13 jours et des brouettes

(c’est la suite)

rien n’arrête le ciel

Jour 8

Encore une petite nuit mais comment faire autrement avec les quarts, même s’ils sont drôlement light au milieu de l’Atlantique, celui qui est de corvée met son réveil toutes les heures pour surveiller et faire le point, le capitaine a le don de se rendormir illico mais moi pas, alors heureusement que quand je dors c’est si profond que ça me requinque, ça sera quand-même fameux une vraie bonne grande nuit quand on sera arrivés 

Encore un voilier doublé cette nuit, échange à la VHF, c’est French Kiss qui était au mouillage pas loin de nous à Mindelo, un couple sur un voilier de 50 pieds, leur pilote a aussi lâché et ils se relaient toutes les deux heures à la barre, et ça va durer une semaine … on tait la rupture du bras de spi, c’est tellement mesquin à côté d’un pilote HS

Alors, dès mon réveil, le capitaine m’est tombé dessus pour me dire qu’il fallait empanner pronto et que d’ailleurs il aurait fallu le faire hier soir (quoi, le capitaine avait remis au lendemain ce que nous aurions pu faire le jour même, quelle est, in fine, la part d’humanité cachée dans les tréfonds de son être secret ?) mais on a le temps de prendre le petit dej avant parce qu’en même temps, on est loin d’arriver, et on empanne, ça prend son temps, et après, je vois que le capitaine reste accroupi devant l’enrouleur de génois à l’avant du bateau, puis il revient, soucieux, le front bas, me dit qu’on enroule le génois et qu’on ne s’en sert plus : il n’y a plus de vis à l’enrouleur, on ne sait pas comment ça se fait mais le fait est, et il peut lâcher d’un moment à l’autre, le cap’ repart à l’avant du bateau en me disant qu’on range le tangon, on dirait qu’on tombe le rideau de la dernière représentation d’une pièce de théâtre, il y a comme une tristesse qui s’abat, je le regarde faire, je voudrais l’aider, proposer une solution, quelque chose, rien n’est perdu que diable, ah ! euréka ! je lui crie avec les mains en porte-voix (c’est marrant, la correction automatique m’a proposé porte-jarretelles, avouez que ça aurait eu une classe folle) qu’on n’a qu’à tangonner la trinquette, encore accablé il répond « pas tout de suite » et puis je le vois réfléchir, redresser les épaules, grandir de quelques centimètres, et hop se mettre à bricoler pour tangonner la trinquette, il est tout remonté et bidouille des trucs parce que la trinquette est trop petite pour le tangon, mais c’est le Mc Gyver de la marine, l’Einstein de la navigation (il hausserait les épaules s’il avait le courage de me lire, mais déjà qu’il me supporte, c’est bien assez pour un seul homme), c’est vrai qu’il est drôlement démerde, on ne peut pas lui enlever ça (je mets cette expression tellement elle me fait rire, c’est d’un condescendant affligeant)

voyez la trinquette tangonnée grâce à l’ingéniosité du capitaine ! et voyez la houle par la même occasion …

Plus tard, quand l’envie me prend et que je sais que je ne peux plus retarder l’échéance si je veux rester urbaine, je prends une douche attachée par un harnais sur la jupe arrière, ça peut faire rêver hein, mais non, le harnais me rappelle maman qui nous trimballait en laisse ma sœur jumelle et moi (aujourd’hui la SPA s’en émouvrait) et puis El Capitan va dormir un peu, du moins essaie parce que le vent est capricieux aujourd’hui, il passe de 17 à 11 nœuds mais surtout de Est-Nord-Est à Est-Sud-Est ce qui n’est pas bon pour notre cap, et comme les voiles claquent (houle et pas assez de vent, c’est la recette), ni une ni deux ça le réveille et il n’est pas du meilleur poil dans ce genre de contexte, il se relève et m’explique, comme un père à son enfant qui arrache les ailes des mouches, que c’est mal, c’est très mal ! qu’il faut empanner à nouveau puisque le vent a tourné et que j’aurais dû le savoir et venir le réveiller, en même temps il est réveillé donc ça c’est fait, j’attends plus tard pour donner mon point de vue car ce n’est jamais pendant l’action que c’est opportun, on remet ça, bon, une fois empanné pour la seconde fois c’est l’heure de faire à manger alors je m’y colle et j’entends le capitaine qui maugrée dans le cockpit, le vent tourne à nouveau et le cap n’est à nouveau plus bon, il faut réempanner, j’éteins le feu (celui de la gazinière, quand le boîtier de l’hydrogénérateur chauffe au-dessus de ma tête quand je dors ça m’arrive de me demander s’il ne va pas prendre feu et me brûler les cheveux, genre que je boirai la coupe jusqu’à la lie, mais dieu merci nous n’avons pas eu le feu) (j’évite d’écrire « pas encore » pour ne pas tenter le diable) 

Après ce 3ème empannage nous nous retrouvons pile dans la situation qui avait réveillé le capitaine : grosse houle, pas assez de vent, le cap pas idéal et les voiles qui claquent, je reste coite mais n’en pense pas moins et nous mangeons dans une humeur de bon aloi, je finis par lui donner mon avis quand le moment opportun arrive enfin (une fois repus), à savoir que cette situation nous est déjà arrivée et qu’il n’y a rien à faire qu’à attendre (ATTENDRE) que le vent reparte plutôt que de manœuvrer à tout crin, mais il est indécrottable et me dit qu’il a envie de mette le spi, pffff … je lui rappelle posément que la houle est toujours là, que le spi va claquer, que ça va user la drisse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, que ça ne sert à rien de flinguer encore du matériel, et que notre pilote à nous marchant toujours c’est moindre mal, il sourit et va se coucher, du coup on reste avec la trinquette tangonnée et ça nous baisse la moyenne, ça rend humble 

c’est fou comme ça ne rend pas pareil entre la réalité et la vidéo, pour savoir comment c’est, il faut y aller

Jour 9

Qui dit jour 9 dit d’abord nuit du 8ème au 9ème jour, le vent tombe et fait ses siennes, passe presque au sud parfois, les voiles claquent dans la houle, on voit un bateau à 15h mais il n’apparaît pas sur l’AIS, et puis si, et puis disparaît, si on se moque de vous quand vous évoquez le vaisseau fantôme, dites que vous connaissez personnellement une nana (de confiance) qui a eu affaire à lui, on finit par affaler la grand voile et enrouler la trinquette et on met le moteur pour sortir de la zone foireuse, ce qui nous permet de dormir 2 heures, on se fout de tout puisqu’on n’a pas besoin de régler les voiles, c’est pour ça que c’est parti pour 2 heures, que le personnel s’amuse !

Quand le jour se lève on a 30 nœuds, alors on déroule seulement la trinquette, le capitaine reste prudent dès potron-minet, paf le vent tombe à 20, hop on enroule la trinquette qu’on venait de dérouler pour se mettre face au vent et hisser la grand voile, bien sûr le vent repasse à 30 juste à ce moment là et il se met à flotter dru pour couronner le tout, on dirait que c’est notre jour de chance 

Bien que tout ça soit fort rigolo (ah mais si, sérieux) on a mis les gilets de sauvetage avec les harnais et le capitaine a bien voulu s’accrocher, las de mes supplications, il voulait aller trafiquer sur le pont les mains dans les poches nan mais j’te jure, une autre fois où il avait fait ça je lui avais dit 

  • si c’était moi qui allais sur le pont sans gilet on verrait ce que tu dirais !
  • oui mais toi c’est toi et moi c’est moi (accompagné d’un regard lourd de signification)

je suis à même de penser, soit qu’il craint pour ma vie, soit qu’il me prend pour une buse, ou bien encore qu’il craint pour ma vie tellement je suis maladroite, c’est ça, je crois que j’ai mis le doigt dessus, ou alors, en positivant, qu’il tient à ma vie, je vais rester là dessus parce que c’est meilleur pour ma santé

Vent fort, pluie comme vache qui pisse, bateau qui roule, on mange debout dans le bateau parce qu’une assiette ne tient pas en place sur la table du carré, faire à manger et servir sans s’ébouillanter est une gageure, pour réconforter le capitaine j’ai envie de lui faire un petit plaisir rapide, quoi donc, je me creuse la cervelle et trouve, quoi donc (qui cherche trouve), je vous le donne en mille : des krisprolls de blé complet (les meilleurs et les plus croquant) avec une pâte à tartiner au chocolat bio (de la mesure en toutes choses), ça comble le capitaine, j’avais vu juste, et je me retrouve avec du chocolat plein mon teeshirt presque propre, hé bien bravo 

il pleut, chic le bateau est lavé à peu de frais

Le gros grain passé, je pense à regarder si je peux écouter les téléchargements de musique sur mon téléphone sans wifi, et cette fois ci c’est oui ! ni une ni deux je mets la musique à fond dans mes écouteurs, un coup à me défenestrer les tympans mais je m’en fous et me mets à danser dans le cockpit (en m’accrochant au roof, manquerait plus que je tombe à l’eau) c’est bon mais qu’est-ce que c’est bon ! de danser sur un petit bateau perdu au milieu de l’Atlantique avec 6000 mètres de fond (j’ai vu ça sur navionics, ça m’a dressé les cheveux sur la tête), la Rose de Titanic debout sur la poupe avec les bras en croix peut aller se rhabiller 

Et puis fin de journée avec vent à 18 nœuds, houle calme et rangée, on avance à 6/7 nœuds alors beaucoup moins de bruit, c’est fou le bruit permanent qu’il y a sur un bateau, la première fois depuis notre départ qu’on a du calme, c’est reposant (le capitaine a mesuré avec un sonomètre, on a en moyenne 75 décibels dans les oreilles, je lui ressortirai quand il m’expliquera que la musique dans les écouteurs c’est pas bon)

Jour 10

RAS 

C’est tout ?

Bin oui, c’est tout, ah si, j’ai fait cuire des lentilles, 40 minutes, le capitaine a failli s’en étrangler en pensant à la bonbonne de gaz qui se vide forcément quand je cuisine, aurons-nous du gaz jusqu’au bout de l’Atlantique, ou mourrons-nous d’inanition devant des grains de riz tout aussi secs qu’immangeables ? c’est excitant comme tout cette incertitude🤓

Et aussi, le capitaine a dit qu’il trouve que je suis de bonne composition, il avait avoué, quelques heures auparavant, qu’il m’en faisait voir, ah je me souviens à propos de quoi : on finissait de manœuvrer de nuit dans le vent et la pluie, il revenait de l’avant du bateau (sans gilet ni harnais ce qui me filerait une poussée éruptive à chaque fois qu’il le fait) et il me crie de reprendre la bastaque, que je reprends à la main, il ajoute au winch ! alors je fais un tour au winch et je tourne la manivelle en tirant la bastaque à la main (c’est lui qui m’a appris à faire comme ça et que souvent ça suffit) et voilà, et il arrive en râlant « mais vas y doucement ne tire pas comme un âne c’est pas de la pierre tu vas tout abimer blablabla blablabla BLA-BLA-BLA », je soupire discretos, il met la main sur la bastaque et, me croirez-vous tellement c’est énorme, il râle que ce n’est pas assez tendu, met la bastaque au self-tailing et la tend à toc, je sais que c’est parce que ça lui permet de s’y tenir quand il se déplace sans gilet ni harnais, voilà la vraie vérité qu’il me tait, c’est un peu plus tard, dans un probable éclair de lucidité, qu’il m’a dit qu’il m’en fait voir, j’ai répondu que je sais qu’il y a des moments d’intensité lors desquels la communication est plus abrupte, cependant j’aimerais qu’il prenne un tant soit peu exemple sur ma méthode plus amène, je sais qu’on ne change personne à part peut-être soi-même, et encore, à force de travail personnel permanent, et souvent ingrat, ce que je fais, plus ou moins, avec des erreurs en-veux -tu-en-voilà qui me navrent, mais je me pardonne, je ne suis pas une acharnée, alors je serais drôlement malvenue de ne pas passer l’éponge sur les écarts des autres (j’avoue tout de même que j’ai recours à des exercices ventilatoires au besoin) 

Jour 11

Et sa nuit préalable : déjà hier après-midi on voyait bien qu’on se dirigeait droit vers du ciel gris, puis gris foncé et de plus en plus noir, le capitaine soulevait régulièrement ses lunettes de soleil et grimaçait en disant que c’était aussi noir sans les lunettes qu’avec, ce qui me faisait déglutir aussi sec avec l’envie de lui demander tout aussi sèchement de ne pas en rajouter, je ne l’ai pas raconté hier car j’ai eu la flemme et puis on a été bien occupés avec cette affaire de ciel 

Quand on voit un ciel comme ça on ne sait fichtre pas ce qui nous attend, mais le cerveau humain, du moins le modèle que l’on m’a fourni, a tendance à envisager le pire, rafales terribles qui niquent au mieux la grand voile, au pire le pilote, qui nous astreignent à sauter dans le radeau de survie qu’on laisserait attaché au bateau pour y retourner si ça s’arrange, crevant de chaud dans les combi de survie enfilées à la hâte, mais je cache mes sombres pensées derrière un masque impassible et les détourne vers un autre sujet, que faire à manger ce soir, à Noël ou à la trinité, trouveré-je enfin des shorts qui me conviennent à la prochaine escale, je ne prie pas, je sais bien que le dieu du vent et celui de la mer se carrent le tartempion de mes réclamations, pas de SAV j’étais prévenue 

on se retrouve sous le coup de 20h (du Cap Vert, on est toujours à cette heure là) sous ce fameux ciel noir, ça fait pschhhhht comme un pétard mouillé, 3 malheureuses gouttes de pluie et le vent qui tombe, à 11, 8, 6 … on n’avance plus … à 3 … à 1 nœud … 1 nœud ! si je trempe mon pied dans l’eau ça arrête le bateau ! 

par contre mer forte, alors la combinaison pas de vent + grosse houle = bateau secoué dans tous les sens, on affale les voiles et on met le moteur, au moins ça rechargera les batteries et ça arrêtera d’abîmer les voiles 

on mange car, grâce à ma pugnacité, je fais désormais à manger dans toutes les conditions, rattrape une assiette au vol pendant que je suis projetée contre l’évier et que la poêle bascule en y versant les œufs qui seront une fois de plus brouillés par la force des choses, ceci sous le conseil avisé du capitaine tiens toi ! et puis malgré le bruit du moteur qui tourne à côté de ma cabine, je m’endors comme on tombe d’une chaise, d’un seul coup 

on pourrait croire que la gazinière se balance, mais non, c’est la seule chose de stable, c’est tout le bateau qui balance AUTOUR de la gazinière

Réveil à minuit, le vent est reparti, on hisse la grand voile, on tangonne la trinquette, coucher à 1h, nuit habituelle saucissonnée de sommes et de réveils pour vérifier comment ça se passe et si aucun navire n’a la mauvais idée de venir nous saluer de trop près, la routine quoi

Avec tout ça notre moyenne chute, c’est la loose 

Et le onzième jour est là, on empanne de suite parce que le vent est de plein Est, ce qui, comme nous allons plein Ouest, nous oblige à tirer des bords et revient à faire des bornes en plus mais nous n’avons pas le choix, petit dej’ et puis un bon gros grain nous rattrape, pluie, rafales, mais maintenant je commence à être habituée, même pas peur, autant ne pas avoir peur parce que ça fatigue, j’ai prévenu le capitaine que j’ai bien fermé tous les hubli, ça le fait sourire (yeap), on se demande si on va prendre un ris, le capitaine a mis son ciré et est debout dans le cockpit à prendre le vent et la pluie comme Georges Clooney dans En pleine tempête (aaaah ! Geooooorges !), et puis il rentre, pas besoin de ris, on n’est pas des mauviettes, on a 34 nœuds et on avance à 10/11, on se dit que c’est toujours ça de pris, le grain passe, le vent se calme, on continue notre route en surveillant le ciel qui nous entoure de nuages qui sont autant de promesses de pluie, on a 18/22 nœuds qui nous font avancer à 6/7, on est au bon cap et on a la houle pile derrière qui nous porte, royal, on hésite à mettre le spi au vu des nuages qui annoncent d’autres grains, je laisse le capitaine hésiter autant que faire se peut (le temps que le vent remonte et que ça soit cuit pour le spi)(gagné, ça économise nos énergies), il y a des nappes de sargasses qui flottent, on n’en a jamais vu autant, on ne met pas l’hydrogénérateur pour ne pas risquer qu’elles se prennent dans ses hélices et le flinguent, un jour de plus qui est passé au rythme de toutes ces considérations autour desquelles notre vie tourne sur le bateau

on est mieux dedans

Jour 12

Aaaaah voilà qui fait plaisir, depuis hier midi et toute la nuit, vent à 18/20 nœuds avec tout de même des pointes à 25 voire 28, même en dormant on sent la différence dans les mouvements du bateau et on se retrouve sur le pont en 4ème vitesse avec le capitaine pour voir si c’est un grain qui nous tombe dessus ou si on peut se recoucher, moi je rêvais que j’apprenais des trucs en VTT et le capitaine qu’il conduisait une locomotive, pour dire que ça bouge bien, on s’est recouché à chaque fois, même pas besoin de manœuvrer, on est pile sur le cap, il nous reste deux jours de navigation avant d’arriver (🤞)

En plein petit dej le capitaine se lève, comme une envie pressante, il doit, toutes affaires cessantes, détendre la retenue de bôme et border un peu la grand voile (lui il écrit « GV » dans son journal de bord qui est un cahier d’école alors que j’ai acheté un beau journal de bord avec une ancre sur la couv’, allez comprendre) GV trop ouverte que ça va l’abîmer contre la barre de flèche et les haubans, ça ne peut visiblement pas attendre, il y va sans mettre de gilet de sauvetage et encore moins de harnais, je le guette du coin de l’œil en me répétant ce que je devrais faire s’il tombe à l’eau, la chose restant possible avec le bateau qui roule toujours autant 

  • lancer le truc avec un ballon rouge qui flotte (le truc moche à l’arrière qui gâche mes photos)
  • dévaler vers la table à carte pour appuyer sur le bouton MOB (Man Over Board) qui notera la position fatidique sur le GPS
  • Appuyer sur le bouton distress ou pas ? je me le demande parce que si j’attends que quelqu’un soit à portée de nous pour lui demander de l’aide, je perds un temps précieux … idem pour faire un mayday, le temps que je me remémore comment marche la VHF … vaut mieux compter sur soi
  • remonter à toute vitesse dans le cockpit et chercher des yeux le capitaine à l’eau 
  • ne probablement plus le voir parce qu’on avance vite et à cause de la grosse houle 
  • ne pas paniquer 
  • enrouler la trinquette
  • si on était sous génois bien sûr que ça serait enrouler le génois, ne m’interrompez pas quand j’explique
  • enlever la retenue de bôme 
  • mettre le moteur en marche 
  • faire demi tour pour rebrousser chemin vers le point MOB du GPS, en virant et pas en empannant malheureuse ! 
  • retrouver le capitaine 
  • arriver tout doucement vers lui pour le repêcher parce que si j’arrive précipitamment dans la perspective de le repêcher au plus vite, il ne réussira pas à grimper dans le bateau 
  • je pense qu’il vaudrait mieux que je coupe le moteur en arrivant près de lui pour éviter qu’il ne se fasse broyer les jambes par les hélices (je vais lui demander c’est plus sûr)(j’ai moyennement envie de le voir dans un fauteuil roulant)
  • le récupérer en lui tendant une main secourable, un soleil couchant en fond de ciel pour faire joli 
  • lui faire signer un billet de reconnaissance éternelle que je lui brandirai sous le nez à chaque fois que j’aurai envie de quelque chose (le pouvoir m’aura rendue capricieuse)

Sinon, j’ai encore des carottes fraîches alors je fais une salade de carottes râpées, je demande une fois de plus au capitaine s’il préfère que je les râpe fin ou plus gros, il me répond comme tu veux mais j’insiste car voyez-vous, en préparant le bateau pour la grande aventure, j’avais acheté une râpe à carottes qui s’était révélée être une râpe à fromage (je n’en reviens pas moi-même de la méprise grossière), je ne vous dis pas la bouillie de carottes râpées que je lui ai servie, c’est fou ce qu’à un détail près, c’est bon ou pas, beau ou moche, insignifiant ou mémorable, du coup chez le Chinois de Sal j’ai acheté une vraie râpe à carottes et je peux râper fin ou plus gros, bon, alors je propose, en mangeant je lui explique que je ne mets plus de moutarde dans la vinaigrette parce que celle que j’ai acheté aux Canaries n’est pas bonne, il doit y avoir du sucre dedans ou que sais je, ça gâche la salade et s’il y a bien quelque chose que je déteste, c’est gâcher le bon manger, et puis je me mets à rire (v. intr. montrer sa gaieté par des mouvements de la face et de la bouche accompagnés de sons saccadés) (je vous défie d’inventer une belle définition de rire), le capitaine veut savoir ce qui me rend hilare de la sorte, je lui dis que je me rappelle qu’un de mes cousins se faisait des tartines de moutarde et que j’imagine sa tête si je lui servais à manger des tartines de moutarde, ça lui arrache un petit sourire, on pourrait croire que ce sont tous ces jours de navigation qui me rendent comme ça (con) mais non, je revendique, je me bidonne encore longtemps en imaginant la tête du capitaine si je lui servais des tartines de moutarde, les petites joies qui ne coûtent pas cher  

on a encore eu un grain l’après-midi 

un petit arc-en-ciel 🌈 un peu plus tard 

tout petit

J’ai dit au capitaine bon, quand on repêche un homme à la mer, est-ce qu’on coupe le moteur en arrivant près de lui pour éviter qu’il ne se blesse avec l’hélice ?

  • mais pas besoin du moteur, tu le récupères à la voile 

Mais bien sûr 

  • ouais, bon, mais disons qu’on doive le faire au moteur, on l’éteint pour récupérer le bonhomme ?
  • (air dépassé par les événements) m’enfin  non, tu le mets au point mort, tu ne coupes pas le moteur !

mais quand est-ce que j’aurai ce genre de réflexe qui coule de source ?! 

