elle-même située dans la baie du Contrôleur, c’est compliqué tous ces noms de baies dans tous les sens, la moindre anse, le moindre caillou ont un nom, le capitaine m’a assuré que c’est normal avec sa tête d’évidence -biblique-m’enfin-isabelle, 30 miles avalés en 4 heures, pas mal, on est tout seul

Le lendemain, nous posons le pied sur l’île, c’est la moindre des choses, encore qu’il nous arrive de ne faire que dormir dans certains mouillages parce qu’on sait qu’on repart dès le lendemain et aussi il faut dire qu’il y a des endroits où il n’y a rien à voir si je puis me permettre

tout seuls dans cette immense baie (le tout petit bateau au loin c’est notre Cap de Miol) (vous avez vu, je dis ‘notre »)
c’est ce qu’on appelle avoir un pied-à-terre

et visitons Hooumi, charmant charmant charmant, en tous points charmant, encore un coin de paradis … il règne un calme et une zénitude rares et précieux

10 secondes d’enchantement à regarder à chaque fois qu’on vous énerve

Des nonos presque dans chaque jardin, et puis des arbres à pain, manguiers, pamplemoussiers et des bananiers avec leur tige à fleur unique comme un long sautoir, d’une élégance très belle époque, tout ça au milieu des cocotiers, des hibiscus et des opuhis … cette île est un jardin enchanteur

les manguiers sont immenses
un cachet fou
hibiscus rosa-sinensis (200 espèces et 30 000 variétés d’hibiscus, faut pas se tromper dans ses tisanes …)
opuhis de Tahiti, une énergie de folie dans ces fleurs là !
et même des corossols !

On croise deux gars qui s’en retournent d’être allés donner à manger aux bœufs (s’en retourner, je me demande si c’est une expression uniquement vosgienne, j’entends encore ma grand-mère), la conversation est aussi mince qu’un sandouiche SNCF, les marquisiens qui ne sont jamais sortis de leur île ne sont pas mondains pour un sou, on se quitte sur un voilà voilà fort civil et retournons dans notre coquille, à ce propos je disais au capitaine que ça m’étonne de n’avoir vu encore aucun bateau s’appeler Caracol (ça veut dire escargot en espagnol) mais le capitaine pense que c’est parce que ça ferait lambin, moi qu’on se promène toujours avec sa maison, et encore à ce propos, est-ce que j’ai avancé dans l’idée d’un nom de bateau si un jour j’avais un bateau à moi (les rares fois où je joue à l’euro million je dépense mes gains virtuels en maisons pour les enfants et en bateau aménagé avec toutes les facilités possibles, machine à laver le linge, douche indépendante et chaude, toilettes électriques, déssalinisateur à demeure de manière à dessaler l’eau au fur et à mesure des besoins et même en navigant … je pose des questions au capitaine pour savoir ce qu’il aimerait avoir dans un bateau, j’ai dû lui avouer que c’était parce que j’avais joué à l’euro million parce qu’il s’étonnait de mes questions) (ça l’a fait sourire) (j’aime bien)(une fois j’ai gagné 16.80 €, le début de la fortune), bref, en ce moment je reviens à des choses plus simples parce que « les ailes du vent » c’est joli mais pompeux, et trop long à épeler en alphabet marin si on doit se taper à le faire à la VHF … mais en me relisant je trouve que c’est quand même beau les ailes du vent, vous ne trouvez pas ? Ou alors Go girl go ! Qui, d’après mon amie Terri-Lynn (coucou TL), est une expression texane un peu olé olé, il vaut sûrement mieux éviter (de vous le dire je crois que je viens seulement de comprendre le fond de la chose)

Un catalpa – Thespesia Populnea – C’est une plante qui est beaucoup utilisée en médecine traditionnelle, le catalpa est originaire de Malaisie et a ensuite pris le large pour conquérir le monde via les océans grâce à ses fruits qui flottent. Entre autres, on utilise l’extrait aqueux du fruit pour ses vertus cicatrisantes, à la fois par voie interne et externe.

Allez hop étape suivante, déjà, Taiohae, avec le capitaine ça ne traîne pas

En arrivant dans la baie beaucoup de bateaux et pas mal de houle, on tournicote au ralenti dans le mouillage pour jeter l’ancre au meilleur endroit, ce n’est jamais facile de décider quel endroit est le meilleur (le capitaine s’évertue à me demander mon avis, une fois je lui ai répondu qu’il fallait qu’il arrête de me demander mon avis parce qu’il n’en tient jamais compte et qu’en plus il m’explique pourquoi le mien n’est pas le bon, c’est à se décourager d’avoir un avis, et bien cette fois là il en avait tenu compte, comme quoi il faut oser défendre ses intérêts dans la vie – c’était la leçon de développement personnel du jour), en tous cas il y a des bateaux avec une ancre arrière et le choix du capitaine se porte sur cette option mais on se débrouille mal, qu’est-ce qu’on peut être mauvais même quand on ne le fait pas exprès, on ne se retrouve pas vraiment face à la houle alors on roule et en plus l’ancre arrière ne nous permet pas de se mettre face au vent, on a tout faux mais la flemme d’aller repêcher l’ancre arrière pour la changer de place, alors juste on relâche l’amarre pour permettre au bateau de mieux suivre le vent, et on s’en contentera ! Et j’ajoute que ce n’est pas le genre du capitaine de laisser en place une installation à la mords-moi-le-nœud, mais mettre une ancre arrière ça prend du temps et à un moment donné et bien ça suffit, on n’est pas des chevaux

vue de la baie de Taihoae
Tuhiva, le tiki géant, le plus grand du monde, fait en ciment, en fer à béton, grillage et en  keetu qui est de la terre locale mélangée à du ciment et de la colle carrelage, achevé en 2017, réalisé par l’artiste Gregorio Grand-Midi
une représentation originale des Marquises (je mets des chaussettes pour que mes pieds ne s’imprègnent pas de l’odeur de mes baskets)

La symbolique : avec la force ancestrale héritée de la FEMME TIKI « Gardienne de la Tradition et du Savoir », le GUERRIER TUHIVA s’élance pour façonner le futur.

On peut immortaliser son passage en glissant un message pour l’éternité dans le nombril du Tiki, vous pensez bien que je l’ai fait, juste un petit cœur sur un tout petit bout de papier, en montant sur la pointes des pieds sur un des tam-tams, et après j’ai couru après le capitaine qui était déjà parti parce que tout ça c’est rien que des sornettes (n.f. affirmation qui ne repose sur rien, qui n’a aucun intérêt – propos vain – baliverne)

Taiohae c’est la ville principale (ce qui veut dire une bonne connexion, dès qu’on s’en éloigne à plus de 2 kilomètres c’est mort pour tout le reste de l’île), bosser sur ordi avec la houle finit par me barbouiller l’estomac mais pas le choix, le lendemain visite et courses, je cherche des baskets parce que les miennes sentent la charogne, il paraît que c’est à cause de l’eau de mer, une fois qu’il y a eu de l’eau salée dans tes pompes  t’es sûr qu’elles pueront ad vitam aeternam, je demande à qui je croise s’il existe un magasin, le mot magasin fait d’ailleurs exploser de rire une ado, et puis je tombe sur une tatoueuse affichant un air de cow-boy poussiéreux, elle plisse les paupières pour me regarder par en dessous pendant qu’elle exhale la fumée de sa cigarette, je ne sais pas si c’est naturel ou si elle a trop regardé de westerns (ce qui serait étonnant dans ces contrées reculées, bien que la télévision soit présente en Polynésie depuis 1965, j’ai vérifié) , elle me renseigne à coup de hochements de tête qui confirment chacune de ses paroles et finit par me dire

– t’as d’beaux zyeux dis donc

je remercie avec grand sourire pour les renseignements et le compliment, moi je trouve que les polynésiens ont des yeux magnifiques, d’un noir intense, avec des cils à foison qui accentuent la profondeur de leur regard et leur font des yeux de biche (d’ailleurs je ne trouve pas de mascara ici, va falloir agir car sans mascara j’ai des yeux de poisson mort) je pars en quête du magasin mais dois redemander mon chemin car les explications de la tatoueuse étaient tout sauf claires, mais je finis par trouver un petit local au fond d’une cour derrière une grille, à part deux paires de baskets pour enfants il n’y a que des tongs et des sandales mais pour ne pas rentrer bredouille je m’octroie une robe-teeshirt d’un mauve bien seyant qui me vaudra même une remarque du capitaine

– elle te va bien c’te robe (ton dépouillé)

– oh ! merci 🤗! (ton enthousiaste) (hyper enthousiaste en vérité)

– nan mais c’est pas un com…

il s’arrête à temps avant de finir sa phrase que je devine, ce n’est pas un compliment, parce que le compliment est l’ennemi, tout ce qui fait du bien est susceptible de ramollir l’âme et le cuir, n’empêche que moi je le prends comme un compliment parce que pour moi un compliment met un bouquet de fleurs dans le coeur et c’est tout

En revenant je regarde une partie de volley au bord de la plage, certains jouent pieds nus, d’autres en tongs, comme quand ils courent, je ne sais pas si c’est parce qu’on ne vend pas de baskets ici ou si on ne vend pas de baskets parce que personne n’en achète …

avec de la musique à donf’ sur une seule enceinte qui envoie grave !

À part cet atout d’une bonne 4G, c’est beaucoup trop urbain et on n’a plus l’habitude,  alors on déménage pour Daniel’s Bay, anse Hakatea dans la baie de Taioa

de tout ce qu’on verra sur Nuku Hiva, cette baie restera ma préférée

Arrivée à Daniel’s Bay

une fois mouillés là on ne voit plus la mer, on est complètement à l’abri et cachés de ceux qui passent le long de la côte, à ce point qu’elle a servi de planque à des navires allemands pendant la dernière guerre mondiale

complètement planqués de l’océan

– qu’est-ce que les allemands fabriquaient ici ?

– c’était la guerre mondiale isabelle (petit sourire satisfait)

– on dit mondiale parce que les plus grandes nations étaient impliquées, ça ne veut pas dire qu’il y avait la guerre sur toute la planète ! (faudra que je vérifie ça mais je l’ai affirmé sur un ton suffisamment péremptoire pour que le capitaine ne surenchérisse pas)

Et le lendemain, joie, on va marcher et explorer cette jungle ! on embarque dans l’annexe pieds nus avec nos chaussures de rando dans un sac, on enfile nos shoes une fois sur la plage, nous avons nos petites habitudes et essuyons le sable de nos pieds avec une petite serviette réservée à cet usage (le capitaine dit qu’on dirait 2 vieux, il a un problème avec l’âge) ( ça me rappelle une vision trop gnonne, sur une plage, je vois 2 vieux, des vrais vieux de chez très vieux, pas des vieux comme le capitaine qui se flagelle à loisir, qui s’amènent en chancelant et en se tenant par la main, chacun tenant de sa main libre un masque et un tuba, ils arrivent dans l’eau jusqu’à mi- mollets, passent leur masque et leur tuba et se penchent en avant pour mettre la tête sous l’eau avec les fesses en l’air, un pur moment d’extase pour moi de les voir, c’était grandiose ! ), une fois je ne l’avais pas fait et de marcher avec du sable entre les orteils m’avait filé des ampoules, j’ai dégusté pendant des jours …

petit torchage de pieds comme des vieux
on passera plusieurs gués, les vieux ne font pas ça n’est-ce pas
un autre gué, on a eu les pieds trempés toute la journée

Que dire de la splendeur de cette île, et pourtant j’en ai vu de la splendeur, mais là …des cathédrales de roches dressées vers le ciel à la verticale, des verts et des bleus à faire passer les couleurs fluos pour de l’aquarelle, des bouquets d’arbres et de fleurs pour accueillir les oiseaux et dispenser ombre et parfums à qui passe … le paradis tel qu’on se le représente … rien ne répond jamais à ma question de savoir pourquoi tout ça et la faculté de s’en émerveiller, si ça se trouve un dieu nous a créé par simple envie de recevoir des compliments  et de flatter son ego, à ce compte là je suis une excellente élève, une fayote exemplaire, et dieu un sacré petit malin

alléluia (n.m. chant d’allégresse)
Bis repetita (locution latine signifiant « Les choses répétées plaisent »)

Avant de rentrer à Taiohae (la connexion m’attire comme un aimant) nous faisons une halte à la baie Marquisienne, bien nous a pris car des dauphins nous accompagnent sur la route et ça aussi c’est bis repetita

j’ai réussi à les filmer un peu

puis Taiohae donc, où on reste quelques jours dont un consacré à un tour de l’île en 4X4, et la visiter de l’intérieur est aussi mirifique que de l’appréhender en bateau, on passe d’un paysage tropical à des falaises désertiques puis à des collines irlandaises d’herbe balayée par le vent et à des champs ardéchois où paissent des vaches et des chevaux et des forêts vosgiennes de sapins, c’est d’une richesse infinie…

On s’arrête à l’aéroport, vide et fermé, on colle notre nez sur une vitre pour en distinguer l’intérieur et on voit passer un gars en short, torse et pieds nus, on lui fait signe et il nous ouvre, on discute le bout de gras avec lui, il travaille ici en faisant les sandouiches à embarquer dans les avions, il en vient 1 ou 2 certains matins, il nous raconte des tas de trucs, qu’ici ça ne cuisine pas les légumes même si le chao men (wok local) comprend des légumes, sinon c’est choux et carottes râpés mais pas trop, l’arrivée des sucreries et des sodas ruine la santé des autochtones où le pourcentage de surpoids et d’obésité est impressionnant, il est prévu d’allonger la piste d’atterrissage de 900 mètres pour faire atterrir de plus gros avions avec plus de passagers donc à voir l’influence que cela aura sur l’île outre qu’il sera délogé de la bicoque qu’on lui alloue sans bail pour le mettre dehors au moment choisi … un beau petit aéroport drôlement sympa

la baie de Motuee
avec ses cairns … je pensais d’abord que c’était les Marquisiens qui les avaient faits pour je ne sais quel dessein magique, mais non, ce sont les touristes … il y a peut-être de la magie tout de même
que de belles baies !
à chaque fois que je prends une photo avec un premier plan je me souviens de ma prof de dessin qui nous l’avait enseigné 🤗🙏

sur la route, des cochons ou des chevaux, pépouzes ….

on passe une bonne partie de la route sur une piste et je vous promets que ça donne de sacrées sensations
un autre décor

et encore autre chose … et des arbres incroyables !

ici les grands et les enfants montent souvent à cru, ou alors avec un sac de toile ou un tapis de salle de bains en guise de selle

Cathédrale Notre Dame des Marquises à Taiohae … celle-ci a été construite de 1973 à 1977 et les deux clochers tourets ainsi qu’une partie du mur de l’ancienne cathédrale ont été conservés et font maintenant partie de l’entrée de la cathédrale (ça fait un peu château fort de Disneyland pour tout dire)

And now, quelques infos passionnantes sur la médecine aux Marquises et quelques plantes médicinales je suis encore plus intéressée que dans d’autres endroits parce que les Marquises sont les îles les plus éloignées d’un continent au monde !

Quid de la Médecine traditionnelle aux Marquises

Pour les Polynésiens, il existe quatre types de maladies, celles

  • du corps (ma’i tino)
  • de la pensée (ma’i mana’o)
  • de l’esprit du vivant (ma’i varua)
  • de l’âme du défunt (ma’i vaite)

Le monde spirituel n’est pas exclu de la définition de la maladie et pour eux, bien des maladies proviennent de relations déséquilibrées entre le monde visible et le monde invisible. Certains traitements visent à soigner la pensée, l’esprit d’un vivant, parfois l’âme d’un défunt.

Dans l’approche marquisienne, le dérangement du corps n’est que le symptôme d’une perturbation sociale plus large et la santé ne se définit pas par l’absence de maladie mais par le maintien d’un équilibre sain entre le mental, le corps et l’âme. Par exemple, les enfants de l’île de Tahuata passent avant l’âge d’un an entre les mains d’une guérisseuse réputée de l’île, Keahi Namauefitu Timau, pour un soin particulier, le ira, qui est sensé traiter le système nerveux de l’enfant de manière préventive afin de lui éviter plus tard de devenir un adulte tourmenté.

Les soins marquisiens ne s’intéressent pas qu’au corps malade ou blessé mais peuvent être prodigués tout au long d’une vie, parfois même avant la naissance pour maintenir un équilibre sain entre le mental, le corps et l’âme. Beaucoup de soins marquisiens portent sur le système humoral (he’a) et le système nerveux (ira), l’objectif étant de maintenir, rétablir, prévenir l’équilibre du corps, du mental et de l’âme.

Au-delà des traitements par les plantes, les soins marquisiens comprennent un large éventail de techniques : massage, soin de la peau, bains relaxants, régime, jeûne, cure, purge, souvent liés et appliqués successivement

Au niveau historique, l’impact de l’évangélisation catholique sur les savoirs traditionnels aux Marquises a présenté deux aspects opposés : d’un côté les premiers missionnaires ainsi que les prêtres et les prêtres médecins ont réalisé des travaux concernant les plantes et leurs usages et en ont consigné, mais d’un autre côté ces mêmes missionnaires ont mis en place des lois et un régime de l’indigénat particulièrement peu propice au maintien et au développement de ces savoirs souvent associés à un temps considéré comme païen, qui était contraire à l’esprit d’une évangélisation monothéiste.

Le règlement du 20 mars 1863, promulgué par l’administration coloniale, sur « la conduite des indigènes de l’île Nuku-Hiva » a mis fin à un certain nombre de pratiques jugées contraires à la moralité chrétienne. Les rites traditionnels de décès ont été interdits, tout comme le fait de s’oindre d’huile de coco, de porter des colliers de fleurs et des habits imprégnés d’odeurs, les lieux sacrés ont été rendus profanes, les sanctions encourues ayant un caractère pénal : entre 5 et 20 jours d’emprisonnement. Les pratiques liées aux savoirs et aux remèdes traditionnels, si elles étaient associées aux interdictions prévues par le règlement, faisaient l’objet de châtiments.

Dans le même temps, avant même le règlement de 1863, des épidémies dramatiques avaient fait des ravages parmi les populations marquisiennes (rougeole, rubéole, tuberculose, syphilis … apportées par les Européens). En 1856, l’historien Bailleul, citant les sources de l’époque, estimait la population des Marquises à environ 11 900 habitants. En 1875, cette même population n’était plus que de 6 012 personnes dont 150 étrangers.