Vénus, première à éclairer la nuit

Jour 13

Alors hier soir, quand il faisait déjà bien nuit, vers 21h de la Martinique parce que le capitaine a dit qu’il faut s’habituer, chef oui chef, nous décidâmes de prendre un ris selon le calcul suivant : nous allons trop vite, et à cette vitesse nous arriverons nuitamment au mouillage de Ste Anne, mauvaise pioche, donc manœuvre nocturne, pas bien compliqué mais toujours délicat avec cette grosse houle qui nous fait marcher comme si on avait 6,5 grammes dans le sang, pour nous récompenser de cet effort monumental, le capitaine a dit que ça méritait une bière et chance, on en a (c’est pas de la chance mais de la prévoyance) et on a même du saucisson et des chips parce que, rappelez vous, quand on avait eu notre premier mal de mer on avait eu envie de chips et de saucisson pour remonter la pente, et comme, d’une part j’ai bonne mémoire, et de l’autre je prends mes précautions, nous sommes désormais fournis d’une petite quantité fort précieuse de ces aliments honnis par les puristes alimentaires, mais la Voie du Tao c’est la Voie du milieu, c’est ma voie, alors zou, une bibine avec du sauc’ et des chips (un tout petit paquet à deux) (pfff, frustration), ça montre qu’on arrive bientôt et qu’on se détend 

on a encore eu un grain juste après, heureusement que ça n’était pas plus tôt car ça nous aurait tout détrempé les chips, le détail qui vous fait craquer alors que vous aviez surmonté les pires avanies auparavant (on notera ma propension à grossir le trait)

et puis encore un grain dans le courant de la nuit, heureusement qu’on n’a pas mis le spi, idée qui avait tout naturellement traversé la tête du capitaine, mais j’avais poussé des hauts cris, avec un vent à 22/25 et des grains avec des rafales à au moins 28/30, ça voudrait dire affaler le spi dans l’urgence, non merci, juste pendant que je vous écris on a encore un grain

un petit grain avec vent à 27.7 nœuds, et en dessous on voit l’AIS, nous on est le triangle noir et on voit un bateau à 3 NM en vert

On a doublé un voilier polonais cette nuit, malgré 2 ris et la trinquette, mais le secret c’est que le capitaine sait régler les voiles à la perfection, alors il double tout le monde (il a fait de la régate en compète, c’est un vrai champion, quand j’ai vu de manière impromptue qu’il avait des titres, je lui ai demandé pourquoi il ne me l’avait pas dit, il a haussé les épaules et c’est tout, j’ai dû lui arracher de la bouche quelques maigres détails sur le sujet)

Sinon, un seul petit poisson volant pris au piège des feux de navigation cette nuit, comme un papillon dans les phares d’une auto, ai l’impression que plus la lune se remplit, moins il y a de poissons volants dans le bateau le matin, devrais demander des témoignages d’autres bateaux pour en tirer des conclusions (encore que ça intéresserait qui à part moi ?)

une voile au loin, virgule sur l’horizon

Un petit grain le matin, un autre l’après-midi, une houle plus forte que les jours précédents qui fait dire qu’on sera content d’être arrivés, on grignote du terrain sur un voilier, je le fais remarquer au capitaine qui tempère mes élans en disant qu’il va peut-être plus vite que nous, ce à quoi je réponds du tac au tac que si c’était le cas on ne le verrait toujours pas, il acquiesce, c’est lui qui m’avait sorti cette réponse dans une situation identique quand j’avais fait la même réflexion que lui, il se plaint que je ne l’écoute pas, mais si, la preuve 

Ça y est, on a encore gratté un voilier, la virgule à l’horizon, pourtant ce n’est pas au programme d’aller vite, le programme c’est d’arriver demain matin quand il fera jour, cette nuit ça va être des vrais quarts parce qu’à l’approche de la terre il faut de la surveillance 

On n’a plus que 3000 mètres de fond sous nous, ça remonte progressivement, je me demande jusqu’à quelle profondeur l’être humain a été voir, et je le demande au capitaine qui ne sait pas me répondre avec exactitude (oooh ils sont allés loin), j’irai regarder sur internet et je vous dirai (si ça vous intéresse) 

on ne voit pas encore la terre mais je ne sais pas si j’arriverai à dormir tellement j’ai envie de la voir

 

Des fois il y a des étoiles, on dirait qu’elles ne sont pas accrochées dans le ciel, on dirait qu’elles flottent, ballotées par le vent (peut-être que c’est ma vision qui débloque)

13 jours, 18 heures et 30 minutes

On a jeté l’ancre, arrivés au petit matin après avoir peu dormi, nous avons un peu tourné le long de la côte pour attendre le soleil et y voir clair, le moteur a calé plusieurs fois, heureusement pas pendant que le capitaine descendait l’ancre et que j’y étais, au moteur, plus tard on a vu arriver des bateaux dont on ne connaissait que les noms pour les avoir vus à l’AIS ou les avoir entendus à la VHF, on s’est fait des grands signes de loin, et puis on a pris un petit déjeuner et une douche sur la jupe arrière sans avoir besoin de s’attacher, il y a un peu de houle au mouillage mais tellement peu par rapport à ce que nous avons eu que c’est incroyablement reposant … je me dis qu’on l’a fait, ça fait drôle, et puis comme j’y étais je me dis que vraiment, mais vraiment, tout le monde peut le faire, il suffit de l’idée, il suffit de l’envie, il suffit de la curiosité de savoir ce qu’on vaudra dans la situation …

on est arrivés, ça souffle, il faut préparer le mouillage hardi petit

Pour que tout soit bien clair :

  • Se défenestrer les tympans : tympans qui se décollent sous les vibrations musicales et tombent des oreilles (je demanderai à un ORL si c’est déjà arrivé)
  • le dispositif de self tailing couronne les winchs modernes pour assurer le guidage du cordage et permettre à un seul équipier de tendre un cordage dans toutes les conditions (autrement dit, c’est un truc où on coince le cordage)
  • Les bastaques relient un point du mât à l’arrière du bateau, empêchant le mât de basculer vers l’avant
  • Quand on empanne : voilà ce que nous on a à faire : on enroule le génois (ou la trinquette) pour démonter le tangon et le bras qu’on passe tous deux de l’autre côté, on enlève la retenue de bôme, on ramène la grand voile et son chariot presque au centre, puis empannage le plus délicat possible (si on ne fait pas comme ça la bôme passe hyper brutalement d’un côté à l’autre et ça déglingue le matos), puis on règle la grand voile, on tangonne le génois ou la trinquette de l’autre côté, on déroule, on règle tout ça et voilà, au mieux ça prend 15/20 minutes
  • Les grains sont des phénomènes météorologiques qui ont lieu lorsque 2 masses d’air aux propriétés différentes se rencontrent et s’accrochent sur un front ( front froid en général ). Cela se traduit par une très forte variation de la vitesse du vent sur une période très courte (sur 10 minutes quelques fois !!! )
  • Victor Vescovo, américain de 53 ans, a été en sous-marin à 10.927 mètres de profondeur, dans le royaume des abysses où l’homme n’était jamais allé jusqu’à présent, il a touché le fond de la fosse des Mariannes, dans l’Océan Pacifique en mai 2019, il a trouvé, posés sur le sol de l’océan Pacifique … un sac plastique et des emballages de bonbons
  • Un banc de poissons volants

13 jours, 18 heures et 30 minutes

just before leaving (tête de nav’ typique)

Réveillés naturellement à 7h, réveil qui sonne à 7h30, debout à 7h32 tapante, bateau prêt à partir à 11h ainsi qu’il sied aux gens bien comme il faut, je ne pipe mot mais affiche un air de premier de la classe, on voit partir des bateaux, c’est le cas depuis hier avec les prévisions qui s’améliorent mais la plupart de ceux que l’on connaît partent demain car il est prévu que le vent se calme sensiblement, la houle devrait suivre, le capitaine va à la poupe pour remonter l’ancre et je suis à la barre, j’entends baragouiner

  • marche pas 
  • quoi ?
  • le guindeau ! Il marche pas !
  • Bin mince !
le carré transformé en couchette
le bateau est tout propre et bien rangé
et le capitaine qui est fin prêt aussi

le départ étant de facto retardé, on refixe la bôme (que je me suis prise dans la tronche en enlevant le bout qui la tenait, le capitaine m’a expliqué pourquoi cela m’était arrivé mais je n’avais pas besoin de lui pour le savoir, je lui ai quand même dit que ça allait vu qu’il ne pensait pas à me le demander pour ne pas avoir à s’apitoyer inutilement) (c’était juste un petit coup de bôme derrière la tête, là où le cerveau n’est pas important) (j’espère) et on refixe aussi les barres, et le capitaine file changer le relais du guindeau car il pense et prie que ça soit ça le problème et surtout il a un relais de rechange alors ça tomberait bien que ça soit ça la panne 

la cabine tribord qui est un véritable magasin d’accastillage et de bricolage à elle toute seule
le bras et la cuisse du capitaine qui répare le guindeau (le bronzage marin ressemble à s’y méprendre au bronzage agricole)

Midi : ça marche ! Il est trop fort le capitaine ! Et notez qu’il se débrouille toujours pour partir après midi, y’a pas à dire, c’est son karma, et d’ailleurs comme il est midi on mange, c’est plus prudent, et puis c’est l’heure, plus rien ne nous retient, on relève l’ancre et ce n’est pas une mince affaire avec le vent qui embarque le bateau, bateau qui pour l’heure est au moteur et ma pomme à la barre, dans un monde parfait il faudrait que je réussisse à aller à la vitesse avec laquelle le capitaine remonte la chaîne et l’ancre, et dans la bonne direction, mais dans la vraie vie si je ralentis le bateau se fait embarquer par le vent et tourne, et si je ne ralentis pas ça va trop vite, je vois de loin le capitaine faire des gestes à mon encontre accompagnés de la tête ad hoc, finalement je fais à mon idée sinon c’est le foutoir, le capitaine me fait enfin signe que l’ancre est relevée, ouf, j’ai réussi à n’emboutir aucun bateau alentour pendant la manœuvre, couronnée d’un hé bien c’était parfait, on s’est bien débrouillé ! du capitaine, c’est vachement mieux qu’une médaille 

on tournicote dans le port pour hisser la grand voile et mettre l’hydrogénérateur derrière le bateau, et puis on s’en va, ça y est, on sort du port, il est 14h pile quand on commence la grande traversée 

ça buffe

mon enthousiasme, si tant est que j’en éprouve parce que c’est plus la circonspection qui l’emporte en cet instant, est vite tempéré par une houle de 3 mètres avec des vagues dans tous les sens et un vent à 35 noeuds bien établi et rafales à 40, mais fi de ces considérations météorologiques, c’est parti, on tangonne le génois et zou, on avance comme un avion, jusque là tout va bien  à part les secousses de la houle, fallait s’y attendre 

mais quelques heures plus tard, presque plus de vent et il est tournant, on est sous le vent de Santo Antao, les voiles claquent à cause de la houle qui fait rouler le bateau, et la mer est confuse comme dit le capitaine qui n’arrête pas de manœuvrer pour tenir au mieux le bateau, on fait toutes les manœuvres attachés avec un harnais tellement le bateau balance,  et puis il fait nuit, tout a l’air pire la nuit, que vous dire des manœuvres qui suivent par mal de mer, le capitaine vomit là où il est par dessus le bastingage (il dit qu’il donne à manger aux poissons, j’espère que ceux-ci savent apprécier ma cuisine, en l’occurrence plutôt sommaire par ce temps agité, mais ça reste du lard aux cochons),  mais moi il me faut mon petit confort alors je file m’agenouiller devant les WC, je n’ai pas envie de basculer cul par-dessus tête en vomissant tripes et boyaux dans l’océan tout noir par cette nuit sans lune, et puis c’est tellement le cirque qu’on finit par enrouler le génois et affaler la grand voile pour sortir de cette zone chahutée au moteur, le capitaine décide de laisser la grand voile affalée et fixe la bôme parce qu’il a noté que le mulet a du jeu (après s’être fait une grosse frayeur en croyant qu’il était cassé et moi en croyant qu’on allait devoir faire demi-tour), le vent remonte peu après à 25-30 nœuds, on déroule le génois et c’est tout, ça nous fait avancer à 6-7 nœuds et c’est très bien pour la nuit, on s’allonge chacun sur notre couchette pour attendre que la nuit et le mal de mer passent de concert 

c’est parti mon kiki

Jour 2 

sous génois seul, on économise le baudet (pourquoi ne pas l’appeler un baudet tant qu’on y est) à cause du vent et toujours cette  houle forte, on avance à 6 ou 7 nœuds et on se remet de la journée d’hier, le plus souvent couchés, mais on réussit à  garder ce qu’on mange, à un moment le capitaine me dit que j’ai repris un peu de couleur, lui a bonne mine je trouve et le lui dis, il a des doutes quant à cette affirmation, peut-être quant à mes affirmations de manière générale, je ne saurais le dire et ne peux l’en blâmer, Bouddha a bien dit doutez de tout et même de ce que je vais vous dire 

Jour 3 

cadavres de poissons volants dans le bateau, le capitaine rejette les corps à la mer et nettoie les écailles, on hisse la grand voile car le vent et la mer sont stabilisés, mais le capitaine fixe la bôme avec une retenue pour éviter qu’elle ne bouge avec la houle et que cela n’achève le mulet + génois tangonné 

on se prépare à tangonner le génois, le capitaine m’appelle et je dis oui, faut que j’aille en pied de mât fissa

remonter la grand voile ça veut dire se mettre près du vent et face aux vagues, ça décoiffe même les plus mal coiffés (moi), cela nous fait perdre du temps et crotte de bique on ne voit plus la voile que l’on voyait au loin depuis notre départ de Mindelo (nervosité)

mais une fois bien toilés, et à la vitesse que cela induit (on fait maintenant du 8-9 nœuds avec des pointes à 10, 11, parfois 12 quand on surfe sur une vague) on la revoit vite … on la rattrape petit à petit, pour plaisanter je dis au capitaine qu’on va les pourrir, il hausse les épaules comme d’une gaminerie, il n’a plus l’âge à en croire sa mimique … mais voilà qu’il décide soudain de dérouler la trinquette, soi-disant pour voir ce que ça donne avec cette voile de plus, on se doute bien que c’est pour aller plus vite sinon à quoi bon … et puis il trouve que le pilote ne marche pas bien car s’il lofe au pilote ça fait gonfler le génois à contre et s’il abat on s’écarte du bateau que le capitaine veut pourrir (c’est clair que c’est ça qu’il veut), le capitaine maugrée après ce pilote qui ne manœuvre pas assez finement, ni une ni deux le stoppe et prend la barre, les yeux rivés sur son point de mire, de main de maître il le rattrape, ce qui reste facile pour être honnête car ce voilier n’était que sous génois (mais, humilié – carrément – hisse sa grand voile une fois que nous l’avons dépassé), tandis que le capitaine remet le bateau au pilote avec une petite mine satisfaite en filigrane sur son visage glabre (padam pa tcha !) (il n’est plus glabre du tout car il ne s’est pas rasé depuis quelques jours, mais j’aime bien la solennité de l’évocation) 

le capitaine l’a bien pourri

Jour 4 

Ai renversé le café du capitaine dans le cockpit, son verre étant posé au sol pour ne pas tomber, plutôt raté 

  • j’aurais dû le boire (pour me consoler devant ma mine désolée)
  • je n’aurais pas dû me lever pour jeter mon trognon de pomme (pour ne pas l’accabler)
  • tu aurais dû me le demander … et puis ça ne serait pas arrivé s’il y avait une table dans le cockpit 

C’est donc la faute au (du ?) … (allez, au pour cette fois ci, ce qui me fait penser qu’en Martinique il faudra que j’aille au coiffeur) donc c’est la faute au capitaine si j’ai renversé son café, je n’aurai pas de gage, ça c’est le genre de truc qui me plairait bien mais le capitaine est bien sérieux, oh oui ! bien sérieux et pas du genre à me donner un gage marrant, il me ferait plutôt laver le bateau à la brosse à dents   

un oiseau, hybride entre la mouette et le fou des Antilles, a volé pendant plusieurs heures en nous suivant et en tentant tant bien que mal  (toute petite, mais allitération quand-même, en tan) de choper un poisson volant, on l’a baptisée la mouette pour faire simple et on l’a regardée longtemps, je commentais au capitaine, le temps qu’elle voie un poisson volant et qu’elle lui tombe dessus, le dit poisson avait déjà replongé, elle ne savait pas anticiper la pauvrette, et aussi, comment ferait-elle si elle en attrapait un gros, elle ne pourrait pas l’avaler tout rond, aurait elle l’idée de venir se poser sur le bateau pour déchiqueter sa proie ? combien de temps pourrait-elle voler avec ou sans manger ? que de questions sans réponse puisqu’à un moment, plus de mouette, il faut dire que le capitaine est descendu sur la jupe pour prendre sa douche, je crains que ça ne l’aie traumatisée

n’empêche, pour que vive la mouette, je voudrais qu’elle mange un poisson volant, il passe de victime à source de vie  

la mouette solitaire

On file bon train, bonne allure, bon vent, de fil en aiguille ça me fait penser à une expression dont finalement je ne connais toujours pas la véritable signification, moi j’ai toujours cru que ça voulait dire … attendez, il faut que je vous raconte, tenez vous bien (éloignez les oreilles chastes) : papa et maman étaient venus à la maison et au moment de partir, pour leur souhaiter une bonne soirée car ils allaient faire la fête je ne sais plus où, je leur ai dit, histoire de varier mes vœux, bonne bourre ! puisqu’on dit « il s’est bourré la gueule », vous voyez bien l’association innocente dans ma tête, mais quand j’ai vu la tête qu’a faite papa, genre qu’a t’il fait pour mériter ça, j’ai pensé que ça devait avoir une connotation autre que celle supposée, personne depuis n’a infirmé ni confirmé ma déduction (faut dire que je ne m’en suis pas vantée) … et dans le genre, si vous aimez les anecdotes futiles (j’adore, c’est le sel du quotidien), ma sœur jumelle et moi on n’avait pas 12 ans, ça c’est certain parce que la famille dînait dans la chtouf, pièce baptisée ainsi par maman je ne sais pourquoi et attenante à la cuisine dans laquelle nous mangions à 6 à l’époque, la salle à manger étant réservée aux grandes occasions ou aux gens d’importance (au passage j’ai une aversion pour les salles à manger, voir une table et des chaises vides qui ne servent pratiquement jamais ça me filerait le bourdon si j’avais une nature sujette à la mélancolie), ce soir là nous en étions au dessert et ma sœur se prend une giclée de jus d’orange dans l’œil et s’exclame oh ça jute, elle s’en est pris une bonne de la part de papa, ce qui a eu pour effet de nous faire comprendre illico ce dont nous ne nous doutions pas, à 12 ans tout de même, les adultes ont la curieuse manie de penser comme des adultes en oubliant qu’ils ont été eux-mêmes des enfants n’est-ce pas, et même, est-ce que ça aurait valu une baffe ? (pour être parfaitement honnête avec vous, je me suis demandé jusqu’au dernier moment si je devais ou non vous raconter ça, et puis si vous le lisez c’est que la pièce est retombée côté pile)(Dieu existe je vous dis)

Jour 5

6, 6 ! poissons volants décédés, je vais devoir mettre un panneau interdit aux poissons volants si ça continue

Il y a deux jours le capitaine a demandé « elle n’a pas envie de pêcher isabelle ? » (des fois il parle de moi à la 3eme personne) j’ai répondu que non et lui ai demandé si lui en avait envie, il a hoché négativement la tête en se détournant, moi je sais bien pourquoi il ne veut pas pêcher, parce qu’après il faut faire cuire le poisson et que ça sent (ça pue) le poisson dans tout le bateau ce qui a le don de le crisper (euphémisme), et il n’est pas fana du tartare ou du poisson cru, donc je suis tranquille de ce côté là, je suppute qu’il pourrait être capable de ne manger que des nouilles cuites à l’eau pour être certain de ne pas salir le bateau, mais voilà, il a un faible pour les patates rôties, alors ça salit, c’est sûr, mais bon on ne pêche plus 🥳

Événement du jour, à l’heure où j’écris, espérant que le gros cumulus derrière nous ne va pas nous rattraper en se changeant en cumulonimbus, on a croisé un navire de pêche coréen, et on a dû faire attention aux bouées qu’il avait semées de-ci de-là avec ses filets pour écumer l’océan et remplir les boîtes de thon et de sardines

j’ai demandé tout de go au capitaine s’il savait pourquoi l’eau des mers est salée, il a dit « non mais c’est comme nous, on est plein d’eau salée », je lui ai souligné qu’il va finir par être taoïste s’il continue à comparer la planète et l’être humain, et ai ajouté que c’est pour ça que la lune a des influences sur les gens comme sur les marées, il a levé un sourcil …

on a fait le 1/3 du parcours 

la grande question c’est médite t’on en mer au lieu de penser à tout et n’importe quoi  (cf plus haut) ? je ne sais plus quel sage hindou a dit que notre esprit est comme l’océan et nos pensées comme les vagues qui surgissent et repartent à l’océan, qu’il faut les laisser émerger puis repartir sans s’y attacher, alors je m’y emploie, mes pensées surgissent, je les regarde et les laisse passer et s’enfouir à nouveau, sans jugement (c’est un excellent exercice, parfois surprenant, parfois drôle, parfois triste, toujours inattendu)

c’est certain qu’on a le temps de méditer …

Jour 6

j’ouvre un œil, je ne sais pas quelle heure il est mais j’ai assez bien dormi, le capitaine a eu la générosité de relever l’hydrogénérateur qui fait le bruit d’un réacteur d’avion au loin et fait parfois vibrer la coque en alu du bateau, sans compter le bruit de la ventilation dans la cabine, j’avais donc peu et mal dormi la nuit précédente 

je vérifie que tout va bien et me recouche, il fait encore nuit noire, plus on va à l’ouest plus il fait jour tard, le matin comme le soir, bien 1/4 d’heure par jour 

à 6h30 le réveil du capitaine sonne, je le cherche partout dans le bateau pour ne pas le réveiller vu que moi je le suis, mais je ne le trouve pas, je me recouche et la sonnerie reprend juste à côté de moi, normal le téléphone du capitaine est sur ma couchette, je me demande avec étonnement comment ça se fait, quand je le lui dis plus tard il me jette un regard qui dénote une admiration sans faille sur ma capacité à être sotte (parfois je m’émerveille moi-même, comment l’intelligence et la bêtise peuvent cohabiter si étroitement dans une seule et unique personne)(c’est ça aussi qui me fait tellement aimer l’humanité), c’est lui qui a posé son téléphone à côté de moi pour que je sois réveillée à mon tour pour faire mon quart, rien de surnaturel là dedans, tout s’explique, mais cette solution toute simple ne m’avait même pas effleurée, je dois quand même être un peu fatiguée ou alors c’est le coup de bôme derrière la tête, ou encore papa qui avait la tête ailleurs le jour où il m’a faite

fin de matinée, le vent est tombé à 20/22 noeuds, le capitaine trouve qu’on se traîne et décide de lâcher 1 ris (on en a 2) alors manœuvre, il faut se rapprocher du vent, au fur et à mesure que le bateau lofe, les vagues viennent de travers et le vent souffle de plus en plus fort, en fait il souffle toujours de la même façon mais la perception est différente, on lâche notre ris en se prenant une grosse vague qui nous éclabousse de la tête aux pieds, heureusement que je ne me suis pas lavé les cheveux ce matin, quand on reprend notre cap tout se calme, j’adore l’allure au portant 

depuis 2 jours on voyait flotter pas mal de sargasses, mais pas aujourd’hui, ce qui me fait penser aux algues qu’on utilise en Médecine Traditionnelle Chinoise, notamment pour traiter les goitres, mais jusqu’à présent dans les îles où je suis passée, il ne m’a pas été fait état de l’utilisation médicinale des algues, je vais regarder cela de plus près 

Sur l’AIS un bateau nous a rattrapé et doublé, on en l’a pas eu en vue, quand je le dis au capitaine il balance tout de suite que ça doit être un catamaran, je vérifie et bingo, il avance à 10 noeuds, c’est un gros cata, un bateau qui coûte une blinde alors c’est pour ça que ça va plus vite, c’est le minimum, l’honneur du capitaine est sauf

on rattrape Archibald

 

On a vu un autre bateau, Archibald 2, échange par VHF entre les deux capitaines, et puis au fil de l’après-midi on l’a rattrapé, à un moment j’ai bien cru qu’on allait finir par entrer en collision, le capitaine était à la table à cartes et jetait parfois un œil vague sur l’AIS, moi je lui répétais qu’on se rapprochait vite et vraiment très près, je n’avais aucune envie de devoir manœuvrer au dernier moment et dans la précipitation, j’admirais le flegme du capitaine qui a fini par sortir dans le cockpit, bien lentement pour me prouver qu’il n’y avait aucune urgence, et m’expliquer qu’il était impossible qu’on se rentre dedans vu nos vitesses respectives et nos trajectoires, de fait on est passé derrière, le capitaine me demande régulièrement si j’ai bien fait une section C, il me le sort à tout bout de champ, dès qu’il parle mécanique ou électricité ou plan de ceci ou cela et cosinus pour calculer un angle, bin oui, j’ai un bac C, mais y’avait pas l’option hauturière et s’il y a eu des cours d’électricité ou de mécanique je n’ai pas été prévenue 😁

Et une fois qu’on l’a eu doublé, Archibald 2 a hissé sa voile d’artimon, trop tard, il est mauvais, il est mauvais ! 🤓 (lire le premier il est mauvais avec une intonation descendante et le second avec une intonation montante)(merci)

On a fait une pointe à 13,42 nœuds, qu’on se le dise 

Jour 7

c’est fou toute l’eau qu’il peut y avoir, que d’eau que d’eau, je me demande par quel miracle elle tient sur terre, bien entendu il y a des explications rationnelles (bac C) mais tout de même … de voir toute cette eau, tout ce ciel, toutes ces étoiles, je me demande pourquoi, pourquoi tout ça, pourquoi la vie plutôt que rien ? 

la vie 

la vie, et rien d’autre 

Nuit, le bateau file , impression de laisser toute ma vie derrière moi … tout ce qu’on laisse derrière nous, de nous mêmes, et des autres … tout ce qu’on abandonne quand on choisit d’aller à la recherche de soi …

encore un voilier que l’on rattrape, ce n’est plus l’océan mais l’autoroute ! On échange à la VHF  avec Éclipse, c’est chouette Éclipse comme nom de bateau, il y a deux jours ils ont essuyé une rafale à 46 nœuds qui leur a flingué leur pilote automatique, résultat des courses ils doivent barrer à tour de rôle et ils ne sont que deux, mais ça se passe bien selon eux, ça me fait froid dans le dos de savoir que le pilote peut lâcher, en même temps je suis née sous une super bonne étoile alors ça devrait le faire (🤞)

le vent est un peu tombé, il ne souffle plus qu’à 15/18 nœuds, notre moyenne retombe comme une baudruche qui se dégonfle à 7,7 nœuds alors qu’on avait tracé à 8,3 les précédentes 24h, et ça il aime pas le capitaine, donc on envoie le grand spi qui n’a plus de chaussette depuis le fameux épisode de chalutage, ça ne rend pas du tout le voyage plus agréable, même c’est le contraire parce que le bateau bouge beaucoup plus avec le spi qui se balance et claque d’un côté puis de l’autre, j’entends le bras de spi qui grince contre un chandelier et qui dit ça grince dit ça s’use 

sur le coup de 16h le capitaine descend faire une petite sieste, il n’a pas le temps de s’allonger que BANG !!! et que j’appelle le bras de spi a lâché ! Le bras de spi a lâché ! 

on le récupère bien plus facilement que l’autre fois car il n’a pas chaluté, mais même si 18 nœuds de vent c’est pas assez pour aller à plus de 7 nœuds, c’est bien suffisant pour faire gonfler et voler le spi tandis qu’on s’acharne à l’affaler sur le pont du bateau, après ça le capitaine a bien envie d’envoyer l’autre spi plus petit et plus plat, il pense à sa moyenne, moi je pense à ma tranquillité, au jour qui descend et à la nuit prochaine que je n’ai pas envie de passer à récupérer encore un spi, j’avance mes arguments car, que je sache, la houle ne s’est pas envolée, lui montre que l’écoute de spi de l’autre côté était super entamée et aurait lâché sous peu, il cède (avec un sourire condescendant)

On a fait la moitié du chemin en exactement 139 heures et demie, soit 5 jours et 19h1/2 

on avait 2080 NM à faire, on vient de passer la moitié

on est là sur le GPS

C’est ce genre de compte qui fait que le sang du capitaine bout dans ses veines pour aller au-delà, toujours se dépasser, se faire mal pour se faire du bien, c’est tellement judéo-chrétien (je le lui ai déjà expliqué le concept mais il est tenace dans ses convictions)

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame
Charles Baudelaire

Dans la série s’enrichir au quotidien, voici de quoi (réjouissons nous !) :

  • Le guindeau est un treuil à axe horizontal utilisé sur les navires pour relever ou descendre l’ancre
  • Mulet : ou plus justement vit-de-mulet, vits-de-mulet = ferrure articulée qui relie au mât la bôme d’un bateau à voiles, et permet à celle-ci de s’orienter horizontalement et verticalement
  • A contre : placement d’une voile dans le sens opposé à une marche normale
  • Pourquoi l’eau des mers est salée : il y a quelque 49 millions de milliards de tonnes de sel dissous dans les mers, l’équivalent d’une couche globale de 45 mètres d’épaisseur. Pourquoi ? A cause des conditions initiales de la formation de la Terre…Il y a 4 milliards d’années, notre planète était couverte de volcans qui libéraient dans l’atmosphère primitive de la vapeur d’eau et des gaz, dont du chlore et du soufre. Quelques centaines de millions d’années plus tard, lors de la formation des océans en partie par condensation d’une partie de la vapeur d’eau générée par la formation de notre planète, ces gaz se sont dissous dans les océans sous forme de sulfate pour le soufre et de chlore. Ainsi, la mer devint-elle salée, à 78 % tout du moins. Quant aux 22 % d’autres ions – sodium, calcium, potassium et magnésium -, ils ont au fil du temps été apportés par l’érosion – sous l’action des pluies et des eaux de ruissellement – des roches silicatées de la croûte continentale (merci Science & Vie)
  • Pourquoi la perception est différente quand le vent vient de dos ou de face ? je l’avais expliqué avec le vent-vitesse, le vent-apparent et le vent réel, mais je donne à nouveau une explication : prenons un vent à 20 nœuds, avec un bateau qui avance à 10 nœuds, si le vent vient de derrière, on doit retirer la vitesse du bateau à la vitesse du vent, on a donc une impression de vent à 10 nœuds et c’est cool, par contre si le vent vient de face, on additionne la vitesse du vent à celle du bateau, on arrive donc à une impression de vent à 30 nœuds, et c’est moins cool, pourtant le vent réel va toujours à 20 nœuds, mais le vent-vitesse du bateau donne un vent apparent qui est la véritable perception que l’on a
  •  le chandelier est une tige métallique fixée verticalement sur le pont qui supporte la filière destinée à empêcher une chute à la mer
  • NM : mille nautique = 1.852 kilomètres
  • On va les pourrir : référence ô combien bédéphile, expression chère à Joe Bar

Partis de Sal

le petit port de Carriçal

le capitaine a prévu de mouiller à Carriçal, un village de pêcheurs sur l’île de Sao Nicolau, réputé par certains navigateurs pour son authenticité, et l’authenticité ça plaît bien au capitaine, donc on y mouille 

Impatient de découvrir de la véritable authenticité, le capitaine enfile palmes, masque et tuba pour rallier la plage du patelin, me propose de l’accompagner (hahaha), je le regarde partir puis vaque à des occupations tout aussi ménagères que nécessaires, jette un œil de temps en temps depuis le cockpit et le vois déambuler, puis ne le vois plus, puis il revient un peu plus tard, déçu, visiblement trop d’authenticité tue l’authenticité, pas un troc pas une mob, même pas un rat, rien que des vieux pêcheurs burinés qui proposent leurs poissons à la vente en passant avec leur barque, j’ai poliment décliné 3 offres, rien que l’idée de l’odeur du poisson que je devrais préparer me répugne, vive les salades de riz au maquereau en boîte (j’ai ce genre de faiblesse)

arrivée
à
Tarrafal

On ne s’attarde pas à Carriçal, que je n’aurai donc vu que depuis la mer, et filons à Tarrafal, il y a des Tarrafal sur toutes les îles mais celui là c’est Tarrafal de Sao Nicolau, pas loin dirait le capitaine, tout près dis-je (de la façon de voir le monde), on ancre facilement et le mouillage est calme, alors on saute dans l’annexe pour aller y faire un tour et trouver une voiture à louer

le capitaine décrète que c’est moi qui conduis, je n’ai pas retouché au moteur diabolique depuis Funchal, de triste mémoire (l’épisode où je conduis l’annexe, pas la ville), on révise un peu et zou, le capitaine me dit par où passer et m’indique un quai où accoster, mais quand j’y arrive un grand gars nous fait des signes avec ses grands bras pour nous dire en patois local mâtiné d’anglais qu’on ne peut pas se garer là et qu’il faut aller sur la plage (sable noir, je vais encore avoir les pieds tout crado), le capitaine me dit de ralentir alors je mets les gaz au minimum mais ça va toujours trop vite, il me redit de manière plus insistante de ralentir et je lui rétorque platement que je suis au plus bas des gaz, il se lève à moitié et siffle en me passant sous le nez qu’il faut que je mette le point mort en le faisant à ma place, ah ça on aurait gagné du temps s’il m’avait dit point mort tout de suite au lieu de tergiverser avec le ralentissement, de toutes façons je cale alors voilà … il faut repartir vers la plage que nous a indiquée le grand gars, je remets le moteur en route à grands tirages de la ficelle (je ne sais pas comment s’appelle la ficelle qui permet de lancer le moteur en tirant dessus et si je demande au capitaine je crains le pire, qu’il abandonne le combat avec moi, à bout d’arguments) et j’y arrive et l’annexe bondit, le capitaine beugle qu’est-ce que tu fous ?! On fonce droit sur un bateau de pêche à trois mètres de nous, comment veut-il que je sache ce que je fous, je ne comprends pas ce qui se passe, il s’écrie  de plus belle mais vire ! VIRE ! par miracle je pense à pousser la barre et nous frôlons la coque bleue du bateau (je la verrai toujours dans mes cauchemars) au centimètre près, on s’éloigne, maudit moteur, le capitaine râle qu’on va passer pour des clampins auprès des gars sur le quai, quoi, le capitaine se soucie de l’avis d’autrui ? c’est nouveau, je le regarde en me marrant et lui dis que je m’en fous, mais lui pas qu’il me répond, des gars qui ne nous ont jamais vus et ne nous reverrons jamais, comment imaginer que leur avis à notre sujet puisse être d’une quelconque importance ? le capitaine me demande pourquoi je n’ai pas vérifié qu’on était au point mort, moi je croyais qu’il l’avait mis quand il s’était penché vers moi et avait mis la main sur le bitoniau ad hoc, mais non, alors quand j’ai remis le moteur la marche avant était enclenchée, je vois que je suis pardonnée (mais je crois bien que jamais je n’aurais pas pensé à vérifier si j’étais au point mort, on garde ça entre nous …)

Las, pour la location de voiture on a une piste qui se révèle un tuyau crevé, et puis une jeune femme qui parle sur son portable dans la rue nous voit, errant l’âme en peine, raccroche et me demande can I help you, oh yes lui réponds-je, we want to rent a car, voyez l’aisance, s’ensuivent des appels téléphoniques en tous sens, elle appelle aussi son ami qui vient à la rescousse, aucune voiture à louer mais, mais ! nous trouve une voiture avec son chauffeur, les habitants de l’île préfèrent conduire leur véhicule que de le laisser aux mains malhabiles des touristes, on comprendra pourquoi le lendemain, et puis Anna et Serge (ils s’appellent ainsi comme vous l’auriez finement deviné) nous drivent jusqu’à un resto, en fait on commande à manger pour dans une heure et quand on revient tout est prêt, la dame est déjà en train de nous servir, l’heure c’est l’heure, poisson, légumes, riz et frites, on a rendez-vous le lendemain à 8 heures avec le chauffeur

l’annexe a été « gardée » sur la plage par les deux énergumènes qui, donc, vont penser pis que pendre de nous le restant de leur vie de m’avoir vue manœuvrer si pitoyablement, ils se disputent pour savoir qui sera payé de cette tâche ardue, l’annexe ayant été bien amarrée par le capitaine himself (il suffit que je parle à peine un peu d’anglais pour en mettre à toutes les sauces) on se demande bien ce qui aurait pu lui arriver, c’est le plus grand qui gagne et qui nous explique que demain il s’en occupera aussi et nous fait un devis à 5 € pour la peine, on verra demain et bonne nuit 

bien que le capitaine émette un avis plus que réservé sur ma capacité à me lever tôt et à être à l’heure (je lui ai fait remarqué que je suis à l’heure quand il y a une heure donnée, sinon comment savoir à quelle heure il faudrait être prête et vlan), nous sommes au rendez-vous à 8 heures avec … (attendez, je redemande au capitaine, je ne suis pas arrivée à mémoriser le diminutif par lequel toute l’île l’appelle d’après lui, ah c’était Utinha m’épèle-t-il en me rappelant qu’on prononce Outinia), Jo j’aurais retenu par exemple mais Outinia ! maintenant que je l’ai écrit et réécrit peut-être que ça restera planté dans ma mémoire, j’ai bien réussi à mémoriser le nom des plantes et des formules de pharmacopée en chinois, donc on est à l’heure, on grimpe dans le pickup, le capitaine à la place du mort et moi derrière, je ne sais pas s’il y serait monté si j’avais eu la maladresse d’appeler cette place ainsi devant lui … 

Alors, un conseil d’importance : si un jour vous êtes dans une île et que les gens y roulent en 4X4 pickup, ne vous posez pas de questions et mettez une brassière de gym deux tailles en-dessous de votre taille habituelle, afin de garder vos mains libres plutôt que de vous tenir les seins pendant la balade, en vrai j’ai gardé les bras croisés tout le temps parce que Outinia (ça y est j’ai retenu) tout autant que le capitaine se seraient bien demandés ce que je fabriquais avec mes mains dans leur dos … les routes de Sao Nicolau sont pavées avec des cailloux inégaux et ça secoue, ou alors ce sont des pistes, je ne saurais vous dire lesquelles ont eu ma préférence, je pense que si je n’étais pas habituée aux secousses grâce à la navigation, j’aurais supplié que l’on m’abandonnât sur le bord de la route … 

ça secoue ça secoue

on a vu plein d’endroits fantastiques, ça valait vraiment le coup de se faire secouer, voici quelques photos

Carberinho, un coin d’enfer !
et je reste des heures à regarder la mer
le parc naturel de Monte Gordo

 

sur la route

Preguica

pour ce qui relève des plantes du coin que j’ai relevées à Monte Gordo, toutes les données sont en anglais et je travaille dessus, ceux qui ne sont pas férus de botanique ont de la chance, ils n’auront pas à se taper mes descriptions enthousiastes, je vais tout de même voir si j’ai le temps de vous en raconter un peu en fin de page (on lève les voiles demain alors on est à la bourre, le capitaine m’a prévenue qu’il faut ranger le bateau, comme si je ne savais pas, alors je me grouille) 

quand il a fallu quitter Sao Nicolau, que j’ai adorée tant elle est belle et que les habitants sont cool, nous avons mouillé à Santa Luzia, une autre île déserte, pour faire de l’eau au déssalinisateur parce que l’eau des mouillages et des marinas n’est jamais propre (c’est un euphémisme), je vous mets un lien vers une vidéo que j’ai faite ce jour là et mise sur YouTube, vous verrez que pendant tout ce temps on n’a pas manqué de vent :

et puis ensuite, le capitaine avait décidé d’aller mouiller à Porto Novo sur l’île de Santo Antao, mais en arrivant ça roulait trop et il n’y avait aucun voilier, que des barques de pêche, nous avons fait demi-tour pour repartir vers l’île de Sao Vicente au port de Mindelo, arrêt quasi incontournable avant de traverser l’Atlantique si on veut le faire depuis les îles du nord avec des provisions et de l’eau en suffisance, avec ce détour nous sommes arrivés de nuit à Mindelo, il y avait plein de lumières, plein de bateaux à la marina et au mouillage, et par rapport à ce que nous avions vu jusque là au Cap Vert, nous avions affaire à une véritable ville, ville que nous visitâmes le lendemain, j’ai véritablement été sous le charme, nous avons mangé dans différents restos, en payant du simple au double selon que nous allions dans un resto destiné aux gens du cru ou un autre plein de touristes et de voileux, et c’est justement dans un resto local que j’ai mangé le meilleur cachupa (prononcer catchoupa) de tous ceux que j’ai mangés – c’est un ragoût qui mijote pendant plusieurs heures avec du maïs et des haricots noirs qu’on agrémente selon son goût et en fonction des ingrédients dont on dispose comme des légumes, des poissons, de la viande, du chorizo ou des œufs – tout ça sur la musique de Cesaria Evora qui est au Cap Vert ce que Bob Marley est à la Jamaïque … nous avons atterri un jour chez Loutcha, qu’un habitant local nous avait chaudement recommandé, la carte étant très alléchante, avec un choix inédit au Cap Vert, nous y sommes allés, mais finalement ils ne proposaient que les mêmes plats des autres restaurants (cachupa, poissons-légumes-riz, porc-frites), à chaque fois que l’on demandait un plat de la carte comme des poulpes grillés, le garçon nous regardait d’un air désolé en secouant la tête négativement, ça nous a bien fait marrer

le capitaine a réparé la drisse de spi et changé celle de gennaker, moi j’ai pu travailler, nous nous sommes reposés aussi et puis on a pris le ferry pour aller tout de même à Santo Antao réputée pour ses randonnées, alors on a mis le bateau à la marina pour qu’il soit gardé pendant les 3 jours où nous ne serions pas là, réservé une pension dans la vallée de Paul (prononcer Paoul) et pris le ferry avec nos chaussures de rando et à manger dans nos sacs étanches qui sont déjà lourds à porter même à vide, puis un aluguer pour rejoindre Cabo Ribeira dans la Vallée de Paul, le capitaine a pris place à l’avant à côté du chauffeur, et moi, qui suis oublieuse, à l’arrière et sans soutif, j’ai bien senti passer l’heure de secousses, mais les paysages sont tellement à couper le souffle que je n’ai pas pensé à me plaindre

 on a randonné deux jours, avec des dénivelés impressionnants, mais sans jamais de vertige, j’en avais plein les pattes et plein les yeux, j’ai été bluffée par les cultures en terrasse et ces gens de la terre qui m’ont renvoyée à mon enfance dans la ferme de ma grand-mère, l’utilisation de la montagne et du volcan Cova pour y cultiver des ignames, des patates douces, de la canne à sucre et des bananes est époustouflante, quel travail de titan … j’éprouve à leur encontre une admiration et un respect sans bornes … 

et nous avons dormi… dans un lit ! un vrai lit sur un sol ferme ! nous étions logés à la pension chez Sandro (https://chezsandro.com/) à Cabo de Ribeira, le top, Sandro est un Français qui y vit depuis près de 25 ans, il nous a donné toutes les indications nécessaires et utiles pour randonner sans guide et sans se perdre, nous avons discuté de plein de sujets et il nous a raconté des tas d’anecdotes sur l’île et ses habitants, un soir nous avons également discuté avec un guide de 34 ans, Claudio, qui nous a également appris plein de choses sur l’île, et puis nous avons mangé royalement et généreusement, ça nous a fait un bien fou parce que bien évidemment le capitaine et moi passons le plus clair de notre temps en tête à tête, ce qui est éminemment fabuleux, mais échanger avec un interlocuteur aussi plaisant que Sandro nous a vraiment fait plaisir … je vous en raconte une, pas la plus historique genre que l’indépendance du Cap Vert date du 5 juillet 1975, non, moi j’aime bien les histoires du quotidien, donc je fais la remarque à Sandro que je suis sidérée de voir que couasi tous les commerces sont tenus par des Chinois qui vendent des produits Chinois de mauvaise qualité, genre ce qu’on trouve sur Ali Express, et Sandro me raconte qu’une paire de tongs coûte 5 ou 6 €, ce qui est carrément prohibitif quand on sait que le salaire moyen est de 130€, et une nana revient chez le Chinois deux heures après en avoir acheté une paire qui est déjà fichue, le Chinois lui demande où elle a marché, elle lui répond qu’elle a été jusque chez elle, un patelin perché donc il faut  marcher sur des cailloux pour y aller, et le Chinois s’exclame que les tongs sont faits pour aller de la chambre à la salle de bains et de la salle de bains à la chambre et c’est tout !