Compte tenu de ce qu’on connaît de la répartition ancienne du savoir relatif aux soins traditionnels aux Marquises (les jeunes hommes maîtrisant les savoirs relatifs à la pêche et à l’agriculture du taro, les plus anciens, les remèdes issus des plantes), on peut donc penser qu’avec les anciens ont disparus des pans entiers des remèdes traditionnels. Tout au long de la période 1850-1900, les chutes démographiques, le poids des règlements missionnaires, la colonisation agricole se sont conjugués pour diminuer les territoires des savoirs traditionnels, le coup de grâce ayant été porté avec le texte d’enregistrement des terres en 1902, qui a abouti au transfert d’une grande partie du foncier à l’administration coloniale et à l’Église catholique.

Quelques plantes des Marquises à vertus médicinales

Le Tueiao – rauvolfia nukuhivensisplante endémique de Nuku Hivaen Médecine Traditionnelle on utilise son écorce pour soigner les plaies, les hématomes ou les éruptions cutanées. Au siècle dernier, selon certains anciens, les feuilles servaient de cataplasme, tandis que sa sève était mélangée à certaines mixtures pour calmer la rage de dent.

Le Tu’eiao ne se développe que dans les forêts les plus sèches des Terres-désertes (près de l’aéroport) (faut chercher), généralement sur les pentes externes des volcans, jusqu’à 700 m d’altitude. Des inventaires récents ont abouti au recensement d’environ 70 pieds vivants et d’une centaine de pieds morts.

Aux Marquises, les sécrétions vaginales physiologiques de la femme font l’objet de soins particuliers. Il est courant de traiter les fillettes dès leur plus jeune âge en appliquant, directement dans le vagin et au niveau de la vulve, une préparation appropriée et qui varie selon l’île et/ou la plante utilisée : koi’e (terme désignant la toute jeune noix de coco) dans la plupart des îles, mokio (Achyranthes aspera var. aspera) à Ua Pou, tueiao (Rauvolfia nukuhivensis) à Nuku Hiva. Ce processus se fait sur plusieurs mois ou années et peut aussi s’interrompre pour reprendre à l’âge adulte si les symptômes réapparaissent. Cette pratique traditionnelle est encore très répandue aux Marquises.  Les dernières études phytochimiques et pharmacologiques ont montré que les principes actifs (alcaloïdes) de ces préparations agissent sur les échanges osmotiques par l’inhibition des canaux ioniques (potassique et sodique) réduisant ainsi les flux des écoulements vaginaux, ce qui est en accord avec l’usage du Tueiao

Hibiscus rosa-sinensis Malvaceae – Rose de Chine, rose de Cayenne, coquelicot rouge en créole. L’hibiscus est un antiseptique urinaire et un diurétique. Les fleurs remédient aux douleurs menstruelles car elles relâchent les muscles utérins. La racine est utilisée pour calmer la toux et dégager les voies respiratoires.  Les racines et les fleurs ont également une action abortive. Il est également hypotenseur, spasmolytique, hypocholestérolémiant et légèrement sédatif. On l’utilise en Chine pour traiter les dermatoses.

Le nénupharNénuphar blanc :  Nymphaea alba. Nénuphar bleu : Nymphaea caerulea. Nénuphar jaune : Nuphar lutea. Nénuphar nain : Nuphar pumila.

Sur les tombeaux, la fleur de nénuphar symbolise la renaissance, la réincarnation, du fait de ses fleurs qui peuvent se renouveler au petit matin après s’être fanées durant la nuit. Cette plante contient de l’apomorphine, communément appelée auparavant nuciférine, utilisée depuis des siècles pour ses vertus sédatives.

Pour tout vous dire, la photo ci-dessus c’est moi qui l’ai prise à Hiva Oa dans la baie de Hanaiapa et j’étais folle de joie de voir ces si beaux nénuphars planqués dans un coin – mais on utilise le nénuphar blanc pour les propriétés médicinales que je vous relate

C’est un remède ancien pour tempérer les ardeurs sexuelles, mais aujourd’hui le nénuphar reste un excellent remède phyto contre l’insomnie. Pline la recommandait pour combattre les insomnies érotiques ! D’où son usage chez les ermites d’Egypte et les moines de l’époque médiévale pour ne pas trahit leur vœu de chasteté …Ceci étant posé, d’un point de vue Médecine Traditionnelle Chinoise, les insomnies érotiques sont révélatrices d’un déséquilibre certain de l’énergie des Reins et on utiliserait d’autres plantes pour rééquilibrer ça, on ne se contenterait pas de sédater …

Si vous m’ avez lue jusque là, bravo ! vous avez gagné une recette contre le nervosisme : faire infuser dans de l’eau bouillante, 20 g de fleurs séchées jusqu’à ce que l’eau redevienne tiède. Boire une tasse matin et soir. Contre l’insomnie, préparer du sirop de nénuphar en versant 1 litre d’eau bouillante sur 75 g de racines et de fleurs puis laisser infuser pendant 6 heures. Filtrez et ajoutez 1,8 kg de sucre. Portez à ébullition jusqu’à consistance d’un sirop. Prendre 1 cuillère à soupe au coucher. Attention car une surconsommation peut entraîner des troubles digestifs … et la perte de la libido

+ 2 astuces marquisiennes

Santal polynésien

Le monoï au santal – pani puahi traite les fièvres et convulsions, relevant de l’ira, chez les bébés et sont effectués éventuellement avec  d’autres plantes ajoutées en fonction du type de douleur à soigner

En cas d’allergie cutanée ou d’éruption inexplicable de boutons

Se mettre face à la pleine lune et lui transmettre son mal en prononçant ces mots :

mahina Eia tao’e

(voilà à toi la lune)

la baie de Taiohae vue d’en haut … Cap de Miol est environ à la pointe la plus haute du branchage au premier plan

Le 4 juillet, pause, alors on va partir quelques jours avant de revenir une fois de plus à Taiohae, le capitaine a repéré les baies à voir et on commencera par celle d’Anaho

pas besoin de planter des cocotiers : ils poussent tout seuls depuis les noix de coco tombées au sol

Mais on ne se quitte pas sans une ultime info (bon sang, il y a tellement de choses à raconter !)

  • Un peu d’histoire sur la Polynésie Française : La Polynésie s’est constituée autour du voyage. Ses tout premiers habitants, les Mélanésiens, traversent le Pacifique dès 1500 avant notre ère. Ils peuplent l’archipel des Marquises, puis l’archipel de la Société, l’archipel des Tuamotu, celui des Gambier et celui des Australes. Ces vagues de peuplement s’effectuent peu à peu. Elles durent près de 3 000 ans. La Polynésie reste inconnue des Occidentaux jusqu’aux voyages des grands explorateurs. A la fin du XVIe siècle, les Espagnols découvrent l’archipel des Marquises. Au début du XVIIe siècle, les Portugais font escale dans l’archipel des Tuamotu. Au XVIIIe siècle, l’archipel de la Société voit accoster successivement les grands navigateurs Samuel Wallis, Louis-Antoine de Bougainville et James Cook. Anglais et Français se disputent alors l’influence sur Tahiti. Des missionnaires arrivent, convertissant peu à peu les Polynésiens au christianisme. La dynastie des Pomare, dernière à régner en Polynésie, s’établit à la fin du XVIIIe siècle. Aidé par les marins laissés à Tahiti après la mutinerie du navire anglais Le Bounty, le chef polynésien Tu prend le pouvoir. Il inaugure la dynastie des Pomare. Ses descendants favorisent d’abord les Anglais, puis les Français sous le règne de la reine Pomare IV. Elle signe un traité qui transforme Tahiti en protectorat français au milieu du XIXe siècle. Son fils Pomare V entérine la situation. A la fin du XIXe siècle, lorsque le peintre Paul Gauguin s’installe dans l’archipel des Marquises, les îles de la Polynésie sont devenues les Etablissements français d’Océanie. Au début de la Première Guerre mondiale, Tahiti connaît une brève attaque de la part des Allemands. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bora Bora accueille la base navale des alliés américains. En 1959, la Polynésie accepte par référendum son rattachement à la France. Elle se transforme en Territoire d’Outre-Mer. Le tourisme se développe dans les années 1970, avec le premier hôtel sur pilotis construit à Bora Bora. C’est aujourd’hui la ressource principale de la Polynésie. Territoire d’Outre-mer, la Polynésie devient en 2004 un Pays d’Outre-mer, dont le président est le chef du parti indépendantiste Oscar Temaru.

Ua Pou, Terre des hommes

le soleil se lève à l’Est

Samedi 18 juin

Levés à 3h30 pour faire 60 NM et arriver avant la nuit à Ua Pou, on se tape un peu tous les temps et on alterne moteur, GV + génois, spi, des gros grains en veux-tu en voilà, ça nous maintient en forme et avec un peu de chance ça va décupler mon néocortex, je dois changer deux fois de short tellement ils sont trempés de pluie et que ça me fait grelotter avec le vent, et puis on l’aperçoit enfin dans les nuages et puis je m’exclame

– regarde ! On dirait qu’il y a un pic géant qui sort des nuages !

il y a un pic géant qui sort des nuages, une fusée monumentale dressée vers le ciel, c’est  gigantesque, je pose mes mains sur ma poitrine tellement ça me coupe le souffle, c’est beau mon dieu que c’est beau, chaque île est une découverte, chaque île est unique et c’est rien de le dire, jamais je ne m’attends à l’émotion qui va m’envahir de voir encore ce que la Nature peut faire, notre planète est un miracle et je me demande si les curés qui disaient que nous sommes le centre du monde n’avaient pas raison finalement, les scientifiques expliquent comment notre planète existe, à coup d’atomes de carbone et toute une histoire physico-chimique, très bien, mais pourquoi ? pourquoi notre planète et nous ? Y a-t-il un but ? Pourquoi depuis que le monde est monde les humains croient en un ou des dieux en levant les yeux vers le ciel ? (une pensée pour tous les hérétiques massacrés de bon cœur par l’église parce qu’ils ne se laissaient pas imposer l’interdiction du culte des autres dieux que le sien)

 En avançant on voit d’autres pics, moins grands, qui sortent avant de disparaître à nouveau dans les nuages, ils se présentent à nous tour à tour en un hallucinant spectacle, je clame d’une voix chevrotante à l’aune de mon émotion que c’est l’île la plus incroyable que l’on ait vue jusqu’ici …

Incroyable au point de voir la fin du monde, là où l’océan s’arrête et tombe à la verticale dans un trou sans fin, comment ne pas imaginer que la terre était plate quand des marins passaient ici (maintenant on sait qu’elle n’est pas plate, je le précise car je ne voudrais pas passer pour une complotiste qui remet tout en question parce qu’on nous ment on nous spolie) (les vieux sauront qui je cite) (les jeunes demandez aux vieux)

la fin du monde c’est là
vue globale pour bien saisir le concept

Toute cette incroyabilité a beau absorber mon attention au plus haut point …

PRO-DI-GIEUX !

… je finis par apercevoir le ciel qui est vachement noir à tribord, et on a beau être bâbord amure (ce qui revient à dire que le vent vient de notre gauche et est censé pousser les nuages vers la droite) on voit bien que ça nous arrive sur le coin de l’œil et qu’on n’y coupera pas, le vent doit certainement faire une boucle en hauteur et tout nous pousser dessus, me dis-je

glurps

On arrive au mouillage de Hakahau (Nord-est de Ua Pou) sous une pluie battante

Il y a 4 bateaux planqués derrière un petit quai, ils ont tous une ancre arrière pour rester face à la houle car ça houle bien, et deux autres bateaux mouillés plus loin qui roulent comme des culbutos, nous on se retrouve au tout début du quai, on ne peut pas aller plus avant car il n’y a pas la place ou pas le fond suffisant, on peut dire qu’on la sent bien cette houle qui arrive plein pot, le capitaine conclut rapidement qu’on va imiter les copains et mettre une ancre arrière, j’enfile un legging en lycra parce que c’est encore ce qu’il y a de mieux pour se faire tremper, le capitaine récupère notre deuxième ancre dans le coffre de la jupe et y attache une longue amarre à laquelle il attache une autre longue amarre toute molle, je lui en fais la remarque à laquelle il répond qu’elle coûte une blinde, j’aurais pas cru en la voyant si molle, hop on bazarde l’ancre et les amarres dans l’annexe remise à l’eau, on y grimpe et on s’éloigne teuf teuf teuf pour jeter l’ancre au bon endroit, la nuit tombe et on se fait rincer proprement (salement pour tout dire), il n’y a guère de fond donc l’ancre le touche rapidement, maintenant il s’agit de retourner au bateau en laissant les amarres se dévider, le capitaine conduit, à moi de laisser filer les amarres, première amarre c’est bon, arrive l’amarre molle … qui fait des nœuds, s’emberlificote, je donne des ordres au capitaine, vraiment quelle journée incroyable où tout est permis même l’impensable

– moins vite ! sinon toute l’amarre va partir à l’eau en un seul paquet ! (Et qui c’est qui devra plonger pour la récupérer ?) (pas moi)

Je débrouille le plus rapidement possible ce tas de nœuds mais ça ne va pas assez vite pour le capitaine

– on aurait dû la préparer avant ! c’est le bordel !

Ben oui mais voilà (c’est qui on bitte schön ?)

– ah il ne faudra pas faire ça dans les canaux de Patagonie !

– moins vite je te dis ! (Remarquez que je ne lui dis pas ta gueule, bien que sa dernière remarque soit tout à fait déplacée tandis que je me dépatouille en suant sang et eau alors que pas de Patagonie en vue que je sache)

C’est sûr qu’avec ce temps que j’y passe on se retrouve imbibés de pluie comme des babas de rhum, mais je finis, sous le regard impatient du capitaine, par arriver à démêler toute l’amarre molle et chère et qui fait des nœuds, et au bout du compte on arrive au bateau, je glisse l’amarre autour d’un taquet et la récupère, au fur et à mesure le bateau se met dans l’axe des deux ancres, quand ça devient trop dur je mets l’amarre au winch et je mouline avec hardiesse … foutredieu ! elle s’est effilochée et entortillée dedans et bloque le winch ! je hèle fébrilement le capitaine avec l’envie de me balancer à l’eau pour lui couper l’herbe sous le pied (il n’aurait pas le cœur à houspiller une noyée), il arrive aussi vite que s’il avait été téléporté, constate les dégâts, se maudit de ne m’avoir pas prévenue qu’elle ne se mettait pas au self-tailing (ai bien fait de ne pas me noyer), désentortille l’amarre en m’expliquant que ça coûte un bras, à quoi je réponds qu’elle est tellement molle qu’elle ne me semble pas valoir grand chose, c’est un tort, ça aurait tendance à le contrarier, il grommelle je ne sais quoi en attachant l’amarre avec un nœud de taquet, la nuit est largement tombée et je lui dis que c’était drôlement rigolo et que j’ai passé une super bonne journée, ce à quoi il rétorque, un tantinet surpris car il n’aurait pas pensé à qualifier cette journée de rigolote, tant mieux, on n’a plus un poil de sec

vue du mouillage, guère de place pour être bien protégés de la houle (et c’est aride)

Le lendemain matin il fait beau et musique plein pot pour la fête des pères, quelques familles ont installé des barbecues à côté des pickups alignés le long de la plage, 4 bateaux sont partis dont deux qui mouillaient derrière le quai, ce qui nous laisse tout loisir de changer de place si on veut, et le capitaine veut, pour rouler moins, moi ça ne me dérange pas de rouler au mouillage parce que comme ça je ne suis pas malade quand on reprend la mer, mais le capitaine ne dort pas bien quand ça roule, bon, il part en annexe récupérer l’ancre arrière, ensuite on lève l’ancre avant, et on déplace le bateau, on va aller se mettre entre les deux qui sont encore mouillés là, okaye, on y va et on mouille l’ancre avant, mais zut car il y a un vent violent qui nous pousse vers un bateau inhabité à tribord, le capitaine est sur la jupe et trafique l’ancre pour la préparer avant de la remettre à l’eau, je le préviens que, non seulement nous nous approchons dangereusement de l’autre bateau mais que, de plus, nous reculons vers l’amarre de son ancre arrière et risquons de ce fait de nous prendre les safrans ou la quille dedans (il fut un temps où je n’aurais rien remarqué, je progresse)

– mais non on est loin

– ah (soit je bigle, soit mon appréciation des distances est radicalement différente de celle du capitaine)

Et puis, aussitôt

– marche arrière (ton calme du maître qui maitrise)

– marche arrière ?! (ton véhément de l’élève qui voit avec horreur la raison du maître vénéré s’égarer)

Dans la gueule du loup ? me hurle ma pensée, toujours alerte

– oui ! marche arrière ! et pousse ta barre ! (on sent poindre un frémissement d’urgence)

Aaaah … il veut que je dessine un arc de cercle vers l’arrière, c’est bien joli mais bien risqué, surtout avec moi à la barre, néanmoins je m’exécute en serrant les fesses (datant vraisemblablement du XVIIIe siècle, cette expression utilise l’image de quelqu’un qui serre les fesses par crispation ou par peur de déféquer) on passe à ras et le bateau s’éloigne

je vous gâte !

Le capitaine est très marche arrière, moi beaucoup plus marche avant, je note tout de même que nous ne nous sommes guère éloignés et que le vent nous repousse déjà dare-dare vers le bateau comme un veau revient téter sa mère, ça y est, le capitaine a mis l’ancre dans l’annexe, saute dedans, met le moteur en route et me crie en s’éloignant qu’il faudra que je récupère l’amarre pour la tendre quand il aura balancé l’ancre, ok ok, je le vois de loin qui cherche la meilleure place pour balancer l’ancre, mais Cap de Miol est de nouveau trop près de l’autre bateau et recule vers son amarre, je suis à un doigt de faire marche arrière mais je ne le sens pas du tout et le capitaine n’est pas là pour me mettre la pression, et ce coup-ci j’ai envie d’éloigner suffisamment le bateau pour ne pas remettre la sauce toutes les 5 minutes, je me lance en mettant un bon grand coup de marche avant et m’éloigne vers le large, j’entends le capitaine qui s’égosille

– MAIS OÙ TU VAS ?!?!

Je n’ai pas le temps de lui faire un dessin comme à vous et continue de m’éloigner, je sais que le vent me repoussera bien assez vite jusque là, je ne suis pas née de la dernière pluie

– OÙ TU VAAAAAAS ?!?!!?! (je l’ignore royalement mais imagine sa tête 🤬)

Je mets un grand coup de marche arrière pour arrêter le bateau et me retourne vers le capitaine pour lui faire signe que tout va bien, il a du mal à le croire, je descends sur la jupe pour m’apprêter à récupérer l’amarre, la molle qui est accrochée à l’autre pour avoir suffisamment de longueur durant l’opération … quand je la vois posée en entier sur la jupe … le capitaine ne l’a pas accrochée à l’autre amarre, s’il balance l’ancre elle va aller au fond avec son amarre et il faudra plonger pour les récupérer, j’attrape le bout de l’amarre molle et le secoue au-dessus de ma tête en sautant sur place pour alerter le capitaine tout en m’époumonant t’as oublié d’accrocher l’autre amarre !!!