À propos de tongs, en terminant notre première rando qui nous faisait passer près d’un village, une femme qui portait un sac sur la tête et marchait en tongs passe à côté de nous, je dis au capitaine qu’il faut la suivre parce qu’à mon avis elle va au bon endroit et on a bien fait car sans elle je crois qu’on se serait paumés, on marchait dans le lit d’une rivière à sec, sur des cailloux, en prenant garde de ne pas se ramasser, moi étant tombée une fois sur les fesses en glissant sur de la terre en pente raide et le capitaine deux fois, une fois sur de la terre et une autre fois sur de la boue, après m’avoir mise en garde lorsque je m’étais vautrée, comme quoi tomber peut arriver à tout le monde n’est-ce pas capitaine… bon, la nana est devant nous avec un sac sur la tête et des tongs aux pieds, et elle avance plus vite que nous avec nos godasses de rando et nos sacs à dos, le capitaine allonge le pas en maugréant qu’on se traîne, il ne sera pas dit qu’une femme le battra à plates coutures, le capitaine a l’esprit de compétition dans le sang, on réussit à ne pas se faire distancer, heureusement pour mes abattis

arrivés au Pic d’Anton
on a bu un pot dans le bistrot le plus pittoresque qui soit

en arrivant chez Sandro le capitaine dit qu’on s’est traîné, à sa décharge il s’inclut dans le on, mais quand on marchait et que ça grimpait raide et que je m’arrêtais pour souffler un peu avec le cœur qui me battait à tout rompre dans les tympans, et bien qu’il m’ait auparavant octroyé le droit de marcher à mon rythme, j’ai eu droit à des réflexions sur le fait que je me trainais … alors que, après avoir passé le pic d’Anton, nous marchions sur la crête et avions doublé un groupe mené par un guide, avant de leur passer devant j’ai demandé à une dame s’ils allaient vite ou non, pour ne pas les gêner en me traînant, et la dame s’est exclamée qu’elle allait très lentement, donc je suis passée devant, et on les a proprement semés, j’en ai fait la réflexion au capitaine qui a haussé les épaules parce qu’on ne peut pas comparer ce qui n’est pas comparable … enfin bref, il explique à Sandro que nous nous sommes traînés, et là j’avance que nous avons mis 4 heures là où il est prévu de mettre 4 heures, et qu’ensuite on a encore fait plus de 2 heures en montée pour revenir à la pension

raide, très raide (le capitaine est déjà en haut)
la vue de tout en haut
des champs entiers de canne à sucre en fleurs, d’une beauté extraordinaire

donc Sandro, qui a bien écumé toutes les randos du coin, conclut tout comme moi que c’est ce qui est prévu, je crois que le capitaine aime exploser les compteurs … plus tôt dans la balade, on a vu passer une autre femme avec un sac sur la tête, qui déambulait paisiblement, le capitaine a dit qu’ici la notion du temps est différente, j’ai sauté sur l’occasion pour préciser que c’est très apprenant de le constater, il a aussitôt continué sur un oui mais … oh capitaine mon capitaine, comme je l’ai vu inscrit au Maroc sur un cadran solaire « passant prends le temps sinon il te prend » … ce n’est pas que je traîne mais je m’arrête pour regarder, sinon on ne fait que scruter là où on pose les pieds et puis quoi, alors on pourrait marcher n’importe où

maison typique
le dancing du village

Nous avons pris le ferry dans l’autre sens et avons rejoint le bateau, impression de rentrer à la maison après les vacances, on aère et on range les valises, je file prendre une douche chaude aux sanitaires, joie, je m’y suis habituée chez Sandro 

nous devons passer à la police portuaire pour les papiers de sortie du Cap Vert, et on est vendredi, on est arrivés trop tard avec le ferry, il faut attendre lundi matin, je suis bien contente car je vais mettre ce temps à profit pour travailler et me reposer, et puis nous lavons le bateau de fond en comble, moi dedans et le capitaine en tenue de plongée pour laver la coque (il en bave grave tellement ça bouge) et faisons des courses pour le ravitaillement de ces deux semaines prévues en mer pour rallier les Antilles … les prévisions météo sont unanimes : gros vent, 30/35 nœuds avec rafales à 40/45, grosse houle avec vagues de 4 mètres, les potes de nav’ qui étudient la chose de près prévoient de partir seulement le 2 ou le 3 décembre, le temps que ça se calme un peu, le capitaine veut partir le 28 novembre, ça veut dire quelques jours à se faire brasser, je ne suis pas chaude et dit au capitaine qu’on peut bien attendre un peu que diable …

c’en est au point que toute la marina danse, les bateaux et aussi les pontons, tellement la houle et le vent viennent jusqu’à nous …

ça danse ferme

dans la nuit du dimanche au lundi, juste avant notre départ prévu, une amarre claque seulement quelques heures après l’avoir mise, carrément sciée, j’entends le capitaine qui se lève et puis je ne l’entends plus, je ne sais pas combien de temps ça dure, s’il est parti au dancing ou à un rendez-vous galant, et puis il me réveille habillé de sa combi de plongée, il faut qu’il aille remettre une amarre à la bouée, on est amarré cul à quai et attaché à une bouée à  l’avant, tout le monde a mis des amarres dans tous les sens pour éviter de trop danser mais tout le monde danse et ça scie les amarres, il est 4 heures du matin et le capitaine est dans l’eau tandis que, accroupie sur le pont, je lui passe une autre amarre, et qu’ensuite il réorganise les autres, ce qui ne servira à rien car on continuera de danser mais le capitaine tente toujours tout ce qu’il est possible de faire

feu la grosse amarre toute neuve

une fois remonté à bord il m’explique qu’il a d’abord été voir le veilleur de nuit pour que celui-ci vienne en dinghy et l’emmène afin qu’il mette la nouvelle amarre depuis le dinghy, mais ni le veilleur de nuit ni le capitaine n’ont réussi à faire démarrer le fameux dinghy, du temps perdu …

4 heures du mat’

d’une part c’est fatigant de couper sa nuit de cette façon, de l’autre le vent continue à la même intensité tout comme la houle, alors nous retardons notre départ au lendemain mais décidons de repartir au mouillage parce que vraiment, à la marina c’est n’importe quoi, le bateau bouge et quand il arrive au bout d’une amarre ou d’une autre, ça fait comme en voiture quand on freine en pilant, au moins au mouillage le bateau sera libre d’aller et venir sans être retenu …

nous préparons notre départ et entendons des cris : un bateau veut partir mais le vent l’a poussé contre un autre bateau, tout le monde s’affaire pour repousser le bateau, personne n’y arrive, à chaque fois que le bateau s’écarte un peu, le vent le plaque à nouveau sur l’autre, j’espère secrètement que ça ne nous fera pas pareil, le capitaine regarde la scène d’un air consterné et fait des réflexions sur la façon de s’y prendre, je m’en garde bien

et puis pour en sortir c’est un dinghy de la marina qui vient tirer le bateau de là, je reste coite mais sens mon estomac me prévenir que d’évidence je suis sous stress, bon …

tirés d’affaire

à notre tour, le capitaine prépare les amarres de départ, celles que l’on met de manière à les récupérer facilement sur le bateau en partant, on en a 3 derrière et 3 devant, il m’explique comment on va faire sur l’avant, en 1 celle de bâbord qu’un gars de la marina en dinghy détachera de la bouée, puis en 2 celle de tribord, idem, on laissera la 3 ème jusqu’au dernier moment, le capitaine sera à la barre tout en enlevant les 3 amarres arrière aidé par un autre gars de la marina, puis il avancera au moteur et seulement à ce moment là je larguerai la dernière amarre quand le bateau avancera et que le capitaine me le criera … j’ai bien écouté et tout retenu, je fais de la respiration ventrale pour rester efficace en me prenant les rafales de vent de plein fouet comme tout le monde, on ressent une tension générale dès qu’un bateau manœuvre …

le moment venu, on fait comme on a dit, amarre 1 ok, amarre 2 ok, je jette un coup d’œil à l’arrière et ça largue les amarres comme prévu, le bateau avance, le capitaine me crie de larguer la dernière, je m’exécute et là paf ! le vent nous pousse contre le bateau à tribord, du monde jaillit des autres bateaux comme si l’info avait circulé à la vitesse de la lumière, avec des pare-battages dans les mains et moi je saute sur un des nôtres, le capitaine me crie à l’avant ! À l’avant ! ouais mais si je vais à l’avant sans pare-bat’ ça ne sert à rien, je finis par en décrocher un et file à l’avant pour le glisser entre les deux bateaux, sur l’autre bateau ils sont plusieurs à faire de même et à repousser Cap de Miol, un de nos safrans se prend dans une amarre, évidemment parce qu’il y a tellement d’amarres dans tous les sens pour essayer de retenir les bateaux qui dansent, ça dure longtemps parce que Cap de Miol est pris au piège, et soudain le capitaine met des gaz et le bateau avance sans que je comprenne par quel miracle, et on me crie de récupérer des bouts qui traînent dans l’eau, je galope et récupère une amarre sur le côté à bâbord que je me demande qui l’a mise là, et tant qu’à faire les amarres arrière qui flottent, plus tard le capitaine m’explique qu’il avait attaché une amarre sur le taquet du milieu à bâbord et l’avait lancée sur le bateau de l’autre côté pour faire tirer le bateau et l’écarter de celui dans lequel on tapait, une fois qu’ils ont réussi à l’écarter le capitaine a mis des gaz et les gars ont balancé l’amarre à l’eau, le capitaine se tire toujours d’affaire, il conclut « les manœuvres de port, c’est toujours délicat »

on sort du port, pfiouuuuu, et on va un peu plus loin pour mouiller l’ancre, on a dû s’y reprendre à 4 fois avec le vent et la houle qui nous empêchaient d’être précis dans la manœuvre et un bout mal placé qui retenait l’ancre … on est encore resté au mouillage les deux jours suivants car vu le vent prévu, le capitaine a mis des protections sur les barres de flèche pour que la voile ne s’abîme pas pendant la traversée, et il a réparé un winch quand on s’est rendu compte qu’il était naze, ça prend son temps, et ça m’a bien soulagée parce que je me suis dit qu’on partirait quand ça sera un peu plus calme, je crois que le capitaine a retardé le départ aussi un peu pour moi … 

c’est moi qui l’ai fait monter au septième ciel

et là ça y est, on part demain, le ciel était tout brumeux aujourd’hui, le capitaine m’a dit que c’est à cause de l’harmattan, un vent qui véhicule du sable du Sahara, et il n’aime pas parce que ça cochonne tout le bateau

je crois déjà que j’aurai des choses à vous raconter en arrivant en Martinique, si on nous laisse y entrer au vu du bordel ambiant à ce que j’ai entendu dire …

juste un truc

Un aluguer, c’est une sorte de taxi partagé qui part lorsqu’il est rempli. Mais on peut aussi le réserver comme un taxi

welcome to Sal

le mouillage de Palmeira

Or donc, nous voici à Sal, plus exactement à Palmeira sur la susdite île, je le précise tant le sud de Sal est réputé pour son tourisme et ses plages, ses séjours all inclusive et les hordes de touristes que cela draine, le capitaine et moi n’y poserons pas un orteil mais aurons des retours de potes de nav’ à ce sujet, qui nous conforteront d’ailleurs dans le fait de ne pas y avoir été … des potes de nav’, mais qui sont-ce ? Et bien comme le monde est monde et que les îles sont les mêmes pour tous, du moins leur emplacement géographique car à chacun une vision et un souvenir qui lui sont propres, d’où tant de préjugés quand on part avec les idées et histoires des autres, que disais-je, ah oui, les îles sont au même endroit pour tous, ainsi que les mouillages et les marinas, et nous avons tous les mêmes besoins de repos et de refaire de l’eau, ce qui fait que l’on retrouve les mêmes bateaux régulièrement, pas tous mais certains, et quand le drapeau français flotte, patriotiquement comme il se doit, sur un bateau que l’on reconnaît, on finit par taper la discute et sympathiser en général car le moins que l’on puisse dire c’est que nous avons des activités et des intérêts en commun et pouvons nous enrichir les uns les autres de nos expériences et conseils avisés (moi je ne donne aucun conseil, à la rigueur je pourrais expliquer comment se mettre du mascara sans en étaler partout quand le bateau roule, mais personne ne pense à me le demander)

on n’ira que sur les îles du Vent

Donc à Palmeira nous reconnaissons des bateaux qui étaient avec nous à la marina d’El Hierro, du moins le capitaine les reconnaît-il car moi je n’arrive pas à les différencier en général, hormis en cas de signe distinctif, un nom qui m’a interpellée (je cherche toujours le nom de mon bateau si j’en avais un qui n’était pas celui du capitaine), la couleur d’une coque ou d’un lazy bag, pour tout dire j’ai toujours choisi les voitures que je conduisais pour leur design mais ne me suis jamais posé la question de leurs performances, c’est comme ça que je me suis retrouvée avec une voiture neuve qui avançait comme une 4L en bout de course … le capitaine quand il voit un bateau, il donne de suite le modèle, la date de sortie et l’architecte qui l’a conçu, je ne sais pas à quoi ça peut servir, à gagner certains jeux télévisés confidentiels, à relancer la conversation dans une soirée mortelle, à me séduire contre toute attente ? ce qui est certain c’est que ça doit ressembler à ça un passionné …

Quand nous arrivons au mouillage, un gars du coin arrive en dinghy et nous indique la place où nous devons mouiller, nous dit d’attendre dans le bateau que la police portuaire nous appelle sur la VHF pour que l’on vienne faire nos papiers d’entrée et voir la médecin par rapport au covid, qu’en attendant on doit rester sur le bateau, puis s’en va. On range le bateau et on descend l’annexe, et le capitaine me dit qu’on va faire un tour, qu’est-ce à dire, que le capitaine m’entraîne à désobéir à l’autorité locale ? le capitaine ? ce capitaine ?! ce capitaine-là ? si rigoureux, si respectueux des lois, si pointilleux quant à la manière de faire les choses ?

Oui, lui

Bon

et hop un petit tour en annexe

Moi j’obéis au capitaine, ça lui plaît bien et ça sera mon excuse si on nous arrête et nous menace de nous enfermer dans une geôle, alors nous voilà zigzagant dans le mouillage pour aller dire bonjour aux copains des bateaux qu’il a reconnu, on se fait inviter à boire un coup sur un super catamaran que je visite, wouaaah, un véritable appartement flottant, une famille avec 3 enfants dont un de même pas 3 ans, je ne sais pas comment ils font, 3 gosses tout le temps sur le dos les pauvres, il nous est proposé une bière ou un verre de vin mais avec 6 jours de nav dans les pattes et une petite nuit, si on accepte on finit au dispensaire du coin (je doute qu’il y ait un hôpital) donc je découvre la bière sans alcool avec un goût de je-ne-sais-quoi pour donner un goût, je ne sais qui est payé pour inventer de telles boissons mais le fait est, et puis nous repartons, toujours avec nos têtes de navigateurs qui arrivent de la mer, petits-yeux-cheveux-sales-air-réjoui-d’être-arrivés-à-bon-port, et allons à terre, le capitaine cherche la police locale et compte bien avoir ses papiers dès aujourd’hui sans avoir à attendre comme un manant une convocation trop tardive à son goût, nous trouvons la police portuaire et le capitaine se fait proprement rembarrer sous mes yeux qui s’y attendaient, méprise t’on l’administration autochtone sans s’attendre à une telle réponse ? il faut retourner au bateau et attendre que l’autorité se manifeste, le capitaine n’en a cure et cherche un resto, de fait nous trouvons un bouiboui et mangeons royalement du poisson avec du riz et des légumes, nickel (j’ai quand-même dû renvoyer les poulpes que j’avais commandés en première intention car ils avaient une odeur à anéantir toutes les mouches alentour), puis faisons un tour dans le bled, quelques petits magasins tenus par des chinois, alors ça je ne m’y attendais mais vraiment pas, des maisons flambant neuves, d’autres délabrées, d’autres en construction, un dénuement qui émane de manière générale, et nous croisons des têtes connues (à savoir des navigateurs préalablement rencontrés mais pas des gens célèbres) et ça c’est vraiment marrant parce que ça me donne l’impression d’être chez moi, j’adore, je trouve ça grandiose d’avoir l’impression d’être chez soi au bout du monde

le bouiboui sympatoche comme tout

On retourne au bateau le soir venant, si la police portuaire nous a appelés nous n’y étions pas, mais toujours en passant près de bateaux amis nous apprenons qu’ils ont attendus toute la journée et que personne n’a pointé son nez, il faut attendre demain … (ils doivent l’avoir un peu mauvaise d’avoir respecté les consignes pendant que d’autres se tapaient la cloche sur le sol ferme grâce à un capitaine fort hardi)

Le lendemain matin, à peine le jour levé, un moteur de dinghy et une voix nous réveillent, il faut se manier pour aller rencontrer la médecin et la police portuaire, nous sautons dans l’annexe sans avoir pris de petit dèj, et nous retrouvons sur un quai en compagnie d’autres navigateurs, certains que nous connaissons déjà, d’autres non, mais avons tout le temps de faire connaissance car la médecin ne débarque que deux heures plus tard, heureusement qu’il y avait un coin d’ombre parce qu’au Cap Vert, on a beau être au mois de novembre, le soleil tape dur … la médecin, ou supposée telle car ce n’est pas son legging et son chemisier aux imprimés colorés et touffus qui affichent sa fonction, demande à voir nos papiers de vaccination contre le covid ou notre QR code sur nos portables, et les formalités plus sommaires que médicales en restent là après un versement de 5 € par bateau pour lui payer le taxi qui l’a amenée jusqu’à nous, si quelqu’un tique c’est en son for intérieur car les visages restent de marbre, il faut dire que personne n’a envie de s’éterniser en demandant des comptes, ensuite notre petite procession se retrouve dans le local de police portuaire au village pour présenter les papiers des bateaux et des équipages, nous croyons en avoir terminé mais non, il faut faire tamponner les passeports par un autre policier qui s’occupe de l’immigration et il n’est pas là, à chacun son rôle et les vaches seront bien gardées, personne ne sait dire quand il viendra, le gars du coin qui est venu nous réveiller ce matin nous demande 10 € pour ses services et promet de venir nous chercher quand celui de l’immigration arrivera (daignera arriver serait probablement plus adéquat), en attendant nous sommes sensés retourner attendre sur le bateau … nous faisons comme la veille, désormais adeptes de la mutinerie sauvage, et allons manger du poisson dans le même bouiboui qui a du free wifi … alors ça ! quand nous sommes arrivés sur l’île, j’ai juste allumé mon portable pour voir s’il y avait du réseau et au bout de quelques secondes j’ai reçu un sms de SFR qui me disait que j’en avais pour 40 € de dépassement de mon forfait, et 3 secondes après un autre sms pour me dire qu’ils me coupaient internet parce que j’avais atteint 60 € de dépassement, après j’ai compris, rien que le fait d’allumer mon portable avec les données à l’étranger activées j’ai des tas de notifications qui sont arrivées et ça m’a coûté une blinde, du coup je l’ai coupé, j’ai désactivé toutes les notifications des applications que j’ai gardées, très peu en fait car par prudence j’avais supprimé la plupart de mes applis en partant du Cap d’Agde, et je suis allée acheter une carte SIM du coin, c‘est clairement ce qu’il faut faire quand on voyage … 60 balles ! les hyènes !

les pêcheurs qui réparent leurs filets

Bon, nous sommes retournés au bateau après manger et dans l’après-midi, le gars à qui on avait filé 10 € est venu chercher le capitaine qui a pu faire tamponner nos passeports, 10 € ça fait en gros 1000 escudos qui est la monnaie locale,  le salaire moyen au Cap Vert c’est 130 € par mois, ce gars-là il a vraiment trouvé un bon plan …  

un bateau pirate dans le mouillage de Palmeira, c’est comme les Chinois, on en voit même là où on s’y attend le moins

on était samedi et on devait partir le lendemain car cette escale à Palmeira était juste destinée à faire les papiers obligatoires d’entrée au Cap Vert, mais qui disait partir le lendemain disait retourner au poste de police portuaire pour récupérer les papiers du bateau, respect des procédures, le policier nous ayant affirmé qu’il travaillait tout le temps même le dimanche … le dimanche, certes, mais tout le temps tu parles, nous avons passé la journée dans le bouiboui sur internet pour faire passer le temps, à faire des allers-retours au poste de police pour rien, sur le coup de 17 heures on se résignait à retourner au bateau en se disant qu’on reviendrait demain et là surprise ! le poste de police était ouvert et on a récupéré les papiers, le policier avait dû faire sa promenade digestive après le repas dominical et passer au bureau chercher je ne sais quoi, on a eu de la chance,  on pouvait vraiment aller dans toutes les îles du Cap Vert maintenant !

Alors on a levé l’ancre pour filer sur Sao Nicolau, avec une première impression du Cap Vert très positive, toutes les personnes rencontrées ont été souriantes, serviables, accueillantes … et pas pressées… les seuls qui réclament de l’argent sont les enfants qui promettent de garder les annexes pendant qu’on est en ville, mais qui, dès qu’on a passé le coin de la rue, retournent  jouer, sachant pertinemment que nos annexes ne risquent rien du tout 🙂

bye Sal

Les quelques explications qui peuvent être utiles :

Dinghy : le nom donné aux annexes ou aux petits bateaux à moteur – à la base c’est 1. Petite embarcation de course à voile ou à moteur. 2. Canot en caoutchouc embarqué à bord des avions, se gonflant instantanément en cas d’amerrissage forcé

Lazy bag : taud de grand voile

Lazy : filin en patte-d’oie entre la mâture et la bôme, permettant de ferler la grand-voile

autrement dit : le lazy bag c’est la toile en bas dans laquelle on range la grand-voile et le lazy ce sont les ficelles qui le tiennent

vers le Cap Vert

bye les Canaries, je vous garde dans mon cœur (on m’a fait la réflexion que mes photos n’étaient pas toujours droites avec la mer qui penche, mais c’est que ça bouge et que le bateau n’est jamais à plat, alors j’en prends 50 d’affilée mais ça s’évertue à bouger, sauf en de rares cas, vous me pardonnerez)

ça y est, c’est le jour J, le jour de notre départ de El Hierro, comme à chaque départ le capitaine est un peu sur les dents, il voudrait toujours qu’on parte plus tôt mais moi j’ai bien vu que tous ceux qui partent ne le font jamais avant 11h, le temps que le bateau soit prêt, ou alors ils partent carrément à 6 heures du mat’ au saut de couchette et la tête dans le seau (on l’a déjà fait, c’est dur, faut pas se mentir)

donc ce matin-là je ne coupe pas à son « pas qu’on parte à midi » un tantinet reprochard avec les sourcils froncés pour appuyer son dire, genre que c’est moi qui traîne les pieds, mais honnêtement, on part pour plusieurs jours de nav’ alors qu’est-ce que ça peut faire (et je pense qu’est-ce que ça peut foutre mais vraiment, très sincèrement qu’est-ce que ça peut FOUTRE) qu’on parte à 11h ou à midi ?! mais je la ferme, titiller le capitaine n’est jamais un bon plan

le temps qu’on range tout, que l’on prenne une bonne douche car on ne sait pas quand la prochaine sera tout bonnement possible, qu’on remplisse les réservoirs d’eau, passe un coup d’éponge dans tout le bateau et qu’on manœuvre pour partir … ah ! alors ! cette manœuvre !

imaginez : on a le vent de travers qui nous pousse sur le catway à bâbord, et on n’a rien sur tribord parce qu’on est en bout de quai (prenez votre temps pour lire sinon vous ne comprendrez rien malgré mes explications)

je suis à la barre, le capitaine me dit qu’il va falloir que je passe la marche arrière pour que le nez du bateau pivote vers tribord pendant qu’il tient fermement la dernière amarre par l’arrière (on a déjà enlevé les autres amarres), j’y vais doucement parce qu’il me dit toujours de ne pas y aller comme un âne mais de faire douces manettes, je le vois crier quelque chose, ça se voit bien à sa tête quand il crie, je demande :

  • quoiaaaaa ? (il est sous le vent qui emporte sa voix)
  • il crie de plus belle : mets des gass !! (il dit gass et pas gaz, ouuuuuh ça sent le gass quand je cuisine dans le bateau),
  • moi (voix de crécelle) : mais je suis déjà à 2000 tours !
  • mais VAS-Y ENVOIE DES GASS (rogntudjû) !!!

me voilà dans un beau pétrin, jusqu’où je dois pousser les gass ? mettre des gass, soit, mais combien (je me ronge mentalement les ongles)

il faut dire, pour compléter le tableau,  qu’il y a un tel vent que celui-ci rabat le bateau sur le catway, alors je mets des gaz un bon gros coup, quitte à faire rugir le moteur, le nez du bateau pivote vers la droite selon les prévisions du capitaine qui lâche l’amarre, « passe la marche avant ! » qu’il brame dans un cri d’écorché vif, je passe la marche avant, il saute sur la barre pour me l’arracher des mains, pas le temps de faire des politesses genre passez-moi-la-barre-chère-amie-mais-avec-plaisir-cher-ami, parce qu’on n’a quasiment pas de place pour manœuvrer et moi à la barre je risquerais de massacrer le bateau et le port tout entier, le capitaine vire sec, on est à 10 centimètres du ponton d’en face, il me demande ça passe ?