Il ouvre les bras dans un large geste désabusé, en oublie aussi sec ma marche avant, revient au bateau, attache l’amarre molle et repart pour terminer cet ancrage …

en vrai il a fait un nœud marin, que dis-je, plutôt 2 ou 3

En revenant il marmonne que voilà ce qui arrive quand on est fatigué et puis, sans que je m’y attende

– c’est bien, tu t’es bien débrouillée pour t’éloigner et arrêter le bateau me complimente t’il

– merci ! le remercié-je, incrédule de tant d’éloge, il y a des jours comme ça (nos propres erreurs nous rendent plus tolérant) (c’est pour ça que je suis hyper tolérante)

ah ! on distingue le bateau inhabité à notre tribord et le quai devant nous, vous assistez à une évac’ san’ (évacuation sanitaire) vers l’hôpital de Tahiti, tu te casses une jambe et ça coûte la peau des fesses à la sécu

Qui dit mouillage avec connexion dit boulot, je m’y attèle, toujours avec plaisir, ça me fait du bien de travailler, ça m’a toujours fait du bien, parce que je n’ai jamais l’impression de travailler mais toujours de m’enrichir, d’échanger, de comprendre, et aussi travailler occupe l’esprit sainement au lieu de se torturer à je ne sais quoi, je parle là d’une manière assez générale car j’ai noté que moins les humains (je parle de l’homo erectus classique, dont je revendique l’appartenance, pas du génie ou du saint, ça m’a eu tentée à une époque, mais ça m’a bien passé) ont l’esprit occupé par des activités, plus ils nombrilisent et se posent des questions sur leur santé et ont peur de la mort, ce qui me fait me souvenir d’une conversation entre filles dans une voiture dans laquelle j’étais passager, l’une d’elles dit ne pas avoir peur de la mort et les autres renchérissent, on me demande mon avis, bin moi, avisdonné-je, quand je vais bien je n’ai pas peur de la mort, mais si je suis bien malade mon avis a tendance à s’égarer sur des voies moins augustes, bref, je fais ce qu’il faut pour aller bien et mon travail en fait partie

Mon action est mon seul bien, Mon action est mon héritage, Mon action est la matrice qui me fait naître, Mon action est ma race, Mon action est mon refuge. Bouddha

si ça, ça ne me porte pas chance, je veux bien être changée en lévrier afghan

Comme de bien entendu, on prend 1 jour pour visiter l’île, vu de l’extérieur on peut avoir l’impression qu’on prend tout notre temps, mais rester entre 2 à 7 jours sur une île ne permet que d’en saisir l’essentiel, les autres navigateurs que l’on croise trouvent que nous allons super vite et nous les laissons en général derrière nous, certains passent 3 mois là où nous ne passons que 3 jours, mais faire autrement induirait de partir 10 ans, et encore, alors il faut faire des choix  … Ua Pou, ce sont des paysages fantastiques et des arbres qui le sont tout autant, des baies splendides, parfois la route est cimentée mais souvent c’est juste une piste qui nous fait jouer aux osselets avec notre squelette ou à pile ou face pour savoir si on va réussir à passer ou non (la voiture n’est pas neuve et ne réussit pas toujours à passer en 4 roues motrices high ou low bien que le capitaine s’évertue à tourner à maintes reprises le bon bouton (j’ai vérifié), ou bien quand ça marche il ne peut pas revenir en 2 roues motrices alors la bagnole fait des bonds, et puis à un moment on entend un clac et ça se remet, on se regarde avec une moue d’incompréhension, bien malin qui saurait ce qui se passe sous le capot)

y’a d’la baie
et d’la belle !

Peut-être que l’une de ces baies est la fameuse baie aux requins vantée sur les prospectus, mais on ne l’a pas su, les indigènes nous dirigeant vers les unes ou les autres, c’est par là-bas étant un concept aussi vague que répandu

« Le guerrier se concentre sur les petits miracles de la vie quotidienne. S’il est capable de voir ce qui est beau, c’est qu’il porte en lui la beauté puisque le monde est un miroir qui renvoie à chacun l’image de son propre visage » Paolo Coelho

il a la voiture, il aura la femme (pub Audi que j’ai adorée, comme toute femme qui se respecte)
j’ai dit au capitaine que je n’aurais jamais aussi bien supporté les cahots sur cette piste si je n’avais pas vécu les secousses du bateau en mer

Et puis il est temps de continuer pour Nuku Hiva, autre Terre des Hommes, l’Aranui 5ème du nom (en tahitien, ça veut dire long chemin, ara = chemin  et nui = long) est arrivé et s’est collé en partie sur le petit quai et pour une autre partie juste sous notre nez, le quai étant trop petit, c’est la fête pour l’accueillir avec force tamtams et chants puissants, comme c’est beau cette façon de remercier le bateau qui arrive avec des vivres et du matériel pour les habitants !… que j’aime les polynésiens ! 

mettez le son !

C’est aussi le cirque pour partir, on a relevé l’ancre avant alors on a dérivé trèèèèès près de l’Aranui pendant que je manœuvrais comme je pouvais pour ne pas finir dessus pendant que le capitaine partait en annexe remonter l’ancre arrière qui a eu tout loisir de s’enfoncer dans le sable pendant que l’amarre s’entortillait dans les coraux, heureusement le gars d’un bateau voisin vient avec masque et tuba pour aider le capitaine en lui racontant ce qui se passe sous l’eau, le capitaine zigzague en fonction de ce que le voisin lui indique et réussit à sortir l’ancre, il rejoint l’annexe, je passe la marche avant pour m’éloigner de l’Aranui et des autres bateaux, on mouille à nouveau un peu plus loin pour hisser l’annexe sur le bateau et tout ranger, et puis on part, tout ça prend un temps fou, c’est pas comme fermer sa porte à clé et monter dans sa voiture en ouvrant le portail électrique pour partir au boulot …

Quand on sort de la baie, le bateau est soulevé par une grosse houle, le capitaine me regarde avec un sourire espiègle

  • Finalement, on était bien protégés de la houle dans ce mouillage … (il s’était plaint que le mouillage n’était pas terrible car même avec l’ancre arrière on dansait)

Devant la mairie de Hakahau, où il est écrit que c’est le 22 juin 1791 qu’Etienne Marchand qui commandait le navire le Solide a débarqué ici, s’est emparé de l’île au nom du Roi Louis XVI et l’a appelée à l’époque l’île Marchand …

« On se lasse tout, sauf d’apprendre » Virgile (c’est le jour des citations, c’est comme les cacahuètes, quand on commence on ne sait plus s’arrêter)

  • Le néocortex constitue chez tous les mammifères une large partie du cerveau qui est essentielle à la perception de l’environnement, à l’élaboration de réponses motrices aux stimulus externes, ainsi qu’aux fonctions cognitives. C’est le cerveau de l’apprentissage
  • Le géocentrisme est une représentation du monde dans laquelle la Terre se trouve immobile, au centre de l’Univers. C’est autant une conception scientifique visant à expliquer l’univers qu’une conception philosophique du monde. La théorie du géocentrisme qui pensait que tout tournait autour de la Terre est décrite dans la Bible. La découverte de Copernic, la théorie de l’héliocentrisme (On désigne par héliocentrisme le système cosmologique qui place le Soleil au centre du monde, la Terre prenant sa place entre Vénus et Mars, tournant sur elle-même et faisant une révolution autour du Soleil comme les autres planètes) , a fait passer de la vision d’un monde clos à un monde sans limites connues et a changé complètement la représentation du monde et de l’univers. Les savants de l’époque, dont la plupart étaient à la merci des religieux, rechignaient à abonder dans le sens de cette thèse pour ne pas contredire l’ordre catholique établi et parce que, à leur décharge, ils ne savaient pas ce qu’ils ne savaient pas. L’Église catholique romaine a interdit de publication et de lecture les travaux de Copernic pendant 3 siècles, soit jusqu’au début du 19ème siècle… Copernic a cependant permis de faire une découverte qui a mis en évidence la fragilité de nos connaissances du monde et du dogmatisme religieux, il a fini sa vie sans prouver que la Terre tournait autour du Soleil, mais Galilée l’a démontré un siècle plus tard. Galilée a subi les mêmes menaces et s’est plus ou moins conformé à l’interdiction de l’Église. Sa publication du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde en 1632 a entraîné son procès et sa condamnation. En savoir plus sur Galilée : https://www.cairn.info/revue-hegel-2015-2-page-161.htm
  • L’amure désigne également la position d’un bateau par rapport au vent ou plus précisément le côté où les amures reçoivent le vent : on dit bâbord amures quand le bateau reçoit le vent par bâbord (gauche) ou tribord amures quand il le reçoit par tribord (droite).
  • Le Self tailing :
  • Le nœud de taquet
  • Ancêtre des jeux de lancer, les osselets sont utilisés depuis des milliers d’années. Ils consistent à lancer une pièce appelée « père », et à saisir un ou plusieurs osselets, avant qu’elle ne retombe 

D’amour mourir vos beaux yeux, belle Marquise, me font

Du coup on continue notre route pour 481 NM, on en a aussi pour 3 ou 4 jours selon le vent, le capitaine a opté pour Fatu Hiva, ça me fait une belle jambe, non que je m’en fiche mais il me dirait Honolulu ou Zanzibar que ça serait couasi pareil pour moi, c’est quand je découvre un endroit que me vient la curiosité de voir où ça se trouve sur une carte (« le vrai voyageur ne sait pas où il va » Lao Tseu) alors que lui s’en enquiert toujours auparavant, j’ai déjà dû vous le dire mais il est incollable en géo, encore qu’il ne connaisse pas les roilleguebreugueuldis (ce n’est pas un endroit mais un plat qu’on mange dans les Vosges et l’Alsace, en rando, pour dire qu’il ne connaît pas du tout cette belle région et ce plat qui tient au corps, ce qui me permettra d’avoir un coup d’avance sur lui si on doit évoquer le sujet, ce qui ne le tente mais alors pas du tout)

Jeudi : vent de travers entre 10 et 15 nœuds, on avance à 6/7 et puis ça monte à 22/25 nœuds, toujours au travers avec une mer bien formée, une houle de 3/4 avant et des vagues qui arrosent le bateau, l’une d’elles plus violente que les autres fait carrément sauter les 2 bouchons des aérateurs à l’avant et inonde l’équivalent d’un bon seau d’eau de mer sur la couchette avant, elle est trempée, les draps, les oreillers, les matelas plein d’eau salée, le capitaine, un poil énervé, me demande si j’avais bien enfoncé les bouchons, je me sens toujours comme une gamine prise sur le fait (mais lequel) quand il suppute ce genre de truc, mais oui je les avais bien enfoncés ! Dieu m’est témoin ! il me regarde par en dessous en les remettant mais rebelote un peu plus tard, une autre vague bien sentie fait sauter les mêmes bouchons et arrose pareillement la couchette avant, je me garde de ricaner, surtout quand il part en zigzagant sur le pont chahuté pour aller scotcher les aérateurs avec du grey tape afin que ça ne le refasse plus, tout en maugréant qu’il ne pensait pas naviguer si loin sinon il aurait mieux préparé la nav, pouvait on deviner qu’on se ferait jeter d’Hao ? et qui dit qu’une vague n’aurait pas fait sauter les bouchons avant Hao ? mais bon on avance à 7/8 nœuds alors on arrivera vite, heureusement qu’on naviguait déjà avant ça m’évite d’être malade quand je suis habituée

Vendredi idem et on navigue toujours sous GV avec 1 ris et trinquette, on trace à 7,5/8 et c’est tant mieux parce que le capitaine en a marre, il ne s’était psychologiquement pas préparé à une semaine de nav’ qu’il m’annonce, j’en reste comme deux ronds de flan, mais il faut dire que ce n’est pas facile de se reposer quand ça bouge autant, qu’on est à la gîte et que les vagues s’éclatent sur le bateau qui enfonce des pieux (c’est le capitaine qui dit ça quand l’avant du bateau plonge après une vague et que ça fait le bruit de quelqu’un qui tape à la masse pour enfoncer un pieu en terre)

Samedi, en approche de Fatu Hiva, on passe le long de la Baie du Bon Repos, il y a un seul bateau au mouillage mais on le voit qui roule beaucoup alors on continue vers le mouillage suivant … c’est d’une beautéééééé, je m’exclame O-MY-GOD tellement c’est beau, tellement c’est magique, oui voilà, c’est ça les Marquises : MAGIQUE !

Et bienvenue à la Baie des Vierges !

inénarrable Baie des Vierges, le capitaine me dira qu’elle est mythique et je veux bien le croire

… rebaptisée ainsi par les curés alors qu’elle s’appelait Baie des Verges, c’est le capitaine qui me raconte cette anecdote en pouffant comme un ado en pleine crise d’acné et il le racontera à tous ses copains, le mouillage est tout petit et il y a déjà 8 bateaux, ce qui le rend plein comme un œuf, mais chance ! les bateaux sont loin de la plage alors on se faufile et on s’avance pour mouiller en première ligne près de la plage, les rois du pétrole, un gars passe en annexe pour nous prévenir de bouger parce que les 200 mètres proche de la plage ne sont pas sécuritaires, la baie est super rafaleuse et les bateaux dérapent, on relève l’ancre pour aller mouiller plus loin avec les copains, annexe à l’eau et on file à terre

En marchant le long de la route on fait signe coucou à un gars qui passe en pickup rouge, il s’arrête et nous donne des pamplemousses, on discute un peu et il nous confirme qu’il n’y a pas internet dans cette vallée, qu’il faut aller dans l’autre vallée et que ce n’est pas top – il n’y a que 2 vallées habitées (et habitables) ici, 300 habitants par vallée, autant dire que ça ne se marche pas sur les pieds – je manque défaillir mais nous continuons notre visite et échangeons avec un sculpteur en train de charger une caisse pour aller vendre son artisanat sur une autre île et en revenant sur nos pas nous passons devant un petit chapiteau sous lequel est dit une messe à une poignée de participants qui chantent un chant polynésien, l’air embaume la fleur de tiaré, une vraie pub pour la Polynésie, j’ai des ailes qui poussent tellement je me sens privilégiée d’être là … je le dirai un jour au capitaine, si je dois garder un seul adjectif pour décrire ce que je vis, ça sera incroyable parce que même moi je n’arrive pas toujours à y croire …. on retourne au bateau et je supplie le capitaine, il me faut de l’internet, c’est vital, il me demande si je veux partir demain et hélas oui, alors le lendemain on s’en va mais quel dommage de ne pas avoir profité de Fatu Hiva, pour consoler le capitaine qui accuse le coup, je lui suggère de revenir plus tard

  • avec le vent et les vagues dans la gueule ? j’crois pas non
le vent étant en général de Sud-Est dans le coin, on voit bien que revenir à Fatu Hiva depuis Hiva Oa serait avec le vent dans la gueule et les vagues qui vont avec …

On verra si c’est possible de me faire pardonner et comment (des crêpes ?) et pour l’heure, direction Hiva Oa dans la baie d’Atuona, la ville principale

en vue d’Hiva Oa

Il y a de la houle alors le capitaine espère qu’on pourra mouiller après la digue, zone à l’abri mais qui ne peut pas accueillir beaucoup de bateaux, de loin il voit plein de mâts alors il peste, je lui dis que mais si on aura de la place cependant que sa nature sceptique prend le dessus (elle gagne à chaque fois), en approchant on voit que la plupart des mâts vus de loin sont ceux de bateaux à sec sur le chantier et on trouve de la place pour mouiller après la digue (🥳) et on n’est pas trop mal même si ça roule c’est de la gnognote à côté de ces derniers jours

– et puis tu m’as prévenue que les mouillages des Marquises étaient rouleurs

– ouais

– et on n’est pas dans une marina donc voilà

– ouais

– sinon faut pas naviguer

haussement d’épaules joint à élévation de sourcils qui peut se traduire pas un çaaaa, suivi de 3 points de suspension

nous voilà bien mouillés

On met l’annexe à l’eau et zou on file à terre, une Marquisienne est sur le quai et on discute un peu avec elle histoire d’en connaître un tantinet plus sur le coin, et le capitaine lui demande s’il y a un resto, coup de bol on n’est pas si loin du seul resto ouvert le dimanche, et de surcroît le dimanche soir, de l’île

– mais c’est loin ! nous dit-elle d’un air désappointé

– ah bon (déception)

– 30 minutes de marche !

– bé c’est pas loin alors (la Marquisienne est bien costaud et ça ne doit pas être simple de trimballer une lourde carcasse comme la sienne)

et on prend la route indiquée, elle fait tout le tour de la baie et amène à Atuona, ça nous dégourdit les pattes, c’est drôlement bon

Le capitaine s’est souvenu que c’est mon anniversaire 🎂, alors c’est le grand jeu, un resto sur une île des Marquises, excusez du peu !

Une voiture s’arrête, c’est Félix qui vit là mais vient des Vanuatu, il insiste pour nous faire visiter la ville à son bord (3 minutes suffisent), il est assez bourré mais c’est aussi son anniversaire, on est frères d’anniversaire, il finit par nous déposer au resto après nous avoir proprement saoulé à nous retenir dans son pickup pour nous raconter sa vie et nous arrivons dans une grande salle carrelée et presque vide mais on aperçoit des tables sur une grande terrasse, une fille nous accueille pieds nus avec une fleur de tiaré sur l’oreille et se désole car nous n’avons pas réservé, le patron arrive derrière elle en clamant que tout est plein pour la fête des mères (c’est le problème quand on naît fin mai, c’est qu’on a un seul cadeau), j’écarte de grands bras consternés

– mais c’est mon anniversaire !

il s’en balance mais je remarque des boites de pizzas empilées sur le comptoir

– et une pizza à emporter ?

– on n’a plus rien, même de quoi faire une pizza !