 … je réserve mon pronostic en regardant Cap de Miol s’approcher dangereusement du ponton, à part retenir ma respiration que peux-je faire, je la retiens comme si elle pouvait retenir le bateau, ça doit me faire un regard vide de tout parce qu’en cet instant je peux vous dire que je sais ce que c’est que faire le vide et attendre dans le vide, pas besoin de faire des plombes de méditation pour y arriver, et puis ça passe, si ça se trouve le coup de la respiration c’est bien, c’est passé crié-je à l’attention du capitaine qui le sait autant que moi maintenant, je vais encore mettre deux heures à faire redescendre ma tension …

bref, on sort du port à midi (qui c’est qu’avait raison) pendant que je galope pour ranger les pare-battages sur le bateau qui roule, on dirait bien qu’on est abonnés au vent qui buffe (autre expression chère au capitaine) et à la mer bien formée …

je ne sais pas si je reverrai un jour les Canaries, partir c’est mourir un peu …

les 3 jeunes gars du bateau d’à côté ont retardé leur départ car ils ont vu sur les prévisions qu’il y avait de la houle, ça a fait rire le capitaine, mais pas moi, j’ai trouvé les 3 jeunes gars bien avisés et le capitaine un peu léger sur ce coup-là … mais bon, nous voilà partis bon train, 25 nœuds quasi dans le dos, alors on tangonne le génois pour ma plus grande joie et le capitaine est content de me faire plaisir, on peut se détendre, et comme dirait le capitaine qui dit houle dit vent et qui dit vent dit on avance (il n’a jamais dit ça mais ça aurait tout à fait pu) 

Passent deux jours et deux nuits à alterner le spi quand il y a moins de vent et le génois tangonné quand ça souffle, ça bouge beaucoup avec cette grosse houle annoncée mais on avance vite et ça c’est cool, et comme en plein atlantique il n’y a pas beaucoup de bateaux, on peut dormir plus la nuit et ça aussi c’est cool … je suis partie avec une angoisse latente, à savoir vais-je être malade, la mer va t’elle secouer le bateau comme un barman agite un shaker d’embuscade (mélange de bière blonde, de calva, de vin blanc, de sirop de cassis et de sirop de citron, je n’ai jamais goûté et je doute que ça se secoue dans un shaker, mais vous avouerez que ça a l’air assez dingue et le nom m’a trop plu) … et bien non, rien de rien, bon appétit, bonne digestion, bon sommeil, pour être tout à fait honnête j’ai juste été uuuuun peu barbouillée quand je cuisinais, ce qui veut dire que je cuisinais, ballotée de droite et de gauche, parfois violemment, j’ai d’ailleurs quelques bleus sur les hanches de me taper un peu partout, mais bref, ce coup-ci je crois que je suis habituée au mieux à la vie sur l’océan, en même temps on n’a pas encore eu de vrai gros temps, ne crions pas victoire trop tôt, mais bon ça s’améliore tout ça !

jour 2, sous génois tangonné, le vent commence à faire des siennes, ça monte, ça descend, ça change, ça adonne, ça refuse, le capitaine est à la table à cartes et moi dans le cockpit, je lui annonce la couleur, et soudain je l’interpelle interloquée, presque paniquée, le vent souffle à 17 nœuds et le bateau est presque arrêté, on avance même plus à 2 nœuds, je me dis que le pilote est foutu, qu’il raconte n’imp’ et qu’on va devoir se taper la barre jusqu’à l’arrivée, ou qu’une pieuvre géante a chopé la quille (papa me laissait regarder des vieux films d’horreur japonais à a télé quand j’étais petite, quelle idée), le capitaine me dit bin ouais, regarde ton génois, et de fait le génois est gonflé à l’envers, le vent a tellement tourné qu’il gonfle le génois dans le mauvais sens et que ça arrête presque le bateau, comme si on se mettait à la cape, il faut remettre le génois du même côté que la grand-voile, ça veut dire enlever le tangon et tout le reste, hop à la manœuvre, ça occupe 

plus de 30 nœuds de vent au portant, on avance à plus de 10 nœuds, le capitaine est content

jour 3, le capitaine me dit qu’on va mettre le grand spi parce que le vent a diminué et que notre moyenne baisse, le premier jour on a poussé des pointes à plus de 11 nœuds s’il vous plaît ! Je plaide ma cause et lui demande de prendre d’abord un petit déjeuner, je ne suis bonne à rien le ventre vide (et pas toujours mieux le ventre plein), le capitaine abonde dans mon sens, c’est certain qu’avec un peu de fatigue je le manipule plus facilement, du moins j’arrive à lui faire entendre certaines choses parce que l’animal n’est pas facilement manipulable, à mon grand dam, on mange et hop on hisse le spi, ça prend bien une heure parce qu’il faut faire plein de choses pour le hisser et que je ne brasse pas assez vite à entendre le capitaine qui me laisse mouliner les winchs histoire de me remplumer les biceps si vous suivez tout ce que je vous raconte 

le capitaine vient de finir d’envoyer le spi, ça claque hein ?

une fois la chose faite, le capitaine va se reposer et moi je garde l’œil, le vent n’arrête pas d’adonner ou de refuser, je lofe et j’abats sans cesse, le spi claque au vent sous l’effet de la houle et des vagues et le bateau avance, certes plus vite, mais en zigzag, et ça j’aime pas, ça fait désordre et c’est ça qui me ficherait presque le mal de mer … je suis bien contente quand la tête du capitaine réapparaît, je lui refile le bébé en lui expliquant comment ça se passe et je vais préparer à manger …

on en est à manger à peu près tranquillement dans le cockpit quand j’entends un grand claquement, bon, et puis je vois passer le spi derrière la tête du capitaine, je me dis tiens qu’est-ce que le spi fabrique là ? c’est un peu comme si en roulant en voiture vous voyez un de vos pneus vous doubler sur la route, je n’ai pas le temps de finir de penser que le capitaine s’est débarrassé de son bol (un bon avocat avec citron vert et sel, c’est notable parce que combien de fois les avocats sont au moins à moitié pourris, et ça n’est pas donné un avocat, ça me fait peine quand je balance 3 ou 4 euros d’avocats à la poubelle, aussi ça me rappelle ma tante qui disait « j’étais pas dedans » quand mes cousins  lui faisaient une réflexion acerbe sur le goût d’une pomme ou d’une pomme de terre ou de tout autre végétable d’ailleurs) et jure « le spi chalute ! », mon sang ne fait qu’un tour, j’ai entendu les pires histoires sur le chalutage des spis, genre que le spi s’est rempli d’eau et que le poids a fait couler le navire, ce spi fait 165 mètres carrés, la taille d’un grand appartement ou d’une maison, alors quand il tombe à l’eau ça peut faire un paquet de flotte qui va dedans, bordel on va pas couler tout de même ?!

on constate que la drisse de spi a pété, du coup le haut du spi a lâché et le spi flotte au vent le long du bateau avec sa chaussette et les bouts (= les ficelles) qui vont avec, toujours tenu par le bras et l’écoute en bas, à tribord si vous voulez tout bien imaginer … le capitaine a regretté que je n’aie pas pris de photos, mais dans l’urgence mon esprit (qui est encore sain) se soucie d’autre chose que de filmer la scène, même si j’avoue que j’aurais drôlement aimé avoir un souvenir … bon, on commence à essayer de récupérer le spi qui vole en partie, l’autre partie étant déjà dans l’eau avec la chaussette, et le bas du spi toujours attaché au bateau par le bras et l’écoute, le capitaine a réussi à attraper les ficelles de la chaussette alors on se met à tirer dessus, mais voilà que le vent s’engouffre dans le spi et le gonfle d’un coup, nous arrachant les ficelles des mains, le capitaine rage qu’il n’aurait pas fallu lâcher, je pense en douce que je ne vais pas m’estropier les mains pour un spi tout de même, et au couteau dans le cockpit fait pour couper un cordage au besoin, je me dis qu’on a qu’à tout couper et puis voilà, cependant j’ai noté que je suis adepte de solutions radicales mais pas toujours appropriées, aussi me contiens-je mais donne mon avis sommaire au capitaine : on n’y arrivera jamais !!! il ouvre les bras (pas pour que je m’y jette, j’ai bien compris) et lance 

  • alors laisse filer le bras !
  • je répète pour être sûre : je laisse filer le bras ?
  • oui !
  • complètement ? (faudrait pas que je fasse une bêtise, je fais toujours répéter le capitaine, je sais que ça lui fait penser que je ne suis pas dégourdie mais moi je sais aussi que c’est la communication adéquate pour ne pas se planter, et dieu sait que je me plante assez malgré tout)
  • mais OUIIIII ! (il a levé les yeux au ciel, j’ai bien vu)

je défais le nœud de 8 et laisse filer le bras, le spi n’est plus retenu que par l’écoute et traîne dans l’eau tout le long du bateau, et même loin derrière, tiré par le poids de la chaussette, je saute sur la jupe arrière et essaie de l’attraper, le capitaine m’engueule, remonte c’est pas prudent ! je remonte et on regarde tous les deux le spi traîner comme un animal mort, une espèce de baleine dégonflée, s’alourdir d’eau, il a l’air de gémir, de mourir sous nos yeux … que faire …

le capitaine décide d’arrêter le bateau et manœuvre pour se retrouver à la cape, on enfile gilets de sauvetage et harnais pour s’attacher au bateau et on descend sur la jupe pour ramener le spi, on tire de toutes nos forces en ahanant, cette fois on est bien content d’avoir de la houle car chaque vague qui vient vers nous nous aide en soulageant le poids du spi et de la chaussette, on tire comme des beaux diables, avec la trouille que le vent s’engouffre et remporte le spi dans l’eau, ou bien que le poids de l’eau l’entraîne et nous avec, le pompon, on est trempés comme deux soupes mais on tire, aspergés d’eau à chaque vague, on tire, mètre après mètre, et moins il y a de spi dans l’eau plus c’est facile à le ramener, alors ça nous encourage, et puis à force de tirer on y arrive, le spi et la chaussette sont entiers sur la jupe, je ramène le bras du spi qui ondule encore dans l’eau comme un serpent, on ne dit rien, on reprend notre souffle, je pense que c’est chouette que l’eau soit à 25 et que ça soit arrivé de jour, je m’effare intérieurement en imaginant la scène de nuit dans une eau à 15 degrés, on attend une ou deux minutes, muets, vidés, les yeux rivés sur le spi, et puis on se regarde et on se met à rire comme deux veaux, je n’ai jamais vu rire un veau mais je peux vous dire que si ça rit c’est comme ça,   … il est plus de 15h, on finit de déjeuner en séchant sur pied, on range tout ça, la journée est passée, il fait nuit vers 19 heures 

le spi récupéré trempé, la chaussette et ses bouts

jour 4, on met le spi léger avec la drisse de gennaker, je me demandais si le capitaine y penserait, mais bon, si moi j’y pense vous imaginez bien que le capitaine aussi

Poissons volants explosés dans le cockpit, les pauvres, ça a mis des écailles partout, c’est dire à quelle vitesse ils se sont explosés (et qui c’est qui ramasse les écailles ? … personne 🙂 )

trace du crash d’un poisson volant

matin gris et frais, du vent, le capitaine prend une douche sur la jupe avec le harnais, tout juste s’il n’a pas les lèvres bleues, il m’encourage à l’imiter, je l’envoie balader et chauffe de l’eau dans une casserole, me lave au gant de toilette comme le faisait ma grand-mère à la ferme et moi de même, le capitaine est sur la réserve, on ne sait pas combien de temps va durer la bouteille de gass et il préfère pouvoir cuire des nouilles que de me voir me laver à l’eau tiède, fût-ce dans un bol, je l’ignore royalement

un voilier passe tout près de nous, jusque là on était tout seuls, on échange sur la VHF, je suis quasi hystérique, ici Cap de Miol à vous Irène 4, où vous allez over, c’est marrant de parler à la VHF, quand j’ai passé mon CRR (Certificat Restreint de Radiotéléphonie) je n’ai appris que de la théorie et n’ai pas touché une seule VHF, autant dire que je n’ai rien appris 😀

du coup j’ai regardé plus tard sur internet combien de bateaux traversent l’Atlantique chaque année, l’estimation de 2015 c’est 1200, quand on sait que l’Atlantique fait 6.88 milliards de mètres carrés, on voit qu’il y a peu de chances qu’on se salue de si près

un ami !

le soir on affale le spi par prudence, la drisse de gennaker a bien vécu et on n’a pas envie de remettre ça, on remet le génois tangonné, je loue la sagesse du capitaine, on passe la nuit peinardos

jour 5, pétole, mer calme, soleil et ciel bleu comme c’est bon, un banc de dauphins vient nager et sauter le long du bateau, je galope à la poupe pour les admirer en m’exclamant que c’est comme dans les films qui passent à la télé 

le capitaine se baigne accroché à l’échelle de la jupe et m’exhorte à faire de même, cette fois je n’y coupe pas, je reste longtemps accroupie sur l’échelle à lui expliquer que ça tire trop fort et que si je m’allonge dans l’eau je vais tout lâcher, penché au-dessus de la jupe il me rétorque que si je vais à l’eau il viendra me chercher et il commence à hausser le ton, je vois bien que je l’énerve quand je suis timorée, alors je m’allonge sur l’eau, c’est vrai qu’elle est vachement bonne mais que ça m’agrandit  les bras de me faire tirer par le bateau, on avance à presque 5 nœuds, je dois m’agripper de toutes mes forces (ou presque) pour remonter sur le bateau, soulagée, et puis je prends ma douche sur la jupe, première fois que je prends une douche sur la jupe en plein atlantique, je l’ai toujours fait au mouillage jusqu’ici, en nav’ c’était gant de toilette tranquillou dans le cabinet de toilette 

faut pas lâcher l’échelle (la photo a été prise une autre fois, quand le capitaine était de bon poil hahaha, mais je vous la mets pour que vous voyez à quoi ça ressemble)

on met le spi léger pour avancer, et puis quand le vent passe à 20 nœuds on l’affale et on remet le génois, et puis quand le vent retombe on hisse le spi qui avait chaluté pour le sécher, tout ça fait que la nuit arrive et qu’on n’a pas vu passer le jour 5, on mange je ne sais plus quoi, le capitaine décide de laisser le spi cette nuit sinon on n’avancera pas, alors on se relaie pour surveiller le spi comme du lait sur le feu (on a peur que la drisse de gennaker pète), et voir s’il y a des bateaux à l’approche de l’île de Sal qui ne devrait plus tarder sous spi, je fais le premier quart et réveille le capitaine à minuit et demie en lui disant qu’il faudrait bien qu’on empanne pour retrouver le bon cap (on s’est un peu écartés de la route pour avancer sous spi) , il me dit qu’on le fera plus tard et à 2 heures et demie il vient me chercher pour empanner, aaaaah les manœuvres de nuit avec la tête dans le cul ! avec les gilets de sauvetage et les flash-light ! avec les lampes frontales et le projecteur de pont ! avec les ciels étoilés pour se dire que même si on dormi seulement 2 heures c’est drôlement joli et que ça vaut le coup d’empanner nuitamment !

nuit sous spi
la lune nous éclaire et on voit bien la grosse étoile

on affale le spi, on empanne, puis génois tangonné, c’est au tour du capitaine de se reposer, je mange une barre de céréales au chocolat (😋) et je me rends compte que je n’ai plus peur quand on manœuvre, je suis attentive à ne pas me blesser, encore que je m’explose régulièrement la tronche dans le portique de taud parce que j’obéis trop vite au capitaine sans réfléchir, dites donc faudrait pas qu’il s’en rende compte et m’ordonne des trucs bizarres pour voir si j’obéis à n’importe quoi 😵‍💫 

jour 6 : terre ! crie le capitaine sur une voix de dessin animé pour me faire rire (ça marche trop, je me bidonne), on arrive au mouillage de Palmeira sur l’île de Sal, Cabo Verde, d’emblée on voit que c’est un autre monde … j’en ai entendu des vertes et des pas mûres sur le Cap Vert, mais je sais aussi que la nature humaine a tendance à colporter toutes les histoires qui font peur, je me dis qu’on verra bien et je que justement je suis là pour voir

arrivée sur l’île de Sal

Pour tout comprendre (il y a des choses que j’ai déjà expliquées mais j’ai pitié de ceux qui sont comme moi et ont besoin qu’on leur répète certaines choses)(le capitaine me dit d’un ton pointu « je te l’ai déjà dit ! »)

  • On dit que le vent adonne quand le vent, dont la direction évolue, s’écarte de l’axe du bateau lui donnant une marche favorable – en fait c’est favorable quand le vent vient de devant, mais défavorable quand on est au portant (ça c’est le capitaine qui me l’a appris et pas les livres)
  • Le vent refuse, contraire d’adonner, lorsque son changement de direction oblige un voilier au prés serré (vent qui vient sur l’avant) à s’écarter d’un point situé au vent
  • Lofer c’est manœuvrer le navire de manière à rapprocher le voilier de l’axe du vent
  • Abattre c’est le contraire, on manœuvre pour éloigner le bateau de l’axe du vent
  • Mettre le voilier à la cape consiste à immobiliser son voilier, à le stabiliser, à le laisser dériver. C’est une manœuvre simple de sécurité. Une fois son voilier à la cape, celui-ci a un comportement très doux, reposant pour l’équipage.

Le bras du spi et l’écoute du spi

  • 2 écoutes (en rouge et vert). Une s’appelle bras (en vert) il s’agit de l’écoute qui va vers le tangon, l’autre (en rouge) s’appelle simplement écoute.
  • 1 drisse, en orange, qui hisse le spi (c’est ce qui a pété à cause du ragage, c’est à dire de l’usure due aux frottements, au claquement à cause du vent, des vagues etc …)
  • La chaussette à spi, permet d’envoyer et d’affaler le spi. C’est un fourreau en tissu équipé d’un bol ovale pour faire glisser la voile dedans. Quand le vent se prend dans la voile, elle se gonfle en entraînant la chaussette vers le haut.

ci contre j’ai trouvé une photo où on voit bien le spi dans sa chaussette avant de l’envoyer (le capitaine ne ressemble pas du tout au monsieur de la photo, qui est sûrement très gentil mais vraiment moins beau que le capitaine)

  • rogntudjû : les fans de BD auront reconnu le juron de Prunelle dans Gaston Lagaffe

Du vert après le bleu

El Teide, stratovolcan (hé oui) de l’île de Ténérife, qui culmine à 3715 mètres (la photo est de moi, en rando)

Tenerife, donc, beaucoup de monde dans la marina, et pour cause, il suffit de remonter le ponton ou quasi et on est … en ville ! pas besoin d’annexe à mettre à l’eau, un resto à portée de main si envie, un supermarché pour les courses pas loin si besoin, soit le luxe dans toute sa splendeur, avec ses à-côtés obligés, pollution, bruit, agitation, qui font du bien quelque part je dois dire parce que civilisation, têtes humaines, sol ferme … et du vert, et des arbres !

On est amarré sur une pendille, ce qui fait qu’on est côte à côte avec les autres bateaux, l’intimité n’est même plus le début d’une idée, le capitaine sort des bâches et les installe, le cockpit devient une véritable tente et on se croirait en camping, surtout quand il ferme les fermetures éclair, pour moi c’est le vrai souvenir du camping ce bruit

on dort
les uns contre les autres

Je rencontre Michel, un Français (ouf parce que je suis très limitée au niveau des langues, ne parlant ni Espagnol ni Portugais, non que l’on parle Portugais aux Canaries, mais c’était le cas à Madère et ça le sera au Cap Vert, et quand je dis limitée je me vante) qui a dirigé une distillerie d’Huiles Essentielles, cependant il n’a pas travaillé dans les plantes médicinales mais dans les Huiles rares pour les parfumeurs car, m’a-t-il dit, ceux qui travaillent les plantes médicinales ne s’enquièrent pas de la qualité des odeurs alors que pour les parfumeurs c’est leur dada, que distiller de la lavande tout le monde sait le faire (moi pas), lui il a par exemple distillé la graine de carotte, qui l’eût cru qu’elle était recherchée par les parfumeurs (pas moi non plus), et pour la petite histoire il a aussi distillé le persil et se faisait rafler toute sa production par des américains qui en mettaient dans des gélules contre la mauvaise haleine, le persil est réputé pour ça – au passage je vous indique que les problèmes de mauvais haleine peuvent venir de différents déséquilibres énergétique que la Médecine Traditionnelle Chinoise traite parfaitement, car masquer une odeur par de l’H.E. de persil est une chose, mais traiter le fond pour que l’odeur ne revienne pas en est une autre

Bref

Nous partons en randonnée Michel, le capitaine et moi, à la découverte de Tenerife et un peu de sa végétation (1 400 espèces de plantes supérieures parmi lesquelles se trouvent de nombreuses espèces endémiques des îles Canaries (200) et de Tenerife (140)), quand il y a de la végétation : les Canaries sont des îles volcaniques et l’on passe de paysages désertiques à une végétation luxuriante et subtropicale, la végétation change de manière radicale en seulement quelques centaines de mètres car les différences d’altitude génèrent des microclimats (concrètement tu mets ton pull, tu enlèves ton pull, tu remets ton pull …)

nous sommes montés haut pour dépasser la mer de nuages
dommage que je ne puiss pas vous mettre l’odeur
une petite chapelle

Nous passons par le parc National du Teide, dans une installation dédiée au sauvetage génétique des plantes, et continuons notre chemin qui grimpe de plus en plus jusqu’à passer au-dessus de la mer de nuages, au loin nous voyons le nuage de cendres du volcan de l’île de La Palma

au loin, le nuage de cendres du volcan la Cumbre Vieja

Le surlendemain, histoire de reposer nos mollets, autre randonnée dans le parc rural d’Anaga, nous passons près d’un … monastère tibétain ! incroyable !