C’est trop cruel

A ma mine déconfite il marmonne un truc à l’oreille de la nana qui file en cuisine et revient en affichant un sourire victorieux : il reste de quoi faire une pizza mais une seule alors que veux-je et vite, une paysanne ! (comme moi) (j’ai des genoux de paysanne) (mais ne stigmatisons pas les paysannes)

On s’assied dans un coin et elle nous demande si on veut boire quelque chose en attendant, coca, bière ou thé glacé … et bien je m’en vais fêter mon anniversaire avec une bonne bière et puis voilà ! nous trinquons à ma santé le capitaine et moi, et repartons, moi pompette et le capitaine comme s’il était la sobriété incarnée, admiration, je porte la boîte à pizza tel le saint sacrement, le capitaine marchant devant moi avec sa lampe frontale en guise de veilleuse de sanctuaire, sautons sur le bas côté quand un pickup nous frôle, ici il y a trop de voitures pour dire bonjour à tout le monde et en plus il faut nuit, on s’abstient

– heureusement qu’il ne pleut pas dis-je au capitaine dans un grand sourire (il est déçu que je ne puisse pas fêter plus dignement l’événement alors je fais de grands sourires destinés à lui prouver que tout va bien et que je n’espérais tout de même pas fêter mon anniversaire au champagne, faut pas pousser)

Le ciel m’a t’il entendue ? un esprit jaloux a t’il enfoncé des épingles dans une poupée vaudou à mon effigie ? vlan, il se met à tomber des trombes d’eau

Mais mon étoile veille, y’a pas à dire, d’un coup de baguette magique surgit une minuscule décrépie petite station service fermée à deux pas, on y fonce au point que la boîte à pizza n’a presque même pas le temps d’être mouillée, je m’assieds sur le rebord en béton de la seule pompe à essence éclairée par un néon pisseux, on se croirait dans un James Hadley Chase, je le dis au capitaine qui ne connaît pas, quelle lacune, faudra que je lui en fasse lire lui qui aime les polars

La pluie pisse dru et dure … dru et dure encore … le capitaine finit par avoir faim et me réclamer une part de pizza, moi aussi j’ai faim, alors on mange la pizza froide sur nos genoux pliés à hauteur de menton, et en me marrant avec la bouche pleine je dis au capitaine que je m’en souviendrai de cet anniversaire (elle était hyper bonne la pizza)

Le lendemain matin, forts des renseignements donnés par la Marquisienne sur le quai la veille, nous nous rendons au chantier naval, ça n’y construit pas de bateaux comme au Havre, juste ça répare et ça carène les voiliers

il y a aussi des tables et des gens à gauche mais on ne les voit pas

En arrivant on tombe sur Maria et Pacôme, rencontrés à Rikitea, Maria est extatique il y a de la 4G ! elle me donne le code d’accès (zoubida456 si vous y allez), on s’avance vers une grande terrasse en bois aménagée avec des tables et des bancs et tout un tas de gens, qui un portable, qui une tablette ou un ordinateur en main, en train de tapoter leur écran, je les rejoins et le capitaine aussi dans son coin, on s’oublie pour plonger chacun dans notre autre monde

un matin tôt, tranquille, pour faire mes télé consultations avec le décalage horaire

A Hiva Oa je n’aurai pas beaucoup de temps pour me balader parce que je passerai le plus clair de mon temps à bosser, soit au chantier naval à faire des consultations avec le bruit des scies électriques ou des coups de massue en fond sonore, les poules et les coqs déambulant sous la table, soit au bateau avec une carte SIM finalement achetée à la poste après avoir erré sans succès de magasin en magasin affichant un panneau Vini sur la devanture

entrée d’Atuona
une petit ville bien calme et fort sympathique
la police ne fait pas peur
la tombe de Jacques Brel dans le vieux cimetière, passage obligé quoi

Et justement, le lendemain après avoir trouvé une carte SIM à la poste, en revenant d’Atuona sur le chemin qui domine la baie et le mouillage, le capitaine voit 2 bateaux juste à côté de Cap de Miol qui se rentrent dedans, arrivés au bateau, ni une ni deux il balance nos pare battages dans l’annexe et file les accrocher à l’un des bateaux pour éviter qu’ils ne s’abîment à force de se cogner l’un l’autre

le capitaine est un bon samaritain

Peu après le proprio d’un des bateaux arrive et remercie chaleureusement le capitaine d’être intervenu, nous sommes invités à boire l’apéro en guise de récompense 🍻ce sont Anita et Alain qui naviguent depuis moult sans avoir jamais appris à le faire, il faut oser, dans la conversation Alain demande pourquoi il n’arrive pas à enrouler le génois correctement quand il navigue et je lui réponds qu’il faut abatte avant de le faire histoire que la GV lui coupe le vent, avant, effarée de mon audace, de me retourner vers le capitaine et de reprendre l’interrogation d’Alain, à laquelle le capitaine sort la même réponse, il est de ces moments de grâce où l’on irait bien brûler un cierge …

Ateliers d’artisanat et de transmission de la culture Marquisienne aux collégiens, percussions, sculpture, tressage de couronnes, colorations naturelles de tissus et bien évidemment, tatouage marquisien !

Un matin, le capitaine me prévient qu’on change de place parce que ça roule trop à son goût, on peut s’amarrer au quai avec notre ancre devant et une amarre sur le quai, d’autres l’ont fait, le quai est réservé aux gros bateaux qui apportent des marchandises et des gens, mais il n’en vient que toutes les deux ou trois semaines et ce n’est pas demain la veille, alors on s’exécute, ça se passe bien parce qu’un gars sur le quai comprend notre manœuvre et attend qu’on lui lance notre amarre qu’il attache super mal, c’est pas un marin lui ! mais ça laisse le temps au capitaine d’y aller avec l’annexe pour bien nous amarrer, chose qu’il aurait faite de toutes façons parce que derrière quiconque il reprend toujours toujours toujours l’amarre pour y faire soit un nœud de chaise soit un cabestan avec une demi-clé ou que sais-je, je lui fais la remarque que quoi qu’on fasse il le refait à sa manière et il me répond qu’il revient à chacun de prendre la responsabilité de son bateau, aaaaah je comprends mieux, il n’est pas si dérangé que ça du ciboulot

Il finit en perçant une bouteille en plastique, ce qui ne manque pas de m’étonner

– c’est pour empêcher les rats de monter dans le bateau

et il repart sur le quai pour glisser la bouteille autour de l’amarre et faire que les rats se ramassent la gueule s’il leur prend l’idée de venir grignoter nos provisions en fond de cale, il faut dire qu’on a entendu un propriétaire de bateau en travaux sur le chantier se plaindre qu’il avait vu des rats sur son bateau, je ne sais pas si c’est vrai ou si c’est à cause de tout le whisky qu’il s’enfile à longueur de journée devant son ordi pendant que moi-même je travaille en carburant à l’eau de source (rares fois où je ne bois pas de l’eau dessalinisée, je me demande tout de même si je ne vais pas finir par avoir des carences)

le capitaine est très pièges, rappelez vous son piège à chauve-souris tellement avisé

Au bout de quelques jours j’ai rattrapé mon retard et, malgré être naze d’avoir carburé pour le faire, annonce au capitaine que nous pouvons visiter un peu l’île avant de changer d’endroit, ce qui lui va bien parce que même s’il est parti faire de la plongée avec Humu, il finit par tourner en rond

une chouette église à la pointe Ouest de Teiviotahu
sur le chemin vers Puamau on s’arrête sur cette plage
le plus grand Tiki de Polynésie si on exclut les Moaï de l’île de Pâques

on visite le site archéologique de me’ae à Puamau avec ses tikis, la route et la piste sont impressionnantes (mais grâce à mes lunettes de soleil je peux fermer les yeux en priant sans que le capitaine ne le remarque pour se ficher de moi)

les interprétations sur la signification de ces tikis vont bon train
On déjeune local chez Marie Antoinette (chèvre au lait de coco, cochon à la sauce soja, frites d’arbre à pain, po’e de citrouille … slurp) et passons devant le tombeau de la fille du chef Te-hau-moea, les deux tikis étant les gardiens de la sépulture, tiki Pauto et tiki Mani

Une fois revenus, j’annonce au capitaine la date à laquelle il me faudra à nouveau une bonne connexion et, bon prince, il organise notre programme en fonction de mes impératifs, la veille de partir on se fait déloger du quai car l’Aranui 5 arrive dans la nuit, nous récupérons la bouteille anti-rats et mouillons dans la baie pour passer la nuit avant de partir pour aller juste à côté sur l’île de Tahuatu

bye Atuona, on aperçoit l’Aranui 5 qui assure la liaison Papeete – îles Marquises

C’est ouikende alors mouillage super beau dans la baie Hanamoenoa où nous restons le samedi pour faire de l’eau et nettoyer la coque du bateau

j’ai ENFIN réussi à comprendre comment faire une photo panoramique !

Dimanche on change pour la baie Hanatefau et, au lever le lundi matin … un vrai miracle … des dizaines et des dizaines de dauphins dans la baie, et des raies Manta, ils y restent toute la matinée et c’est probablement une des choses les plus belles que j’ai vues de ma vie

les bébés dauphins font des cabrioles
et les raies glissent (on appréciera)

Le lendemain on s’en va à la baie Vaitahu en croyant encore au père Noël (qui ne se manifeste plus que par connexion internet interposée) et justement il pointe son nez chez Jimmy où nous dînons tandis que je réponds à mes mails (c’est mal) mais nous passons une nuit pourrie ensuite tellement les rafales de vent poussent le bateau

En partant de Tahuata, avant de filer sur Ua Pou, on s’arrête pour un premier mouillage au Nord d’Hiva Oa dans la baie Hanamenu

dans l’hémisphère Sud c’est le Nord des îles qui est sec tandis que le Sud est arrosé … mais au milieu de cette sécheresse, surprise ! une véritable oasis !

Le couple qui habite là sous les cocotiers nous invite à déjeuner pour goûter le cochon sauvage chassé la veille, l’habitation est plus que sommaire, nous mangeons sur un banc de guingois le cochon avec sa couenne, ses poils et du riz, à part les poils c’est bon, le gars est sculpteur et après le repas le capitaine fait un saut au bateau pour aller chercher des sous afin de lui acheter un ou deux souvenirs, il a l’air de se décider pour un petit Tiki en pierre fleurie à 25000 francs Pacifique, je me penche vers son oreille en faisant mine de m’intéresser à cet artisanat (moi c’est pas mon truc) et lui souffle que ça fait 250 balles car je ne suis pas du tout certaine qu’il soit prêt à mettre ce prix dans une petite statuette qui risque fort de finir dans un tiroir, ne nous leurrons pas (ça me rappelle le père d’un de mes petits copains, Jean-Claude, le père avait fait l’Indochine et dans le salon de leur appartement il y avait une vitrine avec plein de trucs rapportés de là-bas, des cornes d’ivoire sculptées et tout un tas de ramasse-poussières, j’étais hypnotisée par cet amas d’objets en exil, ça me filait le bourdon) le capitaine se désintéresse illico dudit objet, s’en débarrasse comme s’il le brûlait soudain et reporte son attention sur une raie Manta en bois avec des gravures Marquisiennes, une dent de requin (j’avais pas deviné) et un petit pilon en pierre fleurie, le tout pour la modique somme de 13000 francs pacifique, ça fait cher l’assiette de cochon mais bon ! il fait marcher l’artisanat local !

le shopping du capitaine, vous auriez deviné pour la dent de requin ?

L’oncle qui habite seul la baie voisine est venu nous rejoindre en pirogue, à se demander comment il arrive à rentrer dedans tellement Demis Roussos fait petit bras à côté de lui, il est gigantesque et imposant, il a bossé un peu dans toutes les îles du coin et maintenant il coule des jours paisibles à Hiva Oa, je lui demande s’il connaît les plantes médicinales du coin et bien entendu que oui, il me donne même des recettes infaillibles comme celles que je vous partage parce qu’on ne sait jamais : contre l’acidité de l’estomac (jus de papaye verte + sucre roux) et pour soulager les hémorroïdes (cueillir 1 poignée de feuilles de goyavier + 1 poignée de feuilles de tiaré, les faire bouillir pendant 5 minutes dans une casserole d’eau puis mettre la casserole sous une planche percée, s’asseoir sur la planche et faire un bain de fesses à la vapeur, il paraît que c’est radical)

Puis un second dans la baie Hanaiapa le lendemain et enfin un troisième et dernier dans la baie Hanatekuua magnifique, un petit coin de paradis dit le capitaine, alors nous y restons deux jours mais c’est aussi que le capitaine doit plonger pour donner un bon coup de nettoye à la carène parce que ce que nous avons fait au scotch-brit il y a quelques jours est grandement insuffisant, il se harnache avec tout son bastringue et passe plus d’une heure sous l’eau, c’est crevant alors il est crevé et dans ces moments là il aime bien une tisane bien chaude pour se réconforter, avec une madeleine aux pépites de chocolat St Michel, ce sont ses préférées (on ne sait jamais, si vous l’invitez à goûter un jour)

un petit coin de paradis … des fois, le capitaine devient poète

Le lendemain, pour l’appel du 18 juin, c’est debout 3h30 pour filer sur Ua Pou, notre escale avant Nuku Hiva sur laquelle il est prévu que je vadrouille botaniquement parlant, 60 NM à faire avant la nuit pour y arriver, on ne va pas être déçus de notre journée …

Le bas de la page c’est le coin des curieux (latin curiosus, adjectif et nom, qui est avide de voir, de comprendre, de savoir)

  • Le site archéologique remarquable du Meae Lipona, à Puamau sur l’île de Hiva Oa un des plus beaux des Marquises et de la Polynésie française. Son charme réside dans sa localisation, près d’un torrent et au pied du seul piton (Toea) de la vallée, l’organisation de ses structures et surtout la présence de statues, les plus grandes et les plus belles du Territoire. La diversité des sculptures et la qualité du travail en font un site exceptionnel. Etudié de façon plus complète et restauré à l’occasion du Festival des Arts des Marquises de 1991, il est le site le plus réputé des Marquises. Cet ensemble architectural est classé depuis le 23 juin 1952 (réf. 865/apa, n° 143)
  • Un Tiki est une sculpture dotée d’une importante force spirituelle et symbolique, originaire des îles Marquises et représentant habituellement un homme modifié. Le Tiki est un véritable emblème en Polynésie et occupe une place importante dans la culture locale. La première sculpture en pierre représentant un Tiki date du 13ème siècle. Originaires des îles Marquises, les Tikis sont également présents dans la plupart des îles du triangle polynésien. Les plus célèbres sont sans doute sont les «Moai», ces statues monumentales de l’île de Pâques. Mi-homme, mi-dieu,  le Tiki symbolise un personnage mythique qui a donné naissance aux êtres humains.
  • La pierre fleurie, ke’etu pua, est considérée comme magique par les Marquisiens, elle a la particularité de faire ressortir de minuscules pétales d’où son nom. Elle est rare et difficile à trouver. Il s’agit de la phonolite, roche magmatique volcanique assez commune mais, accompagné du grenat – qui désigne une famille de minéraux – incrusté à l’intérieur comme des pétales – elle a été identifiée seulement dans quelques endroits dans le monde. Selon les sites Tahitiheritage et Artoceanien, on ne trouverait cette roche tachetée qu’à Ua Pou et au Brésil. Toutefois, des volcanologues en ont aussi repéré en Éthiopie et dans le Massif Central. Devenue plus rare sous forme de galets sur les plages, il faut désormais organiser des chasses aux cailloux en montagne, mais certains Marquisiens savent où trouver des grosses pièces. Ils exploitent cette pierre depuis une trentaine d’années, depuis qu’ils ont accès aux outils qui permettent de la tailler et la polir.
  • Recette du Roïgebrageldi (que l’on prononce, d’après mes souvenirs, roilleguebreugueuldis) pour 6 à 8 personnes
  • 2kg de pommes de terre
  • 3 gros oignons (450g)
  • 400g de lard fumé détaillé en lardons
  • 125g de beurre
  • 1 verre de Riesling
  • sel
  • poivre

Préchauffez le four à 210°C. Epluchez les pommes de terre, lavez les et détaillez les en rondelles très fines à l’aide d’une mandoline. Réservez. Epluchez et émincez les oignons en fines tranches. Tapissez le fond d’une cocotte ou d’une sauteuse en fonte de lardons fumés. Surmontez les d’une couche de pommes de terre. Salez (légèrement) et poivrez.  Ajoutez une couche d’oignons Parsemez de lardons. Ajoutez des noix de beurre en les répartissant sur toute la surface. Renouvelez l’opération en alternant les couches de pommes de terre, d’oignons, de lardons et les noisettes de beurre jusqu’à épuisement des ingrédients. Terminez par une couche de pommes de terre. Salez, poivrez, répartissez des noisettes de beurre sur toute la surface et pour finir arrosez de vin blanc. Posez le couvercle sur la cocotte. Enfournez pour 2 heures de cuisson. Otez le couvercle un quart d’heure avant la fin de la cuisson pour faire dorer les pommes de terre à la surface. Si vous ne servez pas de suite ces roïgebrageldi, vous pouvez les conserver pendant une demi-heure à une heure dans le four éteint. Dans les fermes-auberges, on sert traditionnellement ces pommes de terre rôties pour accompagner une palette ou un collet de porc fumé. Mais, servies avec une bonne salade, les roïgebrageldi font déjà un repas riche et complet.

  • Un pur délice : Acte II, scène 4 du Bourgeois Gentilhomme de Molière

MONSIEUR JOURDAIN : […] Au reste, il faut que je vous fasse une confidence. Je suis amoureux d’une personne de grande qualité, et je souhaiterais que vous m’aidassiez à lui écrire quelque chose dans un petit billet que je veux laisser tomber à ses pieds.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Fort bien.

MONSIEUR JOURDAIN : Cela sera galant, oui.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Sans doute. Sont-ce des vers que vous lui voulez écrire ?

MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, point de vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Vous ne voulez que de la prose ?

MONSIEUR JOURDAIN : Non, je ne veux ni prose ni vers.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE: Il faut bien que ce soit l’un, ou l’autre.

MONSIEUR JOURDAIN : Pourquoi ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Par la raison, Monsieur, qu’il n’y a pour s’exprimer que la prose, ou les vers.

MONSIEUR JOURDAIN: Il n’y a que la prose ou les vers ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Non, Monsieur : tout ce qui n’est point prose est vers ; et tout ce qui n’est point vers est prose.

MONSIEUR JOURDAIN: Et comme l’on parle qu’est-ce que c’est donc que cela ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : De la prose.

MONSIEUR JOURDAIN : Quoi ! quand je dis : « Nicole, apportez-moi mes pantoufles, et me donnez mon bonnet de nuit », c’est de la prose ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Oui, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN : Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. Je voudrais donc lui mettre dans un billet : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour » ; mais je voudrais que cela fût mis d’une manière galante, que cela fût tourné gentiment.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Mettre que les feux de ses yeux réduisent votre cœur en cendres ; que vous souffrez nuit et jour pour elle les violences d’un…

MONSIEUR JOURDAIN : Non, non, non, je ne veux point tout cela ; je ne veux que ce que je vous ai dit : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ».