Sans vouloir vous saouler, voici un peu, à peine ! de cette végétation et de ses propriétés

Le pin des Canaries, principale espèce forestière des Canaries qui a une faculté extraordinaire de résister ou de se régénérer après un incendie grâce à son écorce épaisse, ses rejets et ses cônes, il fait partie des rares espèces de pins résistant au feu. Cet arbre est monoïque, mâles et les femelles séparés sur la même plante (c’est pratique mais il faut bien s’entendre). Aux Canaries, il est d’une importance capitale car l’eau des brouillards nuageux de son habitat ruisselle sur ses feuilles et fournit l’eau d’irrigation.

Jadis on faisait des boiseries avec le cœur de ces pins, maintenant ces pins sont protégés et on ne peut plus les abattre, on voit de ces boiseries notamment à La Laguna

Ah ! le Ficus Microcarpa, arbre de l’intendance ou laurier d’Inde, c’est le banian chinois, en ce moment mon arbre préféré de tous les arbres que j’ai rencontrés tellement il est magnifique et fait une ombre sans pareille. Les premiers banians chinois plantés aux îles Canaries sont revenus avec les immigrants espagnols en Amérique à leur retour de Cuba. Ils sont cultivés comme plante ornementale ou pour fournir de l’ombre dans les parcs et les places des villes. Il est très utilisé comme plante d’intérieur car on peut facilement le nanifier et lui donner des formes tarabiscotées, c’est un bonsaï facile à former  

Au niveau médicinal, il a des vertus tonifiantes selon la médecine asiatique traditionnelle, c’est un très bon antioxydant selon les données occidentales. Il peut traiter des maladies telles que l’hypercholestérolémie, les troubles cognitifs, les problèmes cardiovasculaires, les maladies neurovégétatives ou encore le diabète, mais cela reste une plante qui possède une sève toxique et il ne faut absolument pas jouer à l’apprenti sorcier mais voir avec des pharmaciens ou des laboratoires qui ont préparé cette plante (ceci étant valable pour toutes les plantes d’ailleurs) (j’ai eu une patiente qui s’est dévasté le tube digestif à force d’avaler des Huiles Essentielles bonnes pour la santé)

Bon à savoir, cette plante capte les toxines de l’air et donc purifie l’air, d’où son intérêt en plante d’intérieur, sous couvert d’entretenir ses feuilles tout au long de l’année.

Et vu aussi en rando (qu’est-ce que c’est formidable de découvrir les plantes in situ)  l’Artemisia Thuscula, soit l’Encens des Canaries, j’en ai cueilli et séché, à noter que la photo de la plante séchée est prise sur un des sets de table du bateau, set qui avait éveillé les soupçons du capitaine parce que je les avais moi-même achetés, mais comme moi-même n’étions pas suffisamment éveillée aux impératifs de la navigation, ils ne pouvaient qu’avoir été mal choisis, normal quoi (et puis finalement ils conviennent parfaitement, de l’aveu même du capitaine)

Les espèces d’Artemisia (près de 250 dans le monde, d’autres disent 400) m’intéressent particulièrement car on en utilise en Médecine Traditionnelle Chinoise, la plus connue étant sans conteste Qing Hao, à savoir l’Artemisiae Annuae, l’armoise annuelle, qui a fait couler beaucoup d’encre avec sa capacité de traiter le paludisme et sa supposée capacité qui en a découlé de soigner le coronavirus … je ne rappellerai jamais assez qu’en Médecine Traditionnelle Chinoise on traite une personne et pas une maladie, et que si une plante peut traiter des personnes pour une maladie, elle peut être inutile voire néfaste pour d’autres.  Enfin quoi, voilà pourquoi ça m’épate de fouiner parmi les armoises.

Pour en revenir à cette armoise Thuscula, elle est décrite par Viera dans son dictionnaire sous le nom d’Artemisia Absinthium qui sont appelés mol sur l’ile d’El Hierro et encens verts sur celle de Ténérife. C’est une plante stomacale, fébrifuge, vermifuge, diurétique et … emménagogue, c’est à dire qui provoque ou régularise le cycle menstruel, ouiiiiii, nous y voilà !!!

Je termine ce petit tour avec les genévriers, particulièrement le Genévrier de Phénicie (Genévrier de Lycie ou Genévrier rouge) qui est le symbole végétal de El Hierro, autre île des Canaries, par laquelle nous finirons notre périple Canarien.

C’est une plante médicinale qui a des propriétés diurétiques, qui est utilisée pour certains problèmes urinaires, pour lutter contre la toux et qui a des propriétés antirhumatismales, carminatives, antiseptiques, antifongiques et antioxydantes. En Médecine Traditionnelle Chinoise on utilise les baies de Genévrier commun Juniperus Communus pour ses mêmes propriétés et les bourgeons qui sont un régénérateur hépatocellulaire, un détoxifiant et  un protecteur rénal.

sans Michel, je n’aurais jamais su quel était cet arbre

Et j’avais envie de vous raconter cette anecdote : le véritable symbole d’El Hierro, c’est le genévrier appelé La Sabina, c’est un très ancien genévrier de Phénicie dont le vent a façonné le tronc et la couronne de feuillage. La conservation de La Sabina a été mise en péril par des touristes anglais attirés par la photographie de cet arbre caractéristique sur la pochette d’un disque de Brian May, le guitariste du groupe pop Queen mondialement connu depuis les années 70

Ce disque de Brian May, sorti en 1998, s’appelle « Another World »

Sa chanson-titre homonyme (dont il a écrit les paroles très simples alors qu’il passait un moment personnel difficile) est dédiée à El Hierro. L’île est présentée telle une alternative au monde actuel et il y a avec un autre paysage insulaire, celui de la Roque de la Bonanza, sur le verso de la pochette.

Et tenez-vous bien, en dînant dans un restaurant avec Michel, il a commandé un poisson que j’ai tout de suite reconnu même cuit : le poisson qui nous a mordu le capitaine et moi à Selvagem Grande avec son œil jaune (si ce n’était lui c’était son frère), c’est un poisson baliste qui est réputé pour son agressivité et qui mord les baigneurs, j’aurai eu le fin mot de l’histoire !

vous avez vu ses dents ?!

J’ai aussi fait un tour dans une herboristerie médicinale au marché, quel plaisir et quel bonheur de vivre dans un pays où l’herboristerie est autorisée ( légalement, le métier d’herboriste n’existe pas en France. Supprimé en 1941 par Pétain, il a été gommé du paysage médical français. Avant cette date, ils étaient environ 4500 selon l’Association pour le renouveau de l’herboristerie)

Après Ténérife nous avons filé à La Gomera, mouillage à Valle Gran Rey devant une falaise immense qui a fait sa réputation en s’écroulant en partie le 14 novembre 2020 (à un an près on y était !) . Il a été précisé à l’époque par Ángel Víctor Torres, le chef du gouvernement des Canaries, que le site était « dangereux et interdit d’accès » car la présence de fissures pourrait provoquer un nouvel effondrement… nous quand on y était il y avait du monde et aucune précaution prise, je me suis demandée ce qu’on pourrait faire si un autre pan s’effondrait en déclenchant une énorme vague, avec notre ancre bien ancrée (c’est le but), le bateau ne serait pas soulevé sur la vague, je crois bien qu’on aurait été mal … mais ce que je retiendrai de La Gomera, c’est son accès au quai, on a dû amarrer l’annexe à un quai haut de plusieurs mètres et monter sur une échelle verticale pour sortir de là, impressionnant !

quelle falaise ! vous voyez que je ne vous raconte pas de calembredaine !

Et puis autre randonnée, autre dénivelé de plus de 500 mètres en une heure et demie (le capitaine va finir par me crever), on a juste croisé 3 personnes dont un couple anglais qui nous a assuré que c’était very, very, very difficult, mais le capitaine vous dira que ça l’est peut-être pour les autres mais pas pour nous (et moi je pense pas pour LUI !)

On se lève le matin du départ, le bateau est plein de cendres du volcan de La Palma, le capitaine peste et lave le bateau à grands coups de seaux d’eau de mer

En octobre, les concurrents de la Mini Transat Euro Chef 2021 qui sont allés à La Palma au terme de la première étape de cette transatlantique en solitaire, ont eu, eux, leurs bateaux vraiment recouverts de cendres !

Cap de Miol plein de cendres
mais comparé à ça, c’était rien … alors là le capitaine aurait explosé

Et avant de rejoindre les îles du Cap Vert, ce qui nous prendra plusieurs jours de navigation, nous avons passé 3 jours à El Hierro, dans la marina, pour dormir comme il faut parce que les mouillages c’est toujours plus ou moins instable et qu’on dort toujours plus ou moins bien, faire le plein d’eau en plus de celui de sommeil, et aussi pour que le capitaine carène le bateau et le passe à l’eau douce pour finir de le nettoyer des cendres du volcan

Pour caréner le bateau, le capitaine a enfilé sa combi et son barda de plongeur et il a passé un heure sous la coque pour la passer à l’éponge, ensuite il a fallu trouver un magasin de plongée pour remplir la bouteille d’air comprimé que le capitaine avait vidée parce qu’il avait la flemme (il dit « la cagne ») de sortir tout le matériel entassé dans le gros coffre arrière pour trouver le compresseur enfoui au fin fond du coffre, alors on a été jusqu’à la ville de la Restinga, qui est blindée de clubs de plongée parce qu’il parait que le site de plongée situé là est le plus beau des Canaries. On s’est fait jeter des clubs un par un, en nous disant qu’ils ne remplissaient que les bouteilles de leur club, et puis on a tenté encore notre chance parce que j’ai vu un autocollant de fédération française de plongée sur une porte, et bingo, on est tombé sur un Belge qui a rempli la bouteille du capitaine pour 5 € et le capitaine m’a offert un tee-shirt avec une pieuvre et une raie dessus, pour que le gars du club ne se soit pas dérangé juste pour 5 € (on avait dû appeler sur son portable pour le faire venir), alors c’est certain que l’intention n’est pas la même que pour me faire plaisir, en même temps, en dehors de cette circonstance, j’aurais été bien médusée de me voir offrir ce tee-shirt de pieuvre … de l’art de la séduction … (je le mettrai pour me porter chance en navigant)

Sur la route on s’est arrêté pour voir cette improbable œuvre d’art de Rubén Armiche, faite avec des trucs de récupération … bon …

Et puis il fallait bien partir des Canaries, il y a des gens qui ont l’idée de partir faire le tour du monde à la voile et qui s’arrêtent là pour toujours, je peux comprendre … mais nous on a décidé de continuer alors on va continuer 🙂

en pleine chasse aux herbes

La réponse à vos questions !

  • c’est quoi s’amarrer sur pendille ? C’est un système d’amarrage avec une forte chaîne mère qui court sur le fond, parallèlement au quai. Les pendilles sont des chaînes de mouillage qui se détachent à intervalles réguliers de cette chaîne mère. L’extrémité libre des pendilles se prolonge d’une amarre, reliée au quai, permettant leur récupération. La règle veut qu’avec la présence d’une pendille on s’amarre « cul à quai ». Il faut alors passer un bout de la pendille dans un maillon de la chaîne pour l’amarrer sur un taquet, à l’avant du bateau (faut pas se louper)

  • Caréner son bateau consiste à nettoyer la coque du bateau et passer une ou plusieurs couches d’antifouling qui sert à repousser les coquillages et les algues qui adhèrent au bateau et le ralentissent (nous on a passé l’antifouling avant de partir donc cette fois le capitaine a juste nettoyé la coque)

Sur notre route …

… se trouve Fuerteventura et je vous le demande : que feriez-vous à notre place ? hésiteriez-vous ? évidemment que non, vous savez très bien que vous ne voudriez pas louper l’occasion, la seule, l’unique de votre vie, de découvrir Fuerteventura, rien que son nom m’intrigue, c’est comme les noms de rues espagnoles, ça claque, ça fait grandiose, ça roule les r avec noblesse sur un air de tango (pfff qu’est-ce que je suis cliché) (n’empêche que ça me fait tout à fait ça), on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus … alors justement, en savoir plus c’est déjà savoir que Fuerteventura ne veut pas dire vent fort, ce qui serait tout à fait plausible, mais forte aventure, et si ça, ça ne vous donne pas envie, je m’appelle Albert

En chemin on s’arrête pour se baigner à l’île Lobos juste en face, l’eau est transparente et bleue comme sur les photos polarisées des magazines, je ne me suis encore jamais baignée dans une eau aussi pure de magazine, je peux vous dire que ça vaut son pesant d’or, on voit Fuerteventura en face, le vent soulève le sable de l’île qui envahit et trouble l’air, vision de désert, sublime, on repart et on arrive en fin d’après-midi à Puerto Del Rosario  … alors, quand j’ai dit au capitaine la différence entre un port de plaisance et une marina (déjà il le savait) il m’a précisé, tel un dictionnaire sur pattes, que dans une marina il y a des appartements pour les plaisanciers et que ça n’a rien à voir avec des douches ou pas de douches, mais que de toutes façons c’est pareil, qu’en France on dit port de plaisance et à l’étranger marina que ça soit avec ou sans appartements ou douches ou que sais-je … mais voyez où je veux en venir : à Porto Del Rosario on est amarré à un ponton, bon, comme dans une marina, soit, mais pas de douches ni de sanitaires … et bien pour moi ça fait toute la différence entre un port de plaisance (pas si plaisant que ça du coup) et une marina, et puis c’est tout, il faudrait bien revoir les définitions de tout ça pour tout mettre au clair une bonne fois pour toutes, à bon entendeur !

néanmoins (néanmoins de rien, c’est pour faire une liaison de journaliste en panne d’inspiration, ça me fait toujours délirer) on loue une voiture pour visiter Fuerteventura, il faudrait rester au moins deux semaines pour la découvrir mais on n’a pas le temps de rester si longtemps… on passe à Betancuria et à son musée d’art sacré (interdit de prendre des photos mais j’en ai pris en douce pour mon pote catho, alors je vous en fais profiter), au phare de la Punta de Tostón de la Ballena avec du sable si blanc et si fin qu’on croit marcher dans du talc, bien plus blanc et bien plus fin que les plages de sable qu’on veut nous vendre comme blanc et fin quand on s’adresse aux touristes (il y a toujours une connotation négative à touriste, le touriste c’est le pigeon, le bon con qui bouffe de la mauvaise pizza au prix de la peau de ses fesses et qui est tellement prêt à gober tout ce qu’on lui raconte qu’on lui raconte n’importe quoi), aux paysages sahariens si beaux que ça me donne envie d’aller au Sahara pour le comprendre, moi qui longtemps n’aimais que les forêts, je reste bouche bée devant la magnificence de ces paysages sélénites, je dis exprès sélénite parce que ça veut dire lunaire, qui se rapporte à la lune, mais en plus beau je trouve, ça vient de Séléné, la déesse de la Lune dans la mythologie grecque, ça donne tout de suite plus de relief isn’t it ?

Le phare
un bateau de pêcheur à Tuineje, je les trouve magnifiques ces bateaux

puis on reprend la mer avec notre coquille d’escargot pour aller au sud jusqu’à Morro Jable, qui se prononce morrorable puisqu’en espagnol les J se prononcent R, alors pourquoi des R me demandé-je pertinemment, sûrement que c’est une question d’accent, le capitaine m’a dit que le R se roule mais pas le R du J, du moins c’est ce dont je me souviens mais il arrive fort régulièrement que je me souvienne mal, comme quand on s’est trompé de route une fois et que lorsqu’on repasse par là, on ne sait plus, justement, si la route qu’on avait prise c’était la bonne ou la mauvaise, je remercie l’inventeur du GPS au passage (pour la petite histoire, ou la grande, si plusieurs hommes ont travaillé sur l’élaboration du GPS, c’est une femme, Gladys West, qui a mis au point le GPS des voitures, son histoire est racontée dans le très bon film « les figures de l’ombre »)

journée mémorable s’il en fut : il y a du vent, 20 à 25 nœuds tranquille, et on est au portant, trop de vent pour mettre le spi, alors le capitaine décide de tangonner le génois … tangonner le génois ! C’est le genre de truc que je range dans la catégorie aller sur la lune, sauter en parapente depuis l’Empire State Building ou grimper l’Annapurna sans oxygène, un truc de malade quoi, pour moi en tous cas, parce que le capitaine me regarde d’un air fort étonné de me voir si excitée de mettre les voiles en ciseau, pour lui c’est comme s’il s’ébaudissait de me voir utiliser une mandoline en cuisine, il oublie que je ne suis qu’une bleue de la marine, que j’ai tout à apprendre (et qu’il est mon idole)(parfois)(souvent quand-même)(en mer, toujours)

on a tangonné le génois !

jen reviens à Morro Jable, pourquoi diable vous parler de Morro Jable, où nous ne passâmes qu’une petite nuit avant de continuer notre route ? Y aurait-il quelque chose à raconter ? du croustillant de l’inédit de l’incroyable ? Eh bien oui, vous avez gagné, il y a quelque chose à raconter, vous jugerez si ça en vaut la peine et dans quelle catégorie placer cette anecdote

 Morro Jable c’est un port de pêche avec un ponton qui peut accueillir des bateaux de plaisance, mais ni douches ni chiottes, ça fait donc comme …. comme quoi dites-moi voir ? … comme un port de plaisance, oui, bravo, nous sommes sur la même longueur d’ondes 😉 !

Il y a là plusieurs bateaux, des comme nous qui ont la bonne idée de passer la nuit amarrés vu comme ça bouge en mer, et il reste seulement une place, le long du ponton, entre deux bateaux, avec juste ce qu’il faut pour un bateau si on arrive à s’y mettre, ça revient à faire un créneau de voitures en entrant par l’avant, les paris sont ouverts… le capitaine m’explique comment on va s’y prendre, je suis désolée mais je n’ai pas retenu, je me suis lyophilisée au fur et à mesure que l’eau de mon corps s’évaporait sous la surchauffe résultant de la concentration, pour finalement que mon rôle se résume à regarder ce qui se passe afin de prévenir le capitaine si ça ne se passe pas comme il le voudrait, mais comme je n’ai pas tout compris à ce qu’il veut, autant dire que je ne servirai à rien, j’en fais mon deuil, mais une fois de plus je la boucle pour économiser la salive du capitaine (il a tendance à s’emporter quand il doit me répéter des trucs qu’il m’a dit une fois, j’ai beau lui expliquer qu’on n’apprend pas en ayant entendu une seule fois, il s’évertue à croire que c’est possible, d’où nombre de désillusions que je serais pourtant ravie de lui épargner, mais tant pis pour lui)… la nana d’un des bateaux arrive au triple galop sur le pont de son bateau en nous voyant glisser vers elle de travers, comme un crabe, elle nous hait déjà, imaginant son bateau fichu, son voyage reporté sine die, le capitaine fait soudain marche arrière, repart, on voit le soulagement de la nana qui pense qu’on abandonne, qu’on a compris que c’est trop risqué, mais son visage se crispe aussitôt qu’elle nous voit revenir de plus belle, le matou revient le jour suivant (le matou revient il est toujours vivant 🎼🎶🎵) le capitaine ne lâche jamais l’affaire, ja-mais, il arrive en rasant le bateau de la nana de plus belle, ralentit car il ne faudra pas aller taper dans l’autre bateau devant, tout en gardant assez de vitesse pour pouvoir manœuvrer, stratégie stratégie, il glisse, il glisse, il glisse encore, il glisse toujours, la nana se retient de nous ordonner péremptoirement de ficher le camp, les oiseaux se taisent, tout le monde regarde ce qui va se passer et reste aux premières loges pour assister au drame qui s’annonce, je n’ai pas le temps de voir mais si ça se trouve certains ont déjà sorti leur smartphone pour filmer la scène … ça y est ! le capitaine passe à ras du bateau de la nana, se pose le long du ponton et met un bon grand coup de marche arrière pour s’arrêter pile avant de taper dans l’autre bateau, au centimètre près, la nana le salue d’un « perfect ! Really perfect ! » d’admiration, en levant son pouce comme pour épargner la vie du gladiateur, j’ai envie d’applaudir à tout rompre, je me sens fière comme un bar-tabac (les fans de San Antonio apprécieront), mais je n’ai pas le temps de m’attarder sur l’exploit, je saute sur le ponton pour accrocher l’amarre que le capitaine a préparée, vite avant que le bateau n’avance ou ne recule, le nœud de chaise que le capitaine a fait n’est pas assez serré et se défait, nobody’s perfect et ça me soulage de le constater, je le refais si vite que je n’en crois pas mes yeux (depuis j’arrive même à faire un cabestan d’une seule main, même de la gauche, plus besoin de faire l’école du cirque j’ai un numéro tout trouvé), ouste j’amarre le bateau en refusant poliment mais fermement l’aide d’un monsieur, le capitaine n’aime pas quand on vient nous aider à amarrer parce que ça n’est jamais comme il a décidé, qu’on se le tienne pour dit …

voilà où on est garé, vous pouvez voir, au passage de mon travelling, le bras du capitaine et son polo bleu (ça c’est croustillant n’est-ce pas 😉 )

… bateau amarré, nuit paisible, le lendemain cap vers Las Palmas de Gran Canaria … Gran Canaria ! le poumon économique des Canaries en conclus-je tellement que bin mince alors, on croirait arriver au Havre ou à Gibraltar… cargos ancrés un peu au large, ferries qui vont et viennent, pollution, et ça fait drôle de soudain respirer des odeurs de fumée après des semaines d’air océanique pur, sirènes, voiliers au mouillage et marina blindée, activité intense, ça fait drôle aussi tout ce monde et ce mouvement, nous ne sommes plus habitués, nous nous ancrons dans le mouillage du port, mettons l’annexe à l’eau et partons visiter Las Palmas, peu d’intérêt pour nous dans toute la partie moderne de la ville, par contre le vieux Las Palmas a un charme certain, jugez-en vous-même :

arrivée
à
Las Palmas de Gran Canaria
le capitaine qui revient au bateau en annexe en respirant cette fâcheuse pollution
la promenade, de l’autre côté
un gars faisait ce château de sable inouï !
on va à terre alors on prend l’annexe et on passe par la marina que je vous montre parce que quand je voyais passer des gens en annexe dans un port, je rêvais d’être à leur place et puis ça y est, je suis à leur place

Aaaah, le jour suivant est un grand jour, je vais à Tejeda pour récolter des données au jardin de plantes médicinales de Gran Canaria ! Non sans mal parce que c’est un casse-tête pour trouver une voiture à louer, avec la crise sanitaire et la baisse du nombre de touristes, on nous a expliqué que les loueurs de voitures ont dû vendre leur parc et qu’il y a un manque de voitures à louer, et selon la loi de l’offre et de la demande, les tarifs se sont envolés, là où on payait 50 € pour une semaine de location, on se retrouve à en avoir pour 100€ par jour, en plus on doit aller la chercher à l’aéroport, ça prend du temps mais au moins on a une voiture et on file à Tejeda, je me retrouve avec des tonnes de données botaniques à éplucher, on dirait que mes cours de latin vont finir par me servir, sait-on jamais ce que la vie nous réserve ! Je vous en dirai plus dans le prochain article 😉

Et comme nous avons cruellement besoin de marcher parce qu’en bateau, même si on a une activité physique avec les manœuvres, la marche est plus que limitée, nous allons jusqu’au Roque Nublo au centre de l’île, un des plus grands rochers naturels du monde, très jolie balade vers ce monolithe en basalte de 80 mètres de haut posé sur un sommet de 1814 mètres, quand nous y arrivons… il est dans les nuages ! 