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Il faut bien étendre un peu la chose.

MONSIEUR JOURDAIN : Non, vous dis-je, je ne veux que ces seules paroles-là dans le billet ; mais tournées à la mode ; bien arrangées comme il faut. Je vous prie de me dire un peu, pour voir, les diverses manières dont on les peut mettre.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ». Ou bien : « D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux ». Ou bien : « Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir ». Ou bien : « Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font ». Ou bien : « Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour ».

MONSIEUR JOURDAIN : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Celle que vous avez dite : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ».

MONSIEUR JOURDAIN : Cependant je n’ai point étudié, et j’ai fait cela tout du premier coup. Je vous remercie de tout mon cœur, et vous prie de venir demain de bonne heure.

MAÎTRE DE PHILOSOPHIE : Je n’y manquerai pas. (Il sort)

Où je vous raconte la passe Kaki, atoll d’Hao, Tuamotu Est

Les Gambier, c’est fini, j’espère qu’on n’a rien oublié


On décide de partir plus tôt que prévu des Gambier parce que j’ai fait ce que j’avais à faire ici et surtout parce que j’ai besoin d’une vraie connexion internet pour véritablement travailler et que j’en ai un peu marre du poulet-frites de chez Jojo que je mange presque chaque fois que j’y suis parce qu’il n’y a souvent pas d’alternative et que je suis bien obligée d’y manger pendant que la connexion mouline sur mon travail (il y a des jours où ça plante et où on n’a aucune connexion au point de ne même pas pouvoir payer en Carte Bancaire alors on nous dit de repasser demain, ici la confiance règne car il ne viendrait à l’idée de personne de ne pas payer ce qu’on consomme), le capitaine lève les voiles à regret car il y serait bien resté encore, mais d’autres horizons nous attendent capitaine ! et comme il est curieux de la suite cela tempère ses regrets

Les Touam’ comme on dit quand on navigue dans le coin et qu’on ne nous la fait pas, c’est IMMENSE !

Comme d’hab quand on part, le bateau a été lavé et le frigo un peu rempli, on ne va pas très loin, atoll d’Hao aux Tuamotu, 465 NM, selon le vent on en a pour 3 ou 4 jours, le capitaine m’assure qu’internet sera nickel là bas, j’espère que ça ne refera pas le coup de Snug Harbor aux San Blas mais garde cette réflexion pour moi, en quelques jours de mouillage j’ai déjà perdu des réflexes de navigation à mon grand désespoir, mais ça revient vite, et puis on part par beau temps en ce 21 mai, ce qui n’est pas négligeable … mais peu de vent ! 5 à 7 nœuds, alors on garde le moteur un certain temps en plus de la grand-voile, aussi parce qu’il faut recharger les batteries comme il ne faisait pas très beau ces derniers jours donc pas de soleil pour les panneaux solaires, et l’hydrogénérateur avait encore perdu une hélice et on a oublié de le réparer (c’est mal)
Comme il y a une belle houle, après le mouillage calme de Rikitea et que j’ai manœuvré la tête vers le sol, ça ne loupe pas, je suis patraque le soir et le capitaine me dit d’aller dormir ce que je fais en l’abandonnant lâchement, et comme le vent n’en fait qu’à sa tête, adonne ou refuse au gré de son envie, le capitaine passe sa nuit à régler les voiles, je me lève fraîche comme un gardon tandis qu’il accuse le coup mais on envoie le spi, même crevé le capitaine envoie le spi si le temps et l’allure l’imposent à un marin qui se respecte et en fin de matinée on se prend un gros grain, spi et bateau rincés, c’est coton un grain sous spi, après ça vent à 13 nœuds jusque dans la nuit où ça tombe, on affale et moteur, et puis ça repart plus tard alors GV et on envoie le gennaker, on ne s’ennuie pas même nuitamment

ouais, on voit bien qu’on va s’en prendre un sur la gueule

Mardi, 15h, le vent tombe à nouveau

quand ça tombe, ça tombe (c’est pas que le capitaine soit du Pas de Calais bande de petits malins, c’est qu’il a acheté un gennak d’occaze, les voiles ça coûte une blinde)

Le capitaine se résout, la mort dans l’âme, à remettre le moteur, et se rappelle qu’auparavant il vaut mieux qu’il nettoie le filtre à eau de mer qui refroidit le moteur, alors il s’y colle et renvoie le moteur comme prévu, mais au bout de quelques minutes un cri déchirant MEEEEEEEERDE ! me transperce les tympans, le capitaine saute sur la clé de contact et coupe le moteur, c’est le genre de truc qui me file un bon coup d’adrénaline parce que je pense de suite à quelque chose de grave et là qu’il y a le feu à bord à cause du moteur, je suis prête à sauter sur un extincteur et à arroser le bateau de mousse tel un troufion cinglé son lance-flammes sur du napalm (apocalypse now ? voyage au bout de l’enfer ?) mais le capitaine s’invective en se traitant de tous les noms d’oiseaux et ça ne sent pas le brûlé alors je laisse tomber, pas de soirée mousse en perspective (une des meilleures soirées de ma vie, une soirée mousse à l’Etoile, une boîte de Metz, rentrée à 5 heures du mat, le lendemain je ne pouvais plus tourner la tête tellement je l’avais hochée en tous sens toute en transe que j’étais) … le capitaine avait fermé la vanne d’arrivée d’eau pour nettoyer le filtre mais oublié de la rouvrir, alors la température du moteur est montée en flèche puisque le moteur ne se refroidissait plus et c’est quand il a vu l’aiguille sur le compteur de température que la mémoire lui est revenue d’un bloc, je reste immobile en attente de la suite mais le capitaine est toujours économe de mots autant que d’explications, je dois lui tirer les vers du nez

  • alors on fait quoi ?
  • je sais pas (bien sûr qu’il sait, juste il réfléchit)
  • faut changer le rouet il doit être fichu (quand je vous dis qu’il sait)

C’est tout un cirque parce qu’il faut aller le trouver le rouet de pompe, et puis les outils, tirer la descente pour avoir accès au moteur, le capitaine accroupi en bas et moi à 4 pattes en haut pour l’aider pas de menues taches (il me passe des saladiers d’eau que je vais balancer par dessus bord avant de revenir à 4 pattes, tous mes sens en éveil afin d’être réactive à ses demandes car même si c’est lui qui a fait la connerie, c’est moi qui risque de prendre à la moindre incartade, l’homme étant ainsi fait qu’il a tendance à passer ses nerfs sur qui passe à sa portée) (les saladiers sont en plastique, on dirait de la vaisselle de camping sauf quelques verres de cuisine en verre parce que le ti punch dans un verre en plastique ça fait peine)
Une fois fait, par ailleurs plus vite que je ne l’aurais cru, la respiration suspendue et les épaules levées comme pour se protéger d’un coup on remet le moteur en route … le moteur crache de la fumée, de l’eau, toussote, encore de la fumée, je suis penchée sur la jupe pour voir ce qui sort du conduit fumée … ah ! un peu d’eau ! de l’eau ! encore de l’eau ! c’est bon signe quand c’est de l’eau, on prie en silence chacun de notre côté et ça repart, le moteur tourne, hourra ! nos épaules redescendent d’un étage
Mais pendant ce temps là le vent est remonté à 8/9, alors pas besoin du moteur , c’est GV + Gennaker jusqu’à 20h où de nouveau plus de vent et moteur, ne riez pas c’est pas drôle, pour de bon c’est galère de naviguer comme ça

encore un instant magique, on les collectionne

Le soir le capitaine a mal au crâne, sûrement que le coup du rouet lui a fait monter la tension et que ça bouillonne encore à l’intérieur, alors je lui dis d’aller dormir et que je veille, ce que je fais allongée sur ma couchette en mettant mon téléphone à sonner toutes les demi-heures, autant dire que je ne dors pas bézèf, et puis quand la fatigue me tombe vraiment sur les épaules comme la misère sur le monde, je vais tapoter l’épaule du capitaine pour lui demander de mettre son réveil à lui après un topo sommaire (tout va bien, personne à l’AIS ni à l’horizon, toujours pas de vent) et après ça je roupille quoi qu’il arrive

atoll de Hao vu du ciel (Photo : archives LDT)

Le capitaine a calculé son coup pour arriver au lever du jour à la passe kaki de l’atoll d’Hao, il ne dort pour ainsi dire pas, et le mercredi matin, bingo, tout comme il a dit on est en vue de la passe quand le jour se lève à peine car il faut la passer pendant l’étale …

Je vous explique (grâce au capitaine qui n’est jamais avare de me raconter la mer et le vent et leurs plaisirs)

Un atoll c’est comme une cuvette entourée de récifs de corail, la mer rentre dedans de tous côtés par des vagues et encore plus avec la marée montante, mais aussi la pluie, et l’atoll se vide en permanence dans l’océan puisque l’eau déborde de la cuvette à force d’être remplie, vous voyez le topo
À Hao, la passe (c’est à dire le passage où un bateau peut entrer et sortir de l’atoll) c’est l’endroit où ça revient à enlever le bouchon de la baignoire, tout se vide par là, cette passe donc est toute étroite et il n’y en a qu’une, on est prévenu : le courant y est très fort, certains bouquins de nav’ le donnent à 20 nœuds, Navionics le donne à 12, le capitaine me raconte tout ça, fort bien, et m’explique qu’il faut passer à l’étale de marée haute car quand c’est marée basse, comme ça fait vases communiquant, l’atoll se vide encore plus et le courant est encore plus fort – alors que moi, en toute logique, je pensais qu’à marée montante ça nous aiderait à entrer et qu’à marée basse ça aurait tendance à nous pousser dehors, qu’est-ce qu’on est bête quand on est ignorant … en plus de tout ça, il ajoute que la passe Kaki est réputée pour avoir le courant le plus fort de la Polynésie, soit, je hoche la tête à toutes ces explications destinées à me faire comprendre son choix de passer à l’étale de marée haute comme si j’avais l’intention de m’élever contre cette idée

Forts de ces judicieux commentaires, vous pouvez suivre désormais ce que je vous raconte

Donc le jour se lève et nous arrivons en vue de la passe, et soudain nous voyons des vagues qui déferlent là où elles ne devraient pas, nous pensons tous les deux qu’il y a un sec, je fonce voir sur Navionics qui ne référence rien à ce sujet, le capitaine laisse les vagues à tribord en partant vers les bouées qui signalent la passe pendant que je maugrée que Navionics c’est des brêles, et hop c’est parti mon kiki, Hoa nous voilà, les Hoatiens n’ont qu’à bien se tenir !
Mais soudain, violemment, le bateau se met à danser, à sauter, des vagues nous entraînent, nous balancent en tous sens, j’entends des trucs qui se cassent la gueule dans le carré, le capitaine a coupé le pilote et pris la barre parce que le pilote est perdu, il me crie de m’asseoir, il est debout avec les pieds tellement écartés pour tenir en équilibre qu’on dirait Vandamme qui descend en grand écart facial avec les pieds posés sur des briques, se faisant il glapit sèchement

  • montre moi la tablette !

Je m’avance pour m’asseoir presqu’à ses pieds et la lui tends à bout de bras pour qu’il puisse se repérer sur Navionics, cette fois il aboie qu’elle ne marche pas, qu’elle raconte n’importe quoi et nous oriente dans le sens inverse d’où nous allons, je regarde et c’est vrai qu’au lieu de nous mettre le nez vers la passe, elle nous met le nez comme si on en sortait, le capitaine fait rugir le moteur, le bateau bascule d’un côté, de l’autre, vraiment c’est sévère, je ne m’attendais tellement pas à ça !

  • Est-ce qu’on avance ?! crie t’il
  • je crois que oui ! crié-je tout autant que lui pour passer le bruit du moteur
  • Montre moi la tablette !!
  • tiens (tendue à bout de bras)!!
  • elle marche pas !!! (je sais qu’on dirait que je raconte deux fois la même chose mais c’est qu’on doit avoir le goût du comique de répétition)

et je comprends soudain en voyant le tracé jaune qui trace notre route

  • bon sang on recule ! c’est pour ça qu’on est tourné vers l’autre sens ! On recule !!!

Le capitaine me réclame de le tenir au courant de ce que raconte la tablette pendant qu’on dirait qu’il jongle avec la barre et ses jambes pour suivre Cap de Miol dans les vagues du courant, je ne saurais dire combien de temps cela dure, 5 minutes, 15 ?

  • PUUUUTAIIIIN JE ME FAIS EMBARQUEEEEEEEEEER !!!!!

Le bateau gîte d’un côté puis de l’autre et dérape vers les rochers, le visage du capitaine est tellement tendu qu’on dirait qu’on lui tire la bouche de chaque côté avec des gros élastiques, moi je dois être blême car je vois qu’on va être éjectés comme un fétu de paille sur les rochers le long de la passe et se crasher comme des merdes, end of the trip, on est foutus, en même temps je pense que ce n’est pas possible, que le capitaine ne peut pas se faire embarquer, sinon c’est le monde qui s’écroule, le capitaine est fait pour résister contre vents et marées, je ne peux pas m’être trompée à ce point sur son compte, il doit plaisanter et va se rire de ma frayeur, mais non, il a les pieds encore plus écartés que tout à l’heure si c’est possible et sa bouche va bientôt péter à force de tirer sur les élastiques, je ne peux rien faire que de me retenir de crier au secours, sauter à l’eau serait pire que tout parce que je serais charriée comme un vulgaire tronc d’arbre dans un torrent, qu’est-ce qu’on va devenir dans ce merdier, pourquoi je suis là mais qu’est-ce qui m’a pris de jouer ainsi avec ma vie, je vois le capitaine avec des yeux deux fois plus grands que la normale qui pousse la barre, qui la tire et la repousse, je ne sais pas comment il s’y prend mais au bout d’un moment on sort du courant hallucinant qui nous ballotait avec une force dingue, les vagues que nous pensions déferler sur un sec sont les vagues du courant de la passe …

les vagues du courant, de loin ça n’a l’air de rien … de loin

Ça ne se voit pas mais j’ai tout le corps qui tremble de l’intérieur, le capitaine me dit qu’on va retenter l’affaire, t’as raison tiens, mon cœur va lâcher ce coup-ci mais tout le monde s’en fout, et puis il décide qu’on a dû arriver trop tard après l’étale et qu’on va aller attendre plus loin la prochaine étale de marée haute, vers 17h30, moi je suis juste contente qu’on ne retente pas le coup de suite et que j’aie le temps de me faire à l’idée qu’on va y retourner tôt ou tard

  • on peut faire des aller-retours au moteur ou on se met à la cape …
  • à la cape ! (pitié)
le tracé de notre malheureuse tentative

On se met à la cape et le capitaine qui n’a encore une fois pas beaucoup dormi et s’est dépensé dans la passe, c’est rien de le dire, va se coucher pendant que je m’installe dans le cockpit pour bouquiner en jetant un œil sur la passe qui s’éloigne au fur et à mesure que nous dérivons à la cape … au bout d’une heure je ne vois plus de vagues qui déferlent au loin dans la passe … mais on n’est encore pas à marée basse et encore moins à l’étale … que faire ? Laisser le capitaine dormir et risquer de manquer une fenêtre pour passer ? le réveiller et foncer pour passer tandis que le ciel nous offre cette possibilité ? je me tâte, il n’a dormi qu’une heure, et puis je pense qu’il ne me pardonnera pas de l’avoir laissé dormir alors qu’on pouvait passer, je descends lui chatouiller une plante de pied pour le réveiller, ça ne marche pas alors je lui tapote un mollet

  • quoi ?
  • je crois qu’on peut y aller, ça ne moutonne plus

il est déjà debout

  • t’es sûre ?
  • viens voir (je ne suis jamais sûre avec lui) (il a ce don)

On sort et je lui montre avec plaisir cette mer calme et cette passe qui l’est de même

  • mais non ça bouge toujours autant, c’est juste qu’on a dérivé et que sous cet angle tu ne vois plus les vagues
  • tu crois ? mais non ! Regarde comme c’est calme !

Il me dit et redit la même chose et je le regarde de travers, il est con ou quoi, ça se voit que c’est calme, mais il insiste et sa voix monte toujours quand il doit insister parce que je ne gobe pas ce qu’il me raconte, alors platement je suggère qu’il aille se recoucher et que tant pis si on voulait entrer quand c’est possible et qu’ensuite ça ne le sera plus et ajoute que je suis désolée de l’avoir réveillé pour rien, il doit lire sur mon visage que je ne le crois pas une seule seconde

  • on y va !
  • mais non, va dormir

j’enroule le bout de génois que j’avais mis pour être à la cape, moteur et on file vers la passe … plus on s’approche, plus ça moutonne, plus ma mâchoire descend d’étages

  • mais c’est dingue ça ! de loin on aurait dit qu’il n’y avait plus une seule vague

et de me ré expliquer que parce qu’on a dérivé on ne voit plus les vagues, moi je veux bien, mais à ce point ! je n’arrête pas de lui dire à quel point je n’en reviens pas de ce mirage dans mes propres yeux !
on regarde le courant telle la crue de l’Amazone qui déboule et emporte tout sur son passage, c’est à une autre échelle mais ça me fait penser à ça, je déglutis, le capitaine ne retourne pas se coucher et décide de faire des allées venues le long de la passe, les yeux rivés sur le courant, guettant une embellie et n’arrêtant pas de vérifier sur Navionics l’heure de la prochaine étale, en plus on n’est même pas certains de l’heure locale parce que hier à 17h30 il faisait presque nuit alors est-ce qu’on est à la bonne heure

  • Mais ça dure combien de temps l’étale ?
  • ça dépend

nous voilà beaux …

allés venues le long de l’atoll
on passe et repasse devant la passe et de loin tout va bien


À 17h le capitaine n’y tient plus, il veut tenter le coup avant la nuit et on ne sait jamais, imagine si ça passe

  • je ne suis pas sûre, t’as vu comme ça déferle ?

Il ne prend pas la peine de me répondre, l’hésitation ne fait pas partie de son répertoire, on lit la détermination dans son regard intense, il se prépare en mettant plus de gaz et je file chercher la tablette pour la lui mettre sous le nez à sa demande, il longe le plus possible la côte pour se jeter dans la passe au dernier moment, il n’y a pas une grande distance à faire une fois dans la passe, c’est à portée de main, le moteur rugit et les yeux du capitaine s’exorbitent, arghhhh ! je le préviens qu’on va dans les cailles et lui indique la profondeur

  • 3 mètres !
  • 2 mètres 50, faut t’écarter !!!
  • on va dans les rochers !

Il reste de glace, sourd à mes imprécations, continuer encore, aller le plus loin possible près de la côte pour n’avoir qu’un tout petit peu à faire dans la passe, ça devrait marcher comme ça, et il s’y jette en faisant encore plus rugir les chevaux, aussi sec on se refait balloter en tous sens au point de me faire me demander combien de temps le bateau peut tenir avant de se retourner, je lui raconte ce que je vois sur Navionics pour l’aider à nous tirer de là mais ne suis pas très optimiste sur la réussite du projet, … et pourtant …

  • c’est bon on avance ! (et qui c’est qui va aller boire une bière au bistrot dans pas longtemps ?)

avant de lui mettre la tablette sous le nez, il y jette à peine un œil qu’il replace aussitôt vers les bouées de la passe, toutes jambes écartées pour être campé afin de résister aux sauts du bateau

  • on recule ! merde on recule !!!

Encore plus de gaz

  • on recule encore !!!!!

Les gaz à fond, le moteur va exploser, ça sent le chaud

  • ça sent le chaud !! on recule !!

tablette sous son nez

Il tente de résister puis, devant l’évidence, ralentit le moteur et s’écarte du courant avec le bateau qui danse, j’ai le cœur qui tressaute dans ma poitrine, on s’éloigne à peine, le capitaine regarde la passe ainsi qu’un aigle un lapin de garenne à l’instant de lui fondre dessus

  • on y retourne

On se fait jeter encore deux fois et la nuit est là, l’étale est passée, que fait-on, voilà nos choix : attendre devant la passe qu’une étale finisse par nous permettre d’entrer (on a discuté avec un local qui est passé dans sa barque avec un moteur de 80 chevaux, peut-être même plus dit le capitaine quand je le lui demande, qui peut marcher à 30 ou 40 nœuds avec sa barque qui ne pèse rien, le moteur de Cap de Miol fait 55 chevaux mais pour un bateau qui pèse 12 tonnes avec tout le matos et l’eau et le gaz oil et les boites de conserve, on marche à 7 nœuds avec les gaz bien poussés, on joue pas dans la même cour, le gars nous a dit que c’est incroyable mais en général à l’étale il n’y a plus aucune vague ni courant et on peut passer, et il a regardé la passe et conclut pas aujourd’hui) ou s’en aller

  • pour aller où ?
  • sur l’atoll d’Amanu tout prêt mais on ne peut pas mouiller de nuit donc faut attendre demain …
  • et si on filait directement aux Marquises ?
  • euuuuh
  • ah moi faut absolument que je bosse, j’ai besoin d’Internet ! (tu penses bien qu’à Amanu y’a rien de rien !)
  • ou alors on attend pour voir si on peut entrer à Hao
  • mais on va devoir attendre peut-être une semaine ! Même plus !
essais du soir, bonsoir

Alors on décide de filer aux Marquises, encore 4 jours de nav

  • on a assez d’eau et de bouffe ?
  • oui ! et comme ça on y sera pour mon anniversaire 🎂 !
le courant s’en va très loin, il n’est pas large, mais c’est là qu’il faut entrer

On hisse la grand-voile, on déroule le génois et on laisse les lumières d’Hao dans le rétroviseur (Nous apprendrons plus tard qu’il y avait une alerte orange à la houle dans les atolls des Tuamotu et aux Australes) (c’est pour ça)

Qu’est-ce qui vous ferait plaisir de savoir, mmmmh ?

  • L’étale est la période pendant laquelle le niveau de la mer reste à peu près constant. On distingue l’étale de pleine mer (PM) entre la fin du flot et le début de la marée descendante, et l’étale de basse mer (BM) entre la fin du jusant et le début de la marée montante.
  • Le marnage est la différence de niveau entre la marée haute et la marée basse d’une marée
  • L’atoll de Hao était la Base Aérienne 185, une ancienne base aérienne  utilisée par l’Armée de l’Air  et l’Aviation Navale, située à 919 km à l’est de l’île de Tahiti dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie Française. Cette Base fut créée le 1er juillet 1963, elle servait, notamment, de base logistique aux éléments stationnés sur l’atoll de Moruroa (Mururoa). Devenue par la suite base du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). La base arrière de Hao, située à 400 kms environ de Moruroa, fut d’une importance capitale pour les essais car la piste d’atterrissage avait été conçue pour recevoir de gros avions tels que les Boeing. Les bombes étaient entreposées dans les hangars de la base aérienne et gardées par des hommes sans protection spéciale. Elle était une base arrière non négligeable et très stratégique pour la logistique, la base des équipes de surveillances radiologique (S.M.S.R) et radio biologique (S.M.C.B). Les avions de chasse qui tiraient des missiles dans le nuage nucléaire étaient également basé à Hao et ils irradiaient la base … pour en savoir plus : https://www.radiofrance.fr/franceculture/polynesie-une-ancienne-base-atomique-transformee-en-ferme-aquacole-geante-6170251
  • Passe Kaki (le cou) de Hao : une légende dît que l’on doit demander à la déesse Kaki l’autorisation de franchir la passe et les quelques aventuriers qui passèrent outre ou blasphémèrent se sont retrouvés à l’eau. D’autres pêcheurs par contre dont le bateau allait être projeté sur les récifs par la mer démontée ont appelé la déesse qui est venu les secourir.

Où il est question de zénith, de perles et de trouvailles

Mangareva vue d’en haut

Les plantes qu’on utilise sur les îles poussent sur celles-ci, c’est la bonne idée, car si on est obligé de commander des médicaments à Tahiti on ne va pas y commander des plantes qui arriveraient tout aussi tardivement une fois les gens guéris ou trépassés, c’est ce qui me désole en métropole, c’est qu’on ne peut pas traiter d’urgences avec les plantes Chinoises car il faut les commander puisqu’on ne les trouve pas chez l’apothicaire du coin, et contrairement à ce qu’on répand en occident, la Médecine Traditionnelle Chinoise n’est pas qu’une médecine de prévention, elle sait très bien traiter les maladies, elle n’est pas miraculeuse mais simplement efficace lorsqu’appliquée avec intelligence et savoir-faire (bien que lorsque les gens guérissent de problèmes qu’ils trainaient depuis moult ils aient tendance à la croire miraculeuse), quand j’étais en stage en Chine dans des hôpitaux de Shanghai ou de Pékin, j’ai vu faire récupérer des séquelles d’hémiplégies avec de l’acupuncture (pas 4 aiguilles fines 1 fois par mois pour faire joli, mais tous les jours 200 aiguilles de bon calibre avec des courants électriques envoyés via des pinces croco fixées sur les aiguilles) (je suis d’accord, faut supporter) ou des traitements de perfusions avec des plantes pour diverses atteintes, ou encore traiter des varices avec des ventouses, ceci avec des résultats admirables, rien de magique là-dedans, juste une bonne connaissance des énergies humaines (c’est là que le bât blesse en Occident)

… toujours est-il que je pars en vadrouille sur l’île pour y chercher des plantes médicinales, m’étant préalablement renseignée sur ce qu’il m’était possible d’y trouver, Doris étant plutôt versée sur le tressage des feuilles et des fleurs et Marianne ne cultivant pas ces plantes mais allant les chercher sur l’île quand nécessaire, alors au boulot

Me voilà partie, flanquée de mon Jiminy Cricket, à savoir le capitaine, qui est comme la voix de son maître, Isabelle gardez-vous à droite ! Isabelle gardez-vous à gauche ! de peur que ma distraction crasse ne m’invite à me rompre le cou ou me casser une jambe (j’ai quasiment toujours le nez en l’air), nous voilà gambadant de concert sur les chemins escarpés de Mangareva …

sur la route nous nous arrêtons pour voir le tombeau du dernier Roi de Mangareva
et les ruines du couvent de Rouru
avec son parterre de fleurs et de feuilles d’une épaisseur et d’une fermeté incroyables sous mes pieds nus et enchantés de leur contact

Et puis à droite toute, nous pénétrons dans la forêt, il a plu comme vache qui pisse les jours précédents et la boue colle aux semelles des chaussures de rando, le chemin escarpé de la forêt s’est mû en raidillon  de boue couverte d’épines de pins, j’avance comme sur une planche savonnée, ce qui, pour le coup, ne me laisse guère loisir de laisser mon regard papillonner vers la végétation qui nous entoure, mais parfois l’inclinaison de la pente se fait moindre et me permet généreusement de jeter un œil sur la verdure alentour …

ça n’a l’air de rien vu comme ça mais ne vous y fiez pas !
c’est drôlement joli et ça sent bon

Je m’arrête et prends des photos de ce que je crois reconnaître ou qui m’interpelle, le capitaine ne me voyant plus trotter sur ses talons comme son ombre finit par s’arrêter et m’attendre le sourcil froncé, comme si je traînais pour le faire languir, piteuse stratégie d’ado que j’abandonnasse (parce qu’aussi ça ne fonctionne pas, sauf dans les romans, sinon j’avoue que je pourrais m’y laisser aller, une partie de moi n’ayant jamais grandi) je lui fais des signes de loin en criant que je prends encore une photo et j’arrive, je dérape autant que faire se peut pour le rattraper avec mes semelles glissantes, parfois c’est tellement raide qu’il y a une corde pour s’aider, le capitaine, prompt à me prendre en photo pour m’immortaliser en fâcheuse posture (il en est de ces plaisirs sains et peu coûteux) en est pour ses frais car je vois du coin de l’œil qu’il me vise avec son appareil alors hop je prends la pose, il est bec de gaz

cheese (le capitaine dit que j’ai fondu mais moi je ne trouve pas, la cuisse remplit bien le bermuda)

La forêt est incroyablement magnifique, nous montons jusqu’à un des plus hauts sommets de l’île et avons une vue qui valait de patauger et de s’essouffler les jambes (figure de style, licence poétique), la lumière décline déjà et nous rentrons avec nos lampes frontales car nous n’y voyons plus goutte dans la forêt qui s’assombrit pour laisser place aux farfadets ou démons maléfiques selon que l’on s’imagine avancer dans Brocéliande ou dans la Schwarzwald (je dis justement au capitaine que la forêt polynésienne fiche moins la trouille que celle des contes de mon enfance avec ses loups garous), c’est coton car c’est encore plus difficile de descendre que de monter quand c’est raide et glissant, avec des pierres qui roulent sans amasser mousse de surcroît, je suis fourbue quand on arrive enfin à l’annexe qu’il faut encore porter à l’eau avant de ramer jusqu’au bateau, quand y’en a plus y’en a encore

Nous reprenons nos bâtons de pèlerin deux autres fois pour fouiner dans d’autres coins de l’île, à un moment je vois le capitaine qui s’écarte dangereusement du chemin, ça tombe à pic dès qu’on en sort et je l’invite à la prudence, va pas par là c’est dangereux !!! mais il m’appelle car il a vu des avocats au sol (les baies, pas les gens qui assistent des clients en justice) (c’est un avocat qui envoie un télégramme à son client « justice est faite », et le client de lui répondre « faites appel ! »), je le rejoins et nous levons le nez vers un avocatier immense, mais immense comme pas possible, à se demander si c’est bien un avocatier, mais oui car il reste quelques avocats sur des branches très hautes

– mais si regarde ! Là ! je te dis que c’en est ! dis-je au capitaine qui ne les voit pas

on les voit bien pourtant !
mais ils sont si haut !

Une fois repérés, armé d’une longue branche flexible dénichée au sol, le vaillant capitaine tente d’en décrocher un ou deux sans basculer dans le ravin, il s’acharne mais en vain, au moins on aura vu le plus grand avocatier du monde

le capitaine, toujours zélé, moi quand je fais des trucs comme ça il dit ne fais pas le pitre isabelle !

Une autre fois, je tombe enfin sur un nono avec de beaux fruits ! je galope et entends le capitaine qui me prévient que je saute à travers des orties, sur le moment je ne sens rien mais le soir venu la peau de mes jambes ne sera plus que ruine, rougeur et brûlure, je ne dirai rien pour ne pas m’attirer un je t’avais prévenue inutile et me tartinerai en douce d’Aloe Vera, ma peau grésillant comme un steak dans une poêle chaude …

aïe

Mais bon, c’est trop tard, les orties ont fait leur œuvre et après avoir pris les photos du nono et cueilli délicatement deux de ses fruits miraculeux, je tombe sur un Pandan, le pied, je le photographie puis regarde le point de vue magnifique qui s’offre à nos yeux car nous surplombons une baie de l’île, et je demande au capitaine si nous sommes bien au sud-ouest de l’île, avant même qu’il ne l’ouvre je vois à son regard que j’ai dit une ânerie, je devance sa réponse (que je devine contraire à mon idée) en montrant de mon index pointé vers le ciel le soleil de midi et m’exclame que le zénith du soleil étant au sud et que, sachant que nous sommes allés du côté ouest de l’île, nous sommes bel et bien au sud-ouest, CQFD, je relève mon menton en le défiant de cette brillante démonstration, cette fois ci il ne m’aura pas avec ses billevesées, il me sort posément son téléphone de sa poche et ouvre l’appli Navionics pour me montrer la carte de l’île en m’affirmant que nous sommes au nord-ouest, on dirait que j’ai la berlue car je n’y comprends rien, je le prie de bien vouloir arrêter de regarder les cartes pour se fier au soleil tandis qu’il m’intime sans logique de me fier aux cartes et non au soleil, et soudain il relève le nez de sa carte et me demande prudemment

– tu sais qu’ici le zénith est au nord ?

Quoaaaaaaaa ?! Il se fout de ma gueule ?! Le zénith est au nord ?! et pourquoi pas les femmes sont des idiotes ? comment ça à midi le soleil est au nord ?! Mais bien sûr !!! … mais … mais … mais bien sûr ?

– c’est vrai ?

– bé oui c’est vrai

Bon sang on ne me dit jamais rien !!!

Je regarde le capitaine avec les yeux ronds d’un hérisson pris dans les phares d’un 4X4

– Aaaaah c’est pour ça que je suis perdue et que j’avais l’impression que le soleil se couchait à l’Est !

Avant d’ajouter un il se lève bien à l’Est ici ? qui confond le capitaine mais on peut s’attendre à tout ici

Je n’en reviens toujours pas, c’est quand même dingue, ça me perturbe dans mes repères d’une façon incroyable, et même maintenant que je le sais, pour me repérer dans l’espace je suis obligée de réfléchir parce que depuis toujours je me dirige au soleil, et qu’ici le soleil se rit de moi avec sa course presqu’à l’envers

c’était raide pour arriver jusqu’en haut

Et puis encore une autre fois nous allons visiter une ferme perlière, c’est la moindre des choses car la perle est l’activité économique première des Gambier, le tourisme étant quantité négligeable, Mohea vient nous chercher sur le quai et nous partons pour l’autre côté de l’île en 4/4, ici t’as pas le choix si tu veux rouler, Heiarii son mari nous attend, on a une chance incroyable parce qu’il n’y a que nous aujourd’hui et donc c’est carrément une visite privée, la classe, il nous fait monter dans son bateau après nous avoir prévenus que ça glisse et un beau vol plané de ma part à peine sa mise en garde terminée, mon bermuda jaune en est tout crotté aux fesses, c’est la grande classe, et nous passons entre les fermes …

…pendant que Mohea nous explique que le covid a fait beaucoup de mal à la perliculture parce que les greffeurs chinois sont restés bloqués en Chine et que ce sont les meilleurs greffeurs, bien meilleurs que ceux du coin, ça se voit au pourcentage de perles récoltées, quelques-uns sont restés coincés sur les Gambier et les fermiers ont dû se les partager avec moins de greffes donc moins de perles, et puis la perle s’est terriblement dévaluée, d’une part parce que les chinois en cultivent à tour de bras et la quantité fait baisser les prix selon la loi de l’offre et de la demande, et d’autre part parce que les fermiers des Tuamotu ont cassé les prix et que pour vendre les autres ont dû s’aligner … sauf les fermiers des Gambier qui disent rester droits dans leurs bottes et ne pas casser les prix car ils savent qu’ils font des perles de la meilleure qualité qui soit, elles sont réputées dans le monde entier, moi je découvre parce que je ne porte quasiment pas de bijoux, ou alors des bracelets brésiliens (quand papa m’avait vue avec toute une série de bracelets brésiliens autour d’un poignet il s’était écrié non mais elle a trouvé des chiffons à se mettre au poignet !) ou des coquillages ou des pompons roses, mais de perles, point

Par contre j’en prescris ! de la poudre de perle et de la poudre de coquille d’huître !

Rapidement je demande à Mohea si les keshis, qui sont des morceaux de perles avortées, sont achetés par les chinois pour en faire de la poudre, elle me répond que non mais me montre des sacs de coquilles d’huître en me disant qu’ils achètent des tonnes et des tonnes de coquilles, ceci étant, avec toutes celles qu’ils cultivent, ils doivent avoir de quoi faire pour les cosmétiques et la pharmacopée…

Petite digression pharmacologique : la poudre de perle en Médecine Chinoise est Zhen Zhu Fen, et la poudre de coquille d’huître est Zhen Zhu Mu, il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes et payer plein pot de la coquille quand on croit se munir de perle ! On utilise, entre autres, Zhen Zhu Fen en décoction pour apaiser le Cœur, calmer le Shen et clarifier le Foie (ça veut dire que ça calme bien), comme c’est de Nature Froide, c’est comme d’habitude : ça ne va pas forcément à tout le monde et il vaut mieux consulter un thérapeute que se lancer là-dedans pour mieux dormir par exemple, et on utilise souvent Zhen Zhu Mu pour des indications similaires parce que c’est moins cher que la perle … ça fonctionne très bien, les minéraux sont utilisés en Médecine Chinoise car ils sont lourds et font descendre, et la perle est une bio-minéralisation. Sinon on l’utilise aussi contre l’ostéoporose et bien entendu dans les cosmétiques, c’était le secret de beauté des impératrices chinoises qui l’employaient de deux manières : en poudre pour favoriser l’éclat de la peau, le tonus et pour entretenir leur libido, et en onguent sur le visage afin de lui redonner de la tonicité et lisser leurs rides, là aussi attention aux produits que l’on souhaite acheter car quand c’est falsifié on dépense son bon argent pour pas grand-chose, voire pour rien …

vous voyez la perle ?

Bon, après nous avoir expliqué toutes les étapes de la culture perlière, Mohea nous propose de choisir une huître en nous disant que ce qui se trouve dedans sera à nous (ah ça me crispe ce genre de truc ! Genre tu es maudite si l’huître est vide ou tu es l’élue dans le cas contraire et même si tu dis que tu t’en fiches en fait tu ne t’en fiches pas complètement, c’est terrible), le capitaine, tout modeste qu’il est, choisit une petite huître et moi je fais simple en choisissant le même genre que celle de Heiarii dans laquelle se trouvait une fort belle perle, ça serait tellement plus simple d’en acheter une, pas de gagnant ni de perdant !