J’insiste pour passer à Maspalomas et ses dunes, on doit rendre la voiture à 17h30 à l’aéroport et il est déjà 17h10, on n’a pas le temps mais le capitaine me dit d’aller faire un tour sur les dunes et qu’il m’attend, je lui avais assez répété que j’avais vraiment envie de les voir, si je n’y vais pas maintenant je n’irai jamais, hop je balance mes shoes et saute dans le sable, cours comme une gamine en dévalant les dunes, et puis on retourne à l’aéroport pour rendre la voiture et prendre un bus qui nous ramène au port de Las Palmas

puis nous repartons du mouillage de Las Palmas, on va jusqu’au petit Puerto de la Sardina pour y passer la nuit avant de filer sur Tenerife

on passe devant le phare de la Sardina, une belle houle comme on aime !
seuls au mouillage et pas de pollution

quand on part il fait grand beau et il est tôt, vraiment tôt je veux dire, quand il faut vraiment qu’on parte tôt on sait le faire, on prend le petit déjeuner une fois en mer et bien sur le cap, et puis au fur et à mesure que l’on avance, on voit devant nous le ciel s’assombrir méchamment, si des scientifiques me lisent je peux témoigner que cette vision a un effet un tantinet diurétique, voire laxatif certain … on se rassure en se disant qu’en regardant les prévisions météo sur le GRIB il n’y avait rien de méchant d’annoncé, on plaisante mais on ferme les écoutilles et on enfile un ciré, on prend quelques gouttes et le vent se lève, ça pour se lever il se lève, et puis finalement plus de peur que de mal, même pas de quoi laver le bateau à l’eau douce avec si peu de pluie, on finit par arriver à Santa Cruz de Tenerife sans encombre et on s’amarre … dans une marina ! youpi !

Pour tout savoir c’est par ici :

  • Le tangon est une barre en métal qu’on installe pour utiliser le spi. On peut l’utiliser pour tangonner le génois afin d’avoir les voiles en ciseau et avancer plus vite et sans stress au portant.
  • Le voilier est au portant quand le vent vient de l’arrière, donc le portant regroupe les allures de travers à vent arrière, le bateau fait un angle compris entre 90 et 180° par rapport à l’axe du vent
  • Fière comme un bar-tabac : expression déformée par Bérurier, personnage truculent des San Antonio (tout ce que j’ai appris pendant mon adolescence grâce à San A !), l’expression originelle étant bien entendu « Fier comme Artaban » qui est une locution proverbiale de la langue française dépeignant une « fierté poussée à l’extrême », et proche du ridicule (j’assume)
  • Une écoutille est une ouverture rectangulaire dans le pont d’un bateau, destinée au passage ou au chargement ou déchargement des marchandises et provisions de bord. Nous on a fermé les capots et les hublots, mais j’avais envie de dire écoutilles alors je l’ai fait, ça mange pas de pain

Nous passons de La Graciosa à Lanzarote

c’est moi qui ai pris cette photo depuis Lanzarote et il a fallu grimper là haut (clap clap clap) : on voit La Graciosa en face, et le détroit dans lequel nous sommes passés pour rejoindre Arrecife

c’est vraiment tout près l’un de l’autre à vol d’oiseau, cependant c’est une autre limonade à la voile car il faut passer par un étroit détroit, certes qui n’est pas à l’aune de Gibraltar mais dans lequel le vent s’engouffre et augmente selon un rapport que je ne connais pas mais qui existe de toute évidence, et les vagues l’imitent consciencieusement, c’est parti pour un nouveau tour de manège mais maintenant j’ai une espèce d’habitude qui pourrait faire de moi un être presque blasé … si ce n’était que c’est parce que je sais très bien qu’on sera vite arrivés que cette idée m’effleure et que je me prête à rire de ces vagues (qui sont les plus grosses vues jusqu’ici, à se demander ce que le futur nous réserve),  si ça devait durer des jours je ferais une toute autre tête et serais bigrement loin de la blasitude …

à gauche La Graciosa, à droite Lanzarote … les vagues comment à grossir et c’est de la gnognote par rapport à quand on passera les 2 rochers que l’on voit … quand ça secoue je m’accroche et ne filme pas, mais j’ai acheté une GoPro, quand je saurai m’en servir je pourrai tout filmer (ne vous emballez pas trop vite, il y a des tonnes de trucs dans le paquet et le mode d’emploi est en Espagnol) … en même temps, c’est vachement décevant parce que les films ne reflètent jamais l’intensité de ce qui se passe

le capitaine me confie la barre (fierté) et rentre dans le bateau pour jeter un œil sur la tablette divine, celle qui a toutes les cartes maritimes enregistrées via Navionics, que serait-on sans Navionics, rien, nous ne serions rien, le capitaine revient dans le cockpit et regarde où je vais, moi je fais toujours simple : je vais droit devant et bien au milieu du détroit, comme sur la vidéo, et ça ne loupe pas, la voix du capitaine monte d’une octave : c’est au milieu du détroit qu’il y a le moins de fond, longe la falaise macarel ! (aaaah, macarel, le juron préféré du capitaine, une fois je l’ai entendu crier « ah la salope ! », ce n’était pas après moi, dieu m’en préserve, qui aurais fait brûler la quiche, mais après une vague qui l’avait trempé sans qu’il l’ait vue venir) (la première fois que j’ai fait une quiche dans ce four au gaz comme au moyen-âge, j’ai fait cramer le fond mais le capitaine a tout mangé bravement, à peine a-t-il gratté la couche de brûlé, soit il est miséricordieux, soit il avait très faim) (ou alors il connaît bien son four), il m’intime de filer regarder la fameuse carte Navionics, j’obéis rondement – et constate – et remonte – et corrige ma trajectoire – c’est ce jour là que j’ai appris qu’en mer on ne se fie pas à ce qu’on voit sur l’eau mais qu’il faut se fier à ce qu’il y a sous l’eau, et ça c’est sur les cartes qu’on s’en rend compte, et le capitaine me l’a répété à plusieurs reprises : le danger en bateau ce n’est pas l’eau, c’est la terre, il faudrait que je rentre ça dans ma petite cervelle (les hommes ont un cerveau les femmes ont une cervelle, c’est comme ça) … nous passons le petit détroit et continuons notre route avec force vent et vagues, ne mangeons pas grand-chose de la journée pour tout dire et tout blasés que nous sommes  …

c’est moi qui l’ai fait !

Le capitaine a repéré un mouillage dans un port d’Arrecife, devant le Castillo San José, nous y allons en longeant un paquebot énorme comme un quartier tout entier, en arrivant le mouillage est aussi vide que celui de Grande Désertas, mais là c’est bizarre tout de même, ça ne devrait pas, Lanzarote est une destination prisée par ceux qui prévoient de traverser l’Atlantique à cette époque de l’année, le capitaine me dit que le mouillage est sûrement devenu interdit, son bouquin date de 2019 et il s’en passe des choses en 2 ans, je crois qu’il va nous faire faire demi-tour et aller chercher un mouillage je ne sais zoù, mais point, le capitaine est imprévisible et c’est ce qui fait tout son mystère, on descend l’ancre et on se pose là, ça manque de charme, c’est le moins qu’on puisse dire, on entend le boucan des ports de commerce, alarmes, sonneries en tout genre, moteurs des ferries et j’en passe, la totale, mais on va pouvoir laisser le bateau là pendant qu’on vadrouille sur l’île car il y a lieu de vadrouiller… on est samedi et on ne voit ni képi ni insigne de shérif à l’horizon, mais le lundi ça ne loupe pas, la maréchaussée locale vient nous déloger car, effectivement, le mouillage est interdit, on nous prie fermement d’aller loger à la marina, nous obtempérons…

le long de l’ENORME paquebot, ça me fait de l’électricité dans les mollets quand on le longe et qu’on est si petit à côté
Cap de Miol tout brave dans le mouillage interdit (ne nous balancez pas)

Une marina ! ça pue souvent comme un WC géant et ça manque totalement d’intimité car tout ce qui passe sur le ponton peut jeter un œil chez vous, mais je n’en ai cure, une marina ça veut dire des sanitaires donc des douches chaudes et les jours de chance même une prise électrique pour brancher un sèche-cheveux, une marina c’est la civilisation et on sait bien que tout n’est pas rose dans la civilisation, n’empêche qu’on peut se coiffer pour ressembler à quelque chose (même si le capitaine râle que ça prend tellement de temps et qu’on dirait que je prends un « malin plaisir » à mettre autant de temps, genre je le fais pour l’emmerder, hahaha) , et puis une marina c’est le bateau à plat donc des nuits d’une traite qui vous retapent un homme, mais forcément c’est payant alors ça c’est moins bien que les mouillages, on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre …

Même si ce n’est pas prévu que ce soit à Lanzarote que je glanerai le plus d’infos point de vue des plantes, je m’en vais rôder alentours car s’il y a bien une plante que l’on trouve à foison aux îles Canaries, et notamment à Lanzarote même s’il en existe une endémique de Fuerte Ventura, et bien c’est l’Aloe Vera ! Les champs et magasins qui vendent des produits à base d’Aloe Vera sont légion, et je me suis posé la question de savoir si elle avait un intérêt particulier pour les femmes ?

Voyons voir …

il existe plus de 500 espèces différentes d’Aloès, avec des tailles et des aspects très différents.

Les vertus de l’Aloe Vera sont bien connues je pense, au moins par celles et ceux qui font du shopping (si je puis dire) dans les magasins bio, on l’utilise essentiellement en tant que laxatif pour la constipation occasionnelle et pour traiter des lésions et des inflammations de la peau. C’est intéressant de savoir aussi qu’il a des effets notoires pour traiter l’herpès génital et, cerise sur le gâteau, qu’il réduit la plaque dentaire …

C’est un remède bien connu de la Médecine Traditionnelle Chinoise, appelé Lu Hui

Il faut savoir qu’à partir des feuilles de l’aloe vera on obtient deux types de matières différente, avec bien évidemment des vertus différentes, et il vaut mieux ne pas se tromper :

  • le latex d’aloe vera (ou sève) issu de la couche externe de la feuille, est de couleur jaune et de goût amer et a des effets laxatifs
  • le gel d’aloe vera (ou pulpe), liquide transparent verdâtre et visqueux qui se trouve dans la partie interne des feuilles d’aloe vera, amollit et adoucit les tissus (vous comprenez pourquoi il ne vaut mieux pas se tromper)

C’est le latex séché qui est principalement utilisé en pharmacopée chinoise en raison de son action plus puissante. Cette sève de latex séché a une nature froide, une saveur amère, un tropisme au Foie, à l’Estomac et au Gros Intestin, et on l’utilise en Médecine Chinoise pour rafraîchir le Foie, soulager la constipation et tuer les parasites (ascaris ou oxyures chez les enfants)

On l’utilise également pour réduire les symptômes du RGO (brûlures d’estomac, régurgitations alimentaires et acides, flatulences, éructations, dysphagie, nausées, vomissements)

ATTENTION : ce n’est pas une herbe qui se fait en décoction, en médecine chinoise elle se prend en poudre, pilule ou gélule, voire en infusion

Mais en quoi l’Aloe Vera peut intéresser particulièrement les femmes me direz-vous ? car les effets thérapeutiques soit, mais encore ?

Et bien il a été démontré ses effets anti-rides et ses propriétés anti-âge, je vous fais un topo argumenté (vous n’êtes pas obligés de tout lire, mais ça montre le sérieux de l’histoire, pas qu’on pense que tout ça c’est du bignou) :

Une étude a évalué la capacité des stérols d’aloe vera (cycloartenol et lophénol) à stimuler les fibroblastes dermiques humains in vitro. Un essai randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo a évalué l’effet de l’ingestion de poudre de gel d’Aloe vera contenant 40 μg d’atweola sur des conditions de peau sèche chez des femmes japonaises. Les résultats ont montré une réduction significative des rides du visage chez les femmes âgées de ≥ 40 ans. Les stérols d’aloès stimulent la production de collagène et d’acide hyaluronique par les fibroblastes dermiques humains

Une autre étude confirme que la prise régulière de stérols d’aloe vera améliore l’hydratation, l’élasticité de la peau et le taux de collagène

Une autre étude a évalué le gel d’aloe vera pour les propriétés antivieillissement de la peau. Trente femmes de plus de 45 ans ont reçu deux doses différentes, à savoir une faible dose de 1 299 mg / jour et une forte dose de 3 600 mg / jour de gel d’aloe vera pendant 90 jours. Les résultats ont montré une amélioration significative des rides faciales (p <0,05) dans les deux groupes, avec une élasticité faciale améliorée dans le groupe recevant la plus faible dose. Les taux d’ARNm du procollagène de type I ont augmenté dans les deux groupes. L’étude suggère que le gel d’aloe vera améliore significativement les rides et l’élasticité de la peau humaine photo-traitée, avec une augmentation de la production de collagène dans la peau photo protégée et une diminution de l’expression du gène MMP-1 dégradant le collagène

Je ne vous en dirai pas plus, au risque de vous lasser, sauf quand-même que ce n’est pas parce que c’est naturel que l’on peut l’utiliser à tour de bras et à des doses plus élevées que ce qui est recommandé, en pensant qu’on aura des résultats puissance 10, on risque juste de se rendre bien malade, si on l’utilise sur une période longue, cela entraîne des colites et d’autres effets indésirables comme des dommages aux reins, une hématurie, une hypokaliémie, une faiblesse musculaire et d’autres symptômes : il faut se le mettre en tête 

D’autre part, ainsi que je vous l’ai mentionné, l’Aloe Vera est de nature Froide, ce qui veut dire qu’il n’est pas adapté aux personnes qui sont frileuses et qui ont des fonctions digestives faibles car cela aggraverait leur problème : à ce moment là il faut utiliser d’autres plantes, c’est toute l’intelligence de la pharmacopée Chinoise qui choisit les plantes par rapport au terrain de la personne – chez les personnes qui ne devraient pas consommer d’aloe vera, voilà les effets indésirables qui peuvent pointer leur nez : nausées, vomissements, épistaxis, douleurs abdominales, diarrhée, selles avec présence de sang, hématurie, albuminurie … on s’en passe bien volontiers n’est-ce pas … d’où l’intérêt de consulter un thérapeute ou au moins de regarder mes vidéos sur ma chaîne du Centre Tao, cette vidéo notamment :

https://youtu.be/OZPIMoyGH6A

Et puis surtout, ATTENTION aux femmes enceintes ! le jus d’Aloe Vera frais peut entrainer une fausse couche alors on évite !

il y a même des pulls en crochet à certains arbres, j’a-dore 🙂

J’ai plus de choses à découvrir niveau plantes à Las Palmas, Gran Canaria et Tenerife, alors nous repartons et ferons d’abord escale à Fuerte Ventura … let’s go

on a fait la lessive et c’était pas sec quand on est parti (le capitaine il aime pas ça, voguer avec le linge qui vole)

C’est de bon cœur !

  • Si vous aimez les légendes : https://www.bouger-voyager.com/la-legende-du-diable-de-lanzarote/
  • Les cartes Navionics sont  des cartes de navigation électroniques, on les télécharge à partir de l’application Navionics Boating, je ne peux plus m’en passer
  • Un mouillage est un lieu abrité du vent et des vagues le long de la côte dans lequel un bateau peut s’arrêter en sécurité en s’amarrant sur son ancre (ça c’est les bons jours, il arrive trèèèès régulièrement qu’on ne soit abrité ni du vent ni des vagues)
  • Un port de plaisance (parfois confondu avec la marina) est un port situé en bord de mer ou des rivières, réservé aux bateaux de plaisance à voile et à moteur
  • Une marina est un complexe résidentiel incluant un port de plaisance (c’est le top et c’est là qu’il y a des douches chaudes)
  • Pour vous donner une idée : le trajet de la Playa Francesca sur l’île de la Graciosa à la Playa de la Arena à Arrecife sur l’île de Lanzarote représente environ 30 miles nautiques (le mile nautique = 1.852 km) soit 55 kilomètres. En temps c’est toujours variable car le bateau avance selon le vent et pas selon l’âge du capitaine comme on a voulu me le faire croire. Si on avance à 5 nœuds on parcourt 5 miles nautiques à l’heure (soit un peu plus de 9 km/heure) donc on met 6 heures. Et deux fois moins de temps si on va deux fois plus vite, mais aller à 10 nœuds ça abîme le bateau, ça va trop vite … la nav’ ça apprend la patience et ça va souvent moins vite qu’à vélo

vers des îles désertes

quand on veut faire le tour du monde, et bien il faut s’arrêter même là où il n’y a pas de monde, peut être même surtout là où il n’y a pas de monde, regardez Nicolas Hulot, il n’y avait pas grand monde dans ses émissions et pourtant plein de choses à voir, alors le capitaine qui a prévu des tas d’escales et de mouillages pour économiser nos vieux os et ne pas dépérir à toute vitesse, a justement prévu des escales sur des îles désertes, ça m’arrange car à vrai dire c’était un peu ma crainte, vieillir à toute vitesse de fatigue en mer, comme dans les films d’horreur où en quelques secondes il ne reste plus que de la poussière d’os de feu un corps plein de vie … tout ça pour dire que tout près de Madère, il y a les îles Désertas, toujours portugaises donc nous arborons toujours le pavillon portugais, et toujours de l’archipel de Madère et du pavillon qui va avec … 

des îles désertes !

mon imagination qui vagabonde sans cesse ne fait qu’un tour, vais-je trouver le graal ou un Robinson Crusoé, voire Tom Hanks oublié là après le tournage de seul au monde (il paraîtrait que l’autre est un sosie)? tout est permis quand on imagine … mais il est dit dans les guides que si l’île est déserte, le mouillage de Grande Désertas est excessivement peuplé car c’est une réserve naturelle … nous arrivons en nous attendant au pire … personne à droite … personne à gauche … rien devant … rien derrière … nous sommes … seuls ! … petit travelling vers la gauche … petit zoom avant … crotte de bique, l’île n’est pas si déserte, il y a une cabane en rondins de bois et deux messieurs qui jettent un œil pour voir qui sont ces intrus qui les dérangent en cette fin de journée paisible, ce sont les gardiens de l’île déserte, ça c’est un drôle de job où l’on ne doit pas s’ennuyer ou alors justement, s’ennuyer ferme, je leur poserais bien la question de savoir comment on en arrive à devenir gardien d’une île déserte, est-ce que c’est une vocation, un hasard, une punition … de loin ils décident qu’ils ne vont pas venir emmerder deux pauvres bougres faméliques (on n’est pas faméliques du tout mais peut être que si, de loin, allez savoir), ils s’en retournent à leurs affaires dans la cabane, on a sûrement bien fait de laisser les drapeaux car les gardiens des îles désertes font ce que bon leur semble, et s’ils décident de vous ordonner d’aller voir ailleurs, et bien il faut partir, et quand la nuit tombe ça fait peine …

on peut admirer ces falaises colorées qui donnent cette envie d’apprendre la géologie

l’eau est quasi transparente, on voit des poissons qui viennent tourner autour du bateau, le capitaine saute dans ses palmes, enfile masque et tuba après avoir craché dans le masque (on m’avait dit que c’est pour éviter d’avoir de la buée alors moi aussi j’ai craché dans mon masque, et j’ai trouvé que ça ne sert à rien qu’à voir trouble, déjà qu’on n’y voit pas grand chose, mais en fait j’ai appris plus tard qu’après avoir craché il faut RINCER le masque pour que ça marche, c’est sûr que si on me donne les informations au compte-gouttes ça m’égare ni une ni deux) et saute à l’eau tout guilleret, moi j’en ai envie comme de me pendre, en plus mon masque et mon tuba sont dans un coffre sous le matelas de la cabine avant, à côté des lentilles et de la farine, c’est tout un barda pour faire le moindre truc en bateau, la drôle de tête du capitaine émerge de l’eau (en fait il a une tête normale, c’est à cause du masque que je dis une drôle de tête) (maintenant essayez de me décrire une tête normale, vous ne serez pas plus avancés pour savoir à quoi il ressemble) et il dit avec une voix caverneuse qui ferait sa fortune s’il voulait se mettre à chanter du jazz avec un tuba « c’est un véritable aquarium ! »

bon sang comme c’est beau !