Hélas pour le capitaine il n’y a qu’un keshi dans son huître, ça me serre le cœur comme quand un enfant gagne un ridicule poisson rouge à la foire au lieu de la girafe en peluche géante qu’il lorgnait (au grand soulagement des parents) (je ne sais pas si c’est encore autorisé le coup des poissons rouges, en tous cas j’en avais ramené une tripotée à la maison dans des sachets en plastique quand j’étais môme, je n’ai jamais rien gagné d’autre, Dieu étant sourd à mes prières intéressées), ensuite c’est mon tour mais j’ai moins la pression parce que je ne peux pas faire vraiment pire que le capitaine, et là Mohea s’exclame que dans la mienne il y a une belle perle qui roule sous mes yeux quand elle l’extrait, quelle chance, j’ai pas la loose (après on a acheté quelques perles pour faire des cadeaux à celles qu’on aime, le capitaine qui a plus de sous que moi en a choisi des plus belles et plus grosses, du coup c’est tant mieux que ça soit moi qui aie gagné une perle dans mon huître, tout est bien qui finit bien)

je suis née coiffée

Et puis encore un autre jour (on n’arrête pas) nous filons vers Aukena, histoire de voir ce qui se passe sur une autre île, et là nous sommes accueillis par deux gars et leurs cochons gras à souhait, nourris à la noix de coco (les cochons) (sûrement les gars aussi à bien y regarder), l’un d’eux coupe une noix de coco d’un coup de machette et nous offre à boire l’eau de coco, un délice, et nous discutons de la vie ici … nous rencontrons un certain nombre d’hommes avec ce même discours, à savoir que Tahiti c’est beaucoup trop moderne et qu’ils préfèrent vivre ici, proches de la nature et au calme, et je ne peux que les comprendre, c’est tellement taoïste cette vision, vivre selon le rythme de la nature, se laisser accorder à elle et vivre, un point c’est tout … ça sent bon les cochons, j’en prends plein les narines, j’entends leur grouinement (ça grouine sûrement un cochon puisque ça a un groin), et ça me rappelle la ferme de ma grand-mère, l’odeur du cochon c’est comme celle du fumier dans les champs ou de la terre après la pluie ou des fleurs au soir d’une chaude journée d’été, ça éblouit mes sens, quand je pense que certains pensent que notre corps et nos sens nous emprisonnent, moi j’aime passionnément ma prison et tout ce qu’elle m’offre en cadeau à tous mes sens émerveillés, je verrai assez tôt ce qui se passe une fois sortie de mon corps, en attendant je profite… là aussi je me dis que je me verrais bien vivre au milieu des cochons et des noix de coco en regardant l’océan et le ciel …

Aukena

Un peu de verdure

Le nono ou pomme-chien (Morinda citrifolia) est un arbre tropical de la famille des Rubiaceae, originaire d’Asie ou d’Australie. « Noni » est l’appellation du jus extrait de la pulpe du fruit.  Nono est le nom de l’arbre et de son fruit, en tahitien.

Dans les pays tropicaux, les feuilles fraîches, de 5 cm de large et longues d’une vingtaine de centimètres, de couleur vert vif, servent de cataplasmes pour les brûlures. Le jus du fruit presque mûr est également utilisé pour calmer la douleur des piqûres de nohu, rascasse ou encore les piqûres de moustiques, vecteurs de nombreuses affections (fièvres, douleurs musculaires et articulaires, éruptions cutanées…)

Des usages traditionnels du noni ont pu être constatés, notamment pour ses propriétés antibactériennes, antivirales, antifongiques, cicatrisantes, analgésiques, anti-inflammatoire. Une stimulation des défenses immunitaires a pu être aussi constatée sur des animaux, mais pas de là à prévenir le cancer comme certains sites qui en vendent le prétendent … restons prudents quand il s’agit d’un sujet aussi vital n’est-ce pas …

Pour préparer du noni traditionnel, remplissez un récipient de fruits murs et laissez les fermenter environ 2 mois au soleil. Ensuite, vous n’aurez plus qu’à filtrer le jus 😊 et le boire ! Pour aller plus vite, mettez des fruits murs dans votre mixeur puis filtrez le jus. Il est très âpre à boire et souvent mélangé à d’autres jus de fruits.

En Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), le morinda est appelé Ba ji tan, mais on utilise la racine du nono (et pas son fruit) en tant que grand tonique du Yang et des Reins, et elle tiédit l’utérus, ce qui fait qu’on l’utilise dans les cas de stérilité féminine dues à un Froid dans l’Utérus

Je rappelle ! qu’en MTC on analyse les causes du problème et on traite les causes, si une stérilité est due à autre chose qu’un Froid dans l’Utérus, on n’utilisera pas Ba Ji Tian n’est-ce pas … et je rappelle, si nécessaire, qu’on n’utilise pratiquement jamais une seule plante, parce que pour avoir des résultats il faudrait une posologie telle qu’il y aurait possibilité d’effets secondaires gênants, donc on utilise la synergie de plusieurs plantes

Autre trouvaille grandiose, un magnifique Pandanus tectorius, plus communément appelé Pandan ou Pandang : la fibre de cette plante sert à fabriquer des sacs, des nattes, des tentures, et les feuilles sont bouillies, pressées en jus ou utilisées pour envelopper et aromatiser les viandes, tandis que les fruits, appelés halas,  peuvent être consommés crus ou transformés en marmelade. Le fruit de Pandang est également bouilli et moulu en une pâte comestible et hautement nutritive, c’est un aliment de base dans quelques régions du monde. Il est utilisé depuis longtemps pour traiter la constipation, les furoncles et les symptômes du rhume ou de la grippe

la chance ! c’est le seul que j’ai vu sur l’île !
l’intérieur du fruit quand il est vert
et plus mûr : quelle beauté !

Et puis il y a un arbre incroyable mais dont il faut se méfier, c’est l’arbre Hotureva (Cerbera manghas) avec de belles fleurs blanches très parfumées, car ses fruits ressemblent à des petites mangues vertes mais le fruit est un poison violent qui referme de la cerbère (hétéroside cardiotonique)  entraînant l’arrêt du cœur.

Le nom « Mangareva » aurait été donné à l’île principale des Gambier parce qu’elle était couverte en grande quantité de Hotureva

Autrefois, ce fruit servait à endormir les victimes des sacrifices humains. Par contre, il a aussi un usage thérapeutique : à petites doses, l’écorce, les feuilles et le latex sont utilisés en pharmacopée traditionnelle comme purgatifs … mais il faut y aller mollo

And now, ladies and gentlemen !

  • Jiminy Cricket est un personnage de fiction qui apparaît la première fois dans le dessin animé de Walt Disney Pinocchio, sorti en 1940. C’est un criquet habillé en costume et représentant la bonne conscience de Pinocchio.
  • Isabelle, gardez-vous à droite ! Isabelle gardez-vous à gauche ! Le 19 septembre 1356, l’armée anglaise, menée par le prince de Galles Édouard (dit le Prince Noir), affronte les Français, conduits par le roi Jean II, épaulé par ses quatre fils. Mais la bataille tourne à la cohue pour les chevaliers français, incapables de gravir le plateau de Maupertuis au sud-est de Poitiers.
    Un officier anglais donne ce conseil au Prince Noir : « Allons droit à votre adversaire le roi de France ; car c’est là qu’est tout le fort de la besogne. Je sais bien que par vaillance il ne fuira point. » Afin de sauver la lignée des Valois, Jean II ordonne toutefois à ses trois premiers fils, le dauphin (futur Charles V), Louis et Jean, de quitter le combat. Il ne garde auprès de lui que son benjamin Philippe, âgé de 14 ans, « petit de corps, mais grand par l’âme ». Sans arme, l’adolescent crie constamment « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! », et gagne le surnom de « Hardi »… ça irait bien au capitaine ça, le capitaine Hardi !
  • Vous voulez connaître les forêts les plus terrifiantes ? https://www.selection.ca/voyage/destinations-de-voyage/12-histoires-sur-les-forets-hantees-les-plus-terrifiantes/
  • S’essouffler les jambes : figure de style, licence poétique (moi j’ai juste fait une figure de style mais j’aime la notion de licence poétique)

Une figure de style, du latin figura, est un procédé d’écriture qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue et donne une expressivité particulière au propos. On parle également de figure rhétorique ou de figure du discours. La licence poétique, à l’intérieur d’un vers, est la permission que s’accorde le poète de changer la prononciation, voire l’orthographe d’un mot, pour rester dans le cadre de la prosodie et de la versification (et j’ajouterai que ça vaut aussi quand on n’est pas poète et qu’on ne fait pas des vers mais qu’on a juste une âme un peu poète)

Ça me rappelle quand j’étais en 5ème, la prof de français nous avait donné à faire, en classe et sous sa surveillance, une rédaction dont le sujet, en substance, était de décrire notre réaction après avoir entendu un bruit, joie, je m’étais élancée en parlant de LE bruit et pas de UN bruit car UN bruit est un bruit quelconque mais LE bruit c’était MON bruit et MON émotion, dans l’introduction je regardais par la fenêtre de ma chambre les passants qui passaient, histoire de dire en deux mots que le monde tournait rond et que chaque chose était à sa place avant que tout ne se fissure et que ma naïve confiance ne vole en éclats avec LE bruit qui me terroriserait, avant de décrire par le menu les affres abyssales dans lesquelles IL m’avait abîmée (j’y étais allée franchement), bon, la prof nous rend les copies et me tend la mienne avec un air de monsieur-votre-bite-a-un-goût pour m’assener qu’elle pense que j’ai recopié ça d’un livre et me demande lequel,  je lui assure, du ton outré de l’innocence violée, que cette prose est mienne, elle m’intime de refaire la rédaction pendant son cours pour vérifier mes dires … une colère indicible m’a envahie, j’ai d’abord pensé décrire ma colère en la conchiant elle et ses jugements, mais la raison l’a emporté et j’ai refait ma rédaction, l’âme n’y était plus car j’écrivais les mots que j’avais déjà écrits et qu’elle croyait volés, et ce qui me navrait au plus haut point c’est que, de son stylo rouge tout puissant, elle avait rayé le LE de LE bruit pour corriger par un UN et biffé mes passants qui passaient pour les corriger par des passants qui marchaient, une véritable agonie, relisant ma copie bis avec des yeux pointus, elle a conclu qu’elle verrait à l’avenir de quoi j’étais capable, elle ne m’a jamais aimée (mais est-on à l’école pour être aimés)

Et donc, en marchant nous essoufflâmes nos jambes et puis voilà, pas de prof sans créativité pour me rogner les ailes 🤓

  • « Tu me quittes ton air de monsieur-votre-bite-a-un-goût » : réplique de Benoit Poelvoorde dans le cultissime « Les portes de la gloire » que je vous recommande chaudement

Rikitea, capitale des Gambier

J’ai beau ne m’attendre à pas grand-chose et avoir pour habitude de laisser faire et de voir venir, mon imagination travaille en toute autonomie, et quand on me dit capitale des Gambier, je pense à une capitale, je suis très premier degré, alors j’ai un peu de mal à croire le capitaine quand je vois la côte avec une église et quelques maisons éparses

– t’es sûr ?

– ouais

Je me demande l’heure qu’il peut bien être, j’enlève le mode avion de mon portable, on fait un bond de 4 heures en arrière, ça nous rajeunit, je dis au capitaine qu’on est plus jeune que ceux qui sont restés en France parce qu’on a 11 heures de moins avec le décalage horaire, ça ne lui fait ni chaud ni froid, c’est pourtant une bonne nouvelle je trouve, des fois je me dis que le capitaine devait être un reptile dans une autre vie

On coupe les appareils de navigation et on range le bateau un minimum, puis on mange un morceau sur la table du carré qui retrouve sa fonction, on se marre parce que rien ne bouge et que tout reste dans nos assiettes, nos oreilles bourdonnent de silence et nos yeux s’étonnent quand notre regard heurte un mur de verdure …

A peine la dernière bouchée avalée qu’une annexe arrive le long de Cap de Miol, bienvenue aux Gambier ! nous lance t ’on, ici on parle français et c’est inestimable, je vais à nouveau comprendre ce qui se dit et qui se passe, depuis des mois je n’entends presque que de l’anglais et de l’espagnol et je n’ai fait aucun progrès dans ces deux langues, je suis à battre, ce sont Michel et Chloé avec un bébé de 10 mois sur les genoux, ils sont de La Réunion, elle a trouvé un job de prof de maths en remplacement sur l’île, ils nous donnent plein de tuyaux et nous ont apporté des énormes pamplemousses en cadeau de bienvenue, ils savent qu’après autant de jours en mer on n’a plus un seul fruit ou légume frais,  nous expliquent qu’il y a des pamplemoussiers partout ici et qu’on peut ramasser ceux qui tombent sur la route mais il faut demander sinon on se fait mal voir, plus tard c’est Antonin qui passe dans son annexe pour nous dire bonjour, lui est là depuis 2 ans en tant que prof de maths/physique, il nous raconte que les gamins ne foutent rien à l’école parce qu’ils reprendront la ferme perlière de papa et voilà, que les gens ici sont riches grâce à cette culture perlière alors pourquoi se casser le citron à l’école, il y a 1500 habitants sur Mangareva et d’après lui ce sont les polynésiens les moins sympas de Polynésie, voilà un tableau assez sombre, en même temps les gamins feraient bien de se mettre au boulot parce que les Chinois sont en train d’envahir le marché de la perle … on papote on papote, le capitaine a beau être le soleil de mes jours et le songe de mes nuits (et bien, on en apprend de belles !), il n’en reste pas moins qu’il est tout à fait bon de parler avec d’autres zêtres zumains …

Les questions du capitaine : d’où tu viens, quel est le modèle de ton bateau, t’as mis combien de temps pour traverser, t’as visité quoi, après où tu vas, t’as quoi comme gréement …

Les questions d’isabelle : c’est quoi le nom de ton bateau, c’est quoi ton job, ça te plaît, tu sais où on peut laver du linge ici, où il y a de l’internet, où est-ce qu’on peut acheter une carte SIM, est-ce que tu te plais ici, comment sont les gens …

On range tout ce qu’on s’est dit qu’on rangerait en arrivant, remettant soigneusement à plus tard ce que nous aurions pu faire en navigant mais voilà, quand on navigue on a une bonne excuse alors on s’en sert, mettons l’annexe à l’eau, constatons qu’il y a plein de petites moules qui se sont développées au niveau de la ligne de flottaison pendant la traversée, c’est dingue ça, elle viennent d’où en plein pacifique pour s’accrocher là 😳?! … la journée est passée et on n’a pas mis pied à terre, on ira demain, on s’écroule comme si on n’avait soudain plus un seul os pour nous tenir debout

Après une nuit de bien 10 heures et un bon petit déjeuner avec pamplemousse frais, nous allons en annexe à la rame jusqu’à un bout de plage et posons enfin le pied sur la terre ferme

posée dans le décor !
la terre ferme
des hibiscus à profusion le long de la route !
mon premier tiaré en chair et en os !
tiki ou pas tiki ?
témoin de l’évangélisation locale

On rigole comme deux niais, c’est bon de marcher pour de vrai, et c’est parti pour déposer du linge à laver chez Fritz (tuyau d’Antonin) et faire les formalités d’entrée à la gendarmerie … Fritz ! Tout un poème ! quand je reviens chez lui pour mettre une seconde machine en route il me raconte sa vie, ancien légionnaire il a fait l’Algérie, Djibouti, la Corse, Madagascar où il a travaillé à faire une piste d’aérodrome et porté des sacs de médicaments dans un centre médical paumé, et puis la Polynésie où il est revenu faire 6 filles à des femmes qui lui tombaient toutes cuites dans le bec avec ses yeux bleus désormais tout délavés  (la première est morte d’une hémorragie pendant son accouchement, ici c’est tellement loin de tout qu’il vaut mieux ne pas tomber malade) et prendre sa retraite parce qu’en Allemagne il ne comprenait plus les gens bien que parlant la même langue, maintenant il carbure dès le matin au rhum-café mais ça doit conserver quand même parce qu’il a 81 balais, certes en mauvais état, mais est toujours de ce monde, les gens m’épatent, la vie me sidère, cette force de se raccrocher aux branches m’inspire confiance, quand ma fille aînée est venue au monde, je n’avais même pas 19 ans et j’étais aussi cruche qu’on peut l’être à cet âge-là, un modèle d’ignorance, j’avais toujours peur qu’elle ne périsse pour un oui ou pour un non, parce que j’avais oublié de stériliser le biberon qui servait pour son ampoule de jus d’orange (je ne sais pas si ça se fait encore ce coup des ampoules de jus d’orange ?) ou que l’eau de son bain était trop chaude ou trop froide, je devais être le cauchemar du pédiatre qui avait eu la malchance de s’installer près de chez moi, et puis j’ai compris la force de vivre ancrée dans chaque cellule de notre corps comme un sceau divin, j’ai cessé d’avoir peur, cela aurait fait faire de belles économies à la sécurité sociale à l’époque si j’avais su …

le bateau fait office de buanderie, Fritz ne sèche pas le linge et il pleut toujours, et non, le capitaine n’est pas en train de s’épiler les mollets

Mais bon voilà, on se met à chercher où c’est chez Jojo car on pourra y déjeuner et faire des courses dans leur épicerie, et il y a du free wifi mais on nous a prévenu que ça rame à mort, je pleure des larmes de sang en réussissant à faire en plusieurs heures ce que j’aurais mis une demi-heure avec une connexion correcte, ça me rappelle l’époque des modems, j’avais le temps de faire cuire des nouilles pendant qu’une page d’accueil se téléchargeait, les vieux on est des héros …

le snack chez Jojo … où je vais passer des heures à travailler au rythme de l’internet local, de la 2G, ça existe encore !

J’ai demandé à Michel combien de bateaux arrivaient jusqu’ici, il m’a dit 2 à 3 par semaine mais qu’il y en a plus en été, c’est vrai qu’ici c’est l’automne, c’est chelou, et puis pas un hôtel, juste 2 snacks qui servent à manger à midi et ferment le soir, un seul est ouvert le samedi soir (nous y sommes allés une fois, petite sortie du samedi soir poïpoïpoï, mais ils n’avaient pas de toilettes et j’ai dû trouver un endroit dans la nuit noire pour faire pipi sans m’arroser les pompes, je n’y suis pas retournée), pas de bar, pas de ciné, il y a quand même des touristes qui viennent par avion en passant par Tahiti (l’aérodrome est sur une autre île alors ensuite il faut venir en bateau jusqu’à Mangareva) et ils sont hébergés dans l’une des 4 petites pensions de famille de l’île, le dimanche les anciens jouent à la pétanque pendant que les jeunes écoutent de la musique à fond sur une place au bord de l’eau avec une énorme enceinte qui envoie des basses à se décoller la plèvre, en buvant de la bière allègrement et en ne dansouillant que très vaguement au point de ne jamais dépenser les calories bues

Les gens sont accueillants et positivement adorables, tout le monde, à part un ou deux renfrognés, nous dit bonjour, fait un signe de la main en passant en vélo, en scooter ou en pickup, les gendarmes font les formalités des bateaux sinon ils n’ont rien à faire, parfois une rapine et encore, tout le monde se connaît et sait tout, comme on ne retourne pas tout de suite au bateau avec nos sacs de linge, nous les laissons sous l’abri d’un terrain le long de la route, deux heures après nos sacs sont toujours là, on peut laisser son portable ou son portefeuille et on le retrouve, je dis au capitaine que j’aimerais vivre ici mais lui non, il pense qu’on doit vite se faire chier :

– mais regarde, où qu’on vive on voit toujours les mêmes personnes

– oui mais au boulot on en croise, dans les salles de gym, les bistrots…

– mais tu discutes toujours avec les mêmes, le cercle des amis et des intimes est restreint où que tu vives

– nan, je me ferais chier

Moi pas … il faudrait juste une vraie connexion internet pour travailler et je pourrais vivre ici, tellement les gens sont cool et tellement c’est comme ça que j’envisage les relations humaines (vu que je suis la seule interlocutrice du capitaine ou couasi depuis ces derniers mois, je me demande s’il ne se fait pas chier outre mesure … comme je suis bien urbaine je fais régulièrement la conversation – quand je ne le fais pas, il s’en inquiète, ça va ? demande-t-il à tout bout de champ – mais il m’est arrivé, pour voir, de ne jamais finir une phrase commencée et il ne le remarque même pas, ma première réaction est bien entendu d’être vexée, ça dure plus ou moins longtemps selon que j’ai envie d’un prétexte pour lui en vouloir ou non, plouf plouf, c’est rigolo d’avoir ce pouvoir de gâcher la vie d’autrui, mais bon, je préfère m’occuper à autre chose de plus constructif, je me souviens d’une fois tout de même où un signal d’alarme a dû retentir au fin fond de son intelligence émotionnelle, il a dévalé la descente en me demandant avec angoisse de continuer ce que je disais, j’ai repris mon anecdote, certes avec un allant minoré, mais il fallait bien récompenser cette prise de conscience héroïque et puis quoi, si ça se trouve c’est vraiment nul ce que je peux raconter)

La plupart des bateaux qui arrivent ici sont Français vu qu’on est en Polynésie française et que les américains ont du mal à aller là où on ne parle pas américain comme des natifs, alors on croise des français et c’est drôlement sympathique, outre Michel, Chloé et Antonin, nous discutons avec Josiane et Jean-Michel qui nous refilent aussi des tuyaux, et puis Loïc, Anne-Sophie et leur filles Eléonore et Océane + le grand-père Alain sur un catamaran qui a mis seulement 19 jours depuis Panama mais ils n’ont pas fait le détour par les Galápagos et ont eu plus de vent que nous, Véronique et Benoit, un couple de dentistes qui a vendu son cabinet, ils ont péché un marlin de 80 kilos juste avant d’arriver et ont mis 6 heures pour le sortir de l’eau en pleine nuit, ils nous en ont donné un sacré morceau, tranquille 3 kilos (le marlin c’est comme tout, on finit par s’en lasser à force) (à part le chocolat), aux San Blas ils ont donné des antibiotiques qu’ils avaient à bord à un homme Kuna qui présentait un abcès tel qu’il aurait fini par être amputé ou mort, 2 jours après il était guéri (ils ont été soulagé car ils avaient craint un possible choc anaphylactique sur un homme qui n’avait jamais pris de médicaments de sa vie), ils naviguent sur leur bateau depuis 30 ans et sont même allés à Terre Neuve, et sur le St Laurent au Canada où ils ont vu des baleines, et Patrick qui a fait la traversée en solo sur Orion et a mis 27 jours parce qu’il est parti deux jours après nous et a eu moins de vent, il est toujours attaché dans son bateau m’a t’il dit quand je me suis exclamée que s’il tombait à l’eau personne ne pourrait l’aider, sauf quand il prend sa douche sur la jupe, mais c’est là que tu es plus exposé ! ai-je explosé ! il a mis des filières au cas où, il m’hallucine (mais pas autant que ne m’hallucine le capitaine qui a reconnu son bateau de loin, c’est celui qu’on avait croisé en sortant de Flamenco Marina et auquel il avait dit de ne pas attendre et de rentrer dans la marina, il voit un bateau une fois et il le reconnaît 1 mois plus tard à l’autre bout du Pacifique) et puis Stéphanie aussi, la pauvre ! qui rentre chez elle en avion le lendemain parce que José, le capitaine du bateau où elle s’est embarquée, est à l’ouest et fait plein de conneries, son bateau a eu des tas de problèmes parce qu’il n’est pas entretenu, jusqu’aux couverts qui sont aussi rouillés que José visiblement… sinon ma sœur jumelle (oui, j’ai bien une sœur jumelle) m’a envoyé une capture d’écran de Google car elle a cherché Rikitea sur internet et elle a vu toute une liste d’articles et de vidéos sur YouTube qui parlent d’attaques de requins, on a demandé si c’était vrai et ça l’est, ici il y a plein de requins dont des requins tigres qui sont agressifs, un pêcheur de perles s’est récemment fait bouffer la jambe, sinon il y a des requins à pointe blanche ou à pointe noire mais ils n’attaquent pas, on devrait en voir si on va nager, en tous cas hier soir quand je me suis lavé les cheveux sur la jupe arrière, je l’ai fait à genoux parce qu’avec ce qu’on m’avait  raconté je n’ai pas voulu mettre mes pieds dans l’eau mais bon, j’étais crevée et ça me rend conne 😁

La vie est hyper chère, un paquet de pain de mie congelé + un paquet de gâteaux secs = 15$, on paie en francs Pacifique alors ça fait 1500 francs, on se fait carrément siphonner notre pécule !

Ils vendent des produits thérapeutiques chinois même dans les plus petites épiceries … le Moët et Chandon à 13500 francs pacifiques, ça fait 135 $, du coup tout le monde est à la bière Hinano

Dans les épiceries c’est boites de conserve, canettes de bière, chips et bonbons, pomme de terre, carottes et choux (on en a assez mangé pendant la traversée !) et des mandarines à 15$ le kilo, on s’en passera, et basta, je pense que c’est dingue parce que sur de telles îles il doit y avoir des avocats, des mangues, des tas de fruits et de légumes à profusion ! Où les trouver ? Il suffit de demander, Nico nous dit de passer demain matin chez lui et qu’il nous vendra tout ce qu’il faut …

Sans oublier le régime de bananes que le capitaine a ramené sur son épaule, on les a pendues sous les panneaux solaires et on en a donné tant on n’arrivait pas à les manger toutes, à la fin elles étaient tellement mûres que je faisais des bananes flambées, c’était fameux mais ça fait grossir alors on a finit par arrêter, c’est mieux, et depuis le capitaine s’est pas mal calmé sur les bananes

Je rentre avec tout ça pour 50$ tout de même, même le primeur bio du marché couvert de Nancy et qui est hors de prix ne pratique pas ces tarifs, mais bon, on a des fruits et des légumes, Nico nous raconte plein d’anecdotes de ce qu’il a vécu et comme il est dégourdi sur tous les tableaux, je lui demande s’il peut me tuyauter sur des personnes qui soignent avec des plantes, il écarte les bras et avec un grand sourire me dit que je l’ai devant moi, m’est avis que si je lui avais demandé où trouver un mécano il m’aurait répondu de même, mais il m’emmène derrière sa maison et me montre des plantes en m’expliquant leur utilité thérapeutique, il me dit qu’il fait aussi des massages mais uniquement pour les hommes et que ce sont des femmes qui massent les femmes, que la sienne verrait d’un très mauvais œil qu’il masse des femmes

Nico m’explique l’utilisation thérapeutique de ces plantes mais ne veut pas être pris en photo …(comme le capitaine quoi), la première servant à traiter la Ciguatera et la seconde les foulures en extrayant le jus et en le mettant avec les feuilles froissées dans de l’eau et de la glace (faire tremper 1h30 matin et soir pendant 3 jours et tu es guéri)

Je lui demande finaudement quelles sont les plantes pour les douleurs menstruelles mais c’est comme pour les massages, ce sont les femmes qui s’occupent des plantes pour les femmes et il faut que j’aille voir Valérie qui habite une maison jaune avec des pots de fleurs sur la route de l’école avant le petit pont, je m’y rends deux jours plus tard et je fais comme Nico m’a dit, je me mets devant la maison jaune aux fleurs et j’appelle Valérie ! Valérie ! une voix nasillarde me répond et j’entends un pas lourd et traînant venir vers la fenêtre ouverte, une femme avec de longs cheveux noirs qui encadrent un visage déformé par une paralysie faciale me dit que c’est elle Valérie, je lui explique ce que je cherche et lui demande si elle peut m’aider, elle me regarde d’un air triste et vide et m’explique avec lenteur qu’elle est malade et ne s’occupe plus de tout ça, appelle sa fille qui me dit que sa mère a fait un AVC et n’a plus toute sa tête, ne pourra pas m’aider, je lui demande alors si une autre personne peut me renseigner et elle m’envoie chez une mamie un peu plus loin, je remercie les deux femmes et leur souhaite le meilleur possible et m’en vais d’un pas ferme chez la mamie, arrive au milieu de pots de fleurs, une mamie d’âge indéfinissable tresse des tiges derrière une table et me jette à peine un regard avant de le replonger sur son tressage, et un homme d’âge mûr, trop jeune pour être son mari mais drôlement vieux pour être son fils, ou alors c’est qu’elle est vraiment vieille, me répond à sa place, décidément … il m’indique dans un mauvais français qu’il marmonne à toute vitesse des recettes avec des plantes dont il ne connaît pas le nom et me raconte moult anecdotes sur des miracles opérés par des plantes là où les médecins ne peuvent rien, des plaies soignées en quelques jours voire en quelques heures, il m’explique qu’ici, pour les urgences, il faut se soigner avec les plantes mais que si ce n’est pas urgent on peut toujours aller au centre médical demander des médicaments, quand j’arrive à en placer une je lui demande si lui ou la dame assise connaissent les plantes pour les femmes, la mamie qui n’a toujours sorti aucun son et a tout l’air de vivre dans sa bulle me jette parfois un regard par en dessous, lui m’envoie chez Doris près de l’église et chez Marianne que je trouverai de l’autre côté de l’île

  • où exactement ?
  • de l’autre côté (avec un geste vague destiné à me faire comprendre où se trouve l’autre côté)

Je remercie et leur souhaite également le meilleur possible, repars avec ces informations, maigres et brouillonnes à souhait, mais c’est un bon début car c’est comme une pelote de laine, on a le bout et il ne reste plus qu’à dérouler, ce que je vais m’employer de faire …

Mais je ne vous quitte pas aujourd’hui sans vous parler de la fleur de Tiaré !

Tiare signifie « fleur » en Tahitien et « fleur de tiaré » se dit « tiare maohi »

Le Tiaré – Gardenia taitensis (ou tahitensis ou tiaré Tahiti) – est un arbuste vivace de la famille des Rubiacées pouvant dans son milieu naturel atteindre près de 4 m de hauteur. C’est une plante endémique de la Polynésie Française, qui ne produit pas de graines ou exceptionnellement, et dépend de ce fait de la main de l’homme pour se reproduire. Les terrains coralliens constituent son domaine de prédilection. On la plante dans de la terre noire, et on ajoute des débris de corail à ses racines pour favoriser sa croissance. Elle produit des fleurs célèbres pour leur parfum et pour le monoï qui est issu de la macération de fleurs de tiaré dans de l’huile de coco séchée (ou coprah)

Michèle, une Marquisienne de 71 ans, m’expliquera un autre jour et sur autre île, que les femmes polynésiennes portent une fleur de tiaré comme d’autres mettent une goutte de parfum, car il n’y avait pas de parfum en Polynésie, que si une femme porte la fleur à l’oreille gauche, côté cœur, c’est que son cœur est pris, et si elle la porte à droite c’est qu’elle est un cœur à prendre

On utilise ces fleurs en infusions, décoctions ou macérations pour apaiser piqûres d’insectes et migraines ou dans un bain « Ra’au ira » dans lequel on ajoute les fleurs pour soigner les petites plaies de la peau

  • Les feuilles du tiare sont indiquées pour prévenir ou traiter les coups de soleil et les convulsions
  • Les boutons floraux sont recommandés pour atténuer les hémorroïdes, l’asthme, la lymphangite, la fatigue, les névralgies et les traumatismes
  • Ce sont les fleurs naissantes qui soignent les plaies infectées tandis que les fleurs déjà épanouies sont préconisées pour traiter la cirrhose, la bronchite ou les hémorragies après les fausses couches

Nico, comme le monsieur qui me parlait des plantes à côté de la vieille dame qui tressait des feuillages, m’ont expliqué (confusément) qu’on utilise les fleurs pour soigner les yeux infectés et collés des enfants, ce qui a l’air d’arriver fréquemment par ici …

Et le soir c’est ce qu’on voit quand on rentre au mouillage, avec l’île d’Aukena en face et le voilier Orion de Patrick

Et maintenant, les petits plus qui font plaisir 👌!

  • Pour les amoureux de bière, voilà la Hinano de Tahiti qui  » présente une rondeur maltée sous la langue, avec des saveurs de grains et de paille que soulignent des pointes herbacées de houblon et une amertume relativement présente en bouche au final « . Manuia (à la tienne, en tahitien) ! c’est drôlement vrai qu’elle est amère !
  • La Ciguatera est une maladie alimentaire causée par la consommation de poissons contaminés avec une toxine appelée « ciguatoxine ». Cette ciguatoxine est produit par des algues microscopiques présentes dans les récifs coralliens ; elle est ingérée pas les poissons de ces récifs et, au fur et à mesure de la chaine alimentaire, cette toxine peut se concentrer dans les plus gros poissons. Il existe alors un risque d’intoxication pour les consommateurs de ces poissons, c’est la raison pour laquelle certaines espèces sont interdites à la pêche selon leur poids et ou selon leur zone de pêche.   Les symptômes de la ciguatera apparaissent généralement dans les 24h suivant l’ingestion, il s’agit principalement de : signes digestifs :  nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales. Signes neurologiques : démangeaisons, fourmillements, sensations d’engourdissement, troubles de la perception du chaud et du froid, fatigue etc…  
  • Evangélisation de la Polynésie Française : voila 217 ans, le 5 mars 1797, le Duff accostait en baie de Matavai avec à son bord trente missionnaires envoyés par la London missionnary society.  Pour commémorer cet évènement et le début de l’évangélisation des célébrations ont eu lieu dans d’innombrables lieux de culte à Tahiti et dans les îles. En Polynésie, ce sont la famille et l’église qui représentent les deux piliers sociaux fondamentaux du territoire. Dès le tout début du 19e siècle, les catholiques et les protestants se sont battus pour prendre le contrôle des Polynésiens. Les protestants, longtemps vainqueurs dans les esprits, ont cependant vu leur nombre de fidèles chuter au fil des ans, pour arriver aujourd’hui à égalité avec les catholiques. En 2004, l’église évangélique de Polynésie française a prôné un retour à l’identité ma’ohi, elle a changé de nom pour devenir église protestante ma’ohi.  Une version plus polynésienne de la sainte cène a vu le jour mais ce choix divise encore aujourd’hui les paroissiens qui ne sont pas toujours d’accord pour boire de l’eau de coco à la place du vin 😂(dans les textes évangéliques le vin symbolise le sang du Christ)
  • Le fleuve St Laurent est à la fois fleuve, estuaire et golfe, le Saint-Laurent couvre près de 2000 km à partir du lac Ontario jusqu’à l’île du Cap-Breton à la limite de l’océan Atlantique. Il forme avec les Grands Lacs l’un des plus grands bassins hydrographiques de la planète représentant ainsi 20 % des réserves d’eau douce mondiales (j’ai lu ça au capitaine qui a tiqué et rétorqué sur els réserves d’eau douce sont dans la glace, dans la banquise). Il est long de 1 197 km, et son estuaire est le plus grand sur terre, avec une largeur de 48 km et une longueur de 370 km.
  • Grâce au capitaine j’ai cherché : où trouve-t-on de l’eau douce ?

L’eau douce utilisable par l’homme regroupe les eaux de surface (baies côtières, lacs, fleuves, cours d’eau) et les eaux souterraines (aquifères).

  • 69 % de l’eau douce est stockée sous forme de glace ou de neige
  • 30 % de l’eau douce est stockée dans les aquifères : ce sont des roches ou des formations géologiques suffisamment poreuses pour stocker de grandes quantités d’eau
  • 1 % de l’eau douce est stockée sous forme d’eau de surface liquide dans les cours d’eau, les rivières, les fleuves, les lacs, etc.

Les ressources totales en eau (eau douce et eau salée) représentent 1 400 millions de milliards de mètres cubes, et couvrent trois quarts de la surface de la Terre. Or l’eau douce ne représente qu’une infime partie de ces ressources en eau.

Comment se répartit l’eau sur Terre :

  • Eau salée contenue dans les océans : 97,5 % soit 1 365 millions de milliards de m³
  • Eau douce contenue dans les lacs, rivières, glaciers, nappes phréatiques, etc. : 2,5 % soit 35,2 millions de milliards de m³

L’homme ne peut utiliser que moins de 1 % du volume total hydrique sur terre soit environ 0,028 % de l’hydrosphère. Les 99 % restants étant soit gelés, soit profondément enfouis dans les sols, ils ne peuvent être exploités pour la consommation humaine.

L’eau douce utilisée par l’homme se trouve dans les réservoirs naturels ou artificiels (lacs, barrages, etc.) et dans les nappes phréatiques de faibles profondeurs dont l’exploitation est rendue possible à des coûts abordables. (Je lis ça au capitaine et lui précise que les 20% du fleuve St Laurent sont les 20% de l’eau consommable par les humains, ah ! répond il, ça change tout ! … et c’est vrai que ça change tout)