hop je file soulever le matelas, le pose sur mes genoux pendant que ma main fourrage en-dessous à l’aveugle et trouve ce que je cherche, file descendre le long de l’échelle, crache dans mon masque, attends que ça sèche un peu et le rince, on verra ce que ça donne mais j’ai des doutes, prends le pare-battage qui me sert de bouée et vais voir ce qui se passe sous l’eau : des centaines de poissons, des argentés, des bleus, des longs, des plats qui ressemblent à des dorades avec des yeux jaunes et ceux-là ne sont pas du tout farouches, ils s’approchent et nous mordent, un orteil du capitaine et mon petit doigt, ils doivent se demander si on est consommable, ou alors c’est pour communiquer ? ma tendance naturelle est de ne pas leur accorder une confiance aveugle, après tout je ne sais pas à quoi ressemblent les piranhas … je ressors au bout de 10 minutes, transie, gelée, perclus, immobile rendue (vous remettez ?) mais le capitaine décide de passer un coup d’éponge  sur la coque tant qu’il est dans l’eau …

le jour d’après (c’est pour éviter de dire toujours le lendemain) j’inaugure ma combi, c’est le jour où jamais, pour regarder les poissons sans claquer des dents, on peut dire qu’une combi ça change la vie …

le capitaine (qui a eu l’amabilité de me prendre en photo pendant mes ébats aquatiques) ne m’accompagne pas, il est trop resté dans l’eau hier et a attrapé froid, mal de tête et de gorge, ah ! il m’avait soutenu une fois qu’on ne peut pas tomber malade d’avoir attrapé froid, qu’il n’y a que les microbes qui rendent malade, moi je lui avais opposé qu’en Médecine Traditionnelle Chinoise il existe une tripotée de maladies qui découlent d’un coup de froid, j’aurais dû lui faire la thérapie des deux chapeaux mais il s’était bien gardé hier de me dire qu’il avait attrapé froid, le capitaine ne se sent pas de naviguer alors on reste là, je sors mon arsenal de sirop aux plantes et autres huiles essentielles pour soigner l’infortuné et le soir un bateau de pêche vient mouiller à côté de nous, ils sont 8 sur un bateau plutôt petit pour 8, ils mangent un morceau en balançant des bouts de poissons aux mouettes, ils se couchent tôt et partent au petit jour le lendemain, dur métier que celui de pêcheur

le capitaine ne va pas vraiment mieux mais on lève les voiles pour les Selvagens, autres îles sauvages et désertes, nous mouillons à Selvagem Grande, c’est magnifique mais il y a une houle  et des vagues à décourager les plus endurcis, nous on n’est pas très endurcis mais on n’a pas le choix alors on passe la nuit là, le capitaine a oringué l’ancre mais avec sa bonne crève il a été moins performant que d’hab, c’est un crève-cœur que de vous l’avouer, et le matin on a perdu le orin et le cordage qui allait avec, d’ailleurs si vous voyez une bouée blanche avec un long cordage noir qui se promène en Atlantique, vous serez bien gentil de me contacter, forte récompense à la clé (le capitaine serait tellement épaté qu’on lui retrouve son matériel)

depuis cet épisode houleux, le capitaine appelle cette île déserte « la grande sauvage »

même s’il ne va pas fort du tout, rester là serait le pire des châtiments, alors on repart, je suis à la barre pendant que le capitaine remonte l’ancre, il crie de loin (non pas contre moi, ce qui reste totalement plausible quand je fais une connerie, mais là c’est pour que je l’entende malgré le vent), je le fais répéter avec un grand sourire parce que je n’ai pas compris ce qu’il me crie, il s’égosille (sans sourire) « avance ! Mais avance ! » ah mais ça va pas la tête, devant il y a des rochers, je ne vais pas me faire avoir comme une bleue, je rétorque en m’époumonant que devant il y a des rochers, et il braille « mais regarde derrière ! », je me retourne et les rochers de derrière sont encore plus près que ceux de devant et je vais droit dessus (donc il me bien criait dessus parce que je faisais une connerie) … et bien autant vous dire que depuis ce jour là je pense toujours à regarder derrière, et même à droite et à gauche, je mets à profit tout ce que j’apprends 🙂 

bye

notre prochaine destination est Graciosa, la première des îles Canaries que nous rejoindrons, le capitaine tient à ce que nous partions tôt parce qu’il faut au bas mot 24 heures pour rejoindre l’île, mais s’il n’y a pas beaucoup de vent il en faudra plus et ni lui ni moi ne tenons à arriver la nuit tombée, chez nous, tôt c’est jamais avant 11 heures du mat’, c’est donc vers cette heure là que nous partons tôt pour une partie de roulis et de tangage et pas bézef de vent, ce qui fait que nous sommes plus secoués que s’il y avait un bon vent, le capitaine finit par me demander un truc surprenant … devinez quoi…. allez, je vous aide (ma bonté me perdra) 

a) de lui tricoter un ranch 

b) de l’achever pour qu’il n’ait plus mal à la tête 

c ) de le peroxyder pour lui donner du style 

d ) de lui faire une séance d’acupuncture contre le mal de mer en se traitant d’épave

Procédons par ordre, le capitaine se ferait épiler poil après poil plutôt que de se donner un genre (je lui ai expliqué que de ne pas vouloir se donner un genre est un genre en soi, il a fait cette moue que je connais bien et qui dit cause toujours tu m’intéresses) il n’a pas besoin de ranch en tricot, du moins pas dans l’immédiat, enfin il tient à la vie car il croit qu’après cette vie il ne se passe plus rien, j’ai beau lui citer Lavoisier et Einstein (n’imaginons même pas passer par Lao Tseu) il croit sur comme fer qu’après soi le néant, par élimination il ne reste que la réponse d, vous n’en croyez pas vos oreilles et pourtant c’est bien la bonne réponse ! sonnez hautbois résonnez musettes (Figuré – ironique / marque l’avènement d’une chose attendue / moi j’ajoute que ça marche aussi pour ce qui est des plus inattendus) le capitaine me réclame des … aiguilles !

je ne me le fais pas dire deux fois et je saute sur mes aiguilles, lui en plante 4 en un tournemain et lui fais faire de la respiration ventrale in eodem tempore … il passe progressivement du jaune fané au rose layette et je me dis que c’est gagné et, de fait, il se sent mieux et me répète à plusieurs reprises pendant la navigation que mes piqûres lui ont fait du bien (gloria in excelsis deo)

on se relaie durant la nuit, le vent s’est levé et nous filons à bon train, tellement vite que d’après nos calculs nous allons arriver vers 6 ou 7 heures du matin, quand il fait encore nuit, c’est le comble, on prend un ris pour ralentir et on arrive au mouillage au petit jour, après un bon petit déj’ pour se requinquer le capitaine se couche et je me mets au boulot (dire que je croyais que je pourrais travailler sur mon ordi pendant les navigations, oh l’ignorante petite personne, oh la naïve, oh la niaise) quand il se réveille il est définitivement guéri, nous sautons dans l’annexe pour faire un petit tour sur cette île avant de continuer notre route demain … et quelle île ! un charme tout à fait unique, voyez par vous-même :

On trouve une jolie terrasse avec vue sur le port et on se laisse tenter pour manger (mal) un morceau, je dis mal car la déception me fait exagérer, c’est aussi classique qu’humain d’exagérer quand ce n’est pas terrible, mais pour de bon ça n’était vraiment pas terrible (plus j’y repense plus je me dis que servir quelques frites molasses et tièdes avec des croquettas qui feraient croire qu’on est soudainement atteint d’agueusie, et bien c’est vraiment pas terrible du tout) mais bon ça fait toujours du bien de se dire qu’on se détend et qu’on n’est pas des chevaux, on passe une bonne soirée malgré tout et on repart vers le bateau nuitamment et à pinces, on sort rapidement du bled … nuit d’encre, et quand je dis d’encre, là je n’exagère pas du tout, on n’y voit goutte … mais le capitaine, homme prévoyant s’il en est, sort de sa musette une lampe frontale, on se demande avec une pointe d’effroi s’il y en a pour longtemps de pile parce qu’elle n’envoie qu’un éclairage faible et pisseux, on se croirait dans le désert par une nuit sans lune, bon sang que la nuit peut être noire quand elle est aussi noire que ça ! … on avance, dans les dunes, quand le capitaine éteint sa lampe on ne voit rien, rien, rien du tout, sans la lampe il n’est plus possible de faire un seul pas car on ne voit pas où l’on met les pieds, on avance encore et encore, longtemps, ce qui fait qu’on commence à se demander si on n’est pas perdus mais on finit par sortir des dunes pour arriver sur la route de sable, on n’a qu’à la suivre et on arrivera à la plage où est mouillé Cap de Miol, je dis au capitaine que si jamais la lampe nous lâche, on n’aura qu’à se mettre à l’abri du vent dans les dunes et dormir là pour attendre le jour, il n’y compte pas une seconde, au bout d’une heure de marche dans le sable on retrouve la plage, l’annexe amarrée sur un rocher, et on rejoint le bateau à la rame et aux scrongneugneux du capitaine parce qu’on n’a pas pensé à mettre le feu de mouillage en partant alors on ne distingue pas le bateau, mais le capitaine qui a un sens de l’orientation admirable, du moins l’admiré-je tellement le mien est pitoyable, va au bon endroit là où j’aurais erré toute la nuit entre les bateaux … on se couche sans demander notre reste, pour continuer sur Lanzarote le lendemain et sur les îles Canaries où il est prévu que je récolte de nombreuses données …

Prenez votre calepin et votre crayon-gomme !

  • Placer un orin sur une ancre permet de savoir où elle est et évite d’avoir à plonger ou à abandonner son ancre au fond si elle se retrouve coincée. L’orin fonctionne très bien, mais la galère de l’installer et de gérer la profondeur fait qu’on ne l’utilise que rarement. Le capitaine lui, il l’utilise, il est fortiche 

  • la thérapie des 2 chapeaux consiste en ce qui suit : allonger le malade qui a attrapé froid le jour même au lit, poser un chapeau au pied du lit, puis donner à boire du vin chinois au malade jusqu’à ce qu’il voie 2 chapeaux, le laisser dormir bien couvert, au point qu’il en transpire, et le lendemain matin lui faire prendre une douche tiède – il devrait être guéri (ou mort) (je n’ai jamais testé cette thérapie et ne vous la conseille pas 🙂 )
  • citons Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »
  • et Einstein : « Je crois en une vie après la mort, tout simplement parce que l’énergie ne peut pas mourir ; elle circule, se transforme et ne s’arrête jamais »
  • in eodem tempore : ça veut dire « en même temps » (j’ai fait latin au Bac) (j’ai eu une mauvaise note mais je frime d’avoir fait latin au Bac, on était 2 dans tout le lycée)
  • perclus : je n’allais pas foutre en l’air la rime en notant percluse 😉

du zen, et tellement plus

c’est une maison blanche, adossée à la colline … ceux qui vivent là ont jeté la clé

à Madère, il est prévu que je rencontre Antoine, alors on loue une voiture pour se rendre à Porto Da Cruz, au nord-est de l’île … nous prenons la route qui passe par Porto Moniz et je reste bouche bée tout du long, c’est la plus belle route que j’aie jamais vue, elle est bordée d’hortensias et passe dans des forêts d’eucalyptus, un véritable enchantement, je n’ai jamais vu autant d’hortensias de ma vie et pourtant j’en ai vu, j’adore les hortensias (et les pivoines) (et les lys) (mais surtout les coquelicots)

le nord de l’île n’a rien à voir avec le sud, c’est souvent le cas dans les îles, et ça l’a toujours été dans celles où je suis passée, on bascule de l’été à Calheta à un automne frais et venteux au nord, le contraste reste saisissant même quand on est avertie et que l’on en vaut deux

le capitaine me drive et heureusement parce que je suis une piètre conductrice, à vrai dire je ne conduis plus depuis des lustres, et c’est tant mieux pour l’avenir de ceux qui auraient la malchance de croiser ma route, je me contente de faire le copilote, encore que la confiance du capitaine soit également limitée à ce sujet et qu’il branche son GPS par précaution (il est ceinture et bretelles), nous arrivons à l’heure dite à mon rendez-vous dans ce lieu dont le nom m’intrigue : la maison ziazen, was ist das ?

c’est par là

Nous sommes accueillis avec une gentillesse confondante par Antoine et son épouse Cilene, la légère appréhension que je pouvais éprouver (on ne sait jamais dans des contrées somme toute reculées si on y pense) s’envole pour laisser place à une gratitude profonde envers la vie qui me fait ce genre de cadeau, la rencontre avec des êtres de cœur, de générosité, de simplicité et d’authenticité … Antoine a préparé des livres de plantes médicinales madériennes à mon attention, et pendant que Cilene nous sert une infusion de sauge-ananas de leur jardin, Antoine me fait des récits passionnants de l’histoire de Madère et de sa flore, il se révèle être un véritable guide et il partage sa passion avec les personnes qui viennent se ressourcer dans cette maison ziazen et randonner avec lui dans cette île aux fleurs dite aussi l’île aux mille couleurs … c’est le genre d’endroit qui nous imprègne, dans lequel tout prend une autre dimension, dans lequel on se pose même sans le vouloir parce que tout est fait pour que le temps prenne son temps, qu’il ralentisse, se suspende, que les énergies s’apaisent, le genre d’endroit où tout le monde devient gentil, où il n’y a plus de menace, plus de violence, plus de contrainte …

Antoine me raconte les lauriers de Madère, les hortensias, les dragonniers, il cueille des plantes de son jardin avec lesquelles il soigne des maux divers, notamment la consoude (nom familier) qu’il utilise en compresse pour les soulager les traumatismes, je prends des notes pour faire des recherches par la suite et il m’envoie par mail des données en Portugais pour m’y aider, ça me fait rire de devoir me mettre au Portugais que je ne connais tellement pas que je ne saurais même pas le différencier du Russe (en plus j’ai même pas honte) (je devrais)

Nous repartons après cette parenthèse enchantée, je suis excitée comme une puce d’avoir glané autant d’informations, alors bien sûr je suis à la recherche spécifique des plantes pour les femmes, mais comment ne pas s’intéresser (je minimise) au pouvoir des plantes ? J’ai tout de même des infos sur des plantes contre les douleurs de règles et une plante abortive, mais bon, les plantes abortives sont toxiques et en général dangereuses à utiliser … affaire à suivre ! j’ai du boulot en perspective !  

https://lamaisonziazen.com/

Sur la route du retour, la faim nous tenaillant et la nuit étant déjà là, nous nous arrêtons à São Vicente, pour de bon c’est bien parce qu’il n’y a rien d’autre que je dis d’accord au capitaine pour descendre à la Taberna, genre le dernier pub avant la fin du monde ou l’auberge rouge de Fernandel, bon … et bien on a mangé comme des rois pour pas cher, et tant que j’y suis, si vous passez par l’île de Porto Santos et que vous avez faim, il faut aller à Camacha, on y est vite puisque l’île est toute petite, pour manger au PXO Grill … de dehors on croit qu’on va devoir se taper une vieille saucisse sur un coin de table en plastique, et puis il faut entrer et quand on entre c’est immense, des tables avec des nappes blanches en tissu et tout le tralala des grands restos, avec le capitaine on a failli se barrer parce qu’on s’est cru débarqués à un mariage ou à une remise de prix, mais on nous a installé à table sans tiquer sur nos shorts et nos casques de scooter (c’est le jour où on avait loué un scoot électrique) et on s’est bien tapé la cloche, le meilleur octopuss de tous les octopuss que j’ai mangé depuis les quelques décennies où je suis sur terre, et c’est comme pour les hortensias, j’en ai vu un paquet

une fois repus, nous rentrons par la voie express, et je peux vous dire que Madère est, en résumé (c’est le mien et il n’engage que moi), l’île aux hortensias, aux eucalyptus, aux bananiers (il y a des bananeraies à foison), mais aussi l’île … des tunnels et des ronds-points ! Passer par la voie express prive totalement de découvrir Madère, mais permet de découvrir son urbanisme de pointe tout en se couchant à une heure raisonnable, surtout que demain on s’en va visiter le jardin botanique et de plantes médicinales, je vous mets quelques photos de ce que cela nous a réservé pour vous donner une idée … quelle richesse !

ayant fait ce que j’avais à faire, nous pourrions repartir, mais voilà, il y a trop de vent et trop de mer, comme dit le capitaine on ne va pas se faire brasser pour le plaisir, on se dit qu’on va attendre un peu (c’est lui qui décide) et partir à la découverte de Madère à pied

Madère c’est aussi l’île des randonnées, alors le capitaine me dit d’en choisir une, je choisis celle qui me tente le plus : la levada do Caldeirão Verde !

parce qu’il est dit qu’elle est bordée, entre autres, de Cèdres du Japon, de hêtres d’Europe, des fameux lauriers de Madère, si vous voulez savoir pourquoi toutes ces espèces d’arbres et de plantes vivent sur cette île, demandez à Antoine et il vous racontera cette passionnante partie de l’histoire de Madère

Bien que les guides préviennent que c’est abrupt, je n’y prends pas garde et le jour d’après nous reprenons la route parce que mon choix se trouve à l’autre bout de l’île, ce dont le capitaine me remercie vivement, sûr qu’il a bien envie de se coltiner encore des tunnels et des ronds-points, comme il m’en fait la remarque je pousse de hauts cris pour lui dire qu’on n’a qu’à changer de plan et trouver une rando plus proche, non, il se sacrifie, et nous arrivons à une heure déjà bien avancée à notre point de départ, mais j’ai emporté le reste de ce fameux gâteau madérien étouffe-chrétien et j’ai même acheté 2 sandouiches type SNCF (miam miam) à la station-service dans laquelle nous avons fait le plein, nous sommes parés…

je gambade sur le chemin comme un jeune chien qui découvre l’odeur de l’herbe pour la première fois, ivresse, le capitaine quant à lui avance à pas comptés, sobriété sobriété, un peu de tenue que diable, me prévient quand il y a une racine ou une flaque, je vois bien qu’il a peur que je m’explose une cheville et qu’il doive me porter sur son dos, je suis peut-être (c’est certain) zinzin mais pas encore folle, je ne compte absolument pas me casser quoi que ce soit … petite pause sandouiche le cul sur une pierre froide et les genoux jusqu’aux épaules (la pierre est basse ou mes jambes trop longues, espérance quand tu nous tiens), petit pipi derrière un tronc en priant pour que le capitaine regarde ailleurs (je déteste faire pipi derrière un arbre) (ou un buisson ou dans la nature tout court) et nous continuons notre chemin … qui commence à devenir plus … comment dire … pittoresque ? … nous longeons le canal d’irrigation et le chemin qui le longe est de plus en plus étroit, voire large comme une poutre entre le canal et … le vide

à gauche, le mur de roche, puis le canal d’irrigation, ensuite le « chemin » et à droite le vide, ici il y a des arbres, c’est tranquille … des fois y’en a pas

Il y a longtemps que je ne gambade plus et que j’évite de regarder les pentes abruptes évoquées par les guides touristiques mais ignorées de mon inconsciente personne, je me concentre sur le mur de roche et le canal, je suis sujette au vertige … c’est bizarre le vertige, le capitaine me dit qu’il n’y a rien à craindre mais ça ne sert à rien, la raison n’atteint pas le cerveau de la personne sujette au vertige en général ni le mien en particulier, encore moins le mien je dirais même, je suis comme droit-debout dans la bouche à feu d’un canon , quelqu’un va l’armer et je vais être propulsée dans le vide au loin telle la femme obus … je continue, j’avance, je serre les fesses encore plus que mes mâchoires et je suis le capitaine (du verbe suivre, jamais je n’aurais l’outrecuidance de penser que je peux être le capitaine, ni même de lui arriver à la cheville) … jusqu’au moment où cela devient insupportable, je suis face au mur de roche, je ferme les yeux, tétanisée, là je suis sûre de ne pas passer, si je tente de passer c’est clair que je vais sauter dans le vide comme une imbécile, je dis non au capitaine (lire impérativement un petit livre pour apprendre à dire non, ça aide à survivre) , il me tend la main et me dit de la tenir pour avancer et que ça va aller, mais je sais bien que je l’entraînerais dans ma chute, alors je dis non, alors il hausse le ton, arrête ton cinéma (si, il l’a dit, même s’il prétend le contraire) bon sang c’est toi qui a voulu venir ici alors tu vas jusqu’au bout ! c’est vrai que ce n’est pas le genre à avoir pitié mais je lui dis quand-même qu’il n’a qu’à continuer tout seul et m’abandonner, la neige est elle est trop molle pour moi (bravo à ceux qui auront reconnu), il hausse encore d’un ton et me dit que je n’ai qu’à marcher dans le canal … cet homme est définitivement un génie ! je ne me fais pas prier et saute dans le canal, le capitaine est tout surpris car il ne s’attendait pas à ce que je le fasse, j’ai de l’eau jusqu’aux genoux, elle est froide et ça me fouette le sang, là je me sens en sécurité et désormais à chaque fois qu’il y a des passages trop vertigineux, je marche dans le canal

… on arrive au bout, le capitaine est content mais moi pas tant que ça, j’aimerais bien être plus valeureuse, même téméraire, pas trop mais un peu, chevalier sans peur et sans reproche, ralliez-vous à mon panache blanc toussa toussa … mais voilà, je dois juste faire avec moi et c’est pas si simple …

Pendant tout ça le vent s’est calmé, la mer pas encore, mais il était temps de quitter Madère, on a refait le plein d’eau, lavé le bateau, pris des fruits et des légumes, on a téléchargé un GRIB et conclu que quoi que disent le vent et la houle, et bien on n’allait pas rester plantés là …

eyeful I tell you

Mais qui y’a t’il à savoir de plus ?

  • Besoin de vous ressourcer au plus près de la nature et de la générosité humaine : faites une retraite chez Antoine et Cilene qui, elle, vous donnera des cours de Yoga et de massages – https://lamaisonziazen.com/
  • Les levadas sont des canaux d’irrigation dont l’origine remonte au XVIe siècle. Conçues pour acheminer l’eau du nord-ouest (plus humide) vers le sud-est (plus sec) plus propice à l’agriculture, notamment aux plantations de cannes à sucre. La plupart des levadas sinuent à flanc de montagne, mais à certains endroits elles traversent des tunnels creusés sous les massifs (c’est vrai, on en a passé et le capitaine s’est explosé la tête parce qu’il ne marchait pas assez courbé)
  • Les fichiers GRIB sont des fichiers numériques compilant des données météorologiques telles que la pression atmosphérique, le vent, les températures, les vagues …
  • Vous avez vu une photo de canne à sucre dans les photos de plantes médicinales, on peut s’en étonner, mais non ! le sucre de canne intégral est utilisé pour ses vertus en Médecine Traditionnelle Chinoise, notamment et entre autres parce qu’il « nourrit le sang » (cependant il ne faut pas en abuser)
  • Les dragonniers : à lire cet article fabuleux, j’y suis sensible car c’est un fruit qu’on consomme beaucoup en Chine : https://www.madeiraallyear.com/fr/madere-et-ses-dragonniers-nos-larmes-de-dragon-a-nous/
fruit du dragon à chair rouge
fruit du dragon à chair blanche (celui qu’on trouve en Chine